
Après l’assassinat de Marat, Momoro obtient l’autorisation de relancer son journal L’Ami du peuple.
Au foyer, tout n’est que politique. La royauté s’effondre, et Antoine participe à l’insurrection du 10 août. Il fait partie de la Commune de Paris et devient une personnalité montante : administrateur du département de Paris et membre du comité provisoire.
Sophie est fière. Elle est visitée, reçue, et participe à la montée en gloire de son mari. Celui-ci est envoyé en mission, et les périls venus de l’extérieur comme de l’intérieur s’amoncellent. La devise Liberté, Égalité, Fraternité est adoptée, et Antoine en est l’un des auteurs. Le bonheur semble au rendez-vous : Sophie rayonne, jeune et belle. Certes, elle préférerait que son mari soit un peu moins tyrannique au foyer, mais elle lui pardonne tout et lui laisse le repos du guerrier sans sourciller.
Mais la Révolution devient noire. Une terreur impitoyable s’installe. Elle va vivre sa période la plus sombre : les clans se déchirent, les têtes tombent, les proscriptions s’enchaînent. Il faut aller de l’avant, et les démagogues d’assemblées et de salons décident qu’il faut déchristianiser. L’ancienne religion est trop présente, elle est un danger, une source de résistance.
Momoro devient, avec Hébert, le principal acteur de cette lutte contre la religion. Conscients que le peuple doit vénérer quelque chose pour rester tranquille, ils imaginent créer un dérivatif à cette suppression. Le 3 novembre 1793, les églises sont toutes fermées, et le 10 novembre a lieu le premier culte de la déesse Raison. Momoro y met la main à la patte et devient l’organisateur de cette mascarade, qui doit se tenir dans l’ancienne cathédrale Notre-Dame, rebaptisée Temple de la Raison.
Pour cela, il faut à l’évidence une déesse. Antoine pense qu’il en a une sous la main : Sophie. Mais elle répugne à ce rôle, elle n’est pas faite pour cela ; la lutte au foyer est déjà rude. Momoro, sûr de triompher avec sa femme en déesse Raison, se heurte à sa résistance. Rien n’y fait, et il se décide alors pour une demoiselle Aubry. Après tout, autant emprunter les décors de l’opéra et une partie du ballet à une femme rompue à tous ces exercices.
C’est un beau carnaval : la demoiselle Aubry, juchée sur une fausse montagne dans un décor de théâtre représentant un temple antique, porte sur son chef le fameux bonnet phrygien. Des tentures cachent les signes indélébiles du culte catholique. Il fait un froid de tombe, des danseuses avec des torches se trémoussent autour, et l’on chante des chants patriotiques. La demoiselle, sur son faux trône, se sent un peu ridicule dans ce rôle.
La situation dégénère quelque peu. Des sans-culottes entonnent la Carmagnole, et Momoro a vent que certains, à l’abri des hautes tentures, se seraient livrés à des actes de paillardise. On décide d’aller en procession au Manège des Tuileries pour présenter la Raison à la Convention. Le convoi est à la fois comique et pathétique : il a plu, il fait froid, et la déesse, portée par des bras vigoureux sur son siège, est brinquebalée en une parodie de procession. Le peuple frigorifié rit de la scène, mais n’accompagne pas en foule cette mascarade.
À la Convention, c’est à qui embrassera la danseuse : c’est un joli brin de fille, et il faut bien s’égayer. Il est décidé que la Convention raccompagnera la déesse en son temple. Il fait toujours aussi froid, toujours aussi humide, et c’est une assemblée crottée qui arrive au Temple de la Raison.
Sophie, en spectatrice, a suivi le cérémonial et se félicite de n’avoir pas participé à cette saturnale. Antoine, quant à lui, se vante de la réussite de ce nouveau culte. La déchristianisation n’est plus qu’une affaire de mois.