LE ZOUAVE PONTIFICAL, UNE HISTOIRE DE PHOTOS

 

                                      Victor Joseph  Ducoulombier en 1876

Lorsque je suis sur une brocante je me transforme en prédateur, je suis en chasse, je traque, je débusque.

Mon gibier est fait de livres, de vieux documents et aussi de vieilles photos.

Lorsque je découvre ces dernières mon exaltation est à son comble.

Dernièrement un bel achat m’a fait découvrir le visage d’un personnage dont je ne pouvais ne point faire la narration d’une vie bien remplie.

Tout d’ abord abordons la photo elle même, prise dans l’ atelier d’ Alphonse Le Blondel sans doute l’un des premiers photographes de la ville de Lille.

La photo est datée du 26 février 1876 bien que Le Blondel soit mort en mai 1875, l’atelier se trouvant rue du cirque à Lille.

Le personnage porte un élégant veston croisé avec un nœud papillon , la coupe soignée du vêtement sent la bourgeoisie.

L’homme jeune porte une moustache et une barbe à la Napoléon 3, cela peut paraître incongru après la chute de l’empire mais sans doute la persistance d’une mode.

La recherche se serait arrêtée là si notre cher monsieur n’avait point noté son nom et son état.

C’est une chance car finalement sur ce genre de photo les recherches s’arrêtent rapidement en général.

La chance étant de mon coté notre héros porte le nom pas très courant de Ducoulombier.

Pour l’instant j’ai une date et un nom, mais poursuivons. Sous sa signature il note qu’il est ancien zouave pontifical.

Maintenant tout se déroule comme un tapis rouge, car facilement je trouve trace de ce zouave tant dans Gallica que dans Généanet où dans de nombreux journaux de l’époque.

Notre portrait a maintenant un nom

Victor Joseph Ducoulombier né à Tourcoing au 45 de la rue Nationale le 29/09/1844, fils de Ferdinand Joseph et d’Augustine Pinet. Le père est maître charpentier, mais aussi négociant et propriétaire selon les périodes.

Sur la photos il a donc 32 ans.

Intéressons nous maintenant à ce qu’il dit être, c’est à dire ancien zouave pontifical e tachons de savoir ce que ces derniers étaient.

Les zouaves pontificaux ont été créés en 1861 sous forme d’un bataillon puis sous forme d’un régiment en 1867. Sur le modèle des zouaves de l’armée Française dont ils portaient approximativement le même uniforme.

Le régiment est composé de volontaires de tous pays mais majoritairement Français , Belges et Néerlandais.

Le but étant de défendre l’état pontifical menacé par l’unité italienne. C’est un français, le général Lamoricière qui se charge de l’organisation de cette petite armée pontificale.

Cette dernière est écrasée par les piémontais à la bataille de Castelfidardo le 18 septembre 1860, l’état pontifical est alors réduit au simple Latium ( autour de Rome ) et les volontaires catholiques affluent car les états catholiques eux même se moquent bien de l’affaire.

L’armée comptera jusqu’à 18000 hommes, les milieux traditionalistes français paient de leur personne et de leur bourse pour défendre la cause.

Les nationalistes italiens qui leur étaient opposés, les nommaient les  » diables bleus du bon Dieu  »

En 1867 l’armée de Garibaldi tente d’envahir les états c’est la bataille de Mentana, les zouaves font merveille et l’aide d’un corps expéditionnaire français permet le succès et un répit de trois années pour les états pontificaux

Mais en 1870 à la suite de la guerre Franco prussienne, Napoléon III retire ses troupes de Rome et les zouaves de Charette sont seuls à la défense de la capitale du pape. L’armée italienne en profite et le 20 septembre 1870 ils entrent dans Rome. Les zouaves pontificaux sont rapatriés sur Toulon.

De retour en France ils se mettent au service du gouvernement de la défense Nationale qui a succédé au 2ème empire. Les zouaves pontificaux se transforment en légion des volontaires de l’ouest sous la direction de Athanase Charette devenu général.

Sous la bannière du sacré cœur ils participent à la bataille de Loigny mais la guerre cesse enfin et les zouaves sont enfin dissous.

La plus part des zouaves fervents défenseurs de la légitimité monarchique et militants catholiques intransigeants feront survivre la mémoire de leur action.

Sur la photo que je possède l’ancien zouave Ducoulombier écrit  » un défenseur obscure mais dévoué de Pie IX et de Henri V, vive Dieu, vive le Roi. »

                                                               Pie IX

Rappelons pour mémoire que Pie IX est souverain pontife de 1846 à 1878 et que Henri V est le fils posthume du duc de Berry et qu’il est prétendant au trône de France. Il est le petit fil du dernier roi de France Charles X. Ennemi résolu de la branche cousine d’Orléans et des descendants du roi Louis Philippe roi des Français. Né en 1820 il est mort en exil en Autriche en 1883, ayant fait échouer toutes les tentatives de restauration en sa faveur par son intransigeance à refuser le drapeau tricolore.

Comte de Chambord prétendant au trône de France sous le nom d’henri V

J’ai retrouvé les états de service de Victor Joseph Ducoulombier ;

Engagé comme zouave le 26 février 1868

Caporal fourrier le 11septembre 1868

Sergent fourrier 16 octobre 1868

Siège de Rome 1870

Campagne de France 1870 1871 avec les volontaires de l’ouest

Matricule 682

Sergent fourrier le 26 octobre 1870

Sergent major le 26 novembre 1870

Licencié 15 août 1871

il devient ensuite imprimeur gérant du journal des zouaves pontificaux nommé  » l’avant garde  »

Sa carrière militaire est terminée, commence celle de sa vie privée.

Il se marie le 26 septembre 1874 à Lille avec Pauline Marie Joseph Caron fille d’un propriétaire.

                                              Pauline Marie Joseph Caron

A ce moment il est gérant du journal  » la vraie France  »

En présence de ses frères Ferdinand et Alfred tous les deux courtiers en assurance à Tourcoing et des frères de la mariée Alfred et Gustave fabricants de ferblanterie à Lille.

Avec sa femme il auront deux enfants Léon Victor 1875 – 1951 et Alfred Paul Joseph 1896 – 1950.

Le premier deviendra prêtre

                                      Révérend père Léon Ducoulombier

et le second directeur d’assurances.

Voila pour la descendance, Pauline Caron meurt le 11.09.1880 à Lille.

Victor Joseph sera donc imprimeur et gérant du journal la  » Vraie France  ».

Il sera décoré de l’ordre de Saint Grégoire le grand dans l’ordre des chevalier le 5 décembre 1897, distinction accordée par le Vatican pour services rendus en tant que zouave pontifical.

Il sera également titulaire de la médaille des Benemerenti décernée par le saint siège  pour ceux qui ont  rendu de longs et éminents services à l’église catholique.

Il sera également cité comme personnalité à l’enterrement de son ancien commandant le général Athanase de Charette de la Contrie en 1911.

Notre homme décédera à Paris le 07 octobre 1921 et sera inhumé à Lille entouré de ses enfants et petits enfants.

Il convient de rajouter que la photo de Victor Ducoulombier était destinée à l’abbé Aimé Joseph Kochanski né à La Rochelle en 1840 et décédé dans la même ville en 1906, ce dernier étant curé des Portes en Ré en 1876. Ce qui explique pourquoi j’ai trouvé ces photos en Charente Maritime.

Voilà je vais laisser mon personnage retourner à son repos éternel en espérant l’avoir fait un peu sortir de son anonymat .

Peut être que mon texte arrivera un jour sous les yeux de sa postérité et qu’ils me contacteront. On ne sait jamais avec les hasards de la généalogie…..

LE DÉPART D’UN JEUNE CON

 

Jeune, con, insouciant du mal qu’il peut faire en s’éloignant, il monte dans la vieille voiture verte du réseau SNCF de l’est .

Ce départ il en a rêvé lorsque solitaire ses yeux se perdaient sur les vieux toits de la ville.

Maintenant tout se précipite, tout se bouscule, son papier bien serré dans sa veste, ses maigres habits serrés dans une antique valise, il part.

A la lueur dansante des lampes qui éclairent le quai, son père une dernière fois l’accompagne du regard. Rien ne transparait de sa détresse intérieure mais en sage de la vie il sait au fond de lui que celui qui s’en va ne revient jamais.

C’est une sorte d’enterrement, un deuil perpétuel, une petite mort que de voir ceux qu’on aime s’éloigner.

La silhouette qui peine sous la charge de sa valise s’estompe derrière les vitres sales du wagon, elle dépose son bagage de cuir noir dans un porte bagage.

Le partant revient une dernière fois saluer celui qui l’a fait naître, celui qui l’a élevé et qui jusqu’à lors l’a nourri. Les phrases ne se bousculent pas, elles sont celles de taiseux.

Dans les regards il y a de l’amour, mais il est jeune et con, en voit-il derrière la barrière lacrymale la profondeur?

Le train s’ébranle dans la nuit, bientôt le père se fait petit dans le lointain. Les lumières de la ville qui l’ont vu grandir disparaissent, ne laissant place qu’à la froide solitude de la campagne plongée dans l’obscurité.

Alors que traînant les pieds, malheureux il rentre au foyer où plus jamais ne résonneront les cris de son enfant, son fils vogue vers son futur, son avenir, sa vie.

Il aurait préféré pour sûr que cet avenir se construise ici dans le giron mais l’inconscience de la jeunesse vient de le pousser au loin, comme un mauvais coup de vent vous volerait une page de souvenir.

La nuit sera mauvaise, comme la brise haineuse qui déroule votre vie au gré de ses envies. Jamais il ne sera le même, jamais le temps ne s’écoulera de la même façon. Il a beau savoir comme le savent les pères et les mères que leurs enfants ne leur appartiennent pas mais son cœur tout de même se brise.

Lui la tête calée sur la vitre froide regarde le paysage, il ne sait pas que c’est son enfance qui file, il ne sait pas que le morceau de vie qu’il abandonne est la brique constructrice de son destin. Non il ne sait rien de cela , il est jeune et con.

Il observe la scène qui s’offre dans le compartiment, des travailleurs abêtis par la fatigue et qui regagnent leur foyer, un bidasse en uniforme qui bientôt aura fini son temps et une jeune fille un peu intimidée qui baisse la tête alors qu’elle se doute qu’on l’observe. C’est un microcosme, ce n’est plus la cellule familiale, ce n’est plus sa mère qui tricote un chien au crochet autour d’une bouteille, ce n’est plus son père qui lit le parisien.

Puis le train ralenti, de nouveau des lumières trouent la nuit.

Les routes telles des lambeaux luminescents incendient le noir crépusculaire, maintenant des immeubles bordent les voies, la crasse, les voitures, des centaines de voies, des lumières qui clignotent, au loin un avion.

Crissements des roues, wagons qui pleurent, Paris gare de l’est. Il n’a pas loin à aller, la gare de Lyon est proche. L’odeur des quais lui pique le nez, la foule empressée le bouscule, lui cherche l’entrée béante du métro. Ligne 4, Châtelet, Clignancourt, les couloirs aux carreaux bleu métro se succèdent, un musicien, un pochard, une roumaine qui exhibe son enfant, un flic, une bourgeoise fatiguée, une gamine aux yeux bordés déjà las de la vie, dont le rimel en vilaines coulures lui donnent un masque de clown. Tout se bouscule mais il ne peut reculer, tenir son horaire, changer de gare, trouver le bon train. Il ne pense plus à ceux qui l’abritaient, à ceux qui le choyaient, son destin est enfin en marche il est lui, il n’est plus eux.

Un ignoble wagon vert, le monde s’agglutine , le train est plein. Une place, il s’y cale et ne bouge plus de peur de se la faire prendre.

A voir les visages, il n’est pas seul à tenter l’aventure. Des faces étrangères mais qui expriment toute l’inquiétude d’un grand voyage.

Ceux qui sont là ont-il la même destination, il l’ignore, chacun se tait.

Puis dans un bruit effrayant le convoi démarre, Paris Vintimille. Le bruit est le même que précédemment, les lumières sont les mêmes. Les yeux commencent à se fermer, des épaules s’affaissent. On entend toutefois des bruissement de papier aluminium, le casse croûte maternel, odeur de pâté, de jambon, puis de nouveau le silence.

Tous se taisent, aucune parole ne s’échange, un désespoir, une langueur les frappent. est ce déjà un renoncement?

Non certes pas, juste une première faiblesse , un léger remord, mais le train de la vie comme le Paris Toulon poursuit sa course et ils s’éloignent tous du foyer initial de leur premier bonheur.

Les heures défilent lentes, angoissantes, l’avenir se rapproche, le futur ignoré qu’on espère beau.

Le contrôleur réveille tout le monde titre de transport, il s’aperçoit que presque tout le monde a le même, le fonctionnaire sourit.

La fatigue écrase son monde, le sommeil est mauvais, sale, presque fatiguant, l’aube pointe à travers les carreaux, tient, on voit la mer. Arrêt, Marseille Saint Charles.

Alors que Lyon Perrache n’a suscité aucun intérêt, la cité phocéenne réveille et émerveille.

Le jour est définitivement levé, il se lève, marche dans le couloir, la peur du lendemain arrive.

Enfin l’arrivée, tous sautent à quai, observation.

Le planton est là, second maître à casquette, les recrus se regroupent autour de lui comme des canetons autour d’une mère cane

Il donne ses ordres, les premiers aboiements qui se veulent malgré tout paternaliste.

On le suit, Panurge n’aurait pas mieux fait, de la gare au port le chemin est long, les valises sont lourdes, les rues sont désertes.

Chicago étale sa saleté, sa puanteur d’urine, de vomis et de poubelles.

La darse de Toulon, autres odeurs, autre atmosphère, quelques barcasses. Malgré le soleil qui point l’ambiance est pesante, lugubre, morne, plus aucune joie ne transparaît sur les visages. Un silence de mort, de cathédrale, de Saint Sépulcre entoure les futurs matafs.

La mer exhale une forte odeur désagréable aux terriens que nous sommes encore, au fond d’eux même plusieurs pensent déjà à repartir.

On les entasse dans un grand canot à moteur manœuvré par des matelots. Éloignement du bord, enfin un spectacle s’ouvre aux yeux plein d’ébahissement, sur la droite, les masses imposantes des vaisseaux de la flotte que l’on rêve déjà de monter.

Derrière la splendeur du Faron qui écrase de sa hauteur l’ensemble de la baie, puis en face la presqu’île de Saint Mandrier.

Loin derrière, loin là bas, une mère se lève, sort un bol qu’elle ne remplit pas, le pose puis pleure. Son fils, l’idiot , le jeune con est parti pour un long voyage, celui dont on ne revient pas , celui de la vie.

LE CIMETIÈRE DU GUÉ D’ALLERÉ, Histoire d’un lieu

 

LE CIMETIÈRE DU GUÉ D’ALLERÉ

Que l’on soit adepte de promenade en ces lieux, qu’on s’y rende une fois l’an pour fleurir une tombe ou qu’on évite cet endroit malséant, nous savons tous où le cimetière se trouve.

Celui de notre petit village ne fait pas exception .

Il est situé en marge du village respectant à la lettre les recommandations des autorités, bien qu’avec l’expansion du village les maisons des vivants se rapprochent de nouveau de celles des morts.

Avant d’ étudier sa simple histoire, il est sans doute bon de rappeler ce qu’est un cimetière et d’en appréhender un historique.

L’humanité enterre ses morts depuis une éternité mais le plus vieux cimetière connu se trouverait au nord de la Jordanie et serait vieux de 16500 ans.

Le mot cimetière vient du grec dortoir, en effet dans la religion chrétienne les morts sont en attente d’une résurrection.

Ils dorment donc du sommeil éternel dans un champs de repos.

Notons toutefois que jusqu’au 15ème siècle le terme cimetière est seulement utilisé par les religieux, le peuple utilisant le mot aître qui vient du romain atrium et qui on le sait ou pas nommait la pièce principale de l’habitation.

C’est dire l’importance que la population donnait à l’endroit.

Ce mot ensuite dériva vers la désignation du porche de l’église et du parvis, le mot cimetière s’étant imposé.

Dans l’antiquité romaine les morts étaient enterrés en dehors de la ville le long des voies de communication ou bien dans des catacombes.

La loi des douze tables ( 450 av JC ) interdisait par mesure d’hygiène d’être enterré ou incinéré dans les cités.

Les premiers chrétiens seront donc enterrés dans des catacombes.

C’est tardivement sous l’ère des carolingiens ( 8ème siècle ) et pour lutter contre les coutumes païennes de l’incinération qu’on prit l’habitude d’enterrer nos morts.

Tout d’abord dans un champs plein, puis peu à peu dans un endroit proche de l’église pour s’assurer une protection plus efficace des saints martyrs.

A l’aube des cimetières, ils se trouvent ouverts sans délimitation ni architecture bien établies. Viendra ensuite le temps ou ils seront clos avec l’adjonction d’une croix centrale.

Les tombes n’avaient pas le caractère permanent qu’on y attache aujourd’hui, les corps étaient mis en décomposition en terre et sans pierre tombale, on ignorait rapidement l’endroit où ils étaient enterrés.

La plupart du temps les tombes étaient sommaires, les morts entassés dans un espace restreint y exhalaient souvent une odeur pestilentielle. Les sources à proximité étaient polluées et il n’était pas rare que des corps fussent déterrés par des animaux en maraude.

De plus les cimetières d’antan étaient loin d être aussi silencieux que ceux d’aujourd’hui. Les gens y prenaient rendez vous, y discutaient, y commerçaient et s’y promenaient volontiers.

Régulièrement et pour faire de la place on collectait les os et on les plaçait dans un ossuaire ou dans une fosse commune.

On ne connaît pas de description du cimetière du Gué d’Alleré primitif ni d’ailleurs de la première église, mais rien ne nous indique qu’il n’en fut pas ici comme ailleurs.

 

La situation resta en l’état fort tard dans le 18ème siècle, mais l’empreinte humaine s’accélérant il fallut pallier par des textes à l’augmentation des nuisances.

Tout d’abord, les habitants ayant quelques aisances prirent l’habitude de se faire enterrer dans les églises, plus le niveau social montait plus on était inhumé près de l’autel. On imagine les inconvénients olfactifs et les risques de propagation épidémique.

Un décret royal en 1776 mit fin à cette pratique ancestrale.

Concernant l’église du Gué d’alleré, les dernières personnes ensevelies furent Marie Louise et Louise Guy Poirel héritières de la seigneurie du Gué d’alleré, le 31 janvier 1755.

Elles demeuraient toutes deux au château du Gué d’Alleré.

On se doute que la mesure ne fut pas appréciée de tous et que l’église qui y voyait une source de revenu importante freina des quatre pieds.

En 1804 un décret napoléonien décida que le cimetière serait ouvert à toutes les confessions. Le cimetière sera désormais géré par la Fabrique en lieu et place de l’église et tous auront le droit d’avoir une sépulture identique.

On mit également en place les concessions renouvelables tous les cinq ans.

Le cimetière du Gué d’Alleré reste bien au chaud autour de l’église.

Avant de poursuivre, il convient d’apporter une précision d’importance. Le village du Gué d’Alleré était une paroisse avec ce qu’on appelait des annexes.

Il y avait le village de Mille Écus et le village de Rioux, entendons plutôt hameaux que villages mais chacun avait toute fois une église et un cimetière.

Le village était donc pourvu de trois cimetières ce qui après tout n’est pas très banal.

Il n’y a bien sûr aucun renseignement sur la création de ces cimetières mais il faut savoir qu’on a découvert lors du creusement d’un fossé à Rioux au 19ème siècle  deux sarcophages qui pourraient dater des premiers temps d’une installation chrétienne dans notre village. Cette découverte étant située à proximité de la métairie de Rioux, lieu de l’implantation de l’église.

L’église de Rioux portait le nom de notre Dame et la dernière inhumation eut lieu le 7 mars 1783. Après cette date il n’apparaît plus rien sur les registres. C’est donc Jean Jutteau 79 ans qui clôture les inhumations en cet  endroit. Le cimetière était de toutes façons très peu utilisé.

Avec un peu plus d’animation si j’ose m’exprimer ainsi, il y avait aussi le cimetière de Mille Écus qui se trouvait autour de l’église qui par ailleurs devait servir de chapelle au château.

Le dernier a être enterré en ce lieu est le fils de Pierre Bonnet et de Marie Naudin, âgé de trois ans, il est mort le 16 mai 1787 et a été inhumé le lendemain.

Au regard de l’étude des registres paroissiaux la majorité des inhumations se faisaient dans le cimetière du Gué d’Alleré. Les deux autres étant réservés aux habitants des hameaux bien moins importants que le bourg principal.

De toutes manières les églises ont été désaffectées et les cimetières abandonnés peu à peu, bien que l’on trouve encore trace d’une Fabrique (la Fabrique est l’ensemble des biens matériels d’une église et des revenus affectés à l’entretien de ces biens ), à Rioux et à Mille écus dans les premières années du  19ème siècle, ce qui tendrait à démontrer que les deux églises pouvaient être encore utilisées où du moins qu’il y avait encore des biens à gérer.

L’on sait également qu’en  1841 les trois cloches de nos églises du Gué, de Rioux et de Mille écus furent fondues en une seule et pesant  donc 347 kilos. Les pierres des églises de Rioux et de Mille écus ayant quand à elles, ont servi à agrandir l’église principale du Gué en  1837

Notre petit cimetière continua sa vie, si j’ose m’exprimer ainsi mais en 1842, il faut bien le dire nos morts sont à l’étroit.

 

La population globale qui était de 532 habitants en 1806 arrive à 882 en 1841, c’est encore moins qu’avant la révolution ( 976 en 1793 ) mais c’est maintenant trop car les cimetières de Rioux et Mille écus sont fermés.

Notons que cette expansion démographique coïncide avec l’expansion maximum du vignoble dit Rochelais.

Il faut donc en changer et en 1842 l’affaire est faite, le jardin des morts, qui depuis toujours était sous la protection tutélaire de l’église est déplacé sur le terrain actuel.

Les morts s’éloignent des vivants.

En 1843 les travaux de la clôture sont adjugés à François Raimond, le farinier du moulin David.

Puis en 1847 on érigera la croix qui se trouve encore au milieu du cimetière, dessinée par l’architecte P Coiffé et approuvé par le maire Monsieur Bontemps.

 

Mais des morts toujours des morts, il faut agrandir. Les terrains disponibles appartiennent à Auguste Boisson et Louis Raymon. Ils ne veulent sans doute pas vendre alors ils sont expropriés par jugement du tribunal de La Rochelle en avril 1861.

Dès lors notre cimetière ne changera guère jusqu’à une date récente. Mais un changement des pratiques et des mentalités fit que l’on dû adjoindre un columbarium et un jardin des souvenirs.

 

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 10, le triste dénouement

 

Quinze jours plus tard le dimanche 20 juin 1869 il est sept heures du matin, Marie Anne envoie Justin à Pot Bidal pour voir si la vache a vêlé.

En arrivant le garçon constate que la vache a bien vêlé mais que son frère gît étendu dans la paille.

Il repart en courant pour prévenir sa mère, cette dernière sans en savoir plus clame que son fils a été tué par la vache.

Cette précipitation est déjà presque un aveu.

Accompagnée d’une femme et de deux agriculteurs dont Jean Ruffié dit Brigou, elle se rend dans sa grange de Port Bidal

 

Ils y trouvent Joseph raide comme une bûche, une corde est attachée à sa ceinture reliée aux cornes de la vache.

Marie Anne en déduit que Joseph c’était attaché à la bête et qu’en vêlant elle l’a tué.

Cela ne convainquit pas les cultivateurs, rien ne va dans cette saynète, le lieu où on trouve la cape et le bâton de Joseph ne peut convenir, il n’y a pas d’herbe à brouter et l’on voit mal ce que la vache aurait fait là. De plus on retrouve l’arrière faix dans un endroit improbable, comme pour faire croire que la vache a vêlé à cet endroit.

Bref personne y croit et la procédure s’enclenche , le juge de paix de Vicdessos monsieur Paul Bergasse de la Larioulès monte à Orus et procède aux constatations.

Les présomptions de la commission d’un crime sont accablantes. Marie Anne est arrêtée

Une autopsie est pratiquée, Joseph a été assommé puis étranglé. La vache n’est nullement responsable de la mort du petit .

Antoine Pelet semble ne pas avoir participé au crime, il était absent et ne sera arrêté que le 9 juillet.

.Marie Anne a beau dénier toutes implications, il y a encore un élément qui aggrave son cas,.

La veille de la mort de l’enfant, elle s’est rendue à Vicdessos pour acheter de la mousseline et des calicots noirs

C’est une tradition dans la région de confectionner une cravate de mousseline et d’accrocher des calicots aux poignets du mort pendant la toilette des défunts.

On a beau être la tueuse de son propre fils, il faut quand même respecter les traditions.

Raymonde est couchée, son état ne fait qu’empirer. Une vilaine sueur lui mouille les aisselles et elle sent sa chemise de nuit s’imprégner d’une nauséabonde humidité.

Elle a froid, elle tremble, parle à son entourage de choses qu’ils ne comprennent pas.

Parfois d’un geste, elle semble chasser quelque chose à moins que cela ne soit quelqu’un.

Ses proches se relayent à son chevet, sa mère dort sur le fauteuil à ses cotés.

Deux fois par jour le médecin de la famille passe s’assurer. S’assurer de quoi, nul ne le sait car le diagnostique est posé depuis un bon moment.

Mais en bon praticien il examine encore et encore, soulève la main transparente et légère de Raymonde où l’on voit le delta de veines bleues. Il écoute sa respiration ou plutôt il constate qu’un râle sifflant a envahi la poitrine de la jeune femme.

Tous sont là, même elle, tapie au fond de la pièce toute de noire vêtue.

Raymonde sait maintenant qu’il vont se rejoindre mais ne voudrait pas paraître devant l’éternel avec au bras cette improbable cousine.

Elle qui aurait pu avoir une agonie douce en compagnie de sa famille, c’est vu ennuyée par cette mortelle histoire d’infanticide.

Il n’y a pourtant rien à faire elle doit entendre la fin de cette sordide histoire afin que ce sordide lien par de là l’esprit soit enfin coupé.

Il est temps d’en finir avec cette méchante femme, haineuse et tortueuse comme les aime ceux qui se targuent d’écrire.

Marie Anne admit enfin qu’elle avait tué son enfant, innocentant cette pauvre vache qui venait de vêler.

Le jury la reconnut évidemment coupable et la condamna aux travaux forcés à perpétuité.

Antoine Pelet fut reconnu innocent.

Justin Pelet est devenu Boucher à Montauban et est mort en 1906.

Quand à notre pauvre âme de Raymonde elle mourut à Niort le 26 juillet 1929 et fut inhumée dans le petit village de ses grands-parents maternels.

Elle nous a laissé d’elle son magnifique portrait qui orne comme au premier été de sa mort une petite chapelle. Elle a été rejointe fort tard par sa grande sœur Andrée.

Depuis 1983 cette vénérable semble un peu à l’abandon mais attire encore quelques vieux grigous qui sortent de leur grimoire pour voyager encore un peu dans le passé de ceux qui nous ont précédés.

Cette histoire n’est pas voulue mais le fruit d’un pur hasard en cherchant à faire revivre cette inconnue de mon cimetière. Je suis tombé sur cette odieuse personne, elle avait un nom en commun et un village en commun. Alors pourquoi ne pas les faire revivre toutes deux en même temps ?

L’histoire de Marie Anne est tirée de la Gazette des tribunaux de 1869 et des registres d’état civil du village d’ Orus, celle ma fois de Raymonde des registres d’état civil de Niort, du Gué d’Alleré et aussi de mon imagination.

Notons qu’il y a toujours beaucoup d’ habitants qui se nomment comme nos héroïnes dans la région d’Orus.

Je n’ai malheureusement pas de date de décès à vous proposer pour Marie Anne, mais gageons qu’elle est morte en prison.

FIN

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 9, le drame se prépare

 

Cette fois Raymonde se rebelle, elle ne veut plus avoir à faire avec ce mauvais fantôme, elle lui demande de partir de cesser de lui raconter toutes ces horreurs.

Mais Marie Anne est un ectoplasme dur à convaincre, elle veut poursuivre, elle veut tout lui dire.

Raymonde n’est pas un curé, sa chambre n’est pas un confessionnal. Elle se bouche les oreilles, autant les récits amoureux de Marie Anne l’avait envoûtée, autant sa conduite avec ses fils lui répugne.

Elle a de la fièvre, s’agite, ses parents sont inquiets. La tuberculose n’est pas en cause, déclare le docteur.

Plus personne ne sait quoi faire

Mais peu à peu Marie Anne reprend son emprise, elle cajole, enchante, déculpabilise.

Elle sait se faire entendre de nouveau et elle raconte son mariage avec Antoine.

Finalement Marie Anne et Antoine Pelet décident de se marier et de légitimer Justin.

Il fait un magnifique temps lorsque Vincent Ruffié le maire accueille à la maison commune les deux amants diaboliques.

Lui a 53 ans et elle 44 ans, si ce n’est plus la beauté d’autrefois, il faut tout de même convenir qu’elle en impose encore. Elle est radieuse, fière et conquérante et dégage un brin de sensualité et d’érotisme sauvage. Malgré sa réputation sulfureuse, les hommes envient Antoine de pouvoir se glisser dans sa couche.

Il faut aussi convenir que depuis la mort de Jean et surtout la naissance de Justin, on entend plus guère parler d’elle. Certes le deuxième fils prend des dérouilles carabinées, est un peu pâlichon et maigrelet, mais finalement on ferme les yeux et tout va pour le mieux.

Magdeleine Bertrand la mère de Marie Anne est là? trônant sur son gros derrière en madone majestueuse. Elle opine de la tête comme un automate, si sa fille dit oui, elle dit oui ,si elle dit non, elle dit non.

Justin est dans son coin, propre comme un communiant, on lui donnerait le bon Dieu sans confession bien qu’il soit méchant comme une teigne avec son grand frère qui lui a pour mission en ce beau jour de s’occuper de sa vache.

Les témoins sont Ruffié Benoit, Ruffié Jean dit brijou, Ruffié Antoine et Dhers Marc dit Lauzeillou, tous sont non parent. Mais peut-on être sûr qu’ un sang commun ne les soude pas entre eux.

Ces deux là ont leur situation régularisée et Justin n’est plus Ruffié, mais Pelet. On festoie un peu pour la circonstance , mais pour une fois Marie Anne sait tempérer sa folie des grandeurs.

Tout irait donc pour le mieux à Orus dans l’ariège.

C’est allé un peu vite en besogne.

Le petit Joseph est toujours aussi mal traité, il présente des traces de coups, est revêtu de haillons et le plus souvent est dénutri.

Mais pour son malheur il est l’héritier de son père et aussi de son frère aîné. Cela Marie Anne ne le supporte pas, elle est calculatrice et commence à échafauder son plan machiavélique.

Il est temps d’ailleurs d’opérer car la famille paternelle de Joseph s’inquiète de voir leur petit fils dépérir ainsi. Accablé par les travaux domestiques c’est plus un valet qu’un fils, accablé de coups c’est plus un souffre douleur qu’un enfant.

Les parents paternels organisent un conseil de famille et décident de confier la tutelle de Joseph au sieur Vincent Vergnies. Évidemment rien n’alla de soit et les époux Pelet interdirent l’accès de leur maison à cet empêcheur de tourner en rond.

Cela rend d’ailleurs Marie Anne plus implacable, l’enfant est battu comme un vieux tapis, d’ailleurs un coup à la tête l’ensanglante et manque de le tuer.

C’est d’ailleurs l’acte de tuer que méditent les deux monstres. Ils ne s’en cachent pas et un jour dans un champs ils mettent au point la mort du petit.

Une voisine madame Marie Anne Dhers dit picounat entend la conversation suivante.

Lui : Tonnerre , je veux me débarrasser de cette saleté d’aveugle.

Je veux m’en défaire à tous prix

Je veux nettoyer la maison , coûte qu’il en coûte

Je veux le mettre au diable

Elle : Tranquillise toi, tais toi

La vache va bientôt vêler, tu l’amèneras à Pot Bidal avec Joseph.

Tu étrangleras ce dernier et quand il sera mort tu le jetteras au loin et nous dirons que la vache l’a tué.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 8, la mortelle correction

Il s’appelle Antoine Pelet, c’est un solide maçon de quarante et un an, au moins avec lui elle aura du répondant, sûr de son physique, il pourra sûrement épancher la soif d’amour physique de Marie Anne.

Le seul problème est qu’il ne possède pas grand chose, ce n’est pas les maçons qui enrichissent les patrimoines.

Les années s’écoulent , Jean le Petit Goumi a lui aussi réussi à survivre à sa mère, on le voit trainer malgré son jeune age partout dans le village, sur qu’il va faire les quatre cent coups comme son ainé. Il est sale, enfin plus que la moyenne, morveux, pouilleux, insolent et ma foi un peu attardé..

Le maçon est la plupart du temps à la maison, cela veut dire que Marie Anne jette dehors les deux garçons

Pelet dit le Bernes n’est pas tendre non plus et souvent il abat sa main sur Jean. Sans évidemment se soucier de son éducation il le bat car cet être lui rappelle simplement son père Sylvestre.

Au mois d’octobre 1861 la Marie Anne exulte, elle va avoir un petit, au moins celui là elle en connaît le père.

Les habitants du village eux ne rigolent pas, deux fois veuve cette saloperie trouve le moyen de se faire engrosser. Déjà qu’elle n’est pas capable d’élever les deux premiers, c’est vraiment honteux.

Le village a beau être isolé tout le monde dans la vallée de Vicdesos connaît les affaires de Marie Anne. Les hommes pris de boisson se vantent de l’avoir eu cette pas grand chose, les femmes se signent en évoquant son nom. Sans être prude la population a des limites sociétales que cette femme de mauvaise vie bafoue allégrement.

Donc la vipère se pavane bientôt avec son gros ventre, il faut avouer que cela lui va bien, sa haute taille et sa forte corpulence sont magnifiées par sa grossesse. Son teint est beau et lisse, et fait comme un pied de nez à la peau tannée  des autres femmes. Sa poitrine est somptueuse et les hommes en la voyant passer rêvent de s’y perdre. En voyant sa croupe altière plus d’un se verraient s’y perdre.

En bref on la déteste mais on l’envie, elle en fine mouche le ressent et en joue avec sa gouaille coutumière.

Le 15 mai 1861 elle donne naissance à un fils qu’on nomme Justin. Il porte le nom de Ruffié et le curé rechigne à le baptiser.

Trois fils et pas d’homme à la maison.

Personne ne s’attendait au comportement de Marie Anne, elle prit son petit dans ses bras, le réchauffa sur sa généreuse poitrine, l’embrassa comme jamais elle ne l’avait fait pour Jean et Joseph.

Dès le lendemain elle ouvrait grand son corsage pour allaiter le petit, pour un peu le curé aurait fait sonner les cloches en son honneur.

Cela ne l’empêcha pas de coller une monumentale taloche à Jean car il avait observé sa mère qui donnait à boire. Le malheureux n’était pas prêt d’entrer en grâce.

Raymonde ne comprenait pas l’attitude de sa compagne, brutaliser l’aîné, ignorer le cadet et aduler le dernier né. Aucun sens commun, sa mère aimait sa sœur et elle sur le même pied.

Toute la famille partait sur Toulouse voir les grand parents paternels, cétait une source de joie mais aussi d’inquiétude, car Raymonde était très faible.

Cette derrière crut même entendre , il faut qu’on l’emmène c’est peut être la dernière fois qu’elle pourra venir. Bien sûr Marie Anne fut du voyage, assise avec sa robe de prisonnière pas très loin de sa confidente.

Jean maintenant a quinze ans, c’est un petit gabarit, souffreteux, maigrichon. Sa faiblesse ne lui permet guère de travailler. Sa mère qui est responsable de cet état de fait,enrage et le traite de bon à rien.

Comme il a grandit,  les corrections sont en rapport avec son âge. Pour ne pas se faire mal Marie Anne prend le manche de la cognée, ou le fouet, ou la ceinture.

Jamais il ne se rebelle, il reçoit ses punitions comme il recevrait un morceau de pain. Un jour qu’il a malencontreusement renversé sa maigre soupe elle décide de le fesser.

C’est un homme maintenant et il répugne pour la première fois à obéir et se montrer nu. Elle redouble de rage et le bourre de coup de poing, rien n’est épargné, visage, ventre, dos , bas ventre. Elle obtient ce qu’elle veut et le voilà nu devant elle. Il cache son sexe à peine pubère. Elle le regarde et se moque, l’humiliation est plus forte que les coups. Mais la ceinture s’abat sur les cuisses de Jean, il s’effondre sous la douleur.

Les coup tombent et comme un maître châtierait son esclave, Marie Anne cingle et cingle encore. Le sang gicle, les fesses et les cuisses sont rouge vif, elles ne sont que plaies. Antoine rentre et voit sa compagne qui s’en doute va tuer son fils, il lui arrache la ceinture et l’éloigne.

Le gamin remonte péniblement son pantalon, rajuste sa chemise et va s’effondrer sur la paille qui lui sert de lit sous l’escalier.

Il a soif, faim, il a mal, au loin il entend Justin pleurer, mais aussi sa mère qui comme un office religieux prend Antoine en son corps.

La nuit se passe; il tremble de froid, la chaleur du faible feu de la pièce principale n’atteint pas son recoin.

Il a mal au bas ventre, son sexe et son aine sont noirs. Il a de la fièvre.

Son frère Joseph compatit à tant de douleur et en parle à sa grand mère.

Jean entend au dessus de lui des voix d’adulte, on lui demande ce qu’il a, il est trop faible mais murmure que c’est sa mère qui lui a infligé une correction.

Il faut qu’on le soigne, qu’on le retire des mains de la folle. Mais que faire il est là, pale, tremblant , puant dans sa merde, incapable de se lever.

On prévient,  Marie Anne arrive, on se sauve car elle fait peur, on en parlera au maire, qui préviendra sans doute les gendarmes.

Le lendemain Dhers Joseph dit fardiel et Rousse Jérôme dit trabaillou deux cultivateurs constatent que Jean Dhers dit Chil est mort.

La rumeur enfle, on rapporte les propos du petit et on décrit son état, pire qu’un chien, plus sale qu’un loup, son ventre était noir. Son corps était d’une maigreur de cholérique.

Le maire pourtant n’intervient pas, nous sommes en février le village est isolé par la neige, les gendarmes sont trop loin et inaccessibles.

Alors on fait comme si il était mort d’une simple maladie, après tout on en sait rien.

Mais aux yeux du village Marie Anne vient de tuer une troisième personne,ses deux maris et son fils aîné, on se met à trembler pour le deuxième.

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 7, la mort du deuxième mari

 

Raymonde se demande bien ce qu’elle veut dire par se retirer, elle tente d’en apprendre d’avantage mais demander cela à sa sœur ou bien à sa mère est au dessus de ce qu’elle pourrait faire.

Au Gué elle connaît bien une paysanne un peu délurée, mais osera t’elle. Avant, elle tente de poser la question à Marie Anne mais jamais cette dernière ne répond aux questions.

C’est un monologue, à croire dès fois qu’elle n’est pas présente.

Enfin elle ose, la paysanne éclate d’un bon gros rire, Raymonde rougit puis se lève vexée. Son amie la retient et lui raconte les choses de la vie. Ce n’est pas une explication scientifique, c’est cru, sans fard, sans détour. Raymonde est édifiée, elle juge le tout, sale et répugnant.

Marie Anne depuis qu’elle a mis le Jean dans son lit, dans sa maison n’a de cesse qu’il en ressorte.

Elle le commande sans vergogne, l’ houspille, lui fait honte devant les autres hommes du village. Elle le fait trimer plus que de raison, il obéit à tout. Si encore il était costaud, mais non, ce dégénéré tombe malade.

Certainement pas qu’elle va le soigner. Le pauvre est installé sur un grabat dans la pièce aveugle qui sert de débarras. Pas de chauffage, de l’humidité, il va mal très mal.

Elle s’en fout d’autant qu’un autre vient d’entrer dans sa vie c’est un maçon, costaud, mûr, sur de lui.

Comme ses sens ne peuvent attendre, un jour elle le fait rentrer. Elle lui intime de faire silence, son mari dort à coté.

La table servira bien d’autel à l’amour, le diable est fort, les coups de reins succèdent aux coups de reins. Mon Dieu si elle l’avait connu plutôt cet Antoine, jamais elle ne se serait mariée avec le vieux ni avec cette chiffe molle.

Tout à leurs affaires, les deux amants en oublient la présence de Jean, il n’a que six ans mais comprend l’importance du moment.

Cet inconnu au cul velu, sa mère les jambes dénudées et relevées qui pousse des gémissements, n’ont rien de normal.

Il avait pour dire la vérité, entendu maintes fois la même chose, lorsqu’il dormait dans la même chambre qu’elle et son beau père.

Mais elle l’entend se lève comme une furie, il aperçoit médusé des parties du corps de sa mère qu’il ne devrait pas voir. C’est une folle, elle le frappe, attrape un fléau et lui en assène un grand coup.

Le sang gicle, elle a maintenant attrapé une ceinture et veut qu’il expie sa curiosité. Antoine la saisit et l’immobilise. La colère noie ses yeux, jamais un homme ne s’est permis de la contrarier.

Jean sait que la vengeance de sa mère sera terrible qu’il n’en a pas fini avec elle, il se sauve et va chez ses grands parents.

Le goumi ,il est maintenant au plus mal, ses parents veulent le voir, Marie Anne ne veut pas les laisser entrer. Ils vont chercher le maire, on parlemente, puis devant la force elle consent.

Jean est dans un état lamentable, il a de la fièvre, n’a pas été changé, il put, il est maigre.

On le porte loin de la folle qui crie, qui hurle, qui injurie.

On pense à faire prévenir les gendarmes, mais à quoi bon.

Il est déjà trop tard, Jean Dhers Goumi meurt à 26 ans. Elle n’ira pas le voir sur son lit de mort, d’ailleurs elle en aurait été empêchée.

Le jour de l’enterrement le cortège passe devant chez Marie Anne, elle est à la fenêtre, hurle des insanités, gueule qu’elle est bien contente de s’en être débarrassée.

Dès lors elle devient une paria, du moins pas pour les hommes avec qui elle fait commerce.

Raymonde est de plus en plus perturbée, sa maladie s’aggrave et plus elle s’affaiblit plus l’esprit de Marie Anne pénètre en elle, c’est une torture totale.

Elle ne comprend pas comment un être peut se prévaloir d’autant de méchanceté. Elle pour qui l’enfance est sacrée, qui a été choyée et dorlotée ne peut concevoir la maltraitance infantile. Elle ne se fait pas d’illusion sur la dureté des temps mais malgré leur rudesse les parents aiment majoritairement leur progéniture.

La grande Marie Anne ne peut fournir d’explication elle se délecte même de son récit.

Mais ce qu’elle sait, c’est qu’elle émoustille cette jeune fille blafarde qui va bientôt la rejoindre dans l’autre monde. Là haut elle aura besoin d’une protection. Lorsqu’elle a introduit dans sa narration l’arrivée de son nouvel amant elle a senti aussitôt un intérêt.

Raymonde dépérit rapidement alors il faut tout lui dire, elle lui apparaît maintenant, même quand sa sœur est dans la pièce. C’est troublant l’une l’écoute béate, l’autre continue de s’agiter comme un ver de terre dans une motte.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’;ENFANT, ÉPISODE 6, le remariage de la tueuse

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 5, une mère indigne

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 4, l’;emprise

 

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 6, le remariage de la tueuse

 

Raymonde est chez ses grand parents Boisson, elle n’a pas grand chose à faire si ce n’est de se promener. Andrée plus costaude aide aux travaux agricoles, et s’encanaille même avec ces paysans aux ongles sales et à l’odeur forte.

Elle, bottines en cuir étincelantes de propreté, robe longue un peu serrée, balade sa silhouette de garçonne.

Un plaisantin à son passage crie voilà la gouine, elle n’en a cure de ces sarcasmes de ploucs, elle rêvasse en compagnie de Marie Anne qui bien sûr l’a accompagnée.

Andrée est toute chose, elle qui depuis bien longtemps ne se confie plus ,tourne autour de sa sœur. Elle a un secret mais hésite encore à le dévoiler devant sa cadette. Raymonde a deviné, sa sœur l’a fait, elle sent l’homme elle sent le sexe. Ses yeux pétillent et étincellent cette vierge de la ville s’est déniaisée avec un sauvage. Qu’à cela ne tienne, Raymonde a les rudes gars de l’Ariège, son tour viendra.

Marie Anne a le choix, beaucoup de femmes sont mortes du choléra, les ventres manquent à la satisfaction animale des hommes, elle en profite. Libre comme l’air avec les biens de son mari défunt. Elle a même la tutelle de Jean, elle fera donc comme si tout était à elle.

La présence de Jean ne gêne nullement, elle le jette dehors pendant qu’elle ahane sous les coups de reins de ses amants. Lui caché n’en perd pas une miette mais ne comprend pas pourquoi sa mère fait comme les animaux.

Puis la maline séduit un jeune paysan du village, il a 24 ans et se nomme Dhers Jean Gouémi. Il apporte un peu de biens mais surtout sa force de travail car Marie Anne toute solide qu’elle est, a du mal à cultiver seule la terre de son feu mari.

Le marié est un peu palot et un peu gringalet par rapport à la grande Ruffié, splendide plante de trente ans.

Le mariage a lieu le 7 avril 1856, pour l’occasion la famille est là, enfin celle qui n’est pas fâchée avec la louve d’Orus. Pour faire bonne figure elle a même habillé son fils de neuf, le gamin est méconnaissable, lavé et propre on a l’impression que ce n’est plus le même enfant.

Raymonde écoute bouche bée le récit de la nuit de noces, elle est stupéfaite et découvre l’amour par la voix d’une cousine morte. Elle passe un moment délicieux avec Marie Anne qui lui raconte tout dans les moindres détails. A tout bien réfléchir elle incline un peu vers la folie. Elle aussi a maintenant envie de faire ces choses là. Mais finalement elle se passe bien de le faire, sa maladie est rédhibitoire à l’amour.

Marie Anne prend l’ascendant rapidement sur son jeune mari, elle le mène à la baguette enfin à la braguette.

Le pauvre garçon à toujours à faire, leurs terres à eux plus le travail à façon chez les autres.

Il part de longues semaines pour faire du bûcheronnage, elle a du temps libre pour elle enfin je veux dire, que son corps est libre pour d’autres.

Le petit Jean devient insupportable et vrai enfant loup, pourtant les punitions s’enchaînent. Un jour, qu’ elle ne lui avait pas donné à manger, il vole un morceau de pain. C’est le drame, elle manque de le tuer et l’enferme plusieurs jours dans une soue à cochon.

Mais pour Marie Anne la consécration n’est pas pour cette année 1856, car bêtement elle est marquée, son corps se transforme et elle ne peut plus rien cacher. Le 13 octobre 1856 elle accouche d’un petit Joseph. Les mégères du village comptent et recomptent, marié en avril, enfant en octobre. Il y a anguille sous roche, soit les deux avaient mis la charrue avant les bœufs soit le polichinelle n’est du Jean Dhers Goumis.

Pour sûr les langues vipérines penchent pour la seconde solution, le Jean n’ayant pas inventé l’eau chaude c’est évident que c’est la Marie Anne qui l’a dépucelé.

Mais bon il est content d’avoir un fils et après tout lui seul le sait, enfin avec elle.

Cela ne fait pas ses affaires et elle se désintéresse de son second comme du premier.

Mais mauvaise graine il s’accroche.

L’embellie du mariage ne dure guère, elle ne voulait pas d’enfant et elle en a un autre. Cet idiot? elle lui avait bien demandé de se retirer, mais il ne sait pas se contenir, elle ne peut quand même pas gérer cela aussi.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 5, une mère indigne

 

Raymonde se révolte de savoir toutes ces choses, rien n’est rationnel, rien ne s’explique. Elle est la seule à voir Marie Anne, elle est la seule à l’entendre.

Elle s’en effraie, tente de repousser ses pseudos apparitions. Mais rien n’y fait dès qu’elle est seule Marie Anne vient lui tenir compagnie. Sa tenue noire de paysanne dénote au milieu de celles de son milieu petit bourgeois. Son fouloir blanc apportant juste une petite note de gaîté, avec une tenue pareille, comment ne peut-on la voir ?

Raymonde aimerait en parler, s’épancher, peut être le dire à sa sœur. Mais on la prendrait pour une folle, alors elle se tait.

Marie Anne, un soir lui explique qu’elle a pris en détestation cet enfant, son enfant, il gueule tout le temps, pue comme un cochon. Rien que de le porter ses poils s’hérissent, pourtant elle doit lui donner ce qu’elle a de plus cher, ses bouts de seins.

Personne ne vient le nourrir, aucune mamelle compatissante, son corps se venge en produisant beaucoup de lait, elle a mal, son corsage est souvent humide. Un seul bébé ne peut soutenir une telle lactation. Elle pourrait être nourrice, mais diable, assez d’un sale chiard .

Sa mère entre ses travaux de la terre et ses bêtes compatit un peu et lui vient en aide.

Le vieux sylvestre lui se réfugie dans l’alcool, il ne supporte plus sa femme qui hurle tout le temps et son fils qui réclame sans doute un peu de soin. D’ autant que depuis sa couche elle se refuse à tout rapprochement. Il n’ose pas la forcer mais un jour désespéré il tente une approche. Une folle n’aurait pas pirement agit, elle le gifle, le griffe, la vaisselle vole, il dormira avec la vache.

Mais l’enfant survit, s’endurcit, la malpropreté et l’absence de soin qui normalement ont raison des plus forts, n’entame pas la santé du poupon. Il hurle toujours autant, mais sa mère qui vaque à ses occupation ne l’entend pas. Pour la nuit elle finit par le coller à l’étable, au moins il aura chaud et il ne lui criera plus dans les oreilles . Finalement ce fut peut être mieux pour lui, au moins elle ne le secoura plus pour qu’il dorme, il en aurait fini par en mourir.

Raymonde s’interroge sur ce qui peut l’attirer chez Marie Anne, elle est démoniaque et méchante.

Mais c’est justement cette partie sombre qui pénètre le plus en elle.

Elle ne sait plus la part de vérité et du mensonge, elle ne détermine plus la part de ce que lui raconte son père et de ce que lui raconte son apparition.

Ses parents s’inquiètent pour cette fascination morbide, Raymonde pose des questions sans arrêt.

Elle demande même sans trop y croire si elle est encore vivante. Le père est étonné, et lui répond en haussant les épaules, elle aurait plus de cent ans.

Raymonde s’en moque, elle sait qu’elle est là car elle lui raconte tout.

A Orus l’enfant grandit sans se préoccuper de sa mère, dès qu’il a pu marcher il s’en est éloigné, par instinct.

Mais à grandir seul on devient sauvage et Marie Anne n’aime pas les sauvages qui lui résistent. Les gifles s’abattent comme la neige des Pyrénées, elle le fesse comme par plaisir, mais le dur s’accroche , résiste. Elle perçoit même un sourire lorsqu’elle lui fait du mal, cela la rend folle.

Elle le prive d’aliment, le jette dehors sous la pluie et la neige. Des femmes s’en émeuvent, le maire intervient, le curé aussi mais rien ne mate cette grande bringue de Marie Anne.

Le vieux Sylvestre n’y peut rien , il en prend pour son grade, comment un tel gaillard peut il se laisser mener comme cela par une femme.

Les mauvaises langues disent qu’elle le tient par les couilles, ce n’est plus vrai, il ne peut la toucher.

Par contre il paraît que d’autres ne s’en privent pas.

Mais elle va bientôt être libre de son corps, une épidémie de choléra se déclare, la mortalité augmente, doucement en 1853 puis de façon explosive en 1854.

Rendez vous compte, trois décès en 1852, 13 en 1853 mais 60 en 1854.

Sylvestre qui n’est pas bien costaud décède en septembre 1854, si elle n’avait pas eu la trouille d’attraper cette saloperie, elle en aurait dansé de joie. Toutes les familles perdirent quelqu’un, alors on ne fit guère attention au bonheur qu’elle exprima en étant libérée de son vieux.

Elle n’eut pas un signe de chagrin et Jean le fils que son père n’avait pas protégé  se rendit à peine compte qu’il avait disparu.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 4, l’emprise

 

Ce fut ma compagne et elle remplaça toutes les amies que j’aurais pu me faire et tous les garçons qui m’auraient courtisée.

J’avais donc son physique d’ailleurs bien éloigné du mien. Grande, forte, le visage anguleux, une poitrine forte avantageuse. Mes yeux savaient charmer bien que mon regard était souvent un peu en dessous.

Le Sylvestre, je l’ai marié alors que j’avais 26 ans, je ne l’aimais guère mais bon passé un certain âge vous perdiez de votre valeur marchande. Aucun homme ne voulait d’une vieille. J’avais donc l’age requis et mon père et ma mère me le firent savoir. Je leur avais assez coûté, il fallait que je m’en aille. Le parti n’était guère bon , le bougre avait 53 ans, mais l’avantage qu’elle pouvait en tirer serait sûrement une mort prochaine.

De disponible il n’y avait guère que ce grand couillon de Sylvestre. L’affaire se fit.

Raymonde fut délivrée de cette première rencontre par sa sœur qui entra, elle fut frustrée car Marie Anne allait lui raconter sa nuit de noces.

Sa colère se manifesta et Andrée surprise essuya un déluge de reproches.

Raymonde allait enfin savoir ce qui se passait dans le secret des alcôves. Sa sœur était plus vieille et savait, mais jamais elle n’avait répondu à ces questions sur le sujet.

Curiosité qu’elle avait aiguisé un jour en fouillant les affaires de son père, dans une boite se trouvait quelques lettres qui dataient de sa correspondance avec la mère de Raymonde. Elle n’osa les lire, mais au fond de la boite à biscuits des cartes postales montraient bien autres choses. Outrée, mais fascinée par la blancheur de ces femmes nues qui offraient à des hommes dénudés ce qu’elle n’imaginait pas pouvoir offrir elle même.

Cet accès à la sexualité sans autre explication la bouleversa, est-ce cela l’amour dont tout le monde parlait à demi mot. Est-ce cela qui faisait gémir sa mère certains soirs de la semaine.

Heureusement Marie Anne suppléerait à tous ces non dits, à toutes ces choses non exprimées.

Marie Anne que la moralité n’avait jamais étouffé avait fait fi de beaucoup de convenance. Elle avait comme on dit goûté aux joies de la vie. Plus d’un garçon de la vallée de Vicdessos s’étaient coulés en les reins voluptueux de la paysanne. Jamais cette furia n’avait laissé l’initiative de ces jeux traditionnellement masculins à un homme. Il en avait été de même avec le Sylvestre.

Le soir de la fameuse nuit c’est elle qui avait du l’enlever avant que il ne se noie dans les vapeurs éthyliques.

A la lueur d’une mauvaise chandelle de suie elle avait dû faire preuve d’initiative devant ce malhabile. Elle l’avait déshabillé, l’avait guidé. Mais lui repu n’avait nullement rassasié la voluptueuse. Ce paysan mal dégrossi sera dés lors la victime tout désigné de cette mante religieuse.

Elle l’épuisa aux jeux de l’amour, elle aimait dominer, l’humilier. Lui qu’une vie tranquille aurait comblé, faisait le maximum pour la satisfaire. Mais entre la satisfaction d’envies modérées et la folle nymphomanie de sa Marie Anne il dut rendre les armes. Le vieux comme chacun l’appelait ne pouvait suffire à la générosité de la croupe de Marie Anne. Bientôt comme un cerf, des bois lui poussèrent et des ombres fugaces se faufilaient dans le foyer généreux de la belle Ruffié Lamaré.

Chacun savait y trouver un réconfort charnel et Marie Anne fut bientôt entourée d’admirateurs mais aussi  d’ennemies irréductibles.

Elle fut enceinte très rapidement, sur les pentes de la montagne on rigola bien, même les bergers emmenèrent le soupçon d’un val à l’autre.

Le vieux Syvestre Dhers Chil était-il capable d’ensemencer son amazone. . Voila la question qui se posait et de fougueux Ariégeois se targuèrent d’être des  prétendants éventuels.

Cette grossesse et cette naissance contrarièrent beaucoup Marie Anne. Elle fut une mauvaise parturiente, le petit eut du mal à se faire un chemin, elle hurla, poussa , mordit, poussa. Sylvestre, malheureux de la voir souffrir tant il l’aimait, se fit insulter. Des mots qu’il n’avait plus entendu depuis son service à Montauban lui chantèrent aux oreilles.

Il arriva enfin et on le nomma Jean, comme pour tous on l’affubla du surnom de la lignée, Jean Dhers Chil.

Marie Anne qui avait souffert le martyr en voulut immédiatement au bébé, si seulement il avait pu crever.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 3

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, Épisode 2, l’étrange présence

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, Épisode 1