CHOLERA MORBUS, Épisode 4, la fin du fléau

 

Chez François Pochon c’est à peu près le même drame qui se joue, parti le 15 aout pour livrer des chevaux à La Rochelle pour la remonte de l’un des régiments présent dans la place, il revient alors que sa petite Célestine est morte depuis la veille. Sans ce prompt retour les obsèques auraient du se faire sans lui. La chaleur est accablante et l’on ne peut se permettre de garder les corps trop longtemps. Au retour du cimetière sa femme Rose ne se sent pas très bien, les symptômes ne trompent pas elle est clouée sur son vase de nuit et se vide. Comme pour les autres malades, le docteur Pros préconise de la faire boire afin qu’elle ne se déshydrate pas trop rapidement, mais c’est peine perdue elle ne garde rien et s’affaiblit. Pourtant Rose a soif, de terribles douleurs lui surviennent, d’abord les extrémités puis les membres en entiers. Ce sont d’abominables crampes, Rose hurle de douleur sur son lit de souffrance, François ne sait que faire pour soulager sa femme.

Puis le mal semble gagner l’abdomen et le thorax, elle n’a plus de voix pour gueuler, son visage s’émacie, ses yeux sont comme deux immenses globes perdus dans des orbites creusés.

Le 21 aout elle meurt, 22 ans ce n’est guère un age pour mourir. Les édiles du village le redoutaient, l’épidémie faisant fi des champs , des bosquets, des fossés et les marais, touche l’ensemble du territoire de la commune. La Conche, Plaint Point, Port Bertrand, le marais sont contaminés. De l’autre coté, le Treuil, puis les moulins en bordure de la voie qui mène à Paris déplorent quelques cas.

Dans les communes voisines on commence à regarder les habitants de la commune comme des êtres maléfiques qui transmettent la mort.

Le mois d’aout se termine enfin, il a été terrible, car 48 habitants ont péri.

Pour ce qui est du mois de septembre c’est Jean Moinard cultivateur âgé de 65 ans qui inaugure la liste, chacun espère qu’elle ne sera pas aussi longue que pour le mois précédent. Les vendanges arrivent bientôt et chacun s’inquiète, il manque du monde pour vendanger et les journaliers des environs ne se pressent pas pour venir y travailler. A la peur de mourir s’ajoute celle de ne pas pouvoir assumer ce pourquoi on se bat au quotidien et qui fait l’essence même de la vie paysanne, la culture de sa terre et la récolte de ses fruits.

Il y a encore des morts mais le docteur Junin constate un léger mieux, moins de personnes malades, il peut enfin dormir une nuit complète.

Pourtant rien de réjouissant, entre deux vieillards âgés de 84 ans le Charles Minot et la Suzanne Rousseau il y a encore 5 enfants qui décèdent.

Puis c’est au tour de l’épidémie de succomber, le 1 octobre les derniers morts du choléra de la commune sont inhumés.

Sans que l’on sache pourquoi le fléau s’arrête, enfin la vie va reprendre son cours.

Finalement les moissons ont été faites, les vendanges aussi, les veufs et les veuves se remarieront.

Officiellement le choléra a fait 85 victimes ce qui compte tenu de la population est un chiffre énorme.

La commune fera donc l’acquisition d’un nouveau terrain pour son cimetière et fera construire une chapelle expiatoire qui sera achevé en 1854. Elle aurait du s’appeler Notre Dame des vignes mais elle fut nommée Notre Dame des champs.

Le docteur Junin mourut en février 1872 à l’age de 83 ans dans la commune de Saint Sauveur.

Le docteur Jean Baptiste Potet est mort en Aout 1874 à l’age de 68 ans dans la commune de Saint Sauveur.

Le docteur Pros est mort en janvier 1886 en son domicile 23 rue Gargoulleau à La Rochelle

Le maire Louis Raimond mourut qu’en à lui en janvier 1883 à l’age avancé de 86 ans.

De nos jours les progrès de l’hygiène et l’assainissement des eaux usées on fait disparaître le choléra du territoire Français, mais on dénombre encore des milliers de morts dans le reste du monde.

PS : Article réalisé grâce aux travaux de monsieur Jean Pierre Pelletier.

Sources : un village de l’Aunis au temps du choléra par Jean Pierre Pelletier

Archives état civil de Saint Sauveur d’Aunis

Journaux locaux

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 3, la phase aiguë de l’épidémie

 

Le maire monsieur Raimon se renseigne auprès des communes voisines sur des cas éventuels, Ferrière la commune la plus proche est également touchée mais à un degré moindre, Nuaillé d’Aunis a aussi quelques cas, Saint Jean de Liversay, Courçon, Longèves , la Jarrie aussi mais vraiment en petite quantité.

La Rochelle a aussi de nombreux morts mais proportionnellement à Saint Sauveur ce n’est rien, le curé Fraignaud dit des messes pour préserver sa commune, mais les voies du Seigneur sont impénétrables et ses paroissiens continuent de mourir.

La catastrophe continue sur le mois d’aout on n’en finira jamais, le deux c’est l’apothéose , quatre décès sont déclarés, les médecins n’ont pas dormi de la nuit et le curé non plus.

La faucheuse est de nouveau chez la famille Gordien, c’est encore Emmanuel qui vient déclarer la mort de son beau père René Marchand.

Cela devient vraiment inquiétant et le maire doit mettre à l’ordre du jour du conseil l’achat d’un terrain pour un nouveau cimetière. Les fossoyeurs doivent creuser encore et encore et les ossements des morts anciens sont réunis en ossuaire.

Jean Robert le charpentier est encore touché , la mort frappe à l’huis de sa porte pour emporter sa jeune bru, la maison est affligée, la défunte a de nombreux enfants et des difficultés vont surgir rapidement.

D’autant que la mort ne se décide pas, elle traine encore dans la maison, les enfants sont malades aussi. Le docteur Junin se dévoue corps et âme pour sauver les petits. Mais le cinq aout c’est la petite Léontine qui cède la première. Âgée de 37 jours, privée du sein de sa mère enterrée depuis la veille, elle n’avait pas beaucoup d’atouts pour lutter, en quelques heures, la fragile poupée s’en est allée.

Les morts s’accumulent, s’amoncellent, pour un peu le père Fraigneau devrait faire des enterrements multiples.

Toutes les familles sont attristées par un deuil , mais il faut garder l’espoir, les hameaux sont moins touchés. Les docteurs espèrent toujours que l’épidémie va restée circonscrite sur le bourg.

Mais il est illusoire de croire que cette foutue bactérie ne va pas s’étendre, la Grossonerie à la sortie du village enterre ses premiers morts, plus loin en allant sur l’abbaye de Benon, la Robinière et la Fragnée comptent maintenant des décès.

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, le docteur Potet tombe malade, non pas du choléra mais plutôt d’épuisement, il doit cesser ses fonctions, il est consterné car il sait que la population a besoin de lui, ce sont ses clients, il les connait presque tous et s’en veut de ne pouvoir tenir son poste au plus fort de l’épidémie.

Le docteur Junin vétéran des armées de Napoléon où il exerçait en tant que chirurgien est bien plus vieux mais tient encore.

Chacun fait de son mieux mais l’épidémie n’est plus sous contrôle, aucune mesure ne peut plus endiguer le flot incessant de nouveaux morts.

Le 12 aout le maire insère des feuillets supplémentaires au registre d’état civil, on a jamais vu cela.

Depuis le 9 juillet il n’y a plus eu de mariage, ils sont tous reportés, personne n’a le cœur à faire la fête et il n’est pas recommandé de se regrouper.

Si les mariages disparaissent il n’en est pas de même pour les naissances, le 15 aout nait le petit Pierre Coudrin fils de Pierre et de Suzanne Drappeau.

Le curé se doit de faire le baptême mais il doit le caler entre trois enterrements et une visite chez la marie Principeau qui meure juste après l’extrême onction pratiquement dans ses bras.

Pour entrer dans le saint lieu le cortège doit traverser le cimetière, le champs de repos est bouleversé et on a l’impression qu’il a été labouré par d’immenses taupes. Les mines sont grises, les visages défaits, on s’inquiète bien évidemment sur les chances de survie d’un nourrisson dans de telles conditions.

Le curé a une dramatique expérience du choléra car il desservait autrefois la paroisse de la Couarde et il dut faire fasse à la terrible épidémie de choléra de 1832. Il se serait bien passé de cette méchante résurgence.

C’est donc dans cette ambiance mortifère qu’il fit entrer le fils Coudrin dans la famille chrétienne, au moins si le petit meurt il ne sera pas soumis aux affres des limbes.

A ce stade l’épidémie a déjà fait 59 morts et a touché la majeure partie de la population. Certains ont survécu d’autres non, c’est comme cela. C’est aussi comme cela que   le docteur Potet  épuisé doit jeter l’éponge. Ce n’est pas de gaité de cœur mais si il veut vivre il se doit de se reposer.

Le docteur Junin déjà âgé peine à remplir sa tâche et va certainement succomber si l’épidémie persiste.

L’heureuse solution vint de la ville de la Rochelle en la personne du docteur Pros. Jeune médecin gendre de l’adjoint au maire de la Rochelle monsieur Marquet, il n’hésite pas à quitter son domicile de la rue Gargoulleau pour venir braver le danger.

Il emmène avec lui également deux sœurs de la charité enlevées à l’hôpital général de la ville.

Dès lors ce secours providentiel va œuvrer pour le bien de tous, se démultipliant en portant leurs soins aux moribonds, en enseignant les gestes de prophylaxie élémentaire et en soulageant les familles qui doivent assurer aussi les travaux d’été

Le dix huit aout François Petit vient déclarer le décès de sa femme Magdeleine Vincent, il est désespéré de la voir partir à l’age si peu avancé de 34 ans mais de plus il est mort d’inquiétude car son fils Gabriel est également malade, l’une des sœurs de la charité le veille en permanence mais le petit s’affaiblit.

François qui a déjà perdu son fils René âgé de 3 ans il y a quelques jours, ne croit pas pouvoir surmonter cette dernière épreuve. Il faut pourtant qu’il s’y résolve car Gabriel 18 mois ne peut rien contre le choléra.

Désespoir supplémentaire il n’y a plus de place autour de la tombe de sa femme et de son premier fils il faudra donc l’inhumer le petiot loin de sa famille presque le long des murs sombres de l’église.

François eut préféré une place au soleil afin que son bébé n’ait moins froid.

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 2, l’épidémie se propage rapidement

 

LE CHOLERA MORBUS, Épisode 2, l’épidémie se propage rapidement

 

La maladie continue d’avancer, les visites médicales se succèdent, la population commence à avoir peur et se méfie de son prochain. Le glas a retenti six fois en une semaine cela fait beaucoup pour un si petit village.

Le maire Raimon avise les autorités préfectorales à La Rochelle .

Le 6 juin c’est le foyer des Robin qui est touché et pour la première fois disparaît une jeune femme âgée de 28 ans. Ils enterreront donc cette jeune mariée qui la pauvre unie à son mari depuis à peine un an,  n’aura pas eu le temps de faire des enfants . Étienne est effondré.

Le lendemain c’est la vieille Robin qui décède, fille du feu notaire Boutet c’est encore une vieille qui a fait son temps, mais les doctes messieurs craignent pour la jeunesse.

Rapidement les morts se succèdent , souvent par groupe familial, Marie Suire 70 ans suivie de près par sa bru Marie Rose Cornière 42 ans.

Les fossoyeurs travaillent maintenant à temps plein au petit cimetière. La question se pose, les morts sont ils encore contagieux et ne doit on pas craindre pour les habitants qui habitent au bord du lieu de repos?

Comme le docteur Jubin le craignait, il est appelé au chevet d’un nourrisson dès le 12 juin, mais hélas c’est trop tard Pierre Pinet 16 mois est le premier enfant à mourir de l’épidémie.

Sa maman Rose l’a veillé pendant les deux jours de sa maladie, mais rien n’y a fait, le petit ne gardait rien et le lait maternel dont il était pourtant vorace ne lui était d’aucune utilité car soit il le vomissait soit il le refusait. On l’entoura à l’ancienne d’un linceul blanc pour le porter en terre.

Le menuisier du village ne fournit déjà plus en cercueil.

Cela prend une autre dimension quand on craint pour les enfants, on n’ose plus sortir et une sorte de psychose frappe le village.

Pourtant il faut continuer de vivre, la moisson approche et les travaux dans les vignes requièrent beaucoup de main d’œuvre.

La liste des morts s’allonge et quand le mois de juin se termine, il y a 18 tombes supplémentaires autour de l’église, on a jamais vu cela dans le village et de mémoire d’hommes personne n’a souvenir d’une telle hécatombe.

Après les cabaretiers ce sont les boulangers du village qui sont touchés, ils inaugurent les morts du mois de juillet.

C’est le premier juillet qu’Emmanuel Gourdien vient déclarer la mort de son père François, les autorités sont surprises car la maladie d’un des membres de la famille avait été tue afin que la clientèle ne fuit pas.

Le maire engueule Gourdien mais le mal est fait, il n’y a plus à y revenir, que cela soit au cabaret ou au four du boulanger il y a toujours affluence et la propagation ne peut qu’en être accélérée.

Mais il semble y avoir un léger répit, les médecins prennent un peu de repos quoique cela soit relatif. Le docteur Potet est épuisé et s’interroge si il va pouvoir continuer ses visites.

Pour l’instant le mal semble être contenu dans le bourg, qu’en sera t’il si les hameaux viennent à être touchés.

Puis inéluctablement la série continue et la mort frappe chez les Moreau, Étienne 45 ans abandonne la partie pendant les travaux d’été mettant en péril l’économie familiale.

Mais est-ce la fin du choléra à Saint sauveur, le bacille semble faiblir et peu à peu le son des cloches lugubres s’estompe.

Mais ce n’était qu’un rêve, la faucheuse se déchaine, les familles s’enferment et se recroquevillent sur elles même .

En ce chaud mois de juillet, 14 personnes meurent des suites du choléra Morbus.

Emmanuel Gourdien le fournier a cette fois ci appelé Monsieur Potet, mais cela ne sauve pas pour autant sa fille Virginie âgée de treize mois.

Heureusement toutes les personnes touchées ne meurent pas, certaines sont plus solides, d’autres ont de la chance.

Les médecins tentent de lutter mais les sangsues, les saignées, les fumigations et le vinaigre ne sont que des palliatifs. Mais parfois miracle de la nature ou les deux conjugués les malades s’en sortent.

Puis il y a les recommandations sanitaires qui restent souvent lettres mortes. On interdit le rouissage, mais évidemment ceux qui en vivent ne l’entendent pas ainsi.

On préconise aussi d’éloigner les tas de fumiers des maisons, mais nom de dieu où les mettre, il faut bien qu’on jette nos déjections. Puis il y a le problème de l’eau, il ne faudrait pas qu’elle soit stagnante mais la Charre au mois de juillet n’est plus qu’un cloaque infâme ou tous jettent leur merde et leur pisse .

Les docteurs en ont également de bonne, nettoyer les murs, nettoyer les paillasses, voir les bruler, comme si on avait que cela à faire, les bleds n’attentent pas.

Il faudrait aussi qu’on éloigne les aliments des gens malades, oui peut être mais la aussi ce n’est point facile, car la plus part des villageois vivent encore dans des pièces uniques.

Puis la recommandations idiote par excellence, il faudrait qu’on se lave les pieds et les mains une fois par semaine, qu’on change de chemise et qu’on ne marche plus pieds nus.

Contrariant les coutumes et us villageoises les recommandations ne sont guère suivies d’effets.

Comment peut on demander à des gens qui n’ont pas l’eau courante de se laver régulièrement et de toutes façons avec de l’eau vraisemblablement souillée, de faire leurs besoins loin de la maison alors qu’ils n’ont pas de fosse d’aisance, d’éloigner les animaux alors qu’ils vivent avec.

Non vraiment ce sont des théories de médecins et de bourgeois des villes.

D’ailleurs on devine plus que l’on ne le sait que la bactérie Vibrio Choléra est une infection virale transmise par voie directe orale et fécale par ingestion d’eau et d’aliments contaminés.

C’est d’ailleurs le cœur du problème mais que peut on y faire.

 

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

CHOLERA MORBUS, Épisode 1, l’épidémie se déclare à Saint Sauveur d’Aunis

 

CHOLERA MORBUS

Marguerite Dauvert en ce 21 mai 1849 rentre tranquillement chez elle, malgré l’heure avancée la chaleur est exceptionnellement chaude en ce printemps.

Elle sue abondamment et le fagot de bois qu’elle ramène pour son foyer lui pèse sur l’épaule. C’est qu’elle n’est plus toute jeune la veuve Petit, bientôt soixante quinze ans. Le souvenir de son défunt mari s’estompe dans les brumes du temps.

En fait elle n’habite pas chez elle mais plutôt chez son gendre François Bourru et sa fille Anne, elle aurait préféré demeurer seule mais nécessité fait loi. A son age elle n’est plus qu’un fardeau économique et elle serait bien en peine de faire face à une vie indépendante.

Tout de même son chargement lui pèse énormément et elle doit faire une pause ce qui n’est pas du tout coutumier de sa part.

Au niveau du pont presque au milieu du bourg elle fait donc une pause et en profite pour héler sa voisine Françoise Jaroussin qui entre deux hauts murs patauge dans les eaux stagnantes de la Charre le petit ruisseau qui bientôt à n’en pas douter sera à sec. Comme à son habitude elle rouit du chanvre qu’elle revendra à Napoléon Morin le tisserand. L’odeur qui émane des eaux fétides couleur d’étain donne presque la nausée à Marguerite, c’est bizarre elle y est pourtant habituée.

Les deux femmes s’échangent quelques banalités et Marguerite doit reprendre son chemin , elle a maintenant très mal au ventre, une douleur fulgurante de boyaux noués, elle ne va quand même pas se chier dessus, elle se presse, plus rien ne va. Tant bien que mal elle traverse le village, passe devant le cimetière et l’église, encore un carrefour , une ruelle, enfin chez elle. Elle balance son bois et enfin remonte jupon, cela n’en fini pas elle se vide, la tête lui tourne.

A la maison, elle est seule, tout le monde travaille, elle est la première a être rentrée. Prise d’une envie irrépressible de se coucher elle tente de résister. Maintenant elle a soif, elle ne tient plus debout, mais doit aller au puits sortir un seau d’eau.

Péniblement elle remonte le long des pierres humides son contenant. Jamais même au cour de ses maternités elle n’a été épuisée comme cela, une vraie loque. Elle s’abreuve abondamment, mais à peine sur le seuil elle rejette tout, sa langue est pateuse, elle reboit, mais chaque fois c’est la même chose.

Elle se résout à s’allonger et c’est dans son lit que sa fille et son gendre la trouvent. Il règne dans la pièce une odeur douceâtre mais prégnante, difficile de définir la raison de cette pestilence. Il appelle la mère, mais la Marguerite dans son lit ne bouge pas. Le couple se précipite, la vieille git dans ses excréments à moitié inconsciente. C’est à vomir, elle sort de sa torpeur et explique. Anne fait sortir son mari et lui demande d’aller chercher le docteur Junin pendant qu’elle va enlever les souillures de sa mère.

Le docteur arrive peu de temps après, devant la description des symptômes il s’est précipité au foyer de François Bourru.

Ce qu’il voit n’est pas pour le rassurer. Marguerite est déjà mourante et le docteur en connait la cause.

Alerté par ces collègues de La Rochelle et bien sur lisant la presse nationale il sait que depuis mars 1849 introduit par le port de Dunkerque se propage à une vitesse foudroyante le Choléra.

Paris compte déjà des milliers de morts, et la capitale de l’Aunis qui malgré sa tentative de cacher l’épidémie a aussi de nombreux décès à déplorer.

Redoutant le pire il s’en va prévenir son collègue Jean Baptiste Potet et de concert les deux praticiens s’en vont avertir le maire Louis Raimon.

A ce stade les praticiens pouvaient toujours espérer que la mort de Marguerite soit un cas isolé, mais cette dernière à peine froide le docteur Junin malheureusement est appelé chez une de ses voisines.

C’est la mère Jaroussin veuve Bourdin qui ne sent pas très bien, ses entrailles ont cédé et c’est un vrai fleuve, depuis elle est pantelante dans son lit refusant d’absorber quoi que ce fut, le docteur pèse la situation elle est gravissime.

Le 26 juin elle meurt en d’atroces souffrances mais est absoute de ses péchés par le père Léon Fraigneau qui est venu lui administrer l’extrême onction.

Il faut enterrer la morte au plus vite car la chaleur fait rapidement son effet et la puanteur gagnerait vite le quartier, dotant que sa fille, la Véronique elle aussi veuve et vivant avec sa mère n’est pas au mieux de sa forme.

Incapable de se lever elle fait constamment sous elle, alors entre la morte et la diarrhéique le pauvre Jean, fils et frère ne sait plus où donner de la tête.

Heureusement Napoléon Morin et sa femme vienne l’assister. Le docteur qui évidemment à d’autres patients vient de temps à autres.

Jean enterre sa mère le 28 mai à son retour du cimetière sa sœur est morte.

Mais ce que redoutaient les médecins arrive, la situation semble s’emballer, Junin et Potet multiplient les visites. Ils sont désemparés, car la plus part du temps lorsqu’ils arrivent la déshydratation est fortement installée et les patients déjà en péril de mort.

Le 3 juin ils sont au chevet d’Étienne Petit et de sa femme Magdeleine, c’est inquiétant ils tiennent la cabaret au centre du bourg, ils ont pu contaminer les trois quarts du village.

Marie Rolland âgée de 56 ans est à la dernière extrémité et déjà le curé se hâte.

Être au chevet n’est pas guérir et le patron du cabaret décède, sa femme ne le saura jamais car elle agonise dans le même lit que son mari. Respect oblige on la déménage du lit du mort avant qu’elle ne meurt à son tour. Jean Étienne n’aura qu’un double enterrement à préparer. Le bon curé qui n’est pas là que pour le spirituel s’active et aide comme il peut. La mort se concentre dans la même rue mais va surement s’étendre, Marie Rolland 56 ans décède, c’est encore une voisine au Napoléon Morin, pour un peu on aurait l’impression que c’est lui qui refile la mort à tout le monde.

LE CHANT DU PLOMB, épisode 2, les vapeurs méphitiques

Le patron, lui de la merde il en vit et croyez moi plutôt bien. Tout ce que l’on récupère, lui il en fait commerce. Certains foutent la merde lui il la vend. Je ne connais pas exactement le procédé mais le Léon il a une usine à Paris, tous les jours des charretiers emmènent des tombereaux de merde. C’est mis dans des grandes cuves et on ajoute de la chaux. Le produit finit se nomme la poudrette, j’y suis allé une fois rue du dépotoir à la petite Villette, un vrai cauchemars pour l’odorat.

Le patron tellement il gagne bien, a pu se payer une jeunette , je l’ai vue une fois, pour sur j’en ferais bien mon affaire.

Le Favin il ne fait pas que dans la merde, il est aussi équarrisseur, rien de bien ragoutant mais l’argent n’a pas d’odeur.

Moi aux abattoirs j ‘ai jamais pu y mettre les pieds, je préfère encore mes fosses,l’argent n’a certes point d’odeur mais mon brave patron est nommé fabriquant d’engrais, ce qu’il est assurément. Cela fait mieux que entrepreneur en vidange pour se faire recevoir chez les notables de Provins.

Comme pour se rappeler que lui aussi il avait commencé avec des seaux, ce soir là il avait tenu à conduire le digne convoi. Il le faisait de temps à autre, point bégueule le chef.

Vider une fosse avait un prix et croyez moi le patron du café il avait attendu le dernier moment, la cuve était pleine et les émanations étaient suffocantes. La chaleur augmentait encore la pestilence, nous y étions habitués mais cette fois mon cœur tendait à se soulever.

Il faisait nuit noire, les rues étaient désertes, nous commençâmes notre triste labeur. Nous le faisions comme je l’ai dit, toujours lorsque le citoyen dormait, pour ne pas incommoder.

La noria commença, au début facile nous puisions à plein seaux dans les matières liquides. Ce n’était pas facile l’accès était étroit, les récipients s’entrechoquaient et nous nous en mettions partout.

Le Louis qui savait tout, me dit  » le patron ne nous a pas fait désinfecter la fosse, il économise encore le sulfate de fer, nom de dieu c’est pourtant pas bien cher »

En effet il faut que je vous explique, ce que nous redoutions le plus n’était pas les odeurs mais les gaz, moins l’odeur était forte plus nous devions nous méfier. Ces vapeurs méphitiques portaient un nom compliqué ( Hydrogène sulfuré ), nous on les appelait mofette ou moufette.

Ces émanations étaient très dangereuses et souvent mortelles, le patron il avait obligation de mettre du sulfate de fer pour les combattre mais il s’en foutait et pour économiser se passait bien de cette protection obligatoire. Nous pauvres diables nous avions besoin d’argent., alors en dépit des règles et du danger on effectuait la sale besogne, si on refusait, on se faisait virer, un point c’est tout.

Au bout d’un moment nous ne sentions plus l’odeur caractéristique de l’œuf pourri, j’en fis la réflexion à Valéry. C’est parce que tu es saoul que tu sens rien me répond t’ il. Moi je sais bien ce que je dis et je commence à être un peu oppressé. Je connais bien ce phénomène cela m’est arrivé il y a quelques semaines, un poids sur la poitrine, comme une chape de plomb, je commençais même à pousser des cris involontaires et à rire bizarrement. Quand ils avaient vu cela les autres m’avaient sorti, je poussais le chant du plomb.

Nous n’en étions pas là, Valéry en professionnel aguerri me dit cela pue trop pour que cela soit dangereux. Bon alors si il le dit.

Il nous fallait descendre maintenant dans la fosse, les matières devenaient solides, nous remplissions nos tinettes et la vase était bien brassée. Je remonte et sors à la rue pour vider mon contenant, Louis se fume une pipe car le patron est parti au dépôt pour vider une première tournée.

Je m’en retourne à la fosse et je n’entends plus Valéry, je gueule, il ne répond pas. C’est alors que je le vois, écroulé inerte dans la merde. J’appelle aux secours et je commence à descendre pour aller le récupérer.

Mais témérité , folie, la tête me tourne, ma poitrine me brûle, je m’enfonce dans le néant, je coule dans les rebuts humains. C’est chaud, humide, cela un drôle de goût, pas si mauvais, je vois ma petite bergère. J’arrive à me ressaisir et je m’extirpe de la gangue merdeuse, je n’ai pas réussi à remonter Valéry il faut que j’y retourne, ma faculté de penser est un peu trouble, j’ai mal à la poitrine.

Les autres ne sont toujours pas là , que fait Louis?

Je redescends, mû par une force invisible, je patauge à la recherche de mon compagnon, je le saisis mais il est trop lourd, malgré tout sa tête n’est plus dans la vase il ne se noiera pas.

Moi maintenant je perds pied, je m’affaisse sur moi même, au loin j’entends des voix. Je crois percevoir celle de Léon Favin mon patron, à moins que cela ne soit Louis.

Puis plus rien, seulement une légère brise au dessus de moi. Serais je sorti de la fosse plombée?

C’est Léon Favin qui de retour de son dépôt avec sa voiture s’élança dans la fosse pour récupérer ses deux ouvriers. Louis Mauguet l’aida à installer les deux hommes dans la rue et dans le corridor du café.

Nous étions rue du Val et Léon savait y trouver le docteur Rondeau, il le fit appeler et ce dernier rapidement accouru porta secours aux deux infortunés

C’est un praticien expérimenté de 31 ans, il voit immédiatement l’état gravissime des deux hommes.

Curieusement c’est Valéry Degrelle qui semble se remettre le mieux, malgré que cela soit lui le premier à avoir ressenti les effets de l’hydrogène sulfuré. En tout cas même si son état est inquiétant il a repris conscience.

Le pharmacien Jules Cordier réveillé par le bruit à quitter le nid douillet de son intérieur et est venu porter aide et assistance, il se penche sur Victor allongé sur le trottoir de la rue du Val face au café de l’hôtel de ville.

L’ouvrier est inconscient, parfois il râle, mais est toujours vivant. Les soins prodigués par le docteur et le pharmacien ne suffisent pas. On hisse les deux hommes sur la charrette de Favin et on file à l’hôtel dieu aussi vite que les chevaux le permettent, il y a maintenant attroupement, des femmes en chemise, des hommes à peine habillés jacassent sans rien savoir. Louis Mauguet fait son important et relate les faits. Son action au vrai fut minime car c’est son patron qui est descendu dans la fosse pour sortir les deux hommes moribonds.

L’hôpital n’est pas très loin, les sœurs réceptionnent les accidentés et l’on réveille le docteur Raphaël.

Rapidement l’on sort Degrelle de sa torpeur, il est sauvé, il pue, les infirmières le déshabillent et le lavent.

Par contre le Victor Calu aucun soin ne le sort de sa léthargie, le lendemain matin le médecin constate le décès.

Mort à 19 ans parce que son patron faisant fi de toutes les recommandations n’avait pas fait désinfecter la fosse d’aisance du café de l’hôtel de Ville et n’avait pas fourni de ceintures pour remonter plus vite.

Cet empoisonnement par les gaz était appelé par les vidangeurs le chant du plomb, à cause de la sensation d’étouffement et d’oppression. Lorsque ceux qui en  étaient atteints poussaient des cris involontaires l’on disait qu’ils chantaient le plomb.

Léon Favin fut condamné à l’audience du tribunal correctionnel de Provins du 22 mai 1867 à une amende de 50 francs il dut payer 100 francs de dommages et intérêts à Magloire Calu le père de Victor.

Pour avoir économisé quelques francs Léon Favin a mis en danger ses ouvriers.

Le jeune Calu n’était certes pas un bon élément et les médecins sous entendirent que si il n’avait pas été ivre sa vie ne se serait pas arrêtée tragiquement dans cette fosse à merde d’un café de la ville de Provins.

Métier bien vil, mais nécessaire, les vidangeurs comme maintenant les éboueurs ne devraient susciter qu’admiration en lieu et place du mépris qu’on leur témoigne.

LE CHANT DU PLOMB, épisode 1, un bien sale métier

 

LE CHANT DU PLOMB

Je n’aime pas où j’habite, je n’aime pas comment je suis vêtu, je n’aime pas mon travail, je n’aime pas ce que je suis. Puis je être heureux dans l’environnement où j’évolue, c’est une question que je me pose souvent.

Je suis seul dans ma couche, je suis seul dans la maison, mon père est au travail, deux de mes frères également, un autre est à l’école et le petit dernier encore accroché aux jupons maternels est sans doute aux lavoirs de la rue des marais.

Moi je travaille la nuit alors le jour la maison est à moi, quand je rentre au petit matin je chasse de son lit mon frère Adolphe, alors la paillasse devient la mienne.

Allongé sur ma couche je pense à une petite bergère de la ville haute, nous nous sommes parlés un peu, je crois que je lui plais. Cette évocation provoque des choses en moi et instinctivement ma main va officier dans la joute amoureuse des célibataires et hommes sans femme.

Jouissance que je dédie à ma petite paysanne, je me réjouis de penser qu’elle puisse faire de même en pensant à moi. Nous avons tout l’avenir devant nous, mais il est bien loin encore. Nous sommes jeunes, sans argent et de toutes façons à part lui avoir sourit et lui avoir souhaité le bonjour rien ne s’était passé.

Mon père est marchand de chiffons, Magloire Calu qu’il se nomme, nous ne le voyons pas tous les jours car c’est un travailleur ambulant, il part en tournée à Provins bien sur, mais aussi dans les villages environnants, il pousse une petite charrette et troque des vieux chiffons et des peaux de lapin contre des babioles féminines. Ces tas de chiffons rebut de rebut car un paysan ne jette pas, sont ensuite revendus aux papeteries, pour les peaux de lapin que les ménagères font sécher elles échouent chez les tanneurs. Il emmène quelques fois mon petit frère Adolphe, mais préfère n’avoir personne dans ses jambes pour boire le peu que lui procure son pauvre commerce.

Ma mère, Hortense qu’elle se nomme, je l’admire, elle se tue pour nous, elle a perdu sa beauté depuis longtemps, la pauvreté ne lui ayant pas fait grâce. Elle travaille où l’on veut bien d’elle, elle prend tout, se donne plus qu’elle ne se vend mais ses quelques pièces lui permettent de nous nourrir quand les gains de chiffonnier n’arrivent pas.

Nous habitons rue du pré aux clercs, dans une mansarde en torchis et en bois toute droite sortie du moyen age. Sombre , vétuste, sale , exigue, peu chauffée, peu aérée, on y dort mais on évite d’y vivre.

Je me lève, vole sur la table un reste de quignon de pain, je suis nu car mes habits sont en tas dehors, je les attrape pour m’en draper, ils puent, ils sont crasseux et maculés. Nippé ainsi je ne suis guère ragoutant, mais à pratiquer mon sale boulot comment pourrais je l’être.

Avant de commencer ma nuit de labeur je vais boire un coup dans un petit estaminet, j’y retrouve mes compagnons d’infortune, le Louis Mauguet et le Valérie Degrele. Ils sont tous deux plus vieux que moi, Louis a 31 ans et vit rue des bains, il a trois petits à nourrir.

Valéry lui est encore plus vieux, 44 ans, je l’aime bien ce personnage. Il a un accent bizarre, la plus part du temps on comprend rien, je crois qu’il vient du nord de la France. Il a fait un peu tous les métiers, terrassier, cantonnier, employé de la gare, manouvrier, il n’en garde aucun à vrai dire, buveur, hâbleur ce n’est pas un bon élément.

En général pour se donner du cœur à l’ouvrage on boit un petit coup, chacun sa tournée, ni plus ni moins, mais bon pour une fois je bois un peu plus que mes comparses, Louis me prévient  » arrête petit c’est dangereux », je n’en n’ai rien à foutre de ses conseils, je vais effectuer un boulot avilissant alors je bois pour oublier .

Malgré la nuit qui tombe la température est encore élevée, le temps est à l’orage et au loin derrière la tour César, on aperçoit le ciel déchiré par des flèches lumineuses. Je titube un peu et je raconte pas mal de connerie, Louis me dit de la fermer pendant que nous arrivons à l’entrepôt du patron, rampe de Courloison. Cette courte marche ne m’a pas dégrisé, le Léon Favin si il me voit comme cela il va me foutre dehors. Il n’est pas très finaud et nous nous en méfions tous. Il est toujours le premier arrivé, moi je trouve cela normal, c’est lui qui gagne les sous, nous on est des traînes misères.

Bon le gros Léon il est pas stupide à mon haleine imprégnée d’eau de vie il remarque bien que je n’ai pas bu que de l’eau.  » Victor, je te garde seulement parce qu’il y a plein de boulot, encore un coup comme cela et je te fous dehors ». Je me fais petit et je vais préparer l’attelage pour les chevaux, les autres sortes la charrette , puis les canassons. Ensuite on revêt nos habits de lumière, des bottes et une grande blouse.

Le patron conduit la grande charrette où trônent d’immenses baquets en bois, nous on suit à pied, direction pour cette nuit le café de l’hôtel de ville. N’allez pas croire que l’on va boire un canon, non pas, la fosse est pleine et il nous faut la vider. Car voyez vous moi mon métier c’est de vider la merde, certes il faut bien que quelqu’un le fasse mais nom de Dieu je préférerais être à cent lieux.

A la campagne on chie et on pisse dans la nature mais en ville c’est plus difficile. On ne montre pas son cul et il commence à être mal venu de jeter son pot dans la rue. Remarquez c’est une bonne chose, les bourgeoises n’ont plus le bas des robes crottés et les chaussures vernies des beaux messieurs ne sentent plus la crotte. Je me moque, mais pour l’hygiène et les odeurs c’est quand même mieux que chacun se satisfasse dans les cabinets.

Le problème commun à tous, ce sont plutôt les fosses qui se trouvent sous ces lieux et qu’on appelle fosse d’aisance, car voyez vous comme tout contenant quand c’est plein cela déborde et il faut vider. C’est donc là que nous intervenons avec Valéry et Louis.

 

LA MORT DE COLUCHE, Épisode 3

Au village il redevint vigneron possesseur de quelques terres, une gloire locale sûrement.

Le 28 août 1816 il eut un fils qu’il nomma François Alexandre.

Toute sa vie il profita de sa notoriété et devint même sous lieutenant de la sixième compagnie du 1er bataillon de la garde Nationale de Nangis le 13 juin 1831. On le nomma aussi conseil municipal mais visiblement fâché des procédés employés renonça à cette distinction en écrivant au sous préfet cette missive

Gastins, 8 Novembre 1831

Monsieur le Sous-Préfet,

Ayant été nommé candidat composant le conseil de notre commune, j’avais accepté avec le plus grand plaisir si les élections s’étaient faites loyalement mais comme il est parcouru dans toutes les maisons de solliciteurs et monsieur le Maire luy-même et que cela n’a pas été fait dans la forme voulue, je vous prie d’accepter ma démission et de me rayer sur la liste de candidature.

Recevez, Monsieur le Sous préfet, les salutations les plus sincères de celui qui a l’honneur d’être votre serviteur

Coluche

De ses métiers on retiendra qu’il fut vigneron, ouvrier agricole, jardinier et aubergiste, mais soyons clairs entre la légende et la réalité il peut y avoir quelques divergences.

En 1825 au décès de sa mère il est propriétaire vigneron, en 1836 sur le recensement sa profession n’est pas spécifiée et son fils François est ménétrier, en 1841 aucune mention mais son fils est vigneron, en 1843 au mariage de son fils il est désigné comme propriétaire et son fils vigneron.

Ce n’est qu’en 1846 qu’apparaît la première mention d’une auberge tenue par Coluche mais contrairement à l’iconographie ce n’est pas Jean Alexandre mais son fils et sa bru Françoise Amélie Picard qui sont nommés comme aubergiste. Notre vieux grognard est désigné comme vigneron.

 

En 1851, le vieux bonhomme est dit pensionné de l’état et propriétaire, son fils est aubergiste et vigneron.

Sa femme décède le 05 février 1856 et son fils et sa bru tiennent une auberge.

En 1857 bien sur il reçoit la médaille de Saint Hélène, contrairement à la légion d’honneur elle lui est bien épinglée le 1 novembre de la même année à la préfecture de Melun.

Il est vrai en ces temps où le neveu du grand empereur règne les anciens soldats de l’empire sont à la mode. Jean Alexandre Coluche fait l’objet de bons nombres de récits dans la presse c’est une vedette et l’on se déplace pour l’entendre raconter sa fameuse histoire.

L’auberge du fils qui est nommé  » on ne passe pas  » fait le plein et bénéficie d’une large clientèle attirée par le personnage.

En 1859, il perd sa petite fille et ainsi toute possibilité de descendance .

En 1862 notre vieux carabinier à de nouveau son heure de gloire, il est convié à rendre visite à Napoléon III en son château de Fontainebleau.

On raconte que c’est muni des ses états de services et de son portrait qu’il se présente au factionnaire.

Là aussi les récits divergent, entre le vieux soldat adulateur de son empereur qui se présente spontanément au château et que l’on reçoit et la convocation par l’empereur curieux de voir un pilier de la légende qui peu à peu se construit.

Quoi qu’il en soit il est reçu une heure, ce qui n’est pas rien et l’empereur lui présente même sa famille. A cet age on ne se refuse rien et il aurait prononcé cette phrase en voyant Eugénie  » Eh bien Sir ! Je vous félicite de votre choix et de votre bon goût. « 

Puis avant de partir l’empereur lui aurait demandé si il avait besoin de quelques choses, Coluche aurait répondu  » Je n’ai plus besoin de rien maintenant que je vous ai tous vus, je suis content. Je vous prie seulement de me donner vos trois portraits « 

Il fit  bien et lui donna 600 francs, quelques temps plus tard il lui fit don d’un billard qui trôna dans l’auberge.

Âgé de maintenant quatre vingt deux ans il coulait des jours tranquilles auréolé de toute sa gloire, hélas en 1863 son fils décède.

Le journaliste sans que l’on puisse en déduire quoi que se soit sous entend un drame domestique dont ne serait pas étranger le domestique de la maison un certain Augustin Vervaet et la bru de Jean Alexandre.

Mais n’épiloguons pas quoique….

Le 19 novembre 1866 à Gastins le belge, l’étranger, le Vervaet épouse la veuve Coluche c’est un beau parti, elle a hérité de la fameuse auberge même si des parts appartienneent au vieux soldat.

La différence d’age est notable ( 19 ans ) et l’on jase beaucoup au village. Mais comme dit l’ancien ma bru est est libre de son cul. Cela ne va pas sans heurt car le Vervaet fait comprendre à tout le monde qu’il est le patron. Jean Alexandre n’a plus rien à dire et c’est tout juste si il peut s’asseoir tranquille pour boire un canon de la piquette qui vient de ses vignes.

Non de dieu c’est quand même bien ma maison j’y suis né et ce billard qui me l’a donné?

Puis en 1867 notre héros quitte la scène, un enterrement banal ou tout de même les pompiers lui rendent hommage.

De nouveau il fit la une des journaux, réapparaissant de temps à autre.

Ce fut sa belle fille remariée au grand flandrin de Vervaet qui hérita de tous ses biens en 1872 ils sont tous les deux à la tête de l’auberge ils le seront toujours en 1876.

En quelle année l’auberge fut elle vendue, mystère mais en 1881 les deux époux sont cultivateurs et apparaît un Adolphe Plisset comme marchand de vin.

En 1886 la fameuse auberge de Coluche appartient à Adolphe Plisset qui la transmettra à Emile Plisset, entre temps madame Picard veuve en premières noces du fils du carabinier Jean Alexandre est décédée à son tour.

L’héritage de la famille Coluche est aux mains de Vervaet qui pourra bientôt se dire rentier ( recensement 1891 ).

Le bonhomme se remarie rapidement c’est un beau parti, en avril 1887 il se lie avec une servante de ferme du nom de Marie Fournier cette fois c’est elle qui est plus jeune de dix ans.

Cela ne l’empêchera pas de mourir avant lui en 1904.

Notre vieux belge vécut une fin heureuse entouré des soins d’ une servante nommée Gabrielle Henriot, cette jeunette de  quarante six ans était elle sa maitresse ou bien une simple domestique?

Mais revenons à notre héros, tout appartenait à Vervaet et surement aussi la concession funéraire car en 1908 notre Belge choisit comme lieu de sépulture, la tombe de sa femme mais par la même celle de son premier mari François Coluche et du père de celui ci notre Jean Alexandre notre fameuse sentinelle.

Voila vous savez tout, non encore un détail, personne ne voulut des vieille reliques du chevalier Coluche et il s’en fut de peu que comme les ossements ils ne fussent jetés.

Heureusement un nommé Emile Ligonesch marchand de vin s’accapara le brevet de la légion d’honneur, l’épée de sous lieutenant de la garde, la médaille de Saint Hélène et son certificat.

Que sont devenus ses pieuses reliques, antiquaires, collectionneurs, descendants du marchand de vin ou simplement détruits?

En tout cas le billard serait toujours sur Gastins à l’heure ou j’écris ses lignes.

L’auberge n’est plus une auberge mais une plaque indique le passage de notre vaillant guerrier, quant à la tombe elle est toujours honorée mais contrairement à 1908 elle ne porte plus le nom de Vervaet Augustin mais celui de Coluche.

L’auberge Plisset n’existe plus mais l’établissement juste à coté existe encore sans avoir beaucoup changé.

LA MORT DE COLUCHE, Épisode 2, On ne passe pas

Comme je vous l’ai expliqué dans le premier épisode les restes de Jean Alexandre Coluche furent sauvés in-extrémiste et il s’en manqua de très peu pour que les ossements de se brave ne fussent dispersés dans une fosse commune et que nous ne puissions venir nous recueillir sur sa tombe.

Ce brave parmi les braves fut en sa jeunesse comme beaucoup d’autre happé par la conscription Napoléonienne, né le 30 mars 1780 à Gastins dans ce qui était la province de la Brie.

Comme les autres ses racines sont paysannes et son père Jean Coluche exerçait la profession de charretier. N’ayant pas souffert de l’autorité paternelle car son père est mort alors qu’il avait deux ans il a été élevé par sa mère Marie Muraton.

En 1801 ayant tiré le mauvais numéro il se retrouve carabinier au 17ème régiment d’infanterie lègère.

Il fut de toutes les grandes batailles, Austerlitz, Iena, Friedland, mais le fait qui nous intéresse et qui le fit devenir célèbre se passe lors de la campagne d’Autriche en 1809.

Nous sommes le 3 mai 1809 le soir de la triste boucherie d’Ebersberg. Jean Alexandre est de garde au palais, insigne honneur mais aussi insigne corvée. N’allez pas croire que sa faction se passe devant un superbe château car tous les endroits ou réside l’empereur sont nommés ainsi fussent ils des taudis. En l’occurrence la garde se passe devant une modeste demeure miraculeusement conservée des flammes qui ont ravagé la petite ville.

Le soldat Coluche a une consigne très ferme, on n’entre pas et on ne sort pas à moins d’être accompagné d’un officier.

Les minutes passent lentement lorsqu’une silhouette se présente, Coluche hurle un retentissant  » on ne passe pas  ». L’inconnu marque une hésitation mais poursuit son cheminement.

Jean Alexandre croise alors sa baïonnette et gueule  » si tu fais un pas, je te plante ma baïonnette dans le ventre  »

A ce bruit les généraux , les aides de camps de l’état major sortent et entraînent Coluche vers le corps de garde.

L’affaire est d’importance il a bien faillit embrocher son empereur, comprenant enfin son erreur il se targue de sa consigne. On lui fait miroiter le conseil de guerre, le peloton d ‘exécution, il se défend, il n’a fait qu’obéir aux ordres.

On le traîne devant Napoléon, que va t’ il advenir de lui. L’empereur en fin communiquant n’est pas homme a punir l’exemplarité, bien au contraire.

 »Grenadier tu peux aller mettre un ruban rouge à ta boutonnière, je te donne la croix .

 » Merci mon empereur mais il n’y a pas de boutique dans ce pays pour acheter du ruban »

 » Eh bien, prends une pièce rouge à un jupon de femme ça fera la même chose »

La légende est en route, même si le récit diffère d’un chroniqueur à un autre, même si le geste est magnifié et que les mots employés ne sont pas exactement ceux qui furent prononcés,notre Jean Alexandre Coluche devint célèbre dans toute l’armée, vous vous rendez compte il est celui qui faillit embrocher le petit caporal.

Ruban sans médaille il lui fallut continuer les combats et il sera blessé à Wagram. Remis de sa blessure il suivra son régiment dans la tragédie espagnole.

Il y restera jusqu’en 1813 et remontera pour participer à la campagne de France, il combattit près de chez lui sur des terres qu’il connaissait bien. L’épopée se termina pour lui à Arcis sur Aube où il fut blessé d’une balle dans la tête. Pour survivre on se doute que cela ne devait guère être grave mais pour lui les combats étaient bels et bien terminés.

Son empereur abdiqua, son régiment fut dissout et il est probable qu’il rentra chez lui.

Bien qu’il affirme qu’il participa à la campagne de Belgique en 1815, rien n’est moins sur car jamais il ne fournit d’information sur le régiment dans lequel il se trouvait. Ce fut peut être une hâblerie de sa part quand plus tard l’on pouvait se glorifier d’en avoir été.

Ce qui est sur c’est qu’il se maria le 25 juillet 1815 à 12 heures avec Marie Madeleine Élisabeth Moreau. Convenons que pour un militaire qui avait combattu le 18 juin à Waterloo, il avait été vraiment rapide. Mais bon puisqu’il le dit.

Il lui fallait maintenant se faire officiellement reconnaître comme chevalier de la légion d’honneur, ce ne fut guère facile en mars 1817 il dut prouver son identité dans un certificat de notoriété, car en effet le 12 mars 1814 à Soisson, l’empereur lui avait décerné le fameux sésame mais au nom de Pierre Colache. Bref il était bien chevalier mais sans le brevet original qu’il n’avait jamais reçu, et bien sur sans médaille.

Bref pour résumer, reconnu par tous comme membre de la légion d’honneur, Napoléon lui attribua le ruban le 3 mai 1809, fut fait chevalier le 12 mars 1814 et son brevet ne fut signé que le 26 octobre 1821 à Paris. A partir de quel moment il toucha sa pension nul ne le sait mais il y a fort à parier qu’il ne la toucha pas avant que ne soit régler tout ses problèmes administratifs.

LA MORT DE COLUCHE, Épisode 1, une bien étrange sépulture.

LA MORT DE COLUCHE

Il est bien loin le chemin de la gloire quand il faut payer, qu’on en juge .

Il fait un froid de gueux en ce mois de janvier 1908, un vent d’est balaye la plaine Seine et Marnaise et nos deux cantonniers sont transis de froid malgré l’effort qu’ils produisent.

Il a gelé fort cette nuit et la terre grasse du cimetière de Gastins est prise sur une belle profondeur.

Il faut pourtant œuvrer car un nouvel occupant va bientôt s’installer à demeure dans ce froid jardin .

Après plusieurs heures d’effort ponctuées de pauses vinicoles les deux fossoyeurs finissent par tomber sur plusieurs ossements. Il fallait s’y attendre, bien qu’habituellement les dépouilles charnelles en cette terre humide retournent rapidement au néant.

Ils savent pertinemment à qui appartient les premiers os, ce sont ceux de feue Françoise Picard la première femme du futur locataire. Mais il faut en convenir elle n’était pas seule car deux autres morceaux de corps se dévoilent à leurs yeux.

Pour sur il ne reste pas grand chose le temps a fait son œuvre. Les lascars s’en doivent d’aller trouver le maire pour décider de ce qu’on allait faire de cette découverte impromptue. Le trou est fait, les os blancs attendent en tas sous la pluie hivernale.

Pour le maire monsieur Garnot la situation était fort claire,  » nom de dieu l’Auguste il nous emmerdait de son vivant et maintenant qu’il est mort c’est pareil ».

La réponse donnée aux deux hommes fut partielle, le maire connaissait l’identité des personnes enterrées là bas mais par contre n’avait aucune idée de ce qu’il devait en faire.

L’ Auguste en question était un vieux bonhomme qu’on surnommait le  » belge  » car il était né il y a fort longtemps dans les Flandres orientales. Arrivé dans la commune comme domestique en 1866, il était devenu aubergiste, propriétaire et rentier. Ce n’était pas son assiduité au travail qui l’avait mené où il en était mais plutôt ses mariages.

Auguste Vervaet puisque c’est son nom n’était pas un compagnon de tout repos en témoignent ses nombreux passages au tribunal, bagarres, diffamation, coups et blessures, toujours prit de boisson en son quartier général du père Plisset endroit qu’il connaissait fort bien comme on va le voir.

Son mauvais caractère, un héritage controversé et une sombre affaire qui causa la vie à un gamin du village lui faisaient une réputation sulfureuse.

Monsieur le maire lâcha enfin le morceau, ces restes appartenaient à la seule célébrité que le village eut connue et il était probable que les autres morceaux appartiennent à son fils .

Seulement voilà, il n’y avait à sa connaissance aucune famille.

Qui allait devoir se charger des frais pour un autre cercueil, certainement pas la commune.

Il y avait bien le neveu du défunt Joseph Vervaet qui après tout avait bénéficié des largesses de notre grand homme et qui était l’héritier de l’Augustin. Il s’opposa à toute contribution de sa part.

Il fallut trouver une solution et surtout que celle ci ne vienne pas aux oreilles de la presse locale et aussi des autorités préfectorales. C’est l’un des ouvriers qui trouva la solution, une grande boite à harengs fumés en bois, on y casa l’ensemble des reliques rejetées et le tout fut de nouveau enterré dans la tombe officielle d ‘Augustin Vervaet, voila une affaire rondement menée, que d’histoires pour quelques os,

Seize mois plus tard Paul Lagardère un journaliste du  » Petit Parisien » voulut faire un article sur le célèbre Jean Baptiste et se rendit à Gastins sur sa tombe, il ne la trouva pas lui même car ce simple tertre planté d’un pieu couronné d’une planche de hêtre clair découpé en écusson ne portait que la simple épitaphe  » Warvaet Augustin décédé le 15 janvier 1908 âgé de 73 ans  ». Il fallut bien lui conter l’histoire et c’est sous son ‘impulsion journalistique que la société archéologique de Seine et Marne donna 20 francs pour faire améliorer l’humble demeure d’un si grand homme.

Maintenant je crois que je vous ai fait assez languir, notre célébrité locale se nommait Jean Alexandre Coluche, les passionnés d’histoire connaissent sa saga les autres peut être pas.

Dans un autre épisode je vous narrerai donc la vie de ce simple soldat qui par la seule volonté de son caractère permet que je parle de lui encore aujourd’hui.

petit parisien 24 mai 1909

A bientôt pour la suite

MARIAGES ENTRE COUSINS

Autrefois trouver chaussure à son pieds n’était pas une chose particulièrement facile, de multiples contraintes faisaient face au prétendant au bonheur.

Comme nos ancêtres se déplaçaient à pieds leur rayon de recherche se réduisait à quelques kilomètres et les unions se passaient dans un cercle disons d’une douzaine de kilomètres, ce qui on en conviendra est déjà une belle distance pour se rencontrer à l’aide de ses jambes et de ses sabots.

Une autre contrainte était celle de l’age, pour pouvoir se marier il fallait un petit pécule et si la famille ne le fournissait pas il fallait se le constituer, cela retardait souvent les unions et il est donc fréquent d’avoir des mariés qui dépassent allègrement les 25 ans. C’était par ailleurs une façon de réguler les naissances.

Donc pour résumer, il fallait trouver une femme dont l’age correspondait dans une zone géographique bien définie. Malheureusement ce n’était pas tout, dans une société paysanne et pour le moins rurale, les structures sociales étaient bien définies et le mariage était avant tout un contrat social entre deux familles. En bref un riche n’épousait pas une pauvre, un laboureur se mariait avec une fille de laboureur et un journalier se liait souvent avec une journalière. Cette endogamie professionnelle pesait très fort dans le choix d’une épouse, préservation des terres lors des partages, main d’œuvre pour la mise en valeur de l’exploitation familiale.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le mot endogamie, c’est l’obligation pour un individu de choisir son conjoint dans un groupe bien déterminé, même race, même région, même métier, même classe sociale etc.

Donc avec cette restriction supplémentaire, vous imaginez que le choix se réduisait encore.

Les familles qui peuplaient nos campagnes avaient parfois l’obligation de marier leurs enfants à des membres de leurs propres familles. Cela tenait souvent lieu de la nécessité.

Les mariages familiaux étaient le plus souvent le fait de cousins, il fallait de toutes manières obtenir une dispense de consanguinité auprès du curé de la paroisse qui transmettait la demande à Monseigneur l’Evêque. Je ne parle ici que des cas les plus courants et non de mariage princier ou les liens familiaux étaient encore plus resserrés.

La révolution française simplifia et autorisa le mariage entre cousins.

En l’occurrence nous avons tous des mariages entre cousins dans nos arbres.

J’ai choisi pour illustrer le propos un double mariage charentais, ce qui est assez marrant et ce qui m’a attiré est le fait que les quatre mariés portent exactement le même noms

Nous sommes le mercredi 10 novembre 1813 dans la petite localité charentaise de Vars, situé au nord d’Angoulême, la commune est un gros bourg rural de presque 2000 habitants.

Deux familles en ce jour s’apprêtent à marier leursenfants, mais s’agit ‘il bien de deux familles ou d’une seule ?

Jean Marchive cultivateur au hameau de Brars et son frère François cultivateur également au même endroit vont s’unir respectivement à Jeanne Marchive et à Anne Marchive. Ils n’ont pas eu à courir bien loin pour convoler les deux sœurs résidant dans le même hameau.

Ces quatre mineurs au regard de la loi se connaissent depuis toujours.

Dans ce coin reculé de Vars la population est souvent apparentée et les Marchive y sont légion.

Jean et François vivent et travaillent en famille avec leur père Jean Marchive et leur mère Jeanne Malet.

Jeanne et Anne vivent et travaillent également en famille avec leur père Jean Marchive et leur mère Louise Salée.

Pour faire simple Jean Marchive va unir ses enfants à ceux de Jean Marchive, ces derniers ont la même profession, habitent la même commune dans le même hameau.

Ils se connaissent également depuis très longtemps.

Jean Marchive le père de Jean et François est le fils de Jean Marchive et de Jeanne Quantin.

Vous me suivez !

Jean Marchive le père de Jeanne et d’Anne est le fils de Jean Marchive et d’Anne Grézillon.

Comme vous l’aurez sans doute deviné ou pas , Jean Marchive et Jean Marchive sont de la même commune, ont la même profession et demeurent dans le même hameau.

Bien j’arrête le suspense, Jean et Jean sont les fils de Jean Marchive et de Suzanne Allard.

Je vais m’arrêter la.

Faisons le calcul, nos quatre tourtereaux du mois de novembre 1813, sont bien de la même famille.

Leur lien commun est leur arrière grand père Jean Marchive.

Nous sommes bien en présence d’une endogamie familiale , mariage dans une même famille )

Nous retrouvons l’endogamie professionnelle car tous sont des cultivateurs.

Pour finir la démonstration nous sommes également en présence d’une endogamie régionale car tous du même hameau.

Avant la révolution une dispense de consanguinité eut été nécessaire pour ces cousins issus de germain.

J’ignore si les enfants de ses cousins germains eurent à souffrir des méfaits de la consanguinité mais une nombreuse descendance leurs est venue.

D’autre part de nombreux Marchive demeurent toujours à Vars.

Jean Marchive le marié mourut en 1825 entouré de son frère François et de son père Jean.

François Marchise le second marié est mort nettement plus tard en 1871 au hameau de Brars qu’il n’a jamais quitté.

Jeanne Marchive la première mariée est morte en 1829 au hameau de Brars après s’être remariée avec un cultivateur du même hameau que son premier mari.

Anne Marchive la deuxième mariée eut une existence bien brève car elle mourut un mois après son mariage à l’age de 16 ans.

Mon exemple est un exemple comme un autre mais il est tout de même assez rare de cumuler les mêmes noms et les mêmes critères d’endogamie.

 

Jean Marchive et François Marchive ——————Jeanne Marchive et Anne Marchive

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I                                                                                     I

Jean Marchive et anne Malet —————————Jean Marchive et Louise Salée

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Jean Marchive et Jeanne Quantin———————Jean Marchive et Anne Grezillon

I                                                                             I

Jean Marchive et Suzanne Allard