LES 21 MARIAGES D’AIZENAY, 8 FÉVRIER 1747, ÉPISODE 2

 

Au village des Étangs les deux frères Rapiteau Pierre et Louis se préparaient pour leur union avec Jeanne Durand et Marie Biron. Ils étaient un peu à la traîne car le paysan qui devait les raser et leurs rafraîchir la nuque devant tant de mariés dans le village avait pris un peu de retard. Les deux futures belles sœurs devisaient ensemble, la nuit de noces pour chacune d’elles se déroulerait dans la même métairie, heureusement celle s’y comportait deux chambres. Jeanne âgée de 24 ans et qui avait déjà goutté au fruit de l’amour tentait en quelques mots de rassurer la petite Marie qui n’avait que 17 ans et qui en matière de sexualité ne connaissait que la vache que l’on mène au taureau. Elle n’avait même jamais embrassé qui que ce soit.

Pour Pierre et Jeanne la difficulté était venue du curé, car faire des galipettes dans les granges étaient certes aisées mais convaincre un éminent ecclésiastique de marier des cousins en était une autre.

Pierre Rapiteau le père avait eu beau plaider la cause de son fils en expliquant qu’ils avaient seulement un arrière grand père en commun, rien n’y fit et il en fallut passer par une dispense de consanguinité au troisième degré. Elles étaient presque toujours accordées par Monseigneur l’évêque de Luçon mais cela avait un coût qui se rajoutait au frais de la noce.

Ils sont bien malins, nos curés, comment trouver une femme dans nos petits villages sans que l’on ne soit pas de loin apparenté. De toutes façons nos gars protégeaient leur nid des oiseaux pilleurs des autres paroisses.

Enfin le départ s’effectua, le curé n’aimerait pas que l’on soit en retard.

A la grande Genette l’agitation était similaire, Louis Biron petit journalier sans le sous âgé de 26 ans avait concrétisé des longues fiançailles avec Jeanne Violeau une pauvrette de 24 ans, réunir la somme d’argent nécessaire à un établissement retardait souvent les noces.

Louis est accompagné de ses deux frères, il est orphelin de père comme d’ailleurs son épouse Jeanne

Là aussi, ils étaient lointains cousins, et monsieur le curé dût solliciter dispense auprès de Monseigneur.

Comme les autres groupes ils s’élancèrent, la noce n’était point nombreuse, mais a n’en pas douter on s’y amuserait bien.

A la Naulière, un peu en retrait trois hommes devisaient, le plus grand son vaste chapeau sur la tête se nommait Pierre Rabillé, âgé de 25 ans il portait fièrement une belle musculature formée aux travaux des champs, c’était un séducteur et bon nombre de paysannes à l’abri des pâtis avaient succombé à son charme. N’ayant pas fait germer de mauvaises graines dans le ventre fécond d’une paysanne amoureuse mais point mariée, il abordait sa liaison avec Marie Proust comme une bénédicité et la concrétisation de sa vie de garçon. Son interlocuteur René Rabaud était plutôt son contraire, petit , les épaules larges, des mains noueuses et larges, le visage rougeaud, le menton encore glabre, il n’avait connu en terme d’amour que ses mains rugueuses. Son père Jacques, tisserand au hameau de Villeneuve avait négocié presque à son insu un mariage avec Louise Rabillé la sœur de Pierre. Le troisième , se nommait Etienne Berthommé, également de petite taille un peu emprunté dans ses souliers neufs et ses habits du dimanche était un petit laboureur qui demeurait à la Naulière avec ses parents. Il avait rencontré Françoise Rabillé au cours d’une noce et s’en était suivi un long cérémonial, allant d’une première main sur l’épaule, d’un raccompagnement au domicile, d’un essai buccal, puis comme les choses se précisaient d’une masturbation mutuelle à l’abri d’une haie. Les deux étant mutuellement compatibles ils convainquirent leurs parents.

Ce triple mariage réunissait beaucoup de monde, la famille Rabillé, la famille Proust et la famille Berthommé, les tables étaient dressées, les volailles prêtes à la cuisson, le vin tiré, aire de bal dégagée et nettoyée. Louise et Françoise Rabillé s’étaient levées de bon matin pour se préparer et les hommes expulsés de la maison afin qu’elles puissent procéder à une toilette digne et complète. Elles étaient belles toutes les deux se ressemblant en vérité comme deux gouttes d’eau. Leurs deux promis en rigolant se disaient qu’ils pourraient facilement se tromper dans l’obscurité des lits clos.

La petite Marie Proust, taille fine, mais hanche large prête à la maternité, les seins généreux, un petit minois au nez légèrement retroussé, vint les rejoindre, elle serait bientôt leur presque sœur.

Les trois hommes prirent maintenant leur femme par le bras et se formère en un long serpent humain qui se dirigea dans l’allégresse vers le village et la cérémonie religieuse.

Village de la Pénière, mêmes scènes, mêmes répétitions de gestes, Pierre Chevoleau âgé de 20 ans, grand garçon poussé trop vite, la barbe encore clairsemée, le dos un peu voûté, le visage triste, les cheveux virant au roux va se marier avec une presque vieille. Renée Favereau a en effet l’age presque canonique de 29 ans. Cela commençait à faire tard pour un premier mariage, au vrai sans être disgracieuse, elle ne présentait guère d’attrait, petite, la taille déjà évasée, des petits seins disproportionnés par rapport à sa rondeur naturelle. Le visage rougeaud des filles des champs, de petits yeux gris , un nez aquilin, rien qui puisse attirer notre sauvageon. Arrangement typique Mathurin Chevoleau avait donné son garçon en l’échange d’une belle dote, le Luc Favereau pour se débarrasser de son encombrante fille avait du casser ses économies. Pierre, puceau sans expérience, redoutait sa nuit de noces avec cette vieille vierge. Ses camarades paysans se moquaient de lui d’une telle déconvenue.

A la Courelière, dans la petite borderie des Archambaud, les préparatifs allaient également bon train, double mariage Olivier et Catherine les enfants de la maison allaient prendre mari et femme dans la famille Guérit en la personne de André et Marie. Économie de dot, les filles n’amèneront que le strict nécessaire, à savoir un petit trousseau, un coffre et quelques mesures de grains.

Au village de la Crèche, la fille au Jean Daniau, petite drôlesse de 18 ans, belle comme le jour, beauté à faire damner tous les moines d’un couvent et servante de ferme à la Borderie épousait le Pierre Mercier domestique dans la même ferme et âgé de 20 ans. Les parents n’étaient point satisfaits de cette alliance mais comme la douce paille de la Borderie avait servi de lieu d’amour aux deux jeunes écervelés, ils avaient décidé de les marier avant de subir le déshonneur de voir arriver un enfant hors mariage. La raison avait suivi l’amour, alors que le plus souvent l’amour suivait la raison.

Mais foi de pauvres, les noces seront dignes malgré les difficultés financières des contractants.

Ils se mirent en branle et se dirigèrent vers l’église.

A la Chevrie, la métairie des Gauvrit prenait l’allure de kermesse, les hommes avaient déjà goutté au vin et les langues étaient fort déliées, Jean Martineau gros bonhomme de 24 ans originaire de la Génétouze, travailleur sans faille, malgré l’absence de père se préparait à convoler avec la fille de la maison dénommée Catherine. Il en était fou amoureux l’avait bisée, grignotée, pincée, caressée mais jamais troussée, pour sur il ne traînerait pas au bal ce soir.

Aux Étangs non loin de la ferme des Rapiteau, un autre mariage se préparait, Charles Morisset, paysan sans histoire courbé sur son travail, mais lors des fêtes redoutable danseur qui par son pas léger subjuguait les femmes, se mariait avec Catherine Minguet, cette dernière orpheline de père avait reçu l’accord de son frère Pierre pour cette union. Afin de ne pas se mélanger à la noce des voisins ils étaient tous partis un peu plus tôt.

Au Bourg aussi la fièvre était à son comble, Pierre Grellier, tisserand de 28 ans convolait avec une drôlesse de 17 ans, fraîche comme la rosée du matin. Jeanne Martin serait bien restée sans homme encore un petit peu, l’entretien d’un ménage et les grossesses à répétition ne l’inspirait guère. Bien qu’un peu curieuse des joutes qu’elle allait subir et son intérêt aux choses de l’amour aiguisé par les conversations salaces des femmes aux veillées. La famille se trouvait au complet, endimanchée et excitée par l’événement.

A l’autre bout du village chez les Gillier, Pierre le fils de la maisonnée discutait de ses bêtes avec son père Mathurin et avec Olivier Mercier son beau père. Les femmes étaient en retard car Catherine la mariée venait, au catastrophe d’avoir ses menstrues. Mais vite le problème est réglé ( sic ) et tous se dirigent vers le lieu du sacrement religieux. Catherine était fort marrie comment allait réagir son homme pendant la nuit de noces.

A la sortie d’Aizenay sur le chemin de la forêt , la maison de Louis Martineau,  il était charbonnier et passait la moitié de sa vie en forêt dans des huttes de branchages, le métier était dur et les mœurs de ses hommes assez frustres. Louis ne dérogeait pas à la règle, mais avait quand même séduit la jeune Catherine Hahan la fille d’Olivier celui qui était chargé du four public du village .

Pierre Gendre et Louise Masse, journaliers tous deux, partirent également en cortège de leur domicile, il était impensable d’arriver en ordre dispersé à l’église.

De toute part arrivaient les couples et leur famille, la majeure partie du village était de la fête et ceux qui ne l’étaient pas se trouvaient sur le bord des chemins ou sur leur pas de porte pour regarder passer ces longs cortèges sonores.

La place du bourg était pleine et chacun se saluait et se mélangeait, les mariés crispés répondaient aux saluts, les parents fiers échangeaient de brefs coups de chapeaux et une nuée de jeunes libres en ce jour tournoyaient en riant autour des adultes. Les jeunes filles , belles et parées minaudaient devant les invités célibataires. Les parents étaient moins attentifs et une liberté salvatrice planait sur l’ensemble d’Aizenay. Le curé et son vicaire tentèrent de mettre un peu d’ordre et chacun rentra dans l’église qui fut immédiatement bondée.

Les deux prêtres officièrent et les 21 couples furent unis devant dieu. Les familles dansèrent et banquetèrent toute la nuit. Les mariés s’éclipsèrent pour goûter au fruit autorisé. Le lendemain la jeunesse bruyante alla constater qu’aucun n’avait l’aiguillette nouée et que le drap était taché.

La journée du lendemain, tout le monde ripailla de nouveau malgré les brumes de l’alcool et la fatigue. Le vendredi le travail reprit et Aizenay retrouva un calme relatif car d’autres fournées de mariés étaient à prévoir.

La plupart eurent une nombreuse progéniture et bon nombre de vendéen descendent de ces couples.

Une famille eut trois enfants de mariés et deux autres en eurent deux.

Deux couples eurent recours à une dispense de consanguinité et trois mariés seulement semble être de communes voisines.

Les mariages le même jour et en même temps étaient fréquents mais gageons qu’une telle quantité sortait quand même de l’ordinaire.

Le curé fit signer tout le monde à la fin de la cérémonie, mais seulement 9 personnes sur l’ensemble des noces furent capables de signer.

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Source : archives numérisées Vendée

 

 

LES 21 MARIAGES D’AIZENAY, 8 FÉVRIER 1747, ÉPISODE 1

 

Déjà liés par un inextricable réseau familial, enchevêtrement indissoluble de sang mêlé, nos ancêtres étaient également associés étroitement à leurs congénères par d’autres liens.

Tous étaient groupés autour de leur village, le clocher servait de repère et son église de lieu de réunion, la fabrique y décidait de tout et pour tous. Le cimetière dont les frêles tombes n’étaient pas encore reléguées à l’extérieur du bourg ,était un lieu d’échanges et de conversations. Chacun se croisait en ces lieux, s’y aimait, s’y détestait, mais s’y connaissait.

Liés par la famille et le village, ils étaient également soudés autour d’une même glèbe, le temps de l’isolement dans des cabines de tracteurs n’était point arrivé et l’ensemble des travaux agricoles se faisaient en commun, du plus jeunes au plus vieux , hommes et femmes suaient sur les sillons de leur labeur.

Il n’était pas de tâches qui ne s’effectuaient en commun, les femmes lavaient leur linge sale ensemble au lavoir, y discutaient et s’y disputaient, les hommes effectuaient également les corvées en groupe.

Les naissances et les morts avaient lieu presque en public et les affaires privées de chacun étaient connues de tous. Lorsque un convoi funèbre se rendait en triste procession au champ de repos, tous baissaient la tête et soulevaient chapeau.

Bref la vie se passait en communauté et ce qui se passa le 8 février 1747 dans le village d’Aizenay en la province du bas Poitou aurait pu se passer dans n’importe quelle province du  » bien aimé  ».

En cette matinée du mercredi 8 février, le père Belleuves et son vicaire Menanteau savaient que la journée serait rude.

Ils finirent leur repas du matin servi par leur vieille servante et se rendirent à l’église où les attendaient une bien dure besogne.

Grand, mince, le visage glabre il émanait de lui une sorte de sérénité qui en imposait à ses ouailles, ses sermons étaient écoutés et redoutés et tous se pressaient aux prônes du dimanche. Le père Belleuves était arrivé à Aizenay en 1733 et depuis il connaissait par cœur l’ensemble de ses paroissiens, rien qui ne lui soit caché, la vie en communauté nuit au secret. Aussi gros que son curé était mince le vicaire Menanteau trottinait à ses cotés, le travail ne manquait pas, la paroisse était très étendue, maudit pays avec ses chemins boueux fermés par un fouillis inextricable de haies, ses métairies lointaines dont il revenait crotté, car adjoint de sa seigneurie il se tapait les sales besognes.

Mais enfin il avait échappé à la condition de pauvres hères, guenilleux courbés sur le soc il ne devait donc pas se plaindre.

Mais pourquoi se pressaient il tous deux en ce mercredi d’hiver ?

Dans toute la paroisse l’effervescence régnait depuis plusieurs jours, dans bon nombre de maisons, de fermes, de borderies et de métairies, des femmes s’activaient à de multiples préparations culinaires, d’autres s’efforçaient de nettoyer les granges et de les décorer. Pendant ce temps les hommes achevaient en des poignées de mains viriles d’accorder leurs violons sur les contrats qui allaient unir leurs progénitures.

Les notaires du canton tenaient séance ouverte à l’auberge pour rédiger en quelques lignes les contrats qui allaient réunir pour la vie la jeunesse du village.

Jamais de mémoire de notaire ni de curé autant de mariages allaient être célébrés le même jour et en même temps dans le village.

Qu’avaient il donc tous ces jeunes à vouloir prendre femme en même temps ?

Au vrai le mois de février était sans conteste dans le monde paysan le mois des mariages, placé entre Avent et le Carême il permettait ainsi de faire bombance sans tomber dans le moindre péché et de pouvoir évidement consommer le mariage sans encourir les foudres du curé. Éloigné de tous les travaux agricoles du printemps et de l’été il permettait aux paysans de se marier sereinement. Le choix du mercredi tombait également sous le sens, pas de mariage le vendredi car jour de deuil, pas le samedi car le mariage durait deux jours minimum et on empiéterait sur le dimanche jour du seigneur, restait le lundi mais on ne pouvait commencer les préparatifs le dimanche, le mardi sans que l’on sache pourquoi était le jour des cocus, restaient donc le mercredi .

Il était maintenant l’heure de se réunir pour de multiples familles, pour certains d’entre eux le chemin serait long jusqu’au village.

Sur l’ensemble de la paroisse, les même scènes, des paysans endimanchés se formaient en une longue procession. Le musicien était  en tête de cortège avec  les mariés et la famille proche, suivaient dans l’ordre les parents éloignés et les amis.

La principale difficulté pour nos familles avait été de trouver un musicien, car il n’était tout de même pas banal de voir célébrer 21 mariages en même temps et il avait fallu prospecter assez loin pour en trouver un, et les prix étaient montés quelque peu. Ne pas avoir de musiciens pour la noce eut été un déshonneur et la quête avait été acharnée.

Heureusement il y avait quelques mariages où les familles étaient communes.

A la Paponnière, les familles Rouillé et Baranger se liaient entre elles, Mathurin Rouillé et Pierre Baranger, les pères avaient scellé d’une poignée de mains la liaison entre leurs enfants.

Mathurin Rouillé épouserait Louise Baranger et Louis Baranger se marierait avec Jeanne Rouillé, outre l’économie d’une seule noce avec partage des frais, les parents ne fournissaient pas de dot, car celles s’y s’annulaient. Pour des familles pauvres, sans terre n’y biens l’opération était bonne.

Les deux familles de toutes façons se connaissaient de temps immémoriaux et étaient originaires de la Chapelle Palluau , une commune située juste à coté. Les quatre mariés étaient domestiques de ferme, gens de rien dormant dans des mansardes, les écuries, les étables ou les granges, sensiblement du même age ils appréhendaient un peu la vie de couple mais allaient enfin vivre leur vie de femme et d’homme. Ils avaient revêtu leurs plus beaux atours, les hommes avaient offert une bague en cuivre à leur future, chacun rayonnait.

Au bourg un défilé un peu moins joyeux se préparait, Pierre Chevillon, grand, gras, avec un embonpoint de bourgeois avait conclu mariage avec la petite Catherine Blanchet. Pierre la trentaine triomphante tenait fermement par le bras celle qui bientôt aux yeux de l’église et de tous serait sa femme.

Catherine, petit bout de femme, légère comme un fétu de paille, une taille de petite fille, la poitrine à peine naissance n’en menait pas large du haut de ses treize ans. En vérité elle ne connaissait guère son futur, son père avait négocié avec cette famille de fariniers, c’était une bonne affaire.

Catherine allait passer du statut d’enfant à celui de femme, à peine réglée elle allait subir une sorte de viol légal au cours de sa nuit de noces. Sa sœur en quelques mots lui en avait conté le déroulement elle en tremblait d’avance.

Du moulin à l’église il n’y avait guère de chemin et le cortège tarda à s’ébranler.

Au Puy Poitevin à la ferme des Chaillou, le mariage de Louis Chaillou et de Louise Gauvrit se préparait activement. Au village du Vrignon les préparatifs de mariage de son cousin Pierre avec Marie Eriaud étaient maintenant terminés. Ayant de la famille en commun, il fut envisagé un temps de ripailler ensemble, mais chacun voulant montrer à l’autre le peu de richesse qu’il avait, ils firent finalement noces séparées. Jean Perochaud, beau frère de Louis et cousins des deux mariés seraient cités comme témoins pour les deux mariages.

Les troupes joyeuses au son de la viole prirent le chemin de l’église, tout le monde était heureux à l’idée de la fête.

LE SEXE EN NOS CAMPAGNES, SUITE ET FIN

Après avoir étudié les interdits, voyons un peu ce qui pouvait se passer dans les alcôves, les tas de paille ou les pâtis.

Les périodes

Tout d’abord étudions les périodes ou nos paysans sans encourir les foudres pouvaient faire l’amour.

Au départ l’église fut très stricte et nos pauvres ancêtres ne pouvaient faire l’amour pendant les jours saints, à savoir, l’avent, carême, pâques, rameau, dimanche, etc et évidement les périodes d’impureté de la femme, menstruations, , allaitement, en gros quand la femme n’était pas enceinte vous pouviez faire l’amour une centaine de jours par an. Heureusement, peu à peu l’église fut contrainte d’assouplir ses commandements, car à vouloir interdire on produit l’effet inverse, ouf.

Les positions

Pour ce qui était des positions, c’était fort simple la femme devait être passive et ne point chevaucher. Cette position fort néfaste rendait folle la femme et était mauvaise pour la procréation, eh oui le sperme redescendait.

Faire l’amour debout altérait aux dires des médecins, gravement la santé

On conseillait aux hommes qui voulaient tempérer l’ardeur de leur femme de la prendre sur le coté ( la fameuse cuillère ).

La position pore canino ou levrette était considérée comme bestiale et humiliante pour la femme et mal vue de l église.

Mais la femme qui ne portait pas de sous vêtements pouvait facilement retrousser cotillons et s’offrir en cette position , dans nos chaudes étables ou nos odorantes meules de foin.  je suis sur que cette pose qui même si elle rappelle les étreintes animales devait quand même être fort utilisée.

Les médecins par contre trouvait en cette position quelques avantages, la matrice plus basse que l’organe reproducteur de l’homme, le sperme pouvait plus facilement l’atteindre.

De plus si la femme avait un ventre en  » pointe  » ou si l’homme était trop gros, la position pouvait se révéler judicieuse.

Il m’est d’avis que les paysans voyant plus les curés que les médecins, l’influence penchait certainement en la balance de nos saints hommes qui en terme de sexualité devaient en connaître un rayon.

Il restait donc la position du missionnaire qui de toute façon s’accordait le mieux au manque d’intimité de nos ancêtres et qui répondait aux exigences des hommes de foi et des hommes du serment d’Hippocrate.

Bon qu’on se rassure toutes les positions étaient connues et représentées et sûrement pratiquées, mais la norme était le missionnaire .

Quand

Nos doctes médecins préconisaient de faire l’amour le matin au réveil, frais et disponible, l’estomac libéré, par contre mesdames vous deviez rester au lit bien allongée pour que vous ne perdiez pas cette précieuse semence et qu’elle puisse vous faire de jolis marmots. Je ne sais pas si nos ancêtres écoutaient ces préceptes et si ils étaient transmis de génération en génération mais en tous cas nos savants y croyaient fermement.

Évidemment nos ancêtres devaient tenter de déjouer le manque d’intimité et gageons que chaque moment ou le couple se retrouvait seul était  propice à un rapprochement coquin.

Nudité

 Si au moyen age nos ancêtres dormaient nus,ils s’étaient rhabillés pour les périodes suivantes.

Il semblerait que nos paysans ne se dévoilaient guère, ils gardaient leur chemise, ils étaient plus troussage qu’effeuillage.

Jouissance

Si la jouissance de l’homme semble une évidence en était il de même pour la femme.

Tout bien considérer cette dernière a bénéficié de bonnes périodes et de très mauvaises.

On a longtemps cru que pour pouvoir procréer la femme devait parvenir à la jouissance, tout allait donc pour le mieux.

Les médecins et les curé préconisaient donc de faire jouir les femmes.

Mais une découverte médicale vint changer la donne. Des doctes savants découvrirent donc  l’ovulation, c’en était fini, nul n’avait besoin de se soucier de la jouissance de sa compagne. Cette trouvaille ajoutée à la pudibonderie bourgeoise Louis Philiparde fit que les mentalités changèrent et que nos paysans se préoccupèrent moins de leur compagne.

La sexualité de la femme eut beaucoup de mal à se remettre de cette découverte et jusqu’à une période récente l’homme ne s’en préoccupait guère.

Hors donc nos paysans frustres en  beaucoup de points de vue connaissaient l’existence du plaisir féminin et savait fort bien à quoi servait le clitoris que l’on nommait barbideau.

Pour terminer évoquons quelques recommandations médicales :

On pouvait  caresser une femme mais sans y mettre trop de volupté, sic !

La danse était préconisée car les femmes en s’agitant perdaient une partie de leur  » excrémens  »et la chaleur provoquée par la danse desséchait les parties souvent trop humides de la femme ce qui nuisait à la génération. ( vous voilà prévenue ).

Je ne traiterai pas du viol, mais il faut quand même savoir que celui ci était plus considéré comme un préjudice moral qu’un préjudice physique. Rappelons qu’en France le viol n’est puni que depuis 1810 et qu’il est devenu un crime qu’en 1980.

Pour en finir avec le sujet et si vous voulez approfondir :

Amour et sexualité en occident (collectif )

 » Secret d’alcôve  » de Laure Adler

 » Les amours paysannes  » de Jean Louis Flandrin

 » Ethnologie de la chambre à coucher  » de Pascal Dibie

 » Histoire des populations françaises   »de Philippe Ariès

 » Tableau de l’amour conjugal  » par Nicolas Venette

LE SEXE EN NOS CAMPAGNES

 

De tout temps, la sexualité a tenu une place considérable dans la vie humaine. Depuis que j’ai commencé mes recherches généalogiques, la question me taraude. Le sexe régissait-il les comportements de nos ancêtres paysans ou les comportement de nos ancêtres régissaient-ils leur sexualité ?

Comment nos ancêtres faisaient-ils l’amour, les interdits, les périodes, la virginité, la masturbation, les positions, autant de thèmes, autant de questions.

Avant de poursuivre, plantons le décor traditionnel, une ferme tenue par une communauté familiale, parents, grand-parents, enfants et parfois une parentelle élargie, frères ou sœurs avec leur propre famille. En général, la place accordée à l’intimité est fort réduite, les pièces sont petites, encombrées de lit ou de paillasse. Les lits sont parfois clos en certaine région mais la plupart du temps sont fermés par des rideaux. Les lits sont toujours occupés par plusieurs personnes, même celui des parents qui accueille souvent les plus petits.

Les granges, écuries ou étables sont également occupées par des dormeurs, fils aînés, valets, domestiques. Les femmes de la domesticité dormant avec les maîtres dans la maison principale et occupant le moindre recoin d’une paillasse souvent escamotable.

Au niveau donc de l’intimité nous étions  proche du zéro, et faire des galipettes en ces conditions demandait des techniques discrétionnaires bien rodées.

Le domicile n’était donc guère un endroit propice pour exalter ses ardeurs sexuelles.

Chaque communauté familiale dépendait d’un communauté villageoise et le poids de celle ci dans les comportements n’était pas petit. Vous y rencontriez, la famille élargie, vos parrains et marraines et leur lignée, vos oncles et tantes, vos cousins et cousines dans un enchevêtrement que même Beaucarnot ne saurait démêler. En bref vous ne pouviez faire un pas sans rencontrer quelqu’un qui vous connaisse. Il fallait donc jouer de subtilité pour y rencontrer une ou un partenaire sexuel sans que la communauté ne s’affole.

Rajoutons à cela, Monsieur le curé avec ses sermons sur la sexualité et la confession des péchés qui était obligatoire. Imaginer la confusion de votre arrière arrière grand mère en train de confesser au bon curé qu’elle s’est faite trousser le vendredi saint ou qu’un de vos arrière arrière grand- père ne soit obligé de réciter un chapelet de prière parce qu’il a osé se prêter au jeu d’Onan.

Convenons avec tout cela que rien ne devait être simple, mais que tous s’évertuaient certainement à contourner le poids sociétal.

L’étude porte évidement sur ce que pouvait être la sexualité dans nos campagnes, loin des turpitudes de la noblesse de cour ou des salons à la mode des grandes villes. Pas d’extravagance à la Marquis de Sade ou à la Mirabeau, pas d’orgie à la Philippe d’Orléans, pas d’homosexualité affichée, non une sexualité ou chacun essayait sans doute de composer avec les poids des coutumes, avec l’église, avec son environnement et peut être aussi avec sa sensibilité.

 

LES INTERDITS

Tout d’abord, il faut poser comme constat que la population était régie dans ses moindres comportements par l’église catholique et que l’amour physique ne servait qu’à la reproduction, tout le reste était au mieux futilité et au pire très grand péché.

L’amour hors mariage

Il était bien entendu interdit, la virginité ( féminine ) était de mise lors de la nuit de noces. Mythe de la pureté originel de Marie ou marchandise intacte la virginité était en théorie obligatoire. La perte de l’hymen lors de la nuit de noce prouvait que la jeune fille était pure et qu’il n’y avait pas tromperie sur la marchandise. J’insiste sur le mot mais je rappelle que le mariage était avant tout un contrat entre deux parties et qu’une des clauses tacites de ce dernier fut que la  » dame du milieu  » ne fut point déchirée.

Il y avait risque de répudiation et la renommée de la famille s’en trouvait pour le moins atteinte.

Certes quelques bizarreries se greffaient de ci de la, une jeunes fille qui s’était masturbée et avait brisé son hymen n’était plus vierge, alors qu’une jeune fille qui s’était faite sodomiser l’était encore.

Les jeunes filles qui avaient goûté aux joies de l’amour avaient recours à des subterfuges pour égarer leur mari sur la perte de leur anneau, petite poche de sang placée dans le vagin ou même utilisation de sangsue.

Bien sur tout cela était bien théorique et les curés fulminaient en chaire pour tous les égarement des paroissiens. En effet il n’était pas rare que des mariages s’effectuent à l’essai en une sorte de concubinage. En certaines régions des soupirants passaient la nuit avec leur promise ( en gardant leur chemise bien entendu ) et en Vendée les rites de séduction allaient fort loin.

Les exceptions ne font point la règle et la majorité des jeunes filles arrivaient vierges au mariage.

Laissons notre imagination de coté, ces jeunes femmes avaient certainement des pulsions qu’elles ne pouvaient pas toujours refréner.

Chez les hommes la difficulté était tout autre, la virginité au mariage n’était pas requise par la société, mais ou trouver des femmes consentantes au fin fond de nos campagnes . Les bordels ou Château Gaillard existaient certes en ville mais en dehors de cela quelle alternative se présentait à nos ancêtres ?

Pour l’église les hommes ne devaient pas avoir de rapport non plus, car je le répète en dehors de la procréation point de salut.

Pour sur l’église n’était point dupe et certains de ses membres succombaient aussi au démon de la chair.

Bien évidement il existait de nombreux rapports consentis, mais la normalité revenait au galop et on mariait rapidement les jeunes amants. Par contre les imprudentes au gros ventre, pouvaient être chassées de chez elle et une vie d’errance ou même de prostitution pouvait suivre ce moment d’ égarement .

L’onanisme

L’église considérant que tout émission de semence en dehors de la procréation est péché, cet acte qu’il soit masculin ou féminin était bien évidement proscrit.

La masturbation ou vice solitaire déjà formellement condamné par la transgression de la chasteté avant le mariage l’est encore une fois par l’excitation des organes sexuels et la pollution qui peut s’en suivre.

A l’intérieur du couple l’onanisme conjugal était aussi considéré comme péché véniel ( lorsqu’il n’y avait pas émission de semence ) et l église nommait ainsi tout acte qui stérilisait l’acte sexuel. C’est un acte contre nature disait elle .

Nos bons curés nommaient onanisme conjugal ou masturbation tous les actes qui ne tendaient pas à la procréation, comme le coït interruptus, l’utilisation de capotes, d’éponges utérines et évidement l’utilisation des mains et de la bouche. Le sens en était donc très large.

Au niveau médical, l’interdiction apparaît surtout à partir du 18ème siècle pour culminer fin 19ème. L’acte rendait débile  et amenait  les femmes à la stérilité .

Notons que la masturbation mutuelle était considérée comme plus grave que la masturbation solitaire car il émanait des pratiquants une pensée mauvaise et pernicieuse.

Bon d’accord tout le monde a compris, mais quand était il vraiment, le bas peuple ne lisait pas de livre et le tableau conjugal de Nicolas Venettes ne risquait pas de leur tomber entre les mains. Ces êtres frustres et dénoués de moralité écoutaient ils les sermons de nos bons prêtres, cela reste un mystère, mais gageons tout de même que nos ancêtres savaient parfois désobéir.

Sodomie

Nous passons maintenant dans une autre catégorie qui entrait dans la catégorie des péchés mortels

Il existait deux types de sodomie, celle que l’on nommait  » parfaite  »et que l’on pratiquait entre gens de même sexe et la sodomie imparfaite qui se pratiquait avec un partenaire de sexe différent.

Bon il faut être clair, la sodomie parfaite pouvait se terminer sur le bûcher et les condamnations furent nombreuses au cours des siècles. L’égalité n’existait pas en se sujet, lorsqu’on voulait pratiquer ce genre d’activité mieux valait être noble que journalier.

L’homosexualité était chassée et proscrite.

La sodomie imparfaite était bien moins grave, bien que proscrite, certains jeunes couples la pratiquaient pour patienter et des couples mariés comme contraception.

Notons qu’au Moyen age, la fellation et le cunnilingus étaient rangés dans les pratiques sodomites.

Fellation et cunnilingus

Là encore il y a condamnation avec évidement des nuances. Cette pratique entre gens du même sexe pouvait finir très mal, bûcher, bannissement exposition au carcan, fouet, enfin rien de bien réjouissant.

A l’intérieur du couple, l’église était un peu plus souple, l’acte commencé avec la bouche mais terminé dans les organes génitaux pouvait passer comme acceptable.

Mais soyons un peu terre à terre, nos ancêtres ne se lavaient guère, alors !!!!

Inceste

Bien sur interdit, cette relation sexuelle entre parents proches est pourchassée par l’église qui rappelons le exige pour le mariage des dispenses de consanguinité en cas de cousinage même très lointain.

Cette pratique est  d’ailleurs interdite par toutes les sociétés connues.

L’église allant très loin dans cette interdiction, de nombreuses personnes restaient célibataires car elles ne pouvaient trouver de compagnon ou compagne en dehors de la parentelle.

Adultère

Bien évidement l’adultère n’était pas toléré surtout du coté de la femme qui pouvait être passible d’une peine d’emprisonnement, alors que l’homme n’était qu’amendable, l’adultère ne sera dépénalisé qu’en 1975. De plus la société paysanne ne faisait guère de cadeau et les couples adultérins pouvaient être objet de vindicte  populaire.

Bien terminons pour les interdits et résumons.

Aucune sexualité féminine avant le mariage virginité oblige, pour les hommes ma foi le bordel était toléré.

L’homosexualité était un crime avec toutes les pratiques sexuelles qui allaient  avec.

La masturbation était un péché mortel

La sodomie imparfaite ou sodomie familiale donc sur une femme était tolérée de fait mais restait péché mortel.

La sexualité était encore à caractère reproductif ( du moins au yeux de l’église )

Dans le prochain article nous étudierons ce qui était licite et ce que nous savons des us et coutumes sexuelles de nos aïeux.

LES AMOURS AU PÂTI

 

Autrefois en Vendée, les mœurs étaient fort libres du moins à la campagne, des rituels de rencontres et de fréquentations rythmaient la vie amoureuse des Paysans.

J’ai fait revivre à travers un couple de mes ancêtres la fréquentation qui se déroulait dans la chambre commune de la famille de la demoiselle. Les amours y étaient déjà fort poussés, embrassades, caresses, plaisir d’Onan.

Mais un autre lieu pouvait abriter les amours coquins de nos bocagers.

En ce temps lointain d’avant les remembrements, les terres étaient entourées par des haies qui poussaient sur des talus. Façonnées de mains d’hommes ces damiers impénétrables formaient un doux écrin pour des amours pas très sages.

Le dimanche comme il est ordonné par notre curé est un jour de repos pour l’ensemble de la communauté. Les filles et les garçons se rendaient à la messe puis à Vêpres. Dans leurs habits du dimanche tous et toutes étaient à leur avantage. Sans douter de la foi profonde des ouailles, la messe était aussi le lieu où chacun se jaugeait, s’admirait et se faisait voir, un lieu de drague dirait on maintenant.

L’après midi du dimanche était généralement libre mais il fallait toutefois s’occuper des bêtes et à la bonne saison les faire paître. Cette occupation qui prenait sur le temps libre était voyez vous fort recherchée. Les bergères qui rechignaient en semaine au labeur acceptaient volontiers cette tâche.

Et pourquoi donc me direz vous ?

Eh bien par une petite historiette je vais vous en conter la raison.

Armance Tailler demeurait en ce beau 19ème siècle finissant au hameau de la Gendronnière sur la commune du Girouard née en 1881 d’un couple de métayer elle allait sur ses 18 printemps.

En ce mois de juin elle se porta volontaire pour garder les vaches. Elle destina son troupeau à un pâti à proximité de la ferme. Les vaches n’ayant que le souci de se repaître, elle s’installa sur un tapi de genets et attendit . Elle était bonne aise, doux matelas, soleil et ombrage . Elle pouvait donc attendre en toute quiétude l’arrivée d’un galant éventuel. Les dimanches précédents plusieurs garçons l’avaient raccompagnée et lui avaient même volé quelques baisers. Elle n’avait point accepter la visite de garçon dans sa chambre alors que sa sœur avait déjà abusé du procédé.

Alors que plus d’unes avaient remonté leurs cotillons à 18 ans elle avait été presque sage. Au vrai elle attendait avec impatience un garçon nommé Victor Martineau , domestique de ferme à la Florencière chez Joseph Rousselot sur la commune de la Chapelle Achard.

Quand il arriva ce fut un enchantement et Armance fort troublée. Victor de 9 ans plus âgé prit les choses en mains ( si j’ose dire ). Bien à l’abri des regards ils commencèrent à échanger des baisers langoureux, la fièvre des corps leurs vint et de tendres caresses furent échangées.

Armance se porta bien souvent volontaire et les deux amoureux sous couvert de la haie protectrice s’aimèrent bien d’avantage. Il y avait déjà plusieurs dimanche que Victor avait passé la main sous les jupons de la belle mais ce jour de sa main expérimentée, il fit découvrir à Armance la volupté. Ne voulant point être en reste, Victor guida son amoureuse sur le chemin de la réciprocité.

Semence avait coulé hors du sillon, pas de danger.

Victor fit une demande qui après avoir été agréée amena aux épousailles .

Toujours à l’abri du pâtis il purent en faisant attention mettre Rameau avant Pâques, vierge et honnête pour tous elle avait tout de même goûté au plaisir d’un amour débridé.

Armance retrouva tel dans l’amour conjugal les même transes de bonheur, plus de haies, plus de genets, libre jeunesse envolée.

Ils se marièrent et n’eurent que peu d’enfants mais cet amour paysan a fait jaillir un certain nombre de descendants dont ma tendre moitié est issue.

Chaque bergère était reine en son pâti, recevait qui elle voulait. Les galants pouvaient être parfois en grand nombre et cette sorte de cour pouvait durer plusieurs années. Les mères qui avaient gardé les vaches en leur temps prodiguaient des conseils et n’ignoraient rien des amours des champs. Les pères qui avaient arpenté toutes les haies des villages environnant ne redoutaient que les grossesses intempestives et le déshonneur

Ces amours champêtres finissaient presque toujours par un mariage, la jeunesse était terminée il fallait maintenant enfanter.

Libre de s’aimer hors le coït, ces coutumes jamais vaincues par le clergé moururent de leur belle mort avec les changements de mentalité et la fin du 19ème siècle en  »1914  ».

LES AMOURS AU CABARET, LA DÉCOUVERTE DE LA SEXUALITÉ

 

Victoire, petite paysanne de 21 ans aimait tout particulièrement cette journée de la semaine.

Dans la grande pièce commune, nue jusqu’à la taille elle faisait sa toilette du dimanche. L’eau puisée au puits avait été chauffée dans l’âtre de la cheminée. Versée dans une bassine de fer blanc ces quelques litres serviraient bien pour l’ensemble du corps. Elle commença par le visage, frotta vigoureusement sa ferme poitrine puis sa sœur Marie lui nettoya le dos. Pour la toilette du bas, elle remonta son jupon et passa négligemment sur ses parties intimes. Il est vrai que seules les femmes de mauvaise vie étaient sales à cet endroit.

N’ayant dévoilée son anatomie que partiellement, elle revêtit ses plus beaux atours. Marie sa sœur se déshabilla à son tour et procéda de même, sauf quand toute impudicité elle se mit entièrement nue, Victoire se récria qu’une honnête fille ne se mettait jamais entièrement nue.

Une fois les deux filles prêtes, elles quittèrent la métairie pour se rendre à la messe. La ferme que tenait son père se situait au hameau du Beignon sur la commune de Sainte Flaive des Loups. Elles n’étaient pas seules sur le chemin qui les menait à l’église. De nombreuses paysannes en une sorte de procession s’acheminaient en devisant. Au fur et à mesure qu’elles arrivaient sur le bourg, rejointes par les filles des nombreux hameaux du village, elles formaient un groupe assez compact.

Victoire dont la piété n’était pas contestable aimait se rendre à l’office du Dimanche puis aux vêpres, elle n’était pas seule à piétiner d’envie de se rendre aux sermons du père Fumoleau, sa petite sœur Marie âgée de 17 ans en frétillait également d’impatience.

Elles pénétrèrent dans l’église et se placèrent du coté de la nef des femmes. Les hommes endimanchés et chapeaux bas étaient placés de l’autre coté de l’allée centrale. La messe commença, le curé et son vicaire officiaient, chacun recueilli les écoutait. Pour dire la vérité seules les mères étaient attentionnées, les filles n’avaient d’yeux que pour les garçons qu’elles jaugeaient d’importance.

Victoire depuis quelques dimanches n’avait que d’attention pour Barthélémy, il lui avait déjà posé la main sur l’épaule, l’avait déjà raccompagnée aux lisières du Beignon et ils avaient aussi échangé quelques baisers. Ils s’échangèrent un sourire, sachant qu’ils se retrouveraient à la sortie de la corvée paroissiale . La petite Marie avait quand à elle les yeux posés sur l’ensemble des garçons, elle verrait bien à la fin de l’office si un garçon se présentait.

Barthélémy Proux natif de La Chapelle-Achard a 27 ans en cette année 1881 il est employé chez Auguste Daviau à la métairie de la Primetière commune de Sainte Flaive des Loups. Il est gagé comme domestique de ferme. Un peu noceur, mais travailleur il est connu dans le village bien que n’y étant pas né.

Son père est mort et sa mère est remariée avec le métayer des Crépaudières sur La Chapelle, il a donc pas mal de frères et sœurs nés des deux mariages de sa mère.

C’est enfin la délivrance, Victoire sort avec sa sœur, leur mère reste en retrait avec les autres parents.

Barthélémy s’est éclipsé, mais Victoire sait où le rejoindre.

Pour Marie les choses se passent à merveille, un garçon lui pince le bras, elle résiste il l’attire de force vers lui, Marie ne résiste, cela vaut acceptation et elle suit son galant.

Victoire avec d’autres filles pénètrent dans le lieu de leur rendez vous, une grande pièce avec des tables et des bancs c’est le cabaret du village

Elle s’assoie à coté de Barthélémy et le patron vient leur servir une liqueur. Tous les couples font de même et bientôt chacun s’enlace, les corps se serrent et les bouches se mélangent. Victoire adore ces embrassades, son corps est tout à Barthélémy qui maintenant la caresse sans plus de façon.

Il est expert en ce genre de joutes et Victoire ressent des sensations encore inconnues. Il n’est plus que le temps de se mettre un peu à l’écart. A l’étage deux chambres sont à la disposition des clients, des bancs, des lits. En montant Victoire aperçoit sa petite sœur fourrageant avec ardeur la bouche de son galant. Cela lui rappelle sa première fois avec un garçon du bourg. Dans l’obscurité il est difficile de trouver place, l’après midi est déjà bien avancé et de  nombreux couples sont à l’ouvrage. En se serrant un peu ils trouvent place sur un lit, pour le couple voisin les amours sont déjà à leur paroxysme. Ils ne s’inquiètent nullement de leur indécence, la robe de la belle est relevée et la main endiablée du jeune paysan s’ active quand à la main de la jeune effrontée elle a rejoint depuis un moment les antres de la culotte de son amoureux.

Au bout d’un moment Victoire et Barthélémy s’adonnent au même genre de plaisir.

Puis peu à peu la pièce se vide et les galants raccompagnent les belles à leur domicile. Marie a refusé que son amoureux du jour la ramène chez elle, il ne lui a point convenu, vivement dimanche qu’elle en essaye un autre. Barthélémy raccompagna Victoire au Beignon. Ils étaient quasiment promis l’un à l’autre, Victoire n’aurait pas accepté de se faire trousser jupon au cabaret si Barthélémy ne s’était pas engagé.

Ces cabarets Vendéens haut lieu des amours Vendéennes étaient un endroit où les amoureux se rencontraient sans contrainte. Un café, une liqueur, des baisers, des caresses et pour les plus en avance ou les plus délurés un jeu de stimulations réciproques.

Ce n’était pas un bordel et les couples n’allaient pas jusqu’au coït. Les hommes ne lâchaient en ces jeux que très peu .Leur semence et le plaisir étaient semble t’ il plus poussés du coté des filles.

J’ai tout de fois un doute sur le sujet et à ces jeux érotiques qui duraient des heures bien malin qui pouvait se retenir.

Là aussi nulle ambiguïté, comme dans les Pâtis et comme dans les chambres les parents étaient consentants. Cet érotisme de la jeunesse était pratiqué en attendant et la plupart des couples qui s’étendaient dans les chambres de cabarets se mariaient dans les mois qui suivaient.

Ouf la morale est sauve.

Puis au nom de l’inexorable moralité et de la pression des édiles ces lieux de perditions retrouvèrent un usage plus commun.

Mais il y a fort à parier que nos grands mamans se soient souvenues avec délectation des libertés de leur jeunesse.

Barthélémy Proux se maria avec Victoire Cloutour à La Chapelle-Achard le 26 juin 1883, la petite Marie se maria au même endroit avec Auguste Ferré , demi frère de Barthélémy le 05 juillet 1892.

Tous reposent en paix à La Chapelle Achard.

 

« EXCUSEZ MOI ON S’EN VA FAIRE L’AMOUR » OU LA VIE AMOUREUSE DE MATHILDE »

Les quatre sœurs GUERIN

 

 

En cette fin de matinée de printemps 1906 les sœurs Guerin cheminaient en direction du hameau de la Gendronnière où se trouvait leur domicile. Comme tous les dimanches elles sortaient de la messe qu’elles avaient été entendre au bourg principal nommé Le Girouard. Cette petite commune de Vendée où coulait tranquillement la rivière du même nom étendait son emprise sur une foultitude de petits hameaux.

Chacun et chacune rentrait donc à son domicile pour y jouir du repos dominical et la jeunesse du village s’égaillait dans toutes les directions.

L’aînée Marie avait 17 ans et sa sœur puînée Mathilde 16 ans, vêtue toutes deux d’une belle robe grise d’un beau tablier et d’une coiffe blanche, elles cancanaient gaiement et parlaient des garçons.

Aucune des deux n’avait encore d’amoureux bien défini alors que bien des filles de leur âge avaient déjà conté fleurette.

A la sortie du bourg alors qu’elles avaient distancé leur mère et les deux petites pestes qui leurs servaient de sœurs un groupe de garçons les attendait.

Les deux petites vierges vendéennes baissèrent la tête en rougissant et allongèrent leurs pas. Les garçons les suivirent et la conversation s’engagea.

Les compères obtinrent l’autorisation d’accompagner les deux petites jusqu’à la Gendronnière, oh non pas jusqu’ à la maison mais tout de même pas très loin.

Il ne se passa rien évidement , simplement du badinage et des roucoulades, Jean et Aimé ne voulant point effaroucher les deux belles.

La même scène se répéta de dimanche en dimanche et les garçons se rapprochaient de la maison, puis vint un jour où il fut convenu que les deux jeunes hommes repasseraient en soirée.

Mathilde et Marie en bredouillant avertirent leur mère que des garçons passeraient au moment du souper . Clémentine qui était passée par cette étape elle aussi, acquiesça avec un sourire et les avisa qu’elle avertirait le père. Elle avait autrefois apprécié cette coutume et elle n’entendait pas en priver ses filles.

La maison possédait comme la plus part des demeures paysannes une grande pièce à vivre et une grande chambre où tous s’entassaient dans une promiscuité que nul ne contestait. Le lit des parents se trouvait à l’angle du fond, celui des deux garçons en face, celui des deux petites de l’autre coté et celui de Mathilde et de Marie occupait le dernier angle disponible. Des rideaux servaient de rempart ultime à la discrétion.

L’après midi fut longue pour les deux adolescentes, le père avec les deux petites se moquaient de ce premier rendez vous.

Le soir tombait, la table fut dressée et la soupe servit, l’appétit des filles n’était guère au rendez vous.

On frappa à la porte et deux benêts passèrent dans l’encadrement.

Charles Guerin les fit asseoir et leurs offrit un coup à boire, comme on se doute la conversation tourna court et les deux garçons se levant sans plus de façon demandèrent au deux filles si elles voulaient bien leur parler.

Elles acceptèrent avec empressement et entraînèrent les deux garçons dans la chambre et refermèrent la porte laissant le reste de la famille autour de la table.

Matilde s’installa avec Jean aux pieds de son lit, Marie et Aimé s’installèrent aux pieds du lit des petites sœurs.

Les deux couples engagèrent la conversation et bientôt dans la chaleur de la pièce les garçons s’enhardirent à voler des baisers. La nuit était maintenant tombée et les petits bécots du début avaient laissé place à de francs baisers langoureux.

Les amoureux furent dérangés par les deux petites qui vinrent se coucher, mais Élisabeth et Augustine habituées à la discrétion ne troublèrent nullement les embrassades des tourtereaux.

Jean devint rapidement entreprenant et caressa sa belle, elle dût le freiner, nous n’en étions qu’au premier rendez vous.

Du coté du couple Aimé et Marie les choses avançaient avec promptitude et la main du garçon goûtait déjà la douce quiétude de la peau de Marie.

Mais avouons le, Marie avait menti à sa sœur et elle connaissait déjà intimement son prétendant pour l’avoir reçu en son pâtis lorsqu’elle gardait les vaches.

Les deux parents se couchèrent sans que les deux couples ne cessent leurs embrassades. Mais au bout d’un moment la voix de Charles se fit entendre.

 » o serat le moument de dételàe de boune eùre  »

Les deux garçons sur la pointe des pieds sortirent de la chambre et l’on convint de se revoir le dimanche suivant.

Les deux filles bien énervées eurent du mal à s’endormir.

Le dimanche suivant un scénario un peu différent se présenta, Jean et Aimé peu discret dans la semaine avait battu campagne sur les douces embrassades des sœurs Guerin.

Au moment de la soupe 4 garçons se présentèrent, Charles amusé les fit asseoir. Après les civilités un gars de la Chapelle Achard se leva et demanda à Mathilde si elle voulait aller faire l’amour dans la chambre, elle accepta et Jean en resta comme deux ronds de de flan. Bientôt rejoint par Marie et un nouveau gars de Sainte Flaive, les jeunes gens s’installèrent aux pieds des lits. Mathilde avait en une semaine prit de l’assurance et embrassa vivement le jeune prétendant.

Mais cette nouvelle bouche ne lui plut guère et elle le congédia, ce dernier de bonne grâce laissa sa place de nouveau à Jean. Marie la sœur hésita longtemps mais changea aussi de galant.

Le manège se répéta de dimanche en dimanche et Mathilde essaya pas mal de gas du pays, mais chaque fois elle revenait au doux Jean qui bon gars acceptait la coutume d’essayage.

Puis vint le jour où le choix fut fait et des embrassades bien sages l’on passa aux choses sérieuses.

Cette coutume incroyable qui ressemble un peu au  » maraichinage  » était acceptée par tous et les parents laissaient leurs enfants presque aux yeux de tous, essayer différents garçons. Le cadre familial était rassurant, les garçons connus, tout était sous contrôle ( presque )

Les garçons obtenaient les rendez vous après avoir raccompagné les belles de plus en plus près de chez eux, mais parfois y venaient spontanément.

Les filles avaient libre choix d’accepter ou non et visiblement ne se privaient pas d’en accepter un certain nombre.

Ces petites ingénues se devaient de respecter deux choses, jamais sur le lit et pas de coït. L’ éventail des possibilités était large. Les plus sages se contentaient de la simple exploration linguale, d’autres plus délurées poussaient jusqu’aux caresses . Pour les moins sages, les culottes étaient ôtées et l’auto stimulation pratiquée.

Les parents donnaient leur accord tacitement comme leurs propres parents leurs avaient donné le leur.

Il ne semble pas que le nombre de grossesses illégitimes fut particulièrement élevé. Les couples tout en assouvissant leurs envies ne passaient que rarement à l’étape ultime sans être mariés.

Comme pour le Maraichinage, la masturbation réciproque n’intervenait qu’en fin de processus pour les bons à marier et pour faire patienter.

Il n’empêche qu’il devait bien être gênant de s’embrasser à bouches que veut tu et voir plus alors que les petits frères et sœurs puis les parents étaient couchés à proximité.

Ne nous formulons pas non plus de l’expression  » veux tu faire l’amour dans la chambre  » ce n’était pas une invitation sexuelle.

On voit donc que nos ancêtres ne versaient guère dans la pruderie, accepteriez vous que vos enfants roucoulent aux pieds de votre propre lit !!!!!!

PS : Mathilde épousa Jean Marie Proux et Marie épousa Aimé Raffin, il est évident que l’arrière grand mère de ma femme ne raconta point ses ébats amoureux à ses descendants mais il me plaît assez de penser qu’elle respecta cette belle coutume d’essayage.

Source :  » Amours d’autrefois  » de Michel Gautier et les  » amours paysannes, amour et sexualité dans les campagne  »de Jean Louis Flandrin.

Photo : source personnelle