DESTIN DE FEMME, Épisode 4, une bien mauvaise grossesse

C’était foutue hypocrisie, bon nombre de celles qui nous jugeaient avaient offert leur cul à un amant de passage ou à un premier amour. Quand aux hommes qui n’étaient pas soumis aux mêmes règles et contraintes ils avaient comme seul but de ne pas arriver puceau au mariage et bien sur pour cela il fallait bien que quelques unes d’entre nous lèvent leurs cotillons.

Je vous dis tous et toutes une bande d’hypocrites. En attendant je me retrouvais presque le cul à l’air, sans pain et ronde comme un petit pois.

Mon seul recours fut mon frère je ne savais comment il allait réagir car je savais qu’il était comme les autres.

En cela je me trompais, il m’écouta me recueillit et fit en sorte que ses patrons m’offrent du travail jusqu’à ma délivrance.

En ce qui concernait l’hébergement je fus reçue chez la future belle mère de mon frère à Cerneux, ce n’était que du provisoire mais l’essentiel pour l’instant était d’avoir un bol de soupe, un toit et quelques guenilles.

Puis il y eut comme un miracle, il s’avéra que de nombreuses femmes avaient été forcées pendant le flux et le reflux des troupes françaises et pendant l’occupation étrangère.

Mon récit devenait crédible et mes parents travaillés par mon frère, par le curé de la paroisse et par quelques connaissances, commencèrent à changer d’opinion quand à ma soi disant légèreté.

Un jour je vis avec surprise mon père toquer à l’huis de la porte, il ne s’excusa pas mais me reprit à la maison.

J’en ai pleuré, toute cette angoisse, cette culpabilité que je portais soudain disparurent, je n’étais qu’une victime, une pauvre fille.

Je fus reconnaissante à mes parents d’autant que je pus assister au mariage de mon frère qui eut lieu en décembre 1814 à Cerneux. C’était comme une reconnaissance de mon état, je trônais avec mon gros ventre, je fis même quelques pas de danse mais devant l’air réprobateur de ma mère je n’insistais pas. Je n’étais pas passée dans le statut de femme, mais je n’étais déjà plus jeune fille, une sorte d’état intermédiaire assez inconfortable. Je me laissais aller à boire un peu et me retrouvais presque ivre.

Les derniers mois avant la délivrance furent difficiles, jambes lourdes, fatigue, je me traînais en mon labeur et j’eus droit à la sempiternelle romance de ma mère de mon temps on allait au champs jusqu’au bout.

Début mars 1815, un événement autrement plus important que mon gros ventre intervint en France, l’ogre s’était échappé de son île. Les uns voulaient le mettre en cage, d’autres le remettre sur le trône. C’était l’effervescence généralisée, des courriers passaient au galop, des troupes se mettaient en mouvement et des demis soldes vêtus de leurs uniformes se mettaient en mouvement pour le rejoindre.

L’aigle volait et il ne perdit pas son temps en combats fratricides, tous se ralliaient. Le gros roi Louis n’eut que le temps d’enfiler une culotte qu’il avait , paraît il de fort large ,de mener son porte tampon et tous ses servants pour se sauver enfin en Belgique.

Mon père était fou de joie, mon frère plus circonspect se doutait que la guerre allait reprendre.

Moi je souffrais et attendais la délivrance de la mauvaise graine qui avait germé en mon sein.

Il me vint même à penser qu’il serait bon que l’enfant du diable ne survive pas, après tout la mortalité était élevée en les premières heures de la vie. Mes pensées n’étaient pas très chrétiennes, mais en mon ventre je ne sentais pas mon enfant bouger, mais je ressentais les coups de reins de mon violeur. Chaque nuit la scène se répétait, j’étais battue, déshabillée, humiliée , forcée, chaque nuit je sentais leurs odeurs d’ivrognes mêlée de sueur, de merde et de stupre. Alors pensez que je me foutais de la vie de cet être non désiré.

Le 25 mars j’entrais en travail, affaire de femmes, je n’avais donc pas d’homme qui battait la semelle devant la maison, mon père étant parti travailler. La sage femme du village, ma mère et une voisine, ce fut long. La pièce avait été calfeutrée afin qu’aucun esprit y pénètre, la cheminée donnait à fond et il faisait très chaud. Je suffoquais sous les draps pudiquement habillée. La matrone me fouaillait avec constance pour mesurer l’avancement du travail.

La bougie de la chandeleur brûlait, il ne manquait plus qu’elle ne se consume avant la délivrance.

Toujours à gémir, les hommes étaient rentrés que rien ne venait. La délivreuse commençait à s’inquiéter ferme quand miracle de la nature tout lâcha. J’eus l’impression que mon ventre se vidait entièrement, folle de fatigue et de douleur, je ne prêtais guère attention au sexe de l’enfant, la matrone coupa le cordon à la longueur du sexe c’était donc un garçon, le sexe eut été féminin le cordon aurait été coupé ras.

Ma mère récupéra la  » délivre  » et la mit dans un pot, normalement le père de l’enfant l’enterrait au pied d’un arbre fruitier pour la prospérité. Je crois que dans mon cas ce fut jeté aux cochons.

Le pauvre enfant ne naquit pas coiffé aucun signe traditionnel de chance ne vint frapper à son berceau.

De plus il était vraiment moche, sanguinolent , fripé et déjà puant. Que n’avais je pas été voir une faiseuse d’anges .

Les femmes lavèrent mon fils avec un mélange de beurre fondu, d’eau tiède et d’eau de vie, elleS le frictionnèrent ensuite avec du vin puis le langèrent.

On le plaça à coté de moi, cela ne me fit guère d’effet, mais dame nature me rappela à l’ordre et j’eus une montée de lait. Je l’ aurais bien laissé téter mais pas question de nourrir un enfant avant son baptême.

On décida de nommer ce mauvais fruit Louis Eugène, tous les hommes chez nous portait ce prénom royal. Mes parents et la sage femme le conduisirent devant le curé, évidemment le saint homme regimba un peu devant l’absence de père. Mais bon ce n’était que palinodie notre bon père qui m’avait eu en confession savait pertinemment ce qui c’était passé.

Me voila donc affublée d’un morveux à l’age de dix huit ans, comment travailler, comment gagner son autonomie, j’étais toujours sous la tutelle paternelle et le fait d’être mère n’y changeait rien du tout.

Par contre ce qui fut une surprise c’est le comportement de ma mère, avec moi elle avait toujours été sèche, dure, parfois méchante et voilà qu’avec ce petit, elle devenait douce et aimante, vraiment ce n’était à rien comprendre. Toujours à le biser, le câliner et le bercer comme si un enfant avait autant besoin d’affection.

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