MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 15, les départs se succèdent

 

Un dimanche il faut que je vous raconte nous avons décidé de nous promener à la pointe des minimes et au petit village de pécheurs qui se trouvait à coté. Ce fut une sacrée expédition, nous sommes sortis par la porte Saint Nicolas, avons suivi la jetée puis le chemin côtier qui longeait le marais perdu, on voyait au loin notre cité avec ses tours et le toit de notre église qui dépassaient du haut des murailles. Bon dieu un autre monde, une zone d’eau saumâtre, venant mourir sur des galets et recouvertes par l’océan aux fortes marées. Des oiseaux par nous inconnus, plongeaient en ces eaux poissonneuses pour se repaître, des milliers de grenouilles croassaient en un concert qui semblait formidablement orchestré par dame nature. Le vent d’ouest nous fouettait le visage, Jean claude trottinait en rigolant devant nous, les deux petites étaient restées à la garde d’une voisine. Nous arrivâmes au village des minimes et je péchais quelques huîtres pour nous nourrir. Des femmes aux robes retroussées jusqu’à la taille les récoltaient en un travail dur et harassant. Le visage tanné, les mains calleuses et craquelées pires que celles des portes faix du port elles chargeaient sur leur dos voûté des cargaisons qu’un âne aurait refusé.

On continua sur les falaises, quel spectacle, l’île de ré, l’île d’Aix et un curieux fort en construction sur un rocher. Les vagues toujours renouvelées se fracassaient sur les falaises semblant vouloir l’arracher. On passa devant les ruines du couvent mais maintenant si nous ne voulions pas être surpris en ces lieux inhospitaliers par la nuit il nous fallait rentrer. J’entraînais ma petite troupe par le chemin de la sole qui nous mena directement aux marais salant près de la porte Saint Nicolas. La ville n’était point close on rentra chez nous après cette escapade. On récupéra les petites et le cours de notre vie quotidienne reprit.

Puis le malheur arriva dans notre petit foyer, Denise notre petite perle âgée de 4 ans un soir ne se trouva pas bien. D’habitude plutôt gourmande elle refusa toute nourriture, même le pain perdu que sa mère réussissait à merveille et qu’elle dévorait avec avidité. Elle eut tout de suite de la fièvre, son nez coulait et une vilaine toux la secouait de spasmes. De plus son corps se couvrait de plaques rouge, elle se coucha. Tout alla très vite, le lendemain la fièvre la faisait délirer, un médecin lui rendit visite, l’ignorant tourna autour, la palpa, lui regard les yeux et le fond de la  gorge. Il finit par hocher la tête, il n’y pouvait rien, notre enfant était perdue.

Le soir elle s’apaisa, dame nature l’avait elle sauvée, la grande faux l’avait elle épargnée ?

Le lendemain elle était morte, les yeux grands ouverts, un léger sourire.

Nous avions déjà perdu des enfants mais ceux qui étaient partis ne nous avaient pas ensoleillé de leurs rires et de leurs babillages, ne s’étaient jamais couchés entre nous et ne nous avaient jamais embrassés .

Toute la journée ce ne fut que visite que nous étions obligés de refuser car la rougeole était contagieuse. Le lendemain avec mon frère on descendit la petite caisse de bois et encore et toujours je retournais au cimetière de Saint Éloi, cette fois Marie nous accompagnait, tête basse et dos voûté par le malheur. Une prière, quelques pelletées de terre sablonneuse et c’ était terminé avec notre belle Denise.

Hélas nous n’en avions pas fini avec la grande faucheuse le 6 mars 1823, Virginie ma pépite eut les mêmes symptômes, encore plus vite que sa sœur, la maladie fut courte et l’agonie discrète.

Nous n’avions plus de fille et seul Jean Claude nous restait, par mesure de précaution, on le confia à mon père. Est ce l’éloignement qui le sauva ou sa robustesse, ma fois je n’en sais fichtre rien.

Marie n’avait plus goût à rien et même nos promenades du dimanche n’y changeaient rien, elle se réfugiait dans la religion et devenait dévote.

Faire l’amour lui pesait et elle n’acceptait que rarement que je la prenne, un soir pourtant elle céda et il me sembla qu’elle en éprouva du plaisir. Je m’illusionnais peut être mais quoi qu’il en soit son ventre s’arrondit de nouveau et ses seins encore une fois se gonflèrent.

Elle en fut atterrée et seule son intransigeance religieuse fit qu’elle ne chercha quelques faiseuses d’anges. J’ai cru qu’elle allait se laisser mourir, elle ne mangeait plus maigrissait et son travail s’en ressentait. Elle perdait des clientes et les belles dames des beaux quartiers ne lui donnaient plus d’ouvrages. Elles gagnait encore quelques sous avec des menus travaux qu’elle réalisait pour les femmes du peuple et les commerçantes du quartier.

La nature reprit ses droits et l’enfant grandit en son sein.

Mais malheur quand tu nous tiens.

Je vous ai déjà dit que mon frère avait contracté le mal honteux, c’était un vrai fléau, inguérissable, fait de période de mal puis de rémission mais gagnant toujours.

En juin mon frère rechuta et cela lui fut fatal, veillé par ma femme, par une cousine il s’en alla, mon père qui aimait plus que tout son grand bon à rien de fils, ce gibier de potence, ce dépravé coureur de gueuses mais fils au grand cœur, dur au travail comme les Sazerat et au coup d’œil inégalable pour les maux de nos amis équins fut complétement atterré.

Ce fut avec un grand renfort d’amis et de connaissances qu’il fut porté en terre. Je portais maintenant le deuil de mes filles et le grand fardeau d’une solitude fraternelle.

Puis ce fut mon père qui décida de nous laisser, j’étais maintenant presque seul au monde. Il nous quitta comme cela sans tambour ni trompette presque à la sauvette. Je n’avais plus de modèle, le phare de ma vie était éteint.

L’homme qui m’avait inculqué son savoir n’était plus.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 14, nouveau déménagement et nouvelles naissances

 

 

Notre couple n’allait guère mieux et Marie sombrait peu à peu dans un catholicisme radical. Je ne devais plus la toucher, le dimanche jour du seigneur, pendant carême, à Pâques et pendant l’avent. Je mis un terme à toutes ses âneries assez rapidement. Le dimanche était mon jour de repos, alors seigneur ou pas la Marie, avant la messe devait lever son cotillon.

J’étais content de moi et elle outrée, elle allait à l’office à la cathédrale et moi j’allais à l’auberge de la croix d’or juste à coté de la maison. N’allez pas croire que je ne l’aimais plus ma petite cul bénie, mais bon elle était après ses quatre maternités un peu abîmée, ses seins si arrogant autrefois tombaient maintenant et son ventre plein de veinure semblait couler en de multiples plis. Moi j’aimais les femmes un peu moins grasse.

Le dimanche après midi nous allions nous promener, le port, le Mail. On se trempait également les pieds dans l’eau près de la porte des trois moulins. Il paraît que des hurluberlus voulaient faire un établissement où on pourrait prendre des bains de mer. C’était vraiment n’importe quoi. Il est vrai que l’été des cabanes apparaissaient sur la plage de galets et que des baigneurs et baigneuses vêtus bizarrement se jetaient à l’eau. Il y eut des plaintes de promeneurs car certains se dévêtaient un peu trop près du chemin et offusquaient les biens pensants. Bon ce n’était pas l’affluence qu’aurait l’endroit un peu plus tard mais tout de même nous n’y étions pas vraiment seuls.

Marie trouvait cela inconvenant mais que ne trouvait elle pas inconvenant. Nous n’allions pas plus loin et jamais nous ne retournâmes du coté de chef de baie.

Mon frère avait fait une rechute et nous l’avions déposé à l’hôpital Saint Louis, nous avons vraiment cru le perdre, car tout son corps était paralysé, mais finalement il se remit et revint travailler à la forge. Bon son comportement était des plus bizarre et il continuait à courir la ribaude. Ne pouvant prendre femme avec sa maladie je pouvais comprendre qu’il est envie de faire l’amour. Le problème résidant dans le fait qu’il propageait sa maladie partout.

Un jour que je passais rue Gargoulleau, je revis ma veuve et je retombais dans mon adultère, cette fois rien ne me ferrait abandonner cette pratique. Marie s’en douta et je pense que les commères du quartier le surent aussi. J’étais dur à contenter et ma femme me subissait aussi et elle eut à nouveau des espérances.

Avant que l’enfant naisse je me décidais à changer de travail, ou plus précisément je quittais la forge de mon père, j’en avais marre de ses excès d’humeur. Je trouvais à m’employer dans une maréchalerie sur le quai Maubec. Quel changement, je plongeais dans l’univers du port, plus de beaux messieurs ni de belle dames, mais des hommes et femmes tannés par l’air marin, le soleil et les embruns. Même le langage changeait, devenait plus frustre et imagé. Le travail était identique, mais les chevaux se faisaient plus lourds, utilisés au charrois les races changeaient. De nombreux habitants des faubourgs et des villages voisins venaient livrer leurs eaux de vie et ils en profitaient pour ferrer leurs chevaux, non pas qu’ils en manquaient chez eux car tout village possédait une où plusieurs maréchalerie.

La proximité de l’arsenal nous procurait énormément de travail également

On déménagea de nouveau et l’on trouva le gîte rue Saint Sauveur près de l’église, l’immeuble était vétuste, l’escalier vermoulu et étroit, la façade était ancienne avec du bois partout comme au moyen age. Toujours deux petites pièces, nous dormions dans la pièce principale et Jean Marie dans la pièce aveugle qui nous servait aussi de débarras. Au niveau odeur nous y avons gagné un peu, mais le canal était le déversoir de toutes les ordures de la ville. Mais ce que j’aimais c’étaient les effluves océanes et le cri des mouettes.

Ma femme allait maintenant à l’église de Saint Sauveur, le long du canal, c’était la quatrième église construite en cet emplacement, les autres avaient brûlé victimes de la furie humaine, seul le clocher gothique était un peu ancien. C’était la paroisse des marins et ces dernier accrochaient des bateaux dans l’église pour les protéger lors de leurs sorties en mer. Je ne sais si c’était efficace.

Je ne sais à qui mon épouse dédiait ses prières mais en attendant elle accoucha d’une jolie petite pissouse qui peut être intervention divine dut aux dévotions de ma femme se porta comme un charme. On lui donna le nom de Denise, avec Paul Joubert un jeune marchand de 22 ans et avec Jean Gouteron le fabriquant de chandelles nous avons déclaré l’enfant.

Deux enfants vivants sur cinq naissances ma foi nous étions dans la moyenne.

Je travaillais donc dans ce quartier très vivant et coloré, certes comme je l’ai déjà dit les appartements n’étaient guère confortables et l’on changea encore de rue pour nous loger. Nous déménageâmes rue Bletterie, dans une vieille maison à pans de bois, la aussi escalier raide comme la justice, parquet vermoulu et poutres multicentenaires, noires de suie de poussière et de crasse.

Encore le même schéma, deux pièces, l’une donnant sur la rue l’autre sur une cour, une cheminée pour se chauffer et faire cuire les aliments, notre lit serré contre un mur avec le petit berceau d’osier de Denise à coté, une vilaine table, quelques chaises cannelées, un coffre de bois de chêne et une armoire brinquebalante venue du fond des âges et ayant appartenus à feue ma mère. Il y avait aussi le bric-à-brac ménagers de Marie.

La vie fut douce pour nous rue de  Bletterie, Jean Claude grandissait et devenait un petit garçon intéressant, ma femme se mit en tête de lui apprendre à lire, très bonne idée, mais ce fut avec une bible  qui me mit un peu en rage. Marie me résista et je la laissais faire, après tout des écrits sont des écrits. Moi je travaillais durement de l’aube à l’aurore, de temps en temps je fréquentais ma veuve mais c’était juste pour la gaudriole.

D’autant que Marie était enceinte encore une fois, elle me traitait de maladroit, mais que pouvais je faire, elle refusait que je me retire car c’était un péché, alors évidement comme elle avait à peine 30 ans elle marquait à tous les coups.

Le 23 février 1821 nous naquit la petite virginie, encore une drôlesse, vraiment pas de chance.

Virginie prit la place de sa sœur dans le berceau et Denise se retrouva dans le lit avec son frère, ils étaient petits on verrait plus tard à rajouter une paillasse.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 13, des naissances et ma maitresse

Le clocher de Saint Barthélémy

 

Puisque je vous ai parlé de cette femme qui me faisait envie et qui passait pour aller faire ce que toutes les femmes faisaient pour alimenter leur foyer en eau, il faut que je vous parle de cette magnifique fontaine située en bas de la rue du minage et de la rue du Cordouan, elle était du début du règne du roi bien aimé le quinzième, mais bien sur il y avait une fontaine à cet endroit bien avant. Il y avait deux pompes et il fallait souvent attendre, l’eau était à peu près de bonne qualité sauf quand les eaux sales de la rue venaient se déverser dans le bassin, alors la gare à la chiasse.

Marie y allait souvent car elle consommait beaucoup d’eau à sa toilette, je vous demande un peu pourquoi faire. Elle m’ houspillait en permanence en me disant que j’étais sale. Moi je me lavais les mains et le visage tous les jours, pour les pieds s’était le dimanche. Le reste qui était point exposé je ne m’en occupais point. Marie elle, se lavait complètement une fois par semaine, même son conin comme les garces du port. Si encore j’avais pu la regarder se lavant j’en aurais éprouvé du plaisir mais non elle se lavait avec une voisine toute aussi entichée qu’elle de propreté. Vous parlez d’une engeance moi les femmes j’aime quand elles ont un peu d’odeur.

En février arriva Raoul de son deuxième prénom Alexandre, l’accouchement ne se passa très bien et il fallut faire venir Joseph Carneiro le chirurgien, Marie fut déchirée et eut une hémorragie, on l’a cru perdue. Le petit était fort malingre et le praticien ne nous donna que peu d’espérance. J’attendis deux jours pour aller le déclarer avec Raoul Gautier, mon voisin et avec le chirurgien.

La fièvre se mit en Marie Magdeleine, elle délira quelques jours et ne put nourrir le petit, ni d’ailleurs mon premier qui tétait encore comme un goulu. Pour Jean Paul se fut une petite lavandière aux téton généreux et pour Raoul une accorte marchande de légume qui vendait sa pratique au bas de la rue.

La nature sauva ma femme mais Raoul nous quitta à l’age d’un mois. Encore une fois je fis le voyage à Saint Éloi pour ensevelir ce bout de chair tout rabougri. Je suis peut être un peu dur mais depuis le début on savait qu’il allait passer alors je ne m’étais pas attaché.

Marie eut un peu de mal à s’en remettre, mais moi j’avais mes ardeurs. Autant vous dire que la première fois elle m’a maudit mais bon on va pas contre la nature . Comme elle ne voulait toujours pas goûter à d’autres plaisirs, il ne fallait pas qu’elle se plaigne. C’est donc à cette période comme elle n’arrêtait pas de geindre que je me suis m’y à fréquenter une jeune veuve de la rue Gargoullaud. Tous les jours je passais devant chez elle et nous échangions quelques mots. Un jour elle me fit entrer chez elle boire un coup d’une piquette qu’elle obtenait d’un bout de vigne hors la ville du coté de Laleu. Ce jour la je la troussais d’importance sur la table de sa cuisine, sans amour ni fioriture. C’est tout ce qu’elle demandait et moi j’aspirais à la même chose. Régulièrement depuis je lui rendais visite, elle était moins fermée que ma femme pour certaines choses alors pourquoi se priver.

J’étais bien sur moins assidu dans les bras de Marie, mais je crois qu’elle s’en trouvait soulagée. Il faut maintenant vous dire que les choses cessèrent rapidement. Précédemment je vous ai parlé de la fontaine du pilori ou chacun allait se fournir en eau, c’était aussi un lieu de nouvelles et d’informations. Un matin Marie fut moquée et les femmes présentent scandèrent  » la cocue, la cocue  ». le soir elle m’attendait de pieds fermes, se fut un régal pour le voisinage tout y passa, les noms d’oiseaux et la vaisselle, je dus lui mettre une toise pour la faire cesser. Elle me battit froid pendant un bon moment, d’autant que les moqueries ne cessèrent pas, une femme qui était trompée en cette période était une femme qui ne savait pas retenir son mari. Le curé de notre dame s’en mêla et lui fit comprendre qu’un homme avait des envies et qu’il était de son devoir à elle d’y pourvoir. Ce ne fut pas facile pour elle mais un soir elle fit le premier pas et s’offrit. Pour tout dire je ne voyais plus mon amante, Marie deux mois après était encore pleine. Bon dieu de bon dieu, j’espérais que cette fois la nature serait plus clémente.

C’est aussi à cette période que l’on déménagea car le propriétaire de notre appartement voulait simplement le récupérer. On trouva à se loger dans la rue de le Forme juste à coté de la rue des trois marteaux, nous donnions sur la grande boucherie, cela sentait mauvais dans notre précédent logement, mais là nous touchions des sommets olfactifs. En plus il n’y avait pas de latrines dans l’immeuble, tout dans un seau. Heureusement ce n’est pas moi qui descendait le pot de chambre le matin c’était le travail des femmes.

Bref un petit déménagement, mais au final un appartement beaucoup moins spacieux, nous ne pensions pas y rester longtemps.

En tout cas ce fut ici que Marie accoucha d’ Alexandre, encore très long et douloureux décidément, Marie était plus douée pour tomber enceinte que pour faire naître un petit. Notre garçon était assez chétif et de fait il ne vécut que 19 jours. Michel Pacraud un maître serrurier qui tenait son atelier rue des merciers et ami de la famille vint déclarer la naissance et le décès à l’hôtel de ville avec moi. Heureusement l’enfant avait été baptisé, je ne croyais guère aux bondieuseries mais je n’aimais pas l’idée que mes enfants n’accèdent pas au paradis et restent coincés dans les limbes. Le gardien du cimetière me connaissait maintenant et me permit d’enterrer Alexandre à proximité de l’endroit où reposait son frère Raoul. Marie resta prostrée quelques semaines, mais il fallait se remettre au travail.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 12, mon métier à la maréchalerie

Il fallut reprendre le court de notre vie mais je dus faire preuve d’une douce tendresse pour raviver une flamme dans les yeux de Marie Magdeleine.

C’est à la même époque que l’on parla de la perte de la grande armée dans les steppes Russe, ce fut un choc pour tout le monde car on croyait Napoléon invincible, quelques messieurs commencèrent à relever la tête et à parler de l’usurpateur. Moi je veux bien, mais lui ou un autre, pourvu qu’il y ait des chevaux à ferrer et que les marchés soient alimentés peu m’importait. Ma famille proche n’avait pas fourni de chair fraîche à l’ogre de l’île Corse. Bon certes les denrées coloniales avaient disparu et les marchandises augmentaient, mais point de disette ni à fortiori de famine, alors ventre plein consent à tout.

Marie Magdeleine reprit le dessus et elle fut de nouveau pleine, comme la première fois elle rayonnait, moi aussi d’ailleurs, l’idée d’avoir un fils me ravissait, oui il y avait le risque d’avoir une femelle mais au fond de moi je savais qu’un futur maréchal ferrant viendrait à naître.

C’est aussi à cette époque que l’on apprit la maladie de mon frère Antoine, bon ce n’est pas glorieux, mais le malheureux s’en repent tous les jours.

Je vous l’ai déjà compté, il n’était pas toujours facile de trouver une compagne et d’avoir une activité sexuelle. Nous étions donc tenté d’aller voir des filles tarifées. C’est ce que fit mon frère, mais bon cela comportait des risques. A force de fréquentation il remarqua une petite bonniche de la rue Saint Sauveur, elle lui ouvrit son cœur et ses cuisses. Seulement la belle en aimait d’autres, marins, soldats et débardeurs rejoignaient sa couche. Il arriva ce qui devait arriver et elle lui refila le mal français. Cela commença par un sale chancre sur les parties, ce qui nous a bien fait rire à l’atelier, mais ensuite son état s’aggrava et il eut des ganglions partout, avec une grosse fièvre. On le crut perdu et il resta longtemps alité, le médecin usa de solutions mercurielles. Cela passa mais la syphilis était en lui.

Ma femme accoucha le 19 janvier 1814, et je vous l’avais dit ce fut un garçon, l’enfant se présenta normalement et tout alla pour le mieux.

On le nomma Jean Claude en l’honneur du futur parrain. Le lendemain j’allais le déclarer avec mon voisin Jean Caillaux le boulanger et avec Jean Claude Devin, mon ami armurier au 3ème régiment de chasseur. Ce dernier en donnant son prénom accepta d’être aussi le parrain.

Avec bonheur le petit fut accueilli, il était vigoureux et à n’en pas douter il ferait un excellent maréchal ferrant.

Moi c’est d’un cœur léger, que je me rendais à la forge, nous avions du travail sans cesse. Un cheval repartait et un autre arrivait, pensez donc un canasson devait revenir tous les 7 ou 9 semaines, un véritable défilé.

La plus part du temps nous les ferrions devant le bâtiment. Nous attachions la bête à un anneau le long du mur, il fallait aimer les chevaux, pour ma part je leur caressais l’encolure et la croupe en leur racontant des histoires. Ma femme en rigolant disait que je la touchais moins que mes chevaux, elle n’avait pas tort.

Après la prise de contact il fallait déferrer, c’est à dire enlever le vieux fer. Nous utilisions un outil appelé dérivoir, il nous permettait d’enlever les rivets ou pour le moins de les couper, car nous les arrachions avec une pince. Ensuite on arrachait le fer avec une tricoise en faisant levier, le tout sans faire mal au cheval.

Après je nettoyais le sabot avec une reinette, un rogne pied et une pince à parer, on appelle cette opération le parage c’est du grand art, il faut que tout soit parfait, la sole et la ligne blanche doivent être d’aplomb, tous ces détails font que le maréchal est bon ou pas et que les clients reviennent.

Ensuite il faut choisir le fer en fonction du pied du cheval, les fers à cheval sont forgés avec une tige de fer, cela vous fait les bras.

Je commençais par faire une encoche sur les antérieurs dans la partie du sabot que l’on nomme la pince. Je mémorisais la tournure et ensuite sur l’enclume je façonnais le fer. Puis c’est la pose à chaud, si tout était parfait je passais au pied suivant, sinon je refaçonnais mon fer. Les 4 sabots terminés, je devais poser les fers. Il fallait que je choisisse les clous en fonction du pied du cheval ensuite avec mon brochoir je les plantais dans la ligne blanche, ils devaient tous ressortir au même niveau et surtout on ne devait pas blesser le cheval en touchant un endroit sensible. Puis je coupais la pointe des clous et je matais la pointe avec ma mailloche puis avec la râpe je fignolais et enlevais toutes les dernières aspérités.

Après avec le client on se tapait un coup de gnôle, cela revigore car c’est physique. Le soir je vous dis que cela ne traînait pas pour dormir, tous les jours sauf le jour du seigneur. A ce rythme on vieillit vite et mon père commençait sérieusement à faiblir. D’autant que mon frère avait souvent des crises et que lui aussi n’était point en forme.

Une autre personne qui n’était  pas en excellente disposition c’est notre empereur, il parait qu’il vient d’abdiquer et que les cosaques sont dans Paris, la nouvelle court de bouche en bouche, elle vient d’arriver par le télégraphe de Chappe.

Pourtant aux dernières nouvelles il semblait gagner, mais à quoi bon tout le monde est contre nous.

Par contre j’ai pas bien compris le nom de celui qui allait lui prendre sa place. Un Louis, frère de celui qui a été décollé, moi je ne savais pas qu’il avait un frère, c’est apparemment un Bourbon.

Cela ne m’affecta pas beaucoup d’autant plus que j’avais une autre nouvelle me concernant et qui me parlait beaucoup plus, Marie était grosse une nouvelle fois. Elle aurait bien attendu un peu car Jean Paul était à la mamelle et elle avait de l’ouvrage à revendre tant ses doigts étaient agiles avec une aiguille.

Elle jura que je ne la toucherais plus, en attendant comme le mal était fait je pouvais la prendre quand bon me semblait. Bon je fanfaronne, elle se refusa à moi avec son gros ventre et lorsque je lui ai proposé une autre solution j’ ai eu l’impression qu’elle allait réveiller tout l’immeuble et qu’elle allait prévenir Monsieur l’évêque en personne. Je pris mon mal en patience mais mes regards furent attirés par une petite drôlesse qui passait régulièrement pour aller chercher son eau à la fontaine du pilori. Lorsqu’elle revenait le corsage mouillé collant à sa peau elle était belle à damner. Bon pour cette fois je ne succombais pas.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 11, mon premier chez moi et mon premier enfant

 

Ils nous restaient une décision importante à prendre, devait on quitter la rue de la porte neuve et nous installer ailleurs et moi devais je abandonner la maréchalerie paternelle pour m’installer à mon compte.

En examinant nos finances il s’avéra que nous ne pourrions faire les deux, d’accord avec ma femme on décida de prendre un appartement. Nous connaissions beaucoup de monde et pour une somme modeste nous nous installions rue des trois marteaux. Ce n’était pas un château mais au dernier étage sous les combles, deux pièces, dont une aveugle, celle en façade exposé plein ouest nous offrait une belle lumière. Nous disposions aussi d’une petite terrasse sur le toit comme en possède beaucoup d’immeuble à la Rochelle. Trois étages nous séparaient d’une petite cour avec latrines. Un petit paradis en quelque sorte. Pour les meubles et les objets du quotidien nous avons fait le tour de la famille et pour le reste on dut l’acheter. Marie avait un petit pécule et un trousseau quelle s’était confectionnée grâce à ses talents de couturière. A ce propos comme il n’était pas question qu’elle continue son travail de bonne il fut décidé qu’elle s’installerait comme couturière. Son ancienne maîtresse lui assurant avec ses relation une confortable clientèle.

Mon père nous vit partir avec regret, il s’était déjà habitué à une présence féminine chez lui.

Je faisais donc tous les jours le chemin qui me menait de chez moi à la forge.

Le canton des trois marteaux se situait près de la grande boucherie, certes pour nous approvisionner c’était pratique mais quel puanteur. Les abattages se faisant sur place devant ou dans la boucherie, odeur de sang, de merde, de mort. Je remontais donc ma rue, passait  la place des trois fuseaux, longeais la boucherie, ensuite c’était la rue Gargoulleau qui débouchait sur la place Napoléon, j’étais presque arrivé, je longeais la cathédrale, regardais chaque jour avec un plaisir renouvelé le clocher  Saint Barthélémy et le chantier non terminé de son église détruite, puis c’était l’hôpital Aufrédi. Après c’était ma rue et mon ancien terrain de jeux. Tous les matin j’en humais les odeurs m’en imprégnais pour pouvoir accomplir mon labeur. Ayant respiré à plein poumon l’atmosphère de ma terre, je rentrais me mettre au travail en saluant mon père et mon frère.

Partout des commerces, des auberges, des artisans, des écuries, un vrai spectacle bien différent du quartier de la porte neuve. Moins de beaux messieurs et de belles dames, sans doute la boue sanguinolente et merdeuse de la grande boucherie.

On y voyait que le peuple et moi cela m’allait plutôt. Nous nous installâmes avec le plus grand bonheur, enfin seuls, quelle volupté, nous étions libérés et nos nuits furent fort agitées, nous pouvions faire du bruit et nous pouvions jouir de nos nudités respectives. Bon il faut avouer que de ce coté là Marie était fort prude et elle avait du mal à se dévoiler, elle considérait la nudité comme sale et voir un morceau de chair de ma belle était une victoire. Chaque fois je me devais de combattre pour que ma fleur enlève ses pétales.

A oui j’oubliais, Marie dut fréquenter la paroisse Notre dame, le curé de la cathédrale lui avait fait comprendre que demeurant au canton des trois marteaux il ne pouvait plus la considérer comme sa paroissienne. Qu’ importe, moi je n’y allais que pour les grandes occasions, non pas voyez vous que je ne croyais plus en dieu, mais toutes les bondieuseries qui allaient autour m ‘ horripilaient. Je me serais bien vu avec les protestants pour la simplicité de leurs offices. Mais bon j’étais partagé car la munificence des messes catholiques me fascinait. Par contre quelque chose me turlupinait, la bonne Marie notre sainte mère l’était elle vierge ou pas ?

Ma Marie à moi qu’était plus vierge fut bientôt grosse, ses menstrues qu’étaient déjà pas trop régulières, bah elle ne les avait plus. La nature nous avertissait aussi et les seins de ma femme devinrent généreux, quel délice que ses grosses mamelles qui bientôt ne seraient plus pour moi. Ce qui fut moins marrant c’est les vomissements mais bon c’est la nature.

Nous étions très heureux, Marie travaillait à son ouvrage dans notre pièce principale, elle était privilégiée par rapport à ces pauvres filles des campagnes qui devaient trimer dans les champs jusqu’au terme.

L’été passa et elle fut grandement incommodée par la chaleur les émanations des tueries de la grande boucherie. La fosse d’aisance de l’immeuble nous empestait également, le propriétaire ne faisait rien pour la faire vider et il fallait vraiment ne pas être zirou pour poser culotte dans un tel endroit.

Avec mes voisins nous avons été trouver le négociant qui nous louait les appartements, devant notre virulence il fit le nécessaire. Deux jours plus tard une charrette tirée par deux bœufs avec deux énormes haquets se plaçait devant la maison, commença alors un étrange ballet de porteur de seaux.

Chaque pauvre hère occupé à cette tache allait puiser avec son récipient la merde et l’urine qui se trouvaient dans la fosse débordante puis allait les verser dans les immenses tonneaux. L’odeur était épouvantable et moi qui ne suis pourtant pas délicat j’en avais des hauts le cœur. Les pauvres hommes étaient répugnant de crasse et leurs vêtements ignominieusement souillés. Heureusement Marie avait des mesures à prendre autour de la taille d’une belle bourgeoise de la rue saint Léonard et avec son gros ventre put quitter l’enfer de pestilence qu’était notre rue.

Le 8 novembre 1812, j’étais à peine rentré de mon travail que Marie perdit les eaux, elle avait eu des contractions toute la journée mais ne m’avait point fait chercher, heureusement une sage femme habitait rue des sirènes et elle put assister ma femme. La famille n’eut pas le temps de venir et c’est assistée de cette professionnelle et d’une voisine qu’elle mit au monde mon premier fils. Quel horrible chose, petit, sanguinolent, tout fripé,il fut promptement lavé et emmailloté. Le lendemain c’est tout fier qu’avec mon père et mon oncle nous nous rendîmes à la mairie déclarer l’enfant. Pour tout dire on se laissa tenter par quelques pichets et c’est fort éméché que je rentrais à la maison.

Après une haute lutte on obtint qu’Antoine fut baptisé à la cathédrale, l’ancienneté de la présence de notre famille dans ce quartier nous permit d’obtenir ce passe droit. Ce fut mon frère le parrain et ma belle sœur Marie qui fut marraine, nous avons partagé un petit repas à l’issu mais il nous fallait reprendre notre ouvrage, les chevaux n’attendaient pas.

Hélas au bonheur succède souvent le malheur, le petit ne prenait guère et un matin j’entendis un cri strident, Marie se tenait devant moi, tenant Antoine dans ses bras, roide, les yeux clos, un léger sourire sur son petit visage, il était mort.

Malgré la mortalité infantile que nous savions importante, nos larmes se joignirent et de concert nous pleurâmes notre petit. Avec mon voisin on déclara le décès. Le lendemain dans une carriole à main, enroulé dans un linceul de drap blanc je portais en terre le petit corps au cimetière de Saint Éloi.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 10, la noce et ma nuit de noces

Ron Hicks 1965 les amoureux

 

Nous n’en sommes pas là et le festin commença, nous avions prévu grand et bon. C’est ma belle sœur la cabaretière qui prépara le repas. Je ne l’aimais pas mais bon dieu qu’elle cuisinait bien.

Pâtés, rôtis, volailles, cochonnailles, rien de manquait nous nous empiffrâmes et pour faire passer cette abondance nous bûmes plus que de raison. Je crois que la première chanson paillarde fut poussé par mon père  » le curé de camaret à les couilles qui pendent et quand il s’assoit dessus  ». Chacun braillait à qui mieux mieux. Marie Magdeleine rougit quand mon jeune frère Antoine passablement éméché vint lui chanter devant le visage  » Les rideaux de notre lit sont fait de serge rouge, mais quand nous sommes dedans , la rage du cul nous prend, tout bouge  »

Heureusement les joueurs de vèze et de violon se mirent à l’ouvrage et la danse commença. Ce fut une sarabande endiablée, la joie était au rendez vous. Je serrais de près ma femme car tous voulaient la faire tourner. La remise se remplit de monde car les militaires du poste de garde de la porte neuve demandèrent le coup à boire. Les tonnelets étaient percés les uns après les autres, les pisseurs s’alignaient en rigolant le long de la vieille muraille, les femelles rieuses s’écartaient à peine de la noce pour écarter jupon et faire de même. Mais il fallut nous remettre à table, pour le service du soir

J’étais gueudé mais les traditions sont les traditions. Mon frère Antoine s’écroula ivre dans son assiette, mon père avec un groupe de vieux continuaient de brailler des insanités. Les petites mains engagées pour le service s’affairaient et gloussaient quand un chaud lapin leurs passait main au derrière. En fin de soirée ma femme fut enlevée par les noceurs et je dus payer rançon pour la récupérer. La noce continua sans nous et nous nous éclipsâmes. Mon oncle nous avait prêter un petit meublé rue chaudrier. Nous nous y rendîmes fiévreusement. Je me rappelle, l’escalier était fort roide, je me mis derrière Marie et je la poussais gentiment en profitant de son joli postérieur. Nous rigolions à tue- tête pour masquer notre nervosité. Dans l’appartement aidé par la clarté d’une lucarne nous allumâmes une chandelle. Ivre de vin, fatigué et embarrassé je m’asseyais sur le lit où elle vint me rejoindre. Évidemment je ne pouvais me targuer de la moindre expérience, avoir perdu sa virginité chez les garces du port ne s’appelait pas de l’amour. Curieusement se fit Marie Magdeleine qui avec son instinct de femme prit les choses en main, elle déboutonna ma chemise en plongeant son regard d’un bleu translucide dans mes yeux. Cette sorte d’insolence enflamma mes sens et je lui pris les lèvres à pleine bouche. Nous nous déshabillâmes mutuellement, ses gestes étaient emprunt de volupté et de tendresse, je m’efforçais qu’elle ressente la même chose. Je découvris à la lueur blafarde de la bougie son magnifique corps, ses seins ronds et sensuels où pointaient deux tentants tétons. Son ventre qui m’invitait à déposer des baisers et ses longues jambes invitant à la caresse. Je m’ émerveillais enfin devant sa légère toison au reflet roux d’où perlait une rosée douceâtre et nacrée. Maladroitement je vins à elle, puis dans elle, une légère poussée, la vierge ne l’était plus. Elle fut un peu surprise, soupira et se détendit, quelques mouvements me libéraient , Marie Magdeleine était ma femme.

Je restais quelques instants en elle, figé, satisfait et heureux, je me basculais sur le coté et la regarder se lever. Pudiquement elle s’enroula dans une courtine de drap, mais ce geste plein de candeur invitait mon corps à reprendre de la vigueur. Elle s’essuya, et regarda la lune par le lucarnon, c’est sur cette vision du paradis que je m’endormis tout de go. Elle me laissa dormir un peu, mais cette nuit m’appartenait et lui appartenait, je sentis ses mains tout d’abord timides qui explorait mon torse puis prenant de l’assurance ma belle s’aventura sur mon ventre où elle joua avec les premières boucles de mon intimité. Je ne bougeais pas feignant le sommeil, Marie ne s’y laissa tromper tant ma vaillance en évidence ressortait. J’ouvris les yeux et lui souriais, je la guidais et nous nous unîmes pour la seconde fois. Je pris mon temps et au bout d’une longue joute elle eut raison de moi et j’eus raison d’elle. Nous étions comblé tous deux et nous nous rhabillâmes, car les noceux n’allaient point tarder à nous débusquer. De fait elle posa sa tête sur mon épaule et s’endormit

A l’aube nous entendîmes un chambard. Un groupe ou mon cousin paradait entra avec fracas dans la pièce, les propos avinés et paillards montaient en cascade et faisaient éclater d’un rire gras les convives éméchés. Un ouvrier de la forge souleva le drap pour voir si la rougeur virginale avait souillé l’enveloppe de lin et si le Louis avait honoré et dépucelé sa femme.

On se gaussa un peu du manque de matière mais il fut acté que l’union avait été consommée. Les mariés burent au pot de chambre une infecte tambouille. Chacun ensuite alla prendre un peu de repos. Ils restaient quelques heures aux mariés pour se refaire une santé et se familiariser avec affres de leur premier vase de nuit partagé. Cela me fit rigoler de voir ma belle sur le pot, elle me demanda de fermer les yeux mais le bruit me fit attraper un irréversible fou rire. Cela se termina par une bataille sur le galetas  qui ma redonna  un regain de vigueur de ma part et par une envie irrépressible de Marie. Nous rejoignîmes la noce, pour une deuxième journée de mangeaille, les traits étaient tirés, les langues pâteuses et les estomacs barbouillés. Ce fut moins pantagruélique que la veille mais l’appétit venait en mangeant et de nouveaux les langues se délièrent, bien sur avec Marie nous en eûmes pour notre grade, allusions salaces, remarques douteuses, mais bon rien de méchant et de toutes façons la encore cela faisait partie des coutumes.

Une belle noce dont on parla dans la famille j’étais fier et heureux mais il fallait maintenant revenir aux réalités. Avec Marie on s’installa provisoirement chez mon père, mais quelle exiguïté nocive pour un jeune couple. Nous étions plein de fougue mais la présence de mon vieux et de mon jeune frère nous bloquait quelque peu

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 9, mon mariage

 

Nous étions début 1811 et Napoléon pouponnait en attendant de croquer l’ours russe, il fallait faire vite pour le mariage avant qu’un appel au drapeau n’intervienne. Car dans ce cas adieu la belle, son doux parfum, la douce toison perlée de rosée et ses courbes généreuses, tout cela s’évanouirait en un aimable regret.

Louis se devait d’obtenir le consentement paternel, il avait 23 ans et était encore mineur, Antoine le vieux regimba un peu car un maréchal ferrant de sa connaissance avait une fille à marier et que Louis pourrait reprendre la forge du père. Louis haussa pour la première fois le ton face à son père et osa lui tenir tête. La tension dura une semaine et le vieux donna son accord.

Il fallait maintenant obtenir celui des parents de Marie Magdeleine, on dut rédiger une lettre et l’envoyer à Saint Étienne ou Philibert Janvier était passementier. Cela allait prendre du temps.

Quelques mois plus tard par l’intermédiaire d’un notaire l’accord arriva, les deux amoureux exultèrent et l’on décida de la date du 21 janvier 1812 pour les épousailles. Enfin un avenir se dessinait pour ce jeune couple. On prépara la noce avec ferveur, les bans furent affichés à la mairie de La Rochelle et à celle de Saint Étienne le 15 et le 22 décembre.

Il y aurait une cérémonie religieuse à la cathédrale et les deux enfants durent se préparer avec le curé pour cette union devant Dieu. Louis redoutait la confession de ses pêchés, non pas qu’il en avait tant que cela mais c’était tout de même gênant. Enfin bon pour l’amour de sa belle il se livra et se retrouva en expiation à réciter des paterS noster et des avés Maria.

Les invitations furent lancées, les parents de ma future ne feraient pas le déplacement. L’oncle Jaulin nous prêta sa remise à voiture pour y faire le repas et le bal, bien sur il n’y ferait certainement pas chaud, mais après quelques coups de vin des environs de Dompierre et quelques rincées d’eau de vie la chaleur viendrait d’elle même.

Le jour dit la noce se forma aux pieds de la maison, l’atelier serait fermé, les sabots pourraient attendre. J’avais demandé à un militaire de la garnison  musicien de nous servir de violoneux, il amena avec lui un gars de Chantonnay spécialiste de la vèze. Moi je vous dis cela allait virouner.

La musique en tête, je pris le bras de ma beauté, bon dieu que j’étais fier et qu’elle était belle. Une petite coiffe couvrait ses cheveux, un chemisier blanc, une robe à carreaux rouges et jaunes, un tablier blanc à fleur, un châle blanc jeté sur ses épaules et noué sur le devant, un petit ruban rouge autour du coup, des bas de laine blancs et des jolies souliers noirs avec une petite boucle formaient comme un écrin à sa beauté. Moi j’étais tout de neuf vêtu, mon témoin était tailleur d’habits et il m’en confectionna un, pantalon et veste de serge noir, une chemise blanche des souliers neufs qui me faisaient souffrir et un beau chapiau auquel j’accrochais un beau ruban.

Tous et toutes avaient mis les habits de fête, la véze entonna son chant strident, on prit la rue Aufredi, puis la rue chaudrier, quel spectacle la musique résonnait sur les arcades séculaires, les gens applaudissaient ou nous saluaient, on tourna sur la rue des maitresses et nous arrivâmes devant la maison commune. Notre mairie était très belle et nous avions l’impression d’être dans un château.

L’adjoint au maire Monsieur Jean Baptiste Hérard nous maria en ce mardi , nous étions enfin unis, mon témoin principal fut un ami de mon père Charles Henri Coullaud, il était maître de la poste aux chevaux de La Rochelle, bien évidement il nous amenait ses chevaux à ferrer et à force d’habitude et de coups d’eau de vie mon père et lui étaient devenu inséparables. François Chirolet celui qui m’avait cousu mon habit était deuxième témoin. Raoul Gautier servit de témoin à ma femme, il était tourneur et fréquentait la famille de ma mère depuis des lustres, Louis Jaulin mon oncle voiturier servait de quatrième. C’est lui qui nous prêtait son hangar et qui nous logerait pour la nuit de noces.

Vous voyez tout se tient et nous restons entre gens de chevaux, la famille Sazerat est depuis toujours maréchal ferrant la famille de ma mère est une dynastie de voituriers, mon témoin est maître de poste. Nous sommes entre gens de bien et ma Marie Magdeleine nous fait déchoir un peu par sa qualité de domestique, mais elle est si belle.

Pour tout dire j’étais très fier d’avoir Charles Coullaud comme témoin, c’était un notable avec des biens et des terres assez considérables, certes la poste lui venait de sa femme mais quand même, une belle aisance. Jamais une maréchalerie ne pourrait rivaliser en terme de profit avec une messagerie.

De plus il possédait des terres qu’il affermait  et nous nous n’avions rien.

Le convoi prit cet fois la rue Saint Yon, il y avait une foule des grands jours et bon nombre de paysans, à l’ombre des arcades vendaient leurs produits. Chaque mariage avec sa musique participait à la vie de la ville , au bout de la rue au niveau de la place nous primes à gauche dans la rue Gargouleau, nous arrivâmes à la cathédrale où le curé faisait grise mine car nous avions pris du retard. Il était midi il avait sûrement faim. La cérémonie ne fut tout de même point bâclée et c’est avec émotion que nous fumes bénis devant dieu.

Bon je dois avouer que presque mécréant, quand le curé officiait, je pensais à autre chose que la fidélité envers les époux, qu’à l’amour au fin de procréation ou à d’autres balivernes.

J’avais même hâte pour tout vous dire que la noce prit fin et pour le dire crûment je ne pensais qu’au cul de ma crémière.