LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 9 , mes premiers émois

1832, métairie de l’Auroire, village d’Aubigny

Charles Guerin

Ce qui caractérisa cette année fut le départ de mon oncle Louis Tesson, la métairie se vidait peu à peu. Notre vie était un peu comme le balancier de l’ horloge de notre maire Guerineau, les fermes se remplissaient avec les naissances puis se vidaient au gré des mariages des uns et des autres, pour évidemment se remplir de nouveau avec les enfants de celui qui restait.

Oncle Louis rencontra l’âme sœur sur la commune des Clouzeaux, l’élue s’appelait Marie Anne Tessier, c’était  je crois une famille apparentée aux Tessier d’Aubigny, mon père était copain avec le chef de la famille et leur petite me tournait autour comme une mouche sur une ……..

La noce se fit d’ailleurs chez les parents de la fille, un beau brin de paysanne de vingt huit ans, il avait bon goût l’oncle.

Lui avait déjà trente trois ans, il commençait à être temps, les années couraient vite et on ne savait de quoi demain serait fait. Remarquez mon oncle Charles avait convolé à trente et un ans, Jean à trente trois et mon père à 34 ans, je crois que c’était l’age moyen. J’appris plus tard que cela limitait considérablement les naissances.

En février avant le carême le mariage fut donc célébré, cette période était propice aux unions, la terre était au repos et les paysans avaient un peu plus de temps à consacrer aux festivités.

Comme je vous l’ai dit le carême n’était pas commencé, non pas que les couples respectaient encore cette période comme les vieux d’autrefois en faisant abstinence. Mais le curé Pelletier montait bonne garde sur le sujet. Mon père que la religiosité n’empêchait pas de dormir, fit remarquer qu’attendre trente trois ans pour se marier et ne pas pouvoir boulotter sa femme parce que le Jésus était mort à Pâques c’était à mourir de rire.

Quoi qu’il en fut les mariages en février étaient fort nombreux et celui de mon oncle fut fort réussi, la noce dura deux jours, et l’on resta sur place à dormir, dans la paille de la grange nous étions fort bien.Devant l’absence de surveillance j’avais réussi à goûter un peu aux différents vins et gai comme un pinson je m’étais essayé à la danse

J’avais comme cavalière une lointaine cousine à la mariée, même age que moi, mais me toisant d’une tête, petite femme déjà faite avec de jolies petits tétons enserrés dans son corsage rouge. Premiers émois quand elle me prenait la main, première confusion de grand dadais non dégrossi.

Il va sans dire qu’il ne se passa rien de concret, aucune caresse, aucun baiser, de plus nous avions la petite Marie Anne Tessier qui ne me quittait pas d’une semelle.

Dans ma paille après fête je fus un peu agité, pensant et repensant à ma cavalière.

Le lendemain les ripailles reprirent, avec un peu de mal au début, puis l’alcool chauffant de nouveau les esprits, avec plus de ferveur.

Dans un coin le Victor Epaud un laboureur des Clouzeaux parlait avec volubilité à mon père et à Henri Tessier. Était il encore question de ce fameux secret et de cette recherche près du moulin ?

Quel était le rapport avec Victor Epaud ce lointain cousin de ma nouvelle tante. Je percerai bien un jour ce mystère en interrogeant ma mère.

Moi en ce jour béni, je réussissais à m’évader avec ma cavalière de la veille et je l’enlevais jusqu’au bois de la laudronnière entre chez moi et le village des Clouzeaux. Je connaissais bien cet endroit car pas très loin de l’Auroire. Ce fut pour moi une journée initiatique, à l’abri des regards j’embrassais pour la première fois une fille, oh pas un simple bécot comme les enfants mais un véritable baiser avec la langue, j’avais l’impression de la posséder complètement. Ce ne fut pas le cas, elle n’accepta même pas que je la caresse un petit peu. J’en fus dépité mais j’espérais revoir ma belle pour pouvoir en profiter complètement.

Nous rentrâmes en nous faisant le plus discrets possible,  mais cela ne fut pas possible la peste Tessier nous avait dénoncés, ma petite amie eut droit à une paire de gifles et moi à une engueulade carabinée.

Le soir nous étions à la maison et j’eus droit à toute les plaisanteries du monde, mon père et mon oncle Jean m’embêtèrent avec cette première rencontre féminine.

Nous nous sommes couchés de bonne heure, le lendemain il y avait ouvrage. Il va sans dire que je ne trouvais pas le sommeil. Le souvenir de ma rencontre provoqua en moi une émotion importante et machinalement ma main y remédia, c’était la première fois, ce ne fut pas très long. La surprise de ce plaisir me fit pousser un cri. La famille n’était pas loin, je n’osais pas bouger, heureusement personne ne se réveilla, mais troublé, les mains poisseuses j’étais comme un imbécile.

Le désavantage d’avoir quatorze ans dans notre univers était que nous étions des hommes pour le travail mais que nous étions toujours des enfants aux yeux de tous, moi je considérais cela comme inadmissible.

En effet nous effectuions le même labeur que les adultes et bien sur nous n’étions pas payés, c’était comme une avance sur ce que le père nous donnerait plus tard. Donc pas d’argent et pas de liberté car le patriarche décidait de tout. Pour les femmes, nous les jeunes nous faisions carême. Aucune possibilité d’avoir une petite aventure pour nous déniaiser, seuls quelques uns d’entre nous avaient la chance de tomber sur une servante peu farouche ou une veuve ayant un retour de flamme. Certains forçaient un peu leur chance en coinçant une pauvrette qui ne pouvait se plaindre à personne. Moi je ne résonnais pas ainsi et je respectais la gente féminine, mais je ne me voyais pas attendre jusqu’à l’age de trente ans comme mes parents.

Donc le lendemain je ressassais mon infortune de n’être pas plus vieux, mais il fallait que je me livre à quelqu’un sur le sujet. Celui qui pouvait être à même de me répondre était mon oncle Louis celui qui venait de se marier. Justement de visite sur la commune pour remercier des convives de sa noce, je profitais d’un temps d’isolement pour l’interroger sur la façon la plus sure de patienter.

Il me raconta que sa main avait été sa meilleure conseillère mais qu’il n’était pas exclu que je rencontre une paysanne délurée qui accepterait de dévoiler ses charmes et qui m’accorderait quelques privautés. Mais il conclut qu’à vouloir chasser trop tôt le bon gibier pouvait passer à coté.

Bref j’avais compris, j’étais trop jeune, travaille, sue, épuise toi et surtout ne pense pas

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 8, la mort de papa

1831,  La Poissolière à Saint Julien des Landes

Jean Aimé Proux,

Les adultes en avaient presque terminé avec les travaux d’hiver, le froid était déjà très vif en cette fin Novembre.

Comme nous vivions avec le soleil, les journées de travail étaient moins longues. Du repos mon père n’en voulait pas, depuis son veuvage il tournait en rond dans la métairie, soupirant, s’ennuyant.

Il se réfugiait volontiers dans les travaux les plus rudes les plus sales, s’enfonçant chaque jour dans une sorte de dépression.

Nous avions cru qu’au mariage de l’oncle Jean Letard mon père se serait trouvé une femme, une fille de laboureur de la Mothe Achard , prénommée Louise. Ils avaient dansé ensemble et je crois qu’ils s’étaient revus, mais soit qu’il fut trop tôt dans la tête de mon père soit qu’une incompatibilité quelconque qui ne met pas arrivée aux oreilles fut rédhibitoire aux deux parties, rien ne se fit et père resta seul dans sa couche à se morfondre.

Moi j’avais ma grand mère et ma tante cela me suffisait comme femmes de toutes façons je m’étais fait une raison de la disparition de ma jeune mère.

La coupe du bois occupait à plein temps mes oncles Jean et Pierre ainsi que mon père. Ils avaient obtenu l’autorisation du propriétaire Monsieur Fruchard de tailler à ras une haie. Comme toujours l’on ferait moitié moitié, les métayers ayant simplement en plus la sueur et la fatigue.

Ce jour là le soleil tombait lentement vers son gîte, l’obscurité naissait et il fallait en finir. Mon père avec sa machette finissait d élaguer un arbre qu’il se faisait fort d’abattre le lendemain. Mais fatigué, maladroit il se tailla profondément le bras. Il hurla de douleur et mes oncles accoururent, ils lui portèrent les premiers soins.

Mon père fit le dur ce n’était rien, ils rentrèrent à la Poissolière. Grand mère Chaillot examina la vilaine plaie et décida de la laver. Demain j’irais chercher des herbes et je te panserais lui dit elle.

Tout de même le père était secoué, il se coucha presque sans manger.

Le lendemain, grand mère lui fit sa décoction, plantes, vinaigre un peu des deux je crois, cela ne sentait pas bon. Comme de bien entendu il repartit au travail.

Le soir il fut pris d’une fièvre, il suait et tremblait, la blessure purulente c’était visiblement infectée.

On courut au village chercher une vieille matrone, accoucheuse, sorcière, faiseuse d’ange on lui prêtait bien des qualités qu’elle n’avait pas.

Elle vint, regarda, psalmodia un bizarre charabia et déclara tout net qu’il fallait prévenir monsieur le curé. Belle consultation en vérité qui nous coûta une volaille. Pierre alla au village et à la lueur d’une chandelle ramena le père Bougnard.

Le curé frigorifié se fit verser une goûte avant d’administrer à mon père la prière des morts. Formalité, papa pouvait partir au ciel sereinement, c’était tout de même un peu tôt, mon père ne partit pas tout de suite. Il agonisa presque deux jours, son bras était tout noir et puait la charogne.

Ma grand mère dans sa grande mansuétude m’obligeait à le veiller, vous parlez d’une sinécure. Mon frère qui était plus vieux avait réussi à se débiner. Vouloir accommoder l’enfance et la mort en voilà une idée saugrenue, d’autant que papa ne reconnaissait plus personne.

Puis enfin il partit, délivrant de sa présence de moribond l’atmosphère empestée de notre humble demeure. Une question se posa, dut- on confectionner une bière en bois ou simplement à l’ancienne entourée d’un drap de lin blanc le corps nu et raidi de Louis mon père. Pour gagner quelques sous, la vieille opta pour un drap que nous avions à profusion, mon oncle aussi radin que sa mère aurait volontiers adopté la même position. Grand père en patriarche trancha, de belles planches séchaient dans la remise elles furent amenées au menuisier du village qui les transforma en magnifique caisse.

Le 28 novembre 1831, ci gît Louis Proux, feu mon père, par pur hasard on put le placer à coté de feue ma mère, en espérant que sous la terre froide de Vendée il put encore lui faire des niches.

En rentrant du cimetière grand mère à la cantonade, nous fit  » bon ce n’est pas tout ça mais que va t’ on faire des drôles. »

Mon frère Louis 9 ans pleura d’un coup comme si on l’eut rossé, la peur de l’abandon sans doute, moi, je m’en fus me réfugier dans les jupes de ma tante Marie Jeanne. Rose et Marie mes petites sœurs ne comprirent pas ce qui se passait. En fait il n’y avait guère de possibilité que de nous garder, seul mon frère âgé de 9 ans aurait pu être placé comme domestique. Cela faisait des bouches à nourrir en perdant la force de travail considérable de mon père. On tenta une petite approche chez les frères et sœurs de mon père, mais mon grand père reçu une fin de non recevoir.

Nous continuerions donc notre vie à la Poissolière. Bien ce ne fut plus la même chose mais tante Marie Jeanne s’occupait de nous comme une mère, mes petites sœurs avaient encore besoin d’un peu de tendresse avant que d’être jetées dans le monde des servantes et des domestiques de ferme

Pour suppléer le manque de bras dut à la mort de mon père, les adultes discutèrent si l’on ne devait pas embaucher un domestique de ferme ou une servante assez costaude pour supporter les plus durs travaux. Par mesure d’économie il fut décidé qu’on louerait un journalier pour les labours et les moissons, pour le restant de l’année il faudrait que mon frère et moi fassions un peu plus d’effort.

Pour sur que nous allions en faire, mais je n’avais que sept ans et mon frère neuf. Sans la protection de ma tante et la surveillance de mon grand père mes deux oncles nous auraient bien fait crever.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 7, fille de la campagne

 

1830, L’ératière, commune d’Aubigny

Marie Anne Tessier

A la métairie, ce qui revenait souvent dans les conversations c’était l’avancement des travaux agricoles, les animaux et aussi l’insurrection de 1793.

Les hommes entraient alors dans des discutions animées, les femmes assises écossaient les mogettes en ouvrant grand leurs oreilles. Nous les enfants nous écoutions aussi religieusement ces histoires bien souvent enjolivées et où se mêlaient déjà une part de folklore.

Moi à la dérobé j’observais ma grand mère Malard qui était la seule à survivre de cette période. Elle avait souvent des larmes qui coulaient le long de ses rides, cela formait comme un petit ruisseau qui cheminait entre deux petits vals. Je me demandais pourquoi elle pleurait et le lendemain ma mère avec ses mots m’expliqua, ta grand mère a été violée par des soldats. Le mot me parut extraordinaire, merveilleux et comme étranger mais je n’en connaissais pas le sens. Éblouie par cet aura je ne regardais plus ma grand mère de la même façon, c’est complètement idiot mais c’était ainsi.

Un dimanche nous nous rendîmes à la messe avec toute la famille, cela valait le coup d’œil, de toutes les métairies et fermes arrivaient des paysans endimanchés.

Les plus riches portaient souliers, les autres des sabots et nous étions même obligés de nous mettre de coté quand passaient les carrioles des riches propriétaires comme notre maire le Pierre Guerineau ou même les meuniers Chaillot et Tessier. Les hommes se saluaient en soulevant leur chapeau les femmes baissaient la tête quand c’était des hommes et adressaient des joyeux bonjours à leurs commensales féminines.

Nous les enfants on courait partout, devant, derrière en un véritable cortège, un jour on croisa les Guerin de l’Auroire, nos parents se saluèrent et moi jeune oie je tombais en pâmoison devant le beau Charles, il avait treize ans, moi sept, ce fut le coup de foudre, enfin pour moi, car lui ne me regarda même pas. Mais je me promis d’en faire mon homme .

Comme je vous l’ai dit la principale occupation c’était la messe du dimanche, non pas que nous étions tous des fervents catholique mais ce jour était interdit au travail. Toute la population se retrouvait au village, la famille, les amis, tous se groupaient autour du saint édifice.

Le plaisir était en général partagé, les habitats étaient dispersés et il était hors de question de perdre son temps en vaines marches pour aller voir tel ou tel autre. Alors cette convergence dominicale ressemblait à une vrai fête.

Les couples se formaient souvent à la sortie de la messe, les filles à marier se promenaient et les garçons tentaient leur chance en les abordant, si il y avait accord, le rituel pouvait commencer.

Mon père et mes oncles allaient boire à l’auberge puis allaient jouer au palet, les parties étaient endiablées. Le but était de lancer des palets sur une plaque en plomb, moi je trouvais cela bête comme jeu. Mais enfin ce que font les adultes est souvent un peu idiot.

Les femmes pendant ce temps discutaient de tout et de rien, elles faisaient le lien entre les fratries dispersées. Tout le monde se connaissait, le travail au champs, les corvées, les foires, la messe, les sépultures, le changement fréquent de métairie, la loué, la famille, tout concourait à ce que chacun se reconnaisse.

Pour sur il y avait aussi des inimitiés ancestrales, convoitises des mêmes terres, convoitises des mêmes hommes ou femmes. Jalousie, haine, ressentiments divers liés au comportement des uns et des autres pendant la révolution. Certains avaient pactisé avec les républicains et avaient fait foi des lois républicaines, d’autres s’insurgèrent contre la levée en masse de 1793, quitte à mourir, autant mourir chez soi. A la campagne les enfants épousaient souvent les querelles de leurs parents, alors les haines perduraient.

Mon père Henri avait comme copain Pierre Guerin, ce dernier était plus vieux mais les deux hommes s’entendaient à merveille, gros travaux ensemble, tournée des cabarets et des caves et mêmes discutions endiablées sur la politique Française.

Mais je crois qu’ils avaient aussi un autre point commun, pendant la révolution, Pierre Guerin avait connu mon grand père Jean et ils avaient fait le coup de feu ensemble.

Mais apparemment il y avait autre chose entre les deux hommes, Jean sur le point de mourir avait confié un secret à son fils Henri et lui avait dit d’en parler à Charles Guerin.

Un jour où il n’y avait pas grand choses à faire sur les exploitations les deux hommes partirent en direction du moulin du Beignon sur la comme de Saint Flaive des Loups, toute la journée ils avaient arpenté les chemins creux, les fossés, les bois et  une métairie ruinée.

Pourquoi faire, je n’en savais rien, mon père rentra dépité et dit qu’il leurs manquait des renseignements et qu’ils les obtiendraient bientôt si ils retrouvaient la trace d’un certain André Peaud. Tout cela était bien mystérieux pour mes oreilles enfantines et chaque fois que je tentais d’en savoir plus on me répondait que cela ne me regardait pas.

Que pouvait il y avoir au moulin de si mystérieux.

J’étais tranquille quand mes parents décidèrent que je devais aller à l’école, vraiment curieux cette prétention à vouloir me faire écrire et lire alors que  nos métairies n’avaient jamais vu le moindre livre ni morceau de papier. Les contrats étaient affaires de notaires et mes parents faisaient une simple croix  ou topaient dans la main de l’autre partie. Nous autres nous avions toujours vécu comme cela pourquoi m’embêter moi, surtout que nous les femmes nous n’avions rien à voir là dedans, c’était les hommes qui discutaient de tout. Maman me disait apprend à écouter ton père car il faudra que tu écoutes ton mari. Elle me prenait pour une godiche, je savais malgré mon jeune age comment les femmes s’y prenaient pour diriger les hommes.

Un soir à la maison on discuta ferme, ma tante Victoire n’avait plus quelque chose et cela signifiait qu’elle promenait. Je pataugeais un peu, alors ma sœur  me déniaisa un peu sur mes connaissances, la tante elle est enceinte bougre d’andouille me dit elle.

Mon père dit que les diables n’avaient pas chômé, la grand mère Mallard  s’inquiéta pour la disponibilité des lits et mère lui répondit que pour l’instant rien ne pressait et que l’on verrait plus tard.

En fait ce fut tout vu mon oncle Charles et sa femme Victoire quittèrent la métairie et le bébé naquit à Saint Georges du Pointindoux, cela me fit bizarre cette séparation familiale, mais ce ne serait que provisoire.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 6 , Les tractations de mariage

1830, Saint Julien des Landes, La Poissolière

Jean Aimé Proux

Sans maman qu’allions nous faire, grand père accepterait il de nous garder car après tout mon père n’était métayer que parce qu’il avait épousé maman sinon il serait encore domestique de ferme.

Il fallait que je trouve une solution et je crois qu’elle passait par un remariage de mon père avec sa belle sœur, mais comment faire. Je m’ouvrais du problème à mon frère aîné, il me répondit que ce n’était pas nos affaires et que mon père avait peut être mieux à faire.

Bon si ce dernier n’avait aucune vue sur Marie Jeanne moi j’en avais, je ne la quittais jamais. Le matin lorsqu’elle se levait pour préparer le repas des hommes, je me glissais hors du lit où mon frère dormait encore et j’allais la rejoindre. Je me nichais près de l’âtre et sans un mot je l’observais. C’était notre moment. Puis tout le monde arrivait, les yeux moitiés fermés, les cheveux en bataille.

Les hommes sortaient pisser sur le tas de fumier et telle une rangée d’hirondelles sur une barrière, alignés presque par ordre de taille, ils rigolaient grassement à celui qui allait le plus loin. Invariablement on se moquait de moi,  » Aimé c’est une drôlesse y préfère pisser avec les filles  »

Je râlais mais c’était vrai, chaque matin Marie Jeanne m’emmenait faire en même temps qu’elle.

Impudicité de sa part , non certes pas, j’étais encore un bébé disait elle. J’avais le sentiment que cela ne durerait pas encore très longtemps, la grand mère pudibonde y mettrait les oh là.

Ensuite chacun allait travailler, Marie Jeanne allait à la traite, je la suivais. Lorsqu’à sa suite je pénétrais dans l’étable j’étais immédiatement saisi par l’odeur acre qui s’en dégageait, pisse, bouses, fumier en décomposition, odeur corporelle des vaches. Nous en étions comme envoûtés et il nous fallait quelques minutes pour nous y habituer.

Le jour à peine levé, nous ne devinions qu’avec peine la forme des animaux, pas question de prendre une chandelle, trop dangereux et pas assez économique. Mon grand père disait les pis des vaches c’est comme la queue d’un homme on la trouve bien dans le noir.

Outre l’odeur envoûtante, la prégnance de la chaleur qui venait vous saisir vous irradiait d’un bonheur indéfinissable. Lourde, humide, chargée de miasmes elle vous pénétrait hiver comme été.

Marie Jeanne prenait son tabouret et avec dextérité tirait sur les trayons des vaches. J’étais toujours là pour la première tirée, odorant, chaud, gras ce lait presque jaune ravissait mes papilles.

Au champs je n’avais pas le droit de la suivre, je traînais à la Poissolière en étendant chaque jour mon champ d’investigation.

Le soir lorsque je pensais que tout le monde dormait, je descendais de mon lit et gagnait la couche délicieuse de ma tante presque mère, de ma tante presque ma fiancée. Jamais elle ne me repoussait, je me lovais le long de son corps chaud, je m’inondais de son parfum corporel. Elle me grattait la tête et je m’endormais serein.

En juillet 1830 ce fut un beau chambardement, le tocsin sonna et les hommes coururent au bourg, un incendie, une guerre, un mort ou l’arrivée imminente d’une catastrophe. Cela ramenait aux jours lointains et mon grand père Pierre ressortit même son vieux fusil.

Cela ne fut qu’une révolution Parisienne mais tous furent inquiets la dernière fois cela avait commencé de la même manière.

On apprit que les morts s’amoncelaient et que le roi Charles avait abdiqué pour son fils. Tout le monde conjecturait, mais les adultes se disaient que le père ou le fils c’était bien pareil, du moment qu’il n’y avait pas une république. Mon père n’y comprenait rien pas plus que les autres d’ailleurs.

A la Poissonière il fut décidé que l’on ferait comme les beaux messieurs des châteaux et comme le curé Bougnard.

L’effervescence redescendit un peu lorsque l’on apprit qu’un roi nommé Louis Philippe avait succédé à celui qui occupait le trône. Voila qui se terminait bien et moi je me pris une torgnole par grand mère lorsque je dis que c’était bien la même chose. Le curé à la messe avait dit que ce roi n’était point le légitime alors ma grand mère qui croyait aux paroles du bon père comme à l’évangile ne jura que plaies et bosses pour l’intrus.

Cela avait animé les soirées des adultes,  justement un soir au détour d’une porte mon grand père Pierre raconta une aventure qu’il avait eu pendant l’insurrection, je ne compris pas tout car les  hommes chuchotèrent mais il fut question d’un coffre et de patauds.

A la table quand les hommes évoquaient cette période que d’ailleurs bien peu avait connu, ma grand mère Marie Jeanne debout près du potager se fermait et se mettait à psalmodier une prière.

Je ne sus que bien plus tard qu’elle avait été déshonorée, forcée par deux républicains en goguette. Bien étrange période ou un même peuple s’entre-tua et ou se réveilleront les pires instincts.

De mes oncles et tantes aucun n’était marié et il va s’en dire que les conversations sur le sujet allait bon train.

Moi je n’en perdais pas une miette, car je n’avais pas encore abandonné l’idée que mon père refasse sa vie avec Marie Jeanne ou bien même et plus bêtement encore que cette dernière m’attende.

Pour mon oncle Jean les négociations étaient déjà entamées avec une famille de la Mothe Achard, ce fut assez long car voyez vous la belle n’était point paysanne et alors là chez les Letard, il y avait comme un problème. En fait il y avait deux problèmes la soupirante était couturière et les parents cabaretiers. Autant dire aux yeux de la grand mère qu’ils tenaient un bordel et que leur fille n’était que catin. Moi avec mon frère on trouvait cela un peu curieux car les hommes allaient tous au cabaret après ou pendant la messe sans que les femmes n’y retrouvent à dire et de plus elles avaient recours à des couturières pour leur robe de mariage. Mais la grand mère en démordait pas. Elle n’eut pas le dernier mot mon grand père commandait encore un peu et en plus l’oncle Jean mit semble t ‘il la charrue avant les bœufs.

A cette occasion je me pris une gifle magistrale de l’amour de ma vie la tante Marie quand j’eus demandé pourquoi mon oncle avait mis cette fameuse charrue devant les bœufs avec une catin.

Ce soir là autant vous dire que je restais dans mon lit. Jean devint donc fiancé avec Véronique Seguin, je l’appris un dimanche quand grand père, les oncles Jean et Pierre ainsi que mon père rentrèrent complètement saouls du petit bourg de La Mothe Achard. L’accord avait été entériné entre les parties après force coups d’un petit vin aigrelet qui venait de la région Nantaise.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 5, naissance et mort à l’Auroire

1831, Aubigny, village de l’Auroire

Charles Guerin

En cette fin d’année 1831 la tante Sophie ne pouvait plus se traîner tellement son ventre était gros, à chaque pas on eut dit qu’elle allait déposer son bébé sur le sol.

De la bonne graine disait mon père, à peine un an de mariage et déjà un petit Tesson. Bon dès que maman n’était pas là il parlait un peu plus fleuri en disant en substance que la Sophie l’aimait bien être culbutée. Maman plus économe de mots trouvait que leur histoire était belle et que le couple serait prolixe.

La petite angélique arriva après la fête des rois et ne devança ma petite sœur Rosalie que d’un gros mois. Car voyez vous ma mère avait aussi trouvé le moyen d’être grosse. C’était le septième enfant du couple en vingt un ans rien de très remarquable en soits. Moi avec mes yeux d’enfant j’avais toujours l’impression que ma mère était enceinte ou qu’elle allaitait. J’appris incidemment en écoutant les femmes à la buée qu’elles faisaient exprès de garder leur enfant aux seins pour ne pas retomber enceinte trop tôt. Subtilité de bonnes femmes me confia mon oncle Pierre à qui je posais les questions qui me tracassaient .

Lorsque ma sœur arriva en mars j’étais déjà un vieil habitué des naissances, pensez donc j’avais dix ans lors de la précédente grossesse de ma mère, maintenant j’allais sur mes treize ans. Je n’ignorais rien des mises bas chez les génisses et j’avais même aidé mon père une nuit où la Belouze avait eu quelques difficultés.

Par contre si je savais à peu près tout, certains détails m’échappaient encore, en guise d’anatomie féminine je n’ avais guère comme référence que le sexe de ma petite sœur que j’observais pendant qu’elle était au baquet. Je me demandais donc comment un bébé pourrait passer par un tel endroit.

J’avais bien tenté d’en savoir un peu plus en zieutant ma grande sœur Marie Anne mais rien n’y fit elle était prudente

L’accouchement se passa très mal et fut fort long, toutes les femmes étaient à l’intérieur pour assister ma mère et nous les hommes nous étions à nous geler dehors. La sage femme, noble ignorante qui n’avait de connaissances que son expérience fit ce qu’elle put, au bout de vingt quatre heures la petite arriva enfin. Mon père fut heureux de ne pas perdre ma mère, par contre l’arrivée d’une pissouze ne le fit pas sauter de joie.

Moi je m’étais endormi dans la paille de l’étable et personne ne pensa à me prévenir, j’en fus un peu chagriné.

Pour se rattraper mon père décida de m’emmener avec lui à la mairie déclarer l’enfant, mes oncles Louis et Jean devaient servir de témoins. Nous primes la route après avoir fait un casse croûte.

Maman dormait épuisée, ma sœur Marie Anne s’occupait du bébé. Nous devions impérativement déclarer l’enfant auprès de monsieur le maire Pierre Guérineau. Nous étions mardi et il y avait foule au village nous nous arrêtions sans cesse pour donner des nouvelles, pensez donc encore un chiard à l’Auroire. Le premier magistrat était en ce jour à la maison commune. On appela la petite, Françoise Rosalie.

En sortant nous allâmes directement chez Enard l’aubergiste, je bus ce jour ma première chopine de pinard autant vous dire qu’à treize ans l’effet fut immédiat. Surtout qu’on ne s’arrêta pas là, mon père oubliant que j’étais encore un peu jeune. En sortant je titubais et je faisais rire tout le monde, pour faire marcher le commerce qu’il a dit mon père nous allons aller chez Traineau l’autre cabaretier du bourg. Tous les paysans semblaient s’être donnés rendez vous en ce lieu, c’était étonnant en ce jour de semaine. Cette dernière station m’a complètement achevé et lorsque nous sommes arrivés à l’église pour prendre note du futur baptême avec le curé Pelletier je tenais difficilement debout. Autant vous dire que le bon père engueula mon paternel d’abondance.

Ce ne fut pas la seule engueulade qu’il se prit car ma mère qui avait repris un peu de force nous attendait de pieds fermes. La tante Sophie était outrée et l’oncle Jean ne fut guère à la noce de la soirée.

Moi je dormis tout d’une souche jusqu’au matin d’un sommeil bien agité. Le lendemain je fus jeté bas de ma paillasse par ma grande sœur qui m’envoya curer l’étable. Tu picoles comme un homme alors travailles comme eux, je fus nauséeux toute la sainte journée et ce n’est pas l’odeur fétide de la merde qui y changea quoi que cela.

Malheureusement à l’Auroire comme dans toutes les métairies, la balance de la vie penchait soit vers le bonheur soit vers le malheur.

Le 5 avril la petite de l’oncle Jean ferma les yeux pour ne jamais les rouvrir, ce fut pénible elle n’avait que deux mois, moi cela ne me fit ni chaud ni froid un peu comme les bébés chats que mon père jetait  sur le fumier.

Ma tante Sophie pleura toutes les larmes de son corps, les femmes sont bien des pleureuses moi je ne percevais pas la tristesse de la même façon qu’un adulte et je me disais qu’elle pourrait en faire un autre. Ma mère un peu superstitieuse disait que le malheur était entré à l’Auroire. C’était idiot, des morts il y en avaient déjà eu beaucoup au sein de ces vieille pierres.

Je ne fus pas du voyage déclaratif à la mairie mais le lendemain nous étions tous au cimetière du village, le père Pelletier ne fit pas d’envolée lyrique, ce n’était qu’un enfant.

Quelques pelletées de terre firent disparaitre à jamais la petite dans le coin des enfants du cimetière d’Aubigny et bientôt même les parents perdront la trace du petit tumulus de terre fraiche.

La vie reprit doucement, ma mère ne fut plus jamais enceinte, apparemment les dégâts occasionnés par le passage de ma petite sœur avaient rendu stérile le ventre de maman.

Par contre ma tante par les effort constants de mon oncle eut de nouveau le ventre qui s’arrondit et la poitrine qui s’embellit. Le soleil entrait de nouveau à la métairie

LE TRÉSOR DES VENDÉENS , Épisode 4 , La mort d’une mère

1829,  cimetière de Saint Julien des Landes,  

Jean Aimé Proux

La pluie tombait en cataracte et insidieusement mouillait nos vêtements, groupés autour de la fosse nous pataugions dans la terre fraîchement retournée.

Au fond du trou quelques planches d’un mauvais bois clouées à la hâte . Le méchant déluge répandant ses eaux écroulait déjà les parois terreuses de la fosse funèbre. Sous ces vilaines planches, un linceul de chanvre blanc enveloppait ma maman.

Le bruit de l’eau sur les planches semblait jouer une mélopée, on aurait dit sabots frappant le parquet d’une salle de danse. Mon père se tenait à coté de moi, son regard comme perdu, errait dans le néant. Toute la famille se tenait près de nous.

Mon grand frère Jean Louis masquait ses larmes derrières les gouttes de pluie qui lui fouettaient le visage.

Mon grand père courbé sur une canne de roseau psalmodiait derrière ses grosses moustaches, comme détaché du temps. La perte de sa fille l’avait comme englouti dans les méandres de sa peine.

Marie Jeanne ma grand mère dure au mal faisait face à l’adversité, son visage fait de marbre n’exprimait aucun ressenti humain. Sûrement avait elle mal, mais la vie l’avait durci comme le feu trempe le fer.

Mes oncles Jean et Jean Pierre, rudes gaillards que rien ne pouvait atteindre étaient figés dans une attitude de résignation, la tête baissée, ils observaient comme moi la flaque d’eau qui se formait dans le trou.

Le restant de la fratrie nous entourait mélangé avec les amis et voisins.

Le curé marmonna en latin une dernière prière, puis deux gars du village commencèrent à jeter de la terre pour recouvrir celle qui hier encore me tenait dans ses bras. Ce fut le signal de la séparation, ceux qui avaient du chemin s’en allèrent directement, pour les autres rendez vous était donné à la métairie pour y boire le coup.

Pour ma part je n’arrivais pas à me détacher de ces pelletées de terre qui tombaient sur le corps froid de ma mère.

Mon père mit un arrêt à ma méditation en me posant la main sur l’épaule.

  • Viens rentrons.

Ce simple contact me rassura, je crois que mon père ne m’avait jamais encore donné un geste d’une telle affection.

De l’église à la maison il y avait bien 4 kilomètres, nous les fîmes groupés comme des moutons, silencieux, abattus , malheureux.

En arrivant chacun se groupa autour de l’âtre où brûlait une massive bûche de chêne, mon frère et moi, on fut placé devant avec les anciens. La vapeur d’eau qui s’échappait de nos nippes trempées exhalait une forte odeur, sueur, crasse, humus et terre en une seule flagrance se mélangeaient.

Grand père Pierre sortit du buffet familiale une fiole d’eau de vie, tous les hommes présents se revigorèrent, les femmes qui n’avaient point accès à ce noble breuvage se contentèrent d’une sorte de pisse mémé fait de plantes dont Marie Jeanne ma grand mère avait le secret.

Moi et Jean Louis nous eûmes la satisfaction de boire une bolée de lait tiède et gras tout droit sorti des pis de la Noiraude.

Une fois le monde parti, le silence se fit, d’un commun accord plus personne ne parla.

Grand père rompit la gêne qui s’installait en donnant quelques ordres.

  • Jean va donner à manger aux bêtes.

  • Jean Pierre va continuer la coupe de bois au pâti de la Gîte.

  • Marie Jeanne va à l’étable, nettoyer.

Tous sauf mon père eurent une tâche à effectuer.

Mon grand père régnait en maître sur sa métairie de la Poissolière ainsi que sur ses occupants, nul ne contestait ses ordres et directive.

Moi pour l’heure je me réfugiais dans les jupons de ma tante Marie Jeanne, je l’adorais et ne la quittais guère, je crois bien que du haut de mes 5 ans j’en étais un peu amoureux. Elle me cajolais et me cédait tous mes caprices. Mon père se moquait en me disant que de traîner avec les fumelles j’allais me transformer en pleurnichouze .

Ma mère s’était différent elle n’avait guère eu de temps pour moi car ma sœur Marie était toujours à la mamelle.

D’ailleurs se fut à la mort de ma mère la première préoccupation, comment nourrir la Marie Véronique, moi je croyais simplement que le fait d’être une femme permettait de donner le sein mais apparemment grand mère et tante ne pouvaient le faire. Mon frère qui s’y connaissait m’expliqua qu’une femme s’était comme une vache, il fallait qu’elle ait un veau pour donner du lait.

Je n’ai pas bien compris le rapport mais bon le petiote se retrouva aux seins d’une domestique de la Bassetière.

A mon père, perdu dans ses pensée près du potager je n’avais encore posé aucune question.

Je tentais de le faire

  • Pourquoi elle est morte maman.

  • Parce que not bon dieu la rappelée

  • Il l’a rappelé parce qu’elle avait fait le mal

  • Non au contraire Aimé

Ce fut tout et je n’étais pas plus avancé, pourquoi le bon dieu faisait il mourir une maman de 29 ans.

Certes ces dernier temps, elle était fatiguée se plaignait de la poitrine, toussait et avait même de la fièvre mais tout de même.

Maman se nommait Rose Letard, elle était née sous le consulat de Napoléon, mon père l’avait marié en 1821, il était domestique chez grand père quand celui ci tenait la Grassière sur la commune de La Chapelle Achard.

Mon père avait coutume de dire j’ai troussé la fille du patron pour pouvoir être métayer. C’était un peu vrai mais aussi un peu faux. De fait lui qui n’était qu’un valet de ferme devint associé de mon grand père sur la métairie de la Poissolière à Saint Julien des Landes

Il eurent rapidement mon grand frère, très rapidement même . Puis se fut mon tour deux ans plus tard.

Ils complétèrent la famille par mes deux sœurs, Rose Victoire et Marie Véronique, j’avais l’impression que maman était toujours avec un gros ventre. Je ne sais par quel miracle les enfants venaient mais j’avais quand même l’idée que cela avait un rapport avec les petits cris que poussaient maman le soir derrière les rideaux de leur lit.

Mon père se retrouvait donc avec quatre enfants dont un aux langes, il allait falloir qu’il se retrouve au plus vite une femme. Moi j’aurais bien aimé que ma tante Marie Jeanne devienne la femme de mon père. Au village un métayer s’était remarié un mois après son veuvage avec sa jeune belle sœur.

Bon cela ne se fit pas c’est pour moi un grand mystère, ma tante était très belle et elle n’avait point d’homme.

La construction d’une histoire  » le TRÉSOR DES VENDÉENS  »

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, épisode 1, L’ignoble massacre

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 2 Charles Guerin, Ma famille de L’Auroire

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 3, une enfance paysanne à l’Ératière

La construction d’une histoire  » le TRÉSOR DES VENDÉENS  »

 

On a tous à un moment donné, envisagé de prendre la plume et de raconter l’histoire de nos ancêtres.

Rien de plus facile mais aussi rien de plus difficile, ils sont proches, on peut presque leurs tendre la main. Mais les quelques actes où ils apparaissent, suffisent-ils pour nous permettre d’appréhender leur vie. C’est une vaste question à laquelle je serais presque tenté de répondre par oui.

La sécheresse de l’état civil ne permettant pas à mon avis de faire transparaître leur humble vie de façon vivante et intéressante pour un lecteur. Il faudra toutefois apporter à l’ensemble une touche romanesque. Une simple énumération de dates et de lieux lasserait à coup sur.

J’ai déjà écrit quelques textes mettant en scène mes ancêtres, ils ont été appréciés auprès de vous et l’idée d’en écrire une qui regrouperait plusieurs branches qui finiraient par se rejoindre m’est venue suite à vos encouragements.

J’ai choisi d’écrire l’histoire des arrières grands parents de la grand mère de mon épouse. Cette dernière est née peu avant la première guerre mondiale à une époque pivot pour la paysannerie et d’ailleurs pour le monde en général.

C’est un vaste programme et je m’en rends compte maintenant à l’écriture.

La personne de référence est donc une noble grand mère , nommée mémé Titine et qui pour l’état civil se nommait Marie Élisabeth Ernestine Alexandrine Proux. Elle nous a quittés il y a maintenant quelques années ,13 ans. Elle avait de l’importance ce sera donc une sorte d’hommage.

A partir de cette brave paysanne je me suis mis en quête de conter l’histoire de ses huit arrières grands parents.

Pour pouvoir le faire je me suis simplement glissé dans leur rôle, j’ai revécu leurs joies, leurs peines, leurs  amours. J’ai fait naitre leurs enfants, enterrer leurs proches. J’ai pénétré leur intimité, je me suis glissé dans leurs draps, j’ai saisi leurs outils et poussé la charrue.

Pour rajouter une petite touche liant ces familles j’ai inventé une petite histoire qui leurs est commune, elle n’est pas prépondérante, mais sert de support à l’ensemble.

L’idée première était de narrer la vie de ces huit personnes mais je me suis tout de suite aperçu que ne vivant pas seules il faudrait aussi que j’évoque la vie des gens qui les entouraient.Je me suis vite retrouvé à côtoyer  des dizaines de personnes. C’est une difficulté majeur que de les évoquer sans qu’ils prennent le pas sur vos héros.

Pour me lancer dans cette grande aventure je me suis plongé dans les sources dont je pouvais disposer et que vous connaissez.

La plus importante est bien évidemment le registre d’état civil . J’ai été obligé bien entendu de faire l’arbre généalogique descendant de tous mes personnages mais aussi de celui de leurs proches. Ce ne fut pas une mince affaire et je dois avouer que quelques zones d’ombres subsistent.  Il m’a fallut  être exact et méthodique pour compiler toutes ces données, car je tenais à ce que toutes les informations soient exactes.

J’ai ensuite passé énormément de temps dans les listes de recensement, ce fut primordial pour pouvoir appréhender leur vie. On trouve beaucoup de choses dans ces listes, leurs lieux de vie, leurs voisins, leur famille, leur environnement social, leur profession et leur condition sociale. C’est une mine d’or indissociable de ce genre d’écriture.

Lorsque l’on possède le nom de l’endroit où ils ont vécu un petit tour dans le  cadastre vous permet de visualiser leur lieu de vie.

J’ai également utilisé les très utiles comparateurs de cartes et l’indispensable Google earth.

Je me suis rendu sur les lieux pour me rendre compte que les changements opérés par l’homme dans l’habitat ne me permettaient pas de me mettre complétement dans l’ambiance. Moi qui comptait là dessus j’en fus assez déçu.

J’ai lu aussi les registres de délibérations municipales afin d’y glaner quelques bribes d’informations sur ces villages sans histoire.

Il m’a fallut aussi connaître l’histoire locale et régionale et j’ai également mis à contribution mes souvenirs de dizaine d’années de lecture et d’étude.

Pour les hommes j’ai également parcouru les registres matricules, c’est très intéressant, niveau d’étude, description physique et localisation allant au delà des registres d’état civil.

Je rajouterais la lecture de quelques journaux et nous aurons à peu près tous les éléments qui vont pouvoir nous permettre de commencer.

 

Une fois vos notes couchées sur un papier, il faut laisser sa plume faire le reste, ne rien lui interdire pour que cette compilation de données brutes prenne vie.

Pour que cela soit réussi il faut se délester de sa carapace d’homme moderne et prendre place dans la peau de ceux qui nous ont précédés et qui nous ont donné le jour. Il faut s’imaginer à la peine traçant un sillon, s’imaginer sur un lit de douleur donnant naissance à des enfants que vous ne verrez peut être pas grandir. Sentir l’eau froide de nos rivières quand vous rincerez votre linge, sentir les ampoules vous venir lors du battage des grains. Il vous faudra enfin mourir sur votre grabat sans que les secours d’un médecin ne viennent adoucir votre trépas.

J’aurais pu choisir n’importe quels ancêtres, mais la richesse des archives numérisées Vendéennes a fait que je me sois plongé dans ce canton de la Mothe Achard.

Par expérience, je me suis rendu compte que les archives départementales de Vendée étaient à la pointe de la numérisation des données et qu’il m’aurait été difficile de faire ce que j’ai fait sur un autre département.

De plus les particularités sociétales font qu’il est plus facile d’écrire sur des familles vendéennes que sur d’autres. Les vendéens vivaient en famille et souvent dans un habitat dispersé.

Seule la taille de l’exploitation conditionnait le nombre des habitants qui y logeaient et qui y travaillaient . Lorsqu’un couple était de trop il s’en allait, lorsque les enfants étaient trop nombreux ils étaient placés comme domestiques. Tout était immuable, la force des choses et la force des coutumes. Mes héros bougèrent beaucoup ce qui eut pour inconvénient d’avoir à les retrouver mais qui eut pour avantage de rajouter des éléments narratifs.

Il en sera ainsi jusqu’à la première guerre mondiale. Après tout changera, les vendéens s’exileront, les paysans iront à la ville et la  »langue vendéenne » disparaîtra au profit de la  »langue Française  ».

Je précise que l’histoire du trésor est inventée de toutes pièces, le moulin du Beignon à Saint Flaive des Loups a bel et bien existé, mais les occupants décrits dans mon histoire sont fictifs.

C’est la seule concession tous les autres personnages de l’histoire sont bien réels, ainsi que toutes les dates et autre lieux.

Je vous invite donc à me lire et à vivre à travers quatorze personnages la vie de ces illustres inconnus qui pourraient être vos parents.

J’ai insisté sur la vie intime, ne voulant pas surcharger mes textes de discussions techniques et politiques.

Mes textes sont corrigés par mon épouse, je suis un autodidacte de l’écriture et elle n’est pas une correctrice professionnelle, des fautes d’orthographe peuvent donc nous échapper et des erreurs grammaticales ou de syntaxe peuvent aussi froisser les puristes.

Ma chronique s’étendra sur une grande partie de l’année 2020, avec environ cent cinquante épisodes. Ensuite je compilerai ces pages dans un manuscrit et je tenterai peut être une autre aventure.

J’espère que vous me suivrez dans cette aventure pour moi passionnante.

A TRÈS BIENTÔT