LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 54, Les charmes de la petite bonne

1870 -1872, la Crépaudière, commune de la Chapelle Achard

Barthélémy Proux, fils de feu Jean Aimé et de Marie Louise Barreau

J’ai maintenant seize ans l’age où l’on vous garde comme travailleur fils du patron ou l’on vous expédie comme valet dans une exploitation voisine.

Dans les deux cas le travail était le même et vous ne perceviez aucun gage, tout revenait au père.

Pour tout vous dire moi je serais bien parti pour explorer un univers différend de la Crépaudière.

J’en connaissais le moindre recoin, mais le paysage je m’en moquais bien un peu, c’est bien plus les gens qui m’intéressaient.

Depuis que mon grand père Barreau était mort en mille huit cent soixante huit c’est le mari de ma mère qui dirigeait la métairie.

Je l’aimais bien, il nous battait avec justesse comme il battait ses propres enfants, pour cela aucune différence.

Cela dit j’aurais préféré garder mon père, j’avais cinq ans quand il est parti, et son image commençait à s’estomper, c’est bizarre mais je gardais plus le souvenir de sa voix que le souvenir de son visage.

Comme avec les yeux de l’enfance on a tendance à magnifier les êtres disparus je me garderais bien de le comparer avec mon nouveau père. Au départ j’en étais un peu jaloux, il avait pris ma mère, l’avais possédée, ni plus ni moins que mon père mais lui était un étranger.

Pendant les quelques années de son veuvage ma mère nous prenait dans sa couche, j’aimais fort me blottir le long de son corps chaud, quelle sensation extraordinaire.

Puis évidemment après son remariage nous fumes un peu relégués. De toute manière vu son jeune age, elle ne pouvait rester seule, une veuve de vingt deux ans ce n’était pas convenable.

Comme de juste tel un jeune couple ils firent des enfants, mon frère Louis arriva l’année du mariage, Auguste, François puis ma petite sœur Louise complétèrent la fratrie, ma mère de fait était presque toujours enceinte .

Moi je trouvais que maman était très fatiguée, le travail au champs s’accommode mal avec les enfants en bas age je ne vous parle même pas du fait d’avoir un ventre tellement proéminent qu’elle ressemblait à une futaille.

Donc nous étions six enfants, moi je travaillais avec mon père, oui comme je le considérais comme tel je le nommais ainsi. Ma sœur Marie 16 ans qui tremblait de partir loin de ses habitudes, mettait les bouchée double pour justifier sa place d’ouvrière dans l’exploitation, je vous dirais qu’elle se tuait à la tâche et que ma mère ne la récompensait pas à sa juste valeur. Un jour elle l’a obligée à repartir au lavoir sous le prétexte que le linge était mal rincé, c’était faux bien sur mais bon conflit mère fille aller savoir.

Mon oncle Eugène avait fini par partir sous d’autres cieux,normal, moi j’effectuais maintenant un travail d’homme donc en quelques sortes c’était moi ou lui. Pour cette fois ce ne fut pas moi.

Maintenant il faut que je vous avoue, mes parents eurent la bonne idée d’embaucher une jeune bonne.

Marie Pondevie, nom de dieu qu’en je la vis pour la première fois mes bras lâchèrent tout leur fardeau, plus grande que moi, blonde comme les blés, un sourire radieux et une poitrine qui ma foi n’avait rien à envier à la poitrine gorgée de lait de ma mère. Je ne pus m’empêcher de fixer sa chute de rein. Immédiatement je sus qu’elle serait le terrain de mes premières armes.

Autant vous dire qu’après mon arrivée je ne fus plus aussi assidu à mon travail, par contre j’étais toujours près à aider Marie.

Moi qui n’aimais pas spécialement la traite j’étais toujours à fouiner dans l’étable, moi qui me levais le dernier, j’étais au garde à vous pour surprendre la beauté en chemise.

Mon beau père me disait arrête de suivre cette foutue femelle comme un chien en chaleur. Cela faisait sourire ma mère. Peu à peu j’avançais mes pions, j’étais quand même le fils du patron, un peu de courage voyons.

Elle tomba amoureuse de moi et entre deux petits bécots nous nous promîmes mariage. Je ne sais si elle était sincère mais moi pour le mariage je n’en étais pas encore très sur. C’était une vile tactique pour pouvoir lui faire l’amour. Mais elle était assez maline . Un jour j’ai pris un peu de son temps pour la peloter dans le foin et bien excité je lui ai demandé de me faire voir ses seins. Malicieuse elle me dit oui à condition que je lui montre aussi quelque chose, fièrement je lui ai cédé et elle après s être  repue de la vision de mes attributs que sottement je lui avais exhibés elle se sauva me laissant comme un imbécile.

Elle jouait un jeu dangereux et mon esprit était à me venger de cette petite garce. Il fallait que je fasse vite car les servantes changeaient souvent de patron, de plus à la sortie de la messe sur la place elle faisait damner tous les célibataires du coin.

Ma seule chance résidait dans le fait que je la voyais tous les jours et que maintenant elle m’était redevable. Un jour ma mère partit à la foire pour vendre du beurre et du lait et mon père était au cabaret pour discuter sur quelques changements de gouvernement. Marie eut la redoutable tâche de garder les petits à la maison, moi bizarrement le père ne m’avait pas attribué de travail. Toute la journée on joua au chat et à la souris. A un moment j’eus une opportunité d’être seul avec elle. Au début il fallut que je force un peu le destin, elle ne voulait rien savoir. Puis peu à peu les barrières de la belle cédèrent, j’aurais obtenu l’ensemble des bienfaits que l’on pouvait attendre d’une femme si mes maudits frères n’avaient fait une entrée fracassante dans la cuisine. Elle baissa subitement son jupon et moi encore une fois j’en fus vaincu.

Mon dieu quel supplice de tantale de vouloir et de ne pas pouvoir. Ma servante fut surveillée comme on surveille le lait, en effet les frérots avaient tout raconté, mon père avait bien rigolé mais ma mère beaucoup moins. Elle parlait de renvoyer la petite. Il n’en n’était pas question je ne lui avais pas pris sa fleur.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 53, un sentiment trouble

1864 – 1866, la Bucholière, commune du Girouard

Victoire Epaud, femme Cloutour

A la Bucholière, deux hommes régnaient conjointement, mon mari et bien sur mon père, cela n’avait pas été très facile. Les plus vieux ne supportant que très rarement leur éviction progressive.

Chez nous cela c’était fait tranquillement, les deux hommes autour de la table se parlaient.

Père se mettait en bout de table, ce territoire jamais Pierre ne lui a disputé et il ne se serait jamais avisé de faire l’affront à son beau père de lui prendre sa place. Non même si le vieux comme il l’appelait l’emmerdait par sa simple présence, il le respectait et je crois aussi qu’il l’aimait.

Pierre était donc à sa droite, les deux domestiques hommes se tenaient en face, moi je servais et ma fille Victoire avec la petite servante assises sur des chaises, le bol chaud entre leurs mains lapaient goulûment la soupe du soir.

Il faut dire aussi que ma drôlesse savait apprivoiser son grand père et que souvent elle se retrouvait sur ses genoux. Il lui faisait même boire son affreux breuvage fait de vin versé dans son fond de soupe.

Les valets , qui ne nous étaient point inférieurs n’avaient pas l’autorisation de se mêler de la conversation, sauf si évidemment on les en invitait, ce n’était point de la discrimination mais une habitude. Pierre qui avant de me connaître avait été domestique avait souvent mangé dans la grange avec les journaliers de passage.

Par contre moi dans ces moment là je me tenais coite et ne proférais aucun opinion. Je discutais avec Pierre,oh ça oui mais dans l’intimité de notre coutil.

Les discutions endiablées avaient comme thème la tenue de l’exploitation, l’opposition entre anciens et nouveaux. Ce soir là les deux hommes s’opposaient , devait on planter de la pomme de terre.

Vraiment quelle bande d’idiots et quel anachronisme que de se disputer sur ce bien fait avéré déjà par quelques dizaines d’années d’usage. Le vieux bloqué sur les peurs de ses ancêtres ne voulait point entendre parler de la Parmentière, plante du diable. Il n’en n’avait d’ailleurs jamais consommé.

Mon père qui y voyait un bon profit et aussi le moyen de diversifier ses récoltes obtint gain de cause et un champs fut destiné au noble tubercule.

Il en fut de même pour l’introduction du maïs, mon père n’en voulait pas, d’ailleurs à part les bleds et les fourragères il ne voulait pas grand chose. Il se disputait et mon père quittait la table pour se coucher, la conversation reprenait le lendemain et ainsi de suite.

Bon là aussi mon mari gagna et nous pûmes semer ce blé de Turquie.

Moi j’aimais ces repas animés, la vie y transpirait. Le dimanche le père de Pierre venait parfois manger avec sa nouvelle femme et le demi frère de mon homme.

C’était parfois tendu mais le vin les faisait sourire, moi avec ma belle mère on papotait de choses et d’autres.

J’étais maintenant enceinte, Pierre en était content et moi aussi, nous n’étions pas une famille très nombreuse que cela nous indispose. J’eus tout de suite des problèmes et mon travail s’en ressentait, si je continuais, j’allais perdre le bébé.

L’enfant naquit en juillet un peu avant les moissons, ce fut une fille je l’appelais Marie Nathalie Philomène. Ce ne fut que péniblement que je retournais au champs, ma petite emmaillotée restait à la maison, il ne pouvait guère lui arriver quelque chose. D’ailleurs ma grande était chargée de s’assurer que tout allait bien.

Bien que cela fut dur j’adorais les moissons, l’odeur des blés murs, le soleil, la chaleur.

Tout était réglé comme une partition mon Pierre devant avec mon père, ils étaient armés de leur grande faux aiguisée comme des rasoirs. Derrière avec une faucille les deux domestiques confectionnaient les gerbes. Moi à la suite avec la jeune servante, nous devions les lier.

Nous commencions au lever du jour, la chaleur était moins forte, au plus de plusieurs heures mon père peinait et perdait du terrain sur Pierre, sa fierté de mâle dominant en était affectée, il forçait, ahanait mais la force de la jeunesse était toujours victorieuse. Pierre se moquait  » alors le père on arrive pas à suivre  ».

En ce jour si quelqu’un n’arrivait pas à suivre c’était bien moi, penchée sur mes gerbes le bas ventre me brulait et me faisait souffrir comme une intense colique.

Marche ou crève Victoire , je tins jusqu’à la pause du repas. Nous nous installâmes tous autour de la charrette, un repas copieux arrosé d’un petit vin frais vous revigorait les êtres. Moi allongée le long de la route je fis une hémorragie. Je n’aime guère parler de cela devant les hommes mais du sang s’écoulait le long de mes jambes et ma robe de coton bien qu’épaisse se teintait. Pierre prit peur, on me porta jusqu’à la maison et on me coucha. Bien sur comme les moissons n’attendaient pas, chacun repartit me laissant seule avec ma douleur et mon inquiétude. Cela ne pouvait tomber plus mal, nous avions plusieurs jours de fauchage.

Dès le lendemain j’étais debout pour préparer la soupe de mes hommes, m’occuper de mon bébé et d’aller traire les vaches. Au vrai j’étais bien faible et bon dieu je pissais le sang.

Le lendemain les gerbes que je n’avais pas liées cette année s’amoncelaient sur l’aire de battage.

Avec ma grande je l’avais balayée avec grande peine de long en large. L’opération était pénible il faisait une chaleur suffocante, avec l’aide de fléaux, les hommes qui s’étaient regroupés pour cela commençaient leur dur ouvrage de séparer les grains de la paille. Les femmes aidaient aussi en ramassant la paille en versant avec des cruches de fortes rasades de vin ou d’eau fraiche pour les plus prudents.

Moi baudruche éventrée, assise comme une vieille sur mon banc je les regardais admirative. Mon Pierre était  superbe dans l’effort, les cheveux hirsutes, le visage plein de poussière et la chemise trempée de sueur. Pour un peu j’en aurais eu des frissons qui n’étaient pas dus à une fièvre maligne.

Mais ce que j’aperçus au loin me coupa le peu de jambes qui me restait, Pierre qui s’était écarté pour sûrement se satisfaire a été rejoint par une servante d’une ferme voisine. J’étais loin et ils étaient un peu cachés mais j’eus l’impression qu’ils étaient un peu trop près l’un de l’autre. Sans doute que je me trompais, mais un doute subsista en mon esprit de femme en alerte.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 52, encore une bouche à nourrir à la Foresterie.

1863 – 1866, la Foresterie, commune de Grobreuil

Rose Caillaud épouse Ferré.

Nous les femmes on avait pas trop notre mot à dire quand il s’agissait d’agriculture, de terre ou de bestiaux. François il avait décidé et comme je vous l’ai dit il était têtu. Un beau matin nous chargeâmes nos meubles sur une charrette à foin qu’on nous avait prêté, nous n’avions pas besoin de faire beaucoup d’aller et retour nous étions pauvres. En Vendée il y avait beaucoup de bras donc les salaires n’avaient pas tendance à monter. François était travailleur certes mais pas très entreprenant, pour monter dans une société figée comme la notre il fallait faire preuve d’audace et il n’en n’avait point.

Bon revenons sur le sujet qui fâche, la divine bouteille était son péché mignon, quand il n’était pas ivre il flottait entre deux eaux. Alors pensez bien qu’aucun propriétaire ne lui aurait confié un métayage , un fermage ou un colonage. Alors on se baladait de hameau en village et lui de ferme en ferme.

Donc nous voilà partis, comme des bohémiens, les quatre pissouzes juchées en haut de notre fatras et les deux petiots à l’arrière les jambes ballantes.

J’avais presque honte de montrer un tel bric-à-brac, une fierté peut être déplacée pour des sans le sou . La pauvreté étant générale nous n’étions pas forcement les plus à plaindre. Oui les enfants se repassaient leurs effets, reprisés, raccommodés des pièces aux genoux , au cul. Dans mes vieilles robes j’en faisais pour mes filles qui grandissaient . Ce qui m’embêtait le plus, c’est que les gamins allaient la plus part du temps pieds nus, il fallait économiser les sabots. Les pauvres avaient souvent leurs petits pieds meurtris, coupés et il faut le dire d’une saleté repoussante. Nous les adultes nous possédions des souliers mais là aussi économie, juste pour la messe, les noces et les enterrements.

Nous nous installâmes donc en notre nouveau logement, ni plus ni moins délabré que le précédent, ni plus grand ni plus petit toujours le même entassement.

Nous avions quand même un jardin ou j’allais pouvoir m’assurer des légumes pour la soupe quotidienne et un poulailler pour élever quelques bestioles que je vendrais, sur le marché.

Parlons maintenant des choses qui fâchent, quelques soit l’endroit, le travail était dur et régit par les mêmes contraintes, rien n’épargnait les femmes, labeur, enfants,  et satisfaction de nos seigneurs et maitres.

Mais moi j’avais mes petits moments de détente avec mon beau journalier, c’était un risque calculé mais quel bonheur à chaque retrouvaille. Je crois que le fait de devoir se cacher, le fait de l’acte de tromperie décuplait mon désir. Cela faisait en somme un équilibre avec les méchants coups de boutoir de mon tendre époux.

Nous fîmes cela une dernière fois et il me promit de s’arranger pour venir me voir. Je ne croyais guère ses sornettes masculines, mais bon je m’y rattachais quand même.

Même endroit,

François Ferré, époux de Rose Caillaud.

La Foresterie était située entre Nieul le Dolent et Grosbreuil, il y avait quelques maisons où logeaient des familles de journaliers comme nous, Jean Ravon, Pierre Beranger  et Louis Rivaize . Ils y avaient l’exploitation de Jean Rimbaud qui formait couple avec sa sœur, la ferme de Pierre Potin et celle de Guilbeau Jacques, sans oublier celle importante de Gautreau louis.

Il y avait treize maisons et nous étions plus de cinquante habitants, du mouvement partout et des enfants qui couraient dans tous les sens.

Moi je m’employais chez tous et chez personne en particulier, j’avais comme qui dirait mon indépendance. Je me fis tout de suite un copain, Henri Martin dit jambe de bois, journalier comme moi mais il faut le dire avec un sérieux handicap pour trouver ouvrage, lui et sa femme crevaient littéralement de faim.

Nous avions aussi une pauvre miséreuse, la Marie Jousmet plus de soixante dix ans et toujours à trimer. Elle lavait le linge des Gautreau, la pauvre elle faisait pitié à plier sous le faix. Je la soulageais souvent de sa charge quand je la croisais.

Je ne sais si Rose se plaisait en cet endroit mais vu sa tête j’avais comme un doute. D’ailleurs la Rose, elle n’était plus celle que j’avais connue, il s’était opéré comme un changement. Subitement elle était devenue plus coquette, plus propre, elle passait son temps à se laver le cul comme une catin.

Mais le plus bizarre c’était qu’elle ne se refusait plus à moi comme il fut un temps. Je la trouvais quand même un peu passive mais bon moi je faisais mon affaire et je ronflais comme un sonneur.

Mais tout de même, que les femmes étaient des êtres bizarres, il en fallait bien pour faire des drôles, pour la bagatelle et aussi s’occuper des vaches

En parlant d’enfant la Rose m’en promenait un autre, comment se débrouillait t’ elle . Je passais mon temps à m’évertuer à nourrir ma marmaille qu’elle m’en refaisait un autre.

C’était la nature me direz vous mais certaine femme en avait moins que d’autres. Cela doit appeler à des explications, bon moi j’en avais pas.

Celui que nous appellerions petit Louis naquit à l’automne 1865, il était blond comme les blés, d’ailleurs tous étaient blonds sauf la Célina qui était brune comme une romanichelle.

Mon frère Jean me disait  » quoi que t’as foutu pour avoir une noiraude  », je lui répondais j’ai fait comme pour les autres. De fait tous les Ferré étaient plutôt de teint clair, bon c’était comme cela elle était par ailleurs d’une beauté exceptionnelle. Il faudrait que je me méfie car elle allait m’attirer tous les mâle du village. Ma femme n’avait que trente deux ans et m’avait donné déjà sept enfants en onze ans de mariage quand je vous dis qu’elle portait sans cesse ce n’est pas des blagues.

Pour que l’on puisse s’en sortir il fallait que je trouve au plus vite à placer ma fille aînée, elle était un peu jeune mais bien vigoureuse elle pouvait servir si l’on savait manier la badine. Ma femme s’y opposa et devant sa détermination je dus différer ma décision.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode, 51, La jeune veuve se remarie

1863 – 1864, la crépaudière, commune de la Chapelle Achard

Marie Louise Barreau femme Ferré

Ma situation de veuve perdura quelques années, mais il fallait se rendre à l’évidence, mes enfants grandissaient, ils avaient besoin d’un père et moi faut bien le dire j’avais envie d’un homme.

J’étais évidement trop jeune pour conserver ce statut de veuve, j’avais un age ou la plupart des paysannes n’étaient point mariées. L’avantage c’est que je n’étais pas encore dépréciée au contraire moi je me trouvais très belle et attirante. C’est d’ailleurs bizarre cette sensation, à chaque fois que je passais quelque part, les hommes arrêtaient de travailler. J’avais même le droit à quelques sifflet irrespectueux et quelques commentaires irrévérencieux sur mes courbes. Les femme par contre se méfiaient de moi, j’étais devenue une potentielle voleuse d’hommes. Une fois j’ai même failli leur donner raison en succombant à un artisan du village. Je lui avais amené un ouvrage et il me fit une cour éhontée qui se termina par un enlacement qui ma fois me donna quelques frissons et me rassura sur ma capacité à plaire. L’arrivée d’un autre client me fit fuir. Le soir dans ma couche tout se mélangea dans ma tête, le souvenir des joutes avec mon mari défunt, ma nuit de noces.

Dans ma tête je me mis donc sur le marché des chercheuses d’hommes, en temps que veuve j’avais acquis une certaine autonomie et je pouvais sans mon père m’en trouver un.

Un après midi alors que je me trouvais avoir accompagné mon frère au moulin des Landes chez mon oncle Jacques pour y livrer des grains, un paysans de Grosbreuil le bourg voisin attira mon attention.

Cheveux brun, yeux marron, rasé de près, d’une taille fort convenable, vêtu avec propreté et une certaine assurance qui me fit me retourner sur lui. Il engagea la conversation avec moi. Eugène devint ma couverture dans nos futures relations, eh oui il fallait quand même respecter quelques convenances.

Bon pour être franche, les convenances sautèrent rapidement, un jour ou il pleuvait dru une grange nous accueillis. La conversation convergea vers des baisers, puis vers des caresses. Nos corps s’affolèrent rapidement et je crois que François en vit plus sur ma nudité dans le jour chancelant de cet après midi pluvieux que mon défunt mari en six ans de mariage. Il sut y faire et je me suis laissée faire.

Il fallut quand même régulariser, il ne convenait pas à une veuve avec deux enfants de se faire prendre comme une bonne entre deux tas de paille et de voir se développer un petit fruit » batarisé».

Nous nous mariâmes le 7 janvier 1863, ce fut Mr Aujard qui présida à la cérémonie, comme pour mon premier mariage. Jean François Ferré mon mari apportait un petit pécule, il avait 27 ans et moi 25 et nos deux écots rassemblés ne formaient pas une bien grosse fortune. L’essentiel était ailleurs, il m’apportait sa protection, sa force de travail et une respectabilité de femme mariée. Je n’avais plus seize ans et j’étais moins nunuche, sans ma mère j’avais appris à tenir une maison et pour la bagatelle j’avais appris à tenir un homme.

Dans la maison cela faisait un homme de plus, il fallut rajouter une paillasse pour mes enfants car mon nouveau mari n’en voulait pas dans sa couche.

Très fertile je devins grosse rapidement, mais il faut dire que nous avions mis la charrue avant les bœufs.Avec mon mari nous avions tout de fois décidés de nous expatrier sur le hameau de la Boule, Eugène mon frère nous suivit et c’est la bas que le 3 octobre de la même année je mis au monde un petit Louis,, ma mère avait disparu mais ma grand mère vint encore m’assister, ma belle mère Victoire était là aussi. Le chemin était fait la sage femme n’eut pas le temps d’arriver.

Louis François Jean Ferré,c’est ainsi que se nomma le premier enfant de ce qu’on appelle un deuxième lit. J’avais peur que mon nouveau mari ostracise mes deux premiers qui n’avaient que neuf et sept ans.

Il n’en fut rien, il éleva Aimé comme son fils et je crois qu’il lui transmit toutes ses valeurs, il eut un peu plus de mal avec ma fille Marie car elle ne se gêna pas lorsqu’ils étaient en conflit de lui rappeler qu’ils n’étaient pas liés par le sang.

Nous ne transitâmes que peu de temps à la Boule, mon père nous demanda de revenir à la Crépaudière et François devint par contrat comme l’adjoint de son beau père. Il faut dire qu’une extension notable de la métairie demandait de la main d’œuvre. Il y eut donc en plus de nous un domestique de surcroît cousin de mon défunt mari et qui se nommait Aimé comme mon fils, il avait une vingtaine d’années. Pour me soulager moi, on prit une petite souillon de dix ans, j’ai honte car je la bousculais très souvent, mais à ma décharge , elle était fort sotte.

J’allais oublier mon gredin de frère, il était aussi avec nous mais jaloux que mon mari prenne en quelque sorte sa place. Il se maria et je crus qu’on s’en était débarrassé, mais non il se logea à la Crépaudière. De nouveau une promiscuité s’instaura, je n’aimais pas ma belle sœur et je crois qu’elle non plus.

Si Eugène était jaloux de mon mari, Marie était jalouse de moi. Je me méfiais d’elle car elle avait tendance à s’en prendre à ma petite Marie. Une fois on se disputa et nous nous crêpâmes le chignon, je n’allais tout de même pas céder face à cette mijaurée ensorceleuse. J’emploie ce mot à dessein car mon père, mon mari, et le couillon d’Eugène semblaient être envoûtés par la diablesse. Un jour de colère je dis même à François  » si tu l’aimes tant, va donc la trousser dans la grange ». Il m’a répondu  »oui c’est ce que je vais faire  ».

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 50, La Corberie au rythme des jours .

1861-1863, la Corberie commune de Sainte Flaive des loups

Charles Guerin, époux de Marie Anne Tessier.

Moi à la Corberie j’avais deux paires de bœufs, cela correspondait en fait aux terres que je devais cultiver, ni plus ni moins, les bestiaux il fallait les ménager et lors des gros labours je faisais un roulement. En perdre un et tout était déséquilibré, tout était à refaire. Nous avions en plus de cette force de travail quelques vaches et quelques veaux qui nous servaient de taureau avant qu’on les affranchisse. D’autre part j’avais deux bœufs que j’éduquais et qui étaient destinés à prendre la succession de mes grands bœufs de charrue.

Il fallait évidemment nourrir tout ce petit monde et une grande partie de nos terres leurs était destinée, prairies, prés et cultures de plantes fourragères. En retour leurs excréments nous amendaient nos cultures.

Ils faisaient donc partie de notre vie et nous leurs apportions des soins journaliers, pas de dimanche ni de jours chômés pour eux.

Moi le soin aux animaux et le dressage c’est ce que je préférais, pour sur les femmes s’occupaient de la traite et les gamins nettoyaient l’étable.

Je n’avais pas de cheval, celui que nous possédions était mort avant notre déménagement et nous n’avions aucune liquidité pour en acheter un à la foire. Car voyez vous la richesse et nous ce n’était pas une histoire d’amour. Avec un tel système nous ne cultivions réellement qu’un tiers des terres.

Nous étions en métayage la plus part du temps donc la moitié partait au propriétaire. La prochaine fois que je prendrais une exploitation je tacherais de la prendre à ferme, il paraît que la pratique se développe.

Heureusement la main d’œuvre n’était pas chère, à la Corberie mon fils aîné Pierre âgé de treize ans, m’assistait dans mes gros travaux, pour les labours je guidais la charrue, lui dirigeait les bœufs.

Clementine en petite bonne femme aidait Marie Anne, bon elle rechignait et il fallait user de persuasion et de calottes. De toute façon si elle continuait à jouer les rebelles c’est sur je la placerais comme servante.

Alors que tout allait pour le mieux, Marie Anne était enceinte c’était sa sixième maternité, cela lui allait fort bien les rondeurs.

Une fin d’après midi alors qu’avec petit Pierre on terminait le troisième labour de notre plus grosse pièce j’ai eu un gros coup de chaleur alors bêtement j’ai retiré mon paletot. Mon fils me regarda désapprobateur car en général je lui interdisais de pas trop se découvrir. Quelques nuages plus loin, j’eus froid.

Le soir j’avais de la fièvre, le repas ne m’intéressa guère, le lendemain je fus dans l’impossibilité de me lever, les jambes ne répondaient plus et maintenant une toux grasse me brûlait la poitrine. La maladie chez nous était un ennemi redoutable, moi j’étais le seul adulte sur mes terres.

Nous étions à l’époque des semailles d’hiver et il ne fallait pas attendre car la météo pouvait se gâter.

Pierre mon brave garçon devait devenir un homme rapidement, avec Marie Anne et son gros ventre, ils allèrent au champs pour me suppléer. Benjamin six ans me garderait, Clémentine s’occupa des animaux. Il fut convenu que Marie Anne en rentrant irait vérifier, nous ne pouvions nous permettre une perte quelconque.

J’eus du mal à me remettre et il nous fallut nous résoudre à prendre un valet pour quelques mois, Marie Anne à force de s’épuiser aurait pu perdre le bébé et mon fils je dois dire qu’il n’en pouvait plus. Nous eûmes du mal à trouver des bras, la foire aux journaliers avait lieu vers la Saint Jean et tous évidemment étaient déjà gagés. Ce sont mes beaux frère de l’Auroire qui ont fini par me venir en aide. A l’aide de médication et de cataplasmes je finis par me remettre, mais avouons le je n ‘ai jamais retrouvé la même force qu’avant ma maladie.

Heureusement je n’avais que quarante deux ans, mais croyez moi je fis désormais attention au chaud et froid.

Marie Anne accoucha de Victor en mars 1863, l’accouchement fut difficile et elle souffrit beaucoup, avec les enfants nous nous sommes réfugiés chez nos voisins. Les femmes aidèrent et moi avec les hommes je bus quelques verre d’eau de vie . Mon Pierre qui avait conduit l’attelage était considéré comme un homme, sauf qu’il ne tint pas la barrique et que nous fumes obligés de le coucher dans la paille de la grange. Heureusement sa mère n’en sut rien du tout.

Déclaration en mairie, puis le curé c’était du rabâché. Seulement voilà un autre problème nous tomba dessus, la Marie Anne tellement épuisée avait les mamelles plates, rien pas une goutte. La solidarité familiale se fit encore une fois prégnante et c’est ma sœur Louise qui donnait encore le sein qui vint nous chercher le bébé. Du fait elle le sauva, Marie Anne pleurait à chaudes larmes de savoir son fils loin d’elle. Fusse t ‘ il retourné à l’Auroire. Le destin est bien bizarre car le frère de lait de Victor portait le même prénom.

Ma femme eut elle aussi du mal à reprendre le travail, j’avais besoin d’elle, car elle assurait sa part comme l’aurait fait un homme. Notre fille n’était vraiment pas à la hauteur, les vaches étaient mal traites, l’étable mal nettoyée, et une fois les volailles furent oubliées. Moi je vous garantis que je n’ai pas oublié de me munir d’une brassée d’ortie. Le cul de la Clémentine fut copieusement fouetté et les poules désormais furent rassasiées de grain.

Tout rentra finalement dans l’ordre, Marie Anne passait les quarante ans et les maternités allaient commencer à lui peser.

Il faudrait que l’on pense à faire autrement pour éviter les grossesses. Mais bon cela était un véritable problème pour tous.

Ma femme décida que pour être sur de ne pas avoir d’enfants il fallait ne plus faire l’amour, effectivement c’était radical, mais  je crois qu’elle rêvait. J’avais appris au cabaret que des soldats de la garnison de la Roche sur Yon se couvraient  le sexe avec des bouts de latex pour ne pas attraper de maladie avec les catins et que cela empêchait aussi qu’elle se fasse engrosser par les clients. Vous parlez qu’entre deux verres on avait bien rigolé de ces machins. Je me voyais mal,  dire  à Marie Anne, attends,  je mets un chapeau.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 49, la fille aux yeux vairons

1861,Moulin du Beignon, commune de Sainte Flaive

La fille aux yeux vairons

Maman était morte depuis quelques années, j’avais hérité de son caractère bizarre et renfrogné, c’est du moins ce que disait mon père.

Ma mère il est vrai était sujette à la mélancolie, elle pouvait s’asseoir des heures à regarder vers l’horizon. Le travail s’accumulait autour d’elle mais absente , elle le dédaignait. Mon père levait les épaules soufflait mais ne lui disait rien résigné. Il prenait alors le travail à son compte ou bien le reportait sur les frêles épaules des petites servantes.

J’avais compris que ma mère ne regardait pas une ligne imaginaire mais plutôt que son pauvre regard se portait sur les ruines de son ancienne ferme.

Elle y retournait parfois et errait dans les ronces, les pierres et les vieilles poutres calcinées. Elle en revenait comme suspendue dans le temps, Père ni pouvait rien, cela lui passerait.

Mon père plus âgé était un bon père pour moi et mon frère, était il un bon mari, oui s’en doute. On sentait bien qu’il la vénérait , la protégeait, c’était tacite entre eux. Formaient ils vraiment un vrai couple au sens biblique du terme. Je n’en étais pas sur malgré ma présence et celle de mon frère.

Jamais un baiser, jamais un enlacement, jamais une allusion grivoise sur une nuit tourmentée, non rien, juste une admiration béate et une chape protectrice.

Un jour je l’ai suivie dans ses errements, elle m’a vue et assise sur une antique margelle de pierre, elle m’a d’un trait raconté son passé. Sans faiblir, ni trembler, elle me confia son viol, son humiliation face à des soldats déchaînés par la haine et l’alcool, puis elle passa au massacre des siens.

Je restais suspendue à son récit, le temps filait, plus rien n’avait d’importance. Je prenais tout à mon compte, c’était curieux comme ci j’avais été là.

« Soudain j’entendais le cri lointain de ma sœur et des chants joyeux, je vis mon père qui s’inquiétait, ma mère qui posait son linge, et ma grande sœur qui se touchait son gros ventre. Étonnant ces visions, ce massacre qui avait eux lieu depuis plus de vingt ans je l’avais revécu.

Puis ils vinrent, tuèrent rapidement mon père, chaque groupe de soldats s’occupa d’une occupante.

Je fus saisie et bloquée le long d’un muret, deux soldats me tenaient, un jeune encouragé par les vieux soudards me leva soudain ma robe. Je le revois encore subjuguer par mon cul blanc, mes fesses grassouillettes d’enfant, j’étais impubère cela décupla leur envie. Le gamin ni arriva pas et un vieux lui montra le chemin, je sens encore son sexe qui me déchira, puis les coup de boutoirs qui  résonnaient dans tout mon être. Je ne sais combien de soldats me souillèrent, puis le petit qui visiblement avait appris à les voir fut encouragé à me prendre par un autre orifice. Cette fois si la peur du ridicule lui découpla ses forces et il me prit. Je n’avais plus mal, mon esprit m’avait quitté lorsque je sentis des mains qui entouraient mon cou ».

Ma mère sentit qu’elle m’avait bouleversée et me prit dans ses bras. Elle m’avoua ensuite que j’étais la réincarnation physique de sa petite sœur, même particularité dans les yeux, un noir et l’autre bleu. De plus j’avais la même morphologie et les mêmes cheveux.

Cette annonce me bouleversa encore d’avantage, j’étais maintenant dans le corps et l’esprit de la petite morte.

Il va s’en dire que cela me gâcha la vie, jamais je ne me suis mariée, aucun garçon ne m’a touchée.

A chaque fois que je voyais un homme autre que mon père et mon petit frère je ressentais de la haine et de la peur. Je m’imaginais forcée, étranglée. Je sentais même leur coup de reins comme si ils étaient réellement en moi. A chaque présence masculine j’étais comme violée, il va s’en dire que mon père étant meunier, il recevait du monde, moi je passais le plus clair de mon temps dans les taillis et les bois aux alentours. Je devins la sauvageonne du moulin, la diablesse, celle qui faisait peur aux enfants.

Moi solitaire j’allais m’asseoir à l’écart dans un endroit que seule je connaissais, une grosse pierre bizarre me servait de siège, je méditais.

Ma mère seule ressentait la même chose que moi, nous étions deux pauvres âmes, elle avec des démons bien réels et moi avec des démons que j’avais pris à mon compte.

Puis mon père mourut, mon frère devenait chef de ménage et il n’avait point la même mansuétude à mon égard.

La présence de ma mère retenait encore sa main mais je sentais qu’il ne pourrait longtemps consentir à ma présence passive.

Il arriva ce qu’il devait arriver, ma mère femme sans age en avait quand même un.

Un jour qu’elle errait près de la clairière où reposait ses parents elle s’écroula comme foudroyée.

Morte, j’étais maintenant seule.

Mon frère qui lui aussi n’avait pris de conjoint, sans d’ailleurs que ne ne sache pourquoi ne me jeta pas dehors. Nous formâmes une espèce de vieux couple, sans doute un peu grotesque.

Un jour un homme qui avait déjà conclu une sorte d’accord avec nous revint nous voir, il s’appelait : Charles

Même année, même endroit

Charles Guerin

Non de dieu, depuis que je m’étais installé à la Corberie sur la commune de Sainte flaive des Loups, mon esprit était obsédé par cette histoire de trésor. Cela résoudrait toutes mes difficultés, fini les jours difficiles, le travail exténuant, à eux la belle vie des messieurs.

Je retournais donc sur les lieux après des années d’interrogation, j’étais de la commune et ma présence au moulin n’était plus insolite.

La vieille dame était morte, restait sa fille aux yeux inquiétants et le fils toujours un fusil à la main.

Ils me reconnurent et nous partîmes une ultime fois à la recherche chimérique du trésor de mes ancêtres.

Nous inspections chaque parcelle , chaque pierre était retournée, mais bizarrement rien.

Je trouvais que l’attitude de la diablesse était bizarre , elle semblait nous détourner d’un endroit précis. Mais non sans doute une fugace impression, elle cherchait comme nous.

Je revins plusieurs fois, mais rien, rien et encore rien.

1861,Moulin du Beignon, commune de Sainte Flaive

La fille aux yeux vairons

Je ne savais rien de ce fameux trésor, on fouillait partout, mais moi je ne voulais pas que l’on touche à mon sanctuaire, à chaque fois que l’on approchait de ce que j’appelais ma pierre de réflexion j’arrivais à faire dévier les fouilles sur un autre lieu.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 48, l’amante de l’Eraudière

 

1859 – 1860, l’ Eraudière, commune de Poiroux

Rose Caillaud, épouse Ferré

Le bougre de François tout viveur qu’il était, avait une certaine vigueur, au travail certes mais aussi dans sa couche.

En 1857  naquit une superbe fille, j’avais aimé cette grossesse, tout c’était bien passé et presque jusqu’au bout j’avais pu m’occuper de mon ménage. François me laissa tranquille sauf une fois ou il me demanda de lui faire des cochonnerie , vous pensez que j’ai refusé, quel dégout.

La petite fut nommée Clémence Exavérine, François s’était surpassé, le deuxième petit nom fut sorti de nul part, ma mère la sainte femme en crut s’étouffer.

Pour moi j’avais assez d’enfant, mon ventre n’était pas un champs fertile où chaque année pousserait une récolte.

Avant que d’être enceinte de nouveau je me renseignais sérieusement sur les moyens de ne pas l’être et de  faire passer le fruit indésiré.

Maintenant il faut quand même que je vous raconte, bien que j’ai un peu honte quand même.

Un jour que j’allais au village pour vendre quelques volailles, je m’arrêtais dans un petit bois pour y satisfaire à une envie pressante. Un petit ruisseau coulait à quelques mètres de l’endroit où je me mettais à l’aise. Un homme complètement nu semblait s’y laver, je fus subjuguée par le spectacle et m’en repaissais. Grand, musclé, la peau halée , je ne le connaissais pas. Le soleil dardait de ses rayons sur son intimité, moi qui était rebutée par le sexe de François je béais d’admiration devant celui de mon dieu nageur.

Je fis du bruit et il se retourna, sans que je puisse faire un mouvement il m’offrit un sourire sans que sa nudité ne le gêne.

Un restant d ‘éducation me retint, de me mettre nue pour le rejoindre et m’offrir comme une déesse au dieu de l’olympe.

Reprenant mes esprits je partais en courant vendre mes gallinacés. Il va s’en dire que j’en fus bouleversée pendant plusieurs jours, et ce soir là j’eus envie d’un homme sans que mon pochard de bonhomme n’y fut pour grand chose.

Pour mon malheur ou pour mon bien il s’avéra que mon apparition s’était gagée dans une ferme des environs. Il advint ce qu’il devait advenir, un jour nos chemins se croisèrent et cette fois ci, j’envoyais mes convenances aux orties.

Le jeu était dangereux nous risquions la prison et la mise au banc de la société, sûrement plus moi que lui d’ailleurs. Le problème ne vint pas que nous fumes surpris, non nous avions eu de la chance , mais que je devins grosse à nouveau.

Heureusement, ultime précaution, certes inconsciente je ne m’étais jamais refusée à mon mari.

Je ne sus pas de qui était l’enfant mais je considérais qu’il était issu de l’amour. Ma fille se nomma Célina Aglaé Célestine et naquit en 1859.

Mon amant lui aussi considéra qu’il devait être le sien, il voulait que l’on fuit et parlais même de m’emmener au loin, par delà la mer océane vers un pays où l’or se ramassait à la pelle et où chacun était libre de s’installer. Je fus tentée, des vendéens étaient déjà partis aux États-unis d’Amérique mais moi j’avais trois enfants et il n’était point question que j’abandonne la chair de ma chair fusse t ‘elle issue d’un homme que je n’aimais plus.

Il fut donc convenu que nous cesserions de nous voir pendant ma grossesse. Nous respectâmes notre engagement.

A l’Eraudière en octobre ma mère se sentit soudain très faible, mais forte comme elle était il ‘y avait aucune inquiétude à avoir. Cette cinquantenaire encore femme aurait même pu à la mort de son mari reprendre un veuf , mais ne voulant plus d’un homme sur les bras elle se réserva pour son fils Joseph, l’homme de sa vie et point bon à grand chose.

Hélas la grippe qui nous coucha tous cette année, lui fut fatale, elle ne se releva point et nous en fumes tous affectés.

Mon idiot de mari ne se douta jamais de ma liaison, ce qui lui importait ce fut que de temps à autre je lui ouvre mes cuisses, j’avais compris je fus bonne épouse.

Pour sur nous ne fumes pas long à nous revoir avec mon amoureux, nous devenions imprudents. Un jour mon andouille de frère faillit nous trouver en mauvaise posture, heureusement peu au fait des choses de l’amour il ne s’aperçut pas de mon embarras et de mes vêtements en désordre.

Tout allait forcement très bien et je promenais de nouveau., tête blonde comme son père ou tête brune comme mon amant. Ce fut cette fois mon légitime qui gagna. Ils étaient à égalité car ma Célina ressemblait à une petite mauresque.

Moi je vivais une vie pleine j’avais enfin trouvé un équilibre, certes j’avais un peu de scrupule à mentir pendant la confession. Car malgré le secret qui entourait cet acte de catholicité,je n’avais nulle confiance, le curé était homme et la solidarité masculine devant la traîtrise d’une femme aurait pu se faire jour.

Mais bizarrement ce fut une femme qui devint la plus dangereuse, la Marie Fournier notre domestique sans qu’elle nous vit devina à mon comportement que je trompais mon mari. Oui je m’absentais souvent ayant toujours à faire à l’extérieur, oui j’étais toujours joyeuse quand je rentrais alors qu’elle savait les souffrances que me faisait endurer François quand il rentrait saoul. Par allusion elle tenta un vilain chantage. Je prévins mon Pierre et il s’en occupa.

La chose fut réglée et je crois que je n’eus plus à ce jour l’exclusivité de la couche du beau journalier. Mais l’avais je eu un jour ?

Un jour François me lança tout joyeux on va partir de Poiroux. Je lâchais ma cuillère de bouillon tant j’étais surprise.

Oui j’ai trouvé de meilleurs terres que l’Eraudière.

Moi qui me figurais que j’allais finir mes jours ici entourée de……

Je lui demandais où il comptait nous mener, il me répondit à Grosbreuil. Bon ce n’était pas le bout du monde mais je ne verrais plus Pierre tous les jours. Je fis tout pour l’en dissuader y compris mon arme fatale le serrement de cuisses et le cul tourné.

Je ne fus pas gagnante, un soir il me gifla et me prit de force, nous partirions bien à la Foresterie.

Mais la chance semblait me sourire et notre départ fut reporté, ce qui était pris n’était plus à prendre.