ÉTUDE SUR LES DÉPLACEMENTS D’UNE FAMILLE PAYSANNE EN VENDÉE AU DÉBUT DU 19EME SIÈCLE

 

 

Autrefois dans les campagnes, tout était affaire de famille, les naissances avaient lieu à la maison et les femmes aidées de la matrone ou de la sage femme accouchaient leurs sœurs, leurs filles ou leurs petites filles.

Les mariages étaient comme on le sait un contrat entre deux familles ou l’intérêt se trouvait souvent mis en avant. Des histoires d’amour heureusement s’y glissaient parfois.

Les morts étaient veillés par la famille et on trépassait dans son lit entouré des siens. Tout se faisait en commun, les repas, la lessive, l’amour ( à l’abri des lits clos ) dans la pièce unique.

Les paysans gardaient leurs vieux, qui d’ailleurs restaient chefs de ménage et les fermes comptaient toujours trois générations sous leur toit.

La mobilité était réduite, mais mus par la recherche du travail, les paysans se déplaçaient sensiblement.

Les mouvements se faisaient en famille et c’est l’une d’entre elles que nous allons suivre maintenant.

Nous sommes en Vendée à la fin du 18ème siècle et nous rencontrons le nommé Pierre Luc Martineau.

Géographiquement nous nous situons à l’ouest de la Roche Sur Yon, dans le canton de la Mothe Achard, c’est un pays bocager à l’habitat très dispersé.

Pierre Luc est donc né en 1761 à Nieul le Dolent, nous ne connaissons rien de son enfance ni de sa jeunesse mais ses parents sont morts à Nieul donc nous pouvons y supposer qu’il y vécu .

Nous le retrouvons pour un premier déplacement sur la commune de Saint George du Pointindoux où il se marie avec une fille du village nous sommes en 1791.

Son lieu de mariage est à 12 kilomètres de son lieu de naissance ( distance maximum d’église à église ).

Son premier fils naît dans le village et malheureusement sa femme y décède rapidement.

Nous ne connaissons pas la date et le lieu exact de la mort car en ces périodes fort troublées par la guerre de Vendée les registres sont parcellaires.

Il se remarie dans le même village à une date toujours inconnue.

Mais leur premier enfant naît à Sainte Flaive des Loup en 1796 au hameau de la Jarrie, nous sommes à 7,9 kilomètres de Nieul le Dolent.

Puis retour à Saint Georges du Pointindoux pour la naissance du second en 1799.

Mais le mouvement ne s’arrête pas là car le 3ème enfant voit le jour à Sainte Flaive des Loups mais cette fois à la Grande Doucerie.

Toujours dans le même secteur, mais mobilité tout de même et qui correspond à une recherche permanente de travail dans un rayon de 12 km par rapport au lieu de naissance de Pierre.

Mais ce n’est pas terminé loin de là.

En 1813, la famille habite à la Petite Bénatrie sur la commune du Girouard, il semble que Pierre soit maintenant métayer,alors qu’il n’était que journalier jusqu’à maintenant.

Par rapport au lieu de naissance du dernier enfant, ils ont fait un bon de 8 kilomètres .

Le premier enfant nommé Pierre se marie en 1813 sur la commune du Girouard, François le second en 1818 et Jean Louis en 1822 également.

En 1816 toute la fratrie se trouve réunie sur la Grande Bénatrie au Girouard.

église du Girouard

Les parents, le couple du fils aîné avec une fillette et les trois frères y cohabitent.

Mais soit fin du bail ou autre raison vers 1822, la famille se sépare.

Pierre l’aîné avec sa femme restent sur le Girouard mais trouvent asile au Pays, ils n’y bougeront plus.

Pierre Luc l’ancien et sa femme Jeanne se déplacent maintenant à la métairie de la Bitaudière sur la commune de Grosbreuil. François et sa femme et Jean Louis et la sienne suivent le mouvement avec évidement le dernier de la famille qui n’est point encore marié

Le déplacement encore une fois est très court car il avoisine les 6  kilomètres.

Nous retrouvons donc dans une même métairie, un couple d’anciens, deux couples d’enfants et leur progéniture ainsi que les enfants non mariés du couple d’ancien.

Voila donc un schéma caractéristique d’une occupation trans générationnelle.

Mais la vie n’est point un long fleuve tranquille, l’un des fils meurt sans laisser d’héritier, sa veuve quitte la métairie et repart chez ses parents ( elle se remariera ) .

En 1830 nouvelle transhumance, pour le village de Sainte Foy, le vieux Pierre Luc prend avec ses fils Victor et François la métairie de la Guérinière. Encore un faible déplacement qui sera de 5 kilomètres.

Victor non marié y trouve rapidement une moitié qui évidement s’installe à la Guérinière.

Au cours des années qui suivront la Guérinière se remplira d’enfants, ceux de François et ceux de Victor dont nous étudierons les déplacements dans un prochain post .

Pierre Luc finira son itinéraire à la Guérinière en 1833 et sa femme Jeanne en 1836. Entourés des leurs, ils furent pleurés mais leur disparition libéra enfin un lit clos, car nous le verrons la descendance fut fort nombreuse.

Pour résumer

Nieul le dolent, 1761 naissance Pierre Luc Martineau

Saint George du Pointindoux , mariage, 1791

Saint George du Pointindoux, naissance troisième enfant, 1799

Sainte Flaive des Loups, La Grande Doucerie, naissance 4ème enfant, 1803

Girouard, la grande Bénatrie, 1813

Grosbreuil, la Bitaudière, 1822

Sainte Foy, la Guérinière, vers 1830 jusqu’ 1833

Pierre Luc ne s’est donc pas éloigné de plus de 15 kilomètres de son lieu de naissance.

UNE VIE DE VENDÉEN, la dureté des temps

 

 

Malheureusement un drame frappa encore , François mon frère,  âgé seulement de 46 ans nous tira sa révérence, balayé qu’il fut en quelques jours par la maladie.

J’étais seul maintenant pour faire tourner notre métairie, nous étions trop pauvres pour engager des journaliers, alors les femmes et les garçons trimaient de concert avec moi.

Les plus petits furent gardés par la mère. Pour certains gros travaux la solidarité paysanne joua, le deuil était ressenti par tous,  tant la mort était encore présente dans notre bocage.

En fin d’année c’est ma mère que nous avons conduite en terre, encore un drame, décidément la Brunière serait marquée de nos larmes

Mais hélas il fallut se rendre à l’évidence je ne pus renouveler mon bail , notre belle famille se scinda, je me retrouvais à la Chabossière toujours sur La Chapelle, mais ma belle sœur et sa ribambelle de drôles s’en fut sur Julien des Landes où vivait sa mère. Tant d’années à nos cotés se fut un déchirement, ma bonne Marie fut inconsolable elle perdait comme sa moitié.

A la maison, la table se vidait peu à peu, les 4 aînés se placèrent comme domestique de ferme et ma petite trouva place comme servante. C’était le cursus classique d’un jeune paysan lorsque la terre familiale ne pouvait nourrir tout le monde.

Je surveillais tout ce petit monde car j’en étais encore responsable.

Mais la  situation ne devint  plus tenable et j’abandonnais la responsabilité du métayage en ne reconduisant pas le bail.  Je me louais comme journalier, nous avions encore déménagé et demeurions à la Rebelière. Inéluctable retour des choses nous étions de retour sur Sainte Foy. Par contre ma belle sœur Adèle qui avait su rebondir, prit la métairie de la Grivière avec ses garçons devenus hommes , mon petit François de 10 ans à peine s’y retrouva comme domestique.

Nous qui avions connu les grandes tablées,  se retrouver avec seulement deux garçons nous paraissait chose étrange. Notre temps était presque passé, la Vendée bougeait, le bocage changeait de visage, des haies étaient coupées, pour agrandir les parcelles. Le train arrivait maintenant et désenclavait le département .

En 1882 eut lieu le premier mariage de la famille, c’est Honorine qui commença la longue série, j’espère en voir beaucoup, elle se maria à Sainte Foy et le mari était bien entendu cultivateur, après la noce elle partit au Girouard fonder une nouvelle lignée. Mon Isaie était domestique à la Girardière, et le Théophile domestique à la Guérinière. Sacré retour des choses, il y était né et maintenant y travaillait, malheureusement pour lui il n’était pas le métayer.

De nouveaux mariages arrivèrent Isaïe se maria avec une fille Tessier et s’installa chez les beaux parents à la porte d’ Olonne, il n’était plus domestique mais gendre du patron.

Victor se maria avec Marie Louise Retail et s’installa avec nous, cela nous faisait un peu d’animation, bien sur de nouveau la promiscuité avec un jeune couple, comme autrefois avec mes parents je suis sur que nous les embarrassions.

La situation évolua rapidement et ils partirent sur Grosbreuil, toujours la mobilité pour le travail, s’en était fini des métayages qui se poursuivaient sur plusieurs générations. Heureusement il nous restait Aimé le petit dernier, il trimait dur maintenant, comme un homme.

J’avais des petits enfants, la lignée était assurée, le reste pour l’éducation,  les drôles feraient comme ils voudraient. Moi j’en étais resté au travail et aux taloches, teinté il est vrai par un peu d’école. Maintenant cela était obligatoire, même pour les filles, je me demandais bien qui allait garder les vaches et les oies.

J’ai 65 ans maintenant je suis fatigué, un coup de froid,

t’ as qu à pas dormir le cul nu me dit en rigolant la Marie. Certes j’aurai du mettre un caleçon, mais tout de même je m’inquiète. Nous sommes le 27 mai 1889, je me couche car je n’en peux plus, je tousse, je crache. Marie envoie Aimé chercher un docteur. Autrefois nous n’avions pas besoin de cet engeance, on guérissait ou on crevait.

Moi malgré la mine de circonstance du beau Monsieur je savais que c’était la fin. Marie fit venir le curé, alors là pour sur j’étais foutu.

Le 28 mes dernières forces m’abandonnent,

Je prends la main de ma fidèle compagne et je ferme les yeux.

FIN

Lire les trois épisodes précédents :  https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/26/une-vie-de-vendeen-le-demenagement/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/29/une-vie-de-vendeen-la-gueriniere/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/31/une-vie-de-vendeen-les-mariages/

UNE VIE DE VENDÉEN, Les mariages

Le travail repris, mais avait il cessé ? En 1837, la Chaillot quitta notre service pour se marier, quelle perte, elle travaillait dure et n’était point avare de nous satisfaire de la vision de ses appâts.

Mon frère François l’aurait bien épousée ou simplement troussée dans l’étable. Des épousailles, mes parents jugèrent qu’il était trop jeune quant aux ébats dans l’étable la belle Marie qui voulait garder sa fleur elle n’en voulut point.

Comme je vous l’ai déjà dit mon père se retrouva au conseil municipal, le maire du village était le deuxième mari de la propriétaire de la Guérinière. Bien qu’avisé et point sot étant analphabète vous vous doutez bien qu’il était là pour faire nombre. Il en était quand même pas peu fier et les paysans du canton le respectaient.

Moi maintenant je n’allais plus en classe et je pris ma place comme servant de ferme, mon père ne faisait pas de cadeau ni d’ailleurs mon frère François qui rude gaillard âgé de 6 ans de plus que moi était maintenant un homme.

En 1840 ce fut le drame dans la famille, mon oncle Pierre fut balayé par la maladie en quelques jours il avait 36 ans. On le porta en terre mais la situation financière de sa veuve était catastrophique, elle se logea donc à la Guérinière avec Victor âgé de 7 ans. Au vrai elle était prise d’au moins trois ou quatre mois. Sans la solidarité familiale une journalière veuve avec enfant et enceinte nous pouvait vivre que de mendicité, elle prit donc place chez nous et se logea dans le lit des deux aïeuls décédés . En août ma cousine Marie Henriette naquit à la maison.

Nous étions donc 9 à la Guérinière, mes parents et nous autres les trois enfants, la belle sœur et son fils Victor  et le bébé à la mamelle, la servante Marie Anne Rocard venait compléter la tablée.

Malheureusement le bébé passa de vie à trépas, il faut dire qu’il était un peu malingre et ne pouvait pas survivre.

Ma tante ne resta guère et trouva une place comme domestique au moulin de la Baillère, en remplacement on prit Aimé Celestin Nicoleau comme domestique et homme à tout faire, il était pas finaud et avec mon frère on le faisait enrager.

Nous étions mon frère et moi arrivés à un carrefour et la saison des amours allait commencer.

François en bon ainé qu’il était commença à courtiser une belle de la chapelle Achard, elle porte le jolie nom d’Adèle Bonamy, tout y passa les simagrées lors de la saint Jean, les longues balades main dans la main pour la raccompagner chez elle, les premier baisers, puis les visites au pâti où la belle se laissait explorer. Puis comme les galants se convenaient et que les parents respectifs se convenaient aussi, une date fut fixée et le contrat bien ficelé. Le mariage eut lieu le 20 juin 1848 avant les moissons, Marie Adèle vivait au Moulin des Landes à la Chapelle Achard avec ses parents journaliers mais le mariage eut quand même lieu du la commune de Sainte Foy.

Belle fête en vérité, car j’y découvris ma future.

Le couple passa la nuit de noce dans la maison paternelle, François fut apparemment gaillard. Mes parent convinrent que le couple resterait à la Guérinière. Au niveau de l’intimité on repassera mais malheureusement l’économie familiale primait et les deux amoureux n’avait pas d’autonomie financière.

Moi mon amoureuse s’appelait Rose Craipeau, en vérité une sublime fleur mais l’épine à notre amour était qu’elle habitait à Talmont à la Guernessière, vous parlez d’une trotte. Cela en valait assurément le coup. Ma rose pas farouche m’offrit sa fleur, nous étions du même milieu c’est à dire pauvre comme job nous pouvions donc réunir nos destins.

 

Le 6 février 1849 soit 11 mois après mon frère je convolais, il se posa immédiatement le problème de l’installation, nous ne pouvions aller à Talmont chez les beaux parents la terre ne nous aurait pas nourris. Provisoirement tout le monde resta à la Guérinière, imaginez la promiscuité entre deux jeunes couples et le couple des parents, certes cela faisait une belle tablée . La situation devint vite confuse . Trois femmes à la maison un vrai calvaire, en théorie ma mère commandait en tant que chef de famille, mais les belles filles souvent liguées lui menaient une guerre sourde et sournoise pour la prééminence dans la maison. Adèle accoucha enfin de sa première fille, malheureusement la petite ne vécut que 19 jours.Rose devint également grosse, il fut décidé que mon frère et sa femme partiraient à la Chapelle Achard chez les Bonamy lorsque Rose accoucherait, la Sévrerie n’était point grande non plus mais pour pallier à une situation explosive cela devrai suffire.

Mon couple s’installa dans leur lit clos, c’était celui de feus les grands parents, nous y passâmes donc des nuits sublimes, en silence bien sur, les vieux n’étaient pas loin.

Arrêtons nous un peu sur les événement qui nous environnaient, le roi des Français Louis Philippe s’était sauvé en Angleterre, verrions nous le retour du vrai roi sous le nom d’Henri V et bien non, la république fut proclamée le 28 février 1848. Je me fichais pas mal de tout ce remue ménage mais j’ accueillis tout de même avec plaisir le fait de pouvoir voter. Jusqu’à présent je n’étais pas assez riche pour être un bon électeur. L’arrivée du suffrage universel me permit donc de donner mon avis. Mais comme je n’y connaissais vraiment rien je me laissais influencer et je votais pour un légitimiste.

Personne ne bougea en Vendée lors de l’ insurrection du mois de Juin, puis ce fut l’élection du premier président de la république, je donnais mon vote au neveu. En mai 1849 lors de l’élection législative je préférais un légitimiste. En fait je m’en foutais un peu et je pense que mes votes furent tout ma vie influencés par les notables comme l’immense majorité des Vendéens je respectais fort les bons messieurs et je les saluais chapeau bas.

Mais reprenons le cours de ma vie, Rose était donc enceinte et elle accoucha la veille du jour de Noël avec l’aide de ma mère et de ma belle sœur, les naissances étaient affaire de femmes et moi et bien on m’avait foutu dehors. On nomma la petite, Marie Rose Victoire, mon père et mon frère furent les témoins.

Comme convenu François quitta la maison pour aller chez ses beaux parents, ce n’était pas de gaîté de cœur et je les revois tous deux avec leurs baluchons et la simple carriole qui amenait le peu de meuble qu’ils avaient en propre.

Du haut de ses 23 ans ma femme Rose jubilait, mère de famille, elle était sur un pied d’égalité avec ma mère. Moi aux travaux des champs je commençais à supplanter mon père qui déclinait quelque peu

Tout allait merveilleusement bien, surtout que ma Rose était de nouveau enceinte, j’espérais cette fois un bon gros garçon.

Le 11 mars 1851, elle perdit les eaux, l’organisation familiale se mit en route, sage femme, belle mère et même la belle sœur Adèle accourue de la chapelle . L’accouchement fut fort long et enfin un garçon apparu. Malheureusement mon petit avait souffert et la maman était épuisée .

Fort heureusement Adèle qui avait un garçon à la mamelle lui donna le sein.

La catastrophe s’abattit sur la Guérinière, le 29 avril le petit fut conduit au cimetière et un mois après le 20 mai, Rose mon amour s’éteignit épuisée par une fièvre persistante. Je la pleurais un peu donnant priorité au travail de la terre.

La petite Marie Rose n’était point sevrée, Adèle l’emmena à La Chapelle pour quelques temps.

Je me murais dans la travail, ma fille était revenue à la Guérinière, et je restais veuf. Mon frère revint avec sa famille sur la Guérinière, il avait désormais 2 enfants et sa femme en attendait un autre.

Le temps passa immuable et un autre drame vint me frapper, comme pour effacer tout souvenir de Rose, ma petite fille âgée de 5 ans contracta une maladie et mourut dans les bras de sa grand mère le 8 octobre 1854.

J’étais seul âgé de 30 ans, et je devins morose me portant même à quelques excès au cabaret. J’eus une petit béguin pour une jeune veuve, je la goûtais même sur un tas de foin mais je me la fis chiper car au fond de moi je n’étais pas près. Allant de mal en pis, on me convainquis sans trop de mal qu’il fallait que je me trouve une autre femme, j’avais besoin d’affection, le corps d’une femme me manquait et un homme de mon age ne devait pas rester seul.

Je posais mon dévolu sur une jeune servante de la commune qui travaillait à La Vergne chez Julien Mansard. Ce dernier que je connaissais bien me recommanda sa probité et son sérieux, de plus ses charmes étaient certains. Fille d’un pauvre journalier, elle ne marchanda pas son accord, Victor était tout de même métayer.

Nous nous mariâmes le 16 janvier 1856, la fête fut fort belle, ma famille était réunie au complet, mes parents, mon frère et ma sœur, ainsi que mes cousins et cousine du Girouard et de la Chapelle Achard. Nous étions nombreux et le festin s’étendit sur deux journées.

Moi même si je m’amusais bien, je n’avais qu’une hâte, c’est de découvrir ma nouvelle femme.

Contrairement à la précédente que j’avais lutinée bien avant les saints sacrements du mariage et dont pas une parcelle de son corps ne m’avait échappé, Marie était vierge. Je fis donc attention et mis mon coté hussard de coté pour la première nuit.

Après les flonflons , la reprise du labeur, nous n’étions point riche trois couples avec enfants à faire vivre sur la métairie qui je le rappelle ne nous rapportait que la moitié des bénéfices.

 

Le 21 octobre mon vieux passa de vie à trépas, il n’avait que 60 ans mais la vie de forcené qu’il avait menée derrière ses attelages l’avait prématurément usé. Ma mère fut inconsolable, déjà revêche et aigrie par la vie qu’elle voyait filer elle se recroquevilla sur elle même et se tourna vers le bon dieu .

La propriétaire nous renouvela le bail à moi et à mon frère, place à la jeunesse, mon grand père et ma grand mère, ma première femme et ses deux enfants et l’une des petites de mon frère était déjà décédés à la Guérinière.

Notre ferme était notre lieu de vie mais aussi celui de notre mort .

Adèle et Marie à peu de chose près se trouvèrent grosses en même temps, ma belle sœur accoucha en février et ma femme en mai

J’eus le bonheur de voir arriver un garçon, on le nomma Victor Pierre Henri. La vie s’ écoulait donc tel un long fleuve presque tranquille. L’harmonie entre nos deux couples était presque parfaite. Bien sur avec mon frère on s’engueulait souvent, quels champs ensemencer, quel engrais utiliser, quelle coupe de bois à faire en premier, enfin bref des querelles techniques qui n’entamaient pas notre belle fraternité.

Pour la politique c’était autre chose, je tenais du comte de Chambord, et lui, ce sombre idiot tenait de Napoléon le petit, nous étions sur le sujet irréconciliable surtout le dimanche à la sortie du cabaret.

Nos femmes étaient inséparables, les travaux à la ferme, le lavoir, les tétées, la toilette et comme disait mon frère elles troussent leur cotillons ensemble. Bien sur elles s’entendaient pour reléguer la belle mère qui entre nous assumait plus qu’elle ne le devait la garde des petits drôles . Par contre pour aller à la messe les deux générations s’entendaient fort bien. Des vrais grenouilles de bénitier, et Monsieur le curé par ci et Monsieur le curé par là, encore un peu ces diablesses au cul bénis nous auraient imposé le carême et l’avent. Mais bon mâle ne saurait mentir point de bondieuserie dans le devoir conjugal.

Les enfants se succédèrent à la Guérinière, Louis, Auguste et Victor, une naissance tous les 2 ans cela ferait de la main d’œuvre pour plus tard, si bien sur les progrès de la technique ne remplaçaient les hommes. Mais en attendant il fallait bien nourrir tous le monde. Mon frère y allait du même rythme, à croire que nos femmes avaient la même physiologie . Nous étions en 1861, il y avait neuf enfants à la maison plus nous quatre et la mère. Nous avions également un domestique le petit Jacques Clerc âgé de 15 ans.

Mais je ne vous ai pas dis, je suis comme mon père avant moi au conseil municipal, le 16 septembre 1860 nous sommes officiellement installés, le maire s’appelle Firmin Loué. Les discutions sont souvent chaudes, budget, réfection des chemins et du presbytère, remembrement. Je ne suis pas un acteur prépondérant mais enfin j’apporte mon jugement de petit métayer.

Puis notre vie bascula, nous perdîmes notre métayage, plus de trente ans sur les mêmes terres, nous les considérions presque comme les nôtres, mais non.

Nous trouvâmes facilement, les frères Martineau étaient connus pour leur sérieux. Rien ne se présenta sur Sainte Foy mais une jolie opportunité se fit jour sur La Chapelle Achard.

Une métairie sise à la Burnière était disponible, les conditions étaient favorables, le contrat fut signé.

Comme il y a trente ans, le convoi de charrettes se forma emportant notre mobilier et nos hardes.

Lorsque je regardais mes enfants assis sur la carriole, je me revoyais assis à coté de la grand mère Jeanne. Maintenant la vieille c’est ma mère et c’est moi qui conduit l’attelage.

Nous n’allions somme toute pas très loin, la Burnière ou Brunière qui se situe administrativement sur La Chapelle Achard est très proche de Sainte Foy. Les femmes continueront à faire confesse auprès de leur curé préféré et mon frère et moi à boire le coup et reluquer les demoiselles au même cabaret.

Le même travail sur d’autres terres, les même gestes, les mêmes habitudes. Notre double foyer s’agrandit encore de deux marmots. Onze enfants vous parlez d’une trâlée, heureusement les aînés commençaient à fournir un travail substantiel.

 

Voir les deux épisodes précédents

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/26/une-vie-de-vendeen-le-demenagement/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/29/une-vie-de-vendeen-la-gueriniere/

UNE VIE DE VENDEEN, La Guérinière

 

Ma mère toujours amoureuse comme au premier jour, était dans la plénitude de sa beauté, ferme femme de 32 ans, sa poitrine n’avait pas été abîmée par de nombreuses tétées car elle n’avait enfanté que moi et mon frère en 12 ans

Grand mère Jeanne pour qui la maternité passait avant tout, faisait remarquer en grimaçant que la Louise devait être bien sèche et qu’elle plaignait mon père.

Mon grand père le vieux Pierre balayait le tout en se moquant des commentaires sarcastiques de Jeanne.

  • On voit bien que t’es sourde ma vieille, ne les entends tu point derrière leurs rideaux.
  • La Louise je suis sur est bien vaillante.
  • Tais toi donc vieux cochon.

Pour moi cette conversation c’est du charabia.

Même si Grosbreuil n’est pas très éloigné de Sainte Foy, j’ai quand même trouvé le voyage assez long, les chemins sont boueux et plein d’ornières, mais cette fois si, on aperçoit les toits de notre nouvelle ferme.

La guérinière est une métairie qui se trouve à la sortie de Sainte Foy sur les chemins qui mènent aux Sable d’Olonne et à la Parerie. Je ne sais pas trop ce qu’est une métairie, mais mon père en gueulant déclare que c’est un endroit ou tu te crèves pour engraisser un foutu bourgeois.

Mon frère plus vieux m’a expliqué que le métayage est un contrat passé devant notaire ou un des contractants fournit la terre et l’autre son labeur et qu’il en partage les fruits. Moi je veux bien mais je m’aperçois que les adultes qui m’entourent, triment plus que de raison et que la soupe n’est point grasse.

Ce contrat à ce que j’ai entendu a, été contracté par mon père avec la veuve Ruaud une propriétaire qui demeure à Sainte Foy. Mais j’aurai l’occasion de vous en reparler de cette chère dame.

Voila on est arrivé, une maison, une grange et un bâtiment pour les bêtes. Une grande cour qui va servir d’endroit au battage et un tas de fumier qui je trouve est bien près de la porte d’entrée, ça va encore puer.

On se précipite et tous nous faisons le tour de la propriété, mon père est fier d’avoir pu nous conduire en ce lieu, ce métayage est plus important que celui de Grosbreuil et il le voit comme une sorte de promotion sociale. Ma mère est fière de lui, mais les deux vieux râlent du travail qu’il va falloir se coltiner. L’oncle Pierre qui n’a rien à dire et qui bosse comme un damné sans rien en attendre au retour est plutôt circonspect. On verra bien se dit il.

Bien pendant que les adultes installent les meubles et leurs affaires moi je pars explorer l’environnement, sur qu’on va pas être embêtés, le bourg et son l’église sont à 1,7 kilomètres ainsi que la ferme de la Parerie. Le château de la Grossetière est un peu plus éloigné bien qu’en traversant les champs il ne faille guère de temps pour s’y rendre. Le hameau de l’élémière et son bois ainsi que la Proutière ne sont pas très loin également, je vais pouvoir me faire des camarades et peut être j’y rencontrerai des filles.

A coté de la maison se trouve un grand verger, comme à la Bittaudière va encore falloir partager les fruits avec la propriétaire. Mais comme elle ne sera pas sur place je pense que le père saura y faire.

Pour cette première exploration, je ne dépasse pas la pièce du Cormier et la lande aux Ouailles, je rentre vite à la maison car mon ventre crie famine.

Au bout de quelques jours, chacun a trouvé sa place, les parents dans la pièce principale avec leur grand lit clos de rideau de serge verte, les vieux ont pris place dans la pièce attenante, moitié chambre , moitié réserve. Malheureusement le lit que je partage avec mon frère se trouve juste à coté on va pas pouvoir faire les idiots, car la Jeanne va encore hurler.

L’oncle a décidé de porter ses hardes dans la grange, de toute façon je vais pas rester longtemps car je va trouver une drôlesses à marier et je m’en irai, répète t’ il à tout va.

De toute manière, l’exploitation n’est pas très grande et Pierre devra se louer pour d’autres.

La guérinière a environ 13 hectares cultivables, c’est beaucoup de boulot pour mon père et ma mère mais c’est à peine viable pour deux couples, et nous à la maison il y a les deux vieux. Certes grand père travaille presque comme un jeune mais tout de même cela va pas nous permettre de nous enrichir.

Les jours qui ont suivi l’installation mon père m’a emmené faire le tour du propriétaire, chaque champs a un nom, cela sonne à mes oreilles comme une douce mélopée, la pièce du puits, le verger, la pièce du Cormier, la lande aux ouailles, la petite tonnelle, le petit pâtis, la petite pointe, le petit pâtis des bodets, le champs Cornu, le petit pré du Clément.

Bien entendu toute la famille se retrouve à la messe dans l’église de Sainte Foy, moi j’aime pas trop, mais ma mère et ma grand mère sont des vraies grenouilles de bénitier, et monsieur le curé par si et monsieur le curé par là. Mon père et le grand père se rendent aussitôt la messe au cabaret pour boire un coup, mon oncle en célibataire cherche l’âme sœur, il faut dire qu’il a 27 ans et qu’il commence à avoir l’age, mais le problème c’est qu’il est sans le sous, alors pas facile.

Pour moi la vie est belle, j’aide à la ferme, les oies puis quelques moutons à faire paître au pâtis, quelle liberté la goule au vent, pas de curé ni de maître d’école, pas la vieille Jeanne ni sa mère pour lui demander d’effectuer un travail.

Je peux même espionner une petite bergère qui au pâtis reçoit pas mal de galants, bon en hiver c’est moins marrant.

Les années passèrent et en début d’année 1832, je remarquais que ma mère devenait de plus en plus grosse, bizarre, c’est mon frère qui en se foutant de moi me dit

  • mais tu vois donc pas qu’elle est pleine.
  • Comme la jument
  • oui idiot comme la jument

Je n’en reviens pas j allais avoir un petit frère, 8 ans après moi, je trouvais que cela fait une grosse différence d’age, en tout cas je n’en voulais pas dans mon lit.

Le 8 avril , la maison est en effervescence, je me retrouve dehors avec mon frère et le grand père, une femme du bourg est arrivée et a pris les choses en mains, le travail est long, on casse la croûte dans la grange et comme rien ne vient on s’endort dans la paille. Vers 3 heure du matin mon père fou de joie nous réveille. Ce n’est pas la peine c’est une pissouze qu’on appellera Marie Pélagie.

Le lendemain, mon père, son frère et le grand père se rendent à la mairie pour y déclarer la petite, Monsieur Pequin le maire prend la déclaration.

  • dit donc François tu veux pas devenir conseiller municipal.
  • Bah c’est que je ne sais pas lire Monsieur le maire.
  • Ce n’est rien tu feras comme je te dirais.
  • Réfléchi et on en reparle.

Mon père quand il discuta de cela à table était bien embarrassé mais quand même un peu flatté.

On baptisa la petite sœur le lendemain, ma mère n’avait pas le droit de se rendre à l’église elle était impure, je me demandais bien ce que cela veut dire. Le repas en était amélioré c’était l’avantage, Jeanne tordit le cou à quelques volailles. C’est bon, dire qu’on y a jamais droit, car ces foutus bestioles étaient seulement pour le marché.

Cette année la c’est aussi la chevauchée de la duchesse de Berry qui espérait devenir régente au nom de son fils le comte de Chambord, soulever de nouveau la Vendée rien que cela, elle échoua et dut arrêter, mon père comme les autres hommes du village ne décrocha pas son vieux fusil, ce temps là était révolu.

Mais le grand événement de l’année fut quand même le mariage de l’oncle Pierre, depuis que nous étions arrivés à Sainte Foy, il s’était mis en quête de l’âme sœur, au cours d’un bal il avait été charmé par une jeune fille dénommée Marie Désirée. Jolie prénom pour une femme que se nommer Désirée, en tout cas elle ne se fit pas désirée longtemps, et la chaleur d’une étable servit d’écrin à leurs amours. Mettre la charrue avant les bœufs était une bien bonne chose mais éviter d’être grosse en était une bonne aussi. Les dates du mariage furent fixées et le mardi 26 juin 1832 Pierre Martineau, et Marie Dulumeau furent unis pour le meilleur et pour le pire. La fête fut belle et dura deux jours.

J’eus l’occasion de siroter mes premier verres de piquette et de voler un baiser à une petite cousine, lors de ses grandes réunions, nous les mioches on était très peu surveillés.

Après la noce l’oncle prit ses hardes et s’installa au bourg, la Guérinière était trop petite pour supporter trois couples. L’oncle continua à venir travailler sur la métairie mais il fallut que le père le rémunère, il faut bien dire que les cadets travaillaient souvent comme des forcenés pour simplement avoir le gîte et le couvert.

Cela ne dura guère et Pierre se trouva de l’ouvrage chez un autre fermier.

Les travaux des champs occupaient la majeur partie du temps, mais il fallut que j’aille un peu à l’école pour y apprendre à lire et a écrire.

Certes l’hiver j’y étais pas plus mal qu’au cul des vaches, mais dès qu’il faisait meilleur, je tentais l’évasion et mon père me ramenait à l’école à coup de galoches au derrière.

C’était un injuste car lors des grands travaux agricoles il fallait que je reste à la ferme. Faudrait quand même savoir !!

Au début du mois d’août de l’année 1833, la vieille Jeanne se coucha pour ne plus se relever, j’étais à la fois triste et indifférent, triste parce que c’était ma grand mère et que je l’avait toujours connue et indifférent car elle était très dure et distribuait plus de taloches que de caresses.

 

Bref ce fut le branle bas de combat, les voisines, la famille, le curé, plus moyen d’être tranquille, elle partit en définitive le 2 août au matin, c’est ma mère qui lui ferma les yeux et avec quelques voisines  lui fit sa toilette des morts, je me demande bien pourquoi on lave des morts alors qu’on va les mettre en terre. D’autant plus que ma grand mère au niveau toilette, elle n’était guère pointilleuse.

Ce n’est pas mon père ou mon grand père qui allèrent à la mairie déclarer le décès, mais le frère de Jeanne, François Duret domestique à Saint Georges du Pointindoux et Pierre Boiliveaux, son neveu au même village. Le seul miroir de la maison fut voilé, l’eau qui se trouvait dans un broc fut jetée, ma mère prit un drap de lin dans le buffet et on recouvrit le corps décharné de ma grand mère. Un menuisier du village avec des planches fournies par mon père confection un cercueil car l’habitude commençait de se prendre de ne plus enterrer les corps à même le sol. Le grand père sarcastique émit l’opinion que sa Jeanne est pourrirait de même.

Le 3 août le cortège se mit en route pour l’église et le cimetière, il fallait pas traîner car la chaleur de ce mois d’Août aurait eut vite fait de transformer la dépouille vénérée en une charogne puante.

L’avantage si je puis dire de la disparition de la grand mère, fut de libérer une place dans la maison, le désavantage fut que le travail qu’elle abattait encore fut partagé entre tous. Cela ne fut pas tenable longtemps et mes parents recrutèrent deux servantes. Marie Chaillot 19 ans et Marie Dugaud 14 ans, servantes oui mais pas comme celles de notre propriétaire Mme Ruaud, les nôtres sont plutôt des domestiques de ferme. Quoi qu’il en soit cela changea mon quotidien et celui de mon frère, deux jeunes femmes en dehors de toutes parentelles dans la promiscuité de notre petite maison était une bénédicité pour deux adolescents.

Notre mère nous surveilla et calma nos pulsions par quelques gifles bien senties, le grand père était aussi tout émoustillé et suivait les drôlesses pas à pas.

Les années passèrent, je devenais un adolescent assez éveillé je maîtrisais bon nombre de travaux agricoles mais je savais aussi signer de mon nom.

En janvier 1836 mon grand père Pierre cassa sa pipe j’en fut affecté j’aimais bien ses histoires de gaudriole et d’épopée de la grande guerre Vendéenne, c’était un monde qui partait. Pierre le demi frère de mon père demeurait au Girouard, il vint à l’enterrement avec sa famille. Ma cousine Marie était fort mignonne et je la mirais pendant toute la messe. Après la mise en terre on fit collation et le vin délia les langues.

Pour lire le premier épisode : https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/26/une-vie-de-vendeen-le-demenagement/

UNE VIE DE VENDÉEN, Le déménagement

 

Je m’appelle Victor Martineau et je vais vous conter l’histoire de ma vie, rien de bien extraordinaire, une enfance et une adolescence heureuse bien que laborieuse et une vie d’homme laborieuse bien qu’heureuse .

Je suis né en 1824 dans le département de Vendée et puis précisément dans une métairie à la Bittaudière au bourg de Grosbreuil,  j’y ai passé ma petite enfance mais à l’âge de 6 ans mon univers a été  remis en question par un déménagement.

Juché sur une carriole, les pieds nus ballottant dans le vide au milieu d’un fatras domestique, je somnole au gré des cahots de la route empierrée qui mène à ma nouvelle maison .

Pour moi ce changement est comme un jeu, une nouvelle expérience, la découverte d’un nouvel horizon, je suis heureux et j’en oublie presque l’énervement des parents qui m’a valu une paire de taloches

Assis à coté de moi se tient ma grand mère, la  » Jeanne  » comme l’appelle les adultes, maigre, ridée, le visage dur et émacié, la bouche édentée. Elle est figée comme une poupée dans sa robe grise, muée dans un silence glacial comme la bise de ce mois de janvier de l’année 1830. Elle n’en est pas à son premier déplacement loin s’en faut, les paysans Vendéens ne sont guère avares de cette transhumance agricole. Avec son père puis avec son mari elle a vogué de fermes en fermes, de journées de travail en journées de travail et de métayages en métayages. Au grès des circonstances, elle a changé de paroisse, abandonnant après chaque départ un morceau de sa vie.

Nieul le dolent, Grosbreuil, Sainte-Flaive, Le Girouard, pas une de ces localités où elle n’avait courbé l’échine sur un labeur agricole.

Ma grand mère a connu bien des malheurs et vu toutes les atrocités commises pendant les guerres de Vendée.

Elle se souvient des femmes forcées, des femmes éventrées dont on retirait les bébés vivants pour les jeter sur le tas de fumier, elle se souvient de ses pauvres parentes dont on avait bourré le sexe de poudre pour y mettre le feu. Elle est hantée par le spectacle d’un nourrisson embroché et cuisant dans un âtre. Les flammes et les odeurs des cadavres en putréfaction ressortent dans les mauvais rêves des nuits agitées. Elle a réussi à s’en sortir indemne physiquement mais son psychisme en est fort troublé. Elle racontait cela aux veillées sans se préoccuper de mes jeunes oreilles, il faut bien qu’il sache avait elle coutume de dire

Soumise à l’autorité paternelle puis maritale, elle avait souvent plié mais jamais ne s’était rompue.Elle avait accompli son devoir de fille, de femme , puis de mère sans se poser de questions existentielles. Animée d’une foi profonde , elle bénissait à tout va son Dieu et son Roi. Pour l’heure elle maudissait ce nouveau déménagement, elle avait aimé vivre à la Bitaudière village et savait confusément que ce dernier déménagement sur la commune de Sainte foy serait son dernier.

 

A mes yeux elle était fort vieille et ne présentait guère d’intérêt.

L’attelage est conduit par mon oncle Pierre, un grand gaillard de 27 ans bon à marier selon mon père mais bon à rien selon ma grand mère, il mène les chevaux mécaniquement et avance engoncé dans son grand chapeau qui le protège sommairement des intempéries.

Je l’adorais cet oncle car contrairement à mon propre père qui n’avait jamais le temps, il s’intéressait un peu à ma vie d’enfant. Il me protégeait à l’occasion des turbulences familiales et me couvrait lors de mes âneries.

A ses cotés il y a François 11 ans à peine et qui peine à suivre le rythme c’est mon frère aîné et il se fait une fierté de ne point grimper sur la charrette qui selon lui est réservée aux enfants et aux vieux.

Je l’ aime et je le déteste à la fois mon meilleur ami et mon pire ennemi je partage mon lit avec lui et je me prends des trempes souvent à cause de lui.

Un peu en arrière un second attelage est conduit par Pierre Martineau dit l’aîné, aussi gai que sa femme Jeanne est triste, il porte avec droiture ses 70 ans. C’est un vieux bonhomme encore vert, il lutinerait volontiers les jeunes servantes. En vieux patriarche il dirige en théorie les destinés de la famille , même si son influence a considérablement diminué.

Lui aussi beaucoup de choses a raconter et d’ailleurs ne s’en prive pas, surtout lorsque la piquette de Mareuil lui échauffe l’esprit. Alors là tout y passe, les oreilles des patauds portées en chapelets, les corps à corps dans les chemins creux et les longues nuits passées en embuscade dans les chênes creux. Puis lorsqu’il est vraiment dans les vapeurs d’alcool il raconte avoir troussé une républicaine qui sous les assauts de ce paysan en sabot fut contrainte de crier vive le roi.

Ma grand mère et ma mère rougissent de concert à chaque évocation enjolivée de ce viol, les républicains et les vendéens ayant commis sommes toutes les mêmes atrocités.

Pour l’heure, Pierre  conduit son attelage à bœufs en chantonnant. Un peu en arrière se tiennent mes parents .

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Ce sont eux qui viennent de conclure le nouveau métayage, mon père qui se nomme François même si il respecte son père avec déférence est le chef réel de la famille depuis qu’il s’est marié avec Louise Vilnot ma mère.

Il est costaud mon père, bien qu’au physique il soit plutôt petit, sec comme un cep de noah, brun comme un maure, portant cheveux longs à l’ancienne. Son chapeau à larges bords lui masque une partie du visage, le vent le force à se courber d’avantage. Je crois qu’il est né en 1796, après la grande tourmente, le pays était ravagé et manquait de bras mais se redressait tout doucement

En 1815, jeune fou il se trouva enrôlé dans une affaire dans la quelle il aurait très bien pu perdre la vie.

L’empire du grand Napoléon tel un colosse aux pieds d’argile s’était effondré une première fois et le corse tenace tentait de reprendre place en Europe à la désapprobation générale des monarques européens.

En mai 1815, les premier troubles avaient commencée car les paysans de l’Ouest interprétèrent mal un décret de Napoléon levant les gardes nationaux et les anciens soldats, ils crurent tout de go au retour honnie de la conscription.

Mon père avec sa faux comme son père à l’époque de Charette était allé rejoindre un groupe d’exaltés commandé par Suzannet sous la direction du généralissime De La Rochejacquelin mais apparemment il ne quitta guère son champs des yeux car il allait avec ses compères se faire battre à Aizenay près de Napoléonville par les troupes expérimentées de Travot.

Il eut grand peur et se sauva en courant d’Aizenay jusqu’ au Girouard, il en rigole maintenant en racontant ses pseudos exploits mais au dire de ma mère qui en a soupé de ses rodomontades il a plutôt fait dans ses chausses et est revenu bien vite au bercail.

Cet acte de bravoure lui avait quand même ouvert les bras de ma maman, la belle Louise Vilnot, fille d’un tisserand qui descendait selon la tradition familiale d’un Capitaine châtelain de la ville de Coex.

Le cérémonial dura 3 ans et les deux amoureux purent se marier, heureusement mon père fort audacieux avait déjà pu goûter les fruits fort délicieux de sa belle.

Ils avaient fait attention et aucune naissance impromptue n’était venue ternir leur blanche réputation.

UN ENFANT DANS CHAQUE PORT

 

 

 

Lorsque l’on fait de la généalogie, on est amené à découvrir des secrets de famille bien cachés. La vue d’ensemble des registres, des sites de données et des arbres en ligne nous permettent de visualiser les situations avec un recul que n’avaient pas les principaux intéressés.

Je m’en vais donc vous conter une petite découverte, pépite généalogique qui permettra un jour qui sait à une famille de retracer son parcours et à compléter le chaînon manquant.

Suzanne Besselievre petite fille de 7 ans née au Havre en 1884 se tient fièrement sur le quai, il fait froid mais elle n’en n’a cure. Elle tient dans sa petite menotte la main rugueuse et calleuse de sa grand mère Marie.

Sur les pavés mal joints de l’avant port les marins s’affairent, les filets et les caisses à poissons partout encombrent, les charrettes amenant les provisions attendent leur déchargement, les chevaux piaffent d’impatience.

Jules Besselievre est l’un des marins qui s’affairent, son bateau est bientôt prêt à lever l’ancre et à hisser les voiles.

Du pont il aperçoit sa petite fille et sa mère, à peine un regard, aucun signe, l’homme est dur, habitué aux longues absences il n’aime guère les effusions sentimentales d’un départ.

Pourtant ce voyage à un goût particulier, il est le premier qu’il effectue après la mort de sa femme le 10 janvier 1891 précédent. Il sait pouvoir compter sur sa mère pour la garde de sa petite.

Sa défunte femme répondant au jolie nom d’Osithe Orange ne lui avait apporté que bonheur, à chaque retour de mer il retrouvait la douce tiédeur de sa couche et la tendre douceur de ses mains.

Elle lui faisait oublier pendant les brefs instants ou il était à terre la réalité cruelle de la vie en mer.

Il aimait évidement retrouver sa fille qu’il caressait de ses mains de fer et qu’il faisait sauter sur ses genoux, mais depuis la disparition de sa femme les choses avaient changé. Il se sentait seul et l’aventure en mer lui laissait un goût amer. Mais c’était son métier il lui fallait pourtant repartir.

Âgé de presque 40 ans, Jules Achille Besselievre était né le 23 janvier 1852 à Ingouville, village maintenant englobé dans la ville du Havre, son père marin comme lui était mort depuis longtemps. Sa mère s’était remariée avec un paisible employé des chemins de fer. Il demeurait avec Osithe au 95 rue de Perry. Sa mère et son beau père habitaient non loin de là au passage des moulins près du port.

La petite pleurait chaque jour sa mère et le départ de son père n’arrangeait rien à l’affaire. L’amour que lui portait la rude Marie Maillard ne comblait pas celui de sa maman.

Puis le bateau s’éloigna du quai, elle sortit son mouchoir et l’agita, aucun geste ne lui répondit mais elle lui sembla voir son père sourire.

Elle ne le revit jamais et pendant de longues années elle fit station sur le quai, les yeux embués de larmes dans l’attente d’un hypothétique retour du père aimé.

Mais aucune nouvelle ne lui parvint, était il mort, noyé dans les mers incertaines, dans quelle infortune s’était il aventuré ?

Ses compagnons de mer rentrèrent, interrogés ils restèrent bien vagues dans leurs déclarations.

Le bateau n’avait pas coulé, il n’était pas tombé en mer. Elle ne peut rien obtenir d’autre.

Les années passèrent sans lui, le souvenir de sa silhouette s’estompa.

Devenue femme elle épousa un employé des chemin de fer nommé Albert Didier.

Nous étions en 1909 dans la ville de Saint Germain en Laye. Marie, la grand mère, ne put assister à la cérémonie en raison de son grand âge.

Elle dut déclarer aux autorités que l’adresse de son père lui était inconnue et qu’il avait disparu de sa vie voilà fort longtemps. L’ officier d’état civil de l’époque ne fut guère regardant et consigna cette absence de renseignement dans l’acte de mariage.

La vie continua sans son père et elle aussi fonda une famille

Elle mourut très vieille en 1965 et resta dans l’expectative tout le long de sa vie, regrettant de n’avoir su.

Hors donc en ce mois d’août 2017 mes recherches sur la famille Besselievre avance à grands pas.

 

Ma défunte femme Nicole Besselievre pure Rochelaise avait comme arrière grand père un nommé Jules Achille, ce brave homme marin comme tant d’autre dans la blanche cité venait d’un village de Normandie appelé Ingouville, il avait convolé en 1895 en justes noces avec une demoiselle de la ville.

Mariage régulateur de situation car le fougueux marin avait engrossé la belle Estelle Marmagne dix huit mois auparavant.

Amour réel où amour d’un soir, notre Jules le Havrais puisque s’est de lui dont nous parlons resta donc sur La Rochelle. Bien obligé de déclarer qu’il était veuf, se vanta t’ il pour autant d’avoir déjà progéniture et qu’une petite fille l’attendait dans les brumes Normande.

La tradition familiale n’eut pas connaissance de ce fait et Jules Achille et Estelle Marmagne eurent 4 autres petits Besselievre.

Secret de famille ressortit d’un vieux grimoire qui peut être permettra un jour à une famille de retrouver un lien avec son passé.

La descendance de Jules Achille est fort nombreuse mais il me serait plaisant de connaître celle issue de la petite fille abandonnée au Havre.

 

ÉTUDE SUR L’ALPHABÉTISATION D’UNE FAMILLE PAYSANNE

Aujourd’hui je vais répondre à une question que je me suis toujours posée, mes ancêtres savaient ils lire et écrire?

Vaste question et comment la poser.

La meilleure façon de procéder et d’ailleurs la seule que j’ai trouvée est de parcourir l’ensemble des actes de mariage de mes aïeuls.

La signature et quelques fois la mention sachant lire et écrire me permet de me faire une petite idée de l’alphabétisation des membres ascendants de mon arbre.

Mais une signature représente quel niveau exact d’alphabétisation ? en sachant qu’un enfant est capable de reproduire quelques lettres, bien avant de savoir réellement lire ou écrire.

Elle correspond au stade élémentaire mais comme en général nous ne possédons aucun autre élément, nous allons quand même nous en servir pour analyser le niveau de mes ancêtres en sachant que ces données cachent des paraphes de quasi analphabètes avec des signatures d’alphabétisés complets.

Il n’est que de regarder la graphie hésitante de certains ou certaines.

Les données nationales donnent pour la veille de la révolution une alphabétisation de 47 % pour les hommes et de 27 % pour les femmes. Vers 1875 la moyenne sera de 78% et 66%.

Mes ancêtres entreront ils dans ces moyennes ?

Pour faire simple l’école n’est obligatoire, gratuite et laïc que depuis les lois de Monsieur Jules Ferry de 1881-1882.

Avant des ordonnances comme celles qu’avait promulguées Louis XVIII, avaient tenté de relever le niveau. Mais ces ouvertures d’écoles préconisées avaient fait un flop .

Les lois Guizot de 1833 et 1836 marquèrent quand à elles un vrai tournant dans l’alphabétisation du peuple Français.

En 1833 chaque village de plus de 500 habitants devait ouvrir une école de garçons puis en 1836 les villages volontaires ouvrir une école pour les filles.

Puis en 1850 la loi Falloux obligea les villages de plus de 800 habitants à ouvrir une école pour filles.

Voila pour les lois, entrons maintenant dans le vif du sujet.

Tous mes ancêtres sans exception sont des travailleurs de la terre et à quelques exceptions des Briards pure sang.

Mes parents nés en 1924 et 1927 en Seine et Marne sont de la génération certif et maîtrisent les règles de base. Il n’en était pas de même pour tous les membres des fratries et j’ai un oncle qui avant le 2ème guerre mondiale n’allait que fort peu à l’école.

Mes grand parents nés entre 1889 et 1892 savaient lire et écrire et ont fréquenté les écoles toutes neuves de monsieur Ferry. Au bien sur, l’école n’en doutons pas était encore concurrencée par les travaux des champs et mes grands parents maîtrisaient mieux les instruments aratoires que les pleins et les déliés.

Parlons de la génération de mes arrières grands parents, j’en ai 7 ( et oui une fille mère ), ils sont issus de milieu très modeste, manouvrier, charretier et domestique.

Aucun n’est propriétaire de terre et ils sont tous du département de Seine et Marne.

Leur date de naissance s’échelonne entre 1845 et 1873, ils ont donc bénéficié des lois Guizot et Falloux et savent malgré leur échelon bas dans la société lire et écrire.

Avec ses 100% ma famille pourtant modeste est largement au dessus de la moyenne nationale, sûrement en rapport avec la proximité de la capitale.

Les choses se gâtent un peu à la 5ème génération celle de mes arrières arrières grands parents.

Ils sont 14 et 4 échappent maintenant à l’alphabétisation.

Les hommes et les femmes sont à égalité et là aussi nous sommes en présence de gens de rien, car mes 2 analphabètes hommes sont charretiers et manouvriers.

Les années de naissance s’échelonnent entre 1815 et 1849.

Sur les 4 ne sachant point les rudiments, 2 ont passé leur enfance avant les lois Guizot et les 2 autres après.

Le tournant à lieu à la génération 6 où mes ancêtres sont nés entre 1764 et 1820.

Sur les 25, ils sont 9 à maîtriser l’écriture et la lecture ou pour le moins une signature.

16 d’entre eux en sont incapables soit 64%.

Sur les 16 une forte majorité féminine car 11 sont des femmes soit une moyenne de 68,75%.

Sur l’ensemble, 4 ont passé leur petite enfance avant la révolution, 4 pendant la révolution, 9 sous l’empire et 8 sous la Restauration.

Ce qui donne la répartition suivante

16% ont grandi avant la révolution.

16% ont grandi pendant la révolution.

36% ont grandi pendant l’empire

32%ont grandit pendant la restauration

Sur les 16 qui ne sont pas alphabétisés la répartition se fait comme suit

3 avant la révolution soit 18,75%.

2 pendant la révolution soit 12,5%.

5 pendant l’empire soit 31,25%.

6 pendant la Restauration soit 37,5%.

Pour conclure 75% de ceux qui ont grandi avant la révolution sont analphabètes, 50% pour la période révolutionnaire, 55% pour la période Napoléonienne et 75% pour nos rois Bourbon.

On peut en conclure que notre grand empereur ne s’est guère préoccupé de ses chères petites têtes blondes et qu’un peuple qui réfléchit est sans doute un peuple qui désobéit.

 

Signature de Jean Baptiste PERRIN,  1733-1782, Vannier.

Continuons l’analyse pour ma génération 7, ou la quasi totalité de mes 49 ancêtres sont nés au 18ème siècle.

La proportion d’analphabètes augmente considérablement, car 31 ne savent pas signer soit un total de 63%.

36% d’hommes

26% de femmes

Donc des chiffres un peu en retrait par rapport à la moyenne nationale qui est rappelons le de 47% et 27%.

Mes ancêtres en cette fin de 18ème siècle et à la veille de la révolution sont donc un peu en dessous de la moyenne.

Ils sont pour 45 d’entre eux originaires de la Brie Champenoise, laitière ou Montoise. Mes deux ancêtres belges savent écrire et lire . Mes 2 aïeux Morvandiaux n’ont pas quand à eux été touchés par la grâce de l’éducation.

Parlons maintenant un peu des professions, tous sont des travailleurs agricoles avec quelques petites nuances.

Mes 3 vignerons et leur compagne ( fille de vigneron ) savent lire et écrire.

2 couples de laboureurs également ( fille également de laboureur )

Une domestique et une lingère maîtrisent la signature, alors qu’une servante de ferme ne signe point.

J’ai également un maçon et un compagnon tuilier qui vivant à la campagne ne sont pas des travailleurs de la terre et possèdent la connaissance de l’écriture.

Mon ancêtre charron dans la Marne signe d’une belle écriture l’ensemble des actes de sa vie.

Les plus mauvais résultats sont on s’en serait douter du coté des manouvriers ou journaliers, hommes et femmes car seuls 7 sur 30 environ maîtrisent la signature sur leur acte de mariage.

La palme ( pas académique ) revenant à mes 4 bergers dont aucun ne possède l’art de signer.

Concluons par le fait que nos prolétaires de la terre sont en cette fin de siècle des lumières bien loin de la posséder. Seuls les paysans spécialisés, tuiliers, maçons, charrons, vignerons et bien entendu les laboureurs s’en tirent un peu mieux.

Chez les femmes, les filles de ces paysans  » instruits  » le sont en général aussi. Mes quelques domestiques femme au contact de leur maître ont peut être appris quelques rudiments.

Pour finir, toute génération confondue, la pauvreté, l’importance de la main d’œuvre infantile dans le milieu du travail et la transmission orale du savoir avant les lois salvatrices empêchaient le peuple d’accéder à un minimum de culture.