MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 17, ma Mort

Pour nous les pas très riches il y avait la plage à coté de l’éperon dont je vous ai déjà parlée.

Autrefois il n’y avait pas grand monde mais maintenant chacun voulait faire son bourgeois. Il fallut réglementer, car certains olibrius attentaient aux bonnes mœurs en montrant les parties de leur corps que la décence n’approuvait pas. Comme la plage de l’éperon était gratuite et les bains payants on appela l’endroit la concurrence.

De toute façon nous on s’asseyait et on regardait le spectacle, l’océan, le vent, les beaux messieurs et les belles dames avec leurs drôles endimanchés. Parfois je levais mon chapeau en reconnaissant un client et Marie baissait la tête en voyant les bourgeoises qui autrefois lui donnaient de l’ouvrage.

Les enfants grandirent, Jean Claude était maintenant un ouvrier qualifié, sûr de son métier, au jugement reconnu. Comme il maîtrisait bien la lecture, il consulta des ouvrages qui parlaient de chirurgie équine. J’étais admiratif de tant de savoir.

Il fit également les mêmes sottises que moi, je crois qu’il s’encanailla avec des filles à marin et eut même une liaison avec la fille d’un pilotin.

Ma fille était aussi devenue un beau brin de fille qu’il fallait surveiller des convoitises malsaines de la gente masculine. Il fallait quand même pas qu’elle nous ramène un polichinelle. Elle aussi apprit à lire, à écrire et à compter. Ma femme lui enseigna également la couture. Doucement elle devint une presque femme.

Marie lui fit part de façon prude des choses de la vie, oh sans s’étendre sur les détails évidement. De tout façon la princesse vivait à la forge et s’initiait aux rudesses linguistiques des ouvriers et des militaires de passage. Elle se mit bientôt à parler comme nous, ma femme en était malade.

Comme pour son fils, elle rêvait pour sa fille d’un monde meilleur, qu’un petit employé en col empesé viendrait demander la main de Marie Magdeleine, qu’un fils de négociant à la main gantée lui ferait la cour où qu’un officier botté et moustache cirée lui proposerait une destinée autre qu’une forge.

Moi j’en rigolais car je savais qu’au plus profond de moi elle serait femme de maréchal, c’était une question de sang.

A ce propos Marie n’avait plus ses menstrues, au début on crut à une nouvelle catastrophe, mais non ils ne réapparurent plus. Apparemment et d’après expérience de femelle, il ne pouvait plus y avoir procréation.

Hors depuis que Marie était en age de comprendre, on lui avait expliqué que l’amour devait avoir pour objectif la procréation. Quel dilemme voyez vous, car on l’avait aussi élevée dans le cadre de la stricte observation du devoir conjugal. Elle dut s’en ouvrir au curé de la cathédrale, car elle continua à s’ouvrir à moi.

De toute façon je me serais servi tout seul, j’étais quand même le chef.

J’appris que ma veuve, celle de la rue Gargoulleau, avait cassé sa pipe, joli temps que ce temps là .

A la Rochelle nous étions loin des soubresauts de la capitale, nous avions changé de Roi, la branche aînée avait été renversée et un cousin à eux s’était emparé de la couronne.

Moi je m’en foutais , les chevaux arrivaient et repartaient, mon voisin le préfet changeait, mais les valets d’écurie étaient les mêmes.

Puis tout bascula, j’étais depuis quelques temps assez fatigué, je me traînais, à la forge mon travail qui avait toujours été impeccable devint moins bon.

Tout le monde s’en apercevait mais n’osait rien dire. A la maison le soir je m’endormais comme une souche, même le corps chaud de ma femme ne m’attirait plus.

Un matin alors que je besognais sur un cheval que j’avais attaché sur le travail avec un harnais, je m’écroulais soudain, une partie de moi même ne répondait plus . Je me retrouvais par terre sans pouvoir bouger, je m’étais pissé dessus et je bavais sans pouvoir proférer un mot.

Mon fils et les ouvriers me montèrent à la maison pour me coucher, on fit quérir ma femme et on chercha un médecin.

Il ne fut guère optimiste et il avait raison.

Après de long mois, je restais bancal et paralysé du bras droit, de plus ma bouche de travers me faisait marmonner un langage que seule Marie comprenait.

Je ne pouvais plus travailler ni en vérité faire grand chose, je descendais péniblement à l’atelier et je m’asseyais regardant les autres effectuer le travail. Un vrai calvaire j’aurai préféré mourir tout de suite.

Les années passèrent doucement, on s’habitua à ma condition de fardeau mais moi je m’en allais doucement. Même le corps de ma Marie ne suffisait pas à me redonner vigueur car de ce coté là j’avais quelques faiblesses aussi.

Puis le 30 décembre 1840 je m’en fus à mon tour en un dernier voyage au cimetière de Saint Éloi.

Mon fils continua la maréchalerie dans l’ile de ré car il prit épouse dans le village de la Couarde.

Sa femme était la fille du maréchal ferrant du village.

Ma fille se maria à la Rochelle avec un maréchal ferrant, j’avais raison contre ma femme sur ce sujet, bon sang ne saurait mentir.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 16, les dernières naissances

Les bains Marie Thérèse  à La Rochelle

Je pris sa place en tout.

Je récupérais sa forge, son appartement, ses outils et aussi un peu de son âme qui restait en ces lieux

Sa clientèle resta fidèle à un Sazerat et beaucoup me reconnurent. Cela me fit bizarre de me réinstaller dans l’appartement où j’étais né, de dormir dans le lit où mes parents avaient fait l’amour et où il étaient morts.

Chaque centimètre m’était familier, mais Marie exigea que quelques travaux soient effectués, plâtre, peinture et changement du lit.

Nous avions déjà des meubles, ceux de mon père furent vendus pour une poignée de pain à une famille de famélique.

C’est donc dans cette maison respirant le neuf que Joseph notre gros garçon potelé arriva. Marie ne souffrit pas trop et à 9 heures du soir de ce 5 janvier 1824 fut délivrée.

Le lendemain tout heureux je me rendais déclarer l’enfant à la maison commune, l’Etienne Casseigne, portier et l’ami Joseph Souffaché préposé aux douanes m’accompagnaient. En rentrant c’est bien normal on fit un peu les noceurs. Au vrai je rentrais complètement éméché avec mes compères. Nous chantions à pleine voix, heureusement que nous étions connus par les soldats de garde à la porte sinon nous aurions terminé à la prison de la rue du palais.

Nous sommes vite passés du rire aux larmes, Joseph ne tenait pas à la vie et fut rappelé par notre dieu créateur. Marie qui vouait un amour immodéré aux choses de l’église trouvait quand même que son dieu exagérait un peu. Il nous avait pris 6 enfants sur 7.

Marie n’était plus qu’une ombre, âgée seulement de 33 ans, elle semblait une vieille femme. En douze années de mariage elle avait enfanté 7 fois, quatre ans et demi de grossesse. Cela marque une femme et ma belle était marquée, cheveux se teintant de gris, toison d’amour parsemée de fils blanc, seins alourdis par les montées de lait et les voraces tétées, ventre grassouillet et un visage qui imperceptiblement se ridait. N’allez pas croire que je ne l’aimais plus et qu’elle ne me faisait plus envie, non pas que chaque soir je lui aurais bien montré mon amour, mais voilà le ressort était cassé, elle ne voulait plus enfanter. Trop de peine que tous ses petits ensevelis en ce maudit lieu de Saint Éloi.

Comme maintenant j’étais mon propre patron, Marie ne travaillait plus, elle s’occupait des tâches ménagères et ne se tuait plus les yeux aux ouvrages de couture.

Le seul changement notable dans le quartier avait été la démolition de l’église Saint Barthélémy à la place se trouvaient des bains publics. Cela devenait une mode de se tremper le derrière, le monde foutait vraiment le camps. Marie évidemment, toujours à la pointe de la propreté aurait bien testé, mais rien que de savoir qu’il y aurait du monde autour cela la bloquait.

Comme les affaires marchaient bien on prit une petite bonniche de la campagne, je crois qu’elle venait de Saint Sauveur de Nuaillé sur la route de Paris. Elle n’était point trop douée mais pour ce qu’on lui demandait c’était bien assez. Elle aidait ma femme à sa toilette, du moins pour monter l’eau à l’étage.

Un jour que je revenais de la forge j’eus droit à une scène de ménage phénoménale. Je se savais pas ce que j’avais pu faire, je ne voyais plus ma veuve et ce n’est pas une main aux fesses à la bonne qui aurait pu la mettre dans cet état. Non figurez vous que Marie n’avait plus ses menstrues. Que pouvais je y faire, j’avais quand même quelques droits sur le corps de ma femme. Le 12 février 1825, naquit Marie Magdeleine, nous lui avons donné les prénoms de ma femme pour conjurer le sort.

Mon ouvrier Joseph et un ami commissionnaire me servirent de témoins.

Par chance la petite passa le cap des premier mois et Marie retrouva le sourire.

Moi à la maréchalerie j’avais donc Joseph comme ouvrier et comme apprenti mon fils Jean claude. Il a été suffisamment à l’école, bien sur encore une fois Marie aurait voulu en faire un fonctionnaire ou un curé. Pour sur à la forge il n’aura pas les mains lisses, sentira le cuir, la graisse, le crottin et le cheval. Il a eu un peu de mal au début, un marteau à la longue ça use, puis lui aussi à son tour il s’est pris de passion pour les chevaux et comme moi il dut attendre pour ferrer son premier cheval.

Chez les Sazerat la vie se répète.

Puis encore et toujours Marie devint grosse, c’était le lot de toutes les femmes, nobles, bourgeoises, paysannes ou ouvrières. Avec la mort c’était bien le seul élément d’égalité.

Certaines femmes étaient plus malines et connaissaient des méthodes, je crois même que certaines se mettaient un petit sac en peau sur le sexe enfin c’est ce que disaient certains militaires à la forge. Moi je ne voyais qu’une façon sortir avant, Marie elle, trouvait que c’était une atteinte aux bonnes mœurs et une sorte de meurtre, l’acte d’amour ne devant être que pour la procréation.

Elle fut donc servie et le 1er février 1827 arriva un petit monstre sans signe de vie, il ne fut pas baptisé et ne reçut pas de prénom. Autant vous dire que l’enterrement fut vite expédié.

De fait ce fut le dernier de la liste, Marie était abîmée au plus profond de son être et la sage femme lui dit qu’à son avis elle n’aurait plus d’enfant.

Cela nous réjouissait, pas pour les mêmes raisons mais nous n’aurions plus à nous soucier de l’avenir en faisant notre devoir conjugal.

Marie se consacra à la petite et la choya, le dimanche nous allions maintenant voir les belles dames et les beaux messieurs aux bains Marie Thérèse. L’établissement payant fut construit sur la falaise, un bâtiment central avec des colonnes et deux pavillons l’encadrant sur les cotés. Il y avait des salles de réunion et bien sur on accédait à une plage en descendant un escalier.

Les femmes étaient protégées des regards masculins par un rideau tendu au milieu et formant séparation. Les baigneuses étaient pourtant habillées d’une espèce de combinaison assez ridicule.

Marie se moquait, mais elle aurait éprouvé une immense joie si elle avait pu se mêler à ce gotha Rochelais. Nous les pas très riches il y avait la plage à coté de l’éperon dont je vous ai déjà parlée.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 15, les départs se succèdent

 

Un dimanche il faut que je vous raconte nous avons décidé de nous promener à la pointe des minimes et au petit village de pécheurs qui se trouvait à coté. Ce fut une sacrée expédition, nous sommes sortis par la porte Saint Nicolas, avons suivi la jetée puis le chemin côtier qui longeait le marais perdu, on voyait au loin notre cité avec ses tours et le toit de notre église qui dépassaient du haut des murailles. Bon dieu un autre monde, une zone d’eau saumâtre, venant mourir sur des galets et recouvertes par l’océan aux fortes marées. Des oiseaux par nous inconnus, plongeaient en ces eaux poissonneuses pour se repaître, des milliers de grenouilles croassaient en un concert qui semblait formidablement orchestré par dame nature. Le vent d’ouest nous fouettait le visage, Jean claude trottinait en rigolant devant nous, les deux petites étaient restées à la garde d’une voisine. Nous arrivâmes au village des minimes et je péchais quelques huîtres pour nous nourrir. Des femmes aux robes retroussées jusqu’à la taille les récoltaient en un travail dur et harassant. Le visage tanné, les mains calleuses et craquelées pires que celles des portes faix du port elles chargeaient sur leur dos voûté des cargaisons qu’un âne aurait refusé.

On continua sur les falaises, quel spectacle, l’île de ré, l’île d’Aix et un curieux fort en construction sur un rocher. Les vagues toujours renouvelées se fracassaient sur les falaises semblant vouloir l’arracher. On passa devant les ruines du couvent mais maintenant si nous ne voulions pas être surpris en ces lieux inhospitaliers par la nuit il nous fallait rentrer. J’entraînais ma petite troupe par le chemin de la sole qui nous mena directement aux marais salant près de la porte Saint Nicolas. La ville n’était point close on rentra chez nous après cette escapade. On récupéra les petites et le cours de notre vie quotidienne reprit.

Puis le malheur arriva dans notre petit foyer, Denise notre petite perle âgée de 4 ans un soir ne se trouva pas bien. D’habitude plutôt gourmande elle refusa toute nourriture, même le pain perdu que sa mère réussissait à merveille et qu’elle dévorait avec avidité. Elle eut tout de suite de la fièvre, son nez coulait et une vilaine toux la secouait de spasmes. De plus son corps se couvrait de plaques rouge, elle se coucha. Tout alla très vite, le lendemain la fièvre la faisait délirer, un médecin lui rendit visite, l’ignorant tourna autour, la palpa, lui regard les yeux et le fond de la  gorge. Il finit par hocher la tête, il n’y pouvait rien, notre enfant était perdue.

Le soir elle s’apaisa, dame nature l’avait elle sauvée, la grande faux l’avait elle épargnée ?

Le lendemain elle était morte, les yeux grands ouverts, un léger sourire.

Nous avions déjà perdu des enfants mais ceux qui étaient partis ne nous avaient pas ensoleillé de leurs rires et de leurs babillages, ne s’étaient jamais couchés entre nous et ne nous avaient jamais embrassés .

Toute la journée ce ne fut que visite que nous étions obligés de refuser car la rougeole était contagieuse. Le lendemain avec mon frère on descendit la petite caisse de bois et encore et toujours je retournais au cimetière de Saint Éloi, cette fois Marie nous accompagnait, tête basse et dos voûté par le malheur. Une prière, quelques pelletées de terre sablonneuse et c’ était terminé avec notre belle Denise.

Hélas nous n’en avions pas fini avec la grande faucheuse le 6 mars 1823, Virginie ma pépite eut les mêmes symptômes, encore plus vite que sa sœur, la maladie fut courte et l’agonie discrète.

Nous n’avions plus de fille et seul Jean Claude nous restait, par mesure de précaution, on le confia à mon père. Est ce l’éloignement qui le sauva ou sa robustesse, ma fois je n’en sais fichtre rien.

Marie n’avait plus goût à rien et même nos promenades du dimanche n’y changeaient rien, elle se réfugiait dans la religion et devenait dévote.

Faire l’amour lui pesait et elle n’acceptait que rarement que je la prenne, un soir pourtant elle céda et il me sembla qu’elle en éprouva du plaisir. Je m’illusionnais peut être mais quoi qu’il en soit son ventre s’arrondit de nouveau et ses seins encore une fois se gonflèrent.

Elle en fut atterrée et seule son intransigeance religieuse fit qu’elle ne chercha quelques faiseuses d’anges. J’ai cru qu’elle allait se laisser mourir, elle ne mangeait plus maigrissait et son travail s’en ressentait. Elle perdait des clientes et les belles dames des beaux quartiers ne lui donnaient plus d’ouvrages. Elles gagnait encore quelques sous avec des menus travaux qu’elle réalisait pour les femmes du peuple et les commerçantes du quartier.

La nature reprit ses droits et l’enfant grandit en son sein.

Mais malheur quand tu nous tiens.

Je vous ai déjà dit que mon frère avait contracté le mal honteux, c’était un vrai fléau, inguérissable, fait de période de mal puis de rémission mais gagnant toujours.

En juin mon frère rechuta et cela lui fut fatal, veillé par ma femme, par une cousine il s’en alla, mon père qui aimait plus que tout son grand bon à rien de fils, ce gibier de potence, ce dépravé coureur de gueuses mais fils au grand cœur, dur au travail comme les Sazerat et au coup d’œil inégalable pour les maux de nos amis équins fut complétement atterré.

Ce fut avec un grand renfort d’amis et de connaissances qu’il fut porté en terre. Je portais maintenant le deuil de mes filles et le grand fardeau d’une solitude fraternelle.

Puis ce fut mon père qui décida de nous laisser, j’étais maintenant presque seul au monde. Il nous quitta comme cela sans tambour ni trompette presque à la sauvette. Je n’avais plus de modèle, le phare de ma vie était éteint.

L’homme qui m’avait inculqué son savoir n’était plus.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 14, nouveau déménagement et nouvelles naissances

 

 

Notre couple n’allait guère mieux et Marie sombrait peu à peu dans un catholicisme radical. Je ne devais plus la toucher, le dimanche jour du seigneur, pendant carême, à Pâques et pendant l’avent. Je mis un terme à toutes ses âneries assez rapidement. Le dimanche était mon jour de repos, alors seigneur ou pas la Marie, avant la messe devait lever son cotillon.

J’étais content de moi et elle outrée, elle allait à l’office à la cathédrale et moi j’allais à l’auberge de la croix d’or juste à coté de la maison. N’allez pas croire que je ne l’aimais plus ma petite cul bénie, mais bon elle était après ses quatre maternités un peu abîmée, ses seins si arrogant autrefois tombaient maintenant et son ventre plein de veinure semblait couler en de multiples plis. Moi j’aimais les femmes un peu moins grasse.

Le dimanche après midi nous allions nous promener, le port, le Mail. On se trempait également les pieds dans l’eau près de la porte des trois moulins. Il paraît que des hurluberlus voulaient faire un établissement où on pourrait prendre des bains de mer. C’était vraiment n’importe quoi. Il est vrai que l’été des cabanes apparaissaient sur la plage de galets et que des baigneurs et baigneuses vêtus bizarrement se jetaient à l’eau. Il y eut des plaintes de promeneurs car certains se dévêtaient un peu trop près du chemin et offusquaient les biens pensants. Bon ce n’était pas l’affluence qu’aurait l’endroit un peu plus tard mais tout de même nous n’y étions pas vraiment seuls.

Marie trouvait cela inconvenant mais que ne trouvait elle pas inconvenant. Nous n’allions pas plus loin et jamais nous ne retournâmes du coté de chef de baie.

Mon frère avait fait une rechute et nous l’avions déposé à l’hôpital Saint Louis, nous avons vraiment cru le perdre, car tout son corps était paralysé, mais finalement il se remit et revint travailler à la forge. Bon son comportement était des plus bizarre et il continuait à courir la ribaude. Ne pouvant prendre femme avec sa maladie je pouvais comprendre qu’il est envie de faire l’amour. Le problème résidant dans le fait qu’il propageait sa maladie partout.

Un jour que je passais rue Gargoulleau, je revis ma veuve et je retombais dans mon adultère, cette fois rien ne me ferrait abandonner cette pratique. Marie s’en douta et je pense que les commères du quartier le surent aussi. J’étais dur à contenter et ma femme me subissait aussi et elle eut à nouveau des espérances.

Avant que l’enfant naisse je me décidais à changer de travail, ou plus précisément je quittais la forge de mon père, j’en avais marre de ses excès d’humeur. Je trouvais à m’employer dans une maréchalerie sur le quai Maubec. Quel changement, je plongeais dans l’univers du port, plus de beaux messieurs ni de belle dames, mais des hommes et femmes tannés par l’air marin, le soleil et les embruns. Même le langage changeait, devenait plus frustre et imagé. Le travail était identique, mais les chevaux se faisaient plus lourds, utilisés au charrois les races changeaient. De nombreux habitants des faubourgs et des villages voisins venaient livrer leurs eaux de vie et ils en profitaient pour ferrer leurs chevaux, non pas qu’ils en manquaient chez eux car tout village possédait une où plusieurs maréchalerie.

La proximité de l’arsenal nous procurait énormément de travail également

On déménagea de nouveau et l’on trouva le gîte rue Saint Sauveur près de l’église, l’immeuble était vétuste, l’escalier vermoulu et étroit, la façade était ancienne avec du bois partout comme au moyen age. Toujours deux petites pièces, nous dormions dans la pièce principale et Jean Marie dans la pièce aveugle qui nous servait aussi de débarras. Au niveau odeur nous y avons gagné un peu, mais le canal était le déversoir de toutes les ordures de la ville. Mais ce que j’aimais c’étaient les effluves océanes et le cri des mouettes.

Ma femme allait maintenant à l’église de Saint Sauveur, le long du canal, c’était la quatrième église construite en cet emplacement, les autres avaient brûlé victimes de la furie humaine, seul le clocher gothique était un peu ancien. C’était la paroisse des marins et ces dernier accrochaient des bateaux dans l’église pour les protéger lors de leurs sorties en mer. Je ne sais si c’était efficace.

Je ne sais à qui mon épouse dédiait ses prières mais en attendant elle accoucha d’une jolie petite pissouse qui peut être intervention divine dut aux dévotions de ma femme se porta comme un charme. On lui donna le nom de Denise, avec Paul Joubert un jeune marchand de 22 ans et avec Jean Gouteron le fabriquant de chandelles nous avons déclaré l’enfant.

Deux enfants vivants sur cinq naissances ma foi nous étions dans la moyenne.

Je travaillais donc dans ce quartier très vivant et coloré, certes comme je l’ai déjà dit les appartements n’étaient guère confortables et l’on changea encore de rue pour nous loger. Nous déménageâmes rue Bletterie, dans une vieille maison à pans de bois, la aussi escalier raide comme la justice, parquet vermoulu et poutres multicentenaires, noires de suie de poussière et de crasse.

Encore le même schéma, deux pièces, l’une donnant sur la rue l’autre sur une cour, une cheminée pour se chauffer et faire cuire les aliments, notre lit serré contre un mur avec le petit berceau d’osier de Denise à coté, une vilaine table, quelques chaises cannelées, un coffre de bois de chêne et une armoire brinquebalante venue du fond des âges et ayant appartenus à feue ma mère. Il y avait aussi le bric-à-brac ménagers de Marie.

La vie fut douce pour nous rue de  Bletterie, Jean Claude grandissait et devenait un petit garçon intéressant, ma femme se mit en tête de lui apprendre à lire, très bonne idée, mais ce fut avec une bible  qui me mit un peu en rage. Marie me résista et je la laissais faire, après tout des écrits sont des écrits. Moi je travaillais durement de l’aube à l’aurore, de temps en temps je fréquentais ma veuve mais c’était juste pour la gaudriole.

D’autant que Marie était enceinte encore une fois, elle me traitait de maladroit, mais que pouvais je faire, elle refusait que je me retire car c’était un péché, alors évidement comme elle avait à peine 30 ans elle marquait à tous les coups.

Le 23 février 1821 nous naquit la petite virginie, encore une drôlesse, vraiment pas de chance.

Virginie prit la place de sa sœur dans le berceau et Denise se retrouva dans le lit avec son frère, ils étaient petits on verrait plus tard à rajouter une paillasse.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 13, des naissances et ma maitresse

Le clocher de Saint Barthélémy

 

Puisque je vous ai parlé de cette femme qui me faisait envie et qui passait pour aller faire ce que toutes les femmes faisaient pour alimenter leur foyer en eau, il faut que je vous parle de cette magnifique fontaine située en bas de la rue du minage et de la rue du Cordouan, elle était du début du règne du roi bien aimé le quinzième, mais bien sur il y avait une fontaine à cet endroit bien avant. Il y avait deux pompes et il fallait souvent attendre, l’eau était à peu près de bonne qualité sauf quand les eaux sales de la rue venaient se déverser dans le bassin, alors la gare à la chiasse.

Marie y allait souvent car elle consommait beaucoup d’eau à sa toilette, je vous demande un peu pourquoi faire. Elle m’ houspillait en permanence en me disant que j’étais sale. Moi je me lavais les mains et le visage tous les jours, pour les pieds s’était le dimanche. Le reste qui était point exposé je ne m’en occupais point. Marie elle, se lavait complètement une fois par semaine, même son conin comme les garces du port. Si encore j’avais pu la regarder se lavant j’en aurais éprouvé du plaisir mais non elle se lavait avec une voisine toute aussi entichée qu’elle de propreté. Vous parlez d’une engeance moi les femmes j’aime quand elles ont un peu d’odeur.

En février arriva Raoul de son deuxième prénom Alexandre, l’accouchement ne se passa très bien et il fallut faire venir Joseph Carneiro le chirurgien, Marie fut déchirée et eut une hémorragie, on l’a cru perdue. Le petit était fort malingre et le praticien ne nous donna que peu d’espérance. J’attendis deux jours pour aller le déclarer avec Raoul Gautier, mon voisin et avec le chirurgien.

La fièvre se mit en Marie Magdeleine, elle délira quelques jours et ne put nourrir le petit, ni d’ailleurs mon premier qui tétait encore comme un goulu. Pour Jean Paul se fut une petite lavandière aux téton généreux et pour Raoul une accorte marchande de légume qui vendait sa pratique au bas de la rue.

La nature sauva ma femme mais Raoul nous quitta à l’age d’un mois. Encore une fois je fis le voyage à Saint Éloi pour ensevelir ce bout de chair tout rabougri. Je suis peut être un peu dur mais depuis le début on savait qu’il allait passer alors je ne m’étais pas attaché.

Marie eut un peu de mal à s’en remettre, mais moi j’avais mes ardeurs. Autant vous dire que la première fois elle m’a maudit mais bon on va pas contre la nature . Comme elle ne voulait toujours pas goûter à d’autres plaisirs, il ne fallait pas qu’elle se plaigne. C’est donc à cette période comme elle n’arrêtait pas de geindre que je me suis m’y à fréquenter une jeune veuve de la rue Gargoullaud. Tous les jours je passais devant chez elle et nous échangions quelques mots. Un jour elle me fit entrer chez elle boire un coup d’une piquette qu’elle obtenait d’un bout de vigne hors la ville du coté de Laleu. Ce jour la je la troussais d’importance sur la table de sa cuisine, sans amour ni fioriture. C’est tout ce qu’elle demandait et moi j’aspirais à la même chose. Régulièrement depuis je lui rendais visite, elle était moins fermée que ma femme pour certaines choses alors pourquoi se priver.

J’étais bien sur moins assidu dans les bras de Marie, mais je crois qu’elle s’en trouvait soulagée. Il faut maintenant vous dire que les choses cessèrent rapidement. Précédemment je vous ai parlé de la fontaine du pilori ou chacun allait se fournir en eau, c’était aussi un lieu de nouvelles et d’informations. Un matin Marie fut moquée et les femmes présentent scandèrent  » la cocue, la cocue  ». le soir elle m’attendait de pieds fermes, se fut un régal pour le voisinage tout y passa, les noms d’oiseaux et la vaisselle, je dus lui mettre une toise pour la faire cesser. Elle me battit froid pendant un bon moment, d’autant que les moqueries ne cessèrent pas, une femme qui était trompée en cette période était une femme qui ne savait pas retenir son mari. Le curé de notre dame s’en mêla et lui fit comprendre qu’un homme avait des envies et qu’il était de son devoir à elle d’y pourvoir. Ce ne fut pas facile pour elle mais un soir elle fit le premier pas et s’offrit. Pour tout dire je ne voyais plus mon amante, Marie deux mois après était encore pleine. Bon dieu de bon dieu, j’espérais que cette fois la nature serait plus clémente.

C’est aussi à cette période que l’on déménagea car le propriétaire de notre appartement voulait simplement le récupérer. On trouva à se loger dans la rue de le Forme juste à coté de la rue des trois marteaux, nous donnions sur la grande boucherie, cela sentait mauvais dans notre précédent logement, mais là nous touchions des sommets olfactifs. En plus il n’y avait pas de latrines dans l’immeuble, tout dans un seau. Heureusement ce n’est pas moi qui descendait le pot de chambre le matin c’était le travail des femmes.

Bref un petit déménagement, mais au final un appartement beaucoup moins spacieux, nous ne pensions pas y rester longtemps.

En tout cas ce fut ici que Marie accoucha d’ Alexandre, encore très long et douloureux décidément, Marie était plus douée pour tomber enceinte que pour faire naître un petit. Notre garçon était assez chétif et de fait il ne vécut que 19 jours. Michel Pacraud un maître serrurier qui tenait son atelier rue des merciers et ami de la famille vint déclarer la naissance et le décès à l’hôtel de ville avec moi. Heureusement l’enfant avait été baptisé, je ne croyais guère aux bondieuseries mais je n’aimais pas l’idée que mes enfants n’accèdent pas au paradis et restent coincés dans les limbes. Le gardien du cimetière me connaissait maintenant et me permit d’enterrer Alexandre à proximité de l’endroit où reposait son frère Raoul. Marie resta prostrée quelques semaines, mais il fallait se remettre au travail.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 12, mon métier à la maréchalerie

Il fallut reprendre le court de notre vie mais je dus faire preuve d’une douce tendresse pour raviver une flamme dans les yeux de Marie Magdeleine.

C’est à la même époque que l’on parla de la perte de la grande armée dans les steppes Russe, ce fut un choc pour tout le monde car on croyait Napoléon invincible, quelques messieurs commencèrent à relever la tête et à parler de l’usurpateur. Moi je veux bien, mais lui ou un autre, pourvu qu’il y ait des chevaux à ferrer et que les marchés soient alimentés peu m’importait. Ma famille proche n’avait pas fourni de chair fraîche à l’ogre de l’île Corse. Bon certes les denrées coloniales avaient disparu et les marchandises augmentaient, mais point de disette ni à fortiori de famine, alors ventre plein consent à tout.

Marie Magdeleine reprit le dessus et elle fut de nouveau pleine, comme la première fois elle rayonnait, moi aussi d’ailleurs, l’idée d’avoir un fils me ravissait, oui il y avait le risque d’avoir une femelle mais au fond de moi je savais qu’un futur maréchal ferrant viendrait à naître.

C’est aussi à cette époque que l’on apprit la maladie de mon frère Antoine, bon ce n’est pas glorieux, mais le malheureux s’en repent tous les jours.

Je vous l’ai déjà compté, il n’était pas toujours facile de trouver une compagne et d’avoir une activité sexuelle. Nous étions donc tenté d’aller voir des filles tarifées. C’est ce que fit mon frère, mais bon cela comportait des risques. A force de fréquentation il remarqua une petite bonniche de la rue Saint Sauveur, elle lui ouvrit son cœur et ses cuisses. Seulement la belle en aimait d’autres, marins, soldats et débardeurs rejoignaient sa couche. Il arriva ce qui devait arriver et elle lui refila le mal français. Cela commença par un sale chancre sur les parties, ce qui nous a bien fait rire à l’atelier, mais ensuite son état s’aggrava et il eut des ganglions partout, avec une grosse fièvre. On le crut perdu et il resta longtemps alité, le médecin usa de solutions mercurielles. Cela passa mais la syphilis était en lui.

Ma femme accoucha le 19 janvier 1814, et je vous l’avais dit ce fut un garçon, l’enfant se présenta normalement et tout alla pour le mieux.

On le nomma Jean Claude en l’honneur du futur parrain. Le lendemain j’allais le déclarer avec mon voisin Jean Caillaux le boulanger et avec Jean Claude Devin, mon ami armurier au 3ème régiment de chasseur. Ce dernier en donnant son prénom accepta d’être aussi le parrain.

Avec bonheur le petit fut accueilli, il était vigoureux et à n’en pas douter il ferait un excellent maréchal ferrant.

Moi c’est d’un cœur léger, que je me rendais à la forge, nous avions du travail sans cesse. Un cheval repartait et un autre arrivait, pensez donc un canasson devait revenir tous les 7 ou 9 semaines, un véritable défilé.

La plus part du temps nous les ferrions devant le bâtiment. Nous attachions la bête à un anneau le long du mur, il fallait aimer les chevaux, pour ma part je leur caressais l’encolure et la croupe en leur racontant des histoires. Ma femme en rigolant disait que je la touchais moins que mes chevaux, elle n’avait pas tort.

Après la prise de contact il fallait déferrer, c’est à dire enlever le vieux fer. Nous utilisions un outil appelé dérivoir, il nous permettait d’enlever les rivets ou pour le moins de les couper, car nous les arrachions avec une pince. Ensuite on arrachait le fer avec une tricoise en faisant levier, le tout sans faire mal au cheval.

Après je nettoyais le sabot avec une reinette, un rogne pied et une pince à parer, on appelle cette opération le parage c’est du grand art, il faut que tout soit parfait, la sole et la ligne blanche doivent être d’aplomb, tous ces détails font que le maréchal est bon ou pas et que les clients reviennent.

Ensuite il faut choisir le fer en fonction du pied du cheval, les fers à cheval sont forgés avec une tige de fer, cela vous fait les bras.

Je commençais par faire une encoche sur les antérieurs dans la partie du sabot que l’on nomme la pince. Je mémorisais la tournure et ensuite sur l’enclume je façonnais le fer. Puis c’est la pose à chaud, si tout était parfait je passais au pied suivant, sinon je refaçonnais mon fer. Les 4 sabots terminés, je devais poser les fers. Il fallait que je choisisse les clous en fonction du pied du cheval ensuite avec mon brochoir je les plantais dans la ligne blanche, ils devaient tous ressortir au même niveau et surtout on ne devait pas blesser le cheval en touchant un endroit sensible. Puis je coupais la pointe des clous et je matais la pointe avec ma mailloche puis avec la râpe je fignolais et enlevais toutes les dernières aspérités.

Après avec le client on se tapait un coup de gnôle, cela revigore car c’est physique. Le soir je vous dis que cela ne traînait pas pour dormir, tous les jours sauf le jour du seigneur. A ce rythme on vieillit vite et mon père commençait sérieusement à faiblir. D’autant que mon frère avait souvent des crises et que lui aussi n’était point en forme.

Une autre personne qui n’était  pas en excellente disposition c’est notre empereur, il parait qu’il vient d’abdiquer et que les cosaques sont dans Paris, la nouvelle court de bouche en bouche, elle vient d’arriver par le télégraphe de Chappe.

Pourtant aux dernières nouvelles il semblait gagner, mais à quoi bon tout le monde est contre nous.

Par contre j’ai pas bien compris le nom de celui qui allait lui prendre sa place. Un Louis, frère de celui qui a été décollé, moi je ne savais pas qu’il avait un frère, c’est apparemment un Bourbon.

Cela ne m’affecta pas beaucoup d’autant plus que j’avais une autre nouvelle me concernant et qui me parlait beaucoup plus, Marie était grosse une nouvelle fois. Elle aurait bien attendu un peu car Jean Paul était à la mamelle et elle avait de l’ouvrage à revendre tant ses doigts étaient agiles avec une aiguille.

Elle jura que je ne la toucherais plus, en attendant comme le mal était fait je pouvais la prendre quand bon me semblait. Bon je fanfaronne, elle se refusa à moi avec son gros ventre et lorsque je lui ai proposé une autre solution j’ ai eu l’impression qu’elle allait réveiller tout l’immeuble et qu’elle allait prévenir Monsieur l’évêque en personne. Je pris mon mal en patience mais mes regards furent attirés par une petite drôlesse qui passait régulièrement pour aller chercher son eau à la fontaine du pilori. Lorsqu’elle revenait le corsage mouillé collant à sa peau elle était belle à damner. Bon pour cette fois je ne succombais pas.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 11, mon premier chez moi et mon premier enfant

 

Ils nous restaient une décision importante à prendre, devait on quitter la rue de la porte neuve et nous installer ailleurs et moi devais je abandonner la maréchalerie paternelle pour m’installer à mon compte.

En examinant nos finances il s’avéra que nous ne pourrions faire les deux, d’accord avec ma femme on décida de prendre un appartement. Nous connaissions beaucoup de monde et pour une somme modeste nous nous installions rue des trois marteaux. Ce n’était pas un château mais au dernier étage sous les combles, deux pièces, dont une aveugle, celle en façade exposé plein ouest nous offrait une belle lumière. Nous disposions aussi d’une petite terrasse sur le toit comme en possède beaucoup d’immeuble à la Rochelle. Trois étages nous séparaient d’une petite cour avec latrines. Un petit paradis en quelque sorte. Pour les meubles et les objets du quotidien nous avons fait le tour de la famille et pour le reste on dut l’acheter. Marie avait un petit pécule et un trousseau quelle s’était confectionnée grâce à ses talents de couturière. A ce propos comme il n’était pas question qu’elle continue son travail de bonne il fut décidé qu’elle s’installerait comme couturière. Son ancienne maîtresse lui assurant avec ses relation une confortable clientèle.

Mon père nous vit partir avec regret, il s’était déjà habitué à une présence féminine chez lui.

Je faisais donc tous les jours le chemin qui me menait de chez moi à la forge.

Le canton des trois marteaux se situait près de la grande boucherie, certes pour nous approvisionner c’était pratique mais quel puanteur. Les abattages se faisant sur place devant ou dans la boucherie, odeur de sang, de merde, de mort. Je remontais donc ma rue, passait  la place des trois fuseaux, longeais la boucherie, ensuite c’était la rue Gargoulleau qui débouchait sur la place Napoléon, j’étais presque arrivé, je longeais la cathédrale, regardais chaque jour avec un plaisir renouvelé le clocher  Saint Barthélémy et le chantier non terminé de son église détruite, puis c’était l’hôpital Aufrédi. Après c’était ma rue et mon ancien terrain de jeux. Tous les matin j’en humais les odeurs m’en imprégnais pour pouvoir accomplir mon labeur. Ayant respiré à plein poumon l’atmosphère de ma terre, je rentrais me mettre au travail en saluant mon père et mon frère.

Partout des commerces, des auberges, des artisans, des écuries, un vrai spectacle bien différent du quartier de la porte neuve. Moins de beaux messieurs et de belles dames, sans doute la boue sanguinolente et merdeuse de la grande boucherie.

On y voyait que le peuple et moi cela m’allait plutôt. Nous nous installâmes avec le plus grand bonheur, enfin seuls, quelle volupté, nous étions libérés et nos nuits furent fort agitées, nous pouvions faire du bruit et nous pouvions jouir de nos nudités respectives. Bon il faut avouer que de ce coté là Marie était fort prude et elle avait du mal à se dévoiler, elle considérait la nudité comme sale et voir un morceau de chair de ma belle était une victoire. Chaque fois je me devais de combattre pour que ma fleur enlève ses pétales.

A oui j’oubliais, Marie dut fréquenter la paroisse Notre dame, le curé de la cathédrale lui avait fait comprendre que demeurant au canton des trois marteaux il ne pouvait plus la considérer comme sa paroissienne. Qu’ importe, moi je n’y allais que pour les grandes occasions, non pas voyez vous que je ne croyais plus en dieu, mais toutes les bondieuseries qui allaient autour m ‘ horripilaient. Je me serais bien vu avec les protestants pour la simplicité de leurs offices. Mais bon j’étais partagé car la munificence des messes catholiques me fascinait. Par contre quelque chose me turlupinait, la bonne Marie notre sainte mère l’était elle vierge ou pas ?

Ma Marie à moi qu’était plus vierge fut bientôt grosse, ses menstrues qu’étaient déjà pas trop régulières, bah elle ne les avait plus. La nature nous avertissait aussi et les seins de ma femme devinrent généreux, quel délice que ses grosses mamelles qui bientôt ne seraient plus pour moi. Ce qui fut moins marrant c’est les vomissements mais bon c’est la nature.

Nous étions très heureux, Marie travaillait à son ouvrage dans notre pièce principale, elle était privilégiée par rapport à ces pauvres filles des campagnes qui devaient trimer dans les champs jusqu’au terme.

L’été passa et elle fut grandement incommodée par la chaleur les émanations des tueries de la grande boucherie. La fosse d’aisance de l’immeuble nous empestait également, le propriétaire ne faisait rien pour la faire vider et il fallait vraiment ne pas être zirou pour poser culotte dans un tel endroit.

Avec mes voisins nous avons été trouver le négociant qui nous louait les appartements, devant notre virulence il fit le nécessaire. Deux jours plus tard une charrette tirée par deux bœufs avec deux énormes haquets se plaçait devant la maison, commença alors un étrange ballet de porteur de seaux.

Chaque pauvre hère occupé à cette tache allait puiser avec son récipient la merde et l’urine qui se trouvaient dans la fosse débordante puis allait les verser dans les immenses tonneaux. L’odeur était épouvantable et moi qui ne suis pourtant pas délicat j’en avais des hauts le cœur. Les pauvres hommes étaient répugnant de crasse et leurs vêtements ignominieusement souillés. Heureusement Marie avait des mesures à prendre autour de la taille d’une belle bourgeoise de la rue saint Léonard et avec son gros ventre put quitter l’enfer de pestilence qu’était notre rue.

Le 8 novembre 1812, j’étais à peine rentré de mon travail que Marie perdit les eaux, elle avait eu des contractions toute la journée mais ne m’avait point fait chercher, heureusement une sage femme habitait rue des sirènes et elle put assister ma femme. La famille n’eut pas le temps de venir et c’est assistée de cette professionnelle et d’une voisine qu’elle mit au monde mon premier fils. Quel horrible chose, petit, sanguinolent, tout fripé,il fut promptement lavé et emmailloté. Le lendemain c’est tout fier qu’avec mon père et mon oncle nous nous rendîmes à la mairie déclarer l’enfant. Pour tout dire on se laissa tenter par quelques pichets et c’est fort éméché que je rentrais à la maison.

Après une haute lutte on obtint qu’Antoine fut baptisé à la cathédrale, l’ancienneté de la présence de notre famille dans ce quartier nous permit d’obtenir ce passe droit. Ce fut mon frère le parrain et ma belle sœur Marie qui fut marraine, nous avons partagé un petit repas à l’issu mais il nous fallait reprendre notre ouvrage, les chevaux n’attendaient pas.

Hélas au bonheur succède souvent le malheur, le petit ne prenait guère et un matin j’entendis un cri strident, Marie se tenait devant moi, tenant Antoine dans ses bras, roide, les yeux clos, un léger sourire sur son petit visage, il était mort.

Malgré la mortalité infantile que nous savions importante, nos larmes se joignirent et de concert nous pleurâmes notre petit. Avec mon voisin on déclara le décès. Le lendemain dans une carriole à main, enroulé dans un linceul de drap blanc je portais en terre le petit corps au cimetière de Saint Éloi.