LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 27, le témoin du massacre

1794, Vendée Canton de la Mothe Achard

Marguerite malgré la chaleur frissonnait, cachée dans un buisson d’épineux, insensible à la douleur des épines et des ronces qui enchevêtraient le tout, la rendant invisible.

Elle ne savait plus depuis combien de temps elle était blottie dans cet abri précaire, de longues heures depuis l’arrivée de la troupe des bleus dans la métairie de ses parents.

C’est elle qui la première fut la cible de la soldatesque, un peu à l’écart avec ses moutons elle ne les avait pas entendus arriver.

Ils étaient une dizaine, visiblement saouls, celui qui semblait les diriger me visa avec son fusil.

  • Les gars on va bien s’amuser une donzelle toute seule.

  • Montre nous tes seins et on te laisse tranquillement

Devant ma passivité une gifle me fit tomber à la renverse

  • Bon tu veux pas obéir déshabille toi entièrement.

Un des soldat me releva par les cheveux.

  • Foutons la à poil

Ils me bloquèrent et avec un couteau me découpèrent mes vêtements, j’étais nue devant les soudards, avec mes mains je cachais mon sexe.

  • Danse pour nous

Terrorisée je me mis passivement à effectuer quelques pas de gigue, tous rigolèrent. Puis l’un d’entre eux me bloqua et un autre me fit boire de force du vin, un autre profitait pour me toucher.

Je tentais d’ hurler mais un coup de poing me fit taire, avec un bout de ma chemise le chef me bâillonna.

  • Maintenant on va jouer

  • accroupis toi et pisse

Je ne pouvais faire que cela et je m’exécutais, alors les soldats excités sortirent leur sexe et me pissèrent dessus . Tous rigolaient.

Puis un qui semblait plus âgé sortit un rasoir, il s’essaya sur moi et me coupa grossièrement les cheveux, je pleurais, il sortit son sexe et m’obligea à l’embrasser. Tous étaient très attentifs et savouraient.

  • Moi aussi j’en veux

  • moi d’abord

  • Non

  • Attendez je prends un souvenir

Le vieux se retourna et toujours avec son rasoir me coupa les poils de ma toison, il s’en fit une moustache et fit rire tous les autres. Le chef obtint satisfaction et passa en premier sur moi.

Il puait l’alcool, le tabac et la sueur, son sexe me força, j’étais vierge, la douleur fut fulgurante et je m’ évanouie. Je crois que tous me violèrent, dans ma demie inconscience, je les voyais se relever, s’essuyer sur moi, l’un voulant varier me retourna et tenta une autre voie, mais s’en doute trop ivre ou déjà repus ne put satisfaire son instinct bestial. Il s’énerva et me bourra de coups de poing, puis me traîna et me jeta dans le ruisseau, sans doute me croyait il morte.

Instinctivement je pensais que j’allais mourir, mais bizarrement un lien tenu me raccrochait à la vie.

Le courant m’amena quelques mètres plus loin, à moitié noyée je regagnais la rive et me traînais vers chez moi.

Les fauves étaient en action, je me cachais donc dans mon buisson, je vis l’indescriptible, ma mère, forcée sous mes yeux par le chef et le vieux puis empalée avec un manche de pioche par un jeune freluquet d’à peine 16 ans qui parlait un dialecte guttural qui m’était inconnu . Puis ils bloquèrent ma petite sœur le long d’un mur. Apparentement ce fut une première pour le jeune assassin qui sous les applaudissements des autres vola la virginité d’une petite fille en perdant la sienne. Elle devait être appétissante la pauvre petite, ce fut un déchaînement, même morte chacun à leur tour, ils la pénétrèrent, pauvre poupée désarticulée.

La bas mon père percé de multiples coups de baïonnette finissait de rôtir dans les flammes de l’enfer déchaînés par les soldats de la convention, momie noire et carbonisée fichée en position grotesque, frêle ennemi à jamais vaincu par ces fiers guerriers.

Le comble de l’horreur si tenté que l’on puisse comparer, fut l’acharnement qu’ils portèrent sur ma sœur qui était sur le point d’accoucher. Bien sur on lui arracha ses vêtements, pauvre vénus ne protégeant plus ses attribut sexuels mais son bébé. C’était la dernière victime on débattit de son devenir, après le viol que faire de cette garce. La rôtir avec le père, l’empaler comme la mère ou peut être raffinement ultime lui arracher son futur fruit pour que ce dernier ne devienne un suppôt du roi .

Après ces nombreux viols, ils eurent du mal à retrouver une mâle attitude et ma pauvre sœur ne fut pas profanée par tous mais seulement par un rude costaud qui faisant fi de son gros ventre se jeta sur elle comme une bête. Il eut le privilège en dernier guerrier pouvant bander d’ouvrir le ventre de Marie, à l’aide d’un grand couteau, pendant que les autres la tenaient il l’éventra et plongeant ses mains en arracha son petit. Un cri de démente surgit et se propagea dans la campagne, la douleur fut trop forte elle mourut sur le champs ainsi que son bébé. La faim les tenaillait maintenant ils placèrent le mal né entre les jambes de sa maman, mise en scène grotesque pour l’édification des peuples révoltés.

Je restais un temps à me demander ce que je devais faire, puis je vis arriver une troupe de vendéens. Incapable de bouger, couverte de honte, car j’ étais nue, je n’appelais pas à l’aide.

Lorsqu’ils projetèrent une expédition punitive je les suivis, ramassant les quelques hardes de ma sœur et couvrant pudiquement ma honte. J’ assistais au massacre des tueurs mais curieusement je n’en tirais aucune satisfaction, je vis ensuite qu’ils prenaient un coffre et qu’ils s’enfuirent. Là encore je pris leur trace et juchée sur un arbre je les regardais enfouir quelques choses. Les patauds n’étaient plus loin, pieds nus, en sang, je me sauvais hagarde.

La nuit vint, après une longue errance mais sans beaucoup m’éloigner,j’ arrivais face à un moulin, curieusement alors que tout brûlait se dernier se dressait encore fièrement comme insolemment.

Inconsciente du danger, déjà morte , je toquais, un homme dans la force de l’age, rond, rougeaud portant un bonnet de coton, assez ridicule dans sa chemise de nuit montrant ses jambes frêles. Il reconnut de suite en moi la fille de ses voisins et me fit entrer.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 26, la vie en communauté à l’Auroire

1846,  l’Auroire, commune d’Aubigny

Marie Anne Tessier

Tous ces arrangements communautaires furent bouleversés, car un mois après notre mariage ce fut la Marie Anne âgée de 24 ans qui maria le veuf de sa sœur l’Auguste Gilbert. Il avait trente sept ans et neuf ans de veuvage.

Mon Charles qui parlait comme un charretier,   » bon dieu l’Auguste y va jamais réussir à la monter la Marie Anne y va pu savoir faire, c’est sur. »

Cela faisait un peu arrangement de famille, Auguste il avait vu grandir la petite, mais c’est justement parce qu’il l’ avait un peu trop vue qu’il l’épousa. A force de se côtoyer de si près, un homme en mal de femme et une jeune fille débordante de féminité ne pouvaient que se permettre quelques privautés.

Pour dire le couple se retrouva dans notre chambre, je ne sais si au niveau de la morale c’était bien convenable mais nous n’avions pas le choix. Auguste et Marie Anne étaient on ne peut plus démonstratifs et elle d’une impudicité complète. Charles avait beau être son frère, elle aurait dû quand même  montrer  plus de correction.

Le mois d’après ce fut pour moi la délivrance.

Mon dieu je sus désormais pourquoi on appelait le lit des parturientes un lit de souffrance, j’avais l’impression que mon ventre allait exploser, le diable ne voulait sortir, pousse, pousse, rien et encore rien. La nuit fut longue et au petit matin alors que plus personne ne s’y attendait et que tous sommeillaient j’expulsais le fruit de l’amour en une dernière poussée. Tout vint, bébé, sang, eaux, placenta, une véritable débauche. Épuisée mais heureuse du résultat, un petit mâle tout rond et tout gras qui gueula tout de suite haut et fort.

On avait récupéré un petit lit en osier et le bébé momifié y vécut ses premiers temps.

La coutume voulait que l’on donne le prénom du père, ce fut fait , on décida que le parrain serait Auguste, mon petit se prénomma donc Charles Auguste.

Avouons le il fut de suite un brave gueulard, un vrai cauchemars, avec ma belle sœur nous nous relayâmes, nos hommes dormaient comme des loirs. De toutes façons ils ne s’occupaient pas des enfants qu’ils nous faisaient, ils en auraient été incapables.

J’eus donc la joie de commencer ma vie de mère de famille, elle se couplait avec ma vie de femme, menstrues, montée de lait, risque de grossesse et satisfaction journalière de nos mâle en rut. Comme si nous avions plusieurs vies, nous assurions les tâches ménagères, cuisine, lessive, corvée d’eau, culture du potager, soins aux animaux de la basse cour et traite des vaches, sans oublier un peu de couture, du filage et du tissage. Nous étions en plus obligées d’assurer quelques menus travaux agricoles, moisson, semailles, ramassage des foins. Première levée, dernière couchée, Charles qui s’endormait assez vite hurlait quand je ne le rejoignais pas avec promptitude.

Malgré tout nous étions heureuses et fières de ce que nous faisions, toutefois les femmes s’usaient assez vite et les vendéennes de quarante ans paraissaient être des vieilles octogénaires.

L’année suivante ce fut ma belle sœur Louise qui se maria avec le bonhomme Richard Pierre, il avait trente quatre ans et elle dix neuf, je trouvais cette différence énorme mais bon apparemment c’était dans les normes. Je n’avais pas mon mot à dire sauf que le couple s’installa à l’Auroire, si cela continuait on allait crever misère, les terres n’étaient pas extensibles.

Quatre couples dans une même métairie cela revenait à mettre quatre coqs dans le même poulailler. Cela ne durerait pas longtemps.

Les conflits viendront des deux beaux fils, qui n’entendaient pas être considérés comme des domestiques, en fait c’était peut être pire que de la domesticité car au moins ces derniers avaient des gages, hors le vieux Pierre et aussi Charles s’imaginaient que le gîte et le couvert valaient salaire

C’était discutions sans fin, mais nous nous doutions comment cela allait finir. Avec mes belles sœurs nous nous entendions bien, nous rigolions de bon cœur et chacune confessait ses petits secrets d’alcôve

Un jour mon beau père décida que Auguste et Pierre ses beaux fils iraient labourer un champs et que lui et Charles avaient à faire sur Sainte Flaive des Loup, affaire de famille nous dirent ils. Ce que je ne savais pas c’est qu’en chemin ils retrouvèrent mon père.

Moi je me tus mais je me doutais qu’ils allaient jouer les explorateurs près du moulin du Beignon.

Quelques choses leur appartenant y avaient été enterré. Vieux rêve de richesse que ce trésor révolutionnaire dont le vieux Pierre ne se rappelait plus l’emplacement exact.

Les hommes quand ils ont une idée en tête mieux vaut ne pas insister.

Sur place ils ratissèrent la zone, firent des cercles concentriques autour du moulin. Ils finirent par trouver la métairie en ruine.

Après Pierre se souvenait avoir pris un chemin et être tombé sur une clairière où ils avaient tué les soldats.

Après quelques circonvolutions ils la trouvèrent enfin. Pierre était fébrile, il avait peur de tomber sur les fantômes de la métairie, si la première fois il n’en n’avait point rencontré il serait revenu bien plutôt.

Le problème était qu’il ne se souvenait pas dans quelle direction ils étaient partis quand ils avaient fui, Henri Tessier qui venait à la suite de son père n’en n’avait rien recueilli de concret quand ce dernier lui avait révélé son secret.

Non encore une fois il ne trouverait pas ces foutus rochers et ce triste chemin. Le coffre allait pourrir et les pièces se disperser.

Puis un nom revint à la mémoire du vieux Pierre, comme un tiroir coincé qui voulait bien s’ouvrir, nom de dieu je me souviens, avec nous il y avait un nommé Pierre Le tard de Saint Julien des Landes. Peut être bien qu’il était encore vivant.

Ou qu’il a déjà récupéré le magot, car lui il s’en souvenait de l’emplacement.

Charles décida de se charger de retrouver la trace de ce Pierre, dès le dimanche il irait à Saint Julien pour interroger les habitants, ils avaient de la famille là bas cela ferait moins louche. Car le paysan est soupçonneux et poser des questions sur quelqu’un c’est invariablement le prévenir de votre visite.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 25, Le mariage de Charles et Marie Anne

23 septembre  1846, commune d’Aubigny

Marie Anne Tessier

Moi j’avais bien cru le perdre mon homme lorsque mes parents avaient pris la décision de partir sur les Clouzeaux pour prendre la métairie de la Gautronnière.

Je n’avais pas envie de  ce changement je fis ma tête de mule ne mettant aucun empressement, mais il fallait obéir. Puis nous nous sommes revus, ma nouvelle commune n’était après tout pas très éloignée de l’amour de ma vie.

Nous arrivâmes à la mairie, le village nous avait salué comme il se doit, Leandre Tireau le maire nous attendait sur le pas de la porte.

Quelle solennité, avec Charles on se plaça devant, nos témoins et nos parents sur la rangée de chaises du devant.

Le maire nous fit son discours, je ne compris pas tout sauf que j’étais liée à mon mari, que je lui devais obéissance.

En fait je passais de la tutelle de mon père à celle de mon mari. Ma mère la veille m’avait dit, t’inquiète pas, ton père tu ne pouvais guère le manipuler, pour ton homme tu auras un sacré moyen de pression. Je ne t’en dis pas plus tu le découvriras par toi même. Je crois que j’avais compris mais pas encore à quel point.

J’étais donc mariée en vertu du code civil, à la vie à la mort, nos témoins étaient Augustin Gilbert le beau frère de mon mari et Pierre Chiffoleau un ami, les miens étaient mon frère Jean et mon oncle Charles.

Pour les signatures se fut vite fait, il n’y avait que Jean et Pierre Chiffoleau qui savaient écrire. Le maire évidemment valida le document d’une plume pas très assurée.

Bon pour la société civile nous étions mari et femme, ils nous restaient à nous présenter devant notre seigneur.

J’étais encore plus émue qu’à la mairie, le père Pelletier nous fit une belle cérémonie, expliqua que je me devais à mon mari et il nous envoya un petit sermon sur la nécessité de se présenter vierge à son mariage. Je crois que j’étais rouge comme un coquelicot et j’entendis mon frère qui ricanait en disant que mon pucelage je l’avais oublié dans un bois.

Je trouvais la société fort injuste en la matière, les hommes pouvaient soulever tout les cotillons qu’ils voulaient, ils passeraient pour des mâles viriles. Nous autres à la moindre incartade nous étions des catins.

Les parents de Charles avaient fait ça bien, un superbe banquet, nous avons festoyé comme jamais, mes parents s’étaient chargés de la brioche traditionnelle, elle faisait bien deux mètres,nous l’avons entourée et danser autour.

Au bout de quelques heures les hommes étaient saouls comme des cochons, ils entonnaient des chansons paillardes en tapant sur la table. Nos père étaient déchaînés, les femmes faisaient la noria avec des cruchons pour abreuver les soiffards

Ce fut l’heure pour nous de partir, nous avions une chambre rien que pour nous dans une métairie voisine. Nous nous devions de profiter de cette solitude, car dans notre futur il n’en serait plus question.

Nuit de noces sommes toute bien symbolique, mais première nuit officielle, sans que nous ayons à nous cacher, à craindre d’être surpris. Nous pouvions faire ce que nous voulions. Moi dans l’instant je voulais desserrer l’étreinte de ma robe qui me comprimait le ventre.

Avec Charles nous avions fait l’amour plusieurs fois mais jamais nous n’avions dévoilé nos corps nus entièrement. Je crois que je perdis ma virginité une deuxième fois quand Charles me demanda de me déshabiller entièrement. Heureusement il faisait nuit et il ne me voyait qu’à la lueur de la chandelle. J’étais gênée et de plus mon gros ventre saillait tel un rempart, mes gros seins qui n’attendaient que la délivrance des futurs tétées s’étalaient comme vallon bocager.

Je vis aussi mon homme tout nu, musclé mais la cuisse assez courte, le torse puissant couverte d’une épaisse jungle. Et puis je vis son sexe qui me paraissait énorme à la lumière trompeuse de la bougie

Je ne l’avait point vu lors de nos ébats et cela me fascina.

Nous eûmes immédiatement un problème de consommation, mon ventre était énorme comme je vous l’ai dit. Comment faire, Charles me demanda de me retourner. Je ne m’attendais pas à une telle demande, je n’étais pas préparée à cela. Je n’étais pas une chienne, une génisse ou une pouliche que l’on monte. De plus dans les bribes de conversations féminines que j’avais entendu au lavoir, à l’étable ou bien même dans la cuisine entre ma mère et mes tantes cette position était proscrite par l’église. Pourquoi je n’en savais rien et sûrement que le curé non plus d’ailleurs. Que faire, devoir de désobéissance à l’église, devoir d’obéissance envers mon mari, un dilemme se présentait donc à moi dès ma première nuit conjugale. Je finis par suivre mon envie en jetant tous ces interdits idiots, mon dieu que ce fut divin cette transgression.

Le lendemain nous eûmes droit au tohu-bohu traditionnel, la jeunesse de la noce vint nous réveiller et nous fit boire une espèce d’horreur dans un vase de nuit, c’était bon enfant malgré les allusions paillardes sur la virilité de mon homme et sur la jouissance que je pouvais en tirer. La fête continua toute la journée et quand le soir vint nous étions tous heureux de prendre du repos.

Ce fut mon premier soir à l’auroire, je connaissais la promiscuité avec mes parents, mes frères et sœurs maintenant c’était la proximité avec mes beaux parents, mes beaux frères et belles sœurs et je vous garantis que ce n’était pas la même chose.

A l’auroire vivaient donc mes beaux parents, mes trois belles sœurs, Louise, Marie Anne, Rosalie. Il y avait aussi Augustin Gilbert mon beau frère et veuf de la sœur de Charles avec son petit garçon de 9 ans.

Nous avions un peu de problème de place, les vieux étaient près de la cheminée dans la pièce principale, en face un autre grand lit avec les deux filles. Il y avait une autre pièce avec la dernière petite et le petit Auguste Gilbert.

Le veuf et le domestique dormaient dans l’écurie.

Nous on nous installa avec les deux jeunes, mon dieu que j’étais gênée, car pour sur les rideaux étaient opaques et visuellement on était tranquille, mais pour le reste !!

Le premier soir Charles voulut profiter de mes charmes, normal me direz vous mais il fallait que je fasse abstraction de Rosalie qui avait quinze ans et qui savait pertinemment reconnaître les bruits de l’amour. Je ne pus rien faire, complètement coincée, de plus j’avais une envie pressante et j ‘étais bien obligée de sortir de mon lit en chemise pour faire sur le pot de chambre. J’eus l’impression que toute la maison m’entendit pisser, quelle humiliation.

Mais on s’habitue à tout et au bout de quelques jours ma timidité était vaincue, je faisais comme tout le monde. Pour les câlins ce fut différent j’étais tellement grosse que Charles ne put bientôt plus me toucher.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 24, Marie Anne a perdu sa fleur

Mercredi 23 septembre 1846, village d’Aubigny

Marie Anne Tessier

Mon dieu que j’étais heureuse que Charles ai jeté son dévolu sur moi, c’était en mon for intérieur une évidence. Depuis mon enfance je savais qu’il serait mon Mari, lui ne m’avait jamais remarquée en temps que femme , il ne m’adressait jamais la parole et passait son chemin. Plus il m’ignorait plus j’étais attirée par ce sale type qui me dédaignait.

Les années passaient mes sentiments ne faiblissaient pas, je rêvais de lui . Mais rien qu’attendait il ?

Une fois je l’avais vu avec une femme et j’en étais restée meurtrie pendant un moment.

Puis un jour, le Charles il m’ aborda à la sortie de l’église, passa son bras autour du mien. Je n’étais pas à conquérir, je l’étais déjà. Je ne lui posais même pas la question de savoir pourquoi il avait tant attendu.

Nous fumes bien entendu très sages, enfin au début. Il fallait bien voir si nous étions un peu compatibles.

Ce fut en fin d’année 1845, nous nous promenions près du petit hameau du Monconseil. Il y avait un petit bois, nous y pénétrâmes par une petite sente, intérieurement j’avais envie de ce moment mais je le redoutais. Les feuilles mortes en décomposition dégageaient une forte odeur d’humus, le vent dans la cime dénudée des arbres jouait une belle musique, on eut dit un orgue d’église. Malgré la température très basse je n’avais pas froid. Il me prit dans ses bras, j’étais tétanisée, envoûtée, paralysée à sa merci. Si il l’avait voulu à ce moment, il m’aurait dénudée, m’aurait allongée sur la mousse et m’aurait prise que je n’aurais manifesté la moindre opposition. J’étais sa proie, sa chose.

Charles n’en était pas à ce moment de la relation entre une femme et un homme, il m’embrassa, longuement, vigoureusement .

Je sentais sa force le long de mon ventre, c’était la première fois qu’une virilité me frôlait. Je devais devenir sa femme et non point sa maîtresse, nous nous devions d’aller doucement, avec réflexion et prudence.

Tout le monde savait que nous allions nous marier, nous pouvions donc nous rencontrer sans témoin , ma réputation n’en serait pas entachée. Nos parents se connaissaient et se respectaient et il fut facile de s’entendre, les noces auraient lieu en septembre 1846.

Tout me paraissait facile, je travaillais en chantant, rien ne me rebutait, même les travaux les plus vils.

Un jour j’étais avec ma mère en train de fumer un petit champs à coté de la maison, avec des crocs nous faisions tomber le fumier. Harassant et sale, ce travail était dévolu aux femmes, Charles vint à passer et nous prêta la main. Le labeur fut vite terminé et ma mère m’autorisa à rester un peu avec mon futur. Nous étions aussi maculés l’un que l’autre, mais l’amour n’a point d’odeur. Une petite bâtisse qui servait à nous abriter lors de grosse intempérie et ou nous remisions quelques piquets nous tenta pour ce moment volé sur notre labeur.

Rien ne fut prémédité, quelques caresses, quelques baisers, Charles remonta ma robe doucement mais surement, chevilles, genoux, cuisses, puis ma toison qui ma foi était vierge de tout regard masculin. Il savait visiblement comment s’y prendre, joua avec moi en des gestes d’impudeur amoureuse. Je crois que c’était le moment, ouverte, humide je l’attendais et je l’invitais du regard. Il baissa son pantalon et je fermais les yeux, quelques secondes après je ne fus plus vierge. Une légère douleur, un mince filet de sang et la semence chaude et odorante de mon homme, de mon Charles de mon futur.

Évidemment nos rencontres suivantes ne furent qu’ingéniosité et stratagème quand on a goûté aux fruits de l’amour, on ne se contente plus de minauderies derrière le presbytère où de discutions bien sages devant des parents attendris.

Bien il fallut quand même y passer, j’avais le ventre qui grossissait à vu d’œil

Avant même que je ne puisse l’annoncer à Charles, ma mère s’en aperçut. Quitte ta robe m’ordonna t’ elle un soir que nous étions seules, je résistais mais elle commanda, nue devant elle je lui révélais tout. En fait elle ne fut guère fâchée car je pense qu’elle aussi avait jeté sa fleur du milieu avant l’union officielle.

Le lendemain, nous nous rendîmes à l’Auroire chez les Guerin, je restais dehors et elle s’entretint avec la mère de Charles. Nous étions entre gens civilisé et le mariage était décidé.

Il fallait bien avertir les hommes et en premier lieu le fautif. Ce n’est pas moi qui le prévint mais sa mère. Il se devait de se comporter en homme d’honneur, il courut jusqu’à l’Eratière. Mon père l’attendait seul à table, Charles entra. Nous les femmes en retrait nous attendions. Père se leva prit une bouteille de poire et deux verres. Sans un mot notre avenir était assuré, nos parents considérèrent qu’il n’y avait pas matière à rupture de contrat. Bien sur on jasa au village mais je n’étais pas la première à avoir mis Pâques avant les rameaux.

Le père Pelletier nous passa quand même un beau savon et prêcha dès le dimanche sur la faiblesse des âmes, sur la diablerie féminine et les tentations qu’elles provoquaient sur l’esprit faible des hommes. En bref si Charles avait baissé son pantalon en ce début de printemps c’était ma faute.

Il était impayable le père Pelletier, toujours la faute de ces foutues fumelles.

La famille se rassemblait lentement sur l’aire de battage, on m’embrassait , me félicitait, j’étais » le héros » de la fête.

J’étais un peu engoncée dans ma belle robe noire, un tablier de dentelle blanc avec une belle ceinture brodée tentaient de faire oublier que j’étais passablement enceinte d’au moins six mois. Personne n’était dupe. Mon Charles était beau comme un saint, chapeau avec ruban, souliers de cuir  neufs, pantalon et veste de coton noir. Il portait ruban à la boutonnière et le col blanc de sa chemise lui remontait sur le cou, il n’était pas très à l’aise dans ses beaux habits.

Nous avions fait les choses bien, un fifre et un violoneux allaient conduire la noce de l’Eratière au bourg, long serpent, musiciens, mariés, parents des mariés, la famille et les amis. Le vin a déjà coulé et les hommes parlent haut et fort, les enfants excités nous font cortège en chantant et en dansant.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 23, la métairie de l’Auzaire

1846, métairie de L’Auzaire,  commune de la Chapelle Achard

Marie Louise Barreau

Moi qui avait vécu dans la plus invraisemblable promiscuité ou communauté comme on voudra, cela me faisait un peu drôle de me retrouver avec tant d’espace disponible.

J’avais maintenant  dix ans un age placé entre l’enfance et le monde des adultes, je n’étais pas encore une femme car je n’avais mes menstrues, mais je n’étais déjà plus une petite fille car des petits mamelons commençaient à poindre sur ma frêle poitrine. On commençait aussi à m’attribuer des tâches de femme et ça cela ne me souriait guère. Fini l’insouciance et les pérégrinations enfantines dans la campagne environnante.

Une dure vie de labeur s’ouvrait à moi.

Papa était donc métayer à l’Auzaire, précédemment c’est mon grand père Pierre qui la tenait mais à son décès la famille entière qui vivait là c’est égaillée dans le village de la Chapelle.

Ma grand mère Marie Anne qui d’ailleurs ne l’était pas vraiment, partit au bourg avec ses jeunes fils, enfin mes oncles si vous préférez. De patronne, la marâtre de mon père passa journalière elle pinça un peu du bec et mon père plus crûment disait qu’elle pinçait du cul.

Mais je ne suis pas claire, mon grand père Pierre Barreau le métayer de l’Auzaire au décès de sa femme s’était remarié. Rien de bien extraordinaire tout le monde faisait cela.

D’un premier mariage il eut oncle Pierre, oncle Jacques et mon père Louis. D’un second il eut Pierre et Jean.

Tous furent élevés malgré les différences d’age de façon à peu près équivalentes et tous vivaient tranquillement à l’Auzaire. Le lien était l’Ancêtre et quand il mourut, tout c’est délité.

Chacun, avec épouse et enfants, charrette, meubles et hardes s’en furent de leur coté. La brouille car c’en était une ne durera guère, la fraternité en Vendée n’était somme toute pas un vain mot.

Je me prénommais Marie Louise et mon nom était Barreau j’étais née dans la commune pas très loin d’ici au Moulin des Landes. Mon père Louis avait trente six ans et maman Marie Rose Loué n’avait guère que trente ans.

J’étais l’aînée et je n’avais qu’un seul petit frère, ma grand mère Marie Anne toujours gentille disait que ma mère  avait le ventre sec.

Pourtant mes parents désiraient plus que tout agrandir leur famille, ma mère avait beau prendre des décoctions, se gaver de miel et prier comme une sainte rien n’y fit, Louis quatre ans restait l’unique et précaire descendant. Oui moi j’ étais une fille et je ne comptais guère.

Notre métairie appartenait à la famille Dorion, des terres, des landes, des prés et des pâtures.

J’aimais entendre mon père réciter ces noms fleuris comme on déclame un poème, le champs des petites mares, le pâti de la creusé, la pièce rouge, le champs de l’avoine, le champs du cormier, le champs de l’aiguille et la lande des mares. Les hommes de cette époque aimaient leur terre, la possédaient comme on possède une femme. Ils alimentaient les sillons de leur sueur et arrosaient les mottes grasses de leurs pleurs. Naissant et mourant , tous de passage au service de la terre ils travaillaient chaque jour comme un sacerdoce.

Mon père était d’humeur égale, c’est à dire chaque jour râlant et gueulant après tout et tous .

Mes oncles partis c’était ma mère qui faisait les frais de sa fatigue et de ses soucis. Moi j’étais la mignonne qu’il cajolait, bien que quelques fois mon sourire ne suffisait pas à apaiser la tempête.

Mère était plus calme, chaque jour levée avant tout le monde elle effectuait ses tâches de femme, raviver le feu, aller chercher de l’eau, servir mon père d’une soupe roborative qu’il voulait à bonne température.

Puis elle s’occupait des bêtes, la traite, le nettoyage de l’étable, c’est elle également qui faisait le jardin. Moi dès que je m’étais sustentée j’allais aux poules, je n’étais pas rassurée mais ce n’était rien par rapport à la trouille que j’avais des oies et du grand jard qui protégeait son harem. J’avais ma badine de noisetier mais un jour sournoisement il me pinça les fesses si fort que mes cris retentirent jusqu’au pré du dessus et que mon père abandonnant son ouvrage courut me secourir.

Par contre moi j’aurais bien été à l’école mais je n’eus droit comme enseignement qu’au catéchisme du père Amiaud. Le vieux comme on le nommait irrespectueusement était un petit bonhomme rond comme une barrique, ridé comme une vieille poire. Une personnalité notre curé, né sous louis XV, il avait résisté vaillamment aux prétentions des révolutionnaires parisiens en refusant le serment de fidélité à la république et en rejetant la constitution civile du clergé. Moi gamine et mes parents nous ne savions pas très bien ce que cela voulait dire, mais aux dires des anciens c’étaient un réfractaire et celui qui avait prit sa place à la cure un intrus. Apparemment il avait tout bravé, les patrouilles républicaines, le froid la pluie, la neige, les nuits à la belle étoile, les caches dans les métairies. Il maria, baptisa, inhuma en toute clandestinité à la barbe des autorités.

Dans le canton, c’était un héros vénéré par tous. Il coulait maintenant de beaux jours entouré d’une ménagère de vingt six ans, d’une domestique de quarante et un d’une servante de cinquante deux et d’une pauvrette de douze. Mon père disait que chaque jour à tour de rôle il leur montrait son petit Jésus. Ma mère hurlait et lui il répondait que ce n’était pas très catholique d’avoir autant de fumelles pour le servir.

Quoi qu’il en soit il catéchisait et pour moi c’était un supplice, car lui aussi distribuait des torgnoles quand nous ne pouvions réciter par cœur ce qu’il nous racontait. D’un autre coté cela nous changeait de notre quotidien, nous allions à la cure et sur chaque chemin qui y menait une petite troupe d’enfants se formait et se gonflait à l’approche du bourg. L’objectif était la communion, moi je ne voulais pas la passer et je faisais la rebelle. Combat d’arrière garde car je n’avais pas le loisir d’exprimer mon opinion, les punitions pleuvaient et le Père Amiaud se plaignit à ma mère qui elle aussi me punit. Le pire c’était la confession, nous devions à tour de rôle dans une cabane en bois révéler nos péchés au gros curé à travers une petite grille. Je ne savais jamais quoi lui dire, je n’allais tout de même pas lui révéler mes grosses sottises et nos jeux avec les garçons. Je m’en tirais toujours de la même façon, un ou deux pater et un ou deux avé maria.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 22, Les laboureurs de la Mancelière

1846,  la Mancelière, commune de Venansault

Victoire Epaud

Comme tous les enfants j’écoutais un peu aux portes, j’étais assise sur la grosse pierre qui nous servait de banc juste devant l’entrée et je nettoyais mes sabots sur le décrotteur en fer qui était scellé au mur.

Mon père Victor faisait face à ma mère en une discussion assez vive. Je savais d’avance ce qui allait se passer, car voyez vous, mon paysan de papa si imposant par la taille et le physique ne résistait guère à l’éloquence de maman. Cette expression est peut être exagérée et par trop bourgeoise, je devrais plutôt utiliser le mot verve. Ma mère maniait les mots aussi bien que mon père conduisait son attelage et c’était peu dire. Hors donc mère finissait toujours lors d’une conversation à avoir le dernier mot.

– Je te dis que mon père m’a confié un secret

– Un secret ?

– Oui pendant la guerre avec un groupe de villageois, ils ont récupéré un trésor.

  • Oh rien que ça

– Oui

– Et où est  ce qu’il est le trésor au Jean

– Prés d’un moulin enterré sous un gros rocher.

– Des moulins y’ en a partout mon pauvre bonhomme et la seule chose que ton père a ramenée de cette foutue période c’est une maladie honteuse qu’il a refilée à ta mère.

– Je te dis que c’est vrai

– Et pourquoi donc qu’il a pas été le rechercher lui même depuis le temps, pourquoi ?

– Bah je crois qu’il ne connaissait pas l’endroit précisément .

– Et toi nigaud tu vas le trouver.

– J’ai ma petite idée.

– Ah parce que tu as des idées maintenant.

J’entendis mon père claquer la porte et  gueuler un retentissant tu m’emmerdes.

Je savais que ma mère serait de mauvaise humeur toute la journée et qu’il fallait que je file droit.

Revenons un peu à mon père malgré ses élucubrations de trésor enfoui , il était laboureur c’est a dire qu’il possédait une charrue avec un attelage, il travaillait chez des fermiers qui louaient ses services, un peu mieux qu’un journalier qui lui n’avait que ses bras. Il avait déjà été métayer et le serait certainement encore. Tout dépendait des opportunités. Costaud,assez gras, le visage sanguin et rougeaud, mâchoire un peu prognathe et nez épaté, ce n’était pas un bel homme et moi en tant que petite fille il me faisait un peu peur. Il avait 47 ans et était né à Aubigny.

Ma mère s’appelait  Louise Rabelot et était  la fille d’un farinier, elle avait  cinquante deux ans, plus vieille certes que mon père mais faisant bien plus jeune.

Plutôt rondelette avec une poitrine fort généreuse , son visage était  poupin, aucune ride, aucun cheveux blanc, bizarrement ses yeux étaient un peu bridés, on aurait dit des amandes.

Je n’étais  pas la dernière de la famille, car ma petite sœur Clarisse avait juste cinq ans, maman tout en la choyant, comme elle ne nous avait jamais choyés disait qu’elle n’en voulait pas de cette drôlesse mais que le bon dieu lui avait imposée. J’étais pas une spécialiste mais je ne voyais pas ce que le bon dieu venait faire la dedans. Je savais que les taureaux montaient les vaches, que les juments étaient prises par des étalons et je savais pertinemment que certains soirs à l’abri du lit clos ma mère subissait le joug de son mari.

A dix ans quand on était une fille à la ferme on savait tout cela, l’aîné c’était Jean vingt cinq ans pas encore marié,  il travaillait avec mon père, puis venait Pierre vingt trois ans, mon préféré car toujours d’humeur égale et ne manquant jamais de me bisouiller. Ensuite Louise vingt ans, ma grande sœur qui fiançait déjà avec un gars du village, puis Marie dix huit ans qui en toute chose faisait le contraire de ce qu’on lui demandait. A la suite Léontine quinze ans, avec qui je partageais le lit, un drôle d’oiseau cette petite fumelle disait mon père.

Enfin le dernier garçon Auguste treize ans, son avenir était en suspend, restera t’ il avec nous ou sera t ‘il placé comme domestique. Pour sur il coûtera moins, disait mon père car il est pas bien vigoureux.

Encore faudra t’ il lui trouver une place lui répondait ma mère, moi je trouvais cela injuste, Auguste faisait bien chacros et était un peu en retard sur bien des choses mais c’était mon frère et je le défendais en prenant à mon compte certaines de ses bêtises .

Comme je vous l’ai dit ma sœur Louise allait bientôt se marier, elle avait maraichiner un peu en sortant de l’église puis au cabaret et c’était vite accordée avec Jacques Longin.

Par contre Marie elle prenait plaisir  à essayer  tous les garçons du village, elle avait embrassé à bouche que veux tu bon nombre d’entre eux.

Si elle s’était arrêtée là, rien n’aurait pu lui être reproché mais le  dimanche après la messe, elle poussait  avec les  jeunes paysans les jeux de l’amour. La tradition autorisait que la main de la jeune fille passe dans la culotte du garçon et que celle du garçon se glisse sous les jupons pour des caresses qui avaient pour vertu de révéler une  compatibilité réciproque. Mais à force d’essayer tous les futurs possibles sa réputation devenait un peu entachée et les femmes du village commençaient à murmurer.

Elle faisait aussi concurrence à des plus sages et un jour au détour d’un chemin tomba sur deux rivales, le ton monta et les filles se bagarrèrent.  Le bonnet de Marie fut arraché les deux pestes voulurent la déshabiller  pour la punir de faire la catin.

La lutte fut âpre, corsage déchiré, cheveux arrachés visage griffé, l’arrivée de Pierre  mon frère empêcha  une plus humiliante correction. Il fallut tout avouer car vue l’état de ma sœur ma mère n’aurait pas manqué de s’en apercevoir.

La correction se fut mon père qui lui administra, devant nous tous réunis, le cul et les fesses marbrés par la ceinture ma sœur,  prit la seule et humiliante correction de sa vie à l’aube de ses  18 ans. Mes frères se réjouirent de ce spectacle et moi j’en pleurais de honte pour elle.

Plus jamais elle ne s’attarda au retour des offices et oublia les coutumes ancestrales, elle n’adressa plus jamais la parole à mon père et bouda ses frères  d’avoir aimé de la voir punir.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 21, les amours à la Lardière.

1842, départ de la vignolière, pour Saint Avaugourd les landes.

François Ferré

Ce fut la grande séparation d’avec mes oncles, mon père et mes frères représentaient une force de travail suffisante pour prendre une métairie à leur compte.

Auguste l’aîné avait vingt cinq ans et commençait une cour qui allait le conduire à convoler. Jean dix huit ans, lui était devenu un rude travailleur. Moi du haut de mes douze ans je pouvais également commencer à contribuer à une entreprise familiale.

On quitta les oncles en bons termes et à chaque noce ou baptême nous nous retrouverions avec plaisir.

Nous nous installâmes sur la commune de Saint Avaugourd les landes dans une métairie nommée la Lardière. La ferme appartenait aux Dorion, des propriétaires de La Mothe Achard. N’allez pas croire que ce fut un grand changement, la Vignolière et la lardière n’étaient distantes qu’à un jet de pierre, même paysage, même bocage et je dirais même atmosphère.

Je ne dirais pas non plus que nous nous sentions plus entre nous, mais mes oncles, mes tantes ,mes cousins et nous formions un tout. Je connaissais autant l’intimité de mon père que de mes oncles et l’intimité de mes tantes ne m’était pas plus étrangère que celui de ma propre mère. Alors cela me faisait bizarre de ne plus voir mon oncle François à la droite de mon père, ne plus entendre l’oncle Louis lâcher un pet sonore en entrant dans la pièce comme pour dire bonjour. Enfin c’était ici nous n’étions plus les Boisliveau, Ferré mais les Ferré tout court.

Ce qui caractérisa ces années ce fut notre engagement à trouver un conjoint, ou un partenaire. Enfin moi j’étais un peu jeune mais il suffisait d’observer mon frère Auguste et ma sœur Marie.

On voyait bien que pour ces deux là, le travail de la terre n’était pas la préoccupation principale. Mon père et ma mère s’acharnaient par leur labeur à faire vivre cette métairie, c’était leur terre, le fruit de leur souffrance, alors que mes deux aînés ne pensaient qu’à danser et courir le sexe opposé.

Mes parents qui n’avaient pas les yeux partout chargèrent Auguste de surveiller la pureté et la réputation de la Marie. Autant confier au diable l’entrée du paradis, Auguste on peut le dire était un coureur de femme, il avait comme adage qu’il fallait trousser un maximum de jupons avant le mariage, afin d’acquérir une expérience qui serait bonne pour son couple. Après si je vais voir ailleurs on ne m’en tiendra rigueur tandis que maintenant ce serait erreur de jeunesse. Il me racontait ses tentatives et surtout ses échecs, car n’allez pas croire qu’il fut facile d’enlever la virginité d’une Vendéenne aussi facilement. Le malin avait trouvé la combine pour jouer les respectueux, il n’emmenait avec lui, j’étais sa caution quelles paysannes y verraient malice, je ne crains rien il est avec son petit frère. Ce fut assez redoutable comme technique et je vous dis que le père Auguste il s’amusa un brin. Moi je m’efforcerais plus tard d’adopter la même combine.

Pour ma sœur ce fut plus compliqué, se faire prendre avant mariage était peut être une chose naturelle, la satisfaction des sens en quelques sortes. Seulement voilà, la fertilité de ces jeunes femmes portait ombrage à l’immédiate consommation du plaisir des sens.

Beaucoup de complication ensuite, avortement, abandon des bébés, rejet de la famille, mendicité, prostitution, noir tableau dont ma sœur n’avait que faire, elle commença par picorer quelques baisers, quelques niaiseries de débutantes, mais passa rapidement aux caresses. Auguste n’était jamais loin et arrêtait rapidement les plus entreprenants. Mais voilà occupé à ses propres recherches il n’était point très vigilant. La Marie baissa sa garde et plus précisément baissa sa robe.

Ce fut un énorme drame, la Marie de la Lardière qui promenait, heureusement elle était assez mince et put donner le change. Il n’empêche mes parents ne savaient que faire, la dévergondée avait du mal à attribuer la paternité au rein vigoureux d’un quelconque paysan. Bien sur, elle prit une volée par ma mère puis une autre par mon père, ils la traitèrent de catin la menacèrent de tous les mots.

Moi j’observais et prenais bonne note de toutes ces choses de la vie.

Marie eut de la chance, la nature rejeta l’enfant et le fruit déformé fut enterré dans le verger sans que quiconque ne le susse.

Tout cela occulta les frasques de mon frère qui en la matière et sous mon couvert en fut prolixe.

D’un autre coté cela avait des avantages car je n’étais jamais bien loin et quand je savais que mon frère était près de la conclusion je m’assurais visuellement de la reddition des défenses des belles.

Je jouais donc les voyeurs pour couvrir mon frère, ce fut une belle période.

Je découvris donc la sexualité de cette façon, le voyeurisme, non pas que je voyais grand chose, les femmes en ces moments d’ébats ne livraient pas forcément leur nudité.

A force de papillonner Auguste trouva la perle rare en la personne de Louise Adèle Bourget, une jeune paysanne de la commune du Poiroux. Ce fut facile de trouver un accord avec les parents, même milieu, même éducation. Il fut enfin convenu que Auguste et sa femme vivraient à la Lardière avec nous .Tout était acté, mais rien ne pressait, lenteurs paysannes, espoir de tout maîtriser, ou bien de grignoter encore et toujours un peu de biens. Mais à force d’attendre, il fallut précipiter. Auguste et Adèle qui savaient qu’ils étaient promis ,s’écartaient souvent le dimanche pour aller je ne sais où. Eh oui je n’étais plus convié pour protéger leurs amours. Il arriva ce qu’il devait, Adèle fut grosse.

On les maria le 17 juillet 1844 au Poiroux, les moissons pas encore commencées, il fallut que la couturière justifie de son art pour retailler la robe de la mariée engrossée.

Ce fut un beau mariage et moi j’avais une belle sœur. J’en avais vu assez et j’en savais beaucoup sur ce joli petit couple et leurs amours pour être à l’abri de quelconques problèmes venant d’eux.