LA MORT D’UN ENFANT DU GUÉ D’ALLERÉ, Épisode 3 la prise de Saragosse et l’épidémie

Les belles espagnoles ne nous ouvraient pas leur couche mais nos ventres. Si nous voulions goûter de ces choses de la vie , il fallait employer la force. Certains se prêtaient à ce jeux dégoûtant moi je préférais m’abstenir. L’amour même avec des ennemis se devait d’être consenti ou à défaut tarifé.

Nous arrivâmes enfin à notre destination, Saragosse, la ville était à prendre et ce n’était visiblement pas une affaire certaine. Au niveau de l’appartenance, on m’expliqua que j’étais dans le 3ème corps d’armée et que je faisais parti de la 3ème division d’infanterie commandée par le général Morlot et qu’enfin le 117ème régiment faisait parti intégrante de la 2ème brigade du général Augereau.

J’avais du mal à me situer, mais les plus anciens étaient un peu rassurés, car après avoir été dirigés par le maréchal Moncey, puis par le duc d’Abrantés Antoche Junot nous étions enfin sous la coupe de l’un des meilleurs manœuvriers de l’empire le maréchal Lannes.

La ville nous semblait immense à nous autres, une forteresse, un château médiéval où dominaient des inexpugnables couvents et des églises hautes comme des tours de Babel.

Un peuple innombrable s’était réfugié derrière ces murs stimulant la soldatesque de son fanatisme.

Les pires étaient de la race des prêtres, sous couvert de Dieu, ils galvanisaient et abreuvaient de paroles incendiaires les êtres frustres qui croyaient en eux. C’était une guerre sainte, nous étions des suppôts de Satan. Le crucifix en main, la soutane relevée cachant des poignards effilés, ils étaient en première ligne. Les femmes, qui l’eut cru étaient tout aussi cruelles, elles menaçaient leurs hommes des pires sanctions si ils reculaient, nous redoutions de tomber en leurs mains. Nous savions qu’elles nous feraient subir les pires infamies. Nous étions bien convaincus de la nécessité de détruire ces singes en bure et ces viragos en jupon.

En attendant nous devions pénétrer en ces murs et empêcher que les espagnols n’en sortent. La vie de soldat est beaucoup faite de maniements de la pioche et je me retrouvais bientôt à l’établissement d’une redoute près de l’èbre.

Il nous fallait aussi creuser des parallèles pour approcher des fortifications, le travail était dur et risqué.

Nos troupes attaquèrent le couvent Saint Joseph, heureusement je restais l’arme à la bretelle, je venais d’arriver et j’étais novice dans le maniement des armes, comment aurais-je pu être efficace?

Les espagnols tenaces faisaient des sorties et réussissaient parfois à nous enclouer des pièces d’artillerie.

Junot l’ancien sergent la tempête avait donc succédé à Moncey, ce n’était pas qu’il fusse particulièrement qualifier pour mener un siège, mais bon c’était un proche de l’empereur. Mais peu m’importait du moment que je pouvais survivre à cet enfer.

Malgré la ténacité d’Andoche notre chef, nous piétinions. Il fallut faire venir le magnifique maréchal Lannes pour unifier le commandement et donner un sens véritable au siège qui s’éternisait. Le général Junot ne fut guère satisfait de se voir évincé.

Le 26 janvier on donna l’attaque généralE. Ce ne fut pas un siège mais mille, chaque couvent, chaque église, chaque rue étaient à prendre. La tuerie était générale, les espagnols se battaient jusqu’à la mort.

La fumée régnait en maître, opaque, piquante, nous suffoquions, la chaleur provoquée par les incendies était insoutenable. Les flammes de l’enfer n’avaient rien à envier aux flammes de Saragosse.

Les cadavres s’amoncelaient, la pestilence des corps brûlés et décomposés soulevaient les cœurs les plus accrochés.

Nous trouvions des prêtres morts le crucifix à la main nous désignant en un dernier geste au jugement dernier. Sur la face des cadavres féminins on voyait des rictus de haine, elles nous maudissaient, je fis comme les autres, je fus comme les autres, impitoyable. Au détour d’une rue, une beauté au visage creusé par le mal, les yeux révulsés, la chevelure crasseuse et la poitrine presque nue, allongée sur un tas de cadavre. A demi morte elle me menaça encore, je fus contraint de l’empaler avec ma baïonnette. J’entendis comme un craquement dans sa poitrine arrogante, un sang mousseux jaillit en un flot continu, on eut dit une source d’eau vive.

Le bruit était assourdissant on entendait difficilement les ordres, nous avancions, ils reculaient.

Des maisons, les espagnols nous jetaient des projectiles divers, comme une grêle d’un orage de printemps.

Ce qui était marquant, c’est que nous marchions littéralement sur les cadavres, des monceaux, des tas s’empilaient à chaque coin de rue, attestant la violence des combats.

La résistance des assiégés nous rendait fou de rage, ivre de violence, nous transformant en bêtes fauves. Lorsque nous faisions prisonniers des femmes on ne prenait même plus la peine de les violer, tue, tue, massacre l’infâme hydre.

Chaque maison était maintenant fortifiée, les espagnol passaient de l’une à l’autre en perçant les murs, nos sapeurs faisaient sauter les maisons une par une. Plus nous progressions plus le charnier grossissait, les combats avaient lieu partout, dans les cours, les maisons, les escaliers , sur les toits.

Rien ne semblait vouloir arrêter la résistance, ceux qui faiblissaient, étaient sur le champs conduits à la potence. Mais la famine se rajouta à la misère des héroïques et cruels défenseurs, les couvents tombaient les un après les autres. Nos canons ouvraient des brèches, on s’y précipitait. Nous étions épuisés, ruinés physiquement, ivres de violence et de mort, nous ne dormions guère et nos séjour à l’arrière se faisait rares . Heureusement toute résistance a des limites, les hommes font choix de ne plus écouter leur diablesse de femme et leurs fanatiques curés, le 21 février 1809 ils se rendent. Encore fiers ces 17 000 hommes seront faits prisonniers et envoyés en France, la plupart s’évaderont ou mourront de maladie, quand aux hommes décédés dans les combats, nos chefs les estimèrent à 18000. Mais ce n’était finalement rien par rapport à la population civile, 50 000 périrent et l’on en enterra pendant des semaines. Nous devions abattre les chiens errants qui se servaient dans la masse immonde de viande pourrie. Des nuées de corneilles croassantes, menaçantes obscurcissaient le ciel avant que de se repaître des charognes autrefois redoutables guerrières. Rien n’y faisait , elles se moquaient de nous, s’écartaient pour mieux revenir. Il n’y avait plus d’ennemi armé mais des rats gros comme des chats se partageant le butin avec les corbeaux, parfois les corps semblaient se soulever tant il y en avait grouillants et repus de chair. Tous les morts n’avaient pas péri les armes à la main, une confortable majorité était morte de maladie , de faim et de privation. Jamais je n’oublierais, non jamais.

Hélas la maladie, n’avait pas de frontière, n’avait aucune préférence de nationalité, aucune préférence de sexe, aucune préférence d’âge.

Le typhus fit son apparition ou plutôt accentua son effort car il était déjà présent et faucha les soldats français épuisés par la lutte.

Je fus à mon tour pris de frissons et de fièvre, nous étions fort nombreux, la ville détruite , insalubre ne pouvait nous accueillir. On décida de nous envoyer à Pampelune dans la province de Navarre, ce n’était pas la porte d’à coté et les convois de moribonds malgré de solides escortes étaient attaqués par les partisans. Déjà mourant nous étions achevés, chaque défilé, chaque village présentaient un dangereux obstacle. Nous étions détestés, pas de pitié pour les envahisseurs. Pour ma part j’arrivais vivant et l’on m’entreposa sur une litière de paille.

Je savais maintenant que je ne reverrais plus le Gué d’Alleré, les majors aidés par quelques bonnes sœurs se tuaient de fatigue pour tenter de nous sauver.

J’étais exsangue, couvert de plaques, je délirais, je revoyais la rue où je vivais celle qui partait sur la Moussaudrie, je sentais l’alambic de mon beau père qui chauffait un mauvais vin. Je me rappelais l’odeur piquante de la poitrine maternelle quand elle m’autorisait à m’y reposer. J’entendais encore les cloches de l’église Saint André, elles m’appelaient, m’appelaient encore. Le 17 mai mon âme quitta mon enveloppe charnelle monta et monta encore, je reconnus ma mère, et je devinais bientôt mon père. Je les rejoignais dans la mort, heureux de me trouver enfin avec ce père que je n’avais jamais connu.

Nous fûmes des centaines de milliers à périr loin de chez nous, victimes de guerres qui ne nous regardaient nullement, victimes d’aspiration à de vaine hégémonie qu’elle fut personnelle comme Napoléon ou commerciale comme celle des Anglais.

LA MORT D’UN ENFANT DU GUÉ D’ALLERÉ, Épisode 2, Une guérilla impitoyable

J’eus donc une enfance heureuse au milieu d’une fratrie reconstituée, j’allais au champs, à la vigne, enfin tout ce que faisait les enfants de paysans. Je n’avais que cinq ans quand la révolution a débuté mais je me souviens des scènes de liesse et les villageois dansant sur la place du château.

Il ne se passa rien de notable pour nous, sauf que nous n’allions plus à l’office du dimanche. Enfin je crois qu’on ne devait plus dire dimanche car on nous avait changer notre calendrier ancestral. Le jour de repos devait être le décadi, vaste plaisanterie comme ci on pouvait changer les habitudes avec une loi. Mon beau père disait que nous étions gouvernés par des avocats en culotte de soie et jabot de dentelle.

Quoi qu’il en soit, cette révolution amena beaucoup de changements et surtout beaucoup de guerres.

Compte tenu du nombre d’ennemis que nous avions nos troupes s’en tirèrent finalement très bien.

La France envahit la Belgique et la Hollande, beaux morceaux de territoire mais qui allaient braquer sur nous la haine de nos ennemis héréditaires les Anglais. Tenir le port d’Anvers était comme tenir un pistolet chargé sur leur tempe.

Indirectement cela nous a mené à notre empereur Napoléon et indirectement cela fut la cause présentement de mes ampoules aux pieds et de ma balade en direction de l’Espagne.

Car voyez vous nous les Français, pour avoir mit une tripatouillée à toutes les vieilles monarchies d’Europe nous n’en n’avions pas fini avec la perfide Albion. Ces foutus iliens avaient une flotte de guerre bien supérieure à la notre et nous bloquaient notre commerce, après nous avoir mis une volée à Trafalgar. D’ailleurs nos pertuis Charentais n’étaient que voiles anglaises et c’était avec insolence qu’ils menaçaient l’arsenal de Rochefort et l’île d’Aix.

Bon moi je me moquais un peu de la mer, je n’étais pas inscrit maritime car trop loin de la côte, par contre à l’age requit je tombais comme mes camarades sous le coup de la conscription.

Le Napoléon tirait un peu sur la corde, il avait vaincu nos agresseurs alors à quoi bon continuer à nous battre. Nous voulions nous autres avoir une femme, cultiver nos terres, rire et chanter. En lieu et place dès nos vingt ans nous tirions au sort notre départ pour aller nous faire tuer loin de chez nous.

Le contingent annuel était déterminé pour chaque département puis pour chaque canton et chaque commune. N’allez pas croire que de ne pas tirer un mauvais numéro vous exonérait définitivement non pas, vous étiez simplement ajournés. Chaque année on chiait donc dans nos culottes de nous voir désignés.

Moi pour ma part ce fut l’année de mes vingt cinq ans que la misère me tomba dessus.

J’aurais bien aimé être trop petit mais la toise dispensatrice d’une exemption se situait à 148 centimètres, moi j’étais bien plus grand avec mon presque un mètre soixante. J’avais également une belle dentition et il n’était pas question que je me fasse sauter les dents pour ne pas pouvoir déchirer les cartouches. Non j’avais rien de spécial, une bonne chair à canon somme toute. Nullement volontaire mais fort obligé de partir défendre le trône de pépé botella. Ce roi que l’on tenta d’imposer à un peuple qui n’en voulait pas, n’était certes pas pire que les infâmes bourbons finissants.

Mais bon que m’importait les rives de l’Adour et de l’Ebre alors que j’avais grandi le long du ruisseau de la Roulière.

Même si il existait une réelle fraternité entre gens qu’on emmène à la mort, je préférais la routine de ma terre, la taille des vignes, le labour et l’odeur du vin qu’on brûlait pour la transformer en eau de vie.

Plus rien en vérité me retenait au Gué d’Alleré, ma mère était morte en 1804 et reposait, j’espère sereine, sous les doubles manteaux protecteurs qu’étaient la terre grasse des limon du ruisseau et la divine présence de la maison de Dieu où se couvaient les tombes du village.

Évidemment j’étais peiné de laisser celles qui a défaut d’être de mon sang, étaient devenues mes véritables sœurs de cœur. J’avais aussi laissé couler une larme lorsque celui qui m’avait élevé comme son fils, celui que je considérais comme tel, que je respectais comme tel et qui de fait l’était réellement.

Voila pour ma vie d’avant, pas de femme, pas de promise, pas de souvenirs d’une chair blanche offerte, pas de souvenir d’une flagrance féminine qui m’aurait mis en émoi, non rien. J’avançais vers mon nouveau destin, sûrement fait de sang et de pleurs. Les anciens tentaient de nous rassurer, de nous faire voir le bon coté des choses, ils nous vantaient la beauté des femmes espagnoles, nous disaient qu’elles n’étaient guère farouches que nous pourrions nous gamins ignorant de la chose nous informer des subtilités de l’amour dans les bras de fières andalouses ou de rudes catalanes.

Nous faisions semblant de les croire mais plus nous avancions vers la péninsule Ibérique plus nous croisions des convois de blessés et de malades. Ils n’avaient pas l’air de farouches cavaliers ayant jouté sur les croupes des brunes espagnoles, ils avaient plutôt l’aspect de vaincus. Cela ne manquait pas de nous troubler nous les néophytes, les puceaux de la guerre.

Puis nous passâmes enfin la frontière j’étais maintenant avec mes compagnons du 117ème régiment de ligne.

Ce dernier avait été créé très récemment en août 1808 à Haro, notre chef était le colonel Louis Benoit Robert, un vieux guerrier expérimenté qui avait fait ses classes et monté les échelons comme la plupart des chefs de guerre de l’empire sous les armées révolutionnaires. Nous ne savions pas trop où nous allions mais entre la France et l’Espagne le contraste fut saisissant.

Jusqu’à là les populations furent bienveillantes à notre égard, nous étions logés avec des bulletins de logement chez l’habitant, nous avions encore l’impression d’appartenir au monde que nous venions de quitter. Chez l’ennemi plus question de loger chez les habitants, tous nous étaient hostiles.

Près de la frontière le pays était à peu près sécurisé, enfin sur les chemins principaux. Tant que vous n’étiez pas confrontés directement vous ne vous rendiez pas vraiment compte, mais un jour je fis parti d’une expédition organisée pour récupérer des petits malins de chez nous qui s’étaient écartés par améliorer l’ordinaire. Nous traversâmes un premier village, complètement désert et aussi partiellement détruit, pas une âme, pas même un chien errant. En continuant notre chemin sur un une hauteur, une basse maison aux fenêtres rares, une grange, un reste de paille. Avant  de voir nous sentîmes, une odeur de charogne, une pestilence insoutenable, le sergent nous fit mettre en position de combat flairant un piège. Mais pour cette fois nous en étions quittes pour une vision d’horreur, la première que je ferais de cette sale guerre. Je les vis mes camarades avec qui je buvais quelques jours avant, je les vis ses pauvres malheureux. En croix, cloués sur la porte de la grange en fiers soldats de l’armée du génial Bonaparte. Les mouches s’affairaient en un essaim affamé dans le ventre ouvert de nos défunts compagnons. Éventrés comme des cochons, les intestins pendouillant en de ridicules serpentins, un haut de cœur me fit rompre mon alignement et vomir une acre bile.

Nos raffinés ennemis fanatisés par leurs prêtres, se livraient à des bacchanales dantesques et en expiation de l’ envahissement de leur terre, nous faisaient subir les pires ignominies.

Ce gamin d’aquitaine cloué comme un chat noir sur cette porte de chêne brinquebalante, pantalon baissé, émasculé par des mains féminines expertes s’était vu fourrer ses attributs de masculinité dans la bouche.

Nous retrouvâmes son compère, visiblement il avait eu plus de chance, son corps n’avait pas été souillé, mais simplement dépouillé de tout vêtement. Il gisait dans son sang déjà séché, proprement égorgé par la lame effilée d’un couteau vengeur.

Le sergent nous fit exécuter l’ensevelissement des deux pauvres malheureux avant que des animaux prédateurs ne finissent en un festin l’œuvre des paysans et paysannes Aragonaises.

Nous jurâmes entre nous de bien leur faire payer ce forfait ignominieux.

LA MORT D’UN ENFANT DU GUÉ D’ALLERÉ, épisode 1, le début de l’aventure

Nos chefs en vieux baroudeurs se voulaient rassurants mais nous sentions bien poindre une immense lassitude dans leurs propos.

Nous étions encore loin de l’heure du bivouac, mes pieds n’étaient qu’une vaste meurtrissure, j’avais l’impression de baigner dans une fange faite de sang, de pluie et de boue. Les plus faibles avaient depuis longtemps lâché prise, la maréchaussée les récupérerait traînant leur misère dans les fossés.

Mes vêtements semblaient ne plus me servir à rien, j’étais trempé, gelé et à mon corps défendant je frissonnais comme un fiévreux.

Nous nous dirigions vers Bayonne et les tours de La Rochelle étaient maintenant très loin.

Le convoi qui cheminait sur les routes boueuses de la province Aquitaine, était composé de diverses recrues qui allaient rejoindre leur régiment dans la ville garnison,qui commandait les Pyrénées.

Moi j’étais destiné au 117ème régiment d’infanterie. Certains de mes compagnons d’infortune avaient la même destination que moi alors nous nous étions regroupés et entraînés depuis le début de notre long périple.

Nous étions évidemment destinés à alimenter les troupes en Espagne.

Nous ne connaissions pas grand chose de l’état militaire, la courte période d’instruction que nous avions eu à La Rochelle nous avait à peine permis de nous accoutumer.

Nos accompagnateur, vieux briscards des guerres de la révolution, vainqueurs à Austerlitz nous en imposaient. Il y en avait de toutes les sortes, gentils au cœur tendre qui tentaient d’atténuer nos douleurs, d’autres de véritables salopards nous aboyaient dessus en permanence.

Depuis notre départ l’effectif avait dangereusement faibli, malades, blessés, traînards à la faible constitution, mais aussi des déserteurs. Ceux ci au courage certain, fuyaient dès qu’ils pouvaient la condition qu’on tentait de leur imposer. Les risques de se faire reprendre étaient considérables, d’autant qu’une gratification était offerte à celui qui ramenait un fuyard. N’étant pas tenté par la curée de quelques pandores ou douaniers et la perspective d’aller croupir dans la citadelle de l’île de Ré, j’étais bien décidé à accomplir mon devoir.

Je ne savais quand je reverrais mon village.

Je n’étais évidemment pas volontaire pour partir, comme aucun d’entre nous d’ailleurs

Nous ne savions pas en vérité ce qui se passait en Espagne, je ne savais pas où ce pays se trouvait, je n’en connaissais pas l’histoire. Mais des bruits couraient que notre empereur y avait installé son frère Joseph comme roi et que les habitants, ma foi,ils étaient pas bien d’accord.

Les mieux informés disaient que nous avions même été battus pour la première fois sous le règne de Napoléon. Cette funeste bataille avait eu lieu à Baylen et nous avions perdu à cause d’un traite nommé Dupont de l’étang. Un vieux de chez nous qui avait combattu sous ses ordres affirmait que ce général était l’un des meilleurs et que nous avions perdu car nous n’avions rien à foutre là bas.

Moi comme je vous l’ai dit, je n’y connaissais rien, je n’avait jamais dépassé les limites de mon canton, alors le frère de notre empereur et le peuple Espagnol je m’en moquais comme de ma première paire de sabots.

Au bivouac nous entendions les vieux qui disaient simplement, est-il fou le petit caporal de nous aventurer dans ce maudit pays, en a-t-il pas assez?

C’était assez énigmatique,mais nous n’étions que des pauvres hères qu’on avait arraché à la terre. Nous devions marcher et crever pour la politique de ceux qui nous dirigeaient. La loi les autorisait à nous soustraire à nos famille pour un temps indéfini. Nous étions ceux qui avions tiré le mauvais numéro.

Moi, à tout bien réfléchir le mauvais numéro, j’étais persuadé de l’avoir tiré depuis très longtemps et bien avant ce fameux jour où le maire avait réuni les enfants de la commune.

Je suis né au Gué d’Alleré le 12 août 1784 et je m’appelle Jean Dubois, mon père était journalier, c’est à dire qu’il travaillait chez les autres, qu’il se louait, nous étions pauvres, mais comme nous n’avions jamais rien connu d’autre, peu nous importait.

C’est le curé Denécheau qui m’avait baptisé, j’étais le dernier né de la famille, enfin c’était bien peu dire car de mes frères et sœurs la plupart était mort.

J’avais cru comprendre que je n’étais guère désiré, mon père était déjà bien malade et voir un chiard dans ces conditions, n’encourageait guère au bonheur.

Cela devait être prémonitoire car mon père Dieu ait son âme mourut alors que j’avais un an. Donc il a fallut que je me forge des souvenirs de lui, mais comme j’étais trop petit, il ne me restait qu’à questionner mes proches. Ma mère qui aurait pû ou aurait dû m’instruire de ces choses afin que je me construise fit fi de toutes ses obligations et oublia mon père en se remariant l’année suivante.

Je n’eus donc comme figure masculine que mon beau père Julien Gambaud. Ils étaient veufs tous les deux, chargés d’enfants, alors ils réunirent leur peine, leur joie et leur corps.

Je grandis donc environné de ces presque sœurs et presque frères que furent les enfants du premier lit de mon beau père.

UN AVORTEMENT VIOLENT Épisode 3, les conséquences

C’est son mari qui déclara le décès le lendemain en compagnie d’un ami marchand drapier monsieur Marchand.

On enterra rapidement la malheureuse, la belle famille, le mari, les parents, les frères et sœurs, tous se réunirent au petit cimetière.

Harmonie d’apparence, Pierre Sivadier le père se répand en invectives et en sous entendus. Le village commence à s’enflammer, les uns traitent le vieux Pierre de menteur, et d’autres traitent les Bourdin d’assassin.

Le maire monsieur Petit se fâche et encourage Pierre Sivadier à porter l’affaire devant la justice.

C’est ce qu’il se décide de faire dès le 26 juin 1830. Tout va alors très vite, les protagonistes de l’affaire sont interrogés à la mairie de Saint Sauveur par le juge de paix du canton de Courçon .

Bourdin reconnaît qu’il a sous les recommandations de sa mère porté des coups au ventre de sa femme afin de provoquer un avortement.

Reste à déterminer au juge d’instruction de La Rochelle si les coups sont bien responsables de la mort de Marguerite.

Il ordonne une autopsie et le 30 juin 1830 à quatre heures du matin, le corps de la défunte est exhumé.

 Les docteurs Junin et Viviel et Potet  pratiquent l’examen en présence du procureur du roi et de son greffier.

Le maire est là avec les fossoyeurs, il fait déjà chaud, le jour se lève rapidement et bientôt la population partira aux champs. Il faut faire vite avant que la population se rende compte des faits et ne s’attroupe.

Cela ne fait pas longtemps que le corps repose en cette terre d’Aunis mais la décomposition du corps est fortement avancée, Marguerite put la charogne et lorsque les employés font sauter les planches de pin brut de la bière, une pestilence envahie le champ des morts.

D’aspect on peut certes la reconnaître mais les beaux habits dont on la revêtue le jour de sa mort, collent déjà à la peau, il faut sacrilège, les découper.

La pauvre mère de famille apparaît dans sa nudité à la lumière naissante de ce jour magnifique d’été. L’odeur et effroyable, la maire couvre son visage d’un mouchoir, les chirurgiens ne bronchent pas et ne font même pas mine d’être gênés. Les fossoyeurs goguenards en vieille, habitués se moquent du maire et du greffier qui lui manquent carrément de défaillir.

D’un coup de scalpel Junin ouvre le ventre de Marguerite, du sternum au pubis, il écarte, il soulève, il commente, il soupèse, il peste. La décomposition est déjà trop avancée on ne voit rien, aucun signe n’est probant. Les deux hommes de la science s’interrogent et conviennent que les organes génitaux sont recouverts d’une couche d’albumine purulente. Marguerite souffrait d’une affection chronique des organes de l’abdomen. Non vraiment difficile à savoir si les coups de Bourdin on finit par tuer la mère après avoir supprimé l’enfant.

On inhume de nouveau la fille Sivadier femme Bourdin.

Le soir Jacques Bourdin et sa mère sont arrêtés par les gendarmes de Nuaillé, puis conduits à la maison d’arrêt de La Rochelle.

Tout va très vite maintenant, ce sera les assises pour Jacques Bourdin le 8 novembre 1830 il sera condamné à deux ans de prison et à 16 francs d’amende. Quand à la mère qui avait sans doute incité son fils à ce geste elle ne fut pas condamnée.

La peine est légère mais l’homicide est involontaire et puis ce n’est qu’une femme.

A sa sortie de prison Jacques Bourdin prendra de nouveau femme au village.

Geneviève Renaud lui dit oui devant monsieur le maire le 09 septembre 1834.

L’histoire ne dit pas si Jacques donna des coups de poing dans le ventre de sa nouvelle femme, mais en 1839 ils eurent une fille qu’ils prénommèrent Magdeleine.

 

CHOLERA MORBUS, Épisode 4, la fin du fléau

 

Chez François Pochon c’est à peu près le même drame qui se joue, parti le 15 aout pour livrer des chevaux à La Rochelle pour la remonte de l’un des régiments présent dans la place, il revient alors que sa petite Célestine est morte depuis la veille. Sans ce prompt retour les obsèques auraient du se faire sans lui. La chaleur est accablante et l’on ne peut se permettre de garder les corps trop longtemps. Au retour du cimetière sa femme Rose ne se sent pas très bien, les symptômes ne trompent pas elle est clouée sur son vase de nuit et se vide. Comme pour les autres malades, le docteur Pros préconise de la faire boire afin qu’elle ne se déshydrate pas trop rapidement, mais c’est peine perdue elle ne garde rien et s’affaiblit. Pourtant Rose a soif, de terribles douleurs lui surviennent, d’abord les extrémités puis les membres en entiers. Ce sont d’abominables crampes, Rose hurle de douleur sur son lit de souffrance, François ne sait que faire pour soulager sa femme.

Puis le mal semble gagner l’abdomen et le thorax, elle n’a plus de voix pour gueuler, son visage s’émacie, ses yeux sont comme deux immenses globes perdus dans des orbites creusés.

Le 21 aout elle meurt, 22 ans ce n’est guère un age pour mourir. Les édiles du village le redoutaient, l’épidémie faisant fi des champs , des bosquets, des fossés et les marais, touche l’ensemble du territoire de la commune. La Conche, Plaint Point, Port Bertrand, le marais sont contaminés. De l’autre coté, le Treuil, puis les moulins en bordure de la voie qui mène à Paris déplorent quelques cas.

Dans les communes voisines on commence à regarder les habitants de la commune comme des êtres maléfiques qui transmettent la mort.

Le mois d’aout se termine enfin, il a été terrible, car 48 habitants ont péri.

Pour ce qui est du mois de septembre c’est Jean Moinard cultivateur âgé de 65 ans qui inaugure la liste, chacun espère qu’elle ne sera pas aussi longue que pour le mois précédent. Les vendanges arrivent bientôt et chacun s’inquiète, il manque du monde pour vendanger et les journaliers des environs ne se pressent pas pour venir y travailler. A la peur de mourir s’ajoute celle de ne pas pouvoir assumer ce pourquoi on se bat au quotidien et qui fait l’essence même de la vie paysanne, la culture de sa terre et la récolte de ses fruits.

Il y a encore des morts mais le docteur Junin constate un léger mieux, moins de personnes malades, il peut enfin dormir une nuit complète.

Pourtant rien de réjouissant, entre deux vieillards âgés de 84 ans le Charles Minot et la Suzanne Rousseau il y a encore 5 enfants qui décèdent.

Puis c’est au tour de l’épidémie de succomber, le 1 octobre les derniers morts du choléra de la commune sont inhumés.

Sans que l’on sache pourquoi le fléau s’arrête, enfin la vie va reprendre son cours.

Finalement les moissons ont été faites, les vendanges aussi, les veufs et les veuves se remarieront.

Officiellement le choléra a fait 85 victimes ce qui compte tenu de la population est un chiffre énorme.

La commune fera donc l’acquisition d’un nouveau terrain pour son cimetière et fera construire une chapelle expiatoire qui sera achevé en 1854. Elle aurait du s’appeler Notre Dame des vignes mais elle fut nommée Notre Dame des champs.

Le docteur Junin mourut en février 1872 à l’age de 83 ans dans la commune de Saint Sauveur.

Le docteur Jean Baptiste Potet est mort en Aout 1874 à l’age de 68 ans dans la commune de Saint Sauveur.

Le docteur Pros est mort en janvier 1886 en son domicile 23 rue Gargoulleau à La Rochelle

Le maire Louis Raimond mourut qu’en à lui en janvier 1883 à l’age avancé de 86 ans.

De nos jours les progrès de l’hygiène et l’assainissement des eaux usées on fait disparaître le choléra du territoire Français, mais on dénombre encore des milliers de morts dans le reste du monde.

PS : Article réalisé grâce aux travaux de monsieur Jean Pierre Pelletier.

Sources : un village de l’Aunis au temps du choléra par Jean Pierre Pelletier

Archives état civil de Saint Sauveur d’Aunis

Journaux locaux

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 3, la phase aiguë de l’épidémie

 

Le maire monsieur Raimon se renseigne auprès des communes voisines sur des cas éventuels, Ferrière la commune la plus proche est également touchée mais à un degré moindre, Nuaillé d’Aunis a aussi quelques cas, Saint Jean de Liversay, Courçon, Longèves , la Jarrie aussi mais vraiment en petite quantité.

La Rochelle a aussi de nombreux morts mais proportionnellement à Saint Sauveur ce n’est rien, le curé Fraignaud dit des messes pour préserver sa commune, mais les voies du Seigneur sont impénétrables et ses paroissiens continuent de mourir.

La catastrophe continue sur le mois d’aout on n’en finira jamais, le deux c’est l’apothéose , quatre décès sont déclarés, les médecins n’ont pas dormi de la nuit et le curé non plus.

La faucheuse est de nouveau chez la famille Gordien, c’est encore Emmanuel qui vient déclarer la mort de son beau père René Marchand.

Cela devient vraiment inquiétant et le maire doit mettre à l’ordre du jour du conseil l’achat d’un terrain pour un nouveau cimetière. Les fossoyeurs doivent creuser encore et encore et les ossements des morts anciens sont réunis en ossuaire.

Jean Robert le charpentier est encore touché , la mort frappe à l’huis de sa porte pour emporter sa jeune bru, la maison est affligée, la défunte a de nombreux enfants et des difficultés vont surgir rapidement.

D’autant que la mort ne se décide pas, elle traine encore dans la maison, les enfants sont malades aussi. Le docteur Junin se dévoue corps et âme pour sauver les petits. Mais le cinq aout c’est la petite Léontine qui cède la première. Âgée de 37 jours, privée du sein de sa mère enterrée depuis la veille, elle n’avait pas beaucoup d’atouts pour lutter, en quelques heures, la fragile poupée s’en est allée.

Les morts s’accumulent, s’amoncellent, pour un peu le père Fraigneau devrait faire des enterrements multiples.

Toutes les familles sont attristées par un deuil , mais il faut garder l’espoir, les hameaux sont moins touchés. Les docteurs espèrent toujours que l’épidémie va restée circonscrite sur le bourg.

Mais il est illusoire de croire que cette foutue bactérie ne va pas s’étendre, la Grossonerie à la sortie du village enterre ses premiers morts, plus loin en allant sur l’abbaye de Benon, la Robinière et la Fragnée comptent maintenant des décès.

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, le docteur Potet tombe malade, non pas du choléra mais plutôt d’épuisement, il doit cesser ses fonctions, il est consterné car il sait que la population a besoin de lui, ce sont ses clients, il les connait presque tous et s’en veut de ne pouvoir tenir son poste au plus fort de l’épidémie.

Le docteur Junin vétéran des armées de Napoléon où il exerçait en tant que chirurgien est bien plus vieux mais tient encore.

Chacun fait de son mieux mais l’épidémie n’est plus sous contrôle, aucune mesure ne peut plus endiguer le flot incessant de nouveaux morts.

Le 12 aout le maire insère des feuillets supplémentaires au registre d’état civil, on a jamais vu cela.

Depuis le 9 juillet il n’y a plus eu de mariage, ils sont tous reportés, personne n’a le cœur à faire la fête et il n’est pas recommandé de se regrouper.

Si les mariages disparaissent il n’en est pas de même pour les naissances, le 15 aout nait le petit Pierre Coudrin fils de Pierre et de Suzanne Drappeau.

Le curé se doit de faire le baptême mais il doit le caler entre trois enterrements et une visite chez la marie Principeau qui meure juste après l’extrême onction pratiquement dans ses bras.

Pour entrer dans le saint lieu le cortège doit traverser le cimetière, le champs de repos est bouleversé et on a l’impression qu’il a été labouré par d’immenses taupes. Les mines sont grises, les visages défaits, on s’inquiète bien évidemment sur les chances de survie d’un nourrisson dans de telles conditions.

Le curé a une dramatique expérience du choléra car il desservait autrefois la paroisse de la Couarde et il dut faire fasse à la terrible épidémie de choléra de 1832. Il se serait bien passé de cette méchante résurgence.

C’est donc dans cette ambiance mortifère qu’il fit entrer le fils Coudrin dans la famille chrétienne, au moins si le petit meurt il ne sera pas soumis aux affres des limbes.

A ce stade l’épidémie a déjà fait 59 morts et a touché la majeure partie de la population. Certains ont survécu d’autres non, c’est comme cela. C’est aussi comme cela que   le docteur Potet  épuisé doit jeter l’éponge. Ce n’est pas de gaité de cœur mais si il veut vivre il se doit de se reposer.

Le docteur Junin déjà âgé peine à remplir sa tâche et va certainement succomber si l’épidémie persiste.

L’heureuse solution vint de la ville de la Rochelle en la personne du docteur Pros. Jeune médecin gendre de l’adjoint au maire de la Rochelle monsieur Marquet, il n’hésite pas à quitter son domicile de la rue Gargoulleau pour venir braver le danger.

Il emmène avec lui également deux sœurs de la charité enlevées à l’hôpital général de la ville.

Dès lors ce secours providentiel va œuvrer pour le bien de tous, se démultipliant en portant leurs soins aux moribonds, en enseignant les gestes de prophylaxie élémentaire et en soulageant les familles qui doivent assurer aussi les travaux d’été

Le dix huit aout François Petit vient déclarer le décès de sa femme Magdeleine Vincent, il est désespéré de la voir partir à l’age si peu avancé de 34 ans mais de plus il est mort d’inquiétude car son fils Gabriel est également malade, l’une des sœurs de la charité le veille en permanence mais le petit s’affaiblit.

François qui a déjà perdu son fils René âgé de 3 ans il y a quelques jours, ne croit pas pouvoir surmonter cette dernière épreuve. Il faut pourtant qu’il s’y résolve car Gabriel 18 mois ne peut rien contre le choléra.

Désespoir supplémentaire il n’y a plus de place autour de la tombe de sa femme et de son premier fils il faudra donc l’inhumer le petiot loin de sa famille presque le long des murs sombres de l’église.

François eut préféré une place au soleil afin que son bébé n’ait moins froid.

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 2, l’épidémie se propage rapidement

 

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 2, l’épidémie se propage rapidement

 

La maladie continue d’avancer, les visites médicales se succèdent, la population commence à avoir peur et se méfie de son prochain. Le glas a retenti six fois en une semaine cela fait beaucoup pour un si petit village.

Le maire Raimon avise les autorités préfectorales à La Rochelle .

Le 6 juin c’est le foyer des Robin qui est touché et pour la première fois disparaît une jeune femme âgée de 28 ans. Ils enterreront donc cette jeune mariée qui la pauvre unie à son mari depuis à peine un an,  n’aura pas eu le temps de faire des enfants . Étienne est effondré.

Le lendemain c’est la vieille Robin qui décède, fille du feu notaire Boutet c’est encore une vieille qui a fait son temps, mais les doctes messieurs craignent pour la jeunesse.

Rapidement les morts se succèdent , souvent par groupe familial, Marie Suire 70 ans suivie de près par sa bru Marie Rose Cornière 42 ans.

Les fossoyeurs travaillent maintenant à temps plein au petit cimetière. La question se pose, les morts sont ils encore contagieux et ne doit on pas craindre pour les habitants qui habitent au bord du lieu de repos?

Comme le docteur Jubin le craignait, il est appelé au chevet d’un nourrisson dès le 12 juin, mais hélas c’est trop tard Pierre Pinet 16 mois est le premier enfant à mourir de l’épidémie.

Sa maman Rose l’a veillé pendant les deux jours de sa maladie, mais rien n’y a fait, le petit ne gardait rien et le lait maternel dont il était pourtant vorace ne lui était d’aucune utilité car soit il le vomissait soit il le refusait. On l’entoura à l’ancienne d’un linceul blanc pour le porter en terre.

Le menuisier du village ne fournit déjà plus en cercueil.

Cela prend une autre dimension quand on craint pour les enfants, on n’ose plus sortir et une sorte de psychose frappe le village.

Pourtant il faut continuer de vivre, la moisson approche et les travaux dans les vignes requièrent beaucoup de main d’œuvre.

La liste des morts s’allonge et quand le mois de juin se termine, il y a 18 tombes supplémentaires autour de l’église, on a jamais vu cela dans le village et de mémoire d’hommes personne n’a souvenir d’une telle hécatombe.

Après les cabaretiers ce sont les boulangers du village qui sont touchés, ils inaugurent les morts du mois de juillet.

C’est le premier juillet qu’Emmanuel Gourdien vient déclarer la mort de son père François, les autorités sont surprises car la maladie d’un des membres de la famille avait été tue afin que la clientèle ne fuit pas.

Le maire engueule Gourdien mais le mal est fait, il n’y a plus à y revenir, que cela soit au cabaret ou au four du boulanger il y a toujours affluence et la propagation ne peut qu’en être accélérée.

Mais il semble y avoir un léger répit, les médecins prennent un peu de repos quoique cela soit relatif. Le docteur Potet est épuisé et s’interroge si il va pouvoir continuer ses visites.

Pour l’instant le mal semble être contenu dans le bourg, qu’en sera t’il si les hameaux viennent à être touchés.

Puis inéluctablement la série continue et la mort frappe chez les Moreau, Étienne 45 ans abandonne la partie pendant les travaux d’été mettant en péril l’économie familiale.

Mais est-ce la fin du choléra à Saint sauveur, le bacille semble faiblir et peu à peu le son des cloches lugubres s’estompe.

Mais ce n’était qu’un rêve, la faucheuse se déchaine, les familles s’enferment et se recroquevillent sur elles même .

En ce chaud mois de juillet, 14 personnes meurent des suites du choléra Morbus.

Emmanuel Gourdien le fournier a cette fois ci appelé Monsieur Potet, mais cela ne sauve pas pour autant sa fille Virginie âgée de treize mois.

Heureusement toutes les personnes touchées ne meurent pas, certaines sont plus solides, d’autres ont de la chance.

Les médecins tentent de lutter mais les sangsues, les saignées, les fumigations et le vinaigre ne sont que des palliatifs. Mais parfois miracle de la nature ou les deux conjugués les malades s’en sortent.

Puis il y a les recommandations sanitaires qui restent souvent lettres mortes. On interdit le rouissage, mais évidemment ceux qui en vivent ne l’entendent pas ainsi.

On préconise aussi d’éloigner les tas de fumiers des maisons, mais nom de dieu où les mettre, il faut bien qu’on jette nos déjections. Puis il y a le problème de l’eau, il ne faudrait pas qu’elle soit stagnante mais la Charre au mois de juillet n’est plus qu’un cloaque infâme ou tous jettent leur merde et leur pisse .

Les docteurs en ont également de bonne, nettoyer les murs, nettoyer les paillasses, voir les bruler, comme si on avait que cela à faire, les bleds n’attentent pas.

Il faudrait aussi qu’on éloigne les aliments des gens malades, oui peut être mais la aussi ce n’est point facile, car la plus part des villageois vivent encore dans des pièces uniques.

Puis la recommandations idiote par excellence, il faudrait qu’on se lave les pieds et les mains une fois par semaine, qu’on change de chemise et qu’on ne marche plus pieds nus.

Contrariant les coutumes et us villageoises les recommandations ne sont guère suivies d’effets.

Comment peut on demander à des gens qui n’ont pas l’eau courante de se laver régulièrement et de toutes façons avec de l’eau vraisemblablement souillée, de faire leurs besoins loin de la maison alors qu’ils n’ont pas de fosse d’aisance, d’éloigner les animaux alors qu’ils vivent avec.

Non vraiment ce sont des théories de médecins et de bourgeois des villes.

D’ailleurs on devine plus que l’on ne le sait que la bactérie Vibrio Choléra est une infection virale transmise par voie directe orale et fécale par ingestion d’eau et d’aliments contaminés.

C’est d’ailleurs le cœur du problème mais que peut on y faire.

 

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

 

CHOLERA MORBUS

Marguerite Dauvert en ce 21 mai 1849 rentre tranquillement chez elle, malgré l’heure avancée la chaleur est exceptionnellement chaude en ce printemps.

Elle sue abondamment et le fagot de bois qu’elle ramène pour son foyer lui pèse sur l’épaule. C’est qu’elle n’est plus toute jeune la veuve Petit, bientôt soixante quinze ans. Le souvenir de son défunt mari s’estompe dans les brumes du temps.

En fait elle n’habite pas chez elle mais plutôt chez son gendre François Bourru et sa fille Anne, elle aurait préféré demeurer seule mais nécessité fait loi. A son age elle n’est plus qu’un fardeau économique et elle serait bien en peine de faire face à une vie indépendante.

Tout de même son chargement lui pèse énormément et elle doit faire une pause ce qui n’est pas du tout coutumier de sa part.

Au niveau du pont presque au milieu du bourg elle fait donc une pause et en profite pour héler sa voisine Françoise Jaroussin qui entre deux hauts murs patauge dans les eaux stagnantes de la Charre le petit ruisseau qui bientôt à n’en pas douter sera à sec. Comme à son habitude elle rouit du chanvre qu’elle revendra à Napoléon Morin le tisserand. L’odeur qui émane des eaux fétides couleur d’étain donne presque la nausée à Marguerite, c’est bizarre elle y est pourtant habituée.

Les deux femmes s’échangent quelques banalités et Marguerite doit reprendre son chemin , elle a maintenant très mal au ventre, une douleur fulgurante de boyaux noués, elle ne va quand même pas se chier dessus, elle se presse, plus rien ne va. Tant bien que mal elle traverse le village, passe devant le cimetière et l’église, encore un carrefour , une ruelle, enfin chez elle. Elle balance son bois et enfin remonte jupon, cela n’en fini pas elle se vide, la tête lui tourne.

A la maison, elle est seule, tout le monde travaille, elle est la première a être rentrée. Prise d’une envie irrépressible de se coucher elle tente de résister. Maintenant elle a soif, elle ne tient plus debout, mais doit aller au puits sortir un seau d’eau.

Péniblement elle remonte le long des pierres humides son contenant. Jamais même au cour de ses maternités elle n’a été épuisée comme cela, une vraie loque. Elle s’abreuve abondamment, mais à peine sur le seuil elle rejette tout, sa langue est pateuse, elle reboit, mais chaque fois c’est la même chose.

Elle se résout à s’allonger et c’est dans son lit que sa fille et son gendre la trouvent. Il règne dans la pièce une odeur douceâtre mais prégnante, difficile de définir la raison de cette pestilence. Il appelle la mère, mais la Marguerite dans son lit ne bouge pas. Le couple se précipite, la vieille git dans ses excréments à moitié inconsciente. C’est à vomir, elle sort de sa torpeur et explique. Anne fait sortir son mari et lui demande d’aller chercher le docteur Junin pendant qu’elle va enlever les souillures de sa mère.

Le docteur arrive peu de temps après, devant la description des symptômes il s’est précipité au foyer de François Bourru.

Ce qu’il voit n’est pas pour le rassurer. Marguerite est déjà mourante et le docteur en connait la cause.

Alerté par ces collègues de La Rochelle et bien sur lisant la presse nationale il sait que depuis mars 1849 introduit par le port de Dunkerque se propage à une vitesse foudroyante le Choléra.

Paris compte déjà des milliers de morts, et la capitale de l’Aunis qui malgré sa tentative de cacher l’épidémie a aussi de nombreux décès à déplorer.

Redoutant le pire il s’en va prévenir son collègue Jean Baptiste Potet et de concert les deux praticiens s’en vont avertir le maire Louis Raimon.

A ce stade les praticiens pouvaient toujours espérer que la mort de Marguerite soit un cas isolé, mais cette dernière à peine froide le docteur Junin malheureusement est appelé chez une de ses voisines.

C’est la mère Jaroussin veuve Bourdin qui ne sent pas très bien, ses entrailles ont cédé et c’est un vrai fleuve, depuis elle est pantelante dans son lit refusant d’absorber quoi que ce fut, le docteur pèse la situation elle est gravissime.

Le 26 juin elle meurt en d’atroces souffrances mais est absoute de ses péchés par le père Léon Fraigneau qui est venu lui administrer l’extrême onction.

Il faut enterrer la morte au plus vite car la chaleur fait rapidement son effet et la puanteur gagnerait vite le quartier, dotant que sa fille, la Véronique elle aussi veuve et vivant avec sa mère n’est pas au mieux de sa forme.

Incapable de se lever elle fait constamment sous elle, alors entre la morte et la diarrhéique le pauvre Jean, fils et frère ne sait plus où donner de la tête.

Heureusement Napoléon Morin et sa femme vienne l’assister. Le docteur qui évidemment à d’autres patients vient de temps à autres.

Jean enterre sa mère le 28 mai à son retour du cimetière sa sœur est morte.

Mais ce que redoutaient les médecins arrive, la situation semble s’emballer, Junin et Potet multiplient les visites. Ils sont désemparés, car la plus part du temps lorsqu’ils arrivent la déshydratation est fortement installée et les patients déjà en péril de mort.

Le 3 juin ils sont au chevet d’Étienne Petit et de sa femme Magdeleine, c’est inquiétant ils tiennent la cabaret au centre du bourg, ils ont pu contaminer les trois quarts du village.

Marie Rolland âgée de 56 ans est à la dernière extrémité et déjà le curé se hâte.

Être au chevet n’est pas guérir et le patron du cabaret décède, sa femme ne le saura jamais car elle agonise dans le même lit que son mari. Respect oblige on la déménage du lit du mort avant qu’elle ne meurt à son tour. Jean Étienne n’aura qu’un double enterrement à préparer. Le bon curé qui n’est pas là que pour le spirituel s’active et aide comme il peut. La mort se concentre dans la même rue mais va surement s’étendre, Marie Rolland 56 ans décède, c’est encore une voisine au Napoléon Morin, pour un peu on aurait l’impression que c’est lui qui refile la mort à tout le monde.

LA VARIOLE DE LA LINGÈRE FOLLE, Épisode 2

Anne n’est pas au mieux de sa forme, elle est fatiguée et a la migraine, serait ce ses démons qui ressurgiraient. D’ailleurs elle pense que la statut de saint Pierre lui a  parlé.

Le nombre de malades de la variole explose et en ajoutant les blessés de guerre qui arrivent par la gare d’Orléans, l’hôpital risque d’être saturé.

On entreprend une série de vaccination ou de revaccination de grande ampleur. Comme il n’y a plus de vaccin humain on utilise la vaccination animale. Les génisses de l’hôpital sont vaccinées et l’on peut les utiliser pour l’inoculation des personnels de l’hôpital et des habitants de Niort.

Dans la nuit du 7 au 8 octobre Anne est prise de frisson et d’un mal de tête lancinant, ses râles alertent la sœur qui est de surveillance.

Le lendemain on l’autorise à effectuer ses tâches mais il faut bien le dire elle se traine et ne mange quasiment rien. Elle passe une mauvaise nuit et son état empire dès le lendemain.

Anne a les yeux larmoyants, le visage très rouge,  mal à la tête et aux jambes ainsi qu’aux reins.

Le docteur Lagardelle et ses assistants viennent la visiter. La fièvre est très forte et sa langue est pâteuse, de plus Anne est constipée depuis plusieurs jours et elle en souffre beaucoup.

Le docteur lui prescrit une purgation et Anne peut enfin se soulager, le soir on lui applique un cataplasme à la moutarde et on  lui donne à manger une soupe maigre.

Le 10 et le 11 elle est moins embarrassée par ses ennuis gastriques, par contre la fièvre est toujours là et il lui arrive de délirer. Par mesure de précaution on l’a transportée dans une salle à part où évidemment se trouvent déjà des femmes infectées par la variole.

Le 12 nous entrons dans la phase éruptive, des tâches rouges apparaissent sur le visage et sur le corps, elle n’est plus qu’une masse rougeâtre. La fièvre est encore violente, elle délire, tout se mélange, son mari Paul, son mariage , ses enfants, saint Lazare le sexe à la main qui l’a poursuit, elle voit bientôt sœur Clarisse qui est possédée par le démon et qui mange ses excréments.

Elle hurle de douleur tant sa tête lui fait mal, elle s’agite, les sœurs doivent la sangler, mais elle vomit et manque de s’étouffer.

Sœur Marie la nettoie avec patience et abnégation. Elle se plaint aussi de la gorge, le docteur décide de lui cautériser les amygdales et l’arrière gorge au nitrate d’argent. On emploie la force pour lui appliquer le produit avec une aiguille enroulée de coton.

Exsangue de fatigue elle finit par s’endormir en une nuit de cauchemar. Au cours de la nuit on lui administre une tisane d’orge qui apaise un peu son mal de gorge.

Le 13 Anne est couverte de pustules, petites, rapprochées, elles forment comme une carapace, elle a envie de tout arracher mais ses bras sont attachés, elle hurle, gesticule, puis retombe épuisée.

La fièvre est encore forte, sa tête prête à éclater, le seul remède est une tisane, dérisoire médication, les sœurs en sont navrées et redoutent maintenant le pire.

Pour lui soulager la gorge on tente un gargarisme aluminé, cela ne lui fait pas grand chose.

Le lendemain même symptôme, mais en plus, un lancinant mal de ventre, Anne se chie dessus, l’odeur est pestilentielle, une des sœurs qui la lave est brusque et lui hurle dessus.

Anne pleure et ses larmes sillonnent entre ses croutes purulentes, elle pressent que c’est la fin pour elle, appelle les saints, les anges et Dieu à son secours.

Les pustules deviennent larges on les badigeonne avec du mucilage de lin ( substance gélatineuse issue de la graine de lin ).

Le 16 les pustules se sont réunies en plaques, Anne est défigurée totalement, son corps entier n’est que croutes, elle hurle de ne pouvoir se gratter et de ne pouvoir bouger.

Mais sa faiblesse devient extrême, à force de lutter elle s’épuise, son mal de tête est toujours aussi lancinant mais elle l’oublie.

Les jours qui suivent ,n’apportent aucune amélioration bien au contraire, le 18 sa fièvre augmente encore , elle délire, veut voir son mari, berce sa fille, se dispute avec sa mère, voit défiler sur les murs des images orgiaques où elle croit reconnaître la mère supérieure.

Profitant d’un moment ou elle n’est pas liée, Anne s’arrache les pustules, le pue coule nauséabond.

L’une des jeunes sœurs grises vomit et se fait réprimander par une ancienne, le docteur n’a plus d’espoir.

On la gargarise pour lui libérer la gorge, on apaise ses brulures en la badigeonnant d’onguent mais le 20 novembre c’est la fin, les poumons sont pris, se remplissent et elle s’asphyxie.

Anne appelle une dernière fois son mari, tient la main d’une des sœurs. Le curé lui administre l’extrême onction, elle part.

Bilan de la variole des années 1870

Le mouvement des soldats sur l’ensemble des départements Français provoqua une flambée épidémique.

On dut vacciner et surtout revacciner un grand nombre de personnes, cette variété de variole qui fut nommé hémorragique ou charbonneuse a rendu inopérant les précédents vaccins.

Plusieurs milliers de personnes en moururent et de plus les soldats Français prisonniers l’exportèrent en Allemagne, en Belgique et en Suisse. On estime que la variole a tué plus d’allemands que les combats. Bien sur, ce sont les populations civiles où étaient disséminés les prisonniers qui en souffrirent le plus.En Belgique il y eut 33500 morts du fait de l’emprisonnement des soldats français à Anvers. En Angleterre apportée par des réfugiés, la variole fit 40000 morts

Au total ce sont plus de 500 000 personnes en Europe qui décéderont

Quand à la France il y eut 90 000 morts.

Aujourd’hui la variole est un lointain souvenir, elle a été officiellement éradiquée en 1980, la vaccination a été arrêtée et seules quelques souches de la maladie subsistent dans des laboratoires.

En espérant que l’être humain sera sage et ne la fera pas ressurgir.

LA VARIOLE DE LA LINGÈRE FOLLE, Épisode 1

Lorsque l’on parle la variole on l’associe immédiatement à une maladie lointaine depuis longtemps éradiquée.

Le souvenir du roi Louis XV agonisant sous les ors versaillais et succombant à la terrible maladie nommée aussi petite vérole.

Dernier soubresaut d’une terrible épidémie terrassée par Edward Jenner et sa vaccine, non pas la variole continuera à tuer surement tout au long du 19ème siècle et pendant aussi une grande partie de notre moderne 20ème.

Des foyers endémiques continueront d’exister tout au long du 19ème siècle et cela presque jusqu’à la première guerre mondiale.

Il suffisait qu’un événement entraine un déplacement de population affectée et une épidémie se développait aussitôt, meurtrière, malgré les vaccins, rapide et terriblement contagieuse sur des populations contraintes à la promiscuité.

1870

Un événement imprévu par la population va troubler la quiétude et les habitudes des français.

L’empereur Napoléon III, vieillissant, malade , au trône contesté se met en devoir de déclarer la guerre à la Prusse. Inconscience, bêtise, vanité, pour une dépêche truquée sur un prétendant au royaume espagnol dont tout le monde se moque en France, le Bonaparte entouré d’une bande de militaires inconséquents se lance contre la puissance montante de l’Europe.

Le 19 juillet 1870 une guerre brève et meurtrière se déclare donc.

On connait la suite, une volée monumentale, la chute de l’empereur et l’arrivée de la république avec un gouvernement provisoire.

On doit relever la France et courir sus au Prussien, les troupes affluent de partout. On regroupe les hommes , on les habille , on les instruit on les amalgame avec les soldats survivants de la grande débâcle.

Septembre 1870 ville de Niort.

Les premiers blessés des fronts lointains arrivent en province et un lot de 46 est hospitalisé à l’hôpital hospice de Niort.

La population militaire augmente avec l’arrivée de plusieurs régiments qui doivent à l’arrière se restructurer, 7ème et 10ème cuirassier et 1er régiment d’artillerie. On manque de place dans les bâtiments et chez l’habitant , alors on installe un campement près de la fontaine du vivier, terrain malsain, humide il favorise les maladies et bientôt les soldats affluent à l’hôpital. Les volontaires des Deux sèvres à peine partis ceux sont les gardes nationaux mobiles de la Corrèze qui arrivent dans la préfecture des Deux Sèvres fin septembre, emmenant dans leur besace la volonté d’en découdre.

Mais seulement ses braves à trois poils ne portaient pas en eux le simple désir de se battre ils véhiculaient aussi un virus extrêmement dangereux endémique dans leur département.

Leur face portant souvent les traces de la maladie, ses soldats font exploser les cas de variole dans la ville, les habitants et les soldats entassés dans des conditions précaires sont rapidement contaminés. L’hôpital est bientôt surchargé et les sœurs grises ou de la charité se démènent et font face comme elles le peuvent.

La variole

La variole est une maladie infectieuse d’origine virale elle est due à un poxvirus. Le mot variole vient du latin variola et signifie pustule.

Cette maladie frappe depuis la nuit des temps et faisait encore au 18ème siècle des dizaines de milliers de morts en Europe.

La variole est surnommée la petite vérole bien qu’elle ne soit en rien comparable avec la grande vérole qui n’est autre que la syphilis.

Les conquistadors introduisirent la maladie en Amérique et des millions de morts faillirent faire disparaitre la population autochtone.

La variole se présente sous l’aspect d’une dermatose pustuleuse, qui peut ressembler à une forme grave de varicelle mais qui évolue en une seule poussée. . La variole était un fléau redouté. Elle tuait un malade sur cinq (chez les adultes, près d’un malade sur trois). Quand elle ne tuait pas, elle laissait souvent un visage grêlé, marqué à vie. Elle est toujours restée hors de portée d’un traitement efficace.

La période d’incubation est silencieuse et dure environ 12 jours. ( entre 7 et 17 )

Ensuite une période d’invasion qui dure trois jours, elle comporte une phase aiguë et brutale, forte fièvre, frissons, maux de tête, nausées, vomissements.

Vient ensuite la phase éruptive ou le plus souvent les symptômes de la phase d’invasion s’atténuent ou disparaissent ;

Vers le quatrième jour apparaissent des taches rouges sur le visage et sur les membres.

Ces taches évoluent en vésicules puis en pustules cette phase est critique et peut entrainer la mort.

A partir du huitième jour les pustules s’assèchent, la guérison est très longue et laisse des stigmates indélébiles.

Il arrivait souvent des surinfections bactériennes atteignant le cœur, les poumons, les reins et le système nerveux.

La lingère

Anne avançait joyeusement dans le long couloir de l’hospice, ses bruits de pas résonnaient et formaient comme un écho. Elle portait une pile de drap immaculé qui sortait tout juste de la lingerie où elle travaillait.

Elle était heureuse ici malgré les démons qui la tenaillaient encore chaque jour, elle était bien entourée et les sœurs grises étaient pour la plupart gentilles avec elle.

Elle avait bien conscience que sa présence ici n’avait rien de bien normale et qu’elle devrait se trouver au coté de son mari chez elle à Saint Maixent mais le court de la vie n’était pas un long fleuve tranquille.

Âgée maintenant de 42 ans elle était mère de quatre enfants.

Curieusement sa santé s’était dégradée après la venue de son dernier, adepte d’un catholicisme pratiquant elle était d’abord tombée amoureuse du curé, amour passionnel et délirant.. Ce fut une période où elle était demandeuse de sexe, mais son mari Paul qui y trouvait son compte avait quand même bien l’impression que ce n’était pas à lui qu’elle offrait ses charmes.

Ses vagues de folies érotiques, alternaient avec une mélancolie profonde et des obsessions morbides .

Puis une nuit elle se vit prise par un saint, elle hurlait, son mari prit peur.

Chaque pensée, chaque instant de sa vie était tournée vers une dévotion exagérée et malsaine. Puis elle retombait dans sa mélancolie, presque suicidaire elle se trainait et son homme ne savait plus quoi faire d’elle.

Dans une autre phase elle vit des démons et des sorcières un peu partout, elle entrait en transe quand elle croyait en voir. Elle devenait dangereuse et à son corps défendant le médecin du bourg en accord avec Paul Rousseau son mari la fit interner à l’hospice d’aliénés de Niort.

Elle y était rentrée le 15 novembre 1869 et depuis son état s’était stabilisé, naturellement elle avait reprit son métier de lingère à la buanderie de l’hôpital. Le travail faisait partie de la thérapie et elle s’y employait au mieux en espérant un jour revenir dans son foyer.

Le docteur appelait son cas de la monomanie religieuse.

Bien sur Anne n’avait pas le droit d’approcher les malades, mais de savoir qu’elle contribuait à les soigner cela la comblait d’aise.

Posant son paquet de linge propre elle récupérait en échange des tas de linges souillés, ce n’était guère agréable, cela puait,  merde, vomie, rien qui ne puisse la rebuter ce n’était quand même pas les saintes sœurs qui vont effectuer ce rebutant labeur.

Évidemment la lingère n’avait aucunement conscience du danger que pouvait représenter du linge de variolique.