LA PETITE PAYSANNE ET LE MINOTAURE

 

 

Saint Georges sur Erve, année 1800

Lorsque Anne Valée se retrouva dans la ferme du père Pilon, elle eut l’étrange impression  qu’il allait se passer des choses qui lui seraient préjudiciables.

Sa vie de petite paysanne avait commencé comme celle de l’immense majorité des petites filles de bordagers. Une petite enfance assez libre dans les jupons de sa mère puis le début des tâches agricoles inhérentes aux gamines puis aux femmes.

Elle était heureuse entre ses parents et son frère François, puis vint le malheur, sa mère décéda et elle se retrouva seule avec son frère et son père.

Comme il était naturel à l’époque Michel Valée son père convola de nouveau et épousa Anne Duteil en 1784, la pauvrette n’avait que 5 ans et s’apprêtait à transférer son amour maternel sur sa marâtre. Michel plein d’un fougue nouvelle honorait sa compagne avec ardeur. Il en résulta chez Anne une rondeur annonciatrice. La petite sœur naquit en 1786 et un changement notable s’opéra dans le foyer . Anne qui jusqu’à là avait cohabité avec sa petite belle fille se mit à la traiter comme une domestique.

Le labeur était rude et les taloches nombreuses, Michel qui s’échinait au travail ne voyait rien ou par tranquillité domestique faisait mine de ne rien voir.

Au foyer Pilon les grossesses se succédaient et bientôt quatre enfants gambadèrent dans la borderie.

Les petits frères et sœurs d’Anne calquèrent leur comportement sur celui de leur mère et prirent la jeune fille comme une servante.

Les années passèrent, Anne devenait une belle jeune fille aux formes avantageuses. A la borderie les difficultés s’accumulaient et Michel avait du mal à joindre les deux bouts, il fut donc décidé que les deux aînés du premier mariage seraient placés comme domestique de ferme.

La décision n’avait rien d’exceptionnelle en soit, bon nombre de jeunes allaient travailler dans les fermes autour de chez eux.

C’est comme cela que du village de Vimarcé, Anne se retrouva chez Michel Pilon à Saint Georges sur erve.

Elle partit sans se retourner avec son baluchon de méchantes hardes, dans son nouveau domicile où elle trouverait bien un valet qui la marierait et ensemble ils prendraient à leur tour une borderie

Ainsi va la vie pensait elle.

Elle fut à vrai dire bien accueillie, Michel Pilon vivait avec son épouse Renée Derouard. Ils avaient eu de nombreux enfants qui tous étaient mariés et vivaient au village.

Le travail ne s’avéra guère plus dur que celui qu’elle effectuait chez son père, certes le gîte laissait à désirer, sa paillasse se trouvant dans une pièce sombre et humide un peu à l’écart du couple Pichon.

Elle se lia d’amitié avec le valet de ferme qui lui n’avait pas les honneurs de la maison mais dormait dans la grange. Elle fut courtisée et était heureuse de provoquer son jeune amoureux.

Quelques baisers furent échangés, mais Anne resta ferme, rien ne se passerait avant un quelconque mariage.

Loin de la surveillance tracassière de sa belle mère, elle attendait donc que son soupirant cumule assez de gages pour pouvoir s’établir en ménage.

Mais le malheur s’abattit sur la maison et Renée Derouard la maîtresse de maison tomba malade.

Anne se retrouva garde malade en plus de ses occupations ménagères et animalières, la charge de travail fut importante, mais le problème ne vînt pas de cette surcharge d’activités.

Michel Pilon en dépit de sa soixantaine bien sonnée avait gardé un tempérament fougueux et honorait sa femme fort régulièrement au dépit de cette dernière qui s’en serait bien passée estimant qu’elle avait donné sa part aux assauts pas toujours très doux de son mari.

Or donc comme Renée ne pouvait remplir ses devoir conjugaux, Michel se mit à lorgner en direction des courbes de sa jeune servante.

Anne se rendit compte du changement, le vieux maître avait toujours les yeux où il fallait, Anne se sentait déshabillée du regard et les yeux concupiscents du patron la pénétraient.

Michel n’avait pas franchi le pas lorsque l’état de sa femme empira. Quelques mains baladeuses, des frottements fugaces et de grasses allusions avaient inquiété Anne mais rien qui ne puisse émouvoir des intervenants extérieurs.

La maîtresse mourut le 23 avril 1800 à l’age de 65 ans. Après la mise en terre chacun retourna à ses activités. Anne fut quelques temps tranquille, mais elle savait que Michel ne la laisserait point en paix. Un jour à l’étable il l’a prit par derrière et tenta de lui relever ses cotillons, elle se débattit avec vigueur et il lâcha prise. Un autre jour ou prit de boisson il tenta de la prendre de force dans son lit, heureusement ivre elle put s’en délivrer.

Elle n’osait toujours pas en parler à quelqu’un, Michel Pilon était un homme de biens, respecté par la communauté villageoise. Une servante dans cette société machiste devait servir et bon nombre de maîtres ou leurs garçons se procuraient plaisir à bon compte. La parole féminine n’avait guère d’importance et le corps des femelles, des diableries tentatrices.

Notre bordager était maintenant bien décidé à posséder le jeune corps de sa servante et se mit en tête qu’à défaut d’un viol sauvage, il en commettrait un de légal.

Il s’en alla donc trouver Michel Valée pour le persuader de lui donner sa fille en mariage. Les négociations furent longues et difficiles, 41 ans séparaient Michel de la petite Anne.

Quelques pièces sonnantes et trébuchantes firent tomber les armes du père Valée et Michel sema le trouble en lui déclarant que sa fille n’était guère sage, qu’elle le provoquait et que de toute façon le valet de ferme finirait bien par la remplir.

Maintenant que l’accord entre les deux hommes avait été passé il fallait persuader la communauté villageoise et Monsieur le curé. On opta pour expliquer qu’il y avait eu liaison charnelle et qu’il fallait régulariser.

Tout de même l’opinion grinça un peu et Michel Piton se vit un instant en chemise de nuit tenant la queue de l’âne entouré d’une foule lui faisant charivari.

Du consentement d’Anne on se passa, elle pleura, hurla, arrêta de manger, rien n’y fit. Elle serait livrée au minotaure.

Le 29 juin 1802 par devant Louis Gautier, maire et officier d’état civil de la commune de Saint Georges sur Erve, Michel Piton 65 ans épousa Anne Valée 24 ans. En présence de Michel Valée, 60 ans père de la marié ( donc plus jeune que son gendre ) et de Anne Dutail âgée de 40 ans, belle mère de la mariée.

Une fête eut lieu en présence du clan Pilon et chacun s’enivrant , baffrant et dansant passant une bonne journée.

Évidement les enfants de Michel Pilon n’appréciaient guère l’arrivée inopportune d’un ventre éventuel et s’inquiétaient d’avoir un frère ou une sœur qui aurait eu 40 ans de différence avec eux et qui amoindrirait le maigre héritage.

Anne resta de marbre toute la journée et murmura un faible oui à la mairie. Sa belle mère au cours de la journée la prit à l’écart et lui expliqua en peu de mots ce qui allait lui arriver derrière les rideaux du lit clos.

Après les festivités la nuit de noces arriva, Michel passablement prit de boisson avait hâte de consommer sa proie.

Anne passive attendait assise sur le lit. Michel énervé lui intima de se déshabiller. Elle n’avait jamais montré sa nudité à un homme et honteuse enleva sa robe. Michel plus à l’aise, montrait gaillardement sa virilité. L’assaut ne se fit guère attendre, point de baisers, point de caresses, d’une main ferme Michel s’ouvrit le passage et pénétra la pauvre enfant. La douleur fit des larmes à la petite, quelques allez et venues et l’affaire fut faite. Michel sans un mot se tourna et s’endormit d’un sommeil d’ivrogne.

Anne souillée de son sang de vierge et de la semence de son légal tortionnaire ne savait que faire, elle se leva en titubant, sortit en chemise de la maison et fit toilette sommaire avec un fond d’eau.

Elle se recoucha, Michel ronflait, elle ne trouva le sommeil que tôt le matin et constata avec bonheur en se réveillant que son mari était déjà levé.

Malheureuse, les jours s’écoulèrent lentement pour Anne, la vigueur de Michel ne diminuait guère, Anne sans envie demeurait passive, le vieux ne s’en inquiétait guère et la prenait comme un hussard prend une fille de joie.

Anne terrorisée de se trouver grosse n’espérait sa délivrance que dans la mort de Michel.

Hélas l’ordre ne fut pas respecté et la petite Anne mourut la première à l’age prématuré de 25 ans le 27 février 1804.

Quand au vigoureux Michel Pilon il s’éteignit le 16 mars 1816, vénérable vieillard de 79 ans dans sa maison de Saint Georges sur l’Erve.

Note : Michel Pilon 1736-1816, naissance et mort à Saint Georges sur l’Erve.

Anne Valée 1779- 1804, née à Vimarcé et morte à Saint Georges sur l’Erve

Renée Derouard première épouse de Michel, née en 1735, décédée en 1800 à Saint Georges sur l’Erve.

Michel Valée père d’Anne,né à Saint Georges sur l’Erve en 1742 et décédé en 1804 à Saint Georges sur l’Erve ( 2 mois après sa fille ).

LA MORT DE LA PETITE PAYSANNE, ( Le fléau de la variole )

 

 

Il est 5 heures du matin en ce samedi 8 mai 1779,  Anne s’éveille pour effectuer la première traite, elle secoue sa sœur Françoise. Cette dernière pourtant prompte à se lever d’habitude traîne à ouvrir les yeux. Elle a mal dormi . Agitée, fiévreuse elle a fait un cauchemars qui l’a amené dans un puits sans fond. Lorsque sa sœur la réveille elle émerge d’ une eau glaciale dans un ciel noir sans étoile. Elle  ouvre les yeux difficilement, sa chemise est trempée, sa sœur la blague en lui disant qu’elle a pensé à un coquin. Françoise n’a pas le cœur à rire mais fini malgré tout par se lever.

Dans la cour le froid est encore vif et elle frissonne, comme chaque matin les deux sœurs s’accroupissent dans un coin reculé, elles rigolent toutes deux de leur posture, le chaud liquide forme mare et nuage de vapeur, elles  se pressent pour ne pas être surprises par le domestique de ferme qui se lève aussi à cette heure.

Dans l’étable, chacune s’assoit au cul d’une vache et commence la traite . Françoise se plaint d’avoir des courbatures, elle a maintenant très chaud malgré la froidure. La sueur colle son foulard et un filet de sueur lui dégouline entre les seins. Ses mains sont moites, elle est maladroite et la bête d’un beuglement, s’en plaint.

Toute la journée elle va se traîner, elle a chaud et pourtant elle frissonne, un mal de tête lancinant lui fait naitre la nausée. Pourtant le labeur ne manque pas, Anne l’ houspille sans arrêt et sa tante la bouscule pour qu’elle se réveille un peu.

Les tâches pour une femme sont assez multiples dans une ferme, Anne et Françoise en bonnes paysannes sont donc très occupées dans cette exploitation du hameau de la Merlandière. Jean Foucault en est le métayer.

Françoise et Anne sont orphelines depuis longtemps et oncle Jean est un peu comme leur père. Âgées respectivement de 8 et 6 ans quand elles arrivent à la Merlandière sur la commune de Saint Martin de Connée, le frère de leur mère les recueille  et les élève comme ses filles.

Au repas de midi, l’état de Françoise ne s’améliore pas et elle ne touche guère à sa pitance, elle  se lève même de table précipitamment  pour aller vomir dans la cour.

Son oncle s’inquiète et d’un ton bourru demande à Anne.

  • j’espère qu’elle ne s’est pas fait remplir.
  • Non mon oncle elle vient d’avoir ses menstrues.
  • Je crois qu’elle a pris froid, cela va aller mieux.

En fin de journée Françoise est exténuée et demande à gagner son lit sans souper.

La fratrie s’inquiète un peu pour la gamine et Françoise Foucault sa tante qui vit aussi à la Merlandière avec son mari André Guerin se rend à son chevet.

  • quoi que tu as ma belle?
  • Rien ma tante, du froid de la chaleur, mal dans le dos et les bras.
  • T’es sur tu veux rien manger
  • Non non je va dormir.

Lorsque sa sœur se love à ses cotés elle est brûlante.

Le lendemain c’est le jour du seigneur, mais il faut quand même faire la traite et nourrir les bêtes, le repos vient après.

Françoise est debout avant sa sœur qui étonnée la moque pour sa flemme de la veille.

  • Tu vas mieux on dirait
  • Oui ç’a va

Mais à la lumière des premiers rayons de soleil , Anne regarde pétrifiée sa sœur, elle est couverte de boutons.

L’inquiétude grandit, mais il faut poursuivre la journée

Après le travail à l’étable il faut se préparer à la messe et revêtir ses plus beaux atours. Les femmes se retrouvent à la maison, de l’eau chauffe dans l’âtre pour la toilette. Évidemment Françoise est éplumichée sous toutes les coutures car ses boutons inquiètent un peu.

Le visage en est couvert, ainsi que les mains et les pieds, la tante avec rudesse la fait mettre toute nue, il faut bien se rendre à l’évidence même en ses endroits les plus intimes elle en est couverte.

La suspicion s’installe mais chacun continue ses occupations dominicales.

A la messe, au vrai on la regarde un peu de travers et les places sur le banc s’éclaircissent à coté de l’infortunée boutonneuse.

 

  • Qu’est qu’elle a  la fille Le Vacher?
  • Le fils au Jean Ragot avant de passer a eu des boutons comme cela.
  • Tu crois?
  • Eh puis la petite Françoise Hubert du hameau de la Chaussée.
  • Penses tu,  eux ils étaient couverts de pustules.
  • Ouai mais y sont crevés tous deux.

Françoise est contente car malgré de fortes démangeaisons elle va un peu mieux et accepte avec sa sœur d’être raccompagnée par des gars du village. En vérité c’est plutôt Anne que l’on raccompagne et cette dernière se laisse même peloter un peu. Lorsqu’elles arrivent à la ferme Anne est  toute émoustillée  et Françoise un peu jalouse de ne pas avoir été approchée.

Il faut bien dire qu’elle n’est guère joliette avec ses boutons.

Le soir arrive et la maisonnée se couche, Anne et Françoise se serrent l’une contre l’autre comme elles en ont l’habitude depuis qu’elles sont petites.

Elles discutent en chuchotant et rient encore de bon cœur lorsqu’ils entendent les soupirs de tante Françoise et oncle André dans le lit clos de serge verte.

Malgré une forte démangeaison, la journée a été globalement bonne, pas de fièvre , ni de nausée.

Le lendemain au lever c’est la catastrophe,  le visage de Françoise s’est couvert de pustules d’une couleur rouge pâle. En moins de deux, la ferme puis le hameau est au courant.

Cette fois ce ne sont plus de simples boutons, la panique gagne la ferme, car tous connaissent les conséquences de ces irruptions.

Depuis le début de l’année de nombreux enfants ont été emportés.

Jean Foucault prend la situation en main et envoie quérir la matrone qui saura bien faire quelques choses. Comme chacun se doute qu’il y a danger à traîner dans les parages , personne ne se presse au chevet de Françoise. Il y a déjà eu de nombreux morts dans la régions et tous avaient eu des pustules comme celles de Françoise.

On décide de l’isoler  dans sa chambre et seule Anne pourra l’approcher. Quand la matrone arrive les pustules se sont multipliées surtout aux extrémités des membres. Le diagnostique est vite posé c’est la petite vérole.

  • Alors la mère c’est quoi ?
  • Ben c’est la vérole .
  • Et puis
  • Soit elle guérit, soit elle crève.
  • Y a rien à faire.
  • Si? il faut l’isoler si vous voulez pas tous y passer.

Le soir la situation s’aggrave, les pustules couvrent l’ensemble du corps et se remplissent de pus. La fièvre est revenue, la pauvrette ne tient plus debout et se couche pour ne plus se relever.

La nuit est dantesque, Françoise vomit et salit sa chemise, Anne la déshabille avec précaution, la douleur est vive, son corps n’est plus qu’une plaie vive, des pustules éclatent et souillent sa jeune peau.

Une chemise propre, elle s’apaise quelques heures.

Les heures défilent, Françoise se gratte, une odeur nauséeuse se dégage d’elle, la fièvre qui augmente toujours la fait délirer.

Le délire s’accompagne de râles, elle respire difficilement. Ces yeux embués cherchent du réconfort, elle serre très fort la main de sa grande sœur.

Au matin Anne s’est assoupie, Françoise a chier sous elle, l’odeur est à vomir, il faut pourtant la changer. Elle va chercher de l’aide, mais ses tantes refusent. Alors Anne se débrouille, lave sa sœur avec un peu d’eau. L’odeur de merde mélangé à celle du pus fait soulever le cœur d’Anne, des larmes lui viennent . Elle réussit à lui  changer sa chemise,  mais ôter les draps est une épreuve autrement redoutable  et après bien des efforts elle arrive à enlever les draps souillés et à en remettre des propres.

Françoise a de plus en plus de fièvre et n’est plus consciente, elle a des hallucinations, appelle sa mère, puis son père. La toux fait son apparition et sa respiration est saccadée.

Le lit semble bouger, des mains viennent la prendre, elle hurle s’arrache des lambeaux de peau, le pus et le sang s’écoule, la douleur dans les poumons est intolérable, Françoise ne crie plus mais râle. Le corps de la jeune femme se défend, la fièvre lui amène de terribles visions. Puis une étrange rémission arrive, Françoise s’apaise un peu, son visage n’est qu’une plaie mais elle sourit à sa sœur. Les sons ne sortent plus de cette poitrine exsangue, les yeux sont maintenant clos elle s’endort.

Anne est épuisée et tente de garder les yeux ouverts pour veiller sa petite sœur, mais rien y fait elle finit par tomber dans les bras de Morphée.

Lorsqu’elle se réveille en sursaut Françoise la regarde, un sourire se dessine sur ses lèvres, ses yeux bleus reflètent la lueur de la chandelle, apaisée , tranquille, heureuse dans les plis des draps froissés.

Elle est morte, petite fille , au corps de femme qui n’a point connu l’amour, elle a 18 ans et n’est plus.

Anne hurle, tous comprennent  et se précipitent. On arrache l’éperdue de la dépouille éminemment contagieuse. Elle crie, se débat et va hurler son malheur dans l’étable.

Le curé est prévenu, il faut faire vite. Françoise se décompose rapidement, la matrone refuse les soins mortuaires et Anne se dévoue encore pour apporter un peu de décence à sa petite sœur.

Dans un suaire de drap blanc Françoise est enveloppée.

Le convoi brinquebale jusqu’au cimetière, on salue de loin, la crainte de la contagion est plus forte que la charité chrétienne. Quelques voisins accompagnent la pauvre enfant. Les oncles et tantes qui ne l’ont pas assistée  pendant son agonie sont présents.

Le fossoyeur a creusé une fosse à la hâte, on y jette la dépouille mortelle, les prières sont dites, l’âme pure de Françoise Levacher monte au ciel.

Anne est folle de douleur.

Quelques pelletées de terre font disparaitre à jamais la forme blanche qui git au fond du trou, tous s’éloignent, adieu.

A la Merlandière on prend quelques précautions, les vêtement de Françoise sont brûlés, sa couche aussi. Anne est mise en quarantaine, puis reprendra le cours de sa vie.

Elle réchappera à la redoutable faux se mariera et ferra souche. Mais jamais elle n’oubliera sa petite sœur, ni d’ailleurs le rejet que lui ont témoigné ses proches lors de la courte agonie de la gamine

L’épidémie continuera sa course et de nombreux enfants mourront dans la contrée.

Le nommé Edouard Jenner inventera la vaccination contre la variole et peu à peu le fléau reculera mais il faudra attendre 1977 pour que la variole soit éradiquée au niveau mondial

La variole ou petite vérole est une maladie infectieuse d’origine virale, très contagieuse et épidémique, due à un poxvirus. Le mot variole vient du latin varus, i (qui signifie « pustule ») et de varius, a, um (qui signifie « moucheté »).

Françoise Le vacher est née le  21 avril 1761 à Saint Pierre sur Orthe de François et d’Anne Foucault.

La merlandière est un hameau du village de Saint Martin de Connée dans la Mayenne.

Le curé qui se nomme De Souvré a eu la bonne idée de noter la cause des décès dans le registre paroissial.

 

LA MORTE DU GUIGNIER

Registre paroissial de Vimarcé département de la Mayenne

En ce vendredi 29 juin de l’an de grâce 1781 sous le règne du bon roi Louis XVI à Vimarcé il faisait déjà une chaleur épouvantable et ce malgré l’heure matinale.

Il était donc entre sept heures et huit heures du matin préparant ma journée quand j’ai entendu s’ouvrir à grand fracas la porte de mon église Saint Jean Baptiste. Me retournant je vis le petit Pierre Chauveau, domestique à la métairie du Coudray.

  • Mon père vite ,une femme est mourante à la Coudray, elle est tombée d’un arbre.
  • Tu es sur qu’elle est encore en vie.
  • J’sais pas mon père.
  • Bon d’accord j’y vais aide moi.

Avec l’aide de Pierre je revêtis mon étole, le surplis et je me munis des saintes huiles. Heureusement la métairie n’était qu’à quelques encablures. Je me mis à courir en essayant de ne pas me prendre dans ma robe mais malheureusement  sur place   je me rendis compte que la mourante était passée.

Elle se trouvait assise près d’une chaise à proximité d’un guignier et avec certitude je ne put que constater le décès.

Je reconnus de suite Anne Couesnon la femme au René Hullot le tisserand du hameau de La Motte en cette paroisse.

Un attroupement s’était formé,  les sœurs Touchard, Marie et Scholastique , 20 et 15 ans et qui demeuraient au village de Dorigny commune de Saint Pierre La Cour chez leur mère racontaient à tous que la femme Couesnon était tombée du guignier. Elles précisèrent même que cette dernière était tombée sur l’estomac. La suite de leur récit m’apprit qu’avec l’aide de Pierre Chauveau qui travaillait dans le champs voisin elles portèrent secours à la malheureuse et que l’ayant assise avec les deux sœurs, Pierre s’en alla prévenir François Turneau son maître et laboureur de la terre du Coudray.

François constata comme moi que la dite Anne était fort mal en point mais m’envoya tout de même quérir.

On décida bientôt de porter le corps à l’église où il resterai  jusqu’au lendemain. Non de non pourquoi ai je accepté qu’elle soit transportée à l’église et non chez elle, certes la maison de Dieu était plus près. Après bien des palabres, j’ordonnais aux hommes présents d’installer la défunte sur une charrette de la ferme du Coudray.

– Mon père il faut se hâter, elle a le cou tout raide.

Effectivement à force de parler la rigidité cadavérique s’installait doucement dans le corps sans vie.

Dans mon église je l’installais dans une chapelle et je la fis veiller. J’envoyais prévenir le mari, mais mon messager revint pour me dire que ce dernier serait absent plusieurs jours.

 

Le lendemain,  samedi 30 juin, lorsque je pénétrais  dans le saint édifice  force était de constater qu’Anne commençait à sentir mauvais et qu’il ne faudrait pas traîner pour la porter en terre. En l’absence de toute famille je devais réunir une sorte de conseil pour prendre la décision de la porter en terre.

Cette réunion composée de François Turneau, Pierre Chauveau, le père Julien un bordager de la commune, Jacques Gautier, garçon domestique et Jacques Richelieu me requit pour inhumer la morte en le cimetière de la commune et ce le plus rapidement possible.

Un fossoyeur creusa un trou en toute hâte et il fallut trouver un drap pour former un linceul, le mari rembourserait plus tard.

La chaleur était suffocante et la putréfaction s’annonçait rapide. Je n’avais jamais vu une telle rapidité dans le pourrissement des chairs.

Pas le temps de construire une bière, je la fis porter au cimetière recouverte de son voile, brinquebalée par une haquenée rétive. Un petit cortège me suivait et la mise en terre fut décente.

En présence du sieur Pierre Barré, de Jean Minnier maréchal de ce bourg, des sœurs Touchard et des requérants je portais en terre le corps de l’infortunée cueilleuse de cerises.

Ainsi va la vie, le mari en rentrant de son voyage ne trouva point sa femme chez lui mais sise sous un petit monticule de terre point encore tassé.

Ce petit fait divers raconte le quotidien d’une paroisse et nous en montre les acteurs,un curé, un laboureur ayant un domestique, deux jeunes filles, un bordager, un sieur et un maréchal, tous paroissiens d’endroits différents.

On remarque l’empressement à se débarrasser du corps, à peine 24 heures après le décès. Le curé signalant déjà les mauvaises odeurs dues à la putréfaction ce qui n’est pas banal dans un acte de décès . Pourquoi un tel empressement et pourquoi le mentionner alors que la plupart du temps les corps sont enterrés le jour même ou au pire le lendemain ? Signalons aussi l’absence du mari et de toute famille et la formation d’une sorte de conseil qui demande expressément au curé de pratiquer l’inhumation.

 

LE RÔLE D’ÉQUIPAGE DE LA  »BRETONNE  » OU LES NOUVEAUX CONVERTIS DE LA ROCHELLE

Le havre de La Rochelle

 

A l’abri dans le havre, les marin de la  » Bretonne  » s’affairaient au départ. Le travail était rude car le chargement de la cargaison était important, principalement de l’eau de vie de xaintonge mais aussi du sel . Ce dernier acheté au havre de Brouage avait été déchargé depuis la anse de chef de baie par des petites barques qui pénétraient plus aisément dans le vieux port de La Rochelle . La tendance naturelle à l’envasement avait été accentuée par la construction de la digue Richelieu et sa destruction imparfaite.

La  » Bretonne  » navire de taille moyenne attendrait une bonne marée pour s’extraire du chenal.

Si les matelot trimaient et suaient sang et eau le capitaine Abel Ruelle gueulait à pleins poumons pour faire accélérer ses hommes.

Malgré ses 28 ans, le jeune capitaine était fort expérimenté et très respecté dans le monde fermé des marins. Ayant commencé comme pilote dans les eaux pernicieuses des pertuis, il avait acquis un savoir qui lui permettait maintenant d’obtenir des commandements pour des voyages à travers l’Atlantique.

Abel vivait dans la paroisse Saint Sauveur avec sa femme Magdeleine Deloze, ce quartier tourné vers la mer abritait de nombreux marins .

Le capitaine attendait son second pour pouvoir aller rejoindre son épouse avant le grand départ. On ne pouvait laisser les matelots sans surveillance.

Justement Samuel Miot, 32 ans pilote et second du navire sortait de chez lui. Il n’avait guère de chemin à faire car le quartier Saint Jean du Perrot n’était qu’à une encablure du quai.

Ils se passèrent les consignes, Abel avait confiance en cet homme qui outre son professionnalisme sans faille était aussi son beau frère.

Capable aussi de diriger les manœuvres, Nicolas Texier contremaître, un vieux loup de mer de 56 ans originaire de La Tremblade, les cheveux noirs, le teint halé, le visage raviné par de nombreuses rides, il ressemblait à un pirate Maure . Chacun se méfiait dans les tavernes de sa poigne vigoureuse.

Devisant avec Jean Chevalier ils arrivaient de concert pour s’embarquer.

Jean était tonnelier, profession éminemment stratégique à bord où tout ce qui était périssable se transportait dans des tonneaux, il avait lui aussi de nombreuses années de navigation et ses 55 ans ne lui pesaient encore pas trop.

Lui aussi était de la paroisse Saint Jean du Perrot sa femme Anne Christoleau s’occupait de leur nombreuse progéniture . Très proche de la famille Ruelle, le frère du capitaine avait même été le parrain de sa fille Anne .

Samuel Bineau nouveau converti de la paroisse de Ruffec âgé de 20 ans et André Chevalier également fraîchement converti de La Tremblade et âgé de 37 ans chargeaient des barriques sur le navire.

Jean Depat matelot de 22 ans également nouveau converti était de la paroisse d’Esnandes de taille moyenne, il était en train de vérifier une voile.

Outre le fait qu’ils étaient tous les six habitués à naviguer ensemble, un point commun les rassemblait, ils avaient les mêmes convictions religieuses.

Leurs croyances étaient jusqu’à très peu de temps celle des protestants, mais sous la pression du roi soleil et de ses sbires ils avaient abjuré et étaient devenus des nouveaux convertis.

Bien évidement leur foi était toujours la même mais ne pouvant fuir comme beaucoup ils avaient longtemps fait face et résisté aux persécutions multiples et variées.

Mais quand l’édit de Fontainebleau de 1685 avait annulé le fameux édit de Nantes il fut très difficile même en se cachant de résister à l’oppression.

Abel et les siens résistèrent courageusement mais vint le temps des dragonnades et tous abjurèrent pour que l’odieuse occupation de la soldatesque cesse enfin.

Les nouveaux catholiques se coulèrent dans le moule de la religion catholique apostolique et romaine poussant même le manichéisme à venir écouter les prêches du grand Fénelon. Ceci fait ils s’abstenaient de l’eucharistie et de toutes communions .

A bord entre soi il était en théorie plus facile de lire les psaumes mais le problème était de composer un équipage entièrement dévoué au calvinisme.

Malheureusement en ce mois de février 1687 ce n’était pas le cas car les autres membres de l’équipage étaient tous de foutus papistes.

Nicolas Téronneau le charpentier était un catholique ancien de La Rochelle, âgé de 23 ans, brun et petit il était bon dans son travail mais dans le quartier Nicolas sa réputation de curaillon le précédait il fallait donc s’en méfier.

François Cossaud de la paroisse de Saint Nicolas était un ancien catholique de La Rochelle, 35 ans surnommé le rouquin, il était peu connu par Abel, il faudrait par conséquent faire attention.

Jean Rossé, 22 ans petit le poil noir venait de Saint George d’ Oléron et se disait catholique de tout temps pour bien se démarquer des fraîchement convertis .

Le petit mousse de 16 ans nommé Pierre Gautre de la paroisse Saint Jean du Perrot et voisin de Samuel Miot était également un papiste de tous temps.

Il faut dire qu’à La Rochelle protestants et catholiques se côtoyaient journellement.

Le dernier membre d’équipage inconnu de tous et dont les convictions religieuses n’étaient point connues du capitaine était aussi d’Oléron mais de la paroisse de Saint Denis.

Le bateau avec ses membres d’équipages aux opinions bien divers fut bientôt près et appareilla pour Plaisance ( Terre Neuve ) . Les cales pleines de sel et d’eaux de vie, il reviendrai chargé des morues pêchées sur les bancs de terre neuve par une importante flottille de pêche.

 

Port de La Rochelle,  18ème siècle tableau Horace Vernet

L’ EXPLOSION DU CÉSAR OU LA MORT TRAGIQUE D’ ÉTIENNE DUHAMEL

Nuit du 12 avril 1782

 

Lorsque l’on se balade dans les vieux registres à la recherche de nos aïeuls, nous découvrons subrepticement des petites mentions qui nous renseignent sur un élément de vie.

En l’occurrence, cherchant une énième Marie dans les registres paroissiaux de Criquebeuf en Caux, province de Normandie, ma lecture en diagonale m’amène à repérer une information sur la mort d’un habitant du village.

Les renseignemenst sur les causes des décès ne sont déjà pas fréquents mais quand ils se rapportent à un événement historique ils sont à proprement rarissimes.

Je vous le dicte en entier et nous verrons ensuite à restituer le décor du drame.

 » Etienne Duhamel matelot de cette paroisse mort le 12 avril 1782 sur le vaisseau du Roy le César qui a sauté en l’air, suivant le certificat du commissaire des classes de la marine délivré à Fécamp le 2 juillet 1785. Sur le témoignage de deux matelots embarqués avec lui qui rapportent l’avoir laissé à bord lors de l’explosion du dit vaisseau.  »

Voila pour l’annotation, pénétrons plus avant dans les faits.

Etienne Duhamel lorsqu’il embarque à bord du  » César  » est un matelot de 43 ans, il laisse une femme et un petit garçon à terre. La jolie épouse se nomme Marie Anne Duhamel et n’est âgée que de 25 ans. Le petit garçon né avant mariage va bientôt avoir 6 ans.

Tous les hommes de la famille sont mariniers et les femmes sont habituées aux absence prolongées de leur compagnon.

L’embarquement est d’importance car le  » César  » est un vaisseau de  74 canons de la marine royale, long de 54 mètres, il possède 2 ponts et est armé de 28 canons de 36 livres, 30 de 18 livres et 16 de 8 livres.

Cet arsenal est mené par environ 740 hommes et mu par une surface de voilure de 2500 mètres carrés.

Sans le savoir Etienne Duhamel qui sous le commandement du commandant d’Espinouse quitte en mars 1781 le goulet de Brest pour se joindre à l’escadre du comte de Grasse dans les Antilles va participer à la guerre d’indépendance des États Unis.

C’est un événement majeur pour l’histoire du monde mais notre matelot Normand entassé à bord avec ses camarades et la viande sur pied ne s’intéresse guère à la guerre franco américano – Anglaise.

Dès le 28 avril 1781 c’est le combat de Fort Royal où De Grasse débloque la Martinique au détriment de la flotte de Hood.

Le 24 mai De Grasse couvre le débarquement de Tobago

Le 5 septembre le  » César  » participe avec la flotte à la célèbre bataille de la Chesapeake.

Le 25 et 26 janvier il participe enfin à la bataille de Saint Christophe.

Etienne et les autres ne souffrirent guère de ces différents engagements et c’est le cœur confiant que le 12 avril 1782 ils participèrent à leur ultime bataille.

Cette confrontation navale qui fut fatale à notre héros de Criquebeuf se nomme la bataille des Saintes. Du nom de petites îles qui sont situées entre la Guadeloupe et la Dominique.

On y retrouve le comte de Grasse et l’anglais Rodney et 35 navires Français escortant un convoi de 100 navires de transport poursuivit par une meute de 36 navires anglais bien plus rapides.

Les anglais aux coques cuivrées rattrapèrent les Français mais le premier affrontement permis au convoi de s’échapper.

Trois jours plus tard le 12 avril c’est l’ affrontement final, la tactique de Rodney et de Hood aidée par le vent s’avère fatale aux Français qui prennent une bonne dérouillée.

De Grasse avec son vaisseau amiral la  » Ville de Paris doit se rendre  » et 4 navires Français sont capturés. La flotte Française se retire en désordre sans être poursuivie sans que l’on sache pourquoi   par les British.

Quoi qu’il en soit le navire de Etienne Duhamel commandé par le capitaine Marigny fut saisi par le HMS Centaure et un équipage de prise monta à bord du  » César  ». Avec de nombreux morts et complètement démâté le fier 74 n’avait pu se sauver.

La perspective d’une longue captivité n’enchantait guère l’équipage, seuls les officiers étaient échangés ou libérés sous condition d’argent . Pour les pauvres hères c’était l’emprisonnement dans les geôles fétides des îles britannique.

Il eut mieux fallut l’internement, dans la nuit pour une raison inexpliquée une violente explosion secoua le  » César  ». Le feu prit dans la Sainte Barbe et enflamma les poudres stockées à proximité.

La déflagration fut terrible et le navire comme projeté en l’air, 400 hommes d’équipage et 50 anglais périrent dans cette tragédie.

Le  » César  » fit parti des vingt navires Français détruits pendant la guerre d’indépendance Américaine.

Si la lutte pour la liberté fut gagnée par les Américains, les Français y virent l’occasion de s’enfoncer encore plus dans la banqueroute .

La révolte des colons Américains n’est évidement pas la cause de la révolution Française, mais les dépenses de la guerre contre les Anglais accentuèrent la déroute financière du royaume et accéléra la chute de la monarchie.

Le décès du pauvre Etienne Duhamel est évidement sans importance, sa veuve se remariera et son fils grandira avec un beau père.

Anonyme parmi les anonymes la poussière de notre marin Normand saupoudre t ‘elle encore les belle plages Guadeloupéennes !!!!

Note : Étienne Duhamel né à Criquebeuf le 7 avril 1738 de Étienne et Marie Lenormand.

Marié le 15 février 1779 0 Criquebeuf en Caux avec Marie Anne Duhamel, ont un fils nommé Jacques Étienne le 30 octobre 1778, dont postérité.

LA MORT DU MENDIANT QUI N’EN ÉTAIT PEUT ÊTRE PAS UN

Village de Cebazat d’où était originaire notre mendiant

En ce dimanche 7 décembre 1760, l’homme qui cheminait lentement sous la pluie se disait qu’il ferait bien de trouver un gîte pour la nuit. La nuit tombait rapidement en cette maudite saison. Il était trempé et couvert de boue.

Il venait de Paris et se rendait à Orléans, arrivé au bourg de Loury il était maintenant presque arrivé à son but. Comme la raison lui commandait de ne pas traverser la forêt d’Orléans en pleine nuit il s’était arrêté dans un cabaret du village pour y boire une chopine. Seulement voilà notre Barthélémy ne savait guère s’arrêter et le petit vin de Loire lui avait fait perdre la notion du raisonnable.

A sa question de savoir ou il pourrait dormir, le cabaretier lui donna conseil de se rendre à la ferme de la Houssay sur la route d’Orléans. Le fermier, un brave homme nommé Louis Paty se faisait gloire d’héberger les mendiants et les pèlerins de passage.

Loury et la ferme de la Housset

Il n’était pas à son avantage quand il pénétra dans la cour de la ferme, trempé, éméché et couvert de la boue sale des chemins royaux.

Il demanda le gîte et le couvert et Louis Paty le fit entrer dans l’écurie. Notre ivrogne se mit en devoir de nettoyer ses nippes, mais perdit l’équilibre et se retrouva par terre.

Louis toujours compatissant le conduisit alors dans la grange et lui indiqua l’endroit où il devait dormir.

Il lui prodigua les recommandations d’usage, pas de feu, ni de pipe et se retira pour continuer son labeur.

Le fils du fermier le petit Louis âgé de 5 ans se glissa alors dans la grange pour observer le curieux bonhomme. Assis dans l’avoine vêtu d’un vieil habit de soldat, d’une mauvaise veste grisâtre, d’un gilet et d’une mauvaise culotte.

Ses mollets étaient entourés de vieilles guêtres et sur sa tête un bonnet de laine couvert par un vieux chapeau. Il était effrayant mais l’enfant était attiré inexorablement par ce voyageur peu commun. Quel âge avait ce personnage ? Accoutré comme cela et couvert de crasse il était difficile de se prononcer.

Barthélémy grommela, il avait froid et la couche d’avoine ne lui semblait pas faire un si bon matelas.

A l’étage supérieur le lit serait sûrement de meilleur qualité car la couche d’avoine plus épaisse.

Il se leva et grimpa à l’échelle, arrivé presque en haut à environ 12 pieds, le petit Louis le vit basculer dans le vide et s’écraser au pied de l’échelle. Le gosse hurla et sortant de sa cachette se dirigea vers le mendiant. Celui ci ne bougeait pas et du sang lui sortait abondamment de la bouche.

Louis sortit en catastrophe et s’en alla prévenir son père.

Le fermier lâcha son labeur et fit diligence  pour constater que le voyageur ne bougeait plus et qu’il saignait de la bouche, il envoya quérir le curé pour que les sacrements lui soit administré. Il n’était pas médecin mais il se doutait que le pauvre diable était passé dans l’autre monde.

Au bout d’un long moment le prêtre arriva mais constata évidement qu’il ne servait plus à rien.

Les autorités arrivèrent rapidement  et vers 7 heures du soir le procureur fiscal et Louis Boys le bailli de haute , moyenne et basse justice accompagnés du greffier Petit  constataient le décès.

Mais qui était donc ce bonhomme sans âge couvert de ses oripeaux, comme le chemin royal de Paris 0rléans en fournissait quotidiennement ?

Mendiant, marchand, pèlerins, journalier, compagnon, une fouille s’imposait, le Bailli retourna les poches du mort et découvrit avec dégout une paire de mitaine usagée et un mauvais mouchoir.

Le bougre possédait également 10 liards, un couteau et une tabatière de fer blanc. Toujours rien sur son identité, restait le sac qui fut prestement vidé. On y trouva une vieille chemise, 2 mouchoirs, une boucle de fer et enfin un portefeuille où se trouvait un peigne d’ivoire.

Dans un autre portefeuille, le bailli trouva la solution, un certificat du curé de Cebazat dans le diocèse de Clermont Ferrand affirmait que le nommé Barthélémy Reddon était un honnête homme et un bon chrétien. Ce viatique était  daté du 3 novembre 1755. On trouvait aussi une lettre adressée à Paris au sieur Barthélémy Reddon par son épouse Marie Bannière du village de Cebazat.

Notre mendiant avait donc un domicile à Paris, était bon chrétien, donc inséré dans la communauté et de plus à une épouse qui visiblement en date du 29 octobre 1759 était encore en contact avec lui.

Nous n’étions  déjà plus sur le vagabond solitaire et sans attache. En outre en poursuivant on découvrit 4 quittances signées par un nommé Frary en paiement d’un loyer d’une maison.

Le mendiant n’était donc pas entièrement sans ressource, que faisait il sur cette route c’est un mystère qu’il emportât le 9 décembre 1760 dans sa tombe du cimetière du petit village de Loury.

J’ai continué un peu l’enquête dans son village de Cebazat et j’ai retrouvé la trace de son épouse Marie Bannière qui s’avère être décédée avant lui le 23 avril 1760.

Le 5 mai 1761 un fils de Barthélémy et de Marie s’est marié dans ce village d’Auvergne, il se nommait Michel Reddon et avait obtenu l’accord de son père qui demeurait à Paris pour cette union.

Le fils avait il obtenu l’accord paternel juste avant que ce dernier ne prenne la route qui lui sera fatale.

Autre petite observation le rapport établit que Barthélémy semblait avoir une quarantaine d’années, c’est peu probable car sa femme Marie est décédée à l’âge de 60 ans.

Barthélémy Reddon n’était certainement pas un mendiant comme nous l’entendons aujourd’hui mais sûrement un itinérant qui voyageait pour gagner son pain.

A l’époque en question tout étranger était facilement prénommé mendiant, et trouvait quand même de quoi se loger.

Essayer donc maintenant !!!!!

** Louis Paty le fermier qui hébergeait les vagabonds dans sa ferme est né en  1728 et est mort en  1784, il était marié à Marie Elisabeth Houdas.

L’enfant qui assista à la scène se nommait Louis comme son père et est né en  1755.

L’histoire de Barthélémy est relatée dans le registre paroissial du village de Loury.

 

 

UN CRIME ODIEUX EN SEINE ET MARNE

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Depuis 6 semaines qu’il avait disparu, il y avait bien lieu de s’inquiéter. Qu’était devenu Claude GRUYER ?

Un personnage que ce Claude, ancien soldat il était devenu garde chasse de Madame de Chenoise.

Il était en charge d’un grand domaine où le gibier était fort bondant.

Il organisait les chasses mais aussi traquait à l’occasion les braconniers. Il faut bien dire que les animaux proliféraient et nuisaient gravement aux cultures. D’autre part la vie était fort dure en ces campagnes, la moindre fluctuation météorologique anéantissait les récoltes et mettait à mal l’économie paysanne, la disette ou pire la famine s’installaient et alors la mort fauchait impitoyablement les corps affaiblis. Alors la tentation était grande de s’introduire dans les forêts royales et seigneuriales pour survivre ou améliorer son ordinaire. Claude avait parfaitement conscience du problème mais son travail était de défendre les intérêts de sa patronne quelque soit sa répugnance à faire punir des pauvres gens dont il était lui même issu.

Le 14 juillet 1725 à la tombée de la nuit il partit surveiller une pièce de bois ou il avait relevé des collets , en compagnie de son chien, fusil sur le dos, baïonnette emmanchée, un morceau de pain et de fromage dans sa musette. Il embrassa furtivement son épouse lui souhaitant une bonne nuit en lui disant qu’il serait de retour dès le lendemain matin.

Personne ne le revit vivant.

Son épouse s’inquiéta rapidement, la matinée était maintenant passée, puis la journée.

La nuit suivante elle ne dormit que très peu guettant le moindre bruit annonciateur du retour de Claude.

La journée suivante morte d’inquiétude elle signala sa disparition à Monsieur le curé Le Normand,

Il se chargea d’aviser les gens du château.

Une battue fut rapidement organisée, mais comme personne n’avait la moindre idée de l’endroit où il avait pu aller, les recherche furent veines.

Le retour tant espéré n’eut pas lieu.

Le vendredi 24 août, un paysan qui passait au lieu dit des Fourches fut attiré par une odeur pestilentielle , il se rapprocha et découvrit l’horreur.

Il s’enfuit en courant et donna l’alerte au village de Montceaux lès Provins, rapidement chacun lâcha son ouvrage se précipita sur les lieux. Les autorités seigneuriales furent saisies et se retrouvèrent avec les villageois à l’endroit de la macabre découverte.

Le corps ou plutôt les morceaux du corps étaient éparpillés. En décomposition avancée présentant de nombreuses traces de morsures, 5 morceaux gisaient espacés d’une douzaine de pieds l’un de l’autre. La tête semblait lardée de coups de baïonnette. Un fusil se trouvait à proximité immédiate.

Le dépeçage du corps et sa dispersion mettaient en cause les hôtes de la forêt, pour ce qui était des causes de la mort, le meurtre était plus que probable, tant l’acharnement sur le visage sentait l’œuvre humaine.

Bien que le chef de l’individu fut difficilement identifiable, un nom courut bientôt sur toutes les lèvres. C’était sans aucun doute le garde chasse ,  l’arme et les vêtements étaient bien les siens.

Puis à bien y regarder, l’ignoble masse sanguinolente de chaire gardait trace des caractéristiques faciales de Claude GRUYER.

Après l’examen sommaire des lieux et du corps il fut décidé par ordre de justice que l’inhumation pouvait avoir lieu.

Il y avait urgence, sans cette inopportune découverte, les restes charnels auraient été promptement terminés par la faune locale.

Une charrette fut réquisitionnée et les ossements furent transportés au cimetière de Montceaux Lès Provins.

Silvestre Le Normand curé de la paroisse officia la cérémonie en présence des amis et de la famille.

Ainsi se termina cette petite histoire criminelle qui marqua suffisamment le curé pour qu’il en fit mention dans le registre paroissial de la commune.

Un suspect fut il arrêté, la justice passa t’ elle ? Considérons ceci comme un mystère, la science criminelle était bien moins développée qu’en notre époque où pourtant subsiste aussi de nombreuses interrogations et d’affaires non élucidées.