LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 6, au fil des jours

 

Mon Barthélémy allait maintenant à la petite école , enfin quand les travaux des champs le permettaient, je me demandais bien à quoi cela  allait lui servir de savoir compter comme un notaire ou lire comme un curé.

Toujours en cette fin d’année 1866 mon père nous assena la nouvelle de son remariage, j’en tombais de mon banc. Onze années sans femme et le voilà qui s’entichait d’une vieille veuve de 50 ans, au moins avec cette fleur fanée je n’aurais pas de petit frère.

La noce se fit le 27 février 1867 avec les enfants comme témoins, je n’arrivais pas à me faire à l’idée d’avoir une belle mère à la maison d’autant qu’ils n’étaient point discrets en leurs ébats.

Et puis j’avais passé l’age d’être sous la coupe d’une femme plus vieille que moi, avec ma petite belle sœur nous nous entendîmes pour lui faire manger sa coiffe.

En janvier 68 Eugène eut un fils, il le nomma Eugène, quelle originalité nous avions dans le choix des prénoms.

J’avais maintenant 31 ans, la plénitude pour une femme, oui j’avais bien quelques fils gris dans la noirceur de ma chevelure, ma poitrine opulente tombait bien un peu victime de la bouche vorace de mes petits. J’avais aussi quelques ridules sur le ventre, mais qui s’en souciait ?

Certainement pas mon mari qui m’honorait avec la régularité d’un métronome, j’avais pas toujours envie mais bon j’étais sa femme et il en avait le droit. Il restait bien la peur d’avoir un autre gosse, je lui disais si tu m’en fais un autre t ‘ ira voir ailleurs. Mais comme à monsieur il lui répugnait de sauter en marche en disant qu’il ne voulait pas arroser la motte je me retrouvais encore pleine.

La encore, assistance de la femme d’Eugène, ma fille Marie qui allait sur ses douze ans était encore un peu jeune pour me servir à grand chose, il me naquit une fille, pour Jean c’était la première il était fou de joie, allez savoir pourquoi il ne s’en occupait pas. Elle fut prénommé Louise, je trouvais que cela lui allait bien à ma petite boule.

Mon père, mon frère et mon mari déclarèrent l’enfant à Mr Richard le maire, ils revinrent tous trois éméchés ce qui valut à Eugène une belle engueulade.

Mon père et mon mari se rendirent à la foire d’Aizenay pour y vendre un bestiaux, en rentrant mon père se plaignit de vertiges et de douleurs dans la poitrine il alla se coucher sans prendre sa soupe. J’étais stupéfaite car c’était la première fois que je le voyais souffreteux. Sa veuve s’en occupa mais le 27 septembre 1868 se fut pour  lui que sonna le glas. Mon père fut porté en terre il n’avait pas 58 ans, ses frères furent présents ainsi que la majorité de la population de La chapelle Achard.

Il nous fallut renégocier le bail de la Crépaudière, mon mari devint chef de ménage, ah oui j’oubliais la veuve Marie Hahan reprit son baluchon pour repartir sur Sainte Flaive, allez savoir si son commerce éhonté avec mon père n’avait pas précipité sa chute.

Il faut maintenant que je relate un épisode assez pénible, mon mari assez sanguin et mon frère Eugène assez têtu se prirent de bec au sujet de l’ ensemencement du champ du Bélier. Quel prétexte qu’un champs pour se disputer, mon frère décida de partir.

Ce fut évidemment avec un pincement au cœur que je les vis partir, pour la Corberie sur la commune de Sainte Flaive, bon d’accord ils ne seront pas loin, mais notre grande tablée animée allait paraître bien terne. Ma belle sœur que j’avais tant embêtée et à qui je racontais mes problèmes de femme allait cruellement me manquer.

Au niveau des bras mon Barthélémy pris sa part d’homme dans les travaux, la petite école était maintenant bien loin d’ailleurs il n’avait pas apprit grand chose car il ne savait ni lire ni écrire, mais j’en étais sure il ferait un bon cultivateur.

Les année passèrent assez mornes car je ne voyais pas grand monde à la Crépaudière et puis le travail on s’en doute ne manquait pas.

En 1870 on apprit que cette idiot de Napoléon partait en guerre contre les prussiens, je ne savais pas où était la Prussie et de toute façon mes garçons étaient trop jeunes pour aller se faire tuer.

Autour de mon bonhomme sur notre grande table qu’un menuisier du village avait fabriquée ils y avaient donc Barthélémy mon aîné, Louis, Auguste, et François. Ma grande fille Marie belle plante qui faisait déjà retourner les mâles au sortir de la messe m’aidait à nourrir mon monde d’autant que j’avais encore ma Louise aux seins.

La maison qui avait accueilli tant de couples nous paraissait bien vide malgré tous les drôles qui couraient partout.

Pour nous aider on engagea une domestique, elle avait le même age que ma grande Marie et portait d’ailleurs le même prénom. C’était une lointaine cousine à mon mari du coté des Pondevie.

Mon fils Barthélémy qui commençait à avoir du poil au menton et à cacher sa nudité se trouva comme un chien de chasse en arrêt devant sa proie. Il allait falloir que je le surveille. A ce sujet je sermonnais aussi la petite bonniche, il ne fallait pas qu’elle mette la pagaille. Évidemment outre mon fils, il y avait mon mari, d’autant que j’étais encore grosse et pas du tout disponible, je devais donc surveiller deux hommes en rut autour d’un jeune tendron.

Puis éternel recommencement ma fille se transforma et à mon tour je lui expliquais qu’elle était maintenant une femme et que son comportement au regard de la société devait changer. Je ne sais si elle a bien compris mes explications, sans doute pas plus que je n’avais compris celle de ma défunte mère.

Le 1 août 1871 je mis au monde Eugène, ce ne fut pas une partie de plaisir, le bougre était coincé et une panique s’empara de l’assistance. Ma petite Marie qui assistait à son premier accouchement ainsi que la petite bonne versèrent des larmes. La sage femme arriva en urgence et avec son aide dans une dernière contraction le bébé arriva. Pas de pleurs ni de cris, on le crut mort mais il hurla enfin. Moi j’étais déchirée de partout et une hémorragie se déclara. Avec de vieux draps on me fit un pansement, j’étais bien faible. Il fallut en urgence trouver des tétons salvateurs car trop faible et craignant pour ma vie,on m’avait retiré le petit. La solidarité paysanne joua et Eugène fut nourri. Dans ma fièvre je hurlais à mon mari qu’il ne me retoucherait pas. Le poids de la maison pesa sur ma fille et heureusement ma petite belle sœur faisait tous les jours le trajet de la Corberie pour venir me soigner.

L’enfant qui lui se portait comme un charme fut baptisé et moi alitée j’échappais à l’humiliante corvée des relevailles.

Je me traînais tout l’été puis peu à peu je repris ma place. Bon j’avoue je me refusais à mon mari, j’avais toujours très mal, lui le soir il était passablement excité et me proposait des choses répugnantes. Je lui disais je ne suis pas une catin des villes.

Bien le train train repris et mon frère et sa famille vinrent à la Crépaudière pour tuer le cochon, moment festif par excellence mais aussi de dur labeur. Mon mari et mon frère qui n’aimaient faire cela avait recourt à un gars de Sainte flaive pour abattre le goret et le saigner. Ensuite Jean l’éventrait on le mettait sur une sorte de d’échelle que l’on redressait le long d’un mur. Le sang qui s’écoulait était précieusement récupéré dans une bassine. Il fallait au moins laisser la viande reposer 24 heures pour quelle s ‘attendrisse . Malgré l’habitude je n’aimais pas voir une bête le ventre à l’air et puis il y avait la corvée de nettoyage des boyaux, vous parlez d’un labeur, la mains dans l’eau et dans la merde. Puis on faisait les boudins et les saucisses là,  je préférais. Jean mettait les chapelets dans la cheminée et nous les fumions tranquillement. Quand nous faisions les grillons toute la marmaille était dans mes jambes, quel délice. Les hommes débitaient ensuite jambons, côtelettes et rôtis. Le train arrière salé était transformé en jambon et rejoignait les pendaisons dans la cheminée, les jambon de devant moins nobles était transformés en pâtés ou chair à saucisse. Le lard était salé et mis dans une jarre. Nous ne jetions rien.

Lorsque l’on avait fini chez l’un on allait le faire chez quelqu’un d’autre, solidarité paysanne et prolongation d’instants festifs car nous mangions bien gras lorsqu’on tuait le goret.

Au niveau de l’alimentation nous n’avions guère à nous plaindre, pratiquement en auto suffisance, les disettes que je n’avais pas connues, étaient maintenant fort loin.

Volailles, laitages, cochons, lapins, beurre, légumes, farine, fruits du verger, nous ne manquions de rien et l’on pouvait même parfois à la foire tirer un petit bénéfice de la vente de ses produits.

J’allais oublier, nous avions un peu de vigne qui nous donnait une sale pissotte mais qui contentait tout le monde. Le ventre plein nous n’étions point malheureux, certes les biens matériels nous manquaient et les chemises des aînés passaient sur le dos des plus jeunes et les robes des filles étaient reprisées à l’infini.

Bon n’allez pas croire en m’écoutant que tout était rose, nous mangions souvent des choux et des mojhettes et la viande n’apparaissait point tous les jours, il fallait faire durer notre cochonnaille.

Les repas de fête nous plumions une volaille.

Les petits marchaient pieds nus et nous autres en sabots, les souliers étaient pas donnés et il fallait les économiser pour les grandes occasions.

Ah au fait je ne vous ai pas dit l’empereur à la barbichette avait trouvé le moyen de se faire battre par les teutons, nous étions en république. Je savais pas trop ce que cela voulait dire , chez nous dans le canton c’est les beaux messieurs des châteaux et les gros propriétaires qui faisaient la loi. Jean s’énervait parfois au sujet de la politique et des massacres qui se passaient à Paris. Les nouvelles qui étaient lues puis commentées au cabaret se propageaient dans les métairies avec distorsion et incompréhension.

La commune, les Versaillais, je n’y comprenais rien moi je battais mon beurre, donnait le sein et talochais les drôles qui m’envahissaient.

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 5, ma vie de femme

 

Nous nous mariâmes le 7 janvier 1863, ce fut Mr Aujard qui nous maria, comme pour mon premier mariage. Jean François Ferré mon mari apportait un petit pécule, il avait 27 ans et moi 25 et nos deux écots rassemblés ne formaient pas une bien grosse fortune. L’essentiel était ailleurs, il m’apportait sa protection, sa force de travail et une respectabilité de femme mariée. Je n’avais plus seize ans et j’étais moins nunuche, sans ma mère j’avais appris à tenir une maison et pour la bagatelle j’avais appris à tenir un homme.

Dans la maison cela faisait un homme de plus, il fallut rajouter une paillasse pour mes enfants car mon nouveau mari n’en voulait pas dans sa couche.

Très fertile je devins grosse rapidement, mais j’avais mis la charrue avant les bœufs. Rapidement énorme il fallut que j’en passe par une position que ma sensibilité chrétienne récusait, mais bon quel délice.

Avec mon mari nous avions tout de fois décidés de nous expatrier sur le hameau de la Boule, Eugène mon frère nous suivit et c’est la bas que le 3 octobre de la même année je mis au monde un petit Louis,, ma mère avait disparu mais ma grand mère vint encore m’assister, ma belle mère Victoire était là aussi. Le chemin était fait la sage femme n’eut pas le temps d’arriver.

C’est aussi à cette période que mon frère nous annonça qu’il avait rencontré une jeune fille, mon père donna son accord et s’entendit avec le père de la jeune fille. Elle était domestique, n’avait qu’une maigre dot mais comme nous n’étions point riches entre gens de rien on s’entendait toujours

C’est avec plaisir que nous préparâmes cette fête, ma grand mère malgré son âge avancé m’aida à préparer le repas. Mes tantes vinrent également et c’est dans une joie et un babillage tout féminin que la noce du Eugène se prépara.

Le mariage eut lieu le 21 juin 1864 c’était tard dans la saison car les travaux agricoles estivaux étaient déjà commencés.

Je ne suis pas méchante de nature mais dieu que ma belle sœur était sotte, bête à manger du foin,heureusement son cul et sa poitrine avantageuse sauront retenir mon andouille de frère et puis qui suis je pour juger….

Puis ce fut le retour à la Crépaudière, mon père, mon oncle Jean, mon couple et mes trois enfants ainsi que le couple d’Eugène. Malgré l’intimité toute relative car nous étions encaqués comme des sardines je devins grosse à nouveau, comme disait crûment mon père dès que tu vois l’engin de ton bonhomme tu tombes enceinte.

Je profitais de ma grossesse pour me décharger de certaines tâches ingrates sur ma belle sœur, après tout j’étais l’aînée. Bon nous rigolions bien quand même et nous partagions nos petites misères de femme.

Mon auguste arriva le 27 octobre 1864, j’allais encore me retrouver avec deux bébés à la mamelle, vous parlez d’une sinécure, l’aîné avait déjà quelques dents et était vorace comme un brochet. A ce rythme et bien que nous paysannes le soutien de nos poitrines nous préoccupait guère, j’allais me retrouver à trente ans avec des seins largement pendant.

Il faut croire que mon frère trouva son chemin car son épouse se trouva grosse, décidément la Crépaudière rendait fertile ses occupantes.

En cette année mon Barthémy âgé de 11 ans tenait déjà sa place à la ferme et conduisait fort bien les vaches à la pâture, ma petite Marie, jeune souillon de 9 ans effectuait les corvées d’eau et de bois, elle s’occupait de nourrir le poulailler et le cochon dans sa soue.

En Mars 1865 mon oncle Jean se remaria avec une sœur de mon premier mari, elle était veuve également et à 40 ans pouvait encore trouver un veuf à consoler. Rose Victoire venait souvent à la Crépaudière, toujours avenante et disposée à aider tout le monde elle était devenue comme ma propre sœur.

Encore une fois tout le monde fut réuni et se fut avec plaisir que je revis les frères de mon défunt mari. Bon d’accord la belle mère de mon père était encore de ce monde et bien présente à la noce de son fils, quelle vieille peau, mauvaises herbes ne crèvent jamais.

Cette fois, c’était la crise du logement d’autant plus que ma nouvelle tante amenait une petite drôlesse de 9 ans fruit de son premier lit.

Les hommes en discutèrent entre eux, pendant qu’avec les femmes nous filions de la laine. Ce fut Jean qui de nouveau posa ses maigres bagages au Moulin des Landes. On voit bien que nous autres les Barreau nous n’allions jamais bien loin.

La vie est un long fleuve tranquille, travail, travail et le dimanche la messe, j’aimais ce moment, tout le monde se retrouvait au pied de l’église, certains venaient de loin, le canton de La Chapelle Achard comptait beaucoup d’habitats dispersés. Ce temps était unique, nous prenions des nouvelles des uns et des autres , les hommes discutaient encore et encore de leurs animaux et de leurs récoltes, les jeunes entamaient des jeux de séduction et bien sur Monsieur le curé prêchait et faisait sa messe. On ne peut dire que j’écoutais religieusement l’ensemble de l’office mon esprit partait souvent ailleurs, je me reposait en quelque sorte. Jean mon mari faisait souvent messe buissonnière et je le retrouvais souvent bien chaud . Il avait l’alcool un peu gai alors je lui pardonnais. Ce que j’aimais le moins dans cet univers religieux était la confession. Je ne savais quoi lui dire à ce bon père, vous parlez qu’une paysanne comme moi faisait beaucoup de péchés, il était hors de question que je lui raconte mes galipettes. Mais parfois il nous tirait les vers du nez et nous passait une soufflante à travers les grilles. Le dimanche était donc sacré, pas de travail en théorie, mais il y avait quand même les bêtes à s’occuper et la traite était de bonne heure .

Eugène a également fait un enfant à sa bécasse, encore des cris à la Crépaudière.

En début d’année 1866 devinez quoi , plus de menstrues, j’avais pourtant dit à Jean de faire attention et de sauter en marche mais pensez donc, pressé comme il est. Je lui en voulait un peu mais nous ne pouvions lutter contre la nature et comme cela je restais en phase avec monsieur le curé qui préconisait une sexualité reproductive. Encore fallait il les nourrir nos petiots . A ce propos nos anciennes disaient que pour ne pas avoir de marmots il fallait allaiter longtemps, vous parlez d’une ânerie ç’a n’a jamais marché sur moi. En prévision de la nouvelle arrivée, j’interrompais l’allaitement de mon Auguste et je le passais au lait de vache. Bon d’accord il fut bien un peu malade, mais il passa le cap, j’avais la chance de n’avoir perdu aucun petit, je touchais pour m’en prévenir le bois de mon lit.

Je me traînais comme jamais, heureusement ma belle sœur suppléait à mes faiblesses, le 13 novembre 1866 j’accouchais d’un autre garçon, décidément la relève paysanne était assurée. On le nomma François Aimé et encore une fois ce fut mon père qui servit de témoin pour la déclaration.

Peu de temps après mon accouchement toute la famille se déplaça pour voir un étrange spectacle, en effet des ouvriers travaillaient dans les champs à poser de grand morceau de fer, Jean me dit qu’on les appelait des rails, mais pourquoi faire diantre ?

Je le sus bien vite car dans un vacarme assourdissant passa une locomotive qui à toute vapeur nous épouvantant pauvres paysans ignorants que nous étions. Ce moyen de locomotion révolutionna nos vies, et désenclava la Vendée, comme il le fit d’ailleurs pour les autres régions. Cette ligne reliait Napoléon Vendée avec les Sables. Mais imaginez l’intrusion de cette invention dans notre univers. Il fallut bien sur couper des parcelles et en aménager d’autres, ce fut des discutions sans fin au conseil municipal car les gros propriétaires ne se laissèrent pas spolier sans compensation. Le chemin de fer à vapeur eut des répercussions commerciales importantes et bon nombre de communes du voisinage créèrent des foires

Moi pour ma part jamais je ne monterais dans cette abomination.

 

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 1, mon enfance

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 2, mon adolescence

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 3 , mon premier mariage et ma première maternité

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 4, mon veuvage

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 4, mon veuvage

 

L’année 1856 fut donc l’année de naissance de ma petite Marie, là aussi tout se passa à merveille, ma grand mère encore présente me disait que j’étais faite pour mettre au monde. C’est encore mon grand père Poiroux qui déclara la naissance avec l’ oncle François Hillairet.

J’avais déjà deux enfants à 19 ans à ce rythme la Crépaudière serait bientôt trop petite.

Si les naissance rythmaient la vie d’une femme et de sa famille, les disparitions prématurées ponctuaient aussi le calendrier.

Le malheur frappa la Crépaudière, ma mère en pleine forme, solide au travail, vaillante femme aux champs et au lit, chrétienne acharnée à défendre le dogme fut prise de langueur et se coucha à la fin de l’été. Rien n’y fit, aucun remède, aucun guérisseur, ni aucun médecin ne purent la soulager. Sa propre mère la veilla, et moi sa fille j’en pris soin comme à la prunelles de mes yeux. Le 6 décembre elle nous quitta, elle avait 40 ans. Mon père fut inconsolable et des larmes coulèrent sur son visage. Au retour du cimetière il nous avisa qu’il ne prendrait pas d’autre femme. Je devins chef du ménage et mon père prit le lit de la petite pièce. Avec Jean nous nous installâmes près de la cheminée. Outre la tristesse de voir partir ma mère, je fus confrontée à la triste obligation de me coltiner le travail qu’elle effectuait elle même, double charge de travail sur les épaules d’une jeune femme.

Mes deux bébés m’épuisaient car les deux étaient encore au sein,il ne fallait pas que je m’éloigne beaucoup, mais malgré tout certaines de nos pièces étaient assez éloignées de notre demeure. Enfin c’est le quotidien de toute.

Puis les jours passèrent, la famille du Moulin des Landes s’agrandissait aussi et de nombreux petits Barreau s’égaillaient sur les chemin boueux de la Chapelle Achard.

Les miens marchaient maintenant et avait été mis au lait de vache, enfin mes mamelles allaient se tarir et devenir moins douloureuses. Barthélémy faisait vraiment les quatre cents coups à travers la métairie, je n’avais pas le temps de le surveiller et il était livré à lui même, un vrai sauvageon.

Le 7 mars 1859 alors que j’étais avec la servante à retourner une paillasse dans la maison j’entendis un cri strident qui venait du champs aux  » Mailles  ». Je m’y précipitais et trouvais mon Jean allongé dans un sillon. Il venait de recevoir une forte ruade de notre cheval de trait. Avec mon père et deux autres journaliers arrivés sur les lieu nous le transportâmes à la maison. Rien d’apparent si ce n’est une forte douleur, une bonne nuit de repos et il pourrait reprendre son ouvrage. Le lendemain il était mort.

La famille et les voisins accoururent, le curé fut prévenu ainsi que l’agent municipal qui vint constater le décès. Avec les femmes de la famille je fis la toilette du mort. Ce ne fut pas une belle affaire, mon Jean nu comme un ver, dur comme un bout de bois. Nous eûmes les plus  grandes peines du monde à le vêtir de ses beaux vêtements.

Entre nous j’ai toujours trouvé bizarre de laver quelqu’un qui ne se lavait jamais pour le jeter en terre. Mais le curé me l’expliqua  » Marie c’est un rite purificateur  ».

Bon d’accord si c’est pour purifier mon homme je veux bien mais je vous passe les détails du bouchage des voies naturelles.

Pour qui sonne le glas, le lendemain, dans un joli drap de lin que j’avais exprès en réserve mon bonhomme fut jeté en terre. Quelques pelletées, ainsi va la vie on retourna aux champs.

Une chape de malheur s’abattit sur la Crépaudière, 35 ans, mon homme partait bien tôt. Comment faire face au travail écrasant ? On fit appelle à mon petit frère Eugène qui se trouvait domestique de ferme non loin de là, il n’avait que 17 ans mais il était fort costaud, déterminé et travailleur. Il récupéra son lit dans la pièce principale et moi je dormis avec mes deux petits.

En Juin ce fut la noce à l’oncle Jean, belle fête malgré les malheurs, en ce temps nous devions faire fi de nos peines et aller de l’avant. Son épouse avait 18 ans je compatissais car cela me ramena quelques années en arrière.

La noce était à peine terminée que mon oncle François perdit son drôle âgé de 7 ans, une mauvaise fièvre et en peu de temps il était passé de vie à trépas. Nous étions malgré tout un peu habitués à la perte des enfants. Mais en juillet la belle épousée du mois de Juin était également fauchée. En trois semaines mon oncle Jean passait par trois statuts différents, célibataire , marier et veuf.

Le pauvre était inconsolable, comme il était chez ses beaux parents à la métairie de l’émonnière il vint s’installer à la Crépaudière avec nous. Un adulte de plus à nourrir et à loger posa quelques problèmes de logistique, mais chez nous en Vendée personne ne restait sur le bord du chemin, la famille était sacrée.

Ce qui provoqua des problème fut la cohabitation de l’oncle Jean avec la jeune Victoire, fraîche domestique de 20 ans pleine de sève et parfaitement à l’aise avec le charme qu’elle dégageait. En fait la bougresse affolait les sens des trois hommes de la maison, mon père , mon frère et mon oncle. Se laissa t’ elle faire dans la grange je n’en sais fichtre rien.

La situation perdura quelques années, mais il fallait se rendre à l’évidence, mes enfants grandissaient, il avait besoin d’un père et moi faut bien le dire j’avais envie d’un homme. On a beau être une petite paysanne, être éreintée le soir, mais certains jours des sensations que je tentais de refréner avec ma conscience de bonne catholique me venaient.

Dans ma tête je me mis donc sur le marché des chercheuses d’hommes, en temps que veuve j’avais acquis une certaine autonomie et je pouvais sans mon père me trouver un homme.

Un après midi alors que je me trouvais avoir accompagné mon frère au moulin des Landes chez mon oncle Jacques pour y livrer des grains, un paysans de Grosbreuil le bourg voisin attira mon attention.

Cheveux brun, yeux marrons, rasé de près, d’une taille fort convenable, vêtu avec propreté et une certaine assurance qui me fit me retourner sur lui. Il engagea la conversation avec moi. Eugène devint ma couverture dans nos futures relations, eh oui il fallait quand même respecter quelques convenances.

Bon pour être franche, les convenances sautèrent rapidement, un jour ou il pleuvait dru une grange nous accueillis. La conversation convergea vers des baisers, puis vers des caresses. Nos corps s’affolèrent rapidement et je crois que François en vit plus sur ma nudité dans le jour chancelant de cet après midi pluvieux que mon défunt mari en 6 ans de mariage. Il sut y faire et je me suis laissée faire, doux, tendre, il me mena à la jouissance.

Il fallut quand même régulariser, il ne convenait pas à une veuve avec deux enfants de se faire prendre comme une bonne entre deux tas de paille et de voir se développer un petit fruit  » batarisé ».

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 3 , mon premier mariage et ma première maternité

Les noces furent programmées pour le 10 mai 1853 et il fut décidé que nous nous installerions avec mes parents, car en effet mon père devint métayer à la Crépaudière. J’avais quitté l’endroit en tant que bonniche j’y reviendrai en patronne, enfin pas tout à fait car c’est ma mère qui le sera .

Bon pour mon mariage j’étais d’accord mais un peu angoissée tout de même, j’allais passer de la tutelle de mon père à celle de mon mari, mais comme nous allions vivre ensemble j’aurai les deux sur le dos.

Il faut aussi s’imaginer la vie que j’allais avoir, les travaux ménagers, les travaux agricoles, les enfants qui ne tarderaient pas à venir, ces foutues menstrues qui me coulaient régulièrement entre les jambes, ce qu’on appelait les devoirs conjugaux même quand je voudrai pas. Ma mère rassurante me disait en plus il pourrait bien de mettre quelques trempes en rentrant du cabaret.

Je fis donc l’objet d’un contrat entre mon père et mon futur, je n’avais rien à dire. La date fut choisie après Pâques car on ne se mariait pas pendant carême, mais il ne fallait quand même pas que cela prenne sur les travaux agricoles, la terre avant tout.

Le mardi 10 mai 1853 fut donc retenu, un mardi c’est le jour des cocus j’espère que cela ne sera pas prémonitoire.

L’organisation d’un mariage demande beaucoup d’attention, tout d’abord, n’oublier personne dans les invitations.

Du coté de mon père, mon oncle Pierre de Grosbreuil et François, Jean et Jacques qui demeuraient au Moulin des Landes, du coté de ma mère mon oncle Pierre Loué de la Chapelle Achard.

Du coté de mon futur, son frère Jean Louis Proux de la Mothe Achard et ses deux sœurs Rose Victoire et Marie Véronique toutes deux servantes dans le village. Jean Aimé n’avait plus ses parents.

Après venait l’arrière garde de la famille, les oncles et les cousins vous parlez d’un méli-mélo.

A partir du dimanche ce fut une tuerie au poulailler et au clapier les lapins n’en menaient pas large. Jean avait engagé un joueur de violon pour le bal et le convoi qui nous mènerait de la maison à la mairie et à l’église. Mon futur m’ offrit un petit anneau de cuivre. Le jour dit tout était prêt, victuaille, vin, musicien, la grange était décorée et moi j’avais revêtu mes plus beaux habits, une robe bleue, un tablier blanc et une coiffe toute neuve, mon homme lui avait un pantalon neuf, un gilet et un beau chapiau.

Le 10 mai à 10h nous nous présentions devant le Maire, Monsieur Aujard, échange des consentements, rappel des droits et des devoirs et signatures. Enfin pour les paraphes ce fut rapide je ne savais pas lire et mon mari non plus. Nos témoins furent Poiroux jean Louis, laboureur et Jean Letard maçon, pour mon mari et Poiroux Pierre mon grand père et Pierre Barreau mon oncle.

Je tiens à préciser que Jean Louis Poiroux n’était pas mon vrai grand père,il avait simplement était  marié  à ma grand mère Marie Rose Tallier, la mère de ma mère.

La noce se dirigea ensuite à l’église où nous fumes bénis. Tout le monde avait hâte de passer à table, quel beau repas, danses, chansons. En fin d’après midi les hommes étaient fort chauds et mon mari plus que tous autres. Certains finement lui disaient qu’il n’allait pas pouvoir dépuceler sa belle, lui rigolait en répondant des mots fort crus que je ne répéterai pas.

Bon je passerai sur le repas du soir, il faut maintenant que je me donne à mon mari. Comme je vous l’ai déjà dit nous étions allez fort loin dans les jeux de l’amour, mais j’étais encore vierge et je redoutais ce moment.

Pour cette nuit qui ce devait d’être idyllique,nous avions la métairie pour nous. A la chandelle j’ai retiré ma robe et je me suis glissée dans les draps, mon Jean m’a rejoint en gardant également sa chemise. Il fut en vérité très pressé et les caresses furent un peu brusquées, il allait bien falloir que je m’habitue au caractère hussard de mon mari. Il força l’entrée me fit mal et je marquais les draps de ma virginité perdue. Heureusement sa forme était médiocre et je le vis se retourner sur le coté pour dormir. Sa vanité le réveilla et délicatement me dit qu’il fallait remettre le couvert. Bon ce ne fut pas meilleur que la première fois mais cela laissait présager quelques améliorations.

Le lendemain le réveil fut donné par les jeunes de la noce qui nous présentèrent un pot de chambre remplit d’une mixture sensée nous redonner de la vigueur, évidement un idiot de cousin retourna les draps pour apercevoir le fruit de ma défloration, j’en étais honteuse mais Jean lui en était très fier.

On reprit le repas et les danses, avec un peu moins de vigueur que la veille.

Voila j’étais madame Proux et on s’installa à la Crépaudière avec les parents et mon frère Eugène. En plus nous avons engagé une domestique nommé Gazeau Magdeleine.

Autant que je vous décrive la Crépaudière tout de suite. C’est une petite métairie située à l’est de La Chapelle Achard à environ 2 km, nos voisins sont les Loué au Plessis Jousselin, les Tesson et les Chaignes à L’Auzaire. Nos terres valaient une vingtaine d’hectares, autant dire qu’on serait un peu des crèves la faim, d’autant plus qu’il fallait partager les récoltes avec les propriétaires.

La maison se composait d’une grande pièce, avec une cheminée située presque au milieu, le lit des parents se trouvait à coté sur la droite. Une grande table en chêne avec deux bancs, une maie, un coffre, un évier en pierre.

A gauche de l’entrée, un autre lit celui de mon frère. Le soleil pénétrait difficilement par l’unique fenêtre

Nous avions une autre chambre, aveugle, sombre et froide, j’y dormais avec mon mari, malheureusement pour l’intimité, la paillasse de la domestique s’y trouvait aussi.

L’étable se trouvait à coté, nous avions une vaches et deux bœufs, ainsi qu’un âne. Les poules se baladaient dans la cour mais aussi dans la maison, les canards s’ébattaient dans la mare, le tas de fumier exhalait ses fines nuances. Pour l’eau nous avions un puits dont l’eau était souvent gâtée.

Comme de bien entendu la corvée d’eau relevait des femmes, certes les hommes n’en utilisaient pas beaucoup.

La vie s’organisa, mon mari s’entendait relativement bien avec mon père et moi je composait avec ma mère, remarquez que c’est toujours mieux que de vivre avec sa belle mère.

Ma mère était une très belle femme et qui n’avait que 37 ans lors de mon mariage, elle aussi avait ses règles et je ne sais comment elle faisait pour ne pas avoir d’enfants. Bon si je le sais, car moi aussi je le pratiquerai plus tard avec il est vrai moins de succès qu’elle.

A 16 ans vous parlez comme on est fertile, je me retrouvais le ventre rond deux mois après mes noces, pour sur le Jean il était vaillant et la pauvre domestique qui tentait de dormir à coté de notre couche en entendait de belles.

Cette grossesse fut difficile, je devais travailler car ma mère qui n’avait pas souffert lors de ses maternité ne comprenait pas que je puisse être incapable de faire comme elle. Le soir je devais encore tempérer les ardeurs de mon homme car lui aussi ne se doutait que je puisse en être gênée.

J’arrivais à terme au mois de mars 1854, tout était près, ma mère Marie Rose et ma grand mère Marie Rose étaient parées et une sage femme du bourg m’assistait. Le grand père Poiroux, mon père et le Jean faisaient les cent pas dans la cour. A sept heure du matin en ce 15 mars mon premier né apparut, mon mari lui donna le nom de Barthélémy Aimé.

Ma mère et ma grand mère l’emmenèrent au village pour le faire baptiser, moi je ne pouvais y aller car j’étais impure. En voilà encore une connerie contre les femmes, impure avec les menstrues,impure après l’ accouchement, nous ne l’étions pas pour recevoir la semence de nos maris ni pour nous tuer en nos tâches journalières.

Bien quarante jours après j’allais faire mes relevailles à l’église, cierge et bénédiction le curé me délivra de mon impureté. Le soir Jean était impatient de me voir lever mon cotillon et de reprendre mon rôle de femme.

J’allaitais le cher bambin en espérant que cela me protégerait d’une autre grossesse mais rien n’y fit un an plus tard mes règles disparaissaient et mes seins grossissaient. Il faut dire que ne s’occupant guère de notre pauvre domestique ni du petit qui hurlait toute la nuit, Jean était assidu et il faut en convenir j’en éprouvais quelques satisfactions.

 

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 2, mon adolescence

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 1, mon enfance

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 2, mon adolescence

 

Donc comme je vous disais on déménagea au moulin des Landes, nous nous rapprochions du reste de la fratrie. Père et mère redevinrent journaliers. Bien faut quand même préciser que métayers, journaliers ou petits laboureurs la misère était commune, toujours trimer, pour simplement pouvoir se nourrir. Alors cela variait, quand une métairie se libérait, si vous n’étiez point fainéants ou du moins connus comme tels vous pouviez obtenir un bail généralement de neuf ans renouvelable tous les trois ans de façon tacite. Si vous n’aviez pas cette chance, vos bras vous servaient et vous vous faisiez embaucher dans les grosses fermes ou dans des métairies importantes. De toutes manières il y avait pléthore de travail et seuls ceux qui ne voulaient point travailler restaient sur le bord du chemin.

Le moulin des Landes était un groupement de quelques maisons avec évidement un moulin, qui était tenu par un cousin de ma mère. Nous nous connaissions tous, en grande famille en quelque sorte. Moi quand j’arrivais à m’échapper de mes tâches domestiques et agricoles je m’en allais rejoindre des filles de mon âge, nous badions aux mouches et observions les domestiques agricoles.

Notre petit hameau se situait sur le chemin qui menait à la grande route, cette dernière reliait Bourbon Vendée et les Sables. Ce chemin terreux aux ornières remplies d’eau allait aussi jusqu’à la Cossonnière où se trouvait une grosse métairie.

Nous n’étions pas trop éloignés du bourg et le dimanche le chemin pour aller à la messe était fort court, du reste j’aurai préféré qu’il soit plus long car des garçons auraient à me raccompagner.

Bon d’accord je suis encore un peu jeune, mais il est temps que je vous conte une mésaventure qui ma foi est sûrement arrivée à beaucoup d’autres femmes.

J’avais déjà remarqué que ma poitrine commençait un peu à pousser et mon père et mes oncles me disaient des bêtises à se sujet. Mon comportement changeait également et un soyeux duvet recouvrait maintenant mon petit conin. Un jour que j’étais à l’étable en train de traire une vache j’ai senti un liquide chaud qui me coulait le long de la cuisse, me voilà pris d’une panique. Heureusement ma mère n’était pas loin et je lui racontais que je pissais du sang. Elle me fit remonter mon jupon et se mit à rire, te voilà une vraie femme. Elle m’expliqua ce qu’elle savait elle même c’est à dire pas grand chose, tu es bonne pour avoir un galant mais aussi pour avoir des enfants. Enfin bref elle me mit en garde contre le sexe fort, par contre elle ne fit pas dans la discrétion et tout notre entourage sut que j’avais mes ragnagnas. Le dimanche honteuse j’ai bien cru que monsieur notre curé allait l’annoncer en chaire.

Peu de temps après, pendant un repas mon père me dit que j’allais quitter la maison pour aller travailler. Ma réponse fut que je travaillais déjà bien assez, une taloche me fit taire.

Dès le lendemain, mon baluchon sur l’épaule avec mon père nous primes le chemin du bourg. J’avais dis adieu à ma mère comme si je partais en exil, mais je ne partais qu’à la  » Crépaudière  »

Mon père m’avait placée comme servante de ferme, une poignée de main et le contrat était passé. A 14 ans se retrouver comme bonniche dans une ferme n’avait rien de bien extraordinaire, nous y passions presque toutes. La famille n’avait pas à vous nourrir et les maigres gages retombaient immanquablement dans les mains paternelles ou maternelles.

Mon patron se nommait Laurent Villiers s’était un gros bonhomme de 43 ans, le verbe haut, surtout après boire, il me fit tout de suite peur. Il vivait en compagnie de son fils Jean Louis et de sa fille Marie Bénonie. Le fils avait mon age et la fille 9 ans. On me présenta les autres employés, Victoire Giller 28 ans avec qui je partagerai la sous pente, Théophile Trichet 19 ans et le petit Louis Arnaud âgé de seulement 12ans. Mon père me laissa et je pleurais un bon coup.

Il s’avéra que le travail était le même qu’à la maison et que monsieur Viller était moins dur que mon propre père.

Bon il faut tout de suite préciser que Victoire la servante le servait particulièrement bien, cette dernière m’avait tout de go avertie que notre patron n’était point libre et que ce n’était pas la peine de tourner du troufion autour. Quelle saleté, faire ça avec un vieux, il n’en n’était point question, par contre le fils me plaisait plutôt bien.

Je ne sais si elle pensait le marier, mais cela ne sera pas le cas.

Le 8 janvier 1851 ce fut le mariage de mon oncle François, les noces avaient lieu un mercredi comme cela la fête pouvait durer deux jours, nous ne pouvions décemment festoyer le vendredi jour de souffrance du seigneur. Tout le monde avait mit ses beaux habits . Marie Anne qui mariait son premier fils irradiait de bonheur. La mariée se nommait Françoise Louise Pontoreau, elle était assez belle, bien que fort sotte. Bon d’accord mon oncle ne lui demandait pas de réfléchir, tenir son ménage, lui faire des drôles et accepter la bagatelle le plus souvent possible.

La famille élargie était présente ainsi que des amis du couple, nous mangeâmes de bon cœur et au son du violon la danse battit son plein.

Moi au vrai j’étais entre deux âges, pas une petite fille, ni une femme à marier, mon père et mes frères me surveillaient comme le lait sur le feu

Moi je n’avais d’yeux que pour un seul, au milieu des convives un homme grand, jovial et discret , il attirait les regards de la gente féminine. Il est vrai que je n’avais guère de chance que ses yeux se portent sur moi. Des plus belles et plus âgées que moi sauraient capter son attention.

En fin de soirée alors que je m’écartais de la grange pour satisfaire à quelques besoins je butais littéralement sur l’objet de mes désirs ou pour le moins l’objet de mes regards. Il me débita quelques blagues et nous rejoignîmes la fête.

J’étais conquise et je crois que mes premiers émois datent de ce moment. Bon passons sur le sujet. Le vendredi j’étais à la Crépaudière et je reprenais mon travail.

C’est à peu près à cette époque que le neveu devint empereur, vous parlez que je m’en foutais, je n’aurai jamais le droit de voter et moi en dehors de ma cour de ferme et de l’espoir d’avoir dans ma couche le beau domestique de la noce.

Les hommes par contre rageaient ferme car le canton de la Mothe Achard était conservateur ou légitimiste.

Puis le destin frappa à ma porte, mon beau domestique qui était en gage chez Mr Aujard au bourg principal décida de s’intéresser à moi.

Un dimanche à la sortie de la messe il me pinça, m’attrapa le bras et en bref me fit la cour je ne le repoussais pas.

Le dimanche suivant, il demanda à me raccompagner chez moi au Moulin et en semaine je le voyais roder autour de la Crépaudière. Au bout de quelques semaines il m’attira à l’abri des regards et nous échangeâmes un baiser. J’en fus toute émoustillée et au cours des semaines les caresses se firent plus accentuées. Aimé puisqu’il se prénommait ainsi avait plus d’expérience que moi et savait quel chemin il devait parcourir. Nous allâmes fort loin,il fallait bien savoir si nous étions compatibles, mais je conservais ma  » dame de devant  ». Pour le reste je savais que mon prétendant était fort réceptif et que moi je m’enflammais rapidement. Bien sur nos rencontres furent connues de tous et Jean Aimé Proux dut faire une demande à mon père. Ce dernier ne fut guère heureux, j’avais 16 ans et mon amoureux 29, il n’était que domestique, enfin ce n’était pas un très bon parti. Heureusement sa réputation de travailleur était bonne et il avait cumulé un petit pactole qui fit céder mon père.

 

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 1, mon enfance

 

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 1, mon enfance

 

Par ce journal je vais vous raconter l’histoire de ma vie. Ce ne fut pas à proprement parlé une épopée mirifique, le destin extraordinaire d’une princesse, ou les aventures d’une exploratrice ayant franchi les océans.

Non ma vie fut celle d’une paysanne vendéenne, elle fut riche de labeur, de joie, de tristesse, de bonheur conjugal et familial. Mon horizon fut celui des femmes de mon époque, mon lit clos, ma métairie, son étable et son poulailler. Mes déplacements se bornèrent à l’église du village et au cimetière, avec une seule exception notable, un voyage aux Sables d’ Olonne pour voir l’océan.

Rien que du très banal, mais le bonheur simple comme un enfant qui pleure, les  braises qui crépitent ou l’odeur du pain chaud sorti du four.

Je vis le jour le 14 mars 1837 en la commune de La Chapelle Achard, je crois que le roi de l’époque se nommait Louis Philippe, mais mon père disait  » ce n’est point le bon, il est pas légitime  ». Ce dernier tenait une métairie que l’on nommait  » L’auzaire  ».

Mon père qui se prénommait Louis était tout jeune à l’époque, 26 ans c’était tôt pour s’établir. Mais pour nuancer, le vrai chef de la métairie était un vieux monsieur qui s’avérait être mon grand père.

Ma mère était encore plus jeune, 20 ans, une fleur fraîche et épanouie qui à peine butinée donnait un fruit. Elle répondait au doux prénom de Marie Rose Désirée.

Pour son premier enfant,  elle fut rapide et je poussais mes premier cris vers 15 heures, accouchement sans problème c’était  une gaillarde et moi j’étais  bien vigoureuse.

Comme la loi l’ obligeait mon père alla déclarer ma naissance à la mairie, bien évidement il prit mon grand père Pierre Barreau et mon oncle Pierre Barreau comme témoins.

L’ancêtre de la famille habitait avec nous et mon oncle était bordager au bourg. Les trois compères s’attardèrent au retour et le vin du cabaret les avait mis d’humeur guillerette.

A la maison en cette époque nous étions assez nombreux et je vais vous présenter ma fratrie.

Commençons par les plus vieux, mon grand père qui petite me faisait l’effet d’un vieillard centenaire n’avait que 53 ans, ma grand mère Marie Anne avait 35 ans et régnait en maîtresse sur la métairie. J’appris bien plus tard que le grand père s’était remarié au décès de sa première épouse avec sa jeune servante. C’est pour cela que j’avais des oncles âgés de 9 ans et 5 ans.

Il y avait aussi mon oncle Jacques grand benêt de 18 ans qui s’attardait plus au cul des femmes qu’au cul des vaches.

Pour parfaire le panorama nous avions une jeune domestique de 18 ans se nommant Marie Violeau.

J’allais oublier on me prénomma Marie Louise et je m’en fut prestement baptisée, il fallait faire vite car on mourait encore rapidement à cette époque.

Mon premier souvenir fut d’être tombée dans la mare de la ferme, c’est mon oncle François qui m’a repêchée. Marie Anne ma grand mère avait su avec l’aide d’une poignée d’ortie me faire comprendre qu’il ne fallait point que je traîne n’importe où. Est ce la baignade forcée ou la fessée qui marqua mon esprit impossible à savoir, tout ce que je puis affirmer c’est que ce fut mon unique bain et que j’eus en horreur la soupe d’ortie.

Comme je vous l’ai dit c’est Marie Anne qui diligentait la métairie, elle menait le grand père par le bout du nez, enfin ce n’est pas l’organe que ma propre mère citait mais bon je vais rester polie.

Toutes les femmes lui devaient allégeance car c’était l’épouse du patron. Ma mère ruminait en silence et s’en plaignait à mon père. Ce dernier timoré ne voulait pas d’un conflit avec sa belle mère, quand au grand père dès que la mégère en jupon levait le ton lui il baissait les yeux.

La vieille s’occupait donc de moi pendant que maman et papa s’évertuaient à tirer profit de la petite métairie. Je devais nourrir les poules ce n’était pas déplaisant, mais un jour un vieux jard énervé par mon oncle me pinça très fort. J’en fus encore d’une taloche alors que mon oncle fourbe adolescent rignochait dans son coin.

Mon éducation était toute domestique, pas d’école, ma seule source extérieure de culture était la messe du dimanche. Je n’y comprenais rien mais j’en aimais le cérémonial.

Le premier drame dont je fus le témoin fut la mort de mon grand père Pierre, il tomba malade fin mai 1844 se coucha un soir et ne se releva plus. Rien n’y fit, les remèdes empiriques, le médecin venu exprès de la ville, il ferma les yeux le 31 mai 1844.

Ce fut un chambardement énorme, les voisins défilèrent, la famille rappliqua et une veillée funéraire s’organisa. On jeta l’eau des bassines et on couvrit le seul et unique miroir de la maison. Les femmes procédèrent à la toilette funéraire et on m’obligea à y participer. Je pleurais toutes les larmes de mon corps, j’étais peinée, honteuse de voir la nudité du corps raidi de mon grand père et pétrifiée de voir ainsi mon premier mort. C’était l’apprentissage de la vie, vous parlez je n’avais que sept ans.

Cette mort fut comme une renaissance, la famille sitôt l’ancêtre sous terre se divisa, une violente dispute eut lieu entre mon père et sa belle mère, Jacques mon oncle prit également position. J’étais drôlesse à l’époque et je me suis retrouvée dehors avec mon oncle Jean lui aussi trop jeune. Le motif de la dispute me resta étranger, mais la conclusion en fut que chacun se sépara.

Nous restâmes à l’Auzaire, tonton Jacques s’en fut au moulin des Landes avec sa femme et leur trois enfants. Ma grand mère Marie Anne avec ses deux garçons s’installa aussi au petit village du moulin des Landes, de patronne elle se retrouva journalière. Elle pinça un peu du bec et mon père décrivit un pincement à un autre endroit, moi je n’avais pas le droit de m’exprimer ainsi sinon  je me prenais une taloche.

Mon environnement changea du tout au tout d’un manque total de place nous trouvions maintenant la maison presque trop grande. Mes parents étaient plus détendus et je crois même qu’ils redoublèrent d’ ouvrage pour avoir un autre fils. Bon je me tais la dessus je ne suis pas sensée comprendre grand chose sur les choses de la vie. Bien j’avais moins d’adultes sur le dos, mais je n’avais plus mes jeunes oncles pour faire les quatre cents coups et je m’ennuyais mortellement. En plus mon frère âgé de trois ans ne me quittait pas d’une semelle. Cela arrangeait ma mère qui la pauvre se crevait aux champs, mais quand même j’étais pas bien grande pour garder un sale morveux comme l’Eugène.

Au fil des jours chacun se rabibocha, au début on se croisait à la messe, Marie Anne faisait semblant de ne pas nous voir, mes oncles de loin me faisaient des grimaces pour me faire rire. Puis un jour Jacques serra la main de Louis et la belle Esther ma tante me gratifia d’un baiser sur la joue.

Mon père au vrai voyait ses jeunes demi frères et lorsque François décida de se marier nous fumes évidement invités. Marie Anne ravala sa rancune et fit montre d’une jovialité inhabituelle.

En ce temps les femmes veuves se remariaient volontiers, Marie Anne âgée seulement de 43 ans pouvait facilement se dégoter un veuf ou un petit jeune pour subvenir à ses besoins. Elle était encore fort belle, bien que petite son port était altier, sa poitrine ferme et aucune ridule ne venait encore parcheminer son visage. Des cheveux noirs de jais, tirés en arrière avec une coiffe immaculée , ses yeux marrons légèrement bridés à l’orientale vous transperçaient et vous déshabillaient.

Mon père quand il avait bu racontait hilare que la Marie Anne aimait particulièrement les étables car il était commode de s’y faire culbuter. Il faisait rougir ma mère mais personnellement je n’ai vu aucun homme avec ma grand mère.

Bon passons sur le sujet moi je grandissais et je faisais ma jeune fille, avec ma mère nous étions très liées cela n’était pas forcement très courant à l’époque, je me souviens que je lui peignais ses longs cheveux bruns, je lui versais aussi de l’eau lorsqu’elle se mettait au baquet pour la toilette hebdomadaire je pense que j’étais la seule personne qui échangeait ce genre d’intimité avec elle. Même mon père n’avait pas accès à de telle privauté.

En 1848 je me rappelle nous déménageâmes, il y avait une révolution à Paris alors la date m’a marquée. Forcement je n’y comprenais rien, j’étais au cul des vaches, je m’occupais de la basse cour, je donnais à manger aux cochons et bien sur je mouchais la morve de mon petit frère, alors pensez donc me faire une opinion sur la chute d’un roi et l’installation d’une république.

Je savais seulement par mon oncle Jean que les messieurs du château étaient fort en colère mais qu’il y  aurait du bon, que le comte de Chambord allait revenir avec le vrai drapeau fleur de lysé et qu’on allait revenir aux valeurs d’autrefois.

Moi les valeurs d’autrefois je ne voyais pas bien mais bon. Comme disait mon père t’es qu’une grande godiche.

LE DIVORCE DE L’ENFANT, 3ème épisode

Notre dame de Vouharte et la place de l’ancien cimetière

Il n’y avait d’ailleurs pas que dans l’univers du lit clos que les choses n’allaient pas, Jean qui se voyait chef de ménage, fut sous la tutelle de son beau père et de ses beaux frères. Au Breuil tous étaient plus ou moins apparentés, il faisait figure d’étranger et ces paysans bourrus ne faisaient guère preuve d’aménité face à ce jeune freluquet qui leur avait chipé une belle plante.

Oui il connaissait son travail et n’était pas plus mauvais paysan que ces Vouhartais mais il ne se sentait pas à l’aise avec eux.

Au foyer relégué en bout de table comme un drôle, il n’avait point la parole sur les choses de la ferme et des terres qui ne lui appartenaient pas. Sa belle mère le terrifiait d’un regard et sa femme peu encline à venir à son secours éprouvait un sentiment sadique à le voir souffrir.

Le pauvre dépérissait à vue d’œil, déjà point gros il en perdait le boire et le manger, un jour n’y tenant plus il prit son baluchon et s’en alla rejoindre sa fratrie sur Xambes.

Comme on peut bien s’imaginer la nouvelle du départ du Jean Godichon se propagea dans tout le village et bientôt dans celui de Xambes.

Chatain fut fou de rouge et cria à la trahison et à la rupture du contrat, sa femme qui se voyait mourir de honte brailla dans tout le hameau. Seule Catherine fut pénétrée d’une immense satisfaction et espéra vivement que jamais il ne revint.

Une expédition fut montée pour aller chercher le fugitif en son repère, rien ni fit Marie Degail la mère ne peut convaincre son fils et l’oncle qui avait oui dire que rien ne se passait comme il aurait fallut avait pris position pour Jean.

Au cours des semaines plusieurs missions de conciliation furent menées, le curé de Vouharte sur sa mule y cassa son chapelet et même Monsieur Hierard notabilité influente du canton dut manger son rond de chapeau.

Jean réfugié en ses terres dans le giron de sa mère qui en son sein recueillait tous les griefs de cet homme enfant.

L’affaire prenait une mauvaise tournure, se transformant en antagonisme entre la commune de Xambes et celle de Vouharte. Le fait que Catherine se refusa à son mari depuis la nuit de noce faisait les choux gras des lavoirs des deux communes. On se moquait de Jean qui n’avait pas su faire et on reprochait à la pauvrette de ne pas satisfaire à ses devoirs conjugaux.

Les ennuis du couple n’étaient évidement pas lier au sexe, il était simplement incapable de vivre ensemble et rien ne pourrait les faire changer d’avis.

Ces événements matrimoniaux alimentaient les conversations et même le décollement de Robespierre et la fin de la terreur passaient en seconde place.

Monsieur Hierard le maire de Vouharte fut contraint de trouver un solution avant que les parties n’en viennent aux mains.

Depuis des temps immémoriaux, le mariage était indissoluble, tant du point de vue religieux que du contrat passé devant notaire. Les législateurs de la révolution sous l’influence des lumières décidèrent que le mariage pourrait être rompu par un divorce. Ce fut la loi du 20 septembre 1792 qui en même temps qu’elle laïcisait l’état civil autorisait la dissolution du mariage.

Bien sur il y avait quelques contraintes qui furent adoucies par les décret des 4 et 9 floréal an II ( 23- 28 avril 1794 ).

Le maire du village connaissant ces dispositions les proposa à la famille Bonnemain. Ces paysans ne connaissaient évidement pas ces nouvelles lois et aucun mariage n’avait encore été rompu dans la contrée par ces dispositions légales.

Mr Hierard expliqua, Jean n’était point dément, ni criminel, n’avait jamais amené de femme en son domicile, n’avait pas de mœurs déréglées. Aucun désaccord insoluble n’avait pu être constaté, incompatibilité d’humeur et la rancœur ne pouvaient être prouvés, restait l’absence au domicile conjugal depuis plus de six mois.

Le clan Bonnemain, Courtin se laissa convaincre et Catherine requit le conseil municipal de Vouharte pour dissoudre son union.

Le 12 avril 1795 ou le 23 germinal an 3, Jean Baptiste Hierard réunit son conseil en la maison commune.

Antoine Courtin, gros laboureur de la commune âgé de 41 ans et époux de la Marie Chaignaud, c’est un lointain cousin à Catherine, mais qui n’est pas cousin avec les Courtin sur la commune de Vouharte ? . Antoine est l’archétype du coq de village, laboureur presque opulent, hâbleur, fort en gueule, d’un physique de courtaud mais avec une force considérable, c’est naturellement qu’il s’est retrouvé comme officier public à la nouvelle municipalité du village. Il dévisage Catherine avec mépris quand on est une femme on subit la loi de son mari, pour le meilleur et pour le pire.

Jean Beaud est aussi officier public et aussi laboureur, certes il n’est pas du même niveau qu’Antoine, mais sa culture est certainement plus développée. Il est également plus tempéré en ses propos sans toutefois considérer le divorce comme une chose acceptable.

Jean Bloin 51 ans laboureur également est un notable du village, il connaît Catherine depuis son jeune age et l’encourage d’un regard. Ce simple appui réconforte un peu Catherine dans son entreprise.

Dans un coin en pleine discussion avec le maire, il y a Pierre Courtin, laboureur, notable respecté et plus ou moins cousin d’Antoine et de Catherine. D’un physique agréable il a 47 ans il est le mari de la Marguerite Guidon.

Au vrai les Courtin sont si nombreux qu’on leur donne un surnom ou bien on les identifie par leur femme.

Le dernier présent en cette assemblée est Michel Turlais qui a été nommé agent National, laboureur également, autant rester entre soi, il a 44 ans et est chargé du contrôle de l’application des lois et des décrets. Il est redouté et possède une puissance qui peut vous conduire à l’échafaud. Heureusement l’homme est plutôt débonnaire et aucun Vouhartais ne fut guillotiné par son action.

Catherine assise dans son coin écouta les débats forts animés de la réunion, le divorce était chose nouvelle et dure à faire comprendre à ces paysans somme toutes assez frustres et empêtrés du poids coutumier. Mais enfin la loi triompha il fut conclu qu’une citation serait portée à Jean Godichon et qu’elle serait apposée à la maison commune de Vouharte et de Xambes pendant une décade.

Un huissier de Montignac le citoyen François Geoffroy se rendit à Xambes pour y remettre la citation à comparaître à Jean Godichon, après quelques promenades dans les champs pour le trouver

il lui remit copie de de l’opération du conseil municipal de Vouharte. L’huissier afficha une copie à la salle commune de Xambes, comme il en avait affiché une à celle de Vouharte.

Le peu de personne qui n’était pas au courant le furent, en ce 7 mai 1795, le drôle au feu Étienne était la vedette du bourg.

Une bien piètre célébrité que de ne pas pouvoir garder sa femme, se disaient les anciens. Les femme au lavoir beaucoup plus crues claironnaient en rigolant que le Jean avait rien dans la culotte.

En bref il bouleversait l’ordre établit et tous considéraient que les lois nouvelles avaient du bon mais aussi qu’elles avaient aussi du mauvais.

A vouharte cela jasait également, les vieilles crachaient sur le passage de Catherine, et les plus jeunes disaient qu’elle avait le cul serré.

Seule la notoriété et le nombre de la parentelle fit qu’on la laissa globalement tranquille.

Le divorce prononcé les deux furent de nouveau sur le marché des cœurs à prendre. Mais les soupirants de Catherine ne furent pas légion et elle dut attendre 8 ans (01/02/1803 ) avant de trouver le Jean Bouyer dit Charon, cet ancien militaire se ficha du quand dira t’ on et on arrêta enfin d’appeler Catherine la divorcée.

Le Jean se maria un peu plus vite avec la Jeanne Testaud de Saint Amand de Boixe ( 18/07/1799 ), il n’avait que 20 ans pour son deuxième mariage, mais celui ci fut fécond car dès l’année suivante il eut le bonheur d’avoir une fille.

Ainsi se termine l’histoire de ce premier divorce Vouhartais, quelques années plus tard leur vie aurait été tout autre car les Bourbons au cours de leur restauration, restaurèrent l’indissolubilité du mariage.

Ainsi donc de 1816 à 1884, date de la réapparition du divorce les couples durent faire contre mauvaise fortune bon cœur et supporter souvent l’ insupportable.

La période de 1792 à 1816 pour courte qu’elle fut, permis quand même à plusieurs milliers de couples de se séparer.

 

LE DIVORCE DE L’ENFANT, 1er épisode

LE DIVORCE DE L’ENFANT, 2ème épisode