LA MALADIE DU MARIN, Épisode 1, la visite rue des mousses

 

 

 

Après une traversée de plusieurs semaines enfin nous arrivions au terme de notre voyage. La veille au soir nous avions aperçu la terre et les lumières protectrices du phare de Chassiron.

Passant au large du rocher d’Antioche, nous pénétrâmes dans le pertuis du même nom. Contrastant avec la grosse houle du large, la mer semblait apaisée et sereine. Bien à l’abri derrière la terre d’Oléron nous semblions voguer sur un lac.

Au loin quelques lanternes semblables à des feux follets indiquaient une activité humaine, Saint Denis, Saint Georges.

Le capitaine piqua au droit et laissa à sa droite sur son caillou l’inutile fort Boyard. Sur notre gauche, la petite ile d’Aix avec sa citadelle et son fort Sainte Catherine.

Comme il était trop tard pour pénétrer dans l’estuaire on mit en panne dans la rade de l’ile d’Aix.

On pouvait apercevoir les hommes de garde sur les remparts, nous étions tous énervés de ne pas pouvoir rejoindre notre port d’attache mais il est vrai qu’après avoir connu les moiteurs du Tonkin nous avions tous hâte de profiter de la tempérance de notre climat.

J’étais maintenant de quart, à l’incorporation on avait décrété que je serais commis de cuisine. Moi j’étais paysan, la cuisine en ma campagne d’Aunis était plutôt faite par les femmes , mais qu’importe je n’avais pas le choix. La spécialité était moins prestigieuse que d’autres mais quelque soit l ‘endroit où l’on se trouve il faut bien manger.

La nuit était maintenant venue et au loin on voyait danser des petites lucioles nées de la fée électricité. A ma ferme nous n’avions évidemment pas cette technologie, mais peut être qu’un jour.

Au matin un pilote viendrait à bord pour nous conduire à l’arsenal de Rochefort en remontant les méandres du fleuve.

La soirée fut agitée dans les hamacs chacun supputant ce que serait sa soirée du lendemain.

Dès l’aube nous commençâmes notre progression, Fouras et sa tour majestueuse, l’ile Madame et son fort comme posé au milieu de l’eau, reliée par un filet de terre emprunté par les pêcheurs, les sauniers et les quelques cultivateurs de ce maigre terroir.

On pénétra maintenant dans les terres, Port des Barques, le fort Vasoux , le fort Lupin, puis une première boucle. Nous avions la sensation d’être échoués au milieu des cultures, les vaches nous regardaient, nous pouvions presque les toucher, la mer et la terre étaient étroitement mêlées. La brume peu à peu laissait sa place au soleil qui chauffait maintenant les roseaux des rives instables et vaseuse du plus beau fleuve de France.

Maintenant c’est la poudrerie du Vergeroux, les sentinelles nous saluent, puis ce sera Soubise petit village de pêcheurs ,groupé autour de son église. Nous apercevons le passeur qui s’apprête à effectuer son premier passage.

Puis c’est le Martrou où là aussi un bac qui assure la liaison des deux rives commence son va et vient.

Puis enfin nous accostons dans le vaste complexe de l’arsenal de Rochefort, nous allions pouvoir bientôt profiter de notre bonne terre ferme.

Notre navire à quai, nous dûmes nous activer ferme pour pouvoir bénéficier de notre permission.

Vous vous doutez que chacun s’y employa avec ferveur.

Il était maintenant l’heure de nous lâcher dans Rochefort, nous avions encore une petite formalité, nos chefs s’assurant que notre tenue d’uniforme était conforme à la réputation de la navale.

Nous voici au garde à vous, je fais briller une dernière fois mes chaussures sur l’arrière de mon pantalon, je redresse mon bachi, époussette mes manches. Mon rasage est parfait et ma peau lisse comme un œuf.

Nous passons tous avec succès cette revue et c’est la ruée vers la liberté, nous n’allons pas bien loin, sitôt franchit la porte du soleil où goguenard nous plaisantons le pauvre couillon qui se retrouve sentinelle nous nous arrêtons dans le premier cabaret de la rue de l’arsenal. Il y a foule et les pompons rouges forment une guirlande autour du comptoir. Au bout de quelques verres les langues se délient, tous parlent fort, gueulent, rient. Pour ma part je n’ai d’œil que pour la jeune serveuse, mais évidemment chaque marin au sortir de mer la regarde avec envie et concupiscence. Pour un peu je sauterais bien sur la patronne malgré son age, mais elle porte jupon et corsage alors la tentation est forte. D’autant que ses forts nichons me font vite oublier la platitude des filles du Tonkin.

Nous changeons de crémerie mais partout c’est la même liesse, le même empressement, les tournées s’enchainent. Nous décidons de pousser jusqu’au grand Bacha pour nous restaurer c’est un peu cher pour nos maigres bourses, mais notre solde multipliée par notre campagne du Tonkin nous le permet malgré tout.

Notre ivresse devient grande et des chants s’élèvent en même temps que disparaissent les derniers rayons du soleil.

Les rues sont maintenant laissées aux seuls matafs, plus aucune lingère, plus aucune journalière à courtiser, instinctivement nous faisons mouvement vers l’endroit où telle une Mecque, une Sainte Chapelle tous les chemins nous mènent.

En arrivant au lieu saint nous faisons silence et entrons en religion, elles nous attendent, elles nous observent, elles nous aguichent.

Pour nous servir elles ont revêtus leurs habits de lumière, robes de couleur aux décolletés pigeonnants, bas noirs et escarpins, peinturlurées comme des Jocondes. Colliers de fausses pierres, boucles d’oreilles extravagantes alignées devant des demeures aux volets clos.

Certaines jeunes, certaines matures, d’autres vieilles décrépies toutes sont avides de travail toutes sont avides de gains. Sous leurs quolibets et leurs encouragements nous faisons notre choix, c’est un foirail dicté par l’envie mais aussi par nos poches presque vides.

La rue des Mousses puisque ainsi elle se nomme offre une véritable variété de modèles féminins.

J’opte pour une grande fille entre deux ages, blondes les cheveux relevés en chignon, une poitrine à faire bander un eunuque d’ harem. Je suis intimidé en entrant dans son antre, une petite chambre, sobrement meublé d’un lit, d’une table et d’une chaise. Une lampe à pétrole éclaire la scène, une cuvette avec un broc d’eau posé sur la table donne une vision domestique à l’endroit, tout à l’heure la belle de nuit s’y rincera pour pouvoir encore et encore pourvoir au plaisir des marins de la république.

Je paye la dame d’avance ainsi vont les usages, pour le prix je n’ai que le strict minimum, pas de fioriture, pas d’enluminure. Il faut même se hâter, elle s’appelle Adrienne.

Pendant que j’enlève mon pantalon je l’observe retirer sa robe, après tout la vue s’accorde avec les sens. De grandes jambes blanches, un cul magnifique, une belle toison d’un noir de jais qui me fait penser que la blondeur de sa chevelure n’est qu’un artifice de cosmétique. Elle garde ses bas et s’allonge , la faible clarté donne à l’endroit un relent d’érotisme, elle m’invite à venir la rejoindre. Est ce l’alcool, est ce la timidité mais je me vois vacillant, l’experte s’en aperçoit et y pourvoit. Deux minutes après j’étais debout sur mes jambes comme un devoir accompli. Elle fit toilette sommaire et me raccompagna dans la rue, à peine sortie qu’elle rentrait déjà, beaucoup de labeur se serait une nuit fructueuse pour ces demoiselles de l’amour.

Comme une colonne de fantassins nous sortîmes presque en même temps afin de regagner nos hamacs. En remontant la rue de la Fonderie nous nous contâmes mutuellement nos exploits charnels, les magnifiant et les amplifiant.

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 3- la promenade ignominieuse

Victime expiatoire de la lâcheté et la passivité du commun des Français, mœurs primaires d’instincts sexuels refoulés je suis offerte en pâture à la méchanceté et à la lubricité.

De mon méchant perchoir je les reconnais tous, Fernand mon premier amour, Jacques mon frère de lait, le père Anselme qui jadis me chantait des chansons en me prenant sur ses genoux, Louis le métayer des Combes qui buvait des coups avec mon père. Puis la tribune des harpies en première loge, Fernande la doyenne du village amie de ma grand mère qui semblait soudain rajeunir à la vue d’une humiliation, Mme T l’institutrice du village qui autrefois me faisait classe et qui pas une fois n’a détourné son visage de la scène. Enfin il y avait toutes celles que j’avais fréquentées, Ginette, Paulette, Pauline, Bernadette, Yvonne des pseudos copines, j’avais l’impression qu’elles se délectaient de me voir souffrir. Sans doute frustrées de n’avoir pas pu être aimées , de ne pas avoir été caressées de n’avoir pas ressenti le grand frisson elles m’avaient toutes porté des mauvais coups. Pauline celle avec qui j’étais la plus proche voulait même que le coiffeur me rase le pubis. Pour parfaire le tableau Ils y avaient les enfants a qui on offrait un spectacle grand guignolesque qu’ils n’étaient pas près d’oublier. Les adolescents, filles et garçons avaient bu le spectacle de la nudité féminine exposée à tous, je les voyais avides à se toucher comme si cette mascarade n’était qu’un tableau orgiaque d’un bordel parisien.

Je n’eus pas la croix gammée sur la tête mais j’eus droit à une pancarte marquée salope.

Les autorités étaient absentes bizarrement du village, monsieur le maire se cachait, le premier adjoint était malade , le deuxième au maquis , le troisième en prison, quand au quatrième mon oncle , il était au bistrot attendant que je passe.

Le curé visiblement avait à faire en dehors de sa paroisse et les membres du maquis étaient partis pour une opération importante pour bloquer une division SS qui se repliait en toute hâte.

Puis à l’unisson les voix entonnèrent la Marseillaise, habitués à chanter maréchal nous voilà certains ne se souvenaient plus des paroles.

Sur la place se trouvait la fontaine du village avec un grand bassin en pierre, la foule s’avisa qu’il serait marrant de nous y laver.

On poussa Thérèse en premier à grands renforts de coups de pieds au cul, on la força à s’y asseoir au milieu.

Puis ce fut mon tour, là encore certaines et sans doute pour que je n’abime pas ma robe voulurent qu’on me l’arrache.

Là encore cela ne se fit pas car on voulait marquer une différence avec Thérèse qui elle était responsable de la mort de résistants.

L’eau était glaciale et me saisit jusqu’aux os, on nous baptisa, on nous lava de nos péchés et on eut droit à une autre belle Marseillaise. Curieusement à ce moment là je n’ai pensé qu’à ma belle robe irrémédiablement gâchée et non pas à la blancheur mouillée de celle ci qui laissait transparaitre et deviner l’ensemble de mon anatomie.

Thérèse n’était plus qu’un pantin désarticulé et lorsque Robert le menuisier ancien combattant voulut lui faire effectuer le pas de l’oie elle s’écroula.

La foule n’avait pas d’intention meurtrière, alors inconsciemment elle relâcha la pression.

On nous fit défiler dans toutes les rues, plus de coups, moins d’invectives, le cœur n’y était plus, les carnivores se lassaient ils de leurs proies ?

Il y eut quand même un regain lorsqu’on nous arrêta devant l’estaminet. Mon oncle pour faire le dur,tourna autour de moi comme pour prendre possession puis me gifla en me traitant de catin. Ceci fait, il se rassit et continua de boire son anisette, il était à vrai dire complètement saoul. Puis la foule s’amenuisa, repue d’un spectacle qui durait depuis trop longtemps , la grande Thérèse ne tenait plus debout et moi j’étais bien chancelante, que faire de nous.

Maintenant il ne restait plus que le Louis et trois ou quatre de ses copains dont deux n’étaient même pas du village. C’est bizarre mais confusément je savais que la foule malgré sa violence et sa vindicte nous protégeait, maintenant il ne restait que quelques hommes pour qui la vengeance de la défaite de 1940 passaient par l’humiliation suprême. Ils s’imaginaient surement que j’avais profité de la présence teutonne.

L’un des deux émit donc l’idée de s’amuser avec nous un tout petit peu avant de nous relâcher, ils tombèrent là dessus d’accord à l’unanimité.

Nous partîmes en direction de la sortie du village, nous étions trop faibles pour nous enfuir.

On arriva à la grange ou le cantonnier rangeait sa carriole et ses pelles et on nous y enferma.

Nos tortionnaires pour que cela soit plus rigolo et surement pour se donner du courage avaient besoin d’alcool ils allèrent donc en chercher en nous laissant à la garde d’un seul.

C’est alors que je j’entendis une conversation entre mon geôlier et mon ange gardien , la discussion fut vive et animée mais visiblement ma libération fut actée. C’était le médecin du village qui avait apprit que nous étions retenues dans ce lieu. Pendant toutes les années d’occupation il avait aidé tout le monde, arpentant les routes, allant d’un hameau à l’autre,soignant les résistants, accouchant les femmes, toujours présent pour effacer les tracas du quotidien. Malheureusement il ne réussit pas à faire délivrer Thérèse, moi j’étais une salope de femme de milicien mais je n’avais jamais dénoncé personne, une collaboration horizontale en quelque sorte, alors qu’elle, elle était responsable de la mort de beaucoup de pauvres gens. Il dut la laisser à son sort, comme on laisse un os à des chiens enragés

Il me couvrit de son manteau et m’emmena chez lui.

Là bas une surprise m’attendait, la bonne du docteur avait récupéré mon bébé, la sainte femme s’en était déjà occupé lors de sa naissance.

On me baigna de mes souillures et on me força à manger une soupe, curieusement je m’endormis dans une nuit sans cauchemars.

Le lendemain, le docteur gentiment m’avertit que le père de mon fils avait été tué dans une embuscade dans le département voisin.

J’avais perdu en cette fin de conflit, ma jeunesse, l’amour de ma vie et mon honneur, mais j’étais encore en vie.

Thérèse n’eut pas cette chance on la trouva morte sur un tas de fumier affreusement torturée, souillée, violée.

Il fallut toute l’autorité du chef des FFI pour qu’on daigne la retirer de la fange pour la jeter dans un vilain trou à l’écart de tous dans le cimetière du village.

Nous fumes des milliers à être exposées à la honte de la tonte, victimes expiatoires de cette immense chasse aux sorciers et aux sorcières. Nos bourreaux ne furent pas les plus courageux et la foule qui les a applaudis ne valait guère mieux. Quand à moi jamais je ne me suis sentie coupable sinon d’aimer un pauvre diable qui malheureusement s’était trompé de camps.

Mais pourrais je un jour oublier les regards tour à tour haineux, rigolards, égrillards et vengeresse de cette foule, rien n’est moins sur. LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 1- l’attente et la peur LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 2- la tonte

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 2- la tonte

Mais moi je n »avais en rien collaboré avec l’ennemi, je connaissais Philippe depuis que nous étions petits, je l’avais aimé et lui avait donné un enfant avant qu’il ne s’engage. Jamais au grand jamais je n’avais bénéficié de quoi que ce soit, d’ailleurs il n’était qu’un pauvre hère, un sans grade, alors peut être on me laissera tranquille.

Mais par la fenêtre ouverte sur cet estival mois d’aout j’entends un sourd bruit qui monte, comme une nuée d’abeille, comme un mugissement, comme un brame de cerf en rut.

Je ne bouge pas, pétrifiée par une peur qui immédiatement me donne des sueurs froides et salit mon beau corsage de méchantes auréoles.

Une première pierre éclate un carreau et vient rouler non loin du berceau de mon fils, une deuxième vient me frapper à l’épaule, des morceaux de verre me mordent le visage. Voila que maintenant pénètrent chez moi le grand Louis, tondeur de moutons de son état, puis Hubert le cabaretier ,suivis de deux freluquets d’à peine dix huit ans. Ils hurlent, me demandent de les suivre, je résiste il y a mon fils. Le plus jeune mais aussi le plus teigneux m’attrape par les cheveux et me tire vers la sortie, vers la rue, vers l’enfer. Je crie, je me débats, les coups pleuvent, je ne peux résister et me résous à les suivre.

Dans la rue il y a foule comme à la frairie où à la foire aux bestiaux, on m’entoure, on me conspue, mais que me veut on?

Au bruit succède le silence, c’est tout aussi inquiétant, puis tout d’un coup ma voisine, celle qui m’empruntait toujours du lait et des œufs donne le signal de la curée, salope, pute, collabo, garce, fille à boches, tous m’insultent.

A mort, tondez la, foutez la à poil, Louis m’attrape par les cheveux et m’arrache une grande touffe qu’il lance à la foule. Une gamine encore impubère s’approche et me crache dessus, le garde champêtre détenteur de l’autorité s’élance et me gifle de toutes ses forces. Je tombe au sol, les coups de pieds pleuvent je sens qu’on tente de m’arracher mes vêtements. On me relève, du sang coule de ma bouche, mon crane me fait mal car on m’a arraché des mèches entières de cheveux. Je n’ai plus de corsage piétiné par la foule il git à mes pieds. Une vieille harpie décide que ce n’est pas assez et hurle qu’on me déshabille, le tondeur coupe mes bretelles de soutien gorge, ma nudité apparaît, je tente de cacher mes seins mais de multiples bras m’en empêchent il faut que je sois vue.

On m’observe, on me zyeute, milles regards concupiscents me dévorent, je suis dévoilée, violée, souillée. La punaise me témoigne sa pitoyable haine et veut qu’on m’enlève ma robe. Je ne sais pourquoi un homme s’y oppose, je ne le connais pas mais bizarrement malgré qu’il fasse partie de la meute je lui en suis reconnaissante.

Le convoi s’ébranle, on me pousse, on me tire, chacun me conspue, salope, pute à boche, chienne à milicien, la petite Odette âgée de quatorze ans me crache au visage, je vois qu’elle a plein de haine contre moi, je ne lui ai rien fait, en plus c’est ma nièce. Un adolescent boutonneux a les yeux rivés sur mes seins, cette découverte gratuite et salace le fera pense t’il entrer dans le monde des hommes.

Ce qui me fait le plus mal ce n’est pas les insultes qui fusent mais les rires gras de mes anciennes copines d’école, celles avec qui j’ai partagé mon enfance. A l’angle de ma rue j’entr’aperçois la Simone derrière son rideau, celle là c’est une authentique salope qui a offert son cul joyeusement à plusieurs soldats ennemis, mais croyez le, on ne lui fera rien son frère est FFI, elle bénéficie d’une certaine immunité.

Nous arrivons sur la place, tout le village est là et semble m’attendre, je ne serai pas seule à être jetée en holocauste à la foule vengeresse.

Il y a la grande Thérèse, on l’accuse d’avoir dénoncé des résistants est ce vrai, je n’en sais rien. Par contre, beaucoup d’hommes la détestent car hautaine elle les a autrefois rejetés. Les femmes sont les plus terribles car elles croient que cette mangeuse d’homme a croqué leur mari.

Elle est maintenant mal en point, son arcade est ouverte et son visage dégouline de sang, chacun veut en rajouter, on la bat, on la griffe, on la mord, on la déshabille entièrement.

Ce sont les femmes qui la mettent toute nue, gratuitement pour l’humilier, pour se venger de la beauté qu’elle possède. Maintenant qu’elle est nue les hommes se ruent pour la tripoter, cette vengeance érotique est lâche et vile.

La pauvre ne sait pas quoi faire pour cacher son intimité, ses mains vont de ses seins à son sexe mais chaque fois d’un coup de poing on l’oblige à rester les bras ballants pour que chacun ne perde pas une miette de ce si captivant spectacle.

On nous fait maintenant monter sur une charrette, puis on fait asseoir Thérèse sur une chaise, Louis le tondeur de mouton va s’improviser coiffeur, il tient une tondeuse et l’expose à la meute. C’est son jour de gloire à ce salopard qui de toute la guerre n’a pas bougé son cul, maréchaliste de 1940 à 1944, ancien croix de feux, voir Maurassien puis Gaulliste maintenant que tout danger est écarté, il se pavane , fait son fier.

Il s’attaque enfin à la belle crinière de celle qu’il n’a pu posséder, un vrai sauvage, jusqu’au sang il la rase. Fièrement Thérèse fixe la foule en délire, le tonnelier du village pour faire le mariole entre en scène et oblige la pauvre femme à baisser les yeux en lui appuyant sur la tête. Edgard le cantonnier arrive avec de la peinture et en maitre artiste dessine une croix gammée sur le crane chauve de la traitresse expiatrice. Mais toujours plus on lui peint les seins du même signe infâme.

Maintenant c’est mon tour, je ne suis pas entièrement nue et cela énerve certains et certaines, on scande le désir de me voir nue, mais la même ombre protectrice me protège. Pour moi cela n’a plus d’importance, le degré de nudité m’indiffère car je suis dans mon esprit déjà entièrement dévoilée.

Je tente de résister mais des larmes me viennent, on hurle de rire et l’on m’insulte de plus belle.

Puis je sens la froideur du métal, il me fait mal, les mèches de cheveux coupées me tombent dans la bouche, Louis en lance à la foule. Tondue comme un bagnard par ce tribunal des sorcières, l’inquisition villageoise sans procès m’avait jugée.

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 1- l’attente et la peur

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 1- l’attente et la peur

la tondue de Chartres

LA TONDUE

Depuis qu’ils sont partis, j’attends, j’ai le sentiment confus qu’une catastrophe va m’arriver.

Assise sur ma chaise j’observe Philippe à la dérobée, il a un an, vigoureux il se tient déjà debout le long des barreaux de son lit. Lui aussi me regarde et ses yeux me demandent que je le prenne dans mes bras.

Pas aujourd’hui je n’en ai pas le courage, depuis tôt ce matin je m’affaire, j’ai fais mon ménage en grand comme si j’allais partir pour plusieurs jours. Rien ne traîne tout est rutilant, j’attends maintenant qu’ils arrivent.

Après ce remue ménage j’ai même éprouvé le besoin de faire une grosse toilette, comme celle du dimanche. Je me suis frottée comme pour enlever une crasse qui peu à peu, insidieusement semblait m’envahir.

Au gant de crin j’ai frotté, frotté jusqu’à me faire mal, l’eau n’enlève t’elle pas les impuretés de l’âme et de la chair. J’ai changé aussi mes sous vêtements, ce sont ceux de mes rendez vous avec Philippe , un magnifique plongeant en dentelle de couleur chair et une belle culotte de même teinte avec des délicats froufrous sur les cuisses.

J’ai également revêtu mon plus beau corsage celui que mon amoureux m’avait offert pour nos premiers six mois. Puis faisant pendant à tous ces beaux atours j’ai enfilé la perle de ma penderie, la robe blanche que je portais au mariage de mon frère. Elle a déjà quelques années, car le mariage avait eu lieu pendant la drôle de guerre au cours de l’une de ses permissions.

Jours heureux déjà lointains, mon frère était maintenant prisonnier dans un stalag et sa femme était repartie en attendant dans sa famille à la grande ville au chef lieu de canton.

Moi maintenant j’attends, les minutes sont longues, je pense à cet idiot de Philippe avec son uniforme noir, son béret stupide, sanglé dans la conviction d’un monde nouveau , gouverné par une nouvelle élite dont il ferait parti.

Je l’avais pourtant mis en garde de ne pas rejoindre un corps et un camps qui va perdre, jamais ne rejoindre les perdants. Mais têtu, fier, présomptueux il fit une autre analyse et s’engagea dans la milice à Darnand, certes la solde était bonne mais cette armée fantoche suscitait déjà la haine.

Il y a encore trois semaines, il se pavanait au bistrot avec d’autres grandes gueules se vantant d’en avoir zigouillé un.

Il était venu me voir, ivre de vin, ivre de haine contre les américains, les maquisards, les Gaullistes.

Nous avions fait l’amour comme cela à la va vite, comme nous aurions bu un café. Cela le satisfit, moi non, j’en gardais un coup amer et lorsque je le vis s’éloigner dans la rue j’eus le sombre pressentiment que je ne le reverrais plus.

C’était le père de Philippe et lorsque je lui ai donné ma virginité il n’était qu’un simple villageois, il n’avait pas choisi de camps, ou plutôt si, celui de la majorité, celui du maréchal.

La guerre, l’occupation, il ne s’en préoccupait guère, d’ailleurs la présence allemande était diffuse et il n’y en avait pas dans le village. Bien sur nous avions des difficultés à trouver des produits de premières nécessités mais globalement dans cette société paysanne nous mangions à notre faim.

Qu’a t’il pu se passer pour qu’enfin presque libre il choisisse de prendre position et qui plus est dans le camps des assassins.

Lorsque j’étais ressortie après sa dernière visite, dans la rue l’une de mes voisines cracha par terre en me croisant, un peu plus loin deux hommes que je ne connaissais pas me traitèrent de collabo.

A l’épicerie la vieille Louise refusa de me servir en me traitant de fille à boches.

Des allemands c’est tout juste si j’en avais croisés et je ne comprenais pas pourquoi on me vouait une telle haine.

Sur le retour une amie de toujours me croisa et détourna son regard. Je la coinçais au détour de la venelle et la sommais de me dire ce qui se passait. Je compris immédiatement la raison de l’iniquité villageoise, un détachement de miliciens avait arrêté un groupe de maquisards. Sans procès, sans juge, sans avocat ils avaient ignominieusement fusillé leurs prisonniers dans le bois du val.

Parmi les résistants, le petit Louis, fils du tonnelier âgé de seize ans, il avait réussi à s’enfuir et avait évidemment raconté par le menu ce qui s’était passé et la présence dans le peloton d’exécution de ce salopard de Philippe.

J’étais maintenant la pute au Philippe, toutes les ordures se déversaient sur moi, j’avais entretenu une relation avec un officier de la Wehrmacht

Le Philippe était parti, son groupe avait rejoint des détachements plus importants et s’apprêtaient à partir en Allemagne. J’étais seule avec mon fils, j’aurais du partir, mais je n’avais plus personne chez qui aller. Mes parents ne voulaient plus de moi depuis que mon amoureux s’était engagé dans cette légion maudite. Pestiférée, lépreuse, cholérique j’attendais je ne sais quoi.

Ou plutôt si je le savais des bruits couraient sur le sort que l’on réservait aux femmes ayant collaboré horizontalement.

 

CHOLERA MORBUS, Épisode 4, la fin du fléau

 

Chez François Pochon c’est à peu près le même drame qui se joue, parti le 15 aout pour livrer des chevaux à La Rochelle pour la remonte de l’un des régiments présent dans la place, il revient alors que sa petite Célestine est morte depuis la veille. Sans ce prompt retour les obsèques auraient du se faire sans lui. La chaleur est accablante et l’on ne peut se permettre de garder les corps trop longtemps. Au retour du cimetière sa femme Rose ne se sent pas très bien, les symptômes ne trompent pas elle est clouée sur son vase de nuit et se vide. Comme pour les autres malades, le docteur Pros préconise de la faire boire afin qu’elle ne se déshydrate pas trop rapidement, mais c’est peine perdue elle ne garde rien et s’affaiblit. Pourtant Rose a soif, de terribles douleurs lui surviennent, d’abord les extrémités puis les membres en entiers. Ce sont d’abominables crampes, Rose hurle de douleur sur son lit de souffrance, François ne sait que faire pour soulager sa femme.

Puis le mal semble gagner l’abdomen et le thorax, elle n’a plus de voix pour gueuler, son visage s’émacie, ses yeux sont comme deux immenses globes perdus dans des orbites creusés.

Le 21 aout elle meurt, 22 ans ce n’est guère un age pour mourir. Les édiles du village le redoutaient, l’épidémie faisant fi des champs , des bosquets, des fossés et les marais, touche l’ensemble du territoire de la commune. La Conche, Plaint Point, Port Bertrand, le marais sont contaminés. De l’autre coté, le Treuil, puis les moulins en bordure de la voie qui mène à Paris déplorent quelques cas.

Dans les communes voisines on commence à regarder les habitants de la commune comme des êtres maléfiques qui transmettent la mort.

Le mois d’aout se termine enfin, il a été terrible, car 48 habitants ont péri.

Pour ce qui est du mois de septembre c’est Jean Moinard cultivateur âgé de 65 ans qui inaugure la liste, chacun espère qu’elle ne sera pas aussi longue que pour le mois précédent. Les vendanges arrivent bientôt et chacun s’inquiète, il manque du monde pour vendanger et les journaliers des environs ne se pressent pas pour venir y travailler. A la peur de mourir s’ajoute celle de ne pas pouvoir assumer ce pourquoi on se bat au quotidien et qui fait l’essence même de la vie paysanne, la culture de sa terre et la récolte de ses fruits.

Il y a encore des morts mais le docteur Junin constate un léger mieux, moins de personnes malades, il peut enfin dormir une nuit complète.

Pourtant rien de réjouissant, entre deux vieillards âgés de 84 ans le Charles Minot et la Suzanne Rousseau il y a encore 5 enfants qui décèdent.

Puis c’est au tour de l’épidémie de succomber, le 1 octobre les derniers morts du choléra de la commune sont inhumés.

Sans que l’on sache pourquoi le fléau s’arrête, enfin la vie va reprendre son cours.

Finalement les moissons ont été faites, les vendanges aussi, les veufs et les veuves se remarieront.

Officiellement le choléra a fait 85 victimes ce qui compte tenu de la population est un chiffre énorme.

La commune fera donc l’acquisition d’un nouveau terrain pour son cimetière et fera construire une chapelle expiatoire qui sera achevé en 1854. Elle aurait du s’appeler Notre Dame des vignes mais elle fut nommée Notre Dame des champs.

Le docteur Junin mourut en février 1872 à l’age de 83 ans dans la commune de Saint Sauveur.

Le docteur Jean Baptiste Potet est mort en Aout 1874 à l’age de 68 ans dans la commune de Saint Sauveur.

Le docteur Pros est mort en janvier 1886 en son domicile 23 rue Gargoulleau à La Rochelle

Le maire Louis Raimond mourut qu’en à lui en janvier 1883 à l’age avancé de 86 ans.

De nos jours les progrès de l’hygiène et l’assainissement des eaux usées on fait disparaître le choléra du territoire Français, mais on dénombre encore des milliers de morts dans le reste du monde.

PS : Article réalisé grâce aux travaux de monsieur Jean Pierre Pelletier.

Sources : un village de l’Aunis au temps du choléra par Jean Pierre Pelletier

Archives état civil de Saint Sauveur d’Aunis

Journaux locaux

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 3, la phase aiguë de l’épidémie

 

Le maire monsieur Raimon se renseigne auprès des communes voisines sur des cas éventuels, Ferrière la commune la plus proche est également touchée mais à un degré moindre, Nuaillé d’Aunis a aussi quelques cas, Saint Jean de Liversay, Courçon, Longèves , la Jarrie aussi mais vraiment en petite quantité.

La Rochelle a aussi de nombreux morts mais proportionnellement à Saint Sauveur ce n’est rien, le curé Fraignaud dit des messes pour préserver sa commune, mais les voies du Seigneur sont impénétrables et ses paroissiens continuent de mourir.

La catastrophe continue sur le mois d’aout on n’en finira jamais, le deux c’est l’apothéose , quatre décès sont déclarés, les médecins n’ont pas dormi de la nuit et le curé non plus.

La faucheuse est de nouveau chez la famille Gordien, c’est encore Emmanuel qui vient déclarer la mort de son beau père René Marchand.

Cela devient vraiment inquiétant et le maire doit mettre à l’ordre du jour du conseil l’achat d’un terrain pour un nouveau cimetière. Les fossoyeurs doivent creuser encore et encore et les ossements des morts anciens sont réunis en ossuaire.

Jean Robert le charpentier est encore touché , la mort frappe à l’huis de sa porte pour emporter sa jeune bru, la maison est affligée, la défunte a de nombreux enfants et des difficultés vont surgir rapidement.

D’autant que la mort ne se décide pas, elle traine encore dans la maison, les enfants sont malades aussi. Le docteur Junin se dévoue corps et âme pour sauver les petits. Mais le cinq aout c’est la petite Léontine qui cède la première. Âgée de 37 jours, privée du sein de sa mère enterrée depuis la veille, elle n’avait pas beaucoup d’atouts pour lutter, en quelques heures, la fragile poupée s’en est allée.

Les morts s’accumulent, s’amoncellent, pour un peu le père Fraigneau devrait faire des enterrements multiples.

Toutes les familles sont attristées par un deuil , mais il faut garder l’espoir, les hameaux sont moins touchés. Les docteurs espèrent toujours que l’épidémie va restée circonscrite sur le bourg.

Mais il est illusoire de croire que cette foutue bactérie ne va pas s’étendre, la Grossonerie à la sortie du village enterre ses premiers morts, plus loin en allant sur l’abbaye de Benon, la Robinière et la Fragnée comptent maintenant des décès.

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, le docteur Potet tombe malade, non pas du choléra mais plutôt d’épuisement, il doit cesser ses fonctions, il est consterné car il sait que la population a besoin de lui, ce sont ses clients, il les connait presque tous et s’en veut de ne pouvoir tenir son poste au plus fort de l’épidémie.

Le docteur Junin vétéran des armées de Napoléon où il exerçait en tant que chirurgien est bien plus vieux mais tient encore.

Chacun fait de son mieux mais l’épidémie n’est plus sous contrôle, aucune mesure ne peut plus endiguer le flot incessant de nouveaux morts.

Le 12 aout le maire insère des feuillets supplémentaires au registre d’état civil, on a jamais vu cela.

Depuis le 9 juillet il n’y a plus eu de mariage, ils sont tous reportés, personne n’a le cœur à faire la fête et il n’est pas recommandé de se regrouper.

Si les mariages disparaissent il n’en est pas de même pour les naissances, le 15 aout nait le petit Pierre Coudrin fils de Pierre et de Suzanne Drappeau.

Le curé se doit de faire le baptême mais il doit le caler entre trois enterrements et une visite chez la marie Principeau qui meure juste après l’extrême onction pratiquement dans ses bras.

Pour entrer dans le saint lieu le cortège doit traverser le cimetière, le champs de repos est bouleversé et on a l’impression qu’il a été labouré par d’immenses taupes. Les mines sont grises, les visages défaits, on s’inquiète bien évidemment sur les chances de survie d’un nourrisson dans de telles conditions.

Le curé a une dramatique expérience du choléra car il desservait autrefois la paroisse de la Couarde et il dut faire fasse à la terrible épidémie de choléra de 1832. Il se serait bien passé de cette méchante résurgence.

C’est donc dans cette ambiance mortifère qu’il fit entrer le fils Coudrin dans la famille chrétienne, au moins si le petit meurt il ne sera pas soumis aux affres des limbes.

A ce stade l’épidémie a déjà fait 59 morts et a touché la majeure partie de la population. Certains ont survécu d’autres non, c’est comme cela. C’est aussi comme cela que   le docteur Potet  épuisé doit jeter l’éponge. Ce n’est pas de gaité de cœur mais si il veut vivre il se doit de se reposer.

Le docteur Junin déjà âgé peine à remplir sa tâche et va certainement succomber si l’épidémie persiste.

L’heureuse solution vint de la ville de la Rochelle en la personne du docteur Pros. Jeune médecin gendre de l’adjoint au maire de la Rochelle monsieur Marquet, il n’hésite pas à quitter son domicile de la rue Gargoulleau pour venir braver le danger.

Il emmène avec lui également deux sœurs de la charité enlevées à l’hôpital général de la ville.

Dès lors ce secours providentiel va œuvrer pour le bien de tous, se démultipliant en portant leurs soins aux moribonds, en enseignant les gestes de prophylaxie élémentaire et en soulageant les familles qui doivent assurer aussi les travaux d’été

Le dix huit aout François Petit vient déclarer le décès de sa femme Magdeleine Vincent, il est désespéré de la voir partir à l’age si peu avancé de 34 ans mais de plus il est mort d’inquiétude car son fils Gabriel est également malade, l’une des sœurs de la charité le veille en permanence mais le petit s’affaiblit.

François qui a déjà perdu son fils René âgé de 3 ans il y a quelques jours, ne croit pas pouvoir surmonter cette dernière épreuve. Il faut pourtant qu’il s’y résolve car Gabriel 18 mois ne peut rien contre le choléra.

Désespoir supplémentaire il n’y a plus de place autour de la tombe de sa femme et de son premier fils il faudra donc l’inhumer le petiot loin de sa famille presque le long des murs sombres de l’église.

François eut préféré une place au soleil afin que son bébé n’ait moins froid.

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 2, l’épidémie se propage rapidement

 

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 2, l’épidémie se propage rapidement

 

La maladie continue d’avancer, les visites médicales se succèdent, la population commence à avoir peur et se méfie de son prochain. Le glas a retenti six fois en une semaine cela fait beaucoup pour un si petit village.

Le maire Raimon avise les autorités préfectorales à La Rochelle .

Le 6 juin c’est le foyer des Robin qui est touché et pour la première fois disparaît une jeune femme âgée de 28 ans. Ils enterreront donc cette jeune mariée qui la pauvre unie à son mari depuis à peine un an,  n’aura pas eu le temps de faire des enfants . Étienne est effondré.

Le lendemain c’est la vieille Robin qui décède, fille du feu notaire Boutet c’est encore une vieille qui a fait son temps, mais les doctes messieurs craignent pour la jeunesse.

Rapidement les morts se succèdent , souvent par groupe familial, Marie Suire 70 ans suivie de près par sa bru Marie Rose Cornière 42 ans.

Les fossoyeurs travaillent maintenant à temps plein au petit cimetière. La question se pose, les morts sont ils encore contagieux et ne doit on pas craindre pour les habitants qui habitent au bord du lieu de repos?

Comme le docteur Jubin le craignait, il est appelé au chevet d’un nourrisson dès le 12 juin, mais hélas c’est trop tard Pierre Pinet 16 mois est le premier enfant à mourir de l’épidémie.

Sa maman Rose l’a veillé pendant les deux jours de sa maladie, mais rien n’y a fait, le petit ne gardait rien et le lait maternel dont il était pourtant vorace ne lui était d’aucune utilité car soit il le vomissait soit il le refusait. On l’entoura à l’ancienne d’un linceul blanc pour le porter en terre.

Le menuisier du village ne fournit déjà plus en cercueil.

Cela prend une autre dimension quand on craint pour les enfants, on n’ose plus sortir et une sorte de psychose frappe le village.

Pourtant il faut continuer de vivre, la moisson approche et les travaux dans les vignes requièrent beaucoup de main d’œuvre.

La liste des morts s’allonge et quand le mois de juin se termine, il y a 18 tombes supplémentaires autour de l’église, on a jamais vu cela dans le village et de mémoire d’hommes personne n’a souvenir d’une telle hécatombe.

Après les cabaretiers ce sont les boulangers du village qui sont touchés, ils inaugurent les morts du mois de juillet.

C’est le premier juillet qu’Emmanuel Gourdien vient déclarer la mort de son père François, les autorités sont surprises car la maladie d’un des membres de la famille avait été tue afin que la clientèle ne fuit pas.

Le maire engueule Gourdien mais le mal est fait, il n’y a plus à y revenir, que cela soit au cabaret ou au four du boulanger il y a toujours affluence et la propagation ne peut qu’en être accélérée.

Mais il semble y avoir un léger répit, les médecins prennent un peu de repos quoique cela soit relatif. Le docteur Potet est épuisé et s’interroge si il va pouvoir continuer ses visites.

Pour l’instant le mal semble être contenu dans le bourg, qu’en sera t’il si les hameaux viennent à être touchés.

Puis inéluctablement la série continue et la mort frappe chez les Moreau, Étienne 45 ans abandonne la partie pendant les travaux d’été mettant en péril l’économie familiale.

Mais est-ce la fin du choléra à Saint sauveur, le bacille semble faiblir et peu à peu le son des cloches lugubres s’estompe.

Mais ce n’était qu’un rêve, la faucheuse se déchaine, les familles s’enferment et se recroquevillent sur elles même .

En ce chaud mois de juillet, 14 personnes meurent des suites du choléra Morbus.

Emmanuel Gourdien le fournier a cette fois ci appelé Monsieur Potet, mais cela ne sauve pas pour autant sa fille Virginie âgée de treize mois.

Heureusement toutes les personnes touchées ne meurent pas, certaines sont plus solides, d’autres ont de la chance.

Les médecins tentent de lutter mais les sangsues, les saignées, les fumigations et le vinaigre ne sont que des palliatifs. Mais parfois miracle de la nature ou les deux conjugués les malades s’en sortent.

Puis il y a les recommandations sanitaires qui restent souvent lettres mortes. On interdit le rouissage, mais évidemment ceux qui en vivent ne l’entendent pas ainsi.

On préconise aussi d’éloigner les tas de fumiers des maisons, mais nom de dieu où les mettre, il faut bien qu’on jette nos déjections. Puis il y a le problème de l’eau, il ne faudrait pas qu’elle soit stagnante mais la Charre au mois de juillet n’est plus qu’un cloaque infâme ou tous jettent leur merde et leur pisse .

Les docteurs en ont également de bonne, nettoyer les murs, nettoyer les paillasses, voir les bruler, comme si on avait que cela à faire, les bleds n’attentent pas.

Il faudrait aussi qu’on éloigne les aliments des gens malades, oui peut être mais la aussi ce n’est point facile, car la plus part des villageois vivent encore dans des pièces uniques.

Puis la recommandations idiote par excellence, il faudrait qu’on se lave les pieds et les mains une fois par semaine, qu’on change de chemise et qu’on ne marche plus pieds nus.

Contrariant les coutumes et us villageoises les recommandations ne sont guère suivies d’effets.

Comment peut on demander à des gens qui n’ont pas l’eau courante de se laver régulièrement et de toutes façons avec de l’eau vraisemblablement souillée, de faire leurs besoins loin de la maison alors qu’ils n’ont pas de fosse d’aisance, d’éloigner les animaux alors qu’ils vivent avec.

Non vraiment ce sont des théories de médecins et de bourgeois des villes.

D’ailleurs on devine plus que l’on ne le sait que la bactérie Vibrio Choléra est une infection virale transmise par voie directe orale et fécale par ingestion d’eau et d’aliments contaminés.

C’est d’ailleurs le cœur du problème mais que peut on y faire.

 

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

 

CHOLERA MORBUS

Marguerite Dauvert en ce 21 mai 1849 rentre tranquillement chez elle, malgré l’heure avancée la chaleur est exceptionnellement chaude en ce printemps.

Elle sue abondamment et le fagot de bois qu’elle ramène pour son foyer lui pèse sur l’épaule. C’est qu’elle n’est plus toute jeune la veuve Petit, bientôt soixante quinze ans. Le souvenir de son défunt mari s’estompe dans les brumes du temps.

En fait elle n’habite pas chez elle mais plutôt chez son gendre François Bourru et sa fille Anne, elle aurait préféré demeurer seule mais nécessité fait loi. A son age elle n’est plus qu’un fardeau économique et elle serait bien en peine de faire face à une vie indépendante.

Tout de même son chargement lui pèse énormément et elle doit faire une pause ce qui n’est pas du tout coutumier de sa part.

Au niveau du pont presque au milieu du bourg elle fait donc une pause et en profite pour héler sa voisine Françoise Jaroussin qui entre deux hauts murs patauge dans les eaux stagnantes de la Charre le petit ruisseau qui bientôt à n’en pas douter sera à sec. Comme à son habitude elle rouit du chanvre qu’elle revendra à Napoléon Morin le tisserand. L’odeur qui émane des eaux fétides couleur d’étain donne presque la nausée à Marguerite, c’est bizarre elle y est pourtant habituée.

Les deux femmes s’échangent quelques banalités et Marguerite doit reprendre son chemin , elle a maintenant très mal au ventre, une douleur fulgurante de boyaux noués, elle ne va quand même pas se chier dessus, elle se presse, plus rien ne va. Tant bien que mal elle traverse le village, passe devant le cimetière et l’église, encore un carrefour , une ruelle, enfin chez elle. Elle balance son bois et enfin remonte jupon, cela n’en fini pas elle se vide, la tête lui tourne.

A la maison, elle est seule, tout le monde travaille, elle est la première a être rentrée. Prise d’une envie irrépressible de se coucher elle tente de résister. Maintenant elle a soif, elle ne tient plus debout, mais doit aller au puits sortir un seau d’eau.

Péniblement elle remonte le long des pierres humides son contenant. Jamais même au cour de ses maternités elle n’a été épuisée comme cela, une vraie loque. Elle s’abreuve abondamment, mais à peine sur le seuil elle rejette tout, sa langue est pateuse, elle reboit, mais chaque fois c’est la même chose.

Elle se résout à s’allonger et c’est dans son lit que sa fille et son gendre la trouvent. Il règne dans la pièce une odeur douceâtre mais prégnante, difficile de définir la raison de cette pestilence. Il appelle la mère, mais la Marguerite dans son lit ne bouge pas. Le couple se précipite, la vieille git dans ses excréments à moitié inconsciente. C’est à vomir, elle sort de sa torpeur et explique. Anne fait sortir son mari et lui demande d’aller chercher le docteur Junin pendant qu’elle va enlever les souillures de sa mère.

Le docteur arrive peu de temps après, devant la description des symptômes il s’est précipité au foyer de François Bourru.

Ce qu’il voit n’est pas pour le rassurer. Marguerite est déjà mourante et le docteur en connait la cause.

Alerté par ces collègues de La Rochelle et bien sur lisant la presse nationale il sait que depuis mars 1849 introduit par le port de Dunkerque se propage à une vitesse foudroyante le Choléra.

Paris compte déjà des milliers de morts, et la capitale de l’Aunis qui malgré sa tentative de cacher l’épidémie a aussi de nombreux décès à déplorer.

Redoutant le pire il s’en va prévenir son collègue Jean Baptiste Potet et de concert les deux praticiens s’en vont avertir le maire Louis Raimon.

A ce stade les praticiens pouvaient toujours espérer que la mort de Marguerite soit un cas isolé, mais cette dernière à peine froide le docteur Junin malheureusement est appelé chez une de ses voisines.

C’est la mère Jaroussin veuve Bourdin qui ne sent pas très bien, ses entrailles ont cédé et c’est un vrai fleuve, depuis elle est pantelante dans son lit refusant d’absorber quoi que ce fut, le docteur pèse la situation elle est gravissime.

Le 26 juin elle meurt en d’atroces souffrances mais est absoute de ses péchés par le père Léon Fraigneau qui est venu lui administrer l’extrême onction.

Il faut enterrer la morte au plus vite car la chaleur fait rapidement son effet et la puanteur gagnerait vite le quartier, dotant que sa fille, la Véronique elle aussi veuve et vivant avec sa mère n’est pas au mieux de sa forme.

Incapable de se lever elle fait constamment sous elle, alors entre la morte et la diarrhéique le pauvre Jean, fils et frère ne sait plus où donner de la tête.

Heureusement Napoléon Morin et sa femme vienne l’assister. Le docteur qui évidemment à d’autres patients vient de temps à autres.

Jean enterre sa mère le 28 mai à son retour du cimetière sa sœur est morte.

Mais ce que redoutaient les médecins arrive, la situation semble s’emballer, Junin et Potet multiplient les visites. Ils sont désemparés, car la plus part du temps lorsqu’ils arrivent la déshydratation est fortement installée et les patients déjà en péril de mort.

Le 3 juin ils sont au chevet d’Étienne Petit et de sa femme Magdeleine, c’est inquiétant ils tiennent la cabaret au centre du bourg, ils ont pu contaminer les trois quarts du village.

Marie Rolland âgée de 56 ans est à la dernière extrémité et déjà le curé se hâte.

Être au chevet n’est pas guérir et le patron du cabaret décède, sa femme ne le saura jamais car elle agonise dans le même lit que son mari. Respect oblige on la déménage du lit du mort avant qu’elle ne meurt à son tour. Jean Étienne n’aura qu’un double enterrement à préparer. Le bon curé qui n’est pas là que pour le spirituel s’active et aide comme il peut. La mort se concentre dans la même rue mais va surement s’étendre, Marie Rolland 56 ans décède, c’est encore une voisine au Napoléon Morin, pour un peu on aurait l’impression que c’est lui qui refile la mort à tout le monde.

UNE BIEN BELLE ANNÉE

L’année 2020 a été pour moi au niveau de l’écriture, merveilleuse. Elle l’a été car vous avez été fort nombreux à me lire, mon blog ayant cette année dépassé allègrement les 100 000 visites.

Je tiens donc à vous remercier de tout mon cœur pour l’attention que vous avez portée à la lecture de mes articles et sagas familiales.

Vos commentaires amicaux hormis quelques insultes m’encouragent à poursuivre cette passion dévorante qu’est l’écriture et à m’améliorer sans cesse.

Un remerciement appuyé à tous les administrateurs des groupes qui par leur constance et leur gentillesse font vivre la généalogie et permettent la diffusion de récits d’auteurs amateurs.

Également un remerciement plein d’amour à mon épouse qui relit et corrige mes textes

L’année prochaine je reviendrai vers vous avec d’autres chroniques , d’autres sagas et d’autres articles, pour continuer à faire vivre nos ancêtres disparus et faire œuvre de transmission.

Pour vous faire patienter je vais rediffuser quelques textes plus anciens mais en attendant je vous adresse de nouveau mes sincères remerciements et je vous souhaite un merveilleux noël et une belle année 2021

 

Amicalement

Pascal

 

 

 

LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 42, la mort de Victorine

Comme je l’avais pressenti la petite de Gustave et d’Ismérie décéda, fruit vicié dès le départ la conclusion de sa vie ne pouvait qu’être tragique.

La noce ne fut pas décalée pour autant et l’on se retrouva tous à Guérard une petite commune toute proche.

Moi je n’allais pas fort, la boule que j’avais dans la poitrine me faisait atrocement souffrir, j’étais faible car je ne mangeais rien. Je me fis donc porter et ne pus faire grand chose, pas de danse pour moi et adieu les amours passionnées des fins de noces.

Nous n’étions plus que deux à la maison, j’avais moins de travail et heureusement car j’étais bonne à rien.

Je me mis à tousser et à avoir des difficultés respiratoires, Charles inquiet m’emmena avec Hermance chez un autre médecin. Il me fit mettre nue et me palpa sur l’ensemble du corps. Il écouta ma toux et examina mes glaires. Pour être franc il le fut,  » madame Trameau votre état est inquiétant », il n’y a aucun remède à votre état  » .

La question que je ne lui posais pas me brûlait quand même les lèvres, combien de temps?

Il me donna des pilules contre la douleur en me recommandant de ne pas en abuser.

J’allais mourir et le docteur m’expliquait de faire attention à ces quelques cachets, le trajet du retour fut lugubre. Charles le taiseux perdu dans ses pensées ne s’exprima pas de tout le chemin.

Mon état s’empira soudainement et je dus m’aliter, Marie ma fille vint s’installer à la maison pour s’occuper de moi. Hermance ne me quittait pas non plus.

Mon corps s’abandonnait, je mangeais et je vomissais, je respirais et je toussais. J’avais l’impression que chaque quinte de toux m’arrachait un bout de poumon. J’avais mal partout, heureusement la médication me soulageait, j’entrais alors dans une phase de somnolence. On me tenait compagnie, mais aussi on me lavait, arriver à plus de soixante ans et se chier dessus quel avilissement.

Un beau matin un joyeux bonjour me sortait de ma léthargie, un fringant soldat se trouvait devant moi et me bisait, mon Daniel était revenu. Son engagement était terminé et il s’apprêtait à reprendre son ancien métier de botteleur. Il n’avait pas connaissance de ma maladie et ce grand benêt, ce grand voyou s’effondra en pleurant comme un gosse.

Ça présence étonnamment me redonna joie et courage et je repris même un peu de force. Bien sur je savais que je ne m’en sortirais pas mais peut être gagnerais je quelques mois précieux.

Le matin on m’installait sur une chaise longue en osier, je regardais passer les gens qui partaient au travail, ronde des bergers, des charretiers, des paysans trainant sabots avec leur faux sur le dos. Lavandières et lingères portant leurs paniers de linge, commerçants s’en allant à Coulommiers, cantonniers la pelle à la main et charriant des gravats.

 » Bien le bon jour la mère Trameau, comment va ce matin? Tous avaient un petit mot. Je les saluais d’un petit geste fatigué.

Mais il fallut se rendre à l’évidence ma fin était proche, je respirais lentement comme dans un râle, mon kyste au sein était nécrosé et mes membres ne m’apportaient que douleur insoutenable. Les cachets ne faisaient plus effet

Daniel m’apprit qu’il allait se marier en juin 1906 avec Eugénie Maury une petite de Chailly. Je ne pus que lui sourire tristement jamais je n’arriverais jusqu’à cette date.

Je n’étais plus consciente qu’occasionnellement, mes enfants et petits enfants m’entouraient, lorsque je reconnus Auguste je devinais que j’allais partir.

Je n’étais pas morte que la veillée funèbre commençait, un prêtre vint pour m’apposer le viatique. Je n’entendais que de vagues bruits, et n’apercevais plus que des ombres furtives. Je percevais la chaleur réconfortante d’une main serrée dans la mienne mais je ne savais pas à qui elle appartenait.

Je sentais aussi que l’on me bisait, pourquoi?

Puis tout fut noir, alors que je ne pensais pas avoir les yeux fermés, j’entendis encore quelque voix puis plus rien.

Mon arrière arrière grand mère Victorine Tondu est morte le 11 mai 1906 à cinq heures du matin en présence des siens.

Gustave et Émile déclarèrent le décès et tous la portèrent en terre le jour suivant.

Auguste devint entrepreneur en fourrage et se fit une belle aisance avec la guerre, Émile resta à Chailly

Victor mourut domestique à Paris en 1919, Charles vit la seconde guerre mondiale et s’éteignit en 1946 à Nangis en Seine et Marne.

Joseph resta sur Beton Bazoches et Marie la seule non paysanne vécut jusqu’en 1953 à Jouarre aussi en Seine et Marne.

La famille offrit son tribut à la folie humaine, Gustave et Daniel mourront au combat respectivement en 1916 et en 1918.

Quand à Charles le mari, il rejoignit son épouse dans la terre de Brie en 1911.

Fin