DESTIN DE FEMME, Épisode 7, le Léon

Je ne racontais pas à mon sauveteur la cause du problème, visiblement il n’était pas au courant de mon état, autant garder un peu de dignité. Je fis un bout de chemin avec lui, il se nommait Léon Portier.

Pour l’heure je n’en n’avais pas fini avec les ennuis, le curé ne me voulait plus à la messe, l’opinion villageoise était que la première fois je n’avais pas été violée mais que j’avais provoqué ces braves soldats. Je n’étais donc qu’une moins que rien, au lavoir la place à coté de la mienne était vide, à l’épicerie on ne voulait plus me servir et le comble était qu’on ne saluait plus ma mère. Cette sainte femme qui récitait le notre père après chaque étreinte avec mon père.

Ma deuxième grossesse se passa beaucoup moins bien que la première fois et je ne pus me rendre au travail.  Maman disait que j’étais une feignante, mon père que j’allais tout leurs bouffer.

Il fallut pourtant que je participe un peu à l’œuvre commune, le huit août 1821 je me rendais à la traite, il faisait encore nuit, entre chien et loup, je me traînais avec mon seau et me penchais sur une grosse normande lorsque je sentis un liquide me couler entre les jambes, je savais à quoi m’attendre. Mais mon corps ne réagissait point et je m’écroulais dans la paille. Une génisse dans le même état que moi semblait m’observer en se disant moi j’y arrive bien seule. Je savais qu’ hurler ne servait à rien, mes parents étaient trop loin. Ce fut mon petit qui ne me voyant pas rentrer pour le lever alla me chercher, le brave petit homme appela au secours et on vint enfin me chercher. Je me retrouvais sur ma couche, le père partit chercher la sage femme et ma mère une voisine. Lorsqu’ils arrivèrent une violente contraction m’avait fait expulser mon enfant, il gisait là . Tout le monde allait bien, la sage femme madame Jérome prit soin de ma petite fille.

Cette docte femme était brevetée, moins ignare que les anciennes matrones, mais ma mère qui datait d’un autre âge disait tout le contraire.

Comme pour mon fils c’est mon père qui la déclara au maire Monsieur Gallot, en présence de Jean et Paul Dauptain tous les deux respectivement charron et sabotier et qui servaient de témoins à tout le village.

Pour le prénom ce fut le surpassement, Rosalie Désirée, comment pouvait on donner le prénom de Désirée à une petite bâtarde, c’est vraiment de la provocation. Je me pris d’affection et d’amour pour cette petite bestiole empoisonneuse de vie. Je considérais que ma vie de femme était terminée, quel homme voudrait de moi avec un boulet à chaque pied, en plus d’être une moins que rien j’avais une dot bien maigre.

Pour sûr je n’étais pas la seule à mettre fait rattraper par une grossesse, mon amie Rosalie Prieur la fille de nos patrons avait aussi fauté et avait accouché à la grande confusion de ses parents quelques mois avant moi. Ils avaient eu sans doute plus de chance que nous car ce sale fruit était mort dès le lendemain.

Nous avions maintenant interdiction de nous voir et de nous causer, personne ne tenait à voir les deux traînées ensemble. D’ailleurs aux yeux de Charles Prieur c’était moi qui avait mis en tête à sa fille des envies de cochonneries.

Foutue bonhomme je n’étais pas là quand sa fille a écarté les cuisses, il est vraiment facile de me mettre les turpitudes d’autrui sur le dos.

Bon comme toute interdiction se doit d’être transgressée je voyais Rosalie presque tous les jours et nous nous racontions tout, nos misères de femme  On partageait aussi nos envies, nos espoirs. Nous avions d’ailleurs les mêmes , trouver un mari. Je pense qu’elle aurait moins de mal que moi car fille de propriétaire, sa dot était plus confortable que ma miséreuse pile de draps, mes torchons, mes mouchards, mes nappes et mes jupons fussent ils brodés.

Mon frère avait maintenant deux enfants dont un fils qui portait exactement ses prénoms, il le chérissait comme une madone, d’ailleurs il n’y en avait que pour lui, mes deux bâtards avaient beaucoup moins de succès, l’amour que portait ma mère au premier s’étant subitement envolé.

Ma petite pépette était pourtant magnifique, chaque passant, chaque voisin cherchaient ils en vain à qui elle pouvait ressembler, les supputations allaient bon train, elle ressemble au Charles, elle ressemble au Louis, connerie que tout cela moi même je ne savais rien du père, je m’étais plutôt concentrée ce jour là sur la partie charnelle du père de la petite. De toutes façons je m’en foutais et je commençais à assumer mon état.

Le plus dur était passé, j’avais un toit, de la soupe dans la marmite, des nippes point trop usagées.

Seule la liberté me manquait, mais quelle femme pouvait se targuer réellement d’en avoir.

Puis un jour le 2 février 1822 alors que l’on revenait de la messe de la chandeleur et que l’on s’en retournait à Liechen pour faire des crêpes et les manger en compagnie du voisinage je me cognais à mon sauveteur, le gras bonhomme fut confus et balbutia un bonjour, je rigolais de le voir rouge comme une pivoine.

Pour le tirer d’embarras je lui proposais de faire quelques pas. Je ne sais si cette demie lieu où j’ai cheminé avec lui ou le fait qu’il m’ait sauvée des injures, toujours est il que dans mon esprit j’eus l’impression qu’il pouvait faire un bon mari.

Je ne pouvais décemment l’inviter à fêter la fin de l’hiver avec nous, mon père m’aurait tuée.

Mais à la chandeleur trouve ton âme sœur: que du bonheur. Le fait de voir réapparaître Léon était pour moi un signe et j’avais foi dans les signes. Pendant que nous faisions cuire les crêpes, ma mère pas dupe des regards que nous avions échangés me dit  » celui là il a l’air un peu couillon mais au moins il n’en voudra pas qu’à ton cul  ». Maman n’était point poétesse mais avait l’œil vraiment exercé.

Les mois qui suivirent je dus lui faire la cour car timide et grand benêt il n’aurait jamais osé faire un pas. Pour tout dire, bouleversant les usages et ne voulant pas me marier à la saint glinglin je lui susurrais que je serais à lui si il faisait une demande en règles aux parents. Il me regarda benoîtement et je dus lui violer la bouche pour lui donner une sorte de gage. Passé la surprise, il retrouva une sorte d’instinct animal et me tenant par la taille je sentis fort bien qu’il n’était pas fait de bois.

Le village était au courant de nos rencontres, la catin des Ruffier allait elle pouvoir mettre le grappin sur un couillon qui prendrait chez lui les deux bardeaux.

Un soir il fit sa demande, le père offrit canon sur canon et c’est pompette que les deux passèrent accord. La noce se ferait mi juillet lorsque les moissons seraient passées.

Je raccompagnais mon futur, nous pouvions désormais nous voir au grand jour. Mon père l’avait complètement saoulé et c’est bien énervé qu’il tenta une première approche sexuelle. Moi j’étais catégorique, le Léon il m’aurait à la nuit de noces et pas avant. Mais en femme que j’étais je lui distillais un peu de mes charmes à chaque rencontre.

De fait le lascar je l’émoustillais de belle manière, un peu plus chaque fois, il en devenait comme fou, j’en faisais ce que je voulais du Léon.

Un soir autour d’un verre de fine il fallut bien parler sérieusement, le vieux ergota sur tout, comme ci j’étais une princesse, le Portier était venu avec sa mère, il était manouvrier donc gens de peu de conditions mais possédait en héritage de son père une petite maison avec quelques arpents.

Mon père escomptait que je quitte la maison pour m’installer sur les terres des Portier, ce fut un refus mémorable qui faillit faire quitter mon père de la table des négociations.

Apparemment, fille mère deux fois je ne valais pas une terre, bien bon celui qui me dirait oui.

Mon père céda et je fus donnée au Léon sans compensation aucune.

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