UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 34, au jeu de l’infidélité

 

Nicolas Perrin

commune de Verdelot département de Seine et Marne

année 1830

Enfin merde j’ai bien cru qu’elle allait revenir cette foutue république. Les étudiants et les ouvriers de Paris ont pourtant bien fait leur travail, faire tomber ces salopards d’ultra, ces suppôts d’ancien régime.

Le maréchal Marmont, le traître, le roi de la ragusade a bien essayé de défendre le trône du Charles.

Mais rien n’y a fait la couronne est tombée et notre courageux sir s’est enfui avec sa famille.

Seulement et c’est ce qui me met en rage, ce n’est pas ceux qui l’ont fait tomber, qui vont la ramasser mais les magouilleurs habituels, la girouette Talleyrand, le fat la Fayette et le banquier Laffite.

Ramassant le convoité couvre chef ils l’offrirent au fils du Philippe Égalité ,un raccourci de la terreur. Bel exemplaire que celui là , traître à sa patrie, richissime rejeton de noblesse s’abaissant à faire semblant de mener vie bourgeoise. Allié de la haute finance et respectueux de l’ordre établi, bien loin de nos préoccupations. C’est bien la peine que ces pauvres gens luttent et meurent pour que nous ayons Louis Philippe 1er comme Roi.

Au village ce fut un peu agité, on a eu les nouvelles sporadiquement alors difficile de se faire une idée. J’ai failli foutre une peignée au maire du village le Henri Didot. C’est mon fils Nicolas qui s’est interposé.

Méchant mois que celui là, les journées du 27, 28 et 29 juillet étaient porteuses de joie, le 9 aôut nous avions officiellement une monarchie bourgeoise. La satisfaction était d’avoir retrouvé nos belles couleurs tricolores.

Mais un autre bonheur plus terre à terre m’arriva aussi. Je retrouvais le nid douillet d’Augustine. Cela se fit naturellement sans qu’on le recherche l’un l’autre. Un matin je l’ai cueillie chez elle, le François était avec son troupeau au loin cela je le savais et moi je faisais paître les miens non loin de là.

Marie Louise était au bourg donc du coté de Pilfroid j’étais tranquille. Je suis donc rentré chez elle mû par le sur instinct d’être attendu.

Bien qu’elle ne fut plus aussi belle qu’autrefois son charme était encore indéniable, ses cinq maternités n’avaient pas abîmé sa silhouette. Elle s’était simplement un peu empâtée. Son visage ne portait guère les traces des affres du temps et un sourire engageant m’accueillit quand elle se retourna.

On ne reprit pas ce jour là notre liaison, mais un baiser gratifiant me fit comprendre qu’elle allait s’offrir à nouveau à moi. Il nous restait à être prudents et je lui proposais de me rejoindre au pacage.

Marie Louise Cré, femme Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1830

Ma dernière avait trois ans, Marie Louise Augustine qu’on l’avait nommée. Cela faisait une belle famille, neuf enfants avec seulement trois décès. J’avais mérité du repos et je ne voulais absolument plus d’enfants, seulement voilà j’étais réglée comme du papier à musique , une vraie gamine. Alors le seul moyen était de réguler les ardeurs du vieux berger, car lui aussi un vrai enfant, toujours prêt.

Sauf que le grigou approchait de la soixantaine et qu’il était peut-être bon de jouter comme un jouvenceau mais faire naître un enfant qui ne verrait pas son père était d’une vile inconscience.

Donc tout y allait, mal aux dents, mal au ventre, mal de tête, simagrée chrétienne comme le carême et l’avent. Pour sûr des fois il s’énervait et je devais m’employer à mes devoirs conjugaux, la trouille d’être grosse me coinçait un peu et j’avoue que je regardais le plafond et comptait les moutons.

Mais c’est bizarre depuis quelques semaines le vieux satyre ne me demandait plus rien, je questionnais les enfants, le Joseph du haut de ses dix ans savait-il quelque chose, la Denise espiègle femelle de 21 ans connaissait-elle les mystères de son père. Ils ne purent rien me dire. Je me gardais bien de demander aux aînés, ils étaient trop vieux et bien trop proches de leur père qu’ils révéraient , jamais ils ne m’auraient révélé quoique ce soit.

Avait-il repiqué au jeu de l’infidélité, je n’étais pas dupe de ces fredaines et je crois que je m’en accommodais . Sauf que j’avais une notable exception, la Augustine ma belle sœur. C’était pour sûr le grand tourment de ma vie de ne pas savoir.

Je le sentais et mon instinct de femme bafouée ne pouvait me tromper. De plus la fille d’Augustine et de François ressemblait tellement à Denise que c’en était une provocation.

Donc je me décidais un jour à suivre mon bougre de bonhomme. En fait rien n’y fit et de femelle cachée je n’en n’ai point trouvée. Soit ce diable lisait en moi, soit je n’étais qu’une cruche.

Je me décidais à laisser mon imagination vagabonder pour l’instant et m’occuper à surveiller mes filles.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 33, une ressemblance gênante

 

 

Marie François Isidore Groizier

Commune de Verdelot département de la Seine et Marne

1827

Nous étions en mai quand mon deuxième enfant naquit, mon fils aîné n’avait encore pas deux ans. Ma femme n’avait pas été spécialement contente de retomber enceinte aussi vite. Pourtant elle allaitait consciencieusement Jean Baptiste Isidore, comme quoi cette vieille croyance colportée de mère en fille qui disait que l’allaitement éloignait les grossesses n’avait guère de fondement.

Après un fils ce fut une fille, moi je m’en moquais,de toutes façons je n’avais rien à leur transmettre.

Si j’exagère j’étais tuilier, ce n’était pas rien et mon savoir après tout valait de l’or. Enfin de l’or il ne faut rien exagérer, de toutes façons la fabrication de tuiles ne se faisait pas toute l’année, alors quand j’étais inoccupé je retournais à la terre. Je préférais la confection de mes tuiles mais à quoi bon.

On appela ma fille Clarisse Adélaïde, une idée de ma femme. L’accouchement se passa bien, aucune complication, la sage femme lui dit ma fille tu as des hanches pour faire des gosses. Tout doux,c’est pas le tout d’en faire il faut les nourrir .

Mais de toutes façons à moins que je ne touche plus ma femme d’autres enfants arriveront.

La cousine de ma femme Marie Angélique venait d’avoir un enfant et elle a 47 ans, lui est encore plus vieux, il m’étonnerait que cette petite fille voit vieillir ses parents. Dans le village on jase un peu et l’on dit que les Perrin c’est pire que des animaux. C’est bien des conneries de grenouilles de bénitier, il faut pas se mentir tout le monde fait pareil, certains ont simplement de la chance.

Bon en parlant de cette famille Perrin de Pillfroid, bah ma femme est le portrait craché de leur fille Denise, c’est sûrement un hasard mais c’est un peu gênant car les villageois cancanent de bon cœur.

La mère de ma femme est la meilleur amie de la femme Perrin et accessoirement sa belle sœur alors je ne crois pas à une incartade de cette dernière. Ma femme est aussi un peu gênée lorsqu’elle rencontre sa cousine car confusément elle sent une sorte de fraternité qui va bien au delà d’une amitié entre cousins.

Il faut aussi dire que le Nicolas il n’a pas une bonne réputation ce berger, il a activement participer aux troubles de la révolution, a été soldat,et est aussi soupçonné d’être un leveur de jupons.

Je n’aimerais guère que mes enfants entrent dans cette famille.

Rosalie Joséphine Cré

commune de Verdelot département de Seine et Marne

1830

La chaleur, encore la chaleur, j’ai un ventre pire qu’une barrique à vin, je m’en vais vers des mauvais jours.

Je n’ai pas redouté les précédents enfantements, cela sera mon quatrième, mais allez savoir celui là me terrorise.

Je vais sûrement manquer les moissons c’est un manque à gagner pour nous,Isidore est passablement méchant sur le sujet et m’accuse presque de retenir l’enfant pour feignanter.

Si la peur d’une gifle ne me retenant pas je lui dirais bien de remballer son engin et d’aller voir ailleurs, certains le font. Mais lui je crois, manque de courage et d’audace sur le sujet.

Au village il y a de l’énervement dans l’air, les esprits s’échauffent et à l’auberge on parle fort. Il paraît que les libertés sont menacées et notamment celles sur les journaux.

Je ne sais trop de quelles libertés ces agités parlent, nous quoi qu’il arrive on est penché sur notre terre, on crève dessus, elle nous nourrit péniblement. La plupart des terres ne sont pas à nous, alors à quoi bon. En plus moi les journaux je ne les lis pas et pour cause je ne sais pas lire.

La véritable révolution serait peut-être de substituer la faux à la faucille ou bien d’améliorer l’amendement des terres. Mais voilà quelques uns veulent la république en lieu et place de notre bon roi Charles.

En attendant je suis seule avec mes petits en attendant la délivrance, Clément a 2 ans et il tournoie autour de moi en me fatiguant avec son babillage, Adélaïde a 3 ans et du haut de son premier mètre croit pouvoir gérer son monde. L’aîné Isidore a 5 ans c’est lui qui doit aller chercher du monde si jamais il me prend l’idée d’accoucher alors que tout le monde est au champs.

Bien m’en a pris j’ai perdu les eaux pendant la nuit du 10 juillet 1830, aussitôt tout c’est mis en branle, ma mère Augustine en voisine est arrivée aussitôt, mon père est allé quérir la sage femme.

Elle a eu à peine le temps d’arriver qu’un petit me venait, il brailla tout de suite. On le frotta, puis on l’emmaillota.

On le nomma Félix Narcisse Médéric, il fut baptisé le lendemain mais moi j’étais bloquée à la maison pour cause d’impureté.

Après quelques jours je dus me remettre sur mes jambes la maison était transformée en dépotoir, mon mari étant absolument incapable de faire une tâche domestique. A part brailler et talocher les petits il était dans l’incapacité de faire quoique ce fut. Certes ce n’était pas son rôle, mais moi j’allais bien aux champs.

Maman me fit remarquer que 4 enfants était déjà une belle performance et qu’il faudrait peut-être que Isidore se tempère ou que je me débrouille autrement pour la satisfaction de ses sens. Ces propos dans la bouche de ma mère me choquèrent un peu, avait-elle mis en pratique ce qu’elle préconisait dans mon couple?

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 32, En regardant passer les nantis

 

commune de Gault le soigny département de la Marne

Année 1825

Vivat Rex in aeternum, joli cri en vérité que celui là, notre roi ,le frère aux deux autres ,avait cru bon de se faire sacrer. Croyait-il cet idiot qu’il allait effacer par ce cérémonial d’un autre âge la révolution et l’empire?

Ce que coûta la réfection de la cathédrale de Reims et tous les frais inhérents à ce genre de joyeuseté aurait pu nous faire vivre nous les pauvres ou les pas très riches de nombreuses années.

On les voyait passer ces nantis, ces joyeux coquins, ces gueules poudrées, ces fiers rejetons d’un monde rejeté. Beau défilé de carrosses dorés, cocher aux longues bottes fouettant les bêtes qui crachaient de l’écume. C’était une course effrénée, pour arriver les premiers, se faire voir, loger en les plus beaux hôtels, avoir le frisson de croiser le regard de leurs majestés.

Comme des éléments de décors nous les regardions passer, pieds nus ou sabotés, bien loin des souliers vernis à boucle d’argent. Ne suscitant pour ma part aucune envie, je chuchotais en moi même le  » ça ira  » que m’avait appris mon père.

Les gosses la morve au nez, crasseux en leurs loques immondes piaffaient de voir ces couverts d’or , ne sachant les pauvres, qu’ils n’auraient point hésiter à les fouler.

Ma femme qui philosophait au lavoir, avait coutume de dire, habits de soie ou de velours leur merde pue quand même.

Il était donc sacré le Charles, bien lui en faisait, moi je faisais toujours mes lattes.

J’avais trois filles à la maison maintenant, pour un seul fils , la nature est mal faite. Vous parlez d’une engeance, tant de jupons dans une cuisine. Ma femme en avait encore raison, elles étaient petites, mais viendrait le jour ou de gamines elles passeraient femelles.

Henriette neuf ans, Julie cinq ans, Zoé un an encore bébé et point encore sortie de la zone de danger de la prime enfance.

Thomas avait onze ans, il allait maintenant à l’école,  juste un peu, pour savoir signer de son nom. Un homme des bois, un bûcheron, un fendeur n’avait pas l’utilité aux belles lettres. Savoir reconnaître la veine du bois, savoir les essences des bois, se forger une musculature à l’épreuve du temps. Mais le petit savait déjà reconnaître les bons douvains, d’un œil sûr et héréditaire.

Il n’avait pas encore d’outils en propre mais je lui avais appris à entretenir mon fendoir. Je lui avait expliqué qu’il fallait qu’il surveille ses fers comme il devrait surveiller les jupons de sa femme.

En attendant qu’il en vive de cet univers, je l’emmenais avec moi et nous dormions la nuit en des loges. Le morpion aimait cette vie d’homme en plein bois, il courait toute la journée accompagné des engeances du même âge . Fils de bûcherons, de scieurs de long, de fendeurs, de charbonniers, d’élagueurs, de rouliers. Communauté de va nu pieds, soudés en la mort comme en la vie.

Quand les coupes n’étaient pas trop éloignées je rentrais à la maison, je partais à la lanterne et revenais de même, épuisé, heureux. De toutes façons ,payé à tache, plus je travaillais plus je gagnais.

Catherine, consciente de la difficulté du métier, tentait d’en atténuer la dureté. En arrivant chez moi tout était d’une ordonnance militaire, les enfants se taisaient, le feu brûlait, la soupe mijotait.

Chaque soir et ce fut coutume, Catherine versait de l’eau bien chaude dans une bassine afin que je mis trempe les pieds que j’avais fragiles. Agenouillée devant moi en une prière elle me les frictionnait avec le même amour que Jésus quand il lava les pieds de ses disciples.

Ce geste de tendresse était pour moi le plus beau et n’était même pas comparable à son offrande nocturne. J’avais les meilleurs morceaux et souvent les seuls, aucun enfants ne s’avisa jamais de transgresser cette règle simple. Mais parfois en cachette pour leurs faire plaisir ou pour réparer les traces d’une maladie, j’échangeais mon festin avec leur mauvaise pitance. Catherine m’aurait arraché les yeux et les aurait punis d’importance si elle s’en était rendue compte.

Mon père était mort l’année précédente et je m’occupais avec mes frères et sœur du spectre qu’était devenue ma mère. Pauvre vieille décharnée, plus bonne à rien sinon à bâfrer comme disait Catherine. Cette maigreur, à l’odeur acre, à l’humeur massacrante qui semblait gêner tout le monde était somme toute l’auteur de mes jours et je la vénérais en cela comme une sainte relique. Je n’eus pas tolérer le moindre manque de respect et une réflexion mal placée de Catherine à son sujet, lui aurait bien valut une taloche, mais comme je révérais ma femme comme ma mère je n’en fis rien.

Catherine Berthé, femme Patoux

Commne de Gault département de la Marne

Année 1825

Mon homme à force de labeur arrivait à faire vivre notre famille, il travaillait comme un esclave dans un champs de coton. Il se sauvait à l’aube empruntait le chemin forestier, moi je me levais en même temps que lui pour préparer sa gamelle.

Souvent dans un cérémonial que nous avions établi, dans le silence de la nuit finissante, à l’heure où les enfants dorment encore d’un sommeil profond nous faisions l’amour. C’était comme une ode à la journée , à la vie qui renaissait, nous étions calmes et reposés, heureux et sereins. Ensuite je l’accompagnais un bout de chemin, pas trop loin car il avait peur que les autres le plaisante.

Puis ma journée commençait, enfin mes journées devrais- je dire, les enfants se réveillaient sauf Thomas enclin à traîner, il fallait que je me fâche, que j’arrache sa couverture. Un vrai gibier de potence que celui là même si son père disait le contraire. Zoé la grosse goulue m’épuisait, j’avais les seins comme des mamelles. Dès que je la retirais de la source nourricière elle hurlait. Foutue chipie que je devais trimbaler partout, je n’étais pas la seule, toutes les femmes avaient des morveux qui se mouchaient dans leur jupe.

La vie était dure, nous devions faire face et tirer le maximum de profit du peu que nous avions. Les temps libres étaient rares, il fallait toujours s’activer, jamais un arrêt. Le soir j’étais exténuée et je me couchais avec plaisir. Je m’endormais comme une souche mais mon sommeil plein de soucis était souvent agité. Mon homme me reprochait de m’endormir et de ne pas participer à la satisfaction de ses plaisirs.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 31, une décevante nuit de noce

Marie François Isidore Groizier

Commune de verdelot département de la Seine et Marne

1824

Nous étions à trois semaines de nos noces et ma future belle mère m’aboyait dessus dès que j’approchais. Pas moyen de toucher  ma femme, cette Augustine que d’aucun au village disait facile en sa jeunesse s’érigeait en véritable garant du pucelage de sa fille.

Eh moi je m’en foutais du moment que c’était moi qui l’avait cueillie.

J’avais quand même obtenu l’autorisation d’aller au mariage de mon futur beau frère à Vendières dans le département voisin , ce fut une belle fête et j’espérais que la mienne se passerait aussi bien. Personnellement étant originaire de ce bourg je ne fus guère dépaysé, j’ étais en pays de connaissance.

On arriva enfin à nos noces,  le jeudi 17 novembre nous étions un brin fébriles, le maire Chardon étant empêché ce fut son adjoint monsieur Beguin qui nous attendait pour onze heures du matin.

C’était parfait,  le temps d’expédier la cérémonie religieuse et nous pourrions manger et boire dignement toute la journée et toute la nuit.

C’est mon oncle Marcel,  tuilier à Orbais dans la Marne qui me servit de témoin principal et mon frère François,  marchand de peaux de lapin que nous appelions pinpin, en deuxième. Ma femme eut son oncle Nicolas André Perrin,  celui qui lui ressemblait tant et un autre oncle qui se nommait Jacques Coffinet, propriétaire à Montdauphin qui était lui le frère de la mère de Rosalie.

Toute la fratrie était là, cela nous fit du monde à nourrir mais vraiment quel plaisir de donner de la joie à tous.

Rosalie Joséphine Cré

commune de Verdelot département de Seine et Marne

1824

Nous avions fait tout bien, ma mère pouvait être contente et monsieur le curé aussi, rien aucun écart, pure comme à la naissance, mon voile immaculé. Non je pouvais être fière de moi, physiquement irréprochable. Au niveau de la pensée je n’étais pas aussi blanche, plus d’une fois j’avais ressenti des envies pas très catholiques, plus d’une fois j’avais espéré qu’il ait un brin de folie. Lorsqu’il m’a embrassée pour la première fois je me suis sentie couler comme un beurre au soleil. Lorsqu’il m’a prise par la taille pour une danse j’ai éprouvé une sensation étrange, indéfinissable, cette évanescence je ne n’ai d’ailleurs pas retrouvée, l’instant avait été magique et inoubliable.

J’espérais trouvé en mon mari le chemin de la satisfaction, mais bon dieu que cela fut pénible. Pénible mais troublant, nous arrivâmes dans le haut lieu de mon sacrifice, à nous une chambre prêtée. Il faisait un froid de tombe et l’obscurité presque totale. Isidore alluma une faible chandelle et s’assit comme au spectacle. Au bout d’un moment gênant je compris que telle une vestale je me devais d’offrir à mon mari un effeuillage impudique. Mais allez vous mettre le cul à l’air alors que jamais vous n’avez même montré une jambe à un individu du sexe opposé. La nature se défend, votre cerveau ne comprend pas, mais l’affaire était entendue, je m’offrais tremblante en spectacle.

Presque nue j’avais gardé ma chemise j’attendais qu’il me rendit la pareil en m’offrant une scénette de son cru. Mais rien ne vînt, croyait-il cet impudent que j’allais le déshabiller moi même, croyait-il que j’étais une galante à l’immense expérience, que j’allais d’une main experte faire glisser ses oripeaux de marié. Non pas, pétrifiée au fond de mon lit j’espérais qu’il se dépêche et qu’enfin cet animal masculin se dévoile à mes yeux ébahis. L’idiot souffla la bougie, puis s’allongea à mes coté. A défaut de se dévoiler j’espérais le voir agir mais pétrifié mon tuilier avait le vit baissé. Heureusement son honneur reprit vigueur et me gratifiant de quelques pâles caresses il me grimpa dessus. Lorsqu’une vierge effarouchée rencontre un puceau pressé, il n’y a rien à espérer. Au bout d’un moment poussé par mon instinct féminin je pris au sens propre comme au figuré les choses en mains. Me faisant guide sans trop savoir où j’allais, je poussais le Isidore vers la bonne porte. Un effort, un ahanement et je n’étais plus demoiselle mais madame. Visiblement il adora, moi je me refusais à toute conclusion tant que la vitesse d’exécution ne diminuerait pas.

Naïvement je crus que nous allions recommencer, mais le pauvre harassé par tant d’émotions dormit du sommeil du juste. Le matin comme par une extraordinaire mutation, il entra naturellement en action, sale, fatiguée n’ayant que peu dormi je ne fus guère qu’un compromis.

La fête reprit le lendemain et le soir même je dormais à L’Aulnoy Renault, passant de la promiscuité parentale et celle encore plus gênante de promiscuité beau parentale.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 29, Ces innocents premiers émois

 

 

Rosalie Joséphine Cré

commune de Verdelot département de Seine et Marne

1823

J’avais vingt ans et mon amoureux se nommait François Isidore Groizier. Il habitait à coté de chez nous. Nous avions fait un premier pas et nous avions l’autorisation de nous marier. Mais pour l’instant rien ne pressait. Enfin si, quelque chose que je n’ose pas nommer. Au départ François me tenait gentiment la main, on parlait, on faisait des projets d’avenir. Lui, voulait devenir compagnon tuilier comme son père, moi j’aurais bien aimé posséder une terre,un bout de vigne que nous aurions pu léguer à nos héritiers. Nous n’étions pas d’accord là dessus. Mais il me disait où prendrais-tu l’argent pour acheter une terre? Il n’avait pas tort alors on en rigolait et on s’imaginait que la ferme château de L’Aulnoy Renault nous appartenait, ainsi que toutes les terres qui se trouvaient autour. Quelle bêtise que tout cela, nous ne possédions rien du tout et c’est d’ailleurs pour cela que nous devions attendre pour nous marier.

On aimait se promener, mais invariablement lorsqu’il faisait beau nous finissions sur un tapis de mousse. Sur ces lits improvisés on s’usa nos bouches, ce n’était plus les bécots du début, ma bouche était la sienne et la sienne était mienne.

Puis au fils du temps il me caressa, d’abord timidement, puis avec assurance. Je me laissais faire mais il n’avait pas le droit de le faire peau à peau. Cela me rendait déjà folle, je résistais, mais j’éprouvais tellement de sensations bizarres que j’aurais bien poursuivi l’expérience plus avant.

Moi je n’osais pas toucher François, je me laissais faire. Mais un jour d’été ,il faisait une chaleur de braise, François tomba sa chemise, je pus admirer son torse musclé, son ventre dur et ses bras costauds. Ce qui me fascina le plus ce furent ses poils soyeux et denses qui couvraient sa poitrine.

Ce jour là je me décidais à franchir un pas, mes doigts jouèrent avec ses bouclettes puis sans plus trop savoir ce que je faisais ma main joua aussi avec ceux de son ventre.

François ne bougeait plus, tétanisé, je voyais qu’il se passait quelques choses, mais je n’étais qu’une sotte, ignorante de tout.

Puis il décida que comme il avait dénudé le haut de son corps je me devais de faire pareil.

Quoi, comment osait-il me demander une chose pareille, cela n’avait rien à voir, une femme ne montrait pas ses seins. Je ne savais même pas si Maman montrait les siens à papa.

J’étais outrée, humiliée, vexée. Lui rigola et tenta une autre approche en me proposant de se mettre tout nu. J’en restais bouche bée. Bien que mon envie soit grande de voir un homme tout nu et que jamais de ma vie je n’en avais vu, hormis les garçons et leur petit asticot quand ils se baignaient dans le Morin, je préférais rentrer.

A qui demander conseil, certainement pas à ma mère. Il y avait bien Marie Louise ma tante mais nous n’avions pas d’amour l’une pour l’autre et je m’en méfiais comme de la peste.

Je ne revus plus François de quelques jours, j’avais peur qu’il ne veuille plus de moi, c’était terrible. Était-ce cela faire l’amour?

Depuis ma tendre enfance ma mère me rabâchait qu’avec les hommes on devait attendre d’être mariée, mais comme elle ne me disait pas ce que je devais attendre je me posais des questions.

Le curé à l’église tonnait chaque dimanche que nous devions résister à la tentation, que nous devions faire la chose que dans le but de procréer. Le reste n’était que péché, concupiscence.

La finalité m’échappait mais j’avais compris que l’homme ne devait pas aller trop loin avec une jeune femme .

Une autre chose me turlupinait et le curé ne donnait pas de réponse là dessus, la virginité de Marie.

Un matin je me décidais à poser cette question à ma mère, car j’étais inquiète. Est ce que je pouvais avoir un enfant avec François Isidore sans qu’il me touche comme la vierge Marie avec Joseph.

Je n’avais jamais vu ma mère en joie comme cela, elle se mit à rire. Entre deux hoquets, elle me disait qu’est-ce que tu es niaise ma pauvre fille. Je n’eus évidemment pas de réponse, je me débrouillerai toute seule.

A table ma mère raconta cela à tout le monde, cela fit la soirée. Mon cousin Nicolas pourtant plus jeune que moi avait une réponse et à l’oreille me dit qu’il m’apprendrait tout ce qu’il savait. Je lui en étais reconnaissante, il n’était pas comme ces idiots d’adultes qui se moquaient.

Le lendemain il me demanda de le rejoindre au pacage, innocente que j’étais je m’y rendis.

Gaillardement il m’expliqua que le mieux serait que nous le fassions pour que je sois moins gourde le jour de la nuit de noces. Où avait-il apprit tout cela, lui le jeune berger. Un instant je faillis lui dire oui, il m’embrassa sur la bouche et il me prit dans ses bras, tout de suite je sentis son machin contre mon corps, mais bizarrement sa bouche n’avait pas le même goût que la bouche de François. Elle me dégoutait, ses mains devenaient objet de contraintes plus qu’objet de désir.

Quand à cette chose qui semblait grossir à chaque fois que j’ étreignais un homme, elle me dégoutait.

Je m’enfuis en courant et là aussi je fis encore rire.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 30, l’explosion de la cellule familiale

Nicola Perrr

Nicolas Perrin

commune de Verdelot département de Seine et Marne

année 1824

Cette année aura vu un changement à la tête de l’état, le gros Louis Stanislas Xavier avait fini par pourrir. Notre roi impotent 18ème de sa lignée, dont on disait qu’il se faisait torcher le cul par un tamponneur d’ailleurs très fier de sa charge avait cessé son existence terrestre.

Cela n’eut pas été trop grave, nous aurions pu nous en remettre si à sa succession nous n’avions pas eu son frère, le pédant, le fier, l’ultra, le catholique Charles Xème du nom.

Celui là aussi fringant que son frère ne l’était pas, allait nous promettre de biens belles choses.

Plusieurs possesseurs de biens nationaux de la commune tremblaient à l’idée d’avoir à restituer ses biens que d’aucun considérait comme mal acquis.

Moi je n’avais que ma peau de mouton mais une chose était sure j’étais décidé à lutter pour ma liberté de penser.

A la maison Marie Louise s’était remise lentement d’un accouchement difficile et de la perte de son bébé trois semaines plus tard. Cette Lucie Louise était le troisième petit ange que nous perdions, c’était dans l’ordre des choses . Toutes les familles en perdaient autant, il ne fallait pas se formaliser, l’essentiel était qu’ils soient baptisés avant de monter au ciel.

Enfin cela c’était de la bondieuserie de grenouille de bénitier, moi je savais que ces frêles dépouilles enterrées à même le sol formaient engrais très rapidement, quand à leurs âmes je préférais les repérer dans les constellations et j’imaginais que ces petits êtres que nous n’avions pas vu vivre, grandissaient dans les astres.

Pour sûr je ne parlais pas comme cela devant Marie Louise, elle m’aurait écorché vif.

En novembre ce fut un joli chambardement chez nous, François et Augustine mariaient leur fille Rosalie à un de nos voisin de Pillfroid Isidore Groizier et leur fils François à une domestique nommée Marie Caroline Crapart.

Évidemment les mariages étaient des chambardement sans nom dans les familles, mais là nous allions toucher des sommets.

Jusqu’à présent nous avions fait toit commun avec mon beau frère, mais la fratrie élargie que nous formions, allait se resserrer en deux entités, celle de François Cré mon beau frère , ses enfants et la mienne.

J’allais donc m’installer dans une petite maison juste à coté et les futurs couples à leur grand plaisir allaient rejoindre l’abri tutélaire de la maison de leur père.

Marie Louise dansait de joie, enfin une autonomie d’habitat.

Par contre j’étais un peu dépité Rosalie, ma nièce préférée allait s’éloigner de mon intimité.

Marie Louise Cré, femme Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1824

J’étais aussi fier que Charles X notre roi, lui installait ses fesses sur les planches glorieuse et orgueilleuses, formant trône en son château des Tuileries, moi je posais les miennes sur une chaise de paille auprès de mon nouveau foyer.

Qui était le plus heureux des deux ? Je ne savais pas mais en tous les cas ma joie était grande.

Mon univers n’était point vaste mais il était le mien, plus d’Augustine l’arrogante et aimante et plus cette Rosalie copie conforme de son oncle.

J’allais être délivrée de mes vieux démons et de l’image qui me revenait sans cesse de mon Nicolas collé le long des jambes de cette foutue Augustine.

J’espérais profiter pendant quelques années de la liberté d’être la seule femme maîtresse de mon navire avant que ne m’arrive une belle fille qui voudrait tout révolutionner.

En attendant il convenait de se faire belle pour le mariage de mon neveu et de ma nièce.

La maison ne fut qu’atelier de couture, j’amenais aux noces toutes ma trallée, Denise 15 ans, Louis 13 ans, Nicolas André 20ans, Joséphine 10 ans. Nous n’étions que des petites gens mais il n’était point question de paraître mendiants. J’avais ma fierté plutôt ne pas y aller que d’avoir des robes rapiécées et des pantalons ravaudés.

Le premier mariage avait lieu à Vendières dans l’Aisne, par la haie des Gueux il n’y avait que 8 kilomètres, on les avala gaiement et rapidement, mon frère et les siens firent de même.

Je connaissais déjà la mariée elle travaillait comme domestique de ferme, je la voyais à la messe et bientôt j’allais la voir tous les jours.

Rosalie Joséphine Cré

commune de Verdelot département de Seine et Marne

1824

Le mariage de mon frère à Vendières allait me servir de répétition générale au mien, j’étais énervée comme une puce, tous ces préparatifs et tous ces changements.

D’abord ce fut le déménagement de mes oncles et tantes et de la famille Perrin, nous habitions ensemble depuis tant de temps. Nicolas était comme un second père et Nicolas André était comme un frère ami ou ami frère. Il était un peu plus jeune que moi, mais nous nous racontions tout et lorsque nos loisirs nous le permettaient nous faisions tout ensemble.

C’était le seul garçon avec qui j’avais le droit de me déplacer, il me servait de chaperon enfin normalement il aurait dû.

Il n’y avait que ma tante Marie Louise que je ne regretterai pas, celle là quelle carne. Sans que je ne sache pourquoi, elle m’avait toujours cherchée noise.

Il était prévu que mon frère et sa femme s’installent avec nous, enfin pas avec moi car moi j’allais aller chez les parents Groizier.

Donc organisation, déménagement et inquiétude car voyez vous le terrible moment arrivait.

Pas celui de la cérémonie, non celui là je le connaissais , non l’autre ou j’allais me retrouver peau à peau, à faire des choses que je ne connaissais pas avec un homme que j’aimais certes mais qui visiblement n’était pas plus savant que moi.

Le 3 novembre nous étions avec  toute la famille réunis en l’église de Vendières. J’avais obtenu de haute lutte que mon futur soit présent à la noce, cela pouvait paraître évident mais cela ne le fut pas, car ma mère toujours suspicieuse pensait qu’il pourrait se passer des choses avec lui.

Pardi, quinze jours plus tard, après ces ignobles contrats, il pourrait me faire ce qu’il voulait, sans que personne ne puisse intervenir, je serai sa chose, son objet. Je pensais que c’était injuste car si la chose se passait mal ou que je n’aime pas il faudrait que je fasse avec le restant de ma vie. Cette intimité que jeune fille l’on ne pouvait partager, sacrée, interdite et bien elle appartiendrait en propre à un jeune mâle presque inconnu. Vraiment curieux cette vie que l’on nous imposait.

Au cours de la noce de  mon frère, il me fit beaucoup danser et il but aussi beaucoup. Je n’ai pas eu un moment d’intimité avec lui, ma mère me surveillait comme un corbeau surveille son cadavre.

Je n’eus même pas le droit d’aller réveiller les mariés. Par contre mon futur, éméché, arriva au matin à pénétrer dans la pièce ou je me trouvais, je partageais ma couche avec une sœur de la mariée. Il s’était mis en tête de me voler un baiser et de découvrir ma poitrine. D’abord il se trompa et embrassa le bras de ma voisine, nous fumes pris d’un fou rire qui réveilla tout le monde. Ma mère oubliant qu’elle était en chemise de nuit sortit de son lit en hurlant. Elle resta pétrifiée devant Isidore, en fait ce fut ma mère la première femme de la famille que mon futur mari vit presque nue.

Ce fut un sujet de rigolade pendant un moment et le reste de sa vie cette andouille me mimera la réaction de ma mère.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 28, Rosalie m’est promise

 

Marie François Isidore Groizier

Commune de Verdelot département de la Seine et Marne

1822

La jeunesse est le temps de la recherche constante d’une compagne, moi je ne dérogeais pas à la règle. J’étais précoce et  bien avant d’avoir du poil au menton je regardais les filles avec des  yeux bien différents des autres garçons de mon age .

Je préférais de loin la compagnie des femmes à celle des hommes, c’était bizarre mais j’étais mieux autour d’un jupon qu’autour d’un halo de fumée de pipe.

J’avais d’abord admiré ma belle mère, je recherchais son contact, me frottais à son cotillon, je humais avec délectation ses odeurs fortes. Je me serais bien glissé le long de son corps lorsqu’elle dormait et je rêvais de poser ma tête sur sa poitrine.

Ce que j’aimais par dessus tout lorsque j’étais petit, c’était le bain. Ma belle mère nous déshabillait et nous nous mettions dans la grande bassine à lessive, elle nous lavait en nous aspergeant d’eau qu’elle avait fait chauffer sur le foyer de la cheminée. Une véritable délectation, un sentiment de honte aussi lorsque une timide manifestation physique surgissait, en tout cas un souvenir impérissable. Mais le bain était plutôt annuel que journalier et les années passant je me nettoyais tout seul.

Puis mon regard se porta sur nos voisines, Madame Cré, Madame Perrin, Madame Hardy, je les trouvais toutes belles bien que certainement, elles ne le fussent guère.

Je rôdais, amoureux de l’une , amoureux de l’autre, elles ne me regardaient pas je n’étais qu’un sale morveux, boutonneux, dépenaillé, une mauvaise herbe poussée n’importe comment.

Puis j’en arrive maintenant à Rosalie, nous avons grandi en même temps, dans le même village, le même hameau, le même quereux. Au départ elle ne m’intéressait guère , puis nous avons grandi et c’est elle qui ne s’intéressait plus à moi.

J’avais l’impression qu’elle était un peu comme ma sœur, puis un soir lors d’une veillée nous nous sommes trouvés assis l’un à coté de l’autre. Bercés par la voix mélodieuse de Nicolas le berger nous nagions dans une sorte de paradis. Je sentais son souffle chaud, j’entendais sa respiration. Elle n’osait me regarder, elle n’osait bouger, mais pourtant lorsque mes doigts touchèrent les siens je sentis que son corps se détendait, entrait en communion avec le mien.

Ce soir là, nous nous sommes séparés sans que l’un de nous n’eut prononcé une parole. Mais nous savions à l’évidence que notre vie serait commune, que nos âmes ne feraient qu’une.

Le jeu commença, j’étais le chat , elle était la souris, ou l’inverse elle se faisait chatte et moi faible rongeur.

Je recherchais sa présence, elle se trouvait à chacun de mes pas. Sans le vouloir,comme inconsciemment nous nous rencontrions. Timide elle n’osait m’adresser la parole, alors je dus vaincre mon peu d’éloquence. Elle était déjà sous mon charme mais je dus la convaincre qu’elle devait être mienne.

Au village on prenait généralement femme dans les environs, c’était une coutume. Nous étions d’ailleurs limités par nos déplacements. D’autre part comme les filles étaient rares nous ne pouvions sans crainte de jalouses bagarres, voler une femme d’une autre commune. Il nous fallait aussi respecter quelques règles élémentaires et ne pas péter plus haut que nous n’avions le cul. Un journalier n’emportait pas la fille d’un gros laboureur, un tuilier n’enlevait pas la fille du meunier. Là je pouvais aisément prétendre à une union, une fille de berger, travailleuse de la terre, imprégnée de l’odeur des animaux pouvait bien convoler avec un manieur d’argile. Il me fallait simplement économiser quelques francs pour mettre dans la balance et convaincre François Cré son père.

Un soir à table, j’abordais le sujet du mariage, il me fallait convaincre d’abord mes parents afin qu’ils acceptent de me laisser mes gages pour que  je constitue mon pécule.

Ils me regardèrent avec stupéfaction comme si je leurs demandais l’impossible. Ma belle mère me dit, c’est la Rosalie Cré. Je devins rouge comme une pivoine et devant cette réaction intempestive je n’eus pas à leurs répondre, ils avaient deviné.

Commença alors une longue attente, on enlevait pas d’assaut une fille aussi facilement. Le père alla voir François Cré le berger et ils causèrent un bon moment. Je fus agréé par la famille alors je pus en toute liberté faire une cour assidue à Rosalie.

Je ne m’en privais pas et tous mes moments de libres je les passais avec ma future.

 

 

UNE VIE PAYSANNE, Épisode 27,

 

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1820

Quelle mouche a piqué Nicolas de vouloir appeler mon fils Napoléon, il ne m’avait pas prévenu évidemment. Contrairement à d’habitude, je me permis d’émettre des doutes sur l’intelligence d’une telle démarche.

Qu’est ce que nous nous sommes passés, les murs ont tremblé, les enfants ne savaient plus où aller, Augustine était opportunément sortie. Nous nous sommes insultés comme jamais, il était dans une colère noire et j’ai cru qu’il allait me battre. Mais non il est sorti en me disant tu m’emmerdes et je ne l’ai pas revu pendant plusieurs jours.

François l’avait cherché pendant un moment, ou plutôt avait fait semblant de le chercher car ces deux là, ils étaient copains comme cochons. Ferait mieux de surveiller sa femelle cet imbécile.

Il rentra, appela son fils Napoléon et pour nous ce fut Joseph.

En attendant il faillit bien perdre son travail, car quand on est con on est con, il travaillait pour la ferme de monsieur Chardon.

Ce dernier voulut apaiser les esprits et ne pas énerver les paysans du coin qui ma foi étaient quand même un peu Bonapartiste.

Outre la naissance de mon fils, un évènement arriva en France, un Bonapartiste trouva le moyen de poignarder le duc de Berry.

L’assassin se nommait Louvel, moi ce duc je ne le connaissais évidemment pas mais il s’avérait que c’était l’héritier du trône.

Il faut donc que je vous explique, notre roi Louis XVIII n’avait pas été foutu de faire des enfants, c’est quand même pas bien difficile mais passons. Alors quand il passerait l’arme à gauche ce qui compte tenu de son état actuel allait bientôt arriver cela serait son frère Charles comte d’Artois qui prendrait sa place sur les planches dorées.

Lui il avait deux fils, l’avenir était donc assuré. Mais dans ces familles qui venaient de je ne sais où, rien n’était normal. Le fils ainé qu’on appelait Angoulême et bien ils l’avaient marié à Marie Thérèse la fille du feu roi raccourci. Mais comme rien n’était simple, les gazettes disaient qu’elle avait le cul serré et que lui avait l’aiguillette nouée.

Il restait donc ce fameux Berry qu’on avait marié à une sienne cousine lointaine, quand à la sortie de l’opéra il fut poignardé, sa femme ne savait pas qu’elle était pleine.

Ce crime fut donc considéré comme un régicide, car si la duchesse n’avait pas un garçon la branche ainée s’éteignait.

Le Nicolas pris de vin dansa devant la maison , si il continuait il allait finir par se faire arrêter.

Pour une fois mon frère se montra ferme et le fit rentrer.

Louis Alexandre Patoux

commune de Gault le soigny département de la Marne

Année 1820

C’était bien simple, moi des enfants j’en avais pas besoin, je n’avais pas de terre à transmettre ni à cultiver, j’avais mes outils et je tenais pas à les transmettre trop rapidement.

Ma femme était encore enceinte et était sur le point d’accoucher, j’espérais que cela se passerait mieux que la fois d’avant.

Je lui avais suggéré de le faire passer, mais cette idiote par foi chrétienne ne voulait pas. Je pense plutôt qu’elle avait peur. Oui c’était bien interdit on était d’accord, mais beaucoup le faisait alors pourquoi pas nous.

Ce n’était d’ailleurs pas vraiment un enfant de l’amour car voyez vous j’avais l’impression que ma femme n’en avait plus pour moi.

J’avais même du me fâcher pour qu’elle m’accepte. Ce soir là se refusant pour une énième fois je l’avais un peu contrainte. Oh je ne l’avais pas frappée, mais disons que je m’étais ouvert la voie en usant de mon autorité.

Après tout Catherine m’appartenait légalement, j’en faisais ce que je voulais et il n’était absolument pas question qu’elle serre les cuisses en permanence.

Julie Alexandrine arriva donc le 1 décembre 1820, je n’avais pas de chance c’était une fille et en plus elle allait vivre.

Catherine costaude laissa la petite en garde à ma mère et reprit le travail aux champs et en forêt.

Elle revenait simplement lui donner le sein de temps en temps.

Moi au niveau travail j’en avais par dessus la tête, l’économie avait repris , le souvenir des guerres s’estompaient et les étrangers avaient quitté les lieux.

Bon il est vrai que l’époque était moins joyeuse, l’église tentait de reprendre en mains ses ouailles, sûrement pour mieux nous diriger, et ne pas aller à l’église était assez mal vu. Moi je préférais aller boire un canon avec les copains à l’auberge plutôt que d’entendre des conneries en latin. C’était donc encore un sujet de vives tensions entre Catherine et moi.

Une autre source d’engueulade était que je voyais mon frère et sa femme et que je les invitais à partager nos repas le dimanche. Catherine n’aimait pas mon frère, car il lui avait manqué de respect lorsqu’il était encore garçon. Parlons plus crument, il l’avait une fois surprise à se laver, cela l’avait outrée et elle pensait qu’il la guettait partout et en tout temps.

Quand à notre belle sœur Marie Guerin, elles s’étaient jetées quelques grossièretés à la figure et depuis elles pinçaient du bec. Quelle engeance que ces bonnes femmes, moi j’aimais mon frère, on travaillait ensemble et ce n’était pas nos femmes qui allaient nous séparer. Si il le fallait je finirais bien par lui mettre une trempe à la Catherine et je pense que mon frère ferait de même. Nous aurions bien le dernier mot.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 26, Le petit Poléon

 

Catherine Berthé, femme Patoux

Commune de Gault département de la Marne

Année 1818

La vieille était encore là, on ne se débarrasse pas si facilement des mauvaises herbes. Que ne s’était-elle pas remariée ! Un veuf lui aurait bien fait son affaire, mais non après son veuvage la douairière avait tiré le rideau et tel un fantôme vêtu de noir s’affairait en mon intérieur.

De son corps, seules ses mains ridées et tordues apparaissaient encore agiles malgré les épreuves qu’elles avaient subies. Son visage sans sourire, les joues creusées par le manque de dents et les sillons creusés par des années de dur labeur, nous apparaissait chaque matin comme celui d’une sorcière qui va au sabbat.

Si encore elle avait assumé uniquement son rôle de grand mère et qu’elle était restée à l’écart de notre couple c’eût-été merveilleux.

Mais elle se mêlait de tout et moi je n’étais pas disposée à l’accepter. Alors c’était engueulade et bouderie, puis semblant de réconciliation. Si elle avait pu s’installer chez son autre fils, cela aurait évité quelques orages. Pourquoi donc l’avions-nous emmenée à Perthuy alors qu’elle avait vécu toute sa vie à Recoude

Moi en ce moment j’étais grosse de plusieurs mois et j’avais même du cesser les moissons car je n’arrivais à me tenir debout qu’avec peine. La vipère me fit remarquer que j’étais une feignasse et que nous allions crever de faim. Elle n’avait qu’à moins manger.

Le 25 aout ce fut enfin la délivrance, dire que j’ai vécu un martyr ne serait pas exagéré. La sage femme s’aperçut rapidement qu’il y en avait deux et qu’ils étaient en danger.

Alors quoi, sauver la mère ou sauver les petits? On nous sauva finalement tous les trois . Bon la nature est bien faite car la science de la matrone était plus que faible face à un un accouchement aussi difficile. Ce n’était donc pas grâce à elle que nous vivions.

Enfin vivre était peut-être un grand mot dans le cas de Marie Julie et d’Auguste Ferdinand, ils étaient minuscules et n’avaient sûrement pas fait leur temps dans mon ventre. Moi je n’avais plus de fondement,  la fatigue avait eu raison de moi et je me trouvais bien incapable de donner le sein. J’avais perdu beaucoup de sang et ma conscience naviguait entre la vie et la mort.

On trouva des mamelles et on emmena les petits au baptême

Je ne sais combien de jours je me suis promenée aux limites de la vie, mais peu à peu je suis revenue  parmi les miens, ma belle mère s’était dévouée nuit et jour pour me sauver.

Je l’avais jusqu’à maintenant vu avec des yeux d’une importune, je la voyais maintenant comme une mère de remplacement.

Pour les petits aussi le balancier du destin oscilla, mais en notre époque il était bien rare que les jumeaux survivent et mes enfants ne firent pas exception. Le garçon mourut le 9 septembre et la fille le 11 septembre, finalement nous n’en furent guère peinés car leur débilité nous aurait rien donné de bon. Pour qu’ils deviennent improductifs et à charge pour nous autres autant qu’ils meurent, avant qu’un attachement nous lie.

Je ne pus reprendre ma place pour les vendanges et je trainais mon ennui d’un siège à l’autre.

Louis se morfondait dans son désir, il fallut que je me plie à sa volonté, j’avais mal, je n’y trouvais aucun plaisir et j’avais parfois des saignements, mais sa seigneurie posait ses grosses pattes sur moi et malheur si je faisais mine de refuser.

Nicolas Perrin

commune de Verdelot département de Seine et Marne

année 1820

Nous étions débarrassés depuis l’année dernière de toute occupation étrangère. Je devais le reconnaître le gros Louis et sa clique de traitres avaient assez bien œuvré.

Le retour de l’empereur, nous avait couté assez cher mais la gloire n’a pas de prix. Certes en ces années les napoléonides faisaient encore profil bas. Mais les paysans ou les ouvriers, qui avaient été à Waterloo, étaient déjà auréolés d’un beau prestige. Les anciens qui avaient fait les campagnes victorieuses pouvaient bomber le torse. Moi j’avais combattu dans les armées républicaines et j’aurais foutu une volée à tous ceux qui se seraient moqués.

A la maison nous avons eu des hauts et des bas et ma femme qui avait perdu l’une de nos filles à l’age de 15 mois se remettait à peine. Il est vrai que ce petit bout de femme née en 1817 et qui était morte l’année suivante emportée par une rougeole avait laissé vide notre foyer.

Le berceau était vide et il arrivait encore que Marie Louise ne le berce.

Heureusement son ventre s’était rempli à nouveau. Je ne sais si cela lui faisait plaisir mais en toute conscience je crois qu’elle n’avait pas le choix.

Marie Louise, au vrai ne m’accueillait plus comme avant, c’était une vérité dans notre couche où parfois j’avais l’impression de faire l’amour à une bûche mais aussi dans la vie courante.

Il y a encore quelques temps, elle venait à ma rencontre lorsque je rentrais du travail, se pendait à mon cou, m’effleurait les mains, me souriait tout le temps.

Maintenant ce n’était que froideur, elle me parlait oui mais ne m’entretenait que de choses utiles.

Notre vie était comme forcée, que pouvait-elle me reprocher, je ne buvais pas, je ne la battais pas et je lui remettais scrupuleusement ma paye.

Pour mes petites incartades avec Augustine elle ne pouvait être au courant, alors quoi?

Le 10 février 1820 nous arriva un fils, il était en pleine santé, sa mère allait aussi fort bien et c’était d’un air joyeux que j’allais le déclarer en mairie. J’avais une idée en tête et je n’en avait pas fait part à ma femme. D’ailleurs c’était moi qui décidait du nom de mes enfants.

Le maire Chardon toujours en place me demanda les prénoms que je voulais donner à mon fils. Joseph Alexandre Napoléon, le secrétaire ce foutu instituteur Berthemet nota scrupuleusement.

Mais finalement la plume lui tomba presque des mains, vous vous rendez compte il avait écris sur le saint registre le nom de l’usurpateur. Le maire avait blêmi, ses lèvres tremblaient, on eut dit que l’irréparable venait de se commettre et que le roi en personne allait lui taper sur l’épaule.

Il me dit que je ne pouvais faire cela, moi je lui certifiais le contraire. J’avais beau être respectueux au Chardon je lui aurais mis mon poing sur le nez. Mais l’instituteur et son fils qui me servaient aussi de témoins apaisèrent ma rage. Le secrétaire finit par rayer le nom de Napoléon sur l’acte.

En entrant à la mairie je ne voulais que rendre hommage à notre empereur et jamais en notre quotidien je n’aurais appelé mon fils Napoléon. Mais comme ces foutus royalistes m’avaient emmerdé sur le sujet désormais je nommerais mon fils Napoléon.

Marie Louise en pleura, Augustine fut outrée, François Luc en rigola, Nicolas mon fils ainé en fut honteux et ma petite Joséphine l’appela Poléon.

Non de Dieu ,j’étais bien maitre chez moi et vive l’empereur.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 25, Oncle ou père?

 Rosalie Cré, fille de François Isidore Cré et d’Augustine Coffinet

commune de Verdelot département de Seine et Marne

1817

J’avais 14 ans et au regard des femmes qui m’entouraient j’étais des leurs. Je n’étais pas idiote et je savais de quoi il en retournait. Augustine ma mère me mit en garde sur mon attitude, je ne devais plus me comporter comme une fillette, je devais également cesser de jouer avec les garçons et me comporter comme leur égale.

En résumé, je devais travailler, faire le ménage, aller à la messe, au lavoir et attendre encore quelques années pour qu’un garçon me courtise et me demande en mariage.

Le tout sans avoir aucune mauvaise pensée, être une bonne fille et être une bonne chrétienne.

Tout en moi s’insurgeait, si Maman croyait que j’allais rester tranquille sans m’amuser, moi ce que j’aimais c’était courir la campagne avec les garçons et avec mes copines. Je grimpais aux arbres et adorais affoler ses balourds de garçons en offrant mon cul blanc à leur regard.

On jouait parfois aussi aux adultes, on s’embrassait et on faisait aussi pas mal de bêtises que la bienséance réprouvait. Un jour ,je me souviens nous étions à observer les garçons qui se baignaient tout nus dans le petit Morin. Avec un groupe de filles, on s’approcha et on vola les habits des baigneurs pour les déposer sur la place devant l’église. Vous pensez bien que le spectacle des nigauds les fesses à l’air, marchant en tentant de cacher leur minuscule anatomie nous fit beaucoup rire.

Ce fut d’autant plus rigolo que parmi les piégés se trouvait François Isidore Groisier, mon voisin, lui cela ne le fit pas rire car il dut remonter sur Pilfroid en tenue d’Adam et croyez moi lui, il était déjà apte à manger la pomme.

Sa mère en le voyant s’étrangla et tout le hameau sut le fin mot de l’histoire.

Ce qui fut moins marrant pour moi c’est que quelqu’un me dénonça. Un jour, il me rattrapa sur le chemin et il se jura de se venger à moins que je lui offris le même spectacle qu’il m’avait involontairement donné.

Vous parlez si c’était la même chose, je me disais qu’il allait falloir que je fasse attention à lui mais ce n’était guère facile car il habitait la maison à coté de la mienne.

A la maison nous vivions Papa, Maman et mes trois frères en compagnie de la tante Marie Louise la sœur de mon père , de son mari Nicolas Perrin et de leurs enfants.

Cela faisait une belle tablée, bien que je percevais que cette sainte table n’allait pas durer une éternité et que les deux couples allaient devoir se séparer ou bien s’écharper

Moi je n’avais des problèmes qu’avec ma tante Marie Louise, disons même clairement qu’elle ne pouvait pas me sentir. A moi les plus dures corvées, les réflexions, les engueulades. J’étais une souillon, une garce qu’il allait falloir dresser à coups de ceinture.

J’avais passé l’age des corrections mais toutefois je faisais quand même profil bas car avec une telle saleté on ne pouvait savoir. Ma mère plutôt indolente ne prenait guère ma défense, comme si elle avait abandonné à sa belle sœur, les droits qu’elle avait sur moi .

Mon père n’était jamais là et d’ailleurs que je sache, ce ne sont pas les hommes qui étaient chargés de l’éducation des enfants. Il se moquait de tout et aimait plus ses moutons que nous autres.

Le plus affectueux était oncle Nicolas, je l’aimais beaucoup et je pense que c’était réciproque.

D’ailleurs c’est bizarre j’avais les mêmes yeux que lui, un bleu translucide, qui vous perçaient de part en part. Maman disait les Cré et les Perrin vous devez bien avoir un peu de sang en commun.

Jusqu’à maintenant rien ne m’avait paru bizarre mais lorsqu’en examinant avec attention les hôtes de notre tablée, je m’aperçus que je ressemblais plus à mes cousins qu’à mes frères.

Une autre fois alors que j’arrivais au lavoir, une vieille édentée cria tout fort, tient voilà la fille au Nicolas.

C’était parti, je ne savais plus où me mettre, le Nicolas c’est qu’un trousseur de filles. J’étais confrontée à toutes les médisances paysannes et ces bonnes femmes coincées du cul à l’église, devenaient ordurières quand elles avaient les mains dans l’eau, le battoir à leur coté et les fesses en l’air. De respectables mères de famille, elles se transformaient en sorcières pleines de fiel.

De ce jour j’eus un doute sur ma naissance, l’adage maman sûr, papa peut-être, s’appliquait-il à moi?

D’autant qu’un jour en rentrant à la maison j’avais trouvé ma mère en présence de l’oncle et son attitude était un peu confuse. Rouge comme un coquelicot, les cheveux défaits et la robe un peu froissée. Nicolas me regarda d’un air impénétrable, me sourit et sortit sans plus de manières.

Oncle ou père, un terrible secret que peut-être je ne percerais jamais.