LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 10, le triste dénouement

 

Quinze jours plus tard le dimanche 20 juin 1869 il est sept heures du matin, Marie Anne envoie Justin à Pot Bidal pour voir si la vache a vêlé.

En arrivant le garçon constate que la vache a bien vêlé mais que son frère gît étendu dans la paille.

Il repart en courant pour prévenir sa mère, cette dernière sans en savoir plus clame que son fils a été tué par la vache.

Cette précipitation est déjà presque un aveu.

Accompagnée d’une femme et de deux agriculteurs dont Jean Ruffié dit Brigou, elle se rend dans sa grange de Port Bidal

 

Ils y trouvent Joseph raide comme une bûche, une corde est attachée à sa ceinture reliée aux cornes de la vache.

Marie Anne en déduit que Joseph c’était attaché à la bête et qu’en vêlant elle l’a tué.

Cela ne convainquit pas les cultivateurs, rien ne va dans cette saynète, le lieu où on trouve la cape et le bâton de Joseph ne peut convenir, il n’y a pas d’herbe à brouter et l’on voit mal ce que la vache aurait fait là. De plus on retrouve l’arrière faix dans un endroit improbable, comme pour faire croire que la vache a vêlé à cet endroit.

Bref personne y croit et la procédure s’enclenche , le juge de paix de Vicdessos monsieur Paul Bergasse de la Larioulès monte à Orus et procède aux constatations.

Les présomptions de la commission d’un crime sont accablantes. Marie Anne est arrêtée

Une autopsie est pratiquée, Joseph a été assommé puis étranglé. La vache n’est nullement responsable de la mort du petit .

Antoine Pelet semble ne pas avoir participé au crime, il était absent et ne sera arrêté que le 9 juillet.

.Marie Anne a beau dénier toutes implications, il y a encore un élément qui aggrave son cas,.

La veille de la mort de l’enfant, elle s’est rendue à Vicdessos pour acheter de la mousseline et des calicots noirs

C’est une tradition dans la région de confectionner une cravate de mousseline et d’accrocher des calicots aux poignets du mort pendant la toilette des défunts.

On a beau être la tueuse de son propre fils, il faut quand même respecter les traditions.

Raymonde est couchée, son état ne fait qu’empirer. Une vilaine sueur lui mouille les aisselles et elle sent sa chemise de nuit s’imprégner d’une nauséabonde humidité.

Elle a froid, elle tremble, parle à son entourage de choses qu’ils ne comprennent pas.

Parfois d’un geste, elle semble chasser quelque chose à moins que cela ne soit quelqu’un.

Ses proches se relayent à son chevet, sa mère dort sur le fauteuil à ses cotés.

Deux fois par jour le médecin de la famille passe s’assurer. S’assurer de quoi, nul ne le sait car le diagnostique est posé depuis un bon moment.

Mais en bon praticien il examine encore et encore, soulève la main transparente et légère de Raymonde où l’on voit le delta de veines bleues. Il écoute sa respiration ou plutôt il constate qu’un râle sifflant a envahi la poitrine de la jeune femme.

Tous sont là, même elle, tapie au fond de la pièce toute de noire vêtue.

Raymonde sait maintenant qu’il vont se rejoindre mais ne voudrait pas paraître devant l’éternel avec au bras cette improbable cousine.

Elle qui aurait pu avoir une agonie douce en compagnie de sa famille, c’est vu ennuyée par cette mortelle histoire d’infanticide.

Il n’y a pourtant rien à faire elle doit entendre la fin de cette sordide histoire afin que ce sordide lien par de là l’esprit soit enfin coupé.

Il est temps d’en finir avec cette méchante femme, haineuse et tortueuse comme les aime ceux qui se targuent d’écrire.

Marie Anne admit enfin qu’elle avait tué son enfant, innocentant cette pauvre vache qui venait de vêler.

Le jury la reconnut évidemment coupable et la condamna aux travaux forcés à perpétuité.

Antoine Pelet fut reconnu innocent.

Justin Pelet est devenu Boucher à Montauban et est mort en 1906.

Quand à notre pauvre âme de Raymonde elle mourut à Niort le 26 juillet 1929 et fut inhumée dans le petit village de ses grands-parents maternels.

Elle nous a laissé d’elle son magnifique portrait qui orne comme au premier été de sa mort une petite chapelle. Elle a été rejointe fort tard par sa grande sœur Andrée.

Depuis 1983 cette vénérable semble un peu à l’abandon mais attire encore quelques vieux grigous qui sortent de leur grimoire pour voyager encore un peu dans le passé de ceux qui nous ont précédés.

Cette histoire n’est pas voulue mais le fruit d’un pur hasard en cherchant à faire revivre cette inconnue de mon cimetière. Je suis tombé sur cette odieuse personne, elle avait un nom en commun et un village en commun. Alors pourquoi ne pas les faire revivre toutes deux en même temps ?

L’histoire de Marie Anne est tirée de la Gazette des tribunaux de 1869 et des registres d’état civil du village d’ Orus, celle ma fois de Raymonde des registres d’état civil de Niort, du Gué d’Alleré et aussi de mon imagination.

Notons qu’il y a toujours beaucoup d’ habitants qui se nomment comme nos héroïnes dans la région d’Orus.

Je n’ai malheureusement pas de date de décès à vous proposer pour Marie Anne, mais gageons qu’elle est morte en prison.

FIN

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 9, le drame se prépare

 

Cette fois Raymonde se rebelle, elle ne veut plus avoir à faire avec ce mauvais fantôme, elle lui demande de partir de cesser de lui raconter toutes ces horreurs.

Mais Marie Anne est un ectoplasme dur à convaincre, elle veut poursuivre, elle veut tout lui dire.

Raymonde n’est pas un curé, sa chambre n’est pas un confessionnal. Elle se bouche les oreilles, autant les récits amoureux de Marie Anne l’avait envoûtée, autant sa conduite avec ses fils lui répugne.

Elle a de la fièvre, s’agite, ses parents sont inquiets. La tuberculose n’est pas en cause, déclare le docteur.

Plus personne ne sait quoi faire

Mais peu à peu Marie Anne reprend son emprise, elle cajole, enchante, déculpabilise.

Elle sait se faire entendre de nouveau et elle raconte son mariage avec Antoine.

Finalement Marie Anne et Antoine Pelet décident de se marier et de légitimer Justin.

Il fait un magnifique temps lorsque Vincent Ruffié le maire accueille à la maison commune les deux amants diaboliques.

Lui a 53 ans et elle 44 ans, si ce n’est plus la beauté d’autrefois, il faut tout de même convenir qu’elle en impose encore. Elle est radieuse, fière et conquérante et dégage un brin de sensualité et d’érotisme sauvage. Malgré sa réputation sulfureuse, les hommes envient Antoine de pouvoir se glisser dans sa couche.

Il faut aussi convenir que depuis la mort de Jean et surtout la naissance de Justin, on entend plus guère parler d’elle. Certes le deuxième fils prend des dérouilles carabinées, est un peu pâlichon et maigrelet, mais finalement on ferme les yeux et tout va pour le mieux.

Magdeleine Bertrand la mère de Marie Anne est là? trônant sur son gros derrière en madone majestueuse. Elle opine de la tête comme un automate, si sa fille dit oui, elle dit oui ,si elle dit non, elle dit non.

Justin est dans son coin, propre comme un communiant, on lui donnerait le bon Dieu sans confession bien qu’il soit méchant comme une teigne avec son grand frère qui lui a pour mission en ce beau jour de s’occuper de sa vache.

Les témoins sont Ruffié Benoit, Ruffié Jean dit brijou, Ruffié Antoine et Dhers Marc dit Lauzeillou, tous sont non parent. Mais peut-on être sûr qu’ un sang commun ne les soude pas entre eux.

Ces deux là ont leur situation régularisée et Justin n’est plus Ruffié, mais Pelet. On festoie un peu pour la circonstance , mais pour une fois Marie Anne sait tempérer sa folie des grandeurs.

Tout irait donc pour le mieux à Orus dans l’ariège.

C’est allé un peu vite en besogne.

Le petit Joseph est toujours aussi mal traité, il présente des traces de coups, est revêtu de haillons et le plus souvent est dénutri.

Mais pour son malheur il est l’héritier de son père et aussi de son frère aîné. Cela Marie Anne ne le supporte pas, elle est calculatrice et commence à échafauder son plan machiavélique.

Il est temps d’ailleurs d’opérer car la famille paternelle de Joseph s’inquiète de voir leur petit fils dépérir ainsi. Accablé par les travaux domestiques c’est plus un valet qu’un fils, accablé de coups c’est plus un souffre douleur qu’un enfant.

Les parents paternels organisent un conseil de famille et décident de confier la tutelle de Joseph au sieur Vincent Vergnies. Évidemment rien n’alla de soit et les époux Pelet interdirent l’accès de leur maison à cet empêcheur de tourner en rond.

Cela rend d’ailleurs Marie Anne plus implacable, l’enfant est battu comme un vieux tapis, d’ailleurs un coup à la tête l’ensanglante et manque de le tuer.

C’est d’ailleurs l’acte de tuer que méditent les deux monstres. Ils ne s’en cachent pas et un jour dans un champs ils mettent au point la mort du petit.

Une voisine madame Marie Anne Dhers dit picounat entend la conversation suivante.

Lui : Tonnerre , je veux me débarrasser de cette saleté d’aveugle.

Je veux m’en défaire à tous prix

Je veux nettoyer la maison , coûte qu’il en coûte

Je veux le mettre au diable

Elle : Tranquillise toi, tais toi

La vache va bientôt vêler, tu l’amèneras à Pot Bidal avec Joseph.

Tu étrangleras ce dernier et quand il sera mort tu le jetteras au loin et nous dirons que la vache l’a tué.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 8, la mortelle correction

Il s’appelle Antoine Pelet, c’est un solide maçon de quarante et un an, au moins avec lui elle aura du répondant, sûr de son physique, il pourra sûrement épancher la soif d’amour physique de Marie Anne.

Le seul problème est qu’il ne possède pas grand chose, ce n’est pas les maçons qui enrichissent les patrimoines.

Les années s’écoulent , Jean le Petit Goumi a lui aussi réussi à survivre à sa mère, on le voit trainer malgré son jeune age partout dans le village, sur qu’il va faire les quatre cent coups comme son ainé. Il est sale, enfin plus que la moyenne, morveux, pouilleux, insolent et ma foi un peu attardé..

Le maçon est la plupart du temps à la maison, cela veut dire que Marie Anne jette dehors les deux garçons

Pelet dit le Bernes n’est pas tendre non plus et souvent il abat sa main sur Jean. Sans évidemment se soucier de son éducation il le bat car cet être lui rappelle simplement son père Sylvestre.

Au mois d’octobre 1861 la Marie Anne exulte, elle va avoir un petit, au moins celui là elle en connaît le père.

Les habitants du village eux ne rigolent pas, deux fois veuve cette saloperie trouve le moyen de se faire engrosser. Déjà qu’elle n’est pas capable d’élever les deux premiers, c’est vraiment honteux.

Le village a beau être isolé tout le monde dans la vallée de Vicdesos connaît les affaires de Marie Anne. Les hommes pris de boisson se vantent de l’avoir eu cette pas grand chose, les femmes se signent en évoquant son nom. Sans être prude la population a des limites sociétales que cette femme de mauvaise vie bafoue allégrement.

Donc la vipère se pavane bientôt avec son gros ventre, il faut avouer que cela lui va bien, sa haute taille et sa forte corpulence sont magnifiées par sa grossesse. Son teint est beau et lisse, et fait comme un pied de nez à la peau tannée  des autres femmes. Sa poitrine est somptueuse et les hommes en la voyant passer rêvent de s’y perdre. En voyant sa croupe altière plus d’un se verraient s’y perdre.

En bref on la déteste mais on l’envie, elle en fine mouche le ressent et en joue avec sa gouaille coutumière.

Le 15 mai 1861 elle donne naissance à un fils qu’on nomme Justin. Il porte le nom de Ruffié et le curé rechigne à le baptiser.

Trois fils et pas d’homme à la maison.

Personne ne s’attendait au comportement de Marie Anne, elle prit son petit dans ses bras, le réchauffa sur sa généreuse poitrine, l’embrassa comme jamais elle ne l’avait fait pour Jean et Joseph.

Dès le lendemain elle ouvrait grand son corsage pour allaiter le petit, pour un peu le curé aurait fait sonner les cloches en son honneur.

Cela ne l’empêcha pas de coller une monumentale taloche à Jean car il avait observé sa mère qui donnait à boire. Le malheureux n’était pas prêt d’entrer en grâce.

Raymonde ne comprenait pas l’attitude de sa compagne, brutaliser l’aîné, ignorer le cadet et aduler le dernier né. Aucun sens commun, sa mère aimait sa sœur et elle sur le même pied.

Toute la famille partait sur Toulouse voir les grand parents paternels, cétait une source de joie mais aussi d’inquiétude, car Raymonde était très faible.

Cette derrière crut même entendre , il faut qu’on l’emmène c’est peut être la dernière fois qu’elle pourra venir. Bien sûr Marie Anne fut du voyage, assise avec sa robe de prisonnière pas très loin de sa confidente.

Jean maintenant a quinze ans, c’est un petit gabarit, souffreteux, maigrichon. Sa faiblesse ne lui permet guère de travailler. Sa mère qui est responsable de cet état de fait,enrage et le traite de bon à rien.

Comme il a grandit,  les corrections sont en rapport avec son âge. Pour ne pas se faire mal Marie Anne prend le manche de la cognée, ou le fouet, ou la ceinture.

Jamais il ne se rebelle, il reçoit ses punitions comme il recevrait un morceau de pain. Un jour qu’il a malencontreusement renversé sa maigre soupe elle décide de le fesser.

C’est un homme maintenant et il répugne pour la première fois à obéir et se montrer nu. Elle redouble de rage et le bourre de coup de poing, rien n’est épargné, visage, ventre, dos , bas ventre. Elle obtient ce qu’elle veut et le voilà nu devant elle. Il cache son sexe à peine pubère. Elle le regarde et se moque, l’humiliation est plus forte que les coups. Mais la ceinture s’abat sur les cuisses de Jean, il s’effondre sous la douleur.

Les coup tombent et comme un maître châtierait son esclave, Marie Anne cingle et cingle encore. Le sang gicle, les fesses et les cuisses sont rouge vif, elles ne sont que plaies. Antoine rentre et voit sa compagne qui s’en doute va tuer son fils, il lui arrache la ceinture et l’éloigne.

Le gamin remonte péniblement son pantalon, rajuste sa chemise et va s’effondrer sur la paille qui lui sert de lit sous l’escalier.

Il a soif, faim, il a mal, au loin il entend Justin pleurer, mais aussi sa mère qui comme un office religieux prend Antoine en son corps.

La nuit se passe; il tremble de froid, la chaleur du faible feu de la pièce principale n’atteint pas son recoin.

Il a mal au bas ventre, son sexe et son aine sont noirs. Il a de la fièvre.

Son frère Joseph compatit à tant de douleur et en parle à sa grand mère.

Jean entend au dessus de lui des voix d’adulte, on lui demande ce qu’il a, il est trop faible mais murmure que c’est sa mère qui lui a infligé une correction.

Il faut qu’on le soigne, qu’on le retire des mains de la folle. Mais que faire il est là, pale, tremblant , puant dans sa merde, incapable de se lever.

On prévient,  Marie Anne arrive, on se sauve car elle fait peur, on en parlera au maire, qui préviendra sans doute les gendarmes.

Le lendemain Dhers Joseph dit fardiel et Rousse Jérôme dit trabaillou deux cultivateurs constatent que Jean Dhers dit Chil est mort.

La rumeur enfle, on rapporte les propos du petit et on décrit son état, pire qu’un chien, plus sale qu’un loup, son ventre était noir. Son corps était d’une maigreur de cholérique.

Le maire pourtant n’intervient pas, nous sommes en février le village est isolé par la neige, les gendarmes sont trop loin et inaccessibles.

Alors on fait comme si il était mort d’une simple maladie, après tout on en sait rien.

Mais aux yeux du village Marie Anne vient de tuer une troisième personne,ses deux maris et son fils aîné, on se met à trembler pour le deuxième.

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 7, la mort du deuxième mari

 

Raymonde se demande bien ce qu’elle veut dire par se retirer, elle tente d’en apprendre d’avantage mais demander cela à sa sœur ou bien à sa mère est au dessus de ce qu’elle pourrait faire.

Au Gué elle connaît bien une paysanne un peu délurée, mais osera t’elle. Avant, elle tente de poser la question à Marie Anne mais jamais cette dernière ne répond aux questions.

C’est un monologue, à croire dès fois qu’elle n’est pas présente.

Enfin elle ose, la paysanne éclate d’un bon gros rire, Raymonde rougit puis se lève vexée. Son amie la retient et lui raconte les choses de la vie. Ce n’est pas une explication scientifique, c’est cru, sans fard, sans détour. Raymonde est édifiée, elle juge le tout, sale et répugnant.

Marie Anne depuis qu’elle a mis le Jean dans son lit, dans sa maison n’a de cesse qu’il en ressorte.

Elle le commande sans vergogne, l’ houspille, lui fait honte devant les autres hommes du village. Elle le fait trimer plus que de raison, il obéit à tout. Si encore il était costaud, mais non, ce dégénéré tombe malade.

Certainement pas qu’elle va le soigner. Le pauvre est installé sur un grabat dans la pièce aveugle qui sert de débarras. Pas de chauffage, de l’humidité, il va mal très mal.

Elle s’en fout d’autant qu’un autre vient d’entrer dans sa vie c’est un maçon, costaud, mûr, sur de lui.

Comme ses sens ne peuvent attendre, un jour elle le fait rentrer. Elle lui intime de faire silence, son mari dort à coté.

La table servira bien d’autel à l’amour, le diable est fort, les coups de reins succèdent aux coups de reins. Mon Dieu si elle l’avait connu plutôt cet Antoine, jamais elle ne se serait mariée avec le vieux ni avec cette chiffe molle.

Tout à leurs affaires, les deux amants en oublient la présence de Jean, il n’a que six ans mais comprend l’importance du moment.

Cet inconnu au cul velu, sa mère les jambes dénudées et relevées qui pousse des gémissements, n’ont rien de normal.

Il avait pour dire la vérité, entendu maintes fois la même chose, lorsqu’il dormait dans la même chambre qu’elle et son beau père.

Mais elle l’entend se lève comme une furie, il aperçoit médusé des parties du corps de sa mère qu’il ne devrait pas voir. C’est une folle, elle le frappe, attrape un fléau et lui en assène un grand coup.

Le sang gicle, elle a maintenant attrapé une ceinture et veut qu’il expie sa curiosité. Antoine la saisit et l’immobilise. La colère noie ses yeux, jamais un homme ne s’est permis de la contrarier.

Jean sait que la vengeance de sa mère sera terrible qu’il n’en a pas fini avec elle, il se sauve et va chez ses grands parents.

Le goumi ,il est maintenant au plus mal, ses parents veulent le voir, Marie Anne ne veut pas les laisser entrer. Ils vont chercher le maire, on parlemente, puis devant la force elle consent.

Jean est dans un état lamentable, il a de la fièvre, n’a pas été changé, il put, il est maigre.

On le porte loin de la folle qui crie, qui hurle, qui injurie.

On pense à faire prévenir les gendarmes, mais à quoi bon.

Il est déjà trop tard, Jean Dhers Goumi meurt à 26 ans. Elle n’ira pas le voir sur son lit de mort, d’ailleurs elle en aurait été empêchée.

Le jour de l’enterrement le cortège passe devant chez Marie Anne, elle est à la fenêtre, hurle des insanités, gueule qu’elle est bien contente de s’en être débarrassée.

Dès lors elle devient une paria, du moins pas pour les hommes avec qui elle fait commerce.

Raymonde est de plus en plus perturbée, sa maladie s’aggrave et plus elle s’affaiblit plus l’esprit de Marie Anne pénètre en elle, c’est une torture totale.

Elle ne comprend pas comment un être peut se prévaloir d’autant de méchanceté. Elle pour qui l’enfance est sacrée, qui a été choyée et dorlotée ne peut concevoir la maltraitance infantile. Elle ne se fait pas d’illusion sur la dureté des temps mais malgré leur rudesse les parents aiment majoritairement leur progéniture.

La grande Marie Anne ne peut fournir d’explication elle se délecte même de son récit.

Mais ce qu’elle sait, c’est qu’elle émoustille cette jeune fille blafarde qui va bientôt la rejoindre dans l’autre monde. Là haut elle aura besoin d’une protection. Lorsqu’elle a introduit dans sa narration l’arrivée de son nouvel amant elle a senti aussitôt un intérêt.

Raymonde dépérit rapidement alors il faut tout lui dire, elle lui apparaît maintenant, même quand sa sœur est dans la pièce. C’est troublant l’une l’écoute béate, l’autre continue de s’agiter comme un ver de terre dans une motte.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’;ENFANT, ÉPISODE 6, le remariage de la tueuse

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 5, une mère indigne

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 4, l’;emprise

 

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 6, le remariage de la tueuse

 

Raymonde est chez ses grand parents Boisson, elle n’a pas grand chose à faire si ce n’est de se promener. Andrée plus costaude aide aux travaux agricoles, et s’encanaille même avec ces paysans aux ongles sales et à l’odeur forte.

Elle, bottines en cuir étincelantes de propreté, robe longue un peu serrée, balade sa silhouette de garçonne.

Un plaisantin à son passage crie voilà la gouine, elle n’en a cure de ces sarcasmes de ploucs, elle rêvasse en compagnie de Marie Anne qui bien sûr l’a accompagnée.

Andrée est toute chose, elle qui depuis bien longtemps ne se confie plus ,tourne autour de sa sœur. Elle a un secret mais hésite encore à le dévoiler devant sa cadette. Raymonde a deviné, sa sœur l’a fait, elle sent l’homme elle sent le sexe. Ses yeux pétillent et étincellent cette vierge de la ville s’est déniaisée avec un sauvage. Qu’à cela ne tienne, Raymonde a les rudes gars de l’Ariège, son tour viendra.

Marie Anne a le choix, beaucoup de femmes sont mortes du choléra, les ventres manquent à la satisfaction animale des hommes, elle en profite. Libre comme l’air avec les biens de son mari défunt. Elle a même la tutelle de Jean, elle fera donc comme si tout était à elle.

La présence de Jean ne gêne nullement, elle le jette dehors pendant qu’elle ahane sous les coups de reins de ses amants. Lui caché n’en perd pas une miette mais ne comprend pas pourquoi sa mère fait comme les animaux.

Puis la maline séduit un jeune paysan du village, il a 24 ans et se nomme Dhers Jean Gouémi. Il apporte un peu de biens mais surtout sa force de travail car Marie Anne toute solide qu’elle est, a du mal à cultiver seule la terre de son feu mari.

Le marié est un peu palot et un peu gringalet par rapport à la grande Ruffié, splendide plante de trente ans.

Le mariage a lieu le 7 avril 1856, pour l’occasion la famille est là, enfin celle qui n’est pas fâchée avec la louve d’Orus. Pour faire bonne figure elle a même habillé son fils de neuf, le gamin est méconnaissable, lavé et propre on a l’impression que ce n’est plus le même enfant.

Raymonde écoute bouche bée le récit de la nuit de noces, elle est stupéfaite et découvre l’amour par la voix d’une cousine morte. Elle passe un moment délicieux avec Marie Anne qui lui raconte tout dans les moindres détails. A tout bien réfléchir elle incline un peu vers la folie. Elle aussi a maintenant envie de faire ces choses là. Mais finalement elle se passe bien de le faire, sa maladie est rédhibitoire à l’amour.

Marie Anne prend l’ascendant rapidement sur son jeune mari, elle le mène à la baguette enfin à la braguette.

Le pauvre garçon à toujours à faire, leurs terres à eux plus le travail à façon chez les autres.

Il part de longues semaines pour faire du bûcheronnage, elle a du temps libre pour elle enfin je veux dire, que son corps est libre pour d’autres.

Le petit Jean devient insupportable et vrai enfant loup, pourtant les punitions s’enchaînent. Un jour, qu’ elle ne lui avait pas donné à manger, il vole un morceau de pain. C’est le drame, elle manque de le tuer et l’enferme plusieurs jours dans une soue à cochon.

Mais pour Marie Anne la consécration n’est pas pour cette année 1856, car bêtement elle est marquée, son corps se transforme et elle ne peut plus rien cacher. Le 13 octobre 1856 elle accouche d’un petit Joseph. Les mégères du village comptent et recomptent, marié en avril, enfant en octobre. Il y a anguille sous roche, soit les deux avaient mis la charrue avant les bœufs soit le polichinelle n’est du Jean Dhers Goumis.

Pour sûr les langues vipérines penchent pour la seconde solution, le Jean n’ayant pas inventé l’eau chaude c’est évident que c’est la Marie Anne qui l’a dépucelé.

Mais bon il est content d’avoir un fils et après tout lui seul le sait, enfin avec elle.

Cela ne fait pas ses affaires et elle se désintéresse de son second comme du premier.

Mais mauvaise graine il s’accroche.

L’embellie du mariage ne dure guère, elle ne voulait pas d’enfant et elle en a un autre. Cet idiot? elle lui avait bien demandé de se retirer, mais il ne sait pas se contenir, elle ne peut quand même pas gérer cela aussi.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 5, une mère indigne

 

Raymonde se révolte de savoir toutes ces choses, rien n’est rationnel, rien ne s’explique. Elle est la seule à voir Marie Anne, elle est la seule à l’entendre.

Elle s’en effraie, tente de repousser ses pseudos apparitions. Mais rien n’y fait dès qu’elle est seule Marie Anne vient lui tenir compagnie. Sa tenue noire de paysanne dénote au milieu de celles de son milieu petit bourgeois. Son fouloir blanc apportant juste une petite note de gaîté, avec une tenue pareille, comment ne peut-on la voir ?

Raymonde aimerait en parler, s’épancher, peut être le dire à sa sœur. Mais on la prendrait pour une folle, alors elle se tait.

Marie Anne, un soir lui explique qu’elle a pris en détestation cet enfant, son enfant, il gueule tout le temps, pue comme un cochon. Rien que de le porter ses poils s’hérissent, pourtant elle doit lui donner ce qu’elle a de plus cher, ses bouts de seins.

Personne ne vient le nourrir, aucune mamelle compatissante, son corps se venge en produisant beaucoup de lait, elle a mal, son corsage est souvent humide. Un seul bébé ne peut soutenir une telle lactation. Elle pourrait être nourrice, mais diable, assez d’un sale chiard .

Sa mère entre ses travaux de la terre et ses bêtes compatit un peu et lui vient en aide.

Le vieux sylvestre lui se réfugie dans l’alcool, il ne supporte plus sa femme qui hurle tout le temps et son fils qui réclame sans doute un peu de soin. D’ autant que depuis sa couche elle se refuse à tout rapprochement. Il n’ose pas la forcer mais un jour désespéré il tente une approche. Une folle n’aurait pas pirement agit, elle le gifle, le griffe, la vaisselle vole, il dormira avec la vache.

Mais l’enfant survit, s’endurcit, la malpropreté et l’absence de soin qui normalement ont raison des plus forts, n’entame pas la santé du poupon. Il hurle toujours autant, mais sa mère qui vaque à ses occupation ne l’entend pas. Pour la nuit elle finit par le coller à l’étable, au moins il aura chaud et il ne lui criera plus dans les oreilles . Finalement ce fut peut être mieux pour lui, au moins elle ne le secoura plus pour qu’il dorme, il en aurait fini par en mourir.

Raymonde s’interroge sur ce qui peut l’attirer chez Marie Anne, elle est démoniaque et méchante.

Mais c’est justement cette partie sombre qui pénètre le plus en elle.

Elle ne sait plus la part de vérité et du mensonge, elle ne détermine plus la part de ce que lui raconte son père et de ce que lui raconte son apparition.

Ses parents s’inquiètent pour cette fascination morbide, Raymonde pose des questions sans arrêt.

Elle demande même sans trop y croire si elle est encore vivante. Le père est étonné, et lui répond en haussant les épaules, elle aurait plus de cent ans.

Raymonde s’en moque, elle sait qu’elle est là car elle lui raconte tout.

A Orus l’enfant grandit sans se préoccuper de sa mère, dès qu’il a pu marcher il s’en est éloigné, par instinct.

Mais à grandir seul on devient sauvage et Marie Anne n’aime pas les sauvages qui lui résistent. Les gifles s’abattent comme la neige des Pyrénées, elle le fesse comme par plaisir, mais le dur s’accroche , résiste. Elle perçoit même un sourire lorsqu’elle lui fait du mal, cela la rend folle.

Elle le prive d’aliment, le jette dehors sous la pluie et la neige. Des femmes s’en émeuvent, le maire intervient, le curé aussi mais rien ne mate cette grande bringue de Marie Anne.

Le vieux Sylvestre n’y peut rien , il en prend pour son grade, comment un tel gaillard peut il se laisser mener comme cela par une femme.

Les mauvaises langues disent qu’elle le tient par les couilles, ce n’est plus vrai, il ne peut la toucher.

Par contre il paraît que d’autres ne s’en privent pas.

Mais elle va bientôt être libre de son corps, une épidémie de choléra se déclare, la mortalité augmente, doucement en 1853 puis de façon explosive en 1854.

Rendez vous compte, trois décès en 1852, 13 en 1853 mais 60 en 1854.

Sylvestre qui n’est pas bien costaud décède en septembre 1854, si elle n’avait pas eu la trouille d’attraper cette saloperie, elle en aurait dansé de joie. Toutes les familles perdirent quelqu’un, alors on ne fit guère attention au bonheur qu’elle exprima en étant libérée de son vieux.

Elle n’eut pas un signe de chagrin et Jean le fils que son père n’avait pas protégé  se rendit à peine compte qu’il avait disparu.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 4, l’emprise

 

Ce fut ma compagne et elle remplaça toutes les amies que j’aurais pu me faire et tous les garçons qui m’auraient courtisée.

J’avais donc son physique d’ailleurs bien éloigné du mien. Grande, forte, le visage anguleux, une poitrine forte avantageuse. Mes yeux savaient charmer bien que mon regard était souvent un peu en dessous.

Le Sylvestre, je l’ai marié alors que j’avais 26 ans, je ne l’aimais guère mais bon passé un certain âge vous perdiez de votre valeur marchande. Aucun homme ne voulait d’une vieille. J’avais donc l’age requis et mon père et ma mère me le firent savoir. Je leur avais assez coûté, il fallait que je m’en aille. Le parti n’était guère bon , le bougre avait 53 ans, mais l’avantage qu’elle pouvait en tirer serait sûrement une mort prochaine.

De disponible il n’y avait guère que ce grand couillon de Sylvestre. L’affaire se fit.

Raymonde fut délivrée de cette première rencontre par sa sœur qui entra, elle fut frustrée car Marie Anne allait lui raconter sa nuit de noces.

Sa colère se manifesta et Andrée surprise essuya un déluge de reproches.

Raymonde allait enfin savoir ce qui se passait dans le secret des alcôves. Sa sœur était plus vieille et savait, mais jamais elle n’avait répondu à ces questions sur le sujet.

Curiosité qu’elle avait aiguisé un jour en fouillant les affaires de son père, dans une boite se trouvait quelques lettres qui dataient de sa correspondance avec la mère de Raymonde. Elle n’osa les lire, mais au fond de la boite à biscuits des cartes postales montraient bien autres choses. Outrée, mais fascinée par la blancheur de ces femmes nues qui offraient à des hommes dénudés ce qu’elle n’imaginait pas pouvoir offrir elle même.

Cet accès à la sexualité sans autre explication la bouleversa, est-ce cela l’amour dont tout le monde parlait à demi mot. Est-ce cela qui faisait gémir sa mère certains soirs de la semaine.

Heureusement Marie Anne suppléerait à tous ces non dits, à toutes ces choses non exprimées.

Marie Anne que la moralité n’avait jamais étouffé avait fait fi de beaucoup de convenance. Elle avait comme on dit goûté aux joies de la vie. Plus d’un garçon de la vallée de Vicdessos s’étaient coulés en les reins voluptueux de la paysanne. Jamais cette furia n’avait laissé l’initiative de ces jeux traditionnellement masculins à un homme. Il en avait été de même avec le Sylvestre.

Le soir de la fameuse nuit c’est elle qui avait du l’enlever avant que il ne se noie dans les vapeurs éthyliques.

A la lueur d’une mauvaise chandelle de suie elle avait dû faire preuve d’initiative devant ce malhabile. Elle l’avait déshabillé, l’avait guidé. Mais lui repu n’avait nullement rassasié la voluptueuse. Ce paysan mal dégrossi sera dés lors la victime tout désigné de cette mante religieuse.

Elle l’épuisa aux jeux de l’amour, elle aimait dominer, l’humilier. Lui qu’une vie tranquille aurait comblé, faisait le maximum pour la satisfaire. Mais entre la satisfaction d’envies modérées et la folle nymphomanie de sa Marie Anne il dut rendre les armes. Le vieux comme chacun l’appelait ne pouvait suffire à la générosité de la croupe de Marie Anne. Bientôt comme un cerf, des bois lui poussèrent et des ombres fugaces se faufilaient dans le foyer généreux de la belle Ruffié Lamaré.

Chacun savait y trouver un réconfort charnel et Marie Anne fut bientôt entourée d’admirateurs mais aussi  d’ennemies irréductibles.

Elle fut enceinte très rapidement, sur les pentes de la montagne on rigola bien, même les bergers emmenèrent le soupçon d’un val à l’autre.

Le vieux Syvestre Dhers Chil était-il capable d’ensemencer son amazone. . Voila la question qui se posait et de fougueux Ariégeois se targuèrent d’être des  prétendants éventuels.

Cette grossesse et cette naissance contrarièrent beaucoup Marie Anne. Elle fut une mauvaise parturiente, le petit eut du mal à se faire un chemin, elle hurla, poussa , mordit, poussa. Sylvestre, malheureux de la voir souffrir tant il l’aimait, se fit insulter. Des mots qu’il n’avait plus entendu depuis son service à Montauban lui chantèrent aux oreilles.

Il arriva enfin et on le nomma Jean, comme pour tous on l’affubla du surnom de la lignée, Jean Dhers Chil.

Marie Anne qui avait souffert le martyr en voulut immédiatement au bébé, si seulement il avait pu crever.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 3

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, Épisode 2, l’étrange présence

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, Épisode 1

 

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 3

 

Papa est né à Orus en 1877, c’est un petit village de montagne, replié sur lui même, relié par un chemin tortueux à une petite vallée. Presque inaccessible en hiver, les gens tous paysans vivaient en une presque autarcie. La famille de mon grand père et celle de ma grand mère étaient comme de bien entendu du village. Même si lui avait choisi d’être gendarme, son premier fils n’en était pas moins né à l’abri des murs de pierres de ce village d’Ariège.

La famille avait migré au gré des garnisons du gendarme à cheval Ruffié Jean Michel.

Papa lui aussi n’avait pas choisi la même voie que son père, la vie en garnison, il en avait soupé et il choisit un peu par hasard l’administration des impôts.

Il se retrouva commis au Gué d’Alleré, un village perdu de l’Aunis et tomba éperdument amoureux de ma mère.

Un mariage et deux naissances plus tard, j’étais là.

Mais ce n’est pas le récit de la vie familiale qui me captiva, mon père pudique en toutes choses ne s’étendit guère sur lui et sur maman.

Ce ne fut guère important car c’est de la suite du récit que je me nourris.

J’entends du bruit mes parents et ma sœur reviennent, comme je ne veux pas subir le babillage de ma sœur qui comme à chaque fois veut me raconter la pièce j’éteins ma petite lampe.

Ma compagne du bout du lit s’efface et je sens qu’elle m’effleure les mains. Jamais elle ne reste, jamais elle n’apparaît quand ma sœur est là.

Andrée ostensiblement fait du bruit, elle me demande si je dors. Je ne réponds rien. J’entends qu’elle accroche son manteau à la paterne de la porte. Puis minutieusement ma sœur se dévêt, elle a allumé sa lampe de chevet, je me tourne vers le mur afin qu’elle ne voit pas mon visage.

Parfaitement éveillée, je sais chaque mouvement, je reconnais chaque effleurement, la robe, le crissement de la chaise quand Andrée ôte ses bas. Puis je perçois le glissement du vase de nuit qui se trouve sous le lit d’Andrée et le jet puissant du pissa de ma sœur. J’hume avec écœurement l’odeur acre de l’urine, vivement que papa fasse installer les commodités.

Puis ma sœur semble s’endormir, je reprends ma position et revit l’histoire.

Comme je vous l’ai dit, le village d’Orus par son isolement par sa petitesse offrait un bien piètre avenir. Mais la difficulté majeure restait tout de même de trouver un conjoint qui ne fut pas de près ou de loin de votre famille.

Nous, nous portons le nom de Ruffié c’est dans le village d’Orus le patronyme de loin le plus courant. Dans chaque famille immanquablement vous y trouvez des Ruffié.

Mais ma grand mère porte le nom de Delpy et il en est de même pour celui-ci. Pour être complet, vous ajoutez le nom de Dhers et vous aurez la composition type d’une famille d’Orus. Vous ne pouvez y échapper, Ruffié, Delpy, Dhers, sûrement tous liés par quelques cousinades anciennes, ils avaient probablement tous un peu de sang en commun.

Ma compagne de tristesse, ma confidente s’appelle donc Marie Anne Ruffié ou plutôt devrais-je dire s’appelait, car bien sûr elle n’est plus.

Née en 1824 à Orus fille de Joseph Ruffié, c’est une Lamare comme nous, nous sommes des Gaspanou. Comme tous portent le même nom , on se distingue en ce village par des surnoms qui se survivent de génération en génération.

Papa ne sait pas si les Gaspanou et les Lamare sont liés et Marie Anne qui a bien connu mon grand père ne le sait pas non plus.

Mon père commença par nous raconter le mariage de Marie Anne et de Sylvestre Dhers. C’était le 30 mai 1850.

Pour être intéressant le récit de père aurait dû être plus imagé, plus romancé même. Bien sûr il ne pouvait connaître tous les détails de cette union ne parlant que par ouï dire.

Moi dès le soir de la relation de ce conte j’eus ma première apparition ou non plutôt la sensation d’être habitée par une présence.

Ce fut vraiment étrange, je rangeais mes affaires quand soudain j’ai eu froid. Je ne comprenais pas car la pièce était empreinte d’une douce tiédeur, la cheminée de marbre ayant été alimentée par la bonne. Je me suis mise à suffoquer, j’étais entourée de murs sales, couverts de graffitis et d’humidité. Il y avait plusieurs planches de bois qui visiblement servaient de couche. Dans un coin un espèce de tonneau dégageait une odeur nauséabonde, le bois pourri par les matières fécales laissait suinter un liquide maronnasse.

Elle se tenait au milieu d’un groupe de femmes et moi j’étais là avec elle   en prison.J’étais la Marie Anne Lamaré, elle était entrée dans mon esprit par une porte que je ne pensais pas avoir laissé ouverte. Je devins elle et je devins la diablesse d’Orus.

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, Épisode 2, l’étrange présence

Mes parents et ma sœur sont partis au théâtre, moi je suis souffrante et le docteur qui me suit,  a déconseillé toutes sorties. Ce n’est pas grave je n’aime pas le théâtre, je n’aime pas m’habiller pour la circonstance. Mais le fait est, je suis toujours malade.

Cela remonte à loin cette langueur, j’étais en vacances chez mes grands parents Boisson au Gué d’Alleré. Ils sont agriculteurs. C’est d’ailleurs la bas que je suis née, Madame Giraud la sage femme m’a mise au monde sans difficulté bien que papa eût été un peu inquiet de l’absence d’un médecin.

Hors donc à traîner avec les gamins du village, à faire les quatre cents coups sur les bords du ruisseau de l’abbaye, à baisser culotte dans la cabane au fond du jardin, j’ai attrapé froid. Une toux m’est venue et une fièvre tenace m’a clouée au lit. Maman est venue me chercher mais depuis la toux est restée. Il n’y a rien à y faire, même si les séjour en sanatorium me font un bien fou.

J’ai grandi avec cela, mais mes perspectives à longs termes sont un peu engagées. Mes espoirs d’avoir un mari et des bébés sont bien envolés. Comme dit papa c’est la faute à ce maudit village. Les paysans y sont bêtes comme des serfs au moyen âge et crasseux comme des cochons. C’est évidement exagéré, mais la colère fait dire beaucoup de bêtises.

J’ai donc vingt un ans et je tousse , tousse et tousse encore. Parfois mon mouchoir en ressort teinté de sang. J’en ai pris mon parti, j’attends.

Je serais bien seule si elle n’était pas là.

Je décide avant le retour de ma famille de faire un brin de toilette, je vais chercher de l’eau chaude sur le poêle à charbon , puis je la verse dans la cuvette de ma table de toilette.

Papa veut faire installer l’eau courante mais en attendant nous faisons comme nos grands mères faisaient, enfin quoi que pour la toilette ma grand mère Boisson ne soit pas très forte.

Je dépose mes lunettes et je me mets nue, je suis frêle de nature et la maladie a marqué de son empreinte mon corps. Je suis maigre, ma peau est diaphane, je regarde avec stupéfaction mes veines bleues qui serpentent semblant vouloir sortir de leur lit comme des rivières en crues.

Je n’ai guère de poitrine, pas plus en fait qu’un garçon, Andrée dit que je suis un être androgyne. C’est pure méchanceté car je me sens femme.

J’entends la femme rigoler derrière moi, elle est forte, âgée d’une quarantaine d’années, se moquerait elle de moi?

Le gant d’où dégouline une eau chaude me procure du bien être, le savon sent bon et me recouvre comme un écrin. Un doux bien être m’envahit, ma main s’attarde sur des régions qu’aucun garçon n’a frôlées. Je suis vierge, mais je ne serai jamais vieille fille, la mort sans doute m’emportera avant. En tous cas c’est ce que me dit Marie Anne Ruffié ma cousine, oui c’est elle qui m’observe et qui parfois pénètre dans ma tête.

Je me rince puis comme si j’utilisais un cilice je me frotte le corps au gant de crin. C’est un travail de mortification que je m’inflige, pour avoir eu de mauvaises pensées.

Elle, quand elle est dans ma tête ,me dit que je ne devrais pas abîmer mon corps mais plutôt que je devrais l’ouvrir à un homme. Mais ce n’est pas possible jamais un garçon ne prendrait une tuberculeuse. Elle me dit que cela ne se voit pas, mais elle a tort je le porte en moi, je le porte sur moi.

J’ai fini et je me couche, je n’ai rien écris alors je vais lire un roman d’Émile Zola,  » une page d’amour  ».

Je me plonge dans le récit mais les lignes sautent et les lettres se mélangent.

Je ne suis plus seule dans la pièce, mais l’ai je été?

Vous vous étonnez mais c’est que vous ne savez pas. Je vais vous raconter cela.

J’étais pas bien grande , en tous cas bien avant ma maladie et avec Andrée on s’ennuyaient à mourir alors que nous marchions le long de la Sèvre.

Mon père vêtu avec élégance saluait ses connaissances, ma mère qui avait depuis son mariage revêtu l’habit de bourgeoise en abandonnant ses défroques de paysanne se pavanait comme si la ville entière lui appartenait. Papa était certes directeur des contributions indirectes mais ce n’était pas non plus un grand seigneur.

Il croisa un homme et lui serra la main. Sans nous présenter il nous expliqua que la personne que nous venions de croiser s’appelait comme nous et venait du même village que mon père.

Devant notre étonnement il décida de nous raconter sa jeunesse et son village. Il se révéla un fort bon conteur et son récit transforma ma vie.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, Épisode 1

 

Je m’appelle Raymonde Ruffié et j’ai décidé d’écrire mon journal, c’est bizarre de commencer cette aventure qui normalement, arrive plutôt dans la vie.

Lorsque j’étais adolescente il ne m’était pas venu à l’idée de confier mes secrets à un cahier. Non je crois que ma sœur aînée suffisait à cela.

Jusqu’à lors nous nous étions tout dit, je connaissais tout d’elle et je crois que je ne lui cachais rien.

Nous faisions chambre commune alors l’intimité de l’une était l’intimité de l’autre. Maintenant que j’y repense c’est un peu troublant et une impression bizarre me tenaille parfois sur le sujet.

Je dois le dire, Andrée de cinq ans plus âgée que moi avait un empire absolu sur moi.

Elle exerçait sur moi une sorte de fascination, que bien sûr à l’époque je n’identifiais pas, mais que maintenant je qualifierais d’érotique.

J’avais suivi sa transformation physique de petite fille à femme, elle ne me cachait aucun détail. Elle m’avait même demandé de subtiliser le ruban à couture de maman pour mesurer l’évolution de sa poitrine.

Je n’avais pas aimé jouer ce rôle, mais il faut bien dire que ce jour là nous avions bien rigolé.

De tout temps j’allais me blottir contre elle dans le lit et au matin, mère nous trouvait toutes deux endormies dans les mêmes draps.

Dire qu’elle aimait, serait mentir. Un jour alors que j’atteignais l’âge de mes douze ans et que j’allais être à mon tour femme, elle me menaça d’une correction si elle me reprenait couchée avec ma sœur.

J’avais été surprise par tant de véhémence mais je m’étais tenue coite après cela.

Andrée me racontait tout, les garçons qu’elle croisait, sa vie au collège de Niort, et plein de bêtises inavouables. Je vivais pour l’entendre le soir, je vivais à travers elle et ses amours juvéniles devenaient les miens.

Puis je suis devenue une jeune femme et le charme s’est rompu. Un jour voulant faire comme elle, je lui est dit c’est ton tour, va récupérer le ruban sur l’ouvrage de maman. Elle a haussé les épaules. Je n’avais plus qu’à me recroqueviller sur moi même et c’est ce que je fis.

Je suis à ma table de travail près de la fenêtre, dehors l’ obscurité règne en maîtresse partageant de loin en loin avec des réverbères un peu de clarté. On dirait qu’elle fait l’aumône de cette lumière au peu de passants qui circulent encore dans la ville qui doucement s’endort.

L’immeuble où j’habite est une sorte d’hôtel, fermé par un grand mur et une porte majestueuse. Dans le jardin, peu vaste mais magnifiquement arboré, trône un cèdre majestueux. Lorsque j’étais petite ses ombrages m’effrayaient, maintenant ils me fascinent. Avec la lumière lunaire ses branches forment comme une lanterne magique.

C’est le cinéma des frères Lumières, je peux rester là des heures à regarder ses branches qui dansent et qui font jaillir un jeu d’ombres sur les murs de ma chambre.

La famille se moque de mon éternelle rêvasserie et Andrée plus terre à terre éprouve un malin plaisir à venir les interrompre.

Au plafond, suspendue, une lampe éclaire maigrement mon espace. La fée électricité est entrée depuis peu dans notre demeure et remplace avantageusement nos chandelles et lampes à pétrole. Nous n’y sommes pas encore habitués mais avouons le, la praticité de cette invention est remarquable.

Ce n’est encore pas d’une fiabilité à toute épreuve et de nombreuses coupures nous plongent dans le noir. Mais nous avons comme par réflexe nos vieux moyens d’éclairage à proximité immédiate.

Justement, au moment où je m’apprête à coucher sur mes feuilles quelques impressions, je me retrouve dans le noir absolu. Je me lève pour activer l’interrupteur de porcelaine, rien désespérément rien, la coupelle de verre et sa lampe luminescente reste éteinte.

Je prends peur, le noir soudain m’envahit et de vieux démons surgissent en moi. Je le sens, elle est là, elle s’insinue en moi, démoniaque et terrible. Il fait froid dans la grange, il a encore neigé il y a peu. La vache pleine beugle, Joseph ne sait que faire, il est terrifié. C’est sûr elle va revenir.

A tâtons je cherche ma lampe pigeon, cette foutue Andrée l’a encore changée de place.

Mais cela ne sera pas la peine l’électricité revient. Je reprends mon calme, les battements de mon cœur diminuent leur charge folle.

Mais le charme est passé, je n’ai plus rien à écrire et mon esprit qui devait se canaliser pour effectuer cette tâche, bat la chamade et reprend sa liberté.