LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 4

Je trouvais néanmoins qu’il passait beaucoup de temps dans les auberges ou à boire des coups avec ses amis. Souvent il rentrait un peu gris mais bon j’étais conciliante les hommes sont comme cela.

Ce que j’aimais moins c’est quand il me réclamait de l’argent et cela arrivait de plus en plus souvent.

On peut pas dire qu’il était constant en son travail et les journées manquantes ainsi que les journées bues obéraient nos finances.

C’était un motif de fâcherie mais bon amoureuse je lui passais tout.

Puis tout bascula, mon amour, ma vie.

Le 23 octobre1866 par ma fenêtre je vis passer un groupe de gendarmes qui se rendait à la maison commune. Auguste à les voir changea de couleur, visiblement il n’aimait pas la maréchaussée.

Les pandores, accompagnés du maire se dirigèrent vers notre maison, puis toquèrent à notre porte.

Ce fut un joli raffut . les voyant Auguste sauta par la fenêtre et s’enfuit par le jardin. Les soldats partirent à ses trousses et le maire et le gradé rentrèrent chez moi.

Je ne comprenais pas et je me mis à pleurer.

  • Madame nous venons arrêter monsieur Auguste Eugène.
  • Mais pourquoi
  • Vous vous êtes bien mariée en janvier avec lui
  • Oui
  • Eh bien, il n’en n’avait pas le droit, car il était déjà marié
  • Vous devez faire erreur
  • Oh non madame
  • En plus ce n’est pas la première fois qu’il fait le coup.

J’étais atterrée, stupéfaite, le maréchal des logis me révéla que mon mari avait contracté mariage avec la nommée Marie Magdeleine Zy à Rochefort en date du 1er aout 1854.

Il était donc bigame et qui plus est père de famille.

Ils ramenèrent Auguste, trempé, les menottes aux poignets, il avait tenté de fuir par les fossés de la Roulière.

Je ne revis plus mon mari, il fut emmené à la brigade de gendarmerie de Nuaillé d’Aunis, puis à la maison d’arrêt de La Rochelle.

J’appris tout de lui, par les journaux et par le maire, ce n’était guère joli. Mon lascar était en fait un récidiviste des mariages. Après qu’il fut marié à mademoiselle Zy le vaurien fut condamné à deux ans de prison pour vol. Laissant cette malheureuse dans le besoin avec sa fille qui avait vue le jour lorsqu’il était déjà en prison. A sa sortie de prison il resta pourtant en couple avec elle pendant deux ans, puis en fin d’année 1858 il la quitta à jamais pour tenter l’aventure sur La Rochelle où il était moins connu.

Il mit le grappin sur une petite journalière qui avait un peu de bien et la demanda en mariage, elle lui rétorqua qu’elle était déjà enceinte d’un autre. Mon escroc enjôleur décida de prendre la paternité à son compte et le 26 janvier 1859, Marie Chignac pour son malheur devînt madame Eugène.

La supercherie fut rapidement découverte car la première madame Eugène vint accoucher à l’hospice de La Rochelle. Auguste reconnut les faits et à la cour d’assise de Saintes le 29 juin 1859 il fut reconnu coupable et condamné à cinq ans de réclusion.

Le traitre abandonnait donc deux enfants et sa femme légitime ainsi que la malheureuse Rochelaise et son enfant qu’il avait reconnu.

Cela faisait déjà beaucoup pour moi.

Il fit donc ses années de prison et à sa sortie retournant chez lui. Il apprit que sa femme était en prison pour 18 mois et qu’elle avait un amant.

Il s’empara des meubles et des effets de sa femme vendit le tout et alla s’installer au Gué d’Alleré.

Vous connaissez la suite, l’ignoble individu que j’aimais tant n’était qu’un vaste imposteur.

Les choses ne traînèrent pas, de la maison d’arrêt de La Rochelle il fut conduit à celle de Saintes et le 20 novembre 1866 repassa une seconde fois aux assises pour fait de bigamie. Il prétexta qu’il croyait sa femme décédée, son avocat monsieur Guédon concentra sa plaidoirie là dessus. Les jurés ne furent pas dupes et il fut condamné à six ans de prison.

Je ne le revis jamais, j’en avais maintenant soupé des hommes. Sans pouvoir lui pardonner je pense que je l’aimais encore mais bon c’était une autre histoire. C’est assez courant d’aimer quelqu’un qui vous a fait du mal.

Voila l’histoire du Bigame du Gué d’Alleré, jusqu’à présent je n’ai pas retrouvé sa trace, si vous voulez m’aider dans cette enquête ce serait génial et je pourrais poursuivre mon histoire.

Pour l’infortunée Anne Duteau c’est un peu la même chose je perds sa trace en 1871, à cette date elle vit encore au Gué et sa fille Constance Emilie est domestique à La Rochelle. La encore j’aimerais suivre sa trace mais quand à présent mystère.

Je vous mets à tous les renseignements que je possède et je fais appelle à vos talents d’enquêteur.

  •  

Auguste Eugène né le 26 06 1831 à Rochefort de parents inconnus

Marié à Marie Magdeleine Zy le 1 aout 1854 à Rochefort

Marié à Marie Chignac le 29 janvier 1859 à L a Rochelle.

Marié à Anne Duteau le 08 01 1866 au Gué d’Alleré.

Mort à Villeneuve sur Lot le 01 08 1876 ( Présence maison détention de Eysse )?

Anne Duteau née à la Croix 87, le 17 octobre 1814 , décédée le 30 novembre 1894 à Saint Rogatien ( 17 ) chez sa fille Constance Turgnier

de Pierre et de Marie Marcou

Mariée à Pierre Turgnier le 09 02 1839 au Gué d’Alleré

Mariée à Auguste Eugène le 08 01 1866 au Gué d’Alleré

Marie Magdeleine Zy : né à La Rochelle le 17 12 1831, morte à Rochefort le 25 08 1897.

Remariée avec Jean Henry Rosière le 18 01 1879 à Rochefort.

Enfants de Auguste Eugène :

Emile Eugène né, le 16 mai 1855 à Rochefort, mère Marie Magdeleine Zy

Hermine Eugène, née le 8 juin 1859 à La Rochelle, mère Marie Magdeleine Zy

Marie Elisa Eugène, née le 22 mars 1859 à La Rochelle, mère Marie Chignac

Mariée à La Rochelle le 8 juillet 1882 à Pajaud Augustin( dont descendance )

Enfants de Anne Duteau

Constance Emilie Turgnier : née au Gué d’Alleré le 05 mai 1841, mère Marie Duteau, décédée le 29 mars 1925 à La Rochelle (tasdon )

Mariée à Saint Rogatien 17 avec François Guichard le 28 octobre 1872, ( dont descendance )

Firmin Théodore Turgnier : née au Gué d’Alleré le 19 aout 1839

marié à Nantes le 17 novembre 1868 avec Marie Anne Garaud ( dont descendance )

François Duteau : né à Saint Médard d’Aunis, le 18/06/1850 chez catherine Voyer la sage femme. Mort le 25 novembre 1873 à Saint Rogatien ( 17 ) chez son beau frère François Guichard.

LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 3

 

Sans que je puisse le retenir il partit chez Daunis l’aubergiste pour se rincer un peu, il annonça la nouvelle à tout le monde. Une révolution n’aurait pas ému plus la population, la Duteau allait se ficeler avec ce vaurien d’Eugène.

Ma famille leva les bras au ciel et  ma belle famille me tourna carrément le dos. J’étais seule avec mon amour mais peu m’importait, pourvu que je sois avec lui.

Le mariage fut prévu pour le lundi 8 janvier 1866. Ce ne fut pas facile car le maire ne m’aimait pas. Le père Petit ne m’appréciait guère, car voyez vous j’avais eu un enfant hors mariage, alors monsieur fit des difficultés, il me fallait un acte de naissance et il mit quand même un certain temps à arriver du Limousin.

Pour Auguste aucun problème ne se fit jour et on obtint les papiers de Rochefort assez rapidement.

Moi je désirais me marier à l’église, nous en avions droit, car moi veuve et lui garçon. Il fallut convaincre le curé, monsieur Auguste Eugène nous dit-il, je vous veux en communion. Par amour pour moi il ne vît aucun problème dans tout cela, d’autant qu’il était assidu aux offices. Même si certains disaient qu’il venait à l’église pour lorgner les femmes, il n’empêche qu’il était quand même à la messe tous les dimanches alors que d’autres étaient à l’auberge.

Le pauvre fut quand même un peu embarrassé de me dire qu’il était un peu juste pour régler les frais des noces. Qu’à cela ne tienne je paierais avec mon bas de laine.

A l’aide du tailleur Jean Phillion je me confectionnais une jolie robe, il convenait de ne pas la faire trop voyante, trop agressive, pour les yeux prudes des commères, j’étais déjà vieille.

Lorsque je me mirais la première fois dans cette belle tenue, j’en eus les larmes aux yeux, je me trouvais belle, encore jeune et encore désirable. Elle était rose pâle avec par dessus un châle de dentelle façon La Rochelle. Sur ma tête j’avais décidé de me couvrir d’une belle coiffe, j’en rêvais depuis longtemps. Lorsque je me m’étais mariée la première fois la mode de ces longues coiffes avec un voile qui trainait derrière n’était pas encore de mise.

Pour que mon homme soit beau je lui payais aussi un nouvel habit de noce, il pourrait de toutes les façons le remettre le dimanche et sur son lit de mort si il lui arrivait malheur. Quaquignolle le cordonnier lui remit à neuf ses souliers, il fit un peu la moue car il en voulait des neufs. Je sus être ferme malgré ses tentatives de séduction corruptive.

Le choix des témoins ne porta pas à débat, ce fut deux de ses amis de cartes qui furent choisis, Antoine Hillairaud cultivateur et Joseph Mélé le sabotier. Pour moi ce fut Jean Dufourneau mon beau frère et Felix Bouteau mon neveu par alliance. Au début toute la tribu Duteau s’était liguée contre ma nouvelle union, personne ne voulait venir et encore moins me faire l’honneur d’être mon témoin. Puis il y eut revirement sans d’ailleurs que je sache pourquoi et ils acceptèrent.

Sans doute pour qu’il n’y ait pas concours de foule le maire et le curé nous marièrent fort tard et il faisait grand nuit quand on sortit de la mairie par nous convoyer à l’église. On n’y voyait rien car le vent très fort éteignait nos chandelles. Mais par miracle, les curieux du village nous firent une haie d’honneur en ouvrant leur porte pour nous regarder passer. Nous avancions au milieu, apportant une solennité imprévue.

André Morin le maréchal ferrand pointait son sale nez avec sa grosse femme et ses morveux, le boulanger Jouinot teint blafard et calotte blanche les mains sur les hanches réprobateur et goguenard nous toisait du regard. Cet idiot de Joseph Jolivet bourrelier de son état assit sur une chaise le verre à la main trinqua à Auguste. Bien sur la famille du maire derrière les rideaux nous observait sournoisement. Bref sans que je puisse reconnaître tout le monde, les Gué d’ Allérien nous accompagnèrent comme des méchants et des curieux qu’ils étaient.

A la mairie Auguste eut un moment de faiblesse et lui qui avait une si belle écriture ne parvint pas à signer. Le maire rigolard, nota sur l’acte qu’il ne pouvait signer tant il était ému.

Pour le repas on alla chez Pierre et Marie Texier, je n’aimais pas cette auberge mais ils étaient moins chers que chez Daunis. Les hommes burent beaucoup et furent rapidement saouls, nous les femmes les regardions faire avec attendrissement. Vraiment je fus satisfaite et heureuse du bon déroulement de l’ensemble. J’avais tout payé sauf l’ anneau que mon amoureux m’avait passé au doigt.

J’étais maintenant madame Eugène et nous allâmes nous coucher. Pour la nuit de noces Auguste voulut me faire sa spéciale. Je ne vous dirais rien à ce sujet car je rougis rien que d’évoquer cela.

LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 2

J’étais libre comme l’air, comme peu de femmes l’étaient en ces périodes de dépendance masculine.

Un jour que je rentrais de moulin David où j’avais été faire une retouche sur la robe de la fille du meunier, un jeune homme se porta à ma hauteur et me fit la conversation. Je le connaissais de vue, il travaillait chez Jean Chabiron le tisserand.

Très à l’aise et de bel figure il me fit la conversation. En vérité je crois qu’il me fit parler et comme un fil qu’on déroule je lui racontais ma vie.

Arrivée devant chez moi, je savais juste qu’il se nommait Auguste Eugène.

A la maison devant mon ouvrage mon esprit fut tout à lui, il m’obsédait et chaque fois que je le chassais de ma tête il revenait au galop.

Le soir sur mon prie dieu, Jésus et Marie avaient peine à me voiler le visage du jeune Auguste.

Le lendemain comme par enchantement le gamin réapparut, si j’emploie ce mot c’est à dessein car il avait tout de même trente cinq ans. Seulement voyez vous moi j’en avais cinquante deux.

Par son babille il me charma encore d’avantage, ce jeune ouvrier me fascinait. Il avait une facilité à vous charmer, vous hypnotisant de ses belles paroles. Ce merle chanteur, ce rossignol par son chant me fit redevenir une jeune femme

Pour le physique qui n’était pas pour moi un élément essentiel le bel Auguste portait bien le surnom que lui avaient donné les lavandières du village.

Sans que rien n’y paraisse je l’avais examiné des pieds à la tête, mon dieu qu’il était beau j’en rougis encore. De grande taille il me dépassait facilement d’une demie tête, son corps était musclé et dégageait une force intérieure qui n’engageait pas à la lutte avec lui. Ces cheveux longs à l’ancienne mode était d’un châtain assez clair, et encadraient un visage rond et jovial. Ses yeux d’un marron tirant sur le roux vous scrutaient d’une lueur amoureuse et vous conviaient inévitablement à le rejoindre dans une aventure. Seul son nez qu’il avait un peu long et son teint par trop coloré ternissaient son image et l’éloignaient de la perfection.

Je sus bientôt tout de lui, fils de l’assistance il n’avait connu que foyer et hospice. Il avait appris seul la vie depuis sa naissance en 1831 à Rochefort. Il avait vécu de petits boulots puis avait été embauché à l’arsenal de Rochefort. Une décision inique l’avait contraint à quitter un emploi qu’il aimait. Un ami l’avait recommandé et il exerçait le métier de tisserand dans notre petit bourg.

Depuis qu’il était arrivé dans le village des bruits couraient bien sur son sujet. Mais la jalousie des autres hommes face à ses succès féminins et la jalousie des femmes sur qui il n’avait pas levé les yeux faisaient courir ces mauvais ragots.

Je le vis de plus en plus souvent, j’étais fière qu’à mon âge un homme si jeune et si beau s’intéresse à moi.

Tout le village fut bientôt au courant de nos rencontres, alors pourquoi se gêner. Nous nous tenions bientôt par le bras et nous promenions ensemble. Alors de la Moussaudrie, à Mille écus en passant par Rioux et Moulin David ce ne fut plus qu’un murmure. La Anne Duteau fréquentait le Auguste Eugène que c’en était une honte.

Tout le monde réprouvait et en particulier ma famille, mon frère François ne me cachait pas son désarrois et sa colère.  » tu vas te faire avoir par ce joli cœur, il n’en veux qu’à ta bourse. Tu te rends pas compte qu’il pourrait être ton fils  »

Bien sûr que je le savais mais cela me gonflait d’orgueil de le savoir à moi.

Puis un jour il arriva ce qu’il arriva, nous n’étions plus des enfants. Il prit possession de moi au physique comme il avait pris possession de mon âme.

Quand je dis qu’il m’a pris c’est une litote et il serait plus juste de dire que je me suis donnée.

Jamais je n’avais ressenti une chose pareille, ni avec Pierre mon mari dont pourtant j’étais éperdument amoureuse, ni avec l’amant de passage qui m’avait donné mon second fils.

Je vivais seule chez moi alors simplement il me rejoignait, nous n’avions qu’à fermer l’huis de la porte et le paradis nous appartenait. Mon dieu qu’il me semblait beau, son corps m’aveuglait, m’envoutait , m’ensorcelait, me subjuguait, j’étais comme une folle.

Il aurait pu me demander n’importe quoi, me jeter toute nue dans la Roulière ou bien partir en Chine avec lui. Un jour il me demanda un peu d’argent pour payer une dette pressante, je me fis un plaisir de l’aider, une autre fois je lui donnais quelques pièces pour le sabotier Justin Beaujean.

Mon frère n’était pas seul à me faire la leçon, un jour ma sœur vint me trouver pour me dire qu’Auguste était un séducteur et qu’il avait sûrement une compagne à Saint Sauveur. Elle trouvait bizarre que ce gars de Rochefort vienne échouer au Gué d’Alleré, sans attache, sans famille et surtout sans passé.

Même monseigneur l’évêque, même sa sainteté le pape ne m’auraient fait changer d’avis.

Puis un jour après nos ébats en reboutonnant négligemment sa chemise, alors que je fixais la pilosité de sa poitrine et que mon désir montait à nouveau, tout de go il me demanda en mariage.

LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 1

Il faisait un magnifique soleil en ce dimanche 7 janvier 1866, le froid était très vif depuis quelques jours, mais les vifs rayons du soleil qui dardait ses flèches compensaient la faible montée du mercure.

Il pouvait être huit heures du matin quand par le chemin de Surgères à Marans, j’empruntais le pont qui enjambait la Roulière .

J’aimais cet endroit et à chacun de mes passages, je prenais le temps de m’accouder quelques minutes sur le parapet et de regarder les eaux vives.

Le ruisseau plutôt flemmard en été, nous sortait en ces journées hivernales le grand jeu.

Alimenté par le ruisseau de l’Abbaye de Benon et par le Bief qui lui surgissait depuis Plaisance, gonflé par les pluies d’hiver, il roulait un fort courant. Il allait perdre un peu de sa force dans les marais de Rioux avant de se jeter dans le Curé.

Peuplé de chênes têtards, aux formes parfois presque humaines qui lui faisaient une haie d’honneur, il passait là comme inutile, non navigable, non poissonneux tout juste bon à accueillir les ménagères avec leurs battoirs.

Pour être juste avec lui nous y rouissions notre chanvre et ses eaux claires arrosaient nos jardins.

Plus loin sur Rioux, un hameau de la commune ,on y faisait aussi rouler du bois lors des grandes coupes.

Sur le bord à l’emplacement du vieux lavoir, un jeune saule tentait de grandir, trop petit pour apporter encore une ombre lors des grosses chaleurs . On sentait pourtant que sa vigueur lui assurait un avenir prometteur.

Les prés qui couraient le long des berges étaient blancs. La rosée maladroite avait été surprise par le gel du petit matin. Le spectacle était magnifique, le temps comme les plantes étaient figés en une immobilité statuaire, je me sentais heureuse et sereine.

Marie ma sœur accompagnée de ma fille Constance me rejoignirent sur le pont, nous devions nous rendre bien vite à la cure pour y rencontrer monsieur le curé.

J’avais quelques détails de dernières minutes à régler pour mes noces du lendemain.

Du pont à l’église il n’y avait que quelques encablures, on salua une sœur qui balayait devant le couvent et l’on prit sur la place du château.

L’édifice seigneurial n’existait plus mais ses pierres avaient servi à l’édification de la maison bourgeoise d’un négociant. Je me rappelais bien de sa destruction et bon nombre de paysans étaient venus y prendre quelques jolies pierres de taille.

Je connaissais bien les affres de l’organisation d’un mariage car il y a bien longtemps j’avais eu le plaisir de m’unir à un maçon du village et ma fille Constance en était le joli fruit. Le malheur avait frappé chez nous et au bout de trois ans d’union mon mari Pierre Turgnier était mort d’une vilaine maladie.

J’étais donc veuve et cela faisait presque 25 ans. Mais j’étais tombée sous le charme d’un homme et nous avions décidé de nous marier.

A la mort de mon mari je m’étais bien promise de ne pas m’accoquiner, j’avais comme une répugnance à aimer de nouveau. Je ne me voyais pas dans les bras d’un autre que ceux Pierre.

Alors la vie était passée, à la fois monotone et à la fois riche, je considérais ma fille comme le point central de mon existence. Mais si mon cœur restait sec devant la gente masculine il battait pour notre seigneur. Mes temps libres se passaient en prière, dans la petite église du village, agenouillée jusqu’à ne plus sentir mes jambes je chérissais Jésus.

Toute de noir vêtue, je savais que je passais pour une sorte de duègne enchristée dans ma dévotion.

Lorsque je passais devant les hommes rassemblés devant la forge ou devant l’auberge je savais que les commentaires allaient bon train, graveleux, sales, misogynes.

Ces hommes frustes ne supportaient pas qu’une femme encore physiquement acceptable ne serve pas à la satisfaction des sens d’un honnête paysan. Que ce corps inaccessible leur échappe et que mes mains blanches ne rougissent pas à la lessive de leurs chemises sales.

Je connaissais tout le monde, mais hormis mes sœurs Marie et Thérèse et mon frère François je ne fréquentais personne. Me contentant de ce petit monde et de mon Dieu, je voyais bien sur mes pratiques car j’étais couturière.

J’étais originaire d’un petit village du limousin nommé la Croix-sur-Gartempe, mon père maçon était venu avec ma mère s’installer dans la région, mes sœurs étaient nées dans une commune à coté qui se nommait Les Rivières d’ Anais. Mes parents avaient eu la bonne idée de donner le prénom de Marie à trois de leurs filles et d’Anne à deux autres, seul le garçon François et Thérèse la petite dernière avaient échappé à la loi des séries.

Mon père nous avait quittés depuis de nombreuses années, mais maman était quand à elle morte récemment. A force d’épargne et d’opiniâtreté ils avaient cumulé quelques biens dont nous bénéficions maintenant.

Moi mon mari défunt m’avait légué une maison et quelques arpents de vigne que je faisais cultiver.

Je n’étais donc point pauvre et le fruit de mon travail de couturière complétait largement mes revenus.

J’avais eu trois enfants, deux avec mon défunt, Firmin et Constance puis quelques années plus tard je m’étais fait surprendre par un amour de passage et j’avais eu mon François.

Forcément mon fils, le petit bâtard à la grenouille de bénitier recevait quelques avanies tant les gens sont méchants, il était maintenant domestique chez les Néraudeau. J’essayais de le protéger mais parfois la bêtise paysanne conjuguée avait le dessus et je le savais souffrant de cette situation.

 

CHOLERA MORBUS, Épisode 4, la fin du fléau

 

Chez François Pochon c’est à peu près le même drame qui se joue, parti le 15 aout pour livrer des chevaux à La Rochelle pour la remonte de l’un des régiments présent dans la place, il revient alors que sa petite Célestine est morte depuis la veille. Sans ce prompt retour les obsèques auraient du se faire sans lui. La chaleur est accablante et l’on ne peut se permettre de garder les corps trop longtemps. Au retour du cimetière sa femme Rose ne se sent pas très bien, les symptômes ne trompent pas elle est clouée sur son vase de nuit et se vide. Comme pour les autres malades, le docteur Pros préconise de la faire boire afin qu’elle ne se déshydrate pas trop rapidement, mais c’est peine perdue elle ne garde rien et s’affaiblit. Pourtant Rose a soif, de terribles douleurs lui surviennent, d’abord les extrémités puis les membres en entiers. Ce sont d’abominables crampes, Rose hurle de douleur sur son lit de souffrance, François ne sait que faire pour soulager sa femme.

Puis le mal semble gagner l’abdomen et le thorax, elle n’a plus de voix pour gueuler, son visage s’émacie, ses yeux sont comme deux immenses globes perdus dans des orbites creusés.

Le 21 aout elle meurt, 22 ans ce n’est guère un age pour mourir. Les édiles du village le redoutaient, l’épidémie faisant fi des champs , des bosquets, des fossés et les marais, touche l’ensemble du territoire de la commune. La Conche, Plaint Point, Port Bertrand, le marais sont contaminés. De l’autre coté, le Treuil, puis les moulins en bordure de la voie qui mène à Paris déplorent quelques cas.

Dans les communes voisines on commence à regarder les habitants de la commune comme des êtres maléfiques qui transmettent la mort.

Le mois d’aout se termine enfin, il a été terrible, car 48 habitants ont péri.

Pour ce qui est du mois de septembre c’est Jean Moinard cultivateur âgé de 65 ans qui inaugure la liste, chacun espère qu’elle ne sera pas aussi longue que pour le mois précédent. Les vendanges arrivent bientôt et chacun s’inquiète, il manque du monde pour vendanger et les journaliers des environs ne se pressent pas pour venir y travailler. A la peur de mourir s’ajoute celle de ne pas pouvoir assumer ce pourquoi on se bat au quotidien et qui fait l’essence même de la vie paysanne, la culture de sa terre et la récolte de ses fruits.

Il y a encore des morts mais le docteur Junin constate un léger mieux, moins de personnes malades, il peut enfin dormir une nuit complète.

Pourtant rien de réjouissant, entre deux vieillards âgés de 84 ans le Charles Minot et la Suzanne Rousseau il y a encore 5 enfants qui décèdent.

Puis c’est au tour de l’épidémie de succomber, le 1 octobre les derniers morts du choléra de la commune sont inhumés.

Sans que l’on sache pourquoi le fléau s’arrête, enfin la vie va reprendre son cours.

Finalement les moissons ont été faites, les vendanges aussi, les veufs et les veuves se remarieront.

Officiellement le choléra a fait 85 victimes ce qui compte tenu de la population est un chiffre énorme.

La commune fera donc l’acquisition d’un nouveau terrain pour son cimetière et fera construire une chapelle expiatoire qui sera achevé en 1854. Elle aurait du s’appeler Notre Dame des vignes mais elle fut nommée Notre Dame des champs.

Le docteur Junin mourut en février 1872 à l’age de 83 ans dans la commune de Saint Sauveur.

Le docteur Jean Baptiste Potet est mort en Aout 1874 à l’age de 68 ans dans la commune de Saint Sauveur.

Le docteur Pros est mort en janvier 1886 en son domicile 23 rue Gargoulleau à La Rochelle

Le maire Louis Raimond mourut qu’en à lui en janvier 1883 à l’age avancé de 86 ans.

De nos jours les progrès de l’hygiène et l’assainissement des eaux usées on fait disparaître le choléra du territoire Français, mais on dénombre encore des milliers de morts dans le reste du monde.

PS : Article réalisé grâce aux travaux de monsieur Jean Pierre Pelletier.

Sources : un village de l’Aunis au temps du choléra par Jean Pierre Pelletier

Archives état civil de Saint Sauveur d’Aunis

Journaux locaux

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 3, la phase aiguë de l’épidémie

 

Le maire monsieur Raimon se renseigne auprès des communes voisines sur des cas éventuels, Ferrière la commune la plus proche est également touchée mais à un degré moindre, Nuaillé d’Aunis a aussi quelques cas, Saint Jean de Liversay, Courçon, Longèves , la Jarrie aussi mais vraiment en petite quantité.

La Rochelle a aussi de nombreux morts mais proportionnellement à Saint Sauveur ce n’est rien, le curé Fraignaud dit des messes pour préserver sa commune, mais les voies du Seigneur sont impénétrables et ses paroissiens continuent de mourir.

La catastrophe continue sur le mois d’aout on n’en finira jamais, le deux c’est l’apothéose , quatre décès sont déclarés, les médecins n’ont pas dormi de la nuit et le curé non plus.

La faucheuse est de nouveau chez la famille Gordien, c’est encore Emmanuel qui vient déclarer la mort de son beau père René Marchand.

Cela devient vraiment inquiétant et le maire doit mettre à l’ordre du jour du conseil l’achat d’un terrain pour un nouveau cimetière. Les fossoyeurs doivent creuser encore et encore et les ossements des morts anciens sont réunis en ossuaire.

Jean Robert le charpentier est encore touché , la mort frappe à l’huis de sa porte pour emporter sa jeune bru, la maison est affligée, la défunte a de nombreux enfants et des difficultés vont surgir rapidement.

D’autant que la mort ne se décide pas, elle traine encore dans la maison, les enfants sont malades aussi. Le docteur Junin se dévoue corps et âme pour sauver les petits. Mais le cinq aout c’est la petite Léontine qui cède la première. Âgée de 37 jours, privée du sein de sa mère enterrée depuis la veille, elle n’avait pas beaucoup d’atouts pour lutter, en quelques heures, la fragile poupée s’en est allée.

Les morts s’accumulent, s’amoncellent, pour un peu le père Fraigneau devrait faire des enterrements multiples.

Toutes les familles sont attristées par un deuil , mais il faut garder l’espoir, les hameaux sont moins touchés. Les docteurs espèrent toujours que l’épidémie va restée circonscrite sur le bourg.

Mais il est illusoire de croire que cette foutue bactérie ne va pas s’étendre, la Grossonerie à la sortie du village enterre ses premiers morts, plus loin en allant sur l’abbaye de Benon, la Robinière et la Fragnée comptent maintenant des décès.

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, le docteur Potet tombe malade, non pas du choléra mais plutôt d’épuisement, il doit cesser ses fonctions, il est consterné car il sait que la population a besoin de lui, ce sont ses clients, il les connait presque tous et s’en veut de ne pouvoir tenir son poste au plus fort de l’épidémie.

Le docteur Junin vétéran des armées de Napoléon où il exerçait en tant que chirurgien est bien plus vieux mais tient encore.

Chacun fait de son mieux mais l’épidémie n’est plus sous contrôle, aucune mesure ne peut plus endiguer le flot incessant de nouveaux morts.

Le 12 aout le maire insère des feuillets supplémentaires au registre d’état civil, on a jamais vu cela.

Depuis le 9 juillet il n’y a plus eu de mariage, ils sont tous reportés, personne n’a le cœur à faire la fête et il n’est pas recommandé de se regrouper.

Si les mariages disparaissent il n’en est pas de même pour les naissances, le 15 aout nait le petit Pierre Coudrin fils de Pierre et de Suzanne Drappeau.

Le curé se doit de faire le baptême mais il doit le caler entre trois enterrements et une visite chez la marie Principeau qui meure juste après l’extrême onction pratiquement dans ses bras.

Pour entrer dans le saint lieu le cortège doit traverser le cimetière, le champs de repos est bouleversé et on a l’impression qu’il a été labouré par d’immenses taupes. Les mines sont grises, les visages défaits, on s’inquiète bien évidemment sur les chances de survie d’un nourrisson dans de telles conditions.

Le curé a une dramatique expérience du choléra car il desservait autrefois la paroisse de la Couarde et il dut faire fasse à la terrible épidémie de choléra de 1832. Il se serait bien passé de cette méchante résurgence.

C’est donc dans cette ambiance mortifère qu’il fit entrer le fils Coudrin dans la famille chrétienne, au moins si le petit meurt il ne sera pas soumis aux affres des limbes.

A ce stade l’épidémie a déjà fait 59 morts et a touché la majeure partie de la population. Certains ont survécu d’autres non, c’est comme cela. C’est aussi comme cela que   le docteur Potet  épuisé doit jeter l’éponge. Ce n’est pas de gaité de cœur mais si il veut vivre il se doit de se reposer.

Le docteur Junin déjà âgé peine à remplir sa tâche et va certainement succomber si l’épidémie persiste.

L’heureuse solution vint de la ville de la Rochelle en la personne du docteur Pros. Jeune médecin gendre de l’adjoint au maire de la Rochelle monsieur Marquet, il n’hésite pas à quitter son domicile de la rue Gargoulleau pour venir braver le danger.

Il emmène avec lui également deux sœurs de la charité enlevées à l’hôpital général de la ville.

Dès lors ce secours providentiel va œuvrer pour le bien de tous, se démultipliant en portant leurs soins aux moribonds, en enseignant les gestes de prophylaxie élémentaire et en soulageant les familles qui doivent assurer aussi les travaux d’été

Le dix huit aout François Petit vient déclarer le décès de sa femme Magdeleine Vincent, il est désespéré de la voir partir à l’age si peu avancé de 34 ans mais de plus il est mort d’inquiétude car son fils Gabriel est également malade, l’une des sœurs de la charité le veille en permanence mais le petit s’affaiblit.

François qui a déjà perdu son fils René âgé de 3 ans il y a quelques jours, ne croit pas pouvoir surmonter cette dernière épreuve. Il faut pourtant qu’il s’y résolve car Gabriel 18 mois ne peut rien contre le choléra.

Désespoir supplémentaire il n’y a plus de place autour de la tombe de sa femme et de son premier fils il faudra donc l’inhumer le petiot loin de sa famille presque le long des murs sombres de l’église.

François eut préféré une place au soleil afin que son bébé n’ait moins froid.

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 2, l’épidémie se propage rapidement

 

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 2, l’épidémie se propage rapidement

 

La maladie continue d’avancer, les visites médicales se succèdent, la population commence à avoir peur et se méfie de son prochain. Le glas a retenti six fois en une semaine cela fait beaucoup pour un si petit village.

Le maire Raimon avise les autorités préfectorales à La Rochelle .

Le 6 juin c’est le foyer des Robin qui est touché et pour la première fois disparaît une jeune femme âgée de 28 ans. Ils enterreront donc cette jeune mariée qui la pauvre unie à son mari depuis à peine un an,  n’aura pas eu le temps de faire des enfants . Étienne est effondré.

Le lendemain c’est la vieille Robin qui décède, fille du feu notaire Boutet c’est encore une vieille qui a fait son temps, mais les doctes messieurs craignent pour la jeunesse.

Rapidement les morts se succèdent , souvent par groupe familial, Marie Suire 70 ans suivie de près par sa bru Marie Rose Cornière 42 ans.

Les fossoyeurs travaillent maintenant à temps plein au petit cimetière. La question se pose, les morts sont ils encore contagieux et ne doit on pas craindre pour les habitants qui habitent au bord du lieu de repos?

Comme le docteur Jubin le craignait, il est appelé au chevet d’un nourrisson dès le 12 juin, mais hélas c’est trop tard Pierre Pinet 16 mois est le premier enfant à mourir de l’épidémie.

Sa maman Rose l’a veillé pendant les deux jours de sa maladie, mais rien n’y a fait, le petit ne gardait rien et le lait maternel dont il était pourtant vorace ne lui était d’aucune utilité car soit il le vomissait soit il le refusait. On l’entoura à l’ancienne d’un linceul blanc pour le porter en terre.

Le menuisier du village ne fournit déjà plus en cercueil.

Cela prend une autre dimension quand on craint pour les enfants, on n’ose plus sortir et une sorte de psychose frappe le village.

Pourtant il faut continuer de vivre, la moisson approche et les travaux dans les vignes requièrent beaucoup de main d’œuvre.

La liste des morts s’allonge et quand le mois de juin se termine, il y a 18 tombes supplémentaires autour de l’église, on a jamais vu cela dans le village et de mémoire d’hommes personne n’a souvenir d’une telle hécatombe.

Après les cabaretiers ce sont les boulangers du village qui sont touchés, ils inaugurent les morts du mois de juillet.

C’est le premier juillet qu’Emmanuel Gourdien vient déclarer la mort de son père François, les autorités sont surprises car la maladie d’un des membres de la famille avait été tue afin que la clientèle ne fuit pas.

Le maire engueule Gourdien mais le mal est fait, il n’y a plus à y revenir, que cela soit au cabaret ou au four du boulanger il y a toujours affluence et la propagation ne peut qu’en être accélérée.

Mais il semble y avoir un léger répit, les médecins prennent un peu de repos quoique cela soit relatif. Le docteur Potet est épuisé et s’interroge si il va pouvoir continuer ses visites.

Pour l’instant le mal semble être contenu dans le bourg, qu’en sera t’il si les hameaux viennent à être touchés.

Puis inéluctablement la série continue et la mort frappe chez les Moreau, Étienne 45 ans abandonne la partie pendant les travaux d’été mettant en péril l’économie familiale.

Mais est-ce la fin du choléra à Saint sauveur, le bacille semble faiblir et peu à peu le son des cloches lugubres s’estompe.

Mais ce n’était qu’un rêve, la faucheuse se déchaine, les familles s’enferment et se recroquevillent sur elles même .

En ce chaud mois de juillet, 14 personnes meurent des suites du choléra Morbus.

Emmanuel Gourdien le fournier a cette fois ci appelé Monsieur Potet, mais cela ne sauve pas pour autant sa fille Virginie âgée de treize mois.

Heureusement toutes les personnes touchées ne meurent pas, certaines sont plus solides, d’autres ont de la chance.

Les médecins tentent de lutter mais les sangsues, les saignées, les fumigations et le vinaigre ne sont que des palliatifs. Mais parfois miracle de la nature ou les deux conjugués les malades s’en sortent.

Puis il y a les recommandations sanitaires qui restent souvent lettres mortes. On interdit le rouissage, mais évidemment ceux qui en vivent ne l’entendent pas ainsi.

On préconise aussi d’éloigner les tas de fumiers des maisons, mais nom de dieu où les mettre, il faut bien qu’on jette nos déjections. Puis il y a le problème de l’eau, il ne faudrait pas qu’elle soit stagnante mais la Charre au mois de juillet n’est plus qu’un cloaque infâme ou tous jettent leur merde et leur pisse .

Les docteurs en ont également de bonne, nettoyer les murs, nettoyer les paillasses, voir les bruler, comme si on avait que cela à faire, les bleds n’attentent pas.

Il faudrait aussi qu’on éloigne les aliments des gens malades, oui peut être mais la aussi ce n’est point facile, car la plus part des villageois vivent encore dans des pièces uniques.

Puis la recommandations idiote par excellence, il faudrait qu’on se lave les pieds et les mains une fois par semaine, qu’on change de chemise et qu’on ne marche plus pieds nus.

Contrariant les coutumes et us villageoises les recommandations ne sont guère suivies d’effets.

Comment peut on demander à des gens qui n’ont pas l’eau courante de se laver régulièrement et de toutes façons avec de l’eau vraisemblablement souillée, de faire leurs besoins loin de la maison alors qu’ils n’ont pas de fosse d’aisance, d’éloigner les animaux alors qu’ils vivent avec.

Non vraiment ce sont des théories de médecins et de bourgeois des villes.

D’ailleurs on devine plus que l’on ne le sait que la bactérie Vibrio Choléra est une infection virale transmise par voie directe orale et fécale par ingestion d’eau et d’aliments contaminés.

C’est d’ailleurs le cœur du problème mais que peut on y faire.

 

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

 

CHOLERA MORBUS

Marguerite Dauvert en ce 21 mai 1849 rentre tranquillement chez elle, malgré l’heure avancée la chaleur est exceptionnellement chaude en ce printemps.

Elle sue abondamment et le fagot de bois qu’elle ramène pour son foyer lui pèse sur l’épaule. C’est qu’elle n’est plus toute jeune la veuve Petit, bientôt soixante quinze ans. Le souvenir de son défunt mari s’estompe dans les brumes du temps.

En fait elle n’habite pas chez elle mais plutôt chez son gendre François Bourru et sa fille Anne, elle aurait préféré demeurer seule mais nécessité fait loi. A son age elle n’est plus qu’un fardeau économique et elle serait bien en peine de faire face à une vie indépendante.

Tout de même son chargement lui pèse énormément et elle doit faire une pause ce qui n’est pas du tout coutumier de sa part.

Au niveau du pont presque au milieu du bourg elle fait donc une pause et en profite pour héler sa voisine Françoise Jaroussin qui entre deux hauts murs patauge dans les eaux stagnantes de la Charre le petit ruisseau qui bientôt à n’en pas douter sera à sec. Comme à son habitude elle rouit du chanvre qu’elle revendra à Napoléon Morin le tisserand. L’odeur qui émane des eaux fétides couleur d’étain donne presque la nausée à Marguerite, c’est bizarre elle y est pourtant habituée.

Les deux femmes s’échangent quelques banalités et Marguerite doit reprendre son chemin , elle a maintenant très mal au ventre, une douleur fulgurante de boyaux noués, elle ne va quand même pas se chier dessus, elle se presse, plus rien ne va. Tant bien que mal elle traverse le village, passe devant le cimetière et l’église, encore un carrefour , une ruelle, enfin chez elle. Elle balance son bois et enfin remonte jupon, cela n’en fini pas elle se vide, la tête lui tourne.

A la maison, elle est seule, tout le monde travaille, elle est la première a être rentrée. Prise d’une envie irrépressible de se coucher elle tente de résister. Maintenant elle a soif, elle ne tient plus debout, mais doit aller au puits sortir un seau d’eau.

Péniblement elle remonte le long des pierres humides son contenant. Jamais même au cour de ses maternités elle n’a été épuisée comme cela, une vraie loque. Elle s’abreuve abondamment, mais à peine sur le seuil elle rejette tout, sa langue est pateuse, elle reboit, mais chaque fois c’est la même chose.

Elle se résout à s’allonger et c’est dans son lit que sa fille et son gendre la trouvent. Il règne dans la pièce une odeur douceâtre mais prégnante, difficile de définir la raison de cette pestilence. Il appelle la mère, mais la Marguerite dans son lit ne bouge pas. Le couple se précipite, la vieille git dans ses excréments à moitié inconsciente. C’est à vomir, elle sort de sa torpeur et explique. Anne fait sortir son mari et lui demande d’aller chercher le docteur Junin pendant qu’elle va enlever les souillures de sa mère.

Le docteur arrive peu de temps après, devant la description des symptômes il s’est précipité au foyer de François Bourru.

Ce qu’il voit n’est pas pour le rassurer. Marguerite est déjà mourante et le docteur en connait la cause.

Alerté par ces collègues de La Rochelle et bien sur lisant la presse nationale il sait que depuis mars 1849 introduit par le port de Dunkerque se propage à une vitesse foudroyante le Choléra.

Paris compte déjà des milliers de morts, et la capitale de l’Aunis qui malgré sa tentative de cacher l’épidémie a aussi de nombreux décès à déplorer.

Redoutant le pire il s’en va prévenir son collègue Jean Baptiste Potet et de concert les deux praticiens s’en vont avertir le maire Louis Raimon.

A ce stade les praticiens pouvaient toujours espérer que la mort de Marguerite soit un cas isolé, mais cette dernière à peine froide le docteur Junin malheureusement est appelé chez une de ses voisines.

C’est la mère Jaroussin veuve Bourdin qui ne sent pas très bien, ses entrailles ont cédé et c’est un vrai fleuve, depuis elle est pantelante dans son lit refusant d’absorber quoi que ce fut, le docteur pèse la situation elle est gravissime.

Le 26 juin elle meurt en d’atroces souffrances mais est absoute de ses péchés par le père Léon Fraigneau qui est venu lui administrer l’extrême onction.

Il faut enterrer la morte au plus vite car la chaleur fait rapidement son effet et la puanteur gagnerait vite le quartier, dotant que sa fille, la Véronique elle aussi veuve et vivant avec sa mère n’est pas au mieux de sa forme.

Incapable de se lever elle fait constamment sous elle, alors entre la morte et la diarrhéique le pauvre Jean, fils et frère ne sait plus où donner de la tête.

Heureusement Napoléon Morin et sa femme vienne l’assister. Le docteur qui évidemment à d’autres patients vient de temps à autres.

Jean enterre sa mère le 28 mai à son retour du cimetière sa sœur est morte.

Mais ce que redoutaient les médecins arrive, la situation semble s’emballer, Junin et Potet multiplient les visites. Ils sont désemparés, car la plus part du temps lorsqu’ils arrivent la déshydratation est fortement installée et les patients déjà en péril de mort.

Le 3 juin ils sont au chevet d’Étienne Petit et de sa femme Magdeleine, c’est inquiétant ils tiennent la cabaret au centre du bourg, ils ont pu contaminer les trois quarts du village.

Marie Rolland âgée de 56 ans est à la dernière extrémité et déjà le curé se hâte.

Être au chevet n’est pas guérir et le patron du cabaret décède, sa femme ne le saura jamais car elle agonise dans le même lit que son mari. Respect oblige on la déménage du lit du mort avant qu’elle ne meurt à son tour. Jean Étienne n’aura qu’un double enterrement à préparer. Le bon curé qui n’est pas là que pour le spirituel s’active et aide comme il peut. La mort se concentre dans la même rue mais va surement s’étendre, Marie Rolland 56 ans décède, c’est encore une voisine au Napoléon Morin, pour un peu on aurait l’impression que c’est lui qui refile la mort à tout le monde.

LA VARIOLE DE LA LINGÈRE FOLLE, Épisode 2

Anne n’est pas au mieux de sa forme, elle est fatiguée et a la migraine, serait ce ses démons qui ressurgiraient. D’ailleurs elle pense que la statut de saint Pierre lui a  parlé.

Le nombre de malades de la variole explose et en ajoutant les blessés de guerre qui arrivent par la gare d’Orléans, l’hôpital risque d’être saturé.

On entreprend une série de vaccination ou de revaccination de grande ampleur. Comme il n’y a plus de vaccin humain on utilise la vaccination animale. Les génisses de l’hôpital sont vaccinées et l’on peut les utiliser pour l’inoculation des personnels de l’hôpital et des habitants de Niort.

Dans la nuit du 7 au 8 octobre Anne est prise de frisson et d’un mal de tête lancinant, ses râles alertent la sœur qui est de surveillance.

Le lendemain on l’autorise à effectuer ses tâches mais il faut bien le dire elle se traine et ne mange quasiment rien. Elle passe une mauvaise nuit et son état empire dès le lendemain.

Anne a les yeux larmoyants, le visage très rouge,  mal à la tête et aux jambes ainsi qu’aux reins.

Le docteur Lagardelle et ses assistants viennent la visiter. La fièvre est très forte et sa langue est pâteuse, de plus Anne est constipée depuis plusieurs jours et elle en souffre beaucoup.

Le docteur lui prescrit une purgation et Anne peut enfin se soulager, le soir on lui applique un cataplasme à la moutarde et on  lui donne à manger une soupe maigre.

Le 10 et le 11 elle est moins embarrassée par ses ennuis gastriques, par contre la fièvre est toujours là et il lui arrive de délirer. Par mesure de précaution on l’a transportée dans une salle à part où évidemment se trouvent déjà des femmes infectées par la variole.

Le 12 nous entrons dans la phase éruptive, des tâches rouges apparaissent sur le visage et sur le corps, elle n’est plus qu’une masse rougeâtre. La fièvre est encore violente, elle délire, tout se mélange, son mari Paul, son mariage , ses enfants, saint Lazare le sexe à la main qui l’a poursuit, elle voit bientôt sœur Clarisse qui est possédée par le démon et qui mange ses excréments.

Elle hurle de douleur tant sa tête lui fait mal, elle s’agite, les sœurs doivent la sangler, mais elle vomit et manque de s’étouffer.

Sœur Marie la nettoie avec patience et abnégation. Elle se plaint aussi de la gorge, le docteur décide de lui cautériser les amygdales et l’arrière gorge au nitrate d’argent. On emploie la force pour lui appliquer le produit avec une aiguille enroulée de coton.

Exsangue de fatigue elle finit par s’endormir en une nuit de cauchemar. Au cours de la nuit on lui administre une tisane d’orge qui apaise un peu son mal de gorge.

Le 13 Anne est couverte de pustules, petites, rapprochées, elles forment comme une carapace, elle a envie de tout arracher mais ses bras sont attachés, elle hurle, gesticule, puis retombe épuisée.

La fièvre est encore forte, sa tête prête à éclater, le seul remède est une tisane, dérisoire médication, les sœurs en sont navrées et redoutent maintenant le pire.

Pour lui soulager la gorge on tente un gargarisme aluminé, cela ne lui fait pas grand chose.

Le lendemain même symptôme, mais en plus, un lancinant mal de ventre, Anne se chie dessus, l’odeur est pestilentielle, une des sœurs qui la lave est brusque et lui hurle dessus.

Anne pleure et ses larmes sillonnent entre ses croutes purulentes, elle pressent que c’est la fin pour elle, appelle les saints, les anges et Dieu à son secours.

Les pustules deviennent larges on les badigeonne avec du mucilage de lin ( substance gélatineuse issue de la graine de lin ).

Le 16 les pustules se sont réunies en plaques, Anne est défigurée totalement, son corps entier n’est que croutes, elle hurle de ne pouvoir se gratter et de ne pouvoir bouger.

Mais sa faiblesse devient extrême, à force de lutter elle s’épuise, son mal de tête est toujours aussi lancinant mais elle l’oublie.

Les jours qui suivent ,n’apportent aucune amélioration bien au contraire, le 18 sa fièvre augmente encore , elle délire, veut voir son mari, berce sa fille, se dispute avec sa mère, voit défiler sur les murs des images orgiaques où elle croit reconnaître la mère supérieure.

Profitant d’un moment ou elle n’est pas liée, Anne s’arrache les pustules, le pue coule nauséabond.

L’une des jeunes sœurs grises vomit et se fait réprimander par une ancienne, le docteur n’a plus d’espoir.

On la gargarise pour lui libérer la gorge, on apaise ses brulures en la badigeonnant d’onguent mais le 20 novembre c’est la fin, les poumons sont pris, se remplissent et elle s’asphyxie.

Anne appelle une dernière fois son mari, tient la main d’une des sœurs. Le curé lui administre l’extrême onction, elle part.

Bilan de la variole des années 1870

Le mouvement des soldats sur l’ensemble des départements Français provoqua une flambée épidémique.

On dut vacciner et surtout revacciner un grand nombre de personnes, cette variété de variole qui fut nommé hémorragique ou charbonneuse a rendu inopérant les précédents vaccins.

Plusieurs milliers de personnes en moururent et de plus les soldats Français prisonniers l’exportèrent en Allemagne, en Belgique et en Suisse. On estime que la variole a tué plus d’allemands que les combats. Bien sur, ce sont les populations civiles où étaient disséminés les prisonniers qui en souffrirent le plus.En Belgique il y eut 33500 morts du fait de l’emprisonnement des soldats français à Anvers. En Angleterre apportée par des réfugiés, la variole fit 40000 morts

Au total ce sont plus de 500 000 personnes en Europe qui décéderont

Quand à la France il y eut 90 000 morts.

Aujourd’hui la variole est un lointain souvenir, elle a été officiellement éradiquée en 1980, la vaccination a été arrêtée et seules quelques souches de la maladie subsistent dans des laboratoires.

En espérant que l’être humain sera sage et ne la fera pas ressurgir.

LA VARIOLE DE LA LINGÈRE FOLLE, Épisode 1

Lorsque l’on parle la variole on l’associe immédiatement à une maladie lointaine depuis longtemps éradiquée.

Le souvenir du roi Louis XV agonisant sous les ors versaillais et succombant à la terrible maladie nommée aussi petite vérole.

Dernier soubresaut d’une terrible épidémie terrassée par Edward Jenner et sa vaccine, non pas la variole continuera à tuer surement tout au long du 19ème siècle et pendant aussi une grande partie de notre moderne 20ème.

Des foyers endémiques continueront d’exister tout au long du 19ème siècle et cela presque jusqu’à la première guerre mondiale.

Il suffisait qu’un événement entraine un déplacement de population affectée et une épidémie se développait aussitôt, meurtrière, malgré les vaccins, rapide et terriblement contagieuse sur des populations contraintes à la promiscuité.

1870

Un événement imprévu par la population va troubler la quiétude et les habitudes des français.

L’empereur Napoléon III, vieillissant, malade , au trône contesté se met en devoir de déclarer la guerre à la Prusse. Inconscience, bêtise, vanité, pour une dépêche truquée sur un prétendant au royaume espagnol dont tout le monde se moque en France, le Bonaparte entouré d’une bande de militaires inconséquents se lance contre la puissance montante de l’Europe.

Le 19 juillet 1870 une guerre brève et meurtrière se déclare donc.

On connait la suite, une volée monumentale, la chute de l’empereur et l’arrivée de la république avec un gouvernement provisoire.

On doit relever la France et courir sus au Prussien, les troupes affluent de partout. On regroupe les hommes , on les habille , on les instruit on les amalgame avec les soldats survivants de la grande débâcle.

Septembre 1870 ville de Niort.

Les premiers blessés des fronts lointains arrivent en province et un lot de 46 est hospitalisé à l’hôpital hospice de Niort.

La population militaire augmente avec l’arrivée de plusieurs régiments qui doivent à l’arrière se restructurer, 7ème et 10ème cuirassier et 1er régiment d’artillerie. On manque de place dans les bâtiments et chez l’habitant , alors on installe un campement près de la fontaine du vivier, terrain malsain, humide il favorise les maladies et bientôt les soldats affluent à l’hôpital. Les volontaires des Deux sèvres à peine partis ceux sont les gardes nationaux mobiles de la Corrèze qui arrivent dans la préfecture des Deux Sèvres fin septembre, emmenant dans leur besace la volonté d’en découdre.

Mais seulement ses braves à trois poils ne portaient pas en eux le simple désir de se battre ils véhiculaient aussi un virus extrêmement dangereux endémique dans leur département.

Leur face portant souvent les traces de la maladie, ses soldats font exploser les cas de variole dans la ville, les habitants et les soldats entassés dans des conditions précaires sont rapidement contaminés. L’hôpital est bientôt surchargé et les sœurs grises ou de la charité se démènent et font face comme elles le peuvent.

La variole

La variole est une maladie infectieuse d’origine virale elle est due à un poxvirus. Le mot variole vient du latin variola et signifie pustule.

Cette maladie frappe depuis la nuit des temps et faisait encore au 18ème siècle des dizaines de milliers de morts en Europe.

La variole est surnommée la petite vérole bien qu’elle ne soit en rien comparable avec la grande vérole qui n’est autre que la syphilis.

Les conquistadors introduisirent la maladie en Amérique et des millions de morts faillirent faire disparaitre la population autochtone.

La variole se présente sous l’aspect d’une dermatose pustuleuse, qui peut ressembler à une forme grave de varicelle mais qui évolue en une seule poussée. . La variole était un fléau redouté. Elle tuait un malade sur cinq (chez les adultes, près d’un malade sur trois). Quand elle ne tuait pas, elle laissait souvent un visage grêlé, marqué à vie. Elle est toujours restée hors de portée d’un traitement efficace.

La période d’incubation est silencieuse et dure environ 12 jours. ( entre 7 et 17 )

Ensuite une période d’invasion qui dure trois jours, elle comporte une phase aiguë et brutale, forte fièvre, frissons, maux de tête, nausées, vomissements.

Vient ensuite la phase éruptive ou le plus souvent les symptômes de la phase d’invasion s’atténuent ou disparaissent ;

Vers le quatrième jour apparaissent des taches rouges sur le visage et sur les membres.

Ces taches évoluent en vésicules puis en pustules cette phase est critique et peut entrainer la mort.

A partir du huitième jour les pustules s’assèchent, la guérison est très longue et laisse des stigmates indélébiles.

Il arrivait souvent des surinfections bactériennes atteignant le cœur, les poumons, les reins et le système nerveux.

La lingère

Anne avançait joyeusement dans le long couloir de l’hospice, ses bruits de pas résonnaient et formaient comme un écho. Elle portait une pile de drap immaculé qui sortait tout juste de la lingerie où elle travaillait.

Elle était heureuse ici malgré les démons qui la tenaillaient encore chaque jour, elle était bien entourée et les sœurs grises étaient pour la plupart gentilles avec elle.

Elle avait bien conscience que sa présence ici n’avait rien de bien normale et qu’elle devrait se trouver au coté de son mari chez elle à Saint Maixent mais le court de la vie n’était pas un long fleuve tranquille.

Âgée maintenant de 42 ans elle était mère de quatre enfants.

Curieusement sa santé s’était dégradée après la venue de son dernier, adepte d’un catholicisme pratiquant elle était d’abord tombée amoureuse du curé, amour passionnel et délirant.. Ce fut une période où elle était demandeuse de sexe, mais son mari Paul qui y trouvait son compte avait quand même bien l’impression que ce n’était pas à lui qu’elle offrait ses charmes.

Ses vagues de folies érotiques, alternaient avec une mélancolie profonde et des obsessions morbides .

Puis une nuit elle se vit prise par un saint, elle hurlait, son mari prit peur.

Chaque pensée, chaque instant de sa vie était tournée vers une dévotion exagérée et malsaine. Puis elle retombait dans sa mélancolie, presque suicidaire elle se trainait et son homme ne savait plus quoi faire d’elle.

Dans une autre phase elle vit des démons et des sorcières un peu partout, elle entrait en transe quand elle croyait en voir. Elle devenait dangereuse et à son corps défendant le médecin du bourg en accord avec Paul Rousseau son mari la fit interner à l’hospice d’aliénés de Niort.

Elle y était rentrée le 15 novembre 1869 et depuis son état s’était stabilisé, naturellement elle avait reprit son métier de lingère à la buanderie de l’hôpital. Le travail faisait partie de la thérapie et elle s’y employait au mieux en espérant un jour revenir dans son foyer.

Le docteur appelait son cas de la monomanie religieuse.

Bien sur Anne n’avait pas le droit d’approcher les malades, mais de savoir qu’elle contribuait à les soigner cela la comblait d’aise.

Posant son paquet de linge propre elle récupérait en échange des tas de linges souillés, ce n’était guère agréable, cela puait,  merde, vomie, rien qui ne puisse la rebuter ce n’était quand même pas les saintes sœurs qui vont effectuer ce rebutant labeur.

Évidemment la lingère n’avait aucunement conscience du danger que pouvait représenter du linge de variolique.