Le TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 59 , la catin de Saint Avaugourd des landes

1870 – 1872, Hameau de Guy Chatenay, commune de Saint Avaugourd des Landes

François Ferré époux de Rose Caillaud.

Comme il fallait bien suivre le travail, on déménagea sur la commune de Saint Avaugourd, moi je me fichais de changer d’endroit et les enfants aussi par contre ma Rose n’était pas des plus satisfaites, ma condition de journalier devait sans doute la gêner. A moins que cela soit autre chose !!

Notre dernier garçon était né la bas, nous l’avions nommé François Pierre, il ressemblait à Célina, c’est curieux quand même sur sept enfants deux seulement semblaient des copies conformes, les autres avaient certes des traits communs mais rien qui puisse permettre de les reconnaître comme des enfants de François et Rose.

J’espère en tout cas que nous n’aurions plus d’enfant, car franchement la vie était dure et je peinais à les nourrir tous, heureusement nous nous étions déjà débarrassés de Clémence notre plus vieille. Elle était maintenant placée comme servante à Nieul le Dolent chez un laboureur que je connaissais.

Un jour à la sortie de la messe ou il faut le dire j’allais rarement un homme a souri à Rose, je ne le connaissais pas il me semblait l’avoir déjà vu, une impression, un sentiment diffus. Ma femme baissa la tête mais une légère rougeur apparue sur ses joues.

Le soir je lui demandais si elle ne connaissait pas le gars qui lui avait adressé un sourire sur la place. Elle me bafouilla un non confuse, j’avais le sentiment qu’elle me mentait.

Quelques jours plus tard par un journalier j’appris qu’un gars venait de Grosbreuil comme nous, je fis l’étonné mais mon journalier me dit, mais si ta femme le connaît je les ai croisés ensemble une fois.

1870 – 1872, hameau du GuyChatenay, commune de Saint Avaugourd des landes.

Rose Caillaux, épouse de François Ferré.

Mon mari avait gagné, nous avions dû le suivre, une épouse suit toujours son mari. J’ai pourtant tout fait pour retarder l’événement mais rien n’y fit, il faut dire à sa décharge qu’il avait trouvé un emploi mieux rémunéré ce qui n’était pas du luxe avec toutes ces bouches à nourrir. Mais moi qui pensait à moi, qui pensait réellement à ce que je ressentais, personne à n’en point douter, nous étions nous les femmes prisonnières, coincées entre nos mouflets et notre bonhomme.

Je me rappelle le jour ou j’ai annoncé à mon amant que j’allais partir. Il voulait m’enlever, braver la loi. Je le persuadais que cela ne pouvait se faire que j’avais des petits et qu’enfin nous ne pouvions défaire ce que le seigneur avait lié. Je me suis donc donné une dernière fois à lui, c’est inscrit dans ma mémoire.

Dans un bois isolé, sur un manteau de mousse entièrement je me suis dénudée, m’effeuillant devant lui pour la première fois. Il m’observa, m’admira satisfait de ce beau spectacle. Pour la première fois je pris l’initiative pour dévoiler les charmes de mon homme, c’est moi qui fit glisser le paravent de sa virilité. J’étais troublée des sensations que cela me procurait.Nous avions interverti l’ordre de bienséance qui dictait depuis des temps immémoriaux que la femme se devait d’être passive.

Mais il avait fallu nous séparer, lui ne pouvant changer d’employeur, ce fut notre au revoir ce fut notre adieu.

Neuf mois plus tard mon petit François Pierre naissait, était il de lui ou bien de mon mari, une seule certitude il ressemblait à Célina comme deux gouttes d’eau.

1870 – 1872, Hameau de Guy Chatenay, commune de Saint Avaugourd des Landes

François Ferré époux de Rose Caillaud.

Dans ma tête je tentais de rassembler les éléments qui pourraient me permettre de la confondre. Mais j’avais beau chercher Rose me semblait irréprochable, toujours à s’occuper des ses enfants, toujours première au travail. Notre intérieur était toujours tenu de façon irréprochable. De plus bonne chrétienne, première à confesse et jamais  ne manquait une messe.

De plus au fin fond de notre couche elle était toujours bonne femme, certes pas très participante, pas très innovatrice mais tout de fois jamais ne se refusant à ses devoirs conjugaux. Non vraiment une femme parfaite, alors pourquoi avait elle menti et pourquoi rougir comme une pucelle lorsqu’elle a vu ce paysan parmi d’autres?

Un soir je n’y tins plus, nous étions couchés et je lui posais la question si elle connaissait cet homme, elle hésita, balbutia, je compris. Une violente colère monta en moi, j’étais trompé, je lui mis une gifle, puis deux, la violence s’empara de moi, je mis les poings et frappais encore et encore. Silencieuse elle se mit en position du fœtus et reçut les coup, mais je voulais maintenant l’humilier.Je lui arrachais ses vêtement et là nue devant moi je tapais encore et encore, je la pris par les cheveux et je la tirais hors de la couche, pantin ensanglanté, elle hurlait maintenant.

Mais sur le point d’ouvrir la porte dernier rempart qui offrirait la honte de ma femme et la mienne au grand jour, je vis mes petites Marie et Clémentine qui s’étaient levées alertées par les cris. Cela m’arrêta, je lâchais Rose et partais ruminer mon tourment dans l’obscurité de la nuit.

Le lendemain quand je rentrais de ma nuit d’errance, Rose était déjà au travail, assise au cul d’une vache meurtrit dans son âme et dans son corps. Son œil présentait une couleur bleutée et sa lèvre était fendue, difficile de faire croire à quiconque d’une blessure accidentelle.

Tous imagineraient qu’elle avait mérité cette volée, de toute façon le mari avait toujours raison dans l’opinion populaire,  » bats ta femme si tu ne sais pas pourquoi mais elle, elle le sait. »

Un mois après elle était morte, Rose ma Rose.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 58, La mort du petit tuberculeux

1870 -1873, La corberie, commune de Sainte Flaive

Marie Anne Tessier, épouse Guerin

Marie Clémentine sera je pense mon dernier enfant, c’est une charmante demoiselle maintenant, vigoureuse, rieuse et qui déjà fait les pires bêtises.

Il faut dire que considérant que nous n’en aurons pas d’autres nous la choyons plus que de raison.

Mais moi je crois plus dans le fait que la petite, qui longtemps oscilla entre l’envie de mourir et celle de vivre nous a demandé plus et que nous avons gardé l’habitude de cette fâcheuse manie. Un enfant n’a pas besoin que l’on s’occupe de lui.

Bizarrement après la naissance de ma fille en 1867 je n’ai jamais plus revu mes menstrues.  Il a fallu tout de même un petit moment avant que je ne sois complètement rassurée je n’avais pas cinquante ans et à mon age des femmes pour leur plus grand malheur se faisait encore surprendre.

Charles qui avait assez trois garçons en age de travailler la terre avec lui se félicitait de ne plus avoir de bouches  supplémentaires à nourrir .

Jusque là, il avait toujours travaillé pour les autres, son père, divers gros laboureurs quand l’opportunité de prendre une petite borderie se présenta. Il hésita, demanda conseil, puis se décida enfin. Ce n’était que terre de traîne misère, méchante friche qu’il faudrait essarter et gagner à la culture. Il s’en sentait capable, avec ses fils, bien qu’ils fussent encore un peu jeunes.

A la Corberie nous étions donc baignés par un bonheur simple, le soleil qui se levait sur notre petite cour éclairait chaque jour d’une lumière différente nos humbles vies. Nous partions nous échiner sur ces terres de faible rapport le sourire aux lèvres. Nous avions peu de chose mais la possession n’était pas pour nous un but en soi. Lorsque les blés montaient et qu’ils mûrissaient sous le soleil de notre printemps Vendéen nous étions baignés dans une limbe de bonheur que seuls des gens de la terre peuvent ressentir.

Mais hélas tout n’allait pas forcément toujours tout droit, une ligne de vie n’est jamais complètement droite.

L’année 1872 fut pour nous une bien mauvaise année, Victor notre dernier garçon était fatigué depuis plusieurs mois, il  avait perdu sa vitalité de petit garçon. Lui si tonique, toujours à courir dans mes jupons et dans ceux de ses sœurs, lui qui apportait la joie se traînait maintenant comme se traîne les journées à la fin de l’hiver. Il avait perdu son bel appétit et moi je trouvais qu’il maigrissait, parfois il avait même des poussées de fièvre qui le laissaient exsangue.

Personne ne comprenait rien au mal qui le rongeait. Nous l’emmenâmes voir une vieille femme au bourg de Saint Avaugourd. Elle avait la réputation de soigner, venue d’un age qui nous semblait lointain, elle recevait dans sa maison taudis. Cela n’avait rien de rassurant, elle fit déshabiller mon enfant et l’examina. Elle le trouva bien maigre, et nous prescrit de le forcer à manger des choses roboratives, ensuite de ses mains douteuses aux ongles en deuil, elle lui passa une sorte d’onguent sur la poitrine en récitant des incantations.

Serait -ce suffisant pour sortir mon fils de cette torpeur ? Nous y crûmes un temps, car il nous sembla qu’il reprit un peu de son entrain naturel.

Au début de l’année il se mit à tousser, c’était effrayant, à chaque quinte on aurait cru que ses poumons allaient se décrocher. Il ne mangeait presque plus rien, il ne lui restait que la peau et les os.

La toux devint très grasse, puis sanguinolente, nous étions vraiment inquiets et surtout très démunis.

Cela ce sut et le maire du village nous envoya son médecin, un matin Clementine qui était restée à veiller son frère vint me chercher alors que je rangeais du bois dans un taillis avec mes deux Charles.

  • Le médecin de la ville, le médecin de la ville

  • il est là

  • Pour quoi faire

  • Pour Victor maman, c’est monsieur le maire qui l’envoie

  • Mais je peux point le payer

  • vient vite maman il s’impatiente

Un beau monsieur, belle redingote, pantalon aux plis soignés, rentré dans des bottes de cuir qui lui montaient aux genoux. Chapeau haut vissé sur le chef , mains gainées de cuir jaune, il embaumait d’un parfum douceâtre de cocotte qui ne couvrait d’ailleurs pas l’odeur acre du fumier ce qui semblait fort l’indisposer.

Charles le chapeau à la main était incapable de prononcer un mot, d’ailleurs le mondain de la ville avait toutes les peines du monde à comprendre notre doux langage Vendéen.

Nous le fîmes entrer, visiblement incommodé par les flagrances de notre demeure, soupe au choux, humidité de la terre battue, pot de chambre, odeur corporelle de nos corps peu lavés et surtout odeur de la mort qui déjà rôdait.

D’un regard dégoûté il observa la nature des crachats de Victor, le fit tousser, l’ausculta et le regarda sous toutes les coutures.

  • C’est la tuberculose

  • Quoi

  • La tuberculose ma pauvre dame

  • Vous allez le soigner Monsieur

  • Ma pauvre comment vous dire

  • Votre fils il va passer

  • Mais quand

  • Venez, allons dehors

  • Mes pauvres gens votre fils il va mourir et c’est pour bientôt, je ne peux rien y faire, ni moi ni personne.

  • Il faut que vous l’isoliez.

  • Mais où qu’on va le mettre

  • Je ne sais pas mais, il est contagieux, tout le monde va être malade.

  • Combien qu’on vous doit docteur

  • Rien mes braves, c’est arrangé avec le maire.

Ce fut tout, aucun remède, aucune potion, juste la nouvelle d’une mort éminente et le risque que tous nous attrapions cette tuberculose.

Il fut décidé qu’aucun des enfants n’approcheraient plus Victor et nous les fîmes dormir dans la grange et à l’étable. Moi seule serait désormais au chevet de mon fils.

Son état d’ailleurs se dégrada fort rapidement, il ne mangeait plus du tout et n’acceptait que quelques cuillerées de lait que je lui glissais de la bouche. Ces toux lui déchiraient les entrailles et il vomissait du sang. Incapable de se lever il faisait sous lui et patiemment pour ne pas lui faire de mal je le nettoyais comme un nourrisson. Le dix sept mars il était au plus mal et je fis prévenir le curé, une veillée s’organisa les mère du voisinage se relayèrent avec moi.

Il mourut dans mes bras, ses pauvres yeux dans les miens, sa petite main décharnée me serrant très fort en ces ultimes instants.

C’est Charles de ses grosses mains rugueuses qui lui ferma les yeux, je le vis pour la première fois pleurer, au juste quelques larmes ,de paysan dur et bourru, qui serpentèrent entre ses rides et vinrent mourir sur sa moustache devenue blanche.

Nous avions à faire, le linceul n’était plus de mise, Charles alla au village faire confectionner un petit cercueil par le menuisier.

Moi aidée des femmes je lui fis sa toilette et nous le vêtir de ses habits du dimanche, il semblait petit être, perdu dans ses vêtement trop grands.

Je jetais hors de la maison l’eau qui se trouvait dans les bassines et les seaux, l’âme de Victor ne devait pas rester prisonnière. De même je cachais le petit miroir qui se trouvait au dessus de l’évier et où Charles se rasait.

Le lendemain nous conduisions notre fils au cimetière, c’était le deuxième que nous conduisions ainsi. Lors de la mort du premier nous étions jeunes et n’avions pas mesuré l’importance de la peine que nous pouvions avoir. La vie nous avait poussés à la suite, nous avions eu d’autres enfants dont l’un portait les prénoms du premier défunt. Mais là nous étions plus âgés, plus murs, nous savions pertinemment que nous n’aurions d’autres enfants. Les temps aussi commençaient à changer, les enfants mouraient moins, mais nous les pauvres, étions victimes d’une maladie incurable qui se développait très vite et qui paraît il faisait des massacres dans les grandes villes surpeuplées.

On plaça Victor pas très loin de son frère, ils ne se connaissaient pas , peut être feront ils connaissance d’en l’ haut delà .

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 56, la petite Victoire.

1870 – 1872, la Bourie, commune du Girouard.

Victoire Cloutour, fille de Pierre et Victoire Epaud.

Quand on a dix ans on est perméable à tous les événements, tout vous marque et moi cette année j’ai été particulièrement marquée.

Tout d’abord, moi qui avait mes habitudes à la Bucholière ,partir en exil à la Bourie fut une expérience traumatisante à souhaits. On s’imagine très mal et même si fondamentalement le fait de changer de hameau ne présentait pas une grande différence moi je le pris très mal. Je me trouvais bien où j’étais, c’était indéfinissable ne revenons pas là dessus.

Après il y eut les disputes entre mon père et ma mère, au début je n’en comprenais pas la cause, mais un de mes camarades me déniaisa sur le sujet, » ton père trousse une servante de ferme ».

Pour une enfant de dix ans cela ne me parlait guère et devant ma mine interrogative il employa d’autres mots qui plus imagés me firent comprendre la gravité de la chose.

J’avais un peu de mal à comprendre pourquoi des adultes responsables finissaient toujours leur relation par cette copulation animale, pour les vaches je comprenais, mais je ne faisais pas encore la relation au fait que nous les êtres humains étions faits comme des animaux ou peut être que les animaux étaient faits comme nous. A moins que nous les vendéens nous ne soyons après tout que des animaux nous mêmes. Vous voyez moi en gardant mes oies et en tirant sur le pi des vaches je réfléchissais.

Par contre sans prendre position je n’aimais pas que mes parents s’engueulent, cela me faisait peur et pour moi n’avait aucun sens.

Un soir mon père battit ma mère, cela ma considérablement traumatisée et cette nuit là j’ai pleuré à chaudes larmes.

Le lendemain mon grand père quittait la maison, je ne sus si les événements de la veille avaient précipité le départ de mon aïeul ou si cela était prévu. Moi qui aimait ce vieux bonhomme, ridé , grincheux, sale et puant je fus très triste de le voir partir, il mourut bien plus tard certes, mais il n’était plus là pour me prendre sur ses genoux et me raconter des bêtises en frottant son menton mal rasé sur mes tendres joues.

Puis il y eut cette bagarre, moi qui n’aimait guère me mettre en avant je fus ce jour là à la noce.

Ma mère se battant comme une poissarde sur le chemin avec la catin de mon père, vous parlez d’un spectacle, la rivale fut certes humiliée et vaincue, le cul à l’air et rougi par la fessée au battoir, moi je trouvais qu’il n’y avait aucune gloire à se battre en public quand on était une mère de famille.

Je ne sais si ma mère après cet exploit se sentit mieux et qu’elle reconquit son homme mais moi longtemps après j’eus l’impression que nous étions des maudits comme les romanichels qu’on honnissait.

Puis ce fut la guerre, pour sur je crois que les journaux en rajoutaient sur les événements, au bourg on racontait même que dans un village du milieu de la France les paysans avaient mangé un traître prussien. Nous en Vendée je ne crois pas que l’on avait des traîtres. Des paysans de chez nous qui avaient fait l’armée, ceux qui avaient eu le malheur de tirer un mauvais numéro étaient rappelés comme réservistes. Ce fut assez rapide, on alla pas en Prusse, mais par contre cette coalition d’Allemands vint en France. Le curé racontait à ceux qui voulaient l’écouter, que c’était un grand malheur qui nous arrivait, non pas de nous être pris une volée par les ennemis, mais plutôt d’avoir perdu notre empereur.

Car figurez vous, nous n’avions plus d’empire et les adultes étaient un peu embêtés pour savoir qui commandait, moi ça je m’en moquais éperdument. Du moment que les teutons ne venaient pas jusqu’au Girouard pour nous égorger et nous couper les mains comme le racontaient les journaux, nous autres on pouvait bien avoir n’importe qui à la tête du pays.

D’ailleurs le père avait du travail par dessus tête, les moissons n’étaient pas rentrées et il manquait de bras. Nous pour sur on travaillait aussi .

A la maison l’ambiance semblait se stabiliser, une accalmie en quelque sorte, nous avions la visite de mon grand père Cloutour, Il était veuf pour la deuxième fois mais maman disait que le vieux bougre avait une vieille amante pour assouvir ses besoins. Cette expression ne me parlait guère et évidemment j’ai demandé à ma mère d’être plus précise. Elle le fut en effet et je me pris une gifle.

Quand il venait, il emmenait mon oncle Louis âgé de dix sept ans, je l’aimais bien il aurait pu être mon frère. Mon père n’aimait guère ce frère d’un deuxième lit, là aussi une explication m’aurait un peu éclairée, mais j’avais encore la trace des doigts de la première torgnole.

Entre les deux Pierre Cloutour, mon père et mon grand père les discutions étaient vives. Le plus vieux avait tout connu, l’empire, la restauration, la monarchie de juillet, la deuxième république, le second empire et maintenant de nouveau la république. Mais pour tout dire têtu il en tenait pour le comte de Chambord , ils vont revenir nos vrais rois disait il. Mon père plus en avance sur son temps pensait que le pouvoir devait revenir au peuple. A grand coup d’eau de vie de poire ils s’engueulaient tout le dimanche.

Avec ma mère et mes frères et sœurs on laissait les deux énergumènes et on allait se promener. Parfois on retrouvait nos voisins et on mangeait une brioche que les femmes avaient préparée.

Quand la journée terminée nous revenions à la maison mon père somnolait sur son fauteuil et le grand père cuvait sur le banc devant la maison. Mon demi frère devait ramener le vieux sur Grosbreuil et ce n’était guère une belle affaire.

Ainsi va la vie, nous avions maintenant des nouvelles de la ville de Paris qui s’était insurgée contre le pouvoir en place.  Des dizaines de milliers de morts et des milliers de déportations dans des pays lointains. Un soldat de la Roche qui avait de la famille dans les environs racontait que l’endroit où l’on envoyait tous ces malheureux s’appelait la Nouvelle Calédonie. J’avais jamais entendu ce nom, mais bon j’étais de l’avis de mon père une grande andouille qui connaissait absolument rien.

Il en avait de bonne, il n’avait qu’à m’envoyer à l’école. Mais de ce coté là, il en était resté aux temps anciens. Les femmes c’était pour faire des drôles et traire les vaches, j’étais trop jeune pour qu’il rajoute et satisfaire les hommes.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 55, la fessée de la servante.

1870 – 1872, la Bourie, Commune de Girouard

Victoire Epaud, épouse Cloutour.

Pierre trouva du travail aux environs du lieu dit la Bourie, la promesse d’être garder un peut plus longtemps fit que l’on pensa à nous rapprocher un peu, non pas que le trajet fasse peur à mon mari, mais enfin ce serait plus commode d’autant qu’on nous fournissait une maison moins délabrée que celle que nous occupions à la Bucholière.

Nous nous réinstallâmes, moi j’espérais que cela serait pour un petit moment.

Je vous ai aussi parlé d’une impression fugace qui m’était venue pendant la fête de la moisson et bien je crois que mes craintes étaient bien fondées. Il était plus facile pour un homme de tromper sa femme, la population s’en gaussait un peu, » le Pierre vous vous rendez compte il baise la Louise », » mais oui la servante celle qui autrefois habitait au bourg ». Bref tout le monde savait que le Cloutour il montait des cornes à sa femme, ils n’en n’avaient pas confirmation, ne savaient pas précisément qui était l’heureuse fille mais enfin tous le savaient.

Bien sur mon père, mon propre père le savait également, quand je lui fis le reproche, il me répondit « c’est pour te protéger ».

Je fis mon idiote un moment, mais un soir alors que je savais que mon bonhomme était aller la rejoindre je fis mon entreprenante dans le lit. Le Pierre d’habitude aurait réagi immédiatement, là rien, un vieillard, un valétudinaire, il se tourna comme si je n’existais pas. Alors je devins comme folle, je hurlais et alarmais toute la maison, Victoire et Marie se levèrent effarouchées à m’entendre gueuler à pleins poumons. Mon père le lâche le traître ne bougea point de sa chambre. Ce fut une belle envolée de gros mots, tout mon vocabulaire y passa , les petites pleurèrent. A un moment Pierre en eut marre de se faire hurler dessus, il m’envoya une paire de gifles devant les filles. Cela me coupa dans mon élan, il renvoya les petites se coucher et en fit de même. Je me retrouvais comme une idiote en chemise assise sur une chaise à regarder les cendres mourir. J’avais beau tourner cela comme je voulais, je ne trouvais pas de solution immédiate et je m’en retournais me coucher auprès de mon seigneur et maître.

Le lendemain mon père discuta avec Pierre, le ton monta rapidement, je ne sus exactement ce qu’ils se dirent, toujours est il que la semaine suivante mon père nous quitta pour aller vivre avec mon frère Jean.

Comme je le savais Pierre n’eut plus à faire attention, moi j’étais le centre des discutions et lorsque j’allais au bourg j’avais l’impression que mes cornes ne pourraient passer l’entrée de la nef.

Les femmes sont méchantes entre elles, et l’on me fit comprendre que c’est parce que je tenais mal mon mari qu’il allait voir ailleurs.

En somme la catin avait le beau rôle, un jour que je m’en allais avec Victoire et Marie sur le village pour aller au lavoir, je croissais ma rivale. Elle était accompagnée par quelques jeunettes domestiques, sur le dessus de mon panier une chemise au Pierre trônait , je ne pus me retenir et elle se la prit en pleine figure. Ce fut une bataille générale, gifles, morsures, griffures, j’eus le dessus et coinçait fortement la poule, j’avais mon battoir à linge et inspirée je pus lui soulever le jupon. Autant vous dire que mon instrument lui ait retombé plus d’une fois sur le cul.

C’est le métayer de la laudière qui est venu à son secours, elle s’en alla en courant sous les rires des petites servantes qui n’avaient pas bougé d’un pas pour l’aider.

Autant vous dire que mon mari ne pourra pas lui caresser les fesses avant un bon moment. La bagarre et la fessée firent la une du canton, je suis remontée aussitôt dans l’estime des mères de famille.

Par contre le Pierre qui passait pour un idiot me fit peur, car le soir j’eus la terreur qu’il ne se venge en me faisant la même chose.

Mais je crois qu’au final, il fit bien pire, il ne m’adressa plus la parole. Je crus un moment qu’il ne me quitta moi et mes trois petits pour cette voleuse d’homme.

Dans les jours qui suivirent j’eus ma victoire, la servante fut renvoyée et quitta la région pour se faire bonniche à la Roche sur Yon.

Nous étions bien débarrassés, mon bonhomme me battit froid un bon moment mais je savais que tôt ou tard il me reviendrait.

Un soir il rentra bien gai car il avait conclu la vente d’un veau et avait fait un beau bénéfice. Le vin aigrelet de Pissote l’avait un peu chamboulé et je sentais bien qu’il était amoureux. Je m’empressais d’envoyer tout le monde au lit.

Ce ne fut pas vraiment une douce balade amoureuse. Mais enfin il retrouvait le chemin qu’il n’aurait jamais du quitter.

J’aurais bien scellé nos retrouvailles par un petit, mais rien ni fit j’avais le ventre sec et je fis même des prières à notre bonne mère pour devenir féconde. Je me fis faire aussi des tisanes d’orties, de trèfles, de feuilles de framboisier, je me gavais de miel mais rien ni fit. Mais rien de rien, le pierre y devra se contenter d’un seul garçon.

En juillet 1870 le tocsin se mit à sonner sur les cloches de tous les villages, nous avions entendu par les gens qui savaient lire les journaux que l’empereur Napoléon avait quelques dissensions avec le roi de Prusse.

Nous la Prusse on savait pas trop où cela se trouvait, la tête du Bonaparte on la connaissait un peu car elle se trouvait sur les pièces et les timbres ainsi que sur les almanachs mais la tronche du roi prussien vous vous doutez bien ….

Tout le monde se précipita au village et on apprit que la France avait déclaré la guerre aux allemands. Après explication de l’instituteur du village, on sut que c’était les mêmes qui nous avait battus ,le Napoléon premier admit que cette fois l’affaire serait réglée en quelques semaines à notre avantage.

Moi cela m’inquiétait fort peu, je ne connaissais personne qui était soldat et par ailleurs nous étions fort loin des frontières.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 54, Les charmes de la petite bonne

1870 -1872, la Crépaudière, commune de la Chapelle Achard

Barthélémy Proux, fils de feu Jean Aimé et de Marie Louise Barreau

J’ai maintenant seize ans l’age où l’on vous garde comme travailleur fils du patron ou l’on vous expédie comme valet dans une exploitation voisine.

Dans les deux cas le travail était le même et vous ne perceviez aucun gage, tout revenait au père.

Pour tout vous dire moi je serais bien parti pour explorer un univers différend de la Crépaudière.

J’en connaissais le moindre recoin, mais le paysage je m’en moquais bien un peu, c’est bien plus les gens qui m’intéressaient.

Depuis que mon grand père Barreau était mort en mille huit cent soixante huit c’est le mari de ma mère qui dirigeait la métairie.

Je l’aimais bien, il nous battait avec justesse comme il battait ses propres enfants, pour cela aucune différence.

Cela dit j’aurais préféré garder mon père, j’avais cinq ans quand il est parti, et son image commençait à s’estomper, c’est bizarre mais je gardais plus le souvenir de sa voix que le souvenir de son visage.

Comme avec les yeux de l’enfance on a tendance à magnifier les êtres disparus je me garderais bien de le comparer avec mon nouveau père. Au départ j’en étais un peu jaloux, il avait pris ma mère, l’avais possédée, ni plus ni moins que mon père mais lui était un étranger.

Pendant les quelques années de son veuvage ma mère nous prenait dans sa couche, j’aimais fort me blottir le long de son corps chaud, quelle sensation extraordinaire.

Puis évidemment après son remariage nous fumes un peu relégués. De toute manière vu son jeune age, elle ne pouvait rester seule, une veuve de vingt deux ans ce n’était pas convenable.

Comme de juste tel un jeune couple ils firent des enfants, mon frère Louis arriva l’année du mariage, Auguste, François puis ma petite sœur Louise complétèrent la fratrie, ma mère de fait était presque toujours enceinte .

Moi je trouvais que maman était très fatiguée, le travail au champs s’accommode mal avec les enfants en bas age je ne vous parle même pas du fait d’avoir un ventre tellement proéminent qu’elle ressemblait à une futaille.

Donc nous étions six enfants, moi je travaillais avec mon père, oui comme je le considérais comme tel je le nommais ainsi. Ma sœur Marie 16 ans qui tremblait de partir loin de ses habitudes, mettait les bouchée double pour justifier sa place d’ouvrière dans l’exploitation, je vous dirais qu’elle se tuait à la tâche et que ma mère ne la récompensait pas à sa juste valeur. Un jour elle l’a obligée à repartir au lavoir sous le prétexte que le linge était mal rincé, c’était faux bien sur mais bon conflit mère fille aller savoir.

Mon oncle Eugène avait fini par partir sous d’autres cieux,normal, moi j’effectuais maintenant un travail d’homme donc en quelques sortes c’était moi ou lui. Pour cette fois ce ne fut pas moi.

Maintenant il faut que je vous avoue, mes parents eurent la bonne idée d’embaucher une jeune bonne.

Marie Pondevie, nom de dieu qu’en je la vis pour la première fois mes bras lâchèrent tout leur fardeau, plus grande que moi, blonde comme les blés, un sourire radieux et une poitrine qui ma foi n’avait rien à envier à la poitrine gorgée de lait de ma mère. Je ne pus m’empêcher de fixer sa chute de rein. Immédiatement je sus qu’elle serait le terrain de mes premières armes.

Autant vous dire qu’après mon arrivée je ne fus plus aussi assidu à mon travail, par contre j’étais toujours près à aider Marie.

Moi qui n’aimais pas spécialement la traite j’étais toujours à fouiner dans l’étable, moi qui me levais le dernier, j’étais au garde à vous pour surprendre la beauté en chemise.

Mon beau père me disait arrête de suivre cette foutue femelle comme un chien en chaleur. Cela faisait sourire ma mère. Peu à peu j’avançais mes pions, j’étais quand même le fils du patron, un peu de courage voyons.

Elle tomba amoureuse de moi et entre deux petits bécots nous nous promîmes mariage. Je ne sais si elle était sincère mais moi pour le mariage je n’en étais pas encore très sur. C’était une vile tactique pour pouvoir lui faire l’amour. Mais elle était assez maline . Un jour j’ai pris un peu de son temps pour la peloter dans le foin et bien excité je lui ai demandé de me faire voir ses seins. Malicieuse elle me dit oui à condition que je lui montre aussi quelque chose, fièrement je lui ai cédé et elle après s être  repue de la vision de mes attributs que sottement je lui avais exhibés elle se sauva me laissant comme un imbécile.

Elle jouait un jeu dangereux et mon esprit était à me venger de cette petite garce. Il fallait que je fasse vite car les servantes changeaient souvent de patron, de plus à la sortie de la messe sur la place elle faisait damner tous les célibataires du coin.

Ma seule chance résidait dans le fait que je la voyais tous les jours et que maintenant elle m’était redevable. Un jour ma mère partit à la foire pour vendre du beurre et du lait et mon père était au cabaret pour discuter sur quelques changements de gouvernement. Marie eut la redoutable tâche de garder les petits à la maison, moi bizarrement le père ne m’avait pas attribué de travail. Toute la journée on joua au chat et à la souris. A un moment j’eus une opportunité d’être seul avec elle. Au début il fallut que je force un peu le destin, elle ne voulait rien savoir. Puis peu à peu les barrières de la belle cédèrent, j’aurais obtenu l’ensemble des bienfaits que l’on pouvait attendre d’une femme si mes maudits frères n’avaient fait une entrée fracassante dans la cuisine. Elle baissa subitement son jupon et moi encore une fois j’en fus vaincu.

Mon dieu quel supplice de tantale de vouloir et de ne pas pouvoir. Ma servante fut surveillée comme on surveille le lait, en effet les frérots avaient tout raconté, mon père avait bien rigolé mais ma mère beaucoup moins. Elle parlait de renvoyer la petite. Il n’en n’était pas question je ne lui avais pas pris sa fleur.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 53, un sentiment trouble

1864 – 1866, la Bucholière, commune du Girouard

Victoire Epaud, femme Cloutour

A la Bucholière, deux hommes régnaient conjointement, mon mari et bien sur mon père, cela n’avait pas été très facile. Les plus vieux ne supportant que très rarement leur éviction progressive.

Chez nous cela c’était fait tranquillement, les deux hommes autour de la table se parlaient.

Père se mettait en bout de table, ce territoire jamais Pierre ne lui a disputé et il ne se serait jamais avisé de faire l’affront à son beau père de lui prendre sa place. Non même si le vieux comme il l’appelait l’emmerdait par sa simple présence, il le respectait et je crois aussi qu’il l’aimait.

Pierre était donc à sa droite, les deux domestiques hommes se tenaient en face, moi je servais et ma fille Victoire avec la petite servante assises sur des chaises, le bol chaud entre leurs mains lapaient goulûment la soupe du soir.

Il faut dire aussi que ma drôlesse savait apprivoiser son grand père et que souvent elle se retrouvait sur ses genoux. Il lui faisait même boire son affreux breuvage fait de vin versé dans son fond de soupe.

Les valets , qui ne nous étaient point inférieurs n’avaient pas l’autorisation de se mêler de la conversation, sauf si évidemment on les en invitait, ce n’était point de la discrimination mais une habitude. Pierre qui avant de me connaître avait été domestique avait souvent mangé dans la grange avec les journaliers de passage.

Par contre moi dans ces moment là je me tenais coite et ne proférais aucun opinion. Je discutais avec Pierre,oh ça oui mais dans l’intimité de notre coutil.

Les discutions endiablées avaient comme thème la tenue de l’exploitation, l’opposition entre anciens et nouveaux. Ce soir là les deux hommes s’opposaient , devait on planter de la pomme de terre.

Vraiment quelle bande d’idiots et quel anachronisme que de se disputer sur ce bien fait avéré déjà par quelques dizaines d’années d’usage. Le vieux bloqué sur les peurs de ses ancêtres ne voulait point entendre parler de la Parmentière, plante du diable. Il n’en n’avait d’ailleurs jamais consommé.

Mon père qui y voyait un bon profit et aussi le moyen de diversifier ses récoltes obtint gain de cause et un champs fut destiné au noble tubercule.

Il en fut de même pour l’introduction du maïs, mon père n’en voulait pas, d’ailleurs à part les bleds et les fourragères il ne voulait pas grand chose. Il se disputait et mon père quittait la table pour se coucher, la conversation reprenait le lendemain et ainsi de suite.

Bon là aussi mon mari gagna et nous pûmes semer ce blé de Turquie.

Moi j’aimais ces repas animés, la vie y transpirait. Le dimanche le père de Pierre venait parfois manger avec sa nouvelle femme et le demi frère de mon homme.

C’était parfois tendu mais le vin les faisait sourire, moi avec ma belle mère on papotait de choses et d’autres.

J’étais maintenant enceinte, Pierre en était content et moi aussi, nous n’étions pas une famille très nombreuse que cela nous indispose. J’eus tout de suite des problèmes et mon travail s’en ressentait, si je continuais, j’allais perdre le bébé.

L’enfant naquit en juillet un peu avant les moissons, ce fut une fille je l’appelais Marie Nathalie Philomène. Ce ne fut que péniblement que je retournais au champs, ma petite emmaillotée restait à la maison, il ne pouvait guère lui arriver quelque chose. D’ailleurs ma grande était chargée de s’assurer que tout allait bien.

Bien que cela fut dur j’adorais les moissons, l’odeur des blés murs, le soleil, la chaleur.

Tout était réglé comme une partition mon Pierre devant avec mon père, ils étaient armés de leur grande faux aiguisée comme des rasoirs. Derrière avec une faucille les deux domestiques confectionnaient les gerbes. Moi à la suite avec la jeune servante, nous devions les lier.

Nous commencions au lever du jour, la chaleur était moins forte, au plus de plusieurs heures mon père peinait et perdait du terrain sur Pierre, sa fierté de mâle dominant en était affectée, il forçait, ahanait mais la force de la jeunesse était toujours victorieuse. Pierre se moquait  » alors le père on arrive pas à suivre  ».

En ce jour si quelqu’un n’arrivait pas à suivre c’était bien moi, penchée sur mes gerbes le bas ventre me brulait et me faisait souffrir comme une intense colique.

Marche ou crève Victoire , je tins jusqu’à la pause du repas. Nous nous installâmes tous autour de la charrette, un repas copieux arrosé d’un petit vin frais vous revigorait les êtres. Moi allongée le long de la route je fis une hémorragie. Je n’aime guère parler de cela devant les hommes mais du sang s’écoulait le long de mes jambes et ma robe de coton bien qu’épaisse se teintait. Pierre prit peur, on me porta jusqu’à la maison et on me coucha. Bien sur comme les moissons n’attendaient pas, chacun repartit me laissant seule avec ma douleur et mon inquiétude. Cela ne pouvait tomber plus mal, nous avions plusieurs jours de fauchage.

Dès le lendemain j’étais debout pour préparer la soupe de mes hommes, m’occuper de mon bébé et d’aller traire les vaches. Au vrai j’étais bien faible et bon dieu je pissais le sang.

Le lendemain les gerbes que je n’avais pas liées cette année s’amoncelaient sur l’aire de battage.

Avec ma grande je l’avais balayée avec grande peine de long en large. L’opération était pénible il faisait une chaleur suffocante, avec l’aide de fléaux, les hommes qui s’étaient regroupés pour cela commençaient leur dur ouvrage de séparer les grains de la paille. Les femmes aidaient aussi en ramassant la paille en versant avec des cruches de fortes rasades de vin ou d’eau fraiche pour les plus prudents.

Moi baudruche éventrée, assise comme une vieille sur mon banc je les regardais admirative. Mon Pierre était  superbe dans l’effort, les cheveux hirsutes, le visage plein de poussière et la chemise trempée de sueur. Pour un peu j’en aurais eu des frissons qui n’étaient pas dus à une fièvre maligne.

Mais ce que j’aperçus au loin me coupa le peu de jambes qui me restait, Pierre qui s’était écarté pour sûrement se satisfaire a été rejoint par une servante d’une ferme voisine. J’étais loin et ils étaient un peu cachés mais j’eus l’impression qu’ils étaient un peu trop près l’un de l’autre. Sans doute que je me trompais, mais un doute subsista en mon esprit de femme en alerte.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode, 51, La jeune veuve se remarie

1863 – 1864, la crépaudière, commune de la Chapelle Achard

Marie Louise Barreau femme Ferré

Ma situation de veuve perdura quelques années, mais il fallait se rendre à l’évidence, mes enfants grandissaient, ils avaient besoin d’un père et moi faut bien le dire j’avais envie d’un homme.

J’étais évidement trop jeune pour conserver ce statut de veuve, j’avais un age ou la plupart des paysannes n’étaient point mariées. L’avantage c’est que je n’étais pas encore dépréciée au contraire moi je me trouvais très belle et attirante. C’est d’ailleurs bizarre cette sensation, à chaque fois que je passais quelque part, les hommes arrêtaient de travailler. J’avais même le droit à quelques sifflet irrespectueux et quelques commentaires irrévérencieux sur mes courbes. Les femme par contre se méfiaient de moi, j’étais devenue une potentielle voleuse d’hommes. Une fois j’ai même failli leur donner raison en succombant à un artisan du village. Je lui avais amené un ouvrage et il me fit une cour éhontée qui se termina par un enlacement qui ma fois me donna quelques frissons et me rassura sur ma capacité à plaire. L’arrivée d’un autre client me fit fuir. Le soir dans ma couche tout se mélangea dans ma tête, le souvenir des joutes avec mon mari défunt, ma nuit de noces.

Dans ma tête je me mis donc sur le marché des chercheuses d’hommes, en temps que veuve j’avais acquis une certaine autonomie et je pouvais sans mon père m’en trouver un.

Un après midi alors que je me trouvais avoir accompagné mon frère au moulin des Landes chez mon oncle Jacques pour y livrer des grains, un paysans de Grosbreuil le bourg voisin attira mon attention.

Cheveux brun, yeux marron, rasé de près, d’une taille fort convenable, vêtu avec propreté et une certaine assurance qui me fit me retourner sur lui. Il engagea la conversation avec moi. Eugène devint ma couverture dans nos futures relations, eh oui il fallait quand même respecter quelques convenances.

Bon pour être franche, les convenances sautèrent rapidement, un jour ou il pleuvait dru une grange nous accueillis. La conversation convergea vers des baisers, puis vers des caresses. Nos corps s’affolèrent rapidement et je crois que François en vit plus sur ma nudité dans le jour chancelant de cet après midi pluvieux que mon défunt mari en six ans de mariage. Il sut y faire et je me suis laissée faire.

Il fallut quand même régulariser, il ne convenait pas à une veuve avec deux enfants de se faire prendre comme une bonne entre deux tas de paille et de voir se développer un petit fruit » batarisé».

Nous nous mariâmes le 7 janvier 1863, ce fut Mr Aujard qui présida à la cérémonie, comme pour mon premier mariage. Jean François Ferré mon mari apportait un petit pécule, il avait 27 ans et moi 25 et nos deux écots rassemblés ne formaient pas une bien grosse fortune. L’essentiel était ailleurs, il m’apportait sa protection, sa force de travail et une respectabilité de femme mariée. Je n’avais plus seize ans et j’étais moins nunuche, sans ma mère j’avais appris à tenir une maison et pour la bagatelle j’avais appris à tenir un homme.

Dans la maison cela faisait un homme de plus, il fallut rajouter une paillasse pour mes enfants car mon nouveau mari n’en voulait pas dans sa couche.

Très fertile je devins grosse rapidement, mais il faut dire que nous avions mis la charrue avant les bœufs.Avec mon mari nous avions tout de fois décidés de nous expatrier sur le hameau de la Boule, Eugène mon frère nous suivit et c’est la bas que le 3 octobre de la même année je mis au monde un petit Louis,, ma mère avait disparu mais ma grand mère vint encore m’assister, ma belle mère Victoire était là aussi. Le chemin était fait la sage femme n’eut pas le temps d’arriver.

Louis François Jean Ferré,c’est ainsi que se nomma le premier enfant de ce qu’on appelle un deuxième lit. J’avais peur que mon nouveau mari ostracise mes deux premiers qui n’avaient que neuf et sept ans.

Il n’en fut rien, il éleva Aimé comme son fils et je crois qu’il lui transmit toutes ses valeurs, il eut un peu plus de mal avec ma fille Marie car elle ne se gêna pas lorsqu’ils étaient en conflit de lui rappeler qu’ils n’étaient pas liés par le sang.

Nous ne transitâmes que peu de temps à la Boule, mon père nous demanda de revenir à la Crépaudière et François devint par contrat comme l’adjoint de son beau père. Il faut dire qu’une extension notable de la métairie demandait de la main d’œuvre. Il y eut donc en plus de nous un domestique de surcroît cousin de mon défunt mari et qui se nommait Aimé comme mon fils, il avait une vingtaine d’années. Pour me soulager moi, on prit une petite souillon de dix ans, j’ai honte car je la bousculais très souvent, mais à ma décharge , elle était fort sotte.

J’allais oublier mon gredin de frère, il était aussi avec nous mais jaloux que mon mari prenne en quelque sorte sa place. Il se maria et je crus qu’on s’en était débarrassé, mais non il se logea à la Crépaudière. De nouveau une promiscuité s’instaura, je n’aimais pas ma belle sœur et je crois qu’elle non plus.

Si Eugène était jaloux de mon mari, Marie était jalouse de moi. Je me méfiais d’elle car elle avait tendance à s’en prendre à ma petite Marie. Une fois on se disputa et nous nous crêpâmes le chignon, je n’allais tout de même pas céder face à cette mijaurée ensorceleuse. J’emploie ce mot à dessein car mon père, mon mari, et le couillon d’Eugène semblaient être envoûtés par la diablesse. Un jour de colère je dis même à François  » si tu l’aimes tant, va donc la trousser dans la grange ». Il m’a répondu  »oui c’est ce que je vais faire  ».