MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 5, mon adolescence

 

 

J’ai donc grandi en une période tourmentée sans en avoir souffert personnellement, les gens des beaux hôtels rasaient un peu les murs, mais de toutes façons on ne les avait jamais côtoyés, seuls les domestiques venaient à l’atelier et à la fontaine.

Comme tous les enfants d’artisans de la rue j’eus droit à la férule du prêtre de la paroisse, il nous apprit les rudiments d’écriture et de calcul. Un Sazerat futur maître maréchal ferrant se devait de pouvoir apposer son paraphe au bas d’un contrat ou d’un acte. Moi insouciant je m’en moquais comme d’une guigne, le bon père qui avait la réplique prompte m’a plus d’une fois décollé de mon banc en me tirant les oreilles. J’en rigolerai plus tard avec lui quand il me mènerait sa mule à ferrer, sur le moment évidemment je ne m’en réjouissais guère.

De toute façon cela ne dura pas très longtemps car ma place était à la forge et c’est mon père qui me forma.

La maréchalerie, tout un univers qui m’était évidement familier car depuis que j’étais en age de marcher j’y traînais toute la journée.

Je commençais par des tâches simples en clair je faisais le grouillot, j’alimentais le foyer de la forge, j’activais le soufflet, je me tapais la corvée d’eau qui j’en reparlerai n’était pas une mince affaire.

En bref je ne touchais pas un sabot, par contre rapidement on me mit à battre le fer et je tapais et retapais je n’en sentais plus mes bras et le soir pouvant à peine manger ma soupe ma cuillère m’échappait des mains.

J’adorais ce travail, les chevaux me fascinaient, mon père s’y connaissait vraiment et on venait de loin pour le consulter,  son avis était écouté. Un maître maréchal savait la science des chevaux, presque un vétérinaire en certains points . Lorsqu’un cheval boitait le cavalier venait à la maréchalerie et le maitre devait pouvoir poser un diagnostique

Puis peu à peu on me laissa faire, je me souviens du premier cheval que j’ai ferré, la forme de son sabot, le fer que je façonnais à sa taille et même l’odeur de la corne lorsque je rognais le pied.

Mon père ne me quitta pas des yeux et il m’avait donné une bête douce qu’il connaissait très bien.

Je devins bon ouvrier mais il fallut attendre une paire d’année avant d’avoir la science du père.

Nous nous entendions bien, mais je n’étais que le fils du maître et dans une société hiérarchisée comme la notre cela avait de l’importance.

En dehors de la forge j’aidais aussi ma mère à aller chercher de l’eau à la fontaine, nous n’avions pas de puits à proximité et de toute façon à la Rochelle l’eau qui sourdait de ses forages était la plus part du temps saumâtre.

Nous devions aller à la Fontaine dite royale ou du 10 août, cette nouvelle appellation révolutionnaire n’était d’ailleurs guère utilisée par la population. Cela faisait une bonne marche avec les seaux. Moi je râlais en y allant mais sur place quel spectacle, un vrai champs de foire, beaucoup de femmes s’y retrouvaient. J’aimais leur cancan, leur babillage, leurs disputes au verbe haut, des querelles qui chaque jour reprenaient. Le langage était disons assez cru et ma mère qui nous houspillait à la maison s’en donnait à cœur joie. Les domestiques amenaient les secrets des belles maisons, les filles du quartier des ébats racontaient avec verdeur leurs passes. Les femmes du peuple en rougissant baissaient la tête , faisant semblant de rien entendre mais n’en perdant pas une miette. Le plus rigolo étaient les négresses, achetées sur les cotes d’Afrique elles étaient ramenées par les beaux habits des hôtels qui les prenaient pour domestique ou comme amante. Elles étaient baptisées, on les éduquait et on les habillait à l’européenne. Mais bon quel sujet de moquerie quand elles déroulaient notre parler Rochelais avec leur accent africain. Moi je ne me lassais pas de les regarder, elles étaient souvent bien faites avec des belles formes, leur cul proéminent contrastait avec les fesses plates des filles du quartier. J’ébauchais même une petite édile avec la domestique d’un banquier de la rue de la Juiverie. Il faut avouer qu’il était mal venu de courtiser une noire même si l’esclavage avait été aboli sous la révolution. Je lui volais quelques baisers et quelques caresses, je lui aurai bien pris son pucelage mais apparemment son propriétaire le lui avait déjà ravi.

La fontaine était en forme d’hexagone couronnée d’une coupole avec une sorte de pyramide et un crucifix en bronze dessus. Elle était magnifique il y avait même une inscription en langage de curé, je ne savais pas ce que cela voulait dire mais apparemment c’était en hommage aux navigateurs.

Il y avait deux pompes et il fallait un bel effort pour avoir de l’eau, certes ce n’était pas travail d’homme et ma mère me soupçonnait bien un peu de venir reluquer les filles.

Les années passèrent et de petit garçon je devins un homme, je tenais ma place à l’atelier et le ferrage n’avait plus de secret pour moi. Mon jeune frère Antoine avait suivi le même chemin que moi et nous étions comme une confrérie de Sazerat. N’allez pas croire que tout allait pour le mieux, travailler avec son père était fort pesant.

A la maison nous étions fort entassés, heureusement mes demis frères étaient partis et avec Antoine nous avions récupéré leur mansarde.

René était aux armées et nous n’avions aucune nouvelle, certes c’était mon frère utérin mais nous n’avions jamais vraiment lié. En revanche mon grand frère Jacques était un véritable ami. J’ai été fort triste lorsqu’il a épousé en 1802 la veuve d’un cabaretier, il l’avait connue en lui livrant des tonneaux car il avait conservé le métier de son père.

La promiscuité même habitué j’en souffrais un peu, mes parents continuaient évidement leur vie maritale et maintenant que nous n’étions plus drôles et en age de comprendre, les soupires nocturnes me gênaient et me troublaient.

 

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 1 ma naissance

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode, 2 mon quartier

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 3 , mes premiers souvenirs

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 4, Mon enfance de fils d’artisan

 

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 4, Mon enfance de fils d’artisan

aspect du Port de La Rochelle au  18ème siècle

 

Bien sur comme tous les gamins j’étais attiré par le port. Nous nous y glissions en bande et observions à loisir le foisonnement d’activités qui s’y passait. Des bateaux aux formes et aux tailles multiples se serraient le long des quais, les voiles aux couleurs chatoyantes faisaient tableau de maître.

Un joyeux désordre rythmait l’endroit, des filets, des caisses, des charrettes, des tonneaux encombraient l’espace somme tout réduit du vieux port. La foule qui si pressait était là aussi, largement bigarrée, des marins vieux loups de mer ou mousses juvéniles, des militaires, et des femmes du peuple faisant commerce du poisson et poussant des petites carrioles remplies de sardines. Toutes les professions étaient représentées, les tonneliers très  nombreux car toutes les denrées maritimes se transportaient dans les tonneaux, des charpentiers de marine, des cordiers, des calfats et les marins fiers et hautains de la marine de guerre de la jeune république.

Ce qui nous faisait le plus rire étaient les filles de joie, fardées, grossières, outrancières, elles nous aguichaient pour rigoler et parfois impudiques remontaient leurs cotillons pour nous montrer leur cul.

Nous n’en perdions pas une miette et en parlions longtemps revenus dans notre cher quartier.

Évidemment nous nous collions des peignées avec les drôles du quartier saint Jean du Perrot, c’était assez chaud une fois je me suis même retrouvé le cul dans la verdière. J’étais mignon car ce ruisseau n’était plus vert depuis longtemps, je suis rentré couvert de vase et de merde avec en prime un coquart. Ma mère m’a collé une gifle et mon père a dégrafé sa ceinture, double peine en quelques sortes.

Fièrement je n’ai rien dit sur le coup mais dans la solitude de ma couche je crois bien que j’ai versé quelques larmes. Pour me venger je suis retourné sur le port et cette fois plus prudent je ne me suis pas retrouvé dans l’eau. Bon tout cela est affaire de drôle, car tout de mêm ,quel terrain de jeux que ce port, ces rue animées aux arcades obscures,cette majestueuse cathédrale, et ce haut clocher saint Barthélémy.

Mais comme je vous l’ai dit, le quartier était en constante transformation et moi en grandissant je devenais curieux.

Cette place nommée royale puis de la liberté et que je vous ai décrite tout à l’heure m’attirait autant que les effluves marines du port, les troupes qui luttaient contre les bandits de Vendée y campaient et moi entre ces rudes braillards à moustache je me sentais à l’aise et émerveillé. Encore plus loin, le long de l’enceinte fortifiée s’étendaient les ramures du bois des amourettes, antre boisé et inquiétant où je ne m’aventurais guère. Le bois n’était guère épais, je m’en apercevrai plus tard avec mes premiers rendez vous avec des galantes.

Lorsque j’étais petit les morts de la paroisse étaient enterrés presque au bout de la rue et je me délectais de ces passages de tombereaux où brinquebalait une mauvaise bière ou le plus souvent un simple linceul de lin blanc, mon père et les autres artisans cessaient le travail. Les hommes au chef couvert mettaient chapeau bas et les femmes pieuses se signaient en baissant la tête. Moi et mes cousins c’était les taloches qui nous faisaient baisser la tête lors des passages funéraires. En outre nous nous amusions entre les tombes, et même une fois à l’emplacement de l’ancien cimetière saint Anne j’ai trouvé un bout de crane. Quel trophée me direz vous mais bon j’étais enfant.

Il faut aussi que je vous compte un tragique événement, j’étais petit et je n’en ai eu connaissance que bien plus tard, mais ma mère cette sainte femme qui était capable d’emmener un enfant à une exécution publique ne supportait pas la violence irraisonnée des foules et en l’occurrence le massacre d’un groupe de prêtres et les outrages faits à leur corps.

Des malheureux réfractaires au serment républicain furent tués par une foule haineuse et hystérique où les femmes ne cédaient en rien aux hommes, une ignominieuse folie.

Mon père connaissait l’un des sauvages qui avait participé au carnage, il était perruquier et s’était  amusé à se balader avec une tête sur une pique. Bon cela je ne l’ai pas vu mais on en parla longtemps

Mais je crois que ce qui m’a le plus marqué c’est la fermeture de notre église, ma mère en a pleuré et mon père pourtant athée en fut troublé également. Je vous raconte cela en détail.

En 1793 la municipalité de la Rochelle considéra que deux églises dans le quartier cela faisait beaucoup, d’autant plus que Saint Barthélémy avait besoin de réparation. On transforma donc cet endroit sacré en un marché à grain. Le petit peuple endoctriné, et aussi tyrannisé par quelques membres des comités révolutionnaires n’osa manifester sa désapprobation face à ce sacrilège et face à la déchristianisation prônée par l’état centralisateur Jacobin.

Ma mère qui avait été baptisée puis mariée en ce lieu pleura en silence des larmes de dépit, mon père qui faisait le goguenard en disant que faute d’hosties on aurait au moins de la farine se fit rembarrer devant tout l’atelier et repartit ferrer un canasson la tête basse.

Bon assez parlé de mon environnement, je vais vous décrire mes parents.

Tout d’abord mon père qui il faut bien le dire était un drôle d’oiseau  » enfin c’est ce que disait ma mère  ». Au physique il était très grand et avec ma vision d’enfant me paraissait un géant, musculeux et sec, ses bras à force d’avoir travaillé le fer avaient acquis une force herculéenne et l’on dit qu’il pouvait tordre un fer à cheval, c’était peut être une vantardise car je ne l’ai jamais vu faire. Je vous ai parlé de son langage imagé mais sa voix de stentor qui résonnait dans toute la rue n’avait rien à envier aux chantres de la cathédrale. Sa goule était bien pendue et on disait qu’il était né avant son grand-père. Quand une femme passait dans la rue, il jouait les coqs et sa paillardise rejaillissait sur les pauvrettes qui ne savaient que répondre. Cela faisait rire tout le monde car quand ma mère était dans les parages on ne l’entendait plus.

Ses cheveux et sa moustache étaient d’un noir de jais, sa bouche commençait à s’édenter. Je me souviens aussi de sa forte odeur, mélange de sueur, de crasse et de remugle équin. Ses mains aux ongles endeuillés étaient dures et calleuses. J’adorais ce géant, sorte de dieu du feu et du fer, je l’idolâtrais enfant et je le respecterai adulte

Ma mère plus âgée était maîtresse femme, je la revois avec sa longue robe recouverte d’un tablier à carreaux et une sorte de cape attachée sur le devant. Ses cheveux noirs parsemés de fils blancs noués en une sorte de chignon étaient surmontés d’une coiffe. Jamais elle ne se serait avisée de sortir sans. Moi j’aimais la voir les cheveux dénoués en son intimité et je la trouvais très belle. Au vrai sa beauté commençait un peu à passer, des cheveux blancs éclaircissaient  donc sa crinière noire, des rides au coin de la bouche la rendaient un peu sévère et quelques dents en moins lui modifiaient le visage autrefois emprunt de beauté. Bien sur je n’avais jamais vu ma mère nue mais sa poitrine opulente s’affaissait quelque peu.

Elle aussi avait une gouaille célèbre dans le quartier, la fille du voiturier Jaulin était connue pour avoir enterré deux maris et pour porter la culotte à la place de son géant de mari pourtant maître maréchal.

Voilà pour les parents, tous deux dans un genre différent, de fortes personnalités, connus et respectés rue porte neuve et dans tout le quartier.

 

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 1 ma naissance

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode, 2 mon quartier

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 3 , mes premiers souvenirs

 

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 3 , mes premiers souvenirs

clocher de  Saint Barthélémy, seul reste de l’église

 

Il faut bien dire aussi que je suis né dans une période de troubles et de renversement social. Mes parents ne prirent aucun rôle dans ce grand bouleversement. Ils subirent avant tout le marasme économique qui frappa la cité. Moins touchés que les marins du port et leur famille qui n’avaient plus de travail donc de revenus, mes parents conservaient une relative aisance. Le ferrage des chevaux était une activité sans chômage en cette période ou les troupes en garnison se multipliaient dans la ville. La peur des bandits Vendéens venait troubler la quiétude des édiles.

L’un de mes premiers souvenirs et aussi l’un de mes premiers traumatismes se rapportent à ces tragiques événements.

Ma mère et toutes les commères de la rue ne parlèrent que de cela, des traîtres de la Vendée allaient être exécutés sur la place de la liberté. Vous savez la place dont je vous ai parlé tout à l’heure et qui s’appelait royale. Elle s’était mise en tête d’y assister mais pire de m’y emmener. Mon père avait bien tenté de s’y opposer, mais ma mère avait toute une technique pour faire céder mon père. Je l’apprendrais plus tard avec mon épouse c’était la technique du cul tourné. Enfin bref me voilà sur la place avec ma mère et mes tantes, il y avait plus de femmes que d’hommes. Je ne voyais pas grand chose à cause de ma petite taille. Au loin une sorte de plate forme en bois avec un engin assez bizarre et complètement étranger à la population. Pour patienter les gens énuméraient les divers appellations de l’engin, je dois dire qu’elles étaient assez marrante, le rasoir national, la veuve, la Louisette, la mirabelle et la monte à regret. A l’énoncé de chaque appellation la foule qui s’échauffait hurlait de rire et il faut bien le dire ma mère aussi. La plate forme avec la guillotine était cernée par la troupe pour éviter les débordements. La lie du peuple côtoyait le haut du panier et les robes à crinoline des bourgeoises frôlaient les tissus moins luxueux des femmes du peuple. Sous couvert d’anonymat certain drôles en profitaient pour tâter les chairs délicates interdites à leur mains caleuses. Les belles précieuses encanaillé par la proximité de la mort ne protestaient pas et minaudaient en s’éventant.

Une clameur monta soudain, je ne voyais rien, serré contre une multitude de derrière, les traîtres arrivaient, je crois qu’il y avait un prêtre nommé Hebert, il avait refusé le serment et trahissait la nation sa tête devait tomber déclarait de façon péremptoire ma mère. Elle se découvrait la citoyenne Sazerat à près de 50 ans une âme de militante. Les ouvriers de la rue se moquait de mon père d’avoir dans son lit une virago et lui disait qu’il ferait mieux de la trousser et lui coller une volée.

Il haussait les épaules et la laissait partir dans ses délires d’ égalité femme homme.

Les têtes tombèrent dans le panier, il y en eut trois, se fut l’hystérie totale, le peuple endiablé dansait la carmagnole et des femmes bien mises subrepticement trempaient leur mouchoir dans le sang du prêtre qui allait devenir objet de sainteté. Ma mère frisait la folie, jamais je ne l’avais vu en cet état et d’ailleurs jamais je ne la reverrais ainsi. La foule se dispersa et on emmena les corps qui furent enterré dans le cimetière de la paroisse.

Moi je n’avais pas vu grand chose et je n’en fus guère traumatisé, enfin en apparence. Comme premier souvenir on peut évidemment faire mieux, mais bon s’était une idée de ma mère alors !

Les premiers souvenirs que l’on garde des prémices de sa vie sont souvent en fait des souvenirs racontés et comme ma mère en parlera jusqu’à sa mort je les ai sûrement assimilé comme tels

Lorsque l’on est enfant un tas de chose vous  marquent, une couleur, une odeur ou un objet. Pour ma part je crois que je fus marqué par le mélange de senteur de la rue.

Tout d’abord dans l’atelier de mon père régnait l’odeur du fer et du feu, tenace, persistante et entêtante, elle se mélangeait au tanin du cuir et aux effluves de la corne que l’on brûle. Enivrant aussi le fumet des chevaux, l’âcreté de leur crottin mélangé à la paille qui jonchait le sol. Ce mélange olfactif étonnant me marqua définitivement, au point je chaque fois que j’eus à m’éloigner de ces parfums mon corps en marqua comme une réticence.

Dans la rue aussi quelle explosion, l’odeur de vase qui venait du chenal, celle de la terre tassée par les passages répétés des carrioles et qui à chaque pluie se transformait en cloaque. L’activité humaine aussi laissait ses fragrances, le fricot qui cuisait dans l’âtre, le parfum du pain qui gonflait au four, les exhalaisons de la distillerie d’eau de vie, les latrines de fond de cour des maisons et la merde des pots de chambre déversée dans la rue. Quel fatras que tout cela, je ne savais où donner du nez lorsque je sortais de chez moi.

Justement chez moi, il est temps que je vous en parle un peu, oh un bien modeste logement, une cuisine qui servait de salle de vie et de deux chambre ou nous nous entassions. Autant vous dire qu’il n’y avait aucune intimité. Les plus jeunes dormaient avec les parents et les autres dans la chambre d’à coté. Il ne fallait pas être trop pudique pour faire au pot de chambre ou pour se dénuder. C’était d’ailleurs le lot de tout le monde et l’entassement et la promiscuité en ville était l’un des vecteur de propagation des maladies. Nous étions environnés par la parentelle de ma mère et nous les petit nous passions d’une maison à l’autre.

Trois ans après ma naissance était arrivé mon frère Antoine, ma mère avait 51 ans ce qui est un age très avancé pour une maternité, je me rappelle qu’elle se lamentait tous les mois à l’arrivée bizarre de saignement.

J’ai donc partagé très tôt mon lit avec mon petit frère.

Mon environnement était donc assez varié, une grande et belle rue, bordée d’hôtels particulier, une cathédrale flambant neuve et une église qui à part son clocher l’était aussi. Mon terrain de jeux était assez grand et croyez moi malgré les interdictions je l’étendais sans cesse.

Voir les épisodes précédents :

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 1 ma naissance

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode, 2 mon quartier

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode, 2 mon quartier

La Rochelle entourée de ses murailles

La Rochelle est une ville de garnison et est enclose de mur, c’est un ingénieur nommé Ferry qui l’a construite et pour une fois Vauban n’y est pour rien. Quelques portes permettent de pénétrer dans la ville, moi j ‘habite à coté de l’une d’elle. Au plus loin que je m’en souvienne j’allais observer les soldats du poste de garde, leurs uniformes me fascinaient et le langage imagé de ces vieux routards ma faisaient rire. Évidemment lorsque je répétais ces mots devant ma mère s’était la taloche assurée.

Je tordais bien un peu la goule car le langage de mon père et des ouvriers de la forge était d’une verdeur peu commune. Le langage des employés voituriers de mes oncles étaient aussi assez châtiés et imagés.

Ma mère la pauvre aurait voulu qu’entre ces militaires, ces maréchaux et ces cochers je parle le langage d’un jeune monsieur. Elle s’illusionnait et toute ma vie je garderais ce langage imagée qui faisait rougir une catin et fait évanouir une nonne.

Dès que je pouvait m’échapper des griffes maternelles je rejoignais donc mes troupiers. Un jour l’un me fit fumer sa pipe se qui me rendit malade. Ma mère fit une esclandre qui amusa tout le quartier y compris mon père .

Cette ouverture vers l’extérieur se nommait la porte neuve et avait donc donné son nom à la rue. C’était un endroit stratégique car la seule sortie vers l’ouest . La porte des deux moulins près de l’océan n’était que piétonnière.

Un pont fixe et un pont levis enjambaient les fossés du rempart et le petit cour d’eau qui venait du village de Lafond. La porte était en permanence gardée et le soir nul n’entrait ni sortait.

Au delà c’était terra incognita pour moi, interdiction formel de franchir l’enceinte de la ville, bon il faut avouer qu’une chose interdite est plus que tentante et que l’idée mais venue plusieurs fois.

Donc après ce mur s’étendaient les vignes,, les champs puis les marais, un autre monde en somme.

Voie de pénétration urbaine cette porte voyait passer du monde et moi aussi, quel spectacle que ces charrettes chargées de victuailles avec ces paysans gueulant fort juchés au sommet. Toutes ces paysannes portant panier au bras avec des volailles et qui s’attiraient les sifflets et les regards concupiscents des ouvriers.

Ces belles de la campagne au teint cuivré portant avec fierté leur coiffe en forme de corne. Tout ces quarterons de chevaux tirant à uh et à dia leur chargement de bois soufflant et suant sous le fouet de leurs conducteurs. Les militaires aussi avec leur chatoyant uniformes et leur long fusils me faisaient impression.

Une multitude de pauvres hères aux pieds nus, sales, déguenillés surveillés par le guet pénétrait chaque jour pour y mendier un peu d’existence. Ici une pauvrette à moitié nue tiré par son fantôme de mère et la une vielle hâve et grelottante, tous se côtoyaient en cette porte.

Des officiers à cheval fier et hautain laissaient leur monture pour changer les fers, en ordres brefs ils s’adressaient au maréchaux comme ils s’adressaient aux soldats.

Mais le fin du fin était le passage des beaux messieurs en carrosse ou sur leur belle monture. Ils ne nous adressaient aucun regard, faisant fi des mains tendues pour l’aumône. Même leurs domestiques qui les singeaient nous devenaient odieux et les horions pleuvaient sous le regard goguenard de la garde.

Un autre spectacle qui me comblait d’aise était le passage des nègres , esclaves de ses messieurs de la haute, ils faisaient tordre de rire les ouvriers par leur parler exotique. La curiosité cédait aussi le pas à l’envie quand les belles négresses à la forte poitrine et au postérieur saillant passaient au service de leurs maîtresses. Beaucoup d’échauffés sans vouloir se l’avouer aurait goutter à ces fruits exotiques.

On le voit il suffisait de s’asseoir et d’être au spectacle. Vision chatoyante à travers mes yeux d’enfants qui me feront aimer plus que tout ce quartier ou tout et tous se mélange.

Ma paroisse Saint Barthélémy est la plus belle de toutes les paroisses et sans conteste la plus riche, l’endroit est un chantier permanents et les belles demeures des riches négociants poussent comme champignon sur fumier.

L’hotel Poupet en est le plus belle exemple. Bien tout n’est évidement pas richesse dans le quartier mais l’aisance rejaillit un peu sur le peuple qui entoure les nantis.

La paroisse de Saint Jean du Perrot qui jouxte la mienne est celle du port, les marins y côtoient les charpentiers de marine, les calfats, les tonneliers, les pécheurs , gabiers, pilotins, débardeurs et filles de joie. Le cosmopolitisme y règne et les langues se mélangent. Je n’ai pas le droit de traîner sur le port mais je vous raconterais quand même les expéditions qu’avec mes cousins nous entreprîmes.

Je vous parlerais également mais plus tard des autres paroisses de la ville car bien évidemment je serais amené à y vivre.

Mon quartier avait aussi une autre particularité, il avait deux églises, la cathédrale Saint Louis et l’église Saint Barthélémy, elles se trouvaient dos à dos. Nous, nous allions à l’église et pour rien au monde nous l’aurions troqué pour la plus belle des nefs.

La présence de la cathédrale amenait un surcroît de richesse au quartier, les chanoines du chapitre étaient assez aisés et Monseigneur de Crusol l’évêque carrément riche.

En face de la cathédrale s’étendait la place royale, immense, boisée ou se dressait fièrement la fontaine royale, le terrain de jeux était parfait, nous nous introduisions partout, sur le chantier de la cathédrale, dans celui des hôtels en construction, nous faisions les pires idioties, nous parents trimaient et ne nous surveillaient guère. Il fallait en profiter l’enfance ne durait pas longtemps et bientôt nos petits bras irait se durcir au dur labeur de la forge et de l’enclume.

A coté de chez moi se trouvait aussi l’hôpital Aufrédy l’endroit était tenu par les frère de la charité, ils venaient  faire ferrer leurs mules.  C’était un hôpital pour les hommes et pour les militaires, lors des guerres de Vendée se fut un véritable défilé de pauvres éclopés. Nous les drôles on voyait aussi sortir les charretées de cadavres, vous parlez d’un spectacle, il faut dire que dans ses mouroirs il fallait mieux ni point rentrer.

Vous voyez mon terrain de jeux était vaste et varié et au fil des années je m’efforcerais de l ‘agrandir.

 

Voir épisode précédent :

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 1 ma naissance

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 1 ma naissance

Rue porte neuve, aujourd’hui rue Réaumur

                         Bonjour je m’appelle Louis Barthélémy Sazerat et aujourd’hui je me marie avec Marie Magdeleine.

J’ai troqué mon lourd pantalon de laine et mon tablier de cuir pour me vêtir de mes plus beaux atours, j’ai également remisé mes sabots pour chausser de beaux souliers. Cela me fait bizarre j’ai comme l’impression que mes pieds sont emprisonnés. J’ai également fait un brin de toilette, une fois n’est pas coutume.

Je suis âgé de 24 ans, c’est le bon age pour convoler, je suis né ici à la Rochelle et je n’ai jamais quitté ma paroisse. Pardon je m’exprime à l’ancienne et je ne dois plus employer le mot paroisse mais plutôt le mot quartier.

Quoi qu’on en dise je suis de Saint Barthélémy et je crois que j’appellerai cet endroit toujours ainsi.

Hors donc j’ai vu le jour le lundi 21 avril 1788 rue porte neuve, paroisse de Saint Barthélémy à la Rochelle, je ne suis pas le premier né dans le foyer mais c’est un peu compliqué et je vous en reparlerais plus tard.

Mon père est maréchal ferrant, comme d’ailleurs toute la famille. Je le suis également et c’est vraiment avec fierté que j’exerce le métier de mes pères.

Nous sommes en quelque sorte une dynastie, chez les Sazerat tous les hommes sont maréchaux-ferrants.

La famille est originaire de Limoges et mon père est né la bas, y a passé son enfance et a appris le métier avec son père et ses oncles.

Au plus loin que la mémoire familiale remonte, les hommes de la famille pratiquaient cette activité.

L’aïeul Jean né sous le siècle du grand Louis était déjà maître maréchal et il est mort octogénaire dans sa forge du centre ville de Limoge.

Nous ne sommes donc pas des Rochelais pure souche, mais qui l’est réellement ?

Mon père est arrivé dans les années 1770 en la cité blanche en même temps que l’un de ses cousins.

Ces deux la avaient soif d’aventure et aussi d’émancipation paternelle, la ville océanique présentait de réelle opportunité et notre maréchal et notre serrurier trouvèrent sans mal du travail dans la diaspora Limousine.

Ils rencontrèrent tous les deux l’amour en les deux sœurs Jaulin.

Mon père prit la plus vieille mais dut attendre qu’elle soit libre. Bon d’accord ce que je dis est nébuleux mais je vais vous expliquer.

Ma mère que dieu la protège, est fille de la Rochelle et surtout fille d’un voiturier, loueur de chevaux installé rue porte Neuve.

Elle était déjà mariée quand mon père est arrivé en Aunis . Habitant la même rue ils se croisaient souvent et mon père amateur de belle femme devait bien ouvrir ses quinquets lorsqu’elle passait triomphante du haut de sa plénitude. Il posait son marteau et la regardait béat sans pouvoir articuler le moindre mot.

Le cousin Léonard s’accoquina avec l’une des sœurs de la belle et finit par arracher le consentement pour un mariage.

Mon père approcha donc ma mère lors de ce mariage, il en tomba éperdument amoureux ou du moins en éprouva un profond désir.

Il lui balbutia quelques mots mais en taiseux qu’il était fut incapable de lui faire une cour.

Il se la fit donc chiper sous ses yeux car la belle qui était veuve et avait besoin de tendresse posa les yeux sur un autre maréchal nommé Thibaud Dutail. Ce dernier travaillait avec lui et il en fut dépité, mais c’est ainsi.

Le couple s’installa avec les deux enfants du premier lit de ma mère, vous l’aurez compris j’ai donc des demis frères.

Mon père dut donc patienter et fréquenta un peu les gueuses à marin qui tapinaient sur le port.

Le destin frappa à sa porte quand en 1783 le Thibaut devint poitrinaire et cassa sa pipe rapidement. Marie Anne Jaulin ma mère était encore une fois libre de liens. Mon père qui avait pris de l’assurance ne loupa point sa chance et courtisa la veuve. Bien sur il y avait la différence d’age, 15 ans ce n’était pas rien, mais au delà des dates ma mère était très belle et sa quarantaine largement passée n’affectait en rien sa superbe.

Oh bien sur les mauvaises langues du quartier se gaussaient et on cancanait hardiment sur l’union d’un jeunot et d’une vieille. Les autochtones du quartier faisaient quand même attention car la famille Jaulin outre l’aisance était fort nombreuse et les bras d’acier du bel Antoine assez redoutables. Le maréchal à l’accent rocailleux passa donc de la veuve poignée à la veuve Dutail. Il arracha de haute lutte le consentement à cette dynastie de voituriers que sont les Jaulin, Mais il finit par obtenir le consentement de la famille car il n’était pas mauvais parti, savait travailler et avait aussi un petit pécule. Bien sur ma mère en tant que veuve était libre de son destin et de ses biens, mais l’accord des frères qui habitaient dans la même rue s’avérait quand même une bonne chose

Mes parents se marièrent en l’église Saint Barthélémy en octobre 1784 en présence de la tribu Jaulin, mon grand père Barthélémy ne fit pas le déplacement depuis Limoges ni d’ailleurs aucun membre de la famille Sazerat. Mes demis frères étaient déjà adolescents.

Le couple s’installa au dessus des écuries. Ma mère malgré son age tomba enceinte comme une jeunette et en mars 1786 mon frère Léonard vit le jour. Je n’eus pas la chance de le connaître car il mourut à 17 mois. A son décès ma mère était déjà grosse de moi.

Je naquis dans la maison de mes parents, tout se passa à merveille.  Mon parrain Louis Chassay qui s’avère être mon frère utérin , accompagné de la marraine Marie Brunet me conduisirent devant le père Martin,  curé de Saint Barthélémy et prêtre de l’oratoire pour me faire entrer dans la communauté de notre seigneur.

Ils étaient accompagnés de mon père et de la sage femme,  ma mère qui était impure ne participa en aucune façon à la cérémonie. Vous parlez d’une pratique, mais c’était comme cela et de toute façon l’aurait elle voulut elle même que notre bon curé lui aurait à coup sur interdit l’accès à la sainte maison.

LES 22 ENFANTS DU PÈRE LEGAL

Mardi 3 février 1721, cathédrale Saint Michel à Saint Brieuc

Lorsque Alain Legal se présenta au bras de sa promise sur le parvis de l’église, il débordait d’une fierté non feinte, sa Perrine d’une beauté à couper le souffle serait bientôt à lui.

Revêtue de sa plus belle robe, frissonnant légèrement sous l’effet de la brise hivernale bretonne, elle regardait son futur mais aussi la foule qui l’entouraient. Elle souriait à tout le monde, rayonnante de bonheur.

L’ensemble de leur fratrie était présente et ils avaient tous les deux la chance d’avoir encore leurs parents à leur coté.

Issus d’une famille ancestrale de laboureurs, point riches mais point trop manants ils avaient grandi dans le quartier Saint Michel. Se connaissant depuis l’enfance c’était avec évidence que leur union avait été négociée par leurs parents.

Mariage pour sur arrangé mais mariage d’amour quand même, tant étaient forts les liens qui s’étaient créés depuis leurs fiançailles.

A voir le ventre de la mariée tous savaient que les liens entre les amoureux avait été très forts. Les deux maladroits avaient mis la charrue avant les bœufs et il avait fallu accélérer les noces.

Malgré ce léger contre temps, le mariage fut splendide et Alain pourrait bénéficier des charmes de son épouse en toute quiétude.

Le 21 février leurs vint une fille, il était tant de régulariser, ils la prénommèrent Yvonne.

La petite était la première d’une longue liste de bonheur mais aussi de malheur.

Courant 1722, Yvonne à la mamelle, la belle Perrine se trouva pleine, elle trouvait bien que cela faisait un peu trop tôt mais il lui restait des garçons à faire.

Pas de chance ce fut une fille que l’on nomma Jeanne Anne, elle naquit le 17 février 1723. Alain eut du mal à attendre les relevailles pour trousser sa Perrine, fort à l’ouvrage et régulière comme une pendule celle ci ne vit point apparaître ses menstrues. Yvonne gourmande était à peine sevrée et Jeanne avec ses petites dents lui déchirait encore les mamelons quand en juin 1724 elle sut qu’elle était grosse.

Le 18 février 1725, la petite Françoise arriva, que des pissouzes, Alain commençait à manger les bords de son ample chapeau.

Régulier comme un métronome, Alain fit un enfant à sa femme en mai 1727, un garçon apparut. Hélas l’accouchement pratiqué par la matrone ne se passa pas très bien et chacun attendit que l’infâme petit vermisseau sanguinolent ne trépasse, le 6 juillet 1727 Louis Yves fut conduit au cimetière de la paroisse Saint Michel.

Ce fut une épreuve mais les enfants en cette période mouraient sans qu’on en fasse une affaire d’état. Par contre la mort de la petite Jeanne âgée de 4 ans en octobre 1727 leur laissait un grand vide tant cette petite rayonnait de joie.

Heureusement Perrine était fertile, le 12 juin 1728, un garçon fiable arriva au foyer, nommé Marc la petite momie emmaillotée réussit à franchir les délicats premiers mois de la vie d’un petit breton.

Le cheptel masculin fut complété en juillet 1730 par l’arrivée du petit Yves. Cette fois l’avenir était assuré au foyer Legal.

Malheureusement en mai 1732 le petit Marc en quelques jours fiévreux passa de vie à trépas, bon d’accord Perrine encore pleine en ferait un autre.

Mais le sort, toujours le sort fit qu’en Juin 1733 la petite Guillemette arriva.

La fertilité de Perrine qui était sans borne et la semence d’Alain très prolifique fit que peu de temps après l’enterrement de l’infortunée Guillemette elle se trouva encore enceinte.

Serait ce un garçon ou une autre pleurnicheuse, ce fut l’arrivée de la belle Anne qui pour bien vivre n’en tua néanmoins sa mère.

Douze jours après la naissance de cet enfant vigoureux Perrine fut emportée par une fièvre puerpérale, l’infortunée n’avait que 34 ans et faisait des enfants depuis 13 ans.

Alain jeune veuf se retrouvait avec trois filles et un garçon, il avait perdu la moitié de sa progéniture

Il ne restait plus à Alain que de trouver mamelles à ses petits et ventre à ses désirs.

Ce fut chose aisée tant la chose était courante à l’époque, un veuf, laboureur de surcroît pouvait en peu de temps reformer un couple.

Alain se remaria 10 mois après en la même église avec Françoise Bougeard, elle aussi fille de laboureur et beau brin de fille de 22 ans.

Le 23 novembre 1734, monseigneur Jacob bénéficier de la cathédrale maria donc le veuf et la petite de Ploufagran

Alain se mit à l’ouvrage et dès le début d’année Françoise était grosse, chacun railla la verdeur du laboureur qui ensemençait si vite son champs.

Personne ne se doutait que cela serait le début d’une hécatombe.

En septembre 1735 apparut Mathurine, la pauvrette mourut le mois suivant

En octobre 1736 apparut Thomasine qui ne vécut que 6 jours.

En octobre 1737 Françoise et Mathurin firent leur apparition, le mâle mourut aussitôt et le femelle tardivement en 1741.

En octobre 1739 se fut à la petite Jeanne d’apparaître, elle mourut à 22 mois d’une fièvre maligne.

En mars 1740 Alain se trouva au désespoir, son unique garçon fruit de son premier lit mourut à 9 ans.

La mort avec sa faux planait autour du foyer maudit.

Lorsque naquit Marie Françoise en octobre 1742, aucun enfant n’avait survécu au couple d’Alain et Françoise, ils avaient perdu les 6.

Alain avait déjà enterré 11 de ses enfants.

Inlassablement Alain honorait sa femme en bon chrétien, pas de coit interruptus, pas de manuelle fantaisie ni de joyeux rapprochement buccaux.

A ce rythme Françoise fut encore pleine et Renée Yvonne arriva en août 1744, le chemin était fait, la petite vigoureuse, tout se passa bien.

Non de dieu jura Alain encore une fille.

Il ne croyait pas si bien dire car en avril 1746 leur arriva une fille que l’on nomma Jacquemine, mais là aussi habitude, en juillet elle était morte.

En mai 1748 ce fut avec bonheur que naquit Louis Jan, beau garçon joufflu qui passa sans encombre les premières heures.

En novembre de la même année Marie Françoise la petite de 6 ans pourtant pleine de vie se coucha pour ne plus se relever.

Et de 13, Alain ne se souvenait plus de tous les prénoms de ses enfants défunts.

En avril 1750, naquit le petit Yves, en bonne santé il fit son chemin. Françoise au vrai n’en pouvait plus, les mamelles à moitié taries, le ventre gros et veiné.

Rien n’y faisait Alain chaque soir troussait et forçait et ventre à bébé Françoise concevait. Le 16 juin 1752 elle eut des jumeaux, Hélène s’éteignit au bout de 1 mois et demi et Pierre ne lui survécut que 3 jours.

Le carré des enfants du cimetière Saint Michel regorgeait des petits Legal.

Il n’en était point fini avec les couches car en mars 1754 arriva le beau Mathurin.

Des 22 enfants qu’Alain conçut, 15 moururent entre 0 et 10 ans. 6 firent souches et mes petits enfants descendent du dernier le nommé Mathurin.

Dur tribut livré à la grande faucheuse, point rare en soit mais exceptionnel par son nombre élevé.

Les paysans de ces temps vivaient ils ces morts de la même façon que nous ou bien fatalistes s’en remettaient ils à dieu ?

 

Alain mourut en  1774 âgé de  74 ans et Françoise en 1779 à l’age de  62 ans.

Ils eurent la joie de voir se marier 4 enfants et naitre quelques uns de leurs petits enfants.

Alain vit également se marier 2 de ses filles de son premier mariage

ODE A UN VIEILLARD

 

Autrefois fier soldat combattant les allemands

Maintenant maigre et tremblant

Dans ce long couloir triste il avance péniblement

 

Autrefois musclé et svelte, il enlaçait maman en plaisantant

Maintenant nu sous sa chemise hospitalière le regard errant

Dans ce long couloir triste il progresse titubant

 

Autrefois ouvrier fier et compétent

Maintenant fesses plates, jambes grêles , couche tombante

Dans ce long couloir triste il marche doucement

 

Autrefois nous enlaçant d’un amour permanent

Maintenant poussant son déambulant

Dans ce long couloir triste il peine en râlant

 

Autrefois œil vif et pétillant

Maintenant regard perdu et esprit divagant

Dans ce long couloir triste il chemine tristement

 

Autrefois et maintenant se mélangeant

Papa prend donc ton temps dans ce long couloir cheminant

Qu’il est triste de voir pleurer ses parents