DESTIN DE FEMME, Épisode 8, mon mariage

J’en aurais pleuré de rage moi qui voulais me marier pour échapper à l’atmosphère parentale, le Léon n’avait pas mis la barre très haut, croyez moi quand viendra le jour de la bagatelle il n’en n’aura que le minimum.

D’ailleurs maintenant que nous étions aux yeux de tous presque liés, le Léon un soir bien échauffé par quelques coups de piquette de l’auberge, voulut goûter à mon fruit, je lui répondais qu’il serait mur pour les noces, il insista pour le cueillir et releva mon jupon, non c’est non je me dégageais, mais il fallut quand même que je lui laisse un gage et ma poitrine opulente le contenta pour l’heure.

Le 17 juillet  1842 nous y étions, rassemblement de la noce devant chez nous, Léon avec des copains battaient déjà la campagne pour donner l’aubade et faire les dernières invitations. A chaque fois un coup de vin était offert, le violoneux tanguait déjà comme un vieux marin et le Léon qui ne tenait pas particulièrement la barrique avait un peu de vent dans les voiles.

Au retour la troupe des hommes prit le déjeuner, nous avions fait une cuisine d’abattis, moi j’en raffolais pas des restes de poulets, têtes, cous, crêtes, pattes. Ce ragoût que les vieux mangeaient avec délectation je l’avais en horreur. Mais bon à la campagne on ne gâchait rien.

Normalement on aurait dû me faire l’offrande d’ un bouquet de fleurs d’oranger, mais comme ma fleur du milieu était fanée depuis un moment on s’abstint. Les gars de la noce, comme Léon était du village, lui offrirent un bouquet de fleurs rouges qu’il attacha à son revers.

Il était temps de partir maintenant car le maire le père Gallot nous attendait à la maison commune pour onze heures, mon futur avait comme témoins Louis Marion un vieux cultivateur qui souvent l’employait et Jean Baptiste Lhuillier un de ses amis, moi j’avais pris deux cousins Edmé Nodinot et Jean Fouquet, c’était de la famille éloignée mais ma mère y tenait, alors comme je n’avais guère d’amis.

Nous échangeâmes nos consentements, j’étais la femme du gros Léon, il m’embrassa à me décrocher la mâchoire ce qui fit rire l’assistance et provoqua des commentaires salaces sur ma future nuit de noces.

La mairie ne m’amusait guère mais le cérémonial à l’église encore moins.

A l’entrée de l’église une nuée de soit disant pucelles m’attendait pour me présenter le guidon et me conduire à l’autel.

Après la bénédiction nuptiale on me reprit le voile, c’était symbolique mais maintenant j’appartenais à Léon, aux yeux du seigneur et aux yeux de la loi.

D’ailleurs je lui appartiens vraiment légalement, le divorce est interdit, je n’ai pas le droit d’acter.

Mon homme a le droit de me dérouiller si il respecte les normes et parlons cru il a le droit de disposer de mon corps comme bon lui chante.

Bien sur il faut tempérer, mais beaucoup de femmes souffrent en silence.

La cérémonie n’était pas terminée, à genoux on reçut le  » veni créator  », ce chant me faisait monter les larmes, je crois bien que mon homme ressentait la même chose.

Puis le prêtre nous a bénit sous le drap, c’était bien terminé et la noce sortit de l’église un peu en désordre, le curé visiblement satisfait de nous voir partir et de terminer l’office déplaisant d’une fille au passé qu’il jugeait chargé.

A la sortie de l’église les filles me tendirent un pot où baignait un bouillon fortement épicé, la cuillère était crénelée symbolisant les difficultés futures qui ne manqueraient pas de surgir dans le couple.

Dans l’une des filles je reconnus une de mes agresseuses, lointaine cousine au Léon, je la regardais dans les yeux et lui susurrais à l’oreille que moi aussi je la fouterais bien à poil pour lui coller une danse.

Tour à tour toute la noce but le bouillon de la mariée, puis je lançais un verre sur le dallage du saint lieu pour voir si il se brisait, resté intact le malheur se serait abattu sur nous. Heureusement il se brisa, le curé n’appréciait guère ces coutumes païennes.

Il était temps de rentrer, tout le monde crevait de faim, le banquet avait lieu chez mes parents, en arrivant la porte était close.

Je connaissais le rituel, il fallut que je chante :

Je suis mariée

vous le savez bien

si je suis trompée,

vous n’en saurez rien

Ouvrez moi la porte

je dînerai bien

ouvrez moi la porte,

je vous aimerai bien

Mon mari débita son refrain et à la fin la porte s’ouvrit enfin et l’on put ripailler.

On commença doucement, rafraîchissement, les hommes attaquèrent un fut de vin blanc des environs de Saint Loup de Naud.

Nous autres les femmes on s’affaira au dîner, il fallait que je mette la main à la pâte, mais Léon m’entraîna à une première danse.

L’aire de battage se prêtait bien à la sauterie et l’ambiance monta d’un cran. Quelques danses, puis définitivement affamée la compagnie se jeta sur le repas, promptement avalé, les jeunes repartirent dans leurs virevoltages.

Tout cela n’était que prémices au souper, moi je n’avais guère profité de mon après midi beaucoup de travail pour nourrir tout le monde , même Léon mettait la main en allant chercher du vin , le pauvre  » Calvin  » que nous avions engagé suffisait à peine à la tâche. Mon homme me frottait de près et me volait moult baisers, comme un acompte. Il m’entraîna même à l’écart me raconta des cochonneries et me pelota de bon cœur, je rigolais et m’émoustillais à son contact mais bon bas les pattes ce n’était pas le moment.

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