UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 24, le foin au fenil

 

Le matin du jour suivant changement d’équipe, j’étais avec mon petit frère, on alla retourner encore une fois notre herbe coupée, la pissette de la veille au soir n’avait en rien affecté le séchage et en fin de matinée avec une fourche nous avons commencé de retourner l’herbe afin qu’elle sèche complètement. Cette opération fut reconduite plusieurs fois, mais il faisait si beau que le séchage serait de qualité.

Les journées s’enchaînaient avec une belle régularité, fatigue, crasse, mais bonheur de pouvoir fournir à nos animaux une belle nourriture.

Après que l’herbe fut bien sèche, avec de grand râteaux on s’employa à faire ce que nous appelions des mulons.

C’est à dire que nous regroupions en tas le foin pour en faciliter le ramassage. J’aimais ces longs traits comme dessinés sur le vallonnement. Si l’on avait pu prendre un peu de hauteur nous aurions vu dans tous les champs environnants la même peinture tracée dans le tableau d’un grand maître.

On pratiqua ainsi sur l’ensemble de nos terres et comme des fourmis se mouvant à la recherche incertaine de nourriture tous les artisans de la vie de notre campagne en firent de même.

Mais bon, nous n’avions pas œuvré pour faire ces jolies rangs pour rien et il fallait bien rentrer la récolte.

Les hommes attelèrent la grande charrette avec nos quatre bœufs, elle m’avait toujours paru immense, comme une grande nef d’église. Mon père l’entretenait comme un bourgeois entretenait sa danseuse, avec faste, avec fierté. Elle rutilait comme si elle était neuve, une perle, une beauté, mon père passait sur le bois sa main comme il caressait la croupe de ses bœufs et celle de Marguerite.

D’ailleurs les bêtes ne valaient pas moins que cette dernière dans l’esprit du père, c’était ses enfants et à n’en pas douter, ils avaient reçu plus de caresses que nous. Bien forts , bien nourris, bien pansés, ils attendaient soufflant d’impatience comme si ils connaissaient l’importance de la tâche qu’on allait leur demander. Papa disait qu’ils avaient une conscience presque humaine, qu’ils savaient tout,qu’ils comprenaient tout. C’était peut-être un peu exagéré mais néanmoins moi aussi je les trouvais beaux. Le lourd charroi s’ébranla mais pour l’instant malgré sa masse il n’était que légèreté.

A la prairie, l’on s’organisa, mon père en maître de ballet ou en général d’armée distribua les rôles.

Il fallait avec art charger le foin pour qu’il ne chût pas sur le chemin périlleux du retour.

Bientôt environnée d’un halo de poussière d’herbe, recouverte de la suave odeur de printemps la charrette se remplissait. Nous faisions des pauses régulières, l’eau fraîche d’une source nous désaltérait avec abondance. Le père préférait sa piquette car il disait que l’eau glacée nous tomberait sur le ventre. A large rasade il vidait sa gourde,le liquide rosé lui coulant des lèvres en un léger filet qu’il essuyait négligemment d’un revers de sa manche de chemise. Pendant que les hommes chargeaient moi je ratissais pour ne rien perdre du précieux aliment. Je voyais qu’on surveillait mon ouvrage et je m’appliquais pour ne pas recevoir les remontrances paternelles.

Les bœufs avaient déjà bien du mal à avancer alors que tout le foin n’avait pas été ramassé. Cela formait un échafaudage brinquebalant. Antoine en équilibre sur le sommet dansait dangereusement, pourvu qu’il n’y ai pas de drame.

Père mettait un point d’honneur à ce que toute l’herbe de son champs tienne en une charretée.

La journée ne finissait pas avec ce chargement car à la métairie il faudrait bien le mettre dans le fenil;

Le foin serait rangé au dessus de l’étable à l’endroit ou dormaient mes frères, leur chambre s’en verrait considérablement rétrécie, mais ils ne s’en plaignaient guère. Ce ne fut que débauche de fourchées, tout le monde avait hâte que la journée finisse. Je fus envoyée dans le fenil pour tasser le foin uniformément. Je montais gaillardement l’échelle et je m’aperçus trop tard que mon mari et Aimé étaient dessous. Autant vous dire qu’aucun des deux ne perdirent une miette du spectacle que leur offrait mon cul blanc. Stanislas en rajouta de sa voix de stentor et entonna une chanson gaillarde pour illustrer la jolie scène. Quand tout fut retiré de la charrette, il monta me rejoindre et voulut me montrer qu’il avait encore des forces malgré la dure journée de fenaison. Je n’avais guère envie, il faisait chaud, trop chaud pour l’amour même si il faut bien le dire l’odeur du foin était un appel à la sensualité. Cela ne se fit pas car Antoine passa vicieusement sa tête par l’ouverture appelant son beau frère pour une stupidité qui coupa ce dernier dans son élan.

Bien sûr nous avions d’autres prairies à faucher, d’autres périples à effectuer sur les chemins caillouteux. Suivant l’importance des métairies le fauchage irait bien jusqu’en juillet, mais nous petites gens, nous aurions au pire fini la semaine prochaine. Papa était content, normalement nous pourrions alimenter nos animaux.

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 24, la fenaison

Nous y étions enfin, la maison s’agitait , le père s’était levé avant moi et m’avait délogé en disant debout les feignants. Vous parlez que j’étais contente d’un tel début de journée. Mais bon je lui pardonnais c’était les fenaisons.

J’avais préparé une solide soupe, bien épaisse, grasse de couenne de lard. Les hommes la lapèrent goulûment avec bruit de succion. Nous en étions à celui qui ferait le plus de bruit et Stanislas très gai . Le père mais avec parcimonie leur versa un verre de blanche. Aimé pauvre drôle s’étouffa à moitié, Antoine lui tapa dans le dos en lui disant tu n’es qu’une fillette, si il savait ce que la fillette faisait dans la grange, mais bon chacun ses secrets.

Il faisait encore nuit que chacun était dehors à aiguiser encore une fois sa faux. Papa était inquiet comme tous les chefs d’exploitation. L’herbe était bonne à couper, le temps était idéal, mais les variations climatiques pouvaient arriver même au mois de juin. La preuve en était cette averse très forte qui avait retardé tout le monde presque une semaine.

Mes bonhommes partirent, comme des militaires au défilé, au pas, formant une troupe, bien sûr le chef et son fils en tête. Antoine n’aurait jamais laissé un domestique en ce jour se porter à hauteur de son père. C’était fierté déplacée nous avions tous le cul terreux. Stanislas discutant avec Augustin s’était déjà laissé distancer, je crois qu’il le faisait exprès. Venait ensuite la fillette dont le corps à la poitrine glabre me revenait en esprit. J’irais les rejoindre toute à l’heure pour leur apporter une collation. De chaque métairie partaient ainsi des grappes de travailleurs. Les plus grosses exploitations avaient loué des journaliers. Nous, depuis l’accident de Victor le surplus de travail était réparti sur chaque épaule. Nous en aurions pour un moment et je surpris même mon père se signer afin que notre Seigneur par sa bonté infinie nous gratifiât d’un temps magnifique.

Ce matin là je fis flèche de tout bois et ayant fini mon labeur je me permis de m’asseoir un peu avant d’aller ravitailler mes hommes.

Le soleil me chauffait délicatement et je faillis m’endormir sur ma pierre, c’est mon chat qu’on surnommait gros noir qui en me frôlant les jambes me fit sursauter.

Je pris mes paniers, dans l’un le solide pain, du fromage et même une saucisse, sèche, odorante et appétissante. Dans l’autre bien plus lourd les litrons de ces messieurs.

Quel magnifique spectacle que ces hommes avançant sur un seul rang, comme commandé par une seule main. Invariablement leur faux s’abattait en même moment en un seul mouvement. Leurs bras forts et musclés maniaient avec élégance leur outil. Même Augustin avec son corps de fille ne dénotait pas dans le tableau, il semblait simplement plus léger , plus aérien.

Au commandement de mon père chacun s’arrêtait et aiguisait sa lame. A la ceinture tous portaient un étui de bois qu’on appelait coffin, à l’intérieur les ouvriers y tenaient leur pierre à faux. Au fond un peu de paille et d’eau pour que la pierre soit humide et aiguise mieux la grande lame de la faux.

Chacun avait ses secrets pour bien entretenir sa lame et je me souviens des colères du père quand Antoine et Augustin n’aiguisait pas comme il le fallait.

Bien sur de temps en temps il fallait aussi battre la lame et de tous cotés on entendait le bruit du marteau s’abattant sur la lame de la faux calée sur l’enclumette. Cette opération demandait un certain savoir faire mais l’efficacité de la coupe dépendait bien sûr du coupant de la faux. Je les aurais regardés des heures, mais ils m’aperçurent et papa donna l’ordre de manger. Stanislas s’enfila d’une traite la moitié d’une bouteille de vin, heureusement qu’elle ne tirait pas fort et ensuite alla rejoindre la file des pissous. Oh que c’est vilain cette rangée de grossiers plaisantins tenant leur affûtiaux et qui rigolaient comme des drôles à celui qui pisseraient le plus loin. Stanislas décidément en forme me prit par la taille et me déposa un baiser humide sur la bouche. Cela me retourna complètement, il sentait l’odeur forte de la transpiration,il se confondait avec les flagrances de l’herbe coupée. Ses cheveux collés par la sueur étaient gris de poussière. A ce moment j’eus envie de lui, c’est indescriptible comme mon corps le réclamait, je ne regardais même pas Aimé et je ne pensais plus à Céleste à Victoire ni à quiconque d’ailleurs.

Était-ce l’odeur des foins coupés, la chaleur, la rasade de vin frais, la puanteur de l’homme qui me retournaient les sangs et les sens.

Au yeux de mon mari j’ai vu qu’il avait remarqué mon trouble, si nous avions été seuls l’issue aurait été fatale. Ils reprirent leur travail et Stanislas me chuchota une bêtise à l’oreille en reprenant rang.

Moi je savais que la magie était terminée, que l’odeur du Stanislas se ferait ce soir écœurante et que la triste voûte de notre alcôve serait moins enchanteresse que ce tapis d’herbe fraîchement coupée.

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 23, La laideur de la céleste.

Beaucoup de paysans vivaient de la vente du lait, cela nous dégageait quelques liquidités, oh pas grand chose, de toutes manières nous n’avions besoin de rien.

Ce n’est pas que je ne voulais pas mais l’idée d’aller au château pour amener le lait à notre seigneurie me rendait un peu furieuse. Je n’en avais pas après notre maître bien sûr car il était bon, mais il y avait de grandes chances pour que je rencontre celle qui m’avait volé  mon mari.

Je ne savais comment je réagirais, et surtout cela me tourmentait énormément.

Rien que de savoir que je devais faire ce déplacement j’en avais mal au ventre.

Le château se trouvait à l’entrée du village, il m’en imposait, enfin il nous en imposait à tous. D’abord le propriétaire possédait la moitié des terres environnantes et nous lui devions notre travail et nos maisons, ensuite la demeure nous stupéfiait par sa taille et sa munificence.

La bâtisse était  de style renaissance, renaissance de quoi mystère? Enfin bon elle avait trois étages, un nombre de fenêtres incalculable, surtout pour moi qui ne savais pas compter, mais gardons cela pour nous. Les ouvertures n’étaient pas comme dans nos métairies, grandes et hautes avec des meneaux.

Je restais aussi béate devant les cheminées, une vraie forêt. Le lierre qui recouvrait presque en entier la Guignardière lui donnait un petit air de maison abandonnée, c’était beau et chaque fois que j’approchais de ces murs mes jambes flageolaient un peu.

Le parc n’avait rien à envier à la construction, des grands arbres, une pièce d’eau où l’on pouvait mener sa barque et des communs où nous autres les gueux nous aurions pu vivre à cent. La Gaborinière était couverte de chaume comme beaucoup de toits par chez nous, par contre ici c’était de l’ardoise, cela reflétait à la lumière comme une étendue d’eau sous le soleil de midi.

Madame la femme de monsieur se nommait Clémentine, elle avait du goût et un amour pour les arbres qui venaient des contrées lointaines. Elle en avait disposé harmonieusement dans tout le parc, on ne voyait ces espèces qu’ici, cela était à la fois inquiétant et féerique.

Elle était la fille de monsieur notre propriétaire Victor Parfais Luce de Tremont qui était receveur des finances de Vendée et elle était mariée avec monsieur Juchereau Denis Amédé.

Lui on ne le voyait pas beaucoup ou alors de loin sur son cheval ou dans sa voiture attelée. Il allait certes à l’église, mais il s’entourait d’un tel manteau d’importance qu’il semblait n’être pas parmi nous. Il croyait sans doute être supérieur ,l’était sans doute par le poids de sa bourse mais l’était-il par son âme.

Lorsque j’arrivais je croisais le jardinier, Baptiste Rivière, il ratissait l’allée qui menait au somptueux escalier en fer à cheval. Un ancien soldat des armées de l’empire nous disait qu’au château impérial de Fontainebleau il en existait un bien plus grand et bien plus beau mais bon il serait vint de comparer la Guignardière à un château de roi.

Le Rivière, il me toisa comme si il était le maître, il faisait moins le malin quand il croisait Stanislas.

C’était  fou comme les domestiques de château s’identifiaient à leurs patrons, ils devenaient aussi fats et vaniteux qu’eux.

Bref sans même me dire bonjour il me désigna l’office. Là bas la grosse Hortense sa femme m’attendait les mains sur les hanches comme si l’avenir du monde reposait sur mes pots à lait.

Elle était peu amène,une vraie saloperie qui venait de la grande ville et qui comme son mari tentait d’épouser une allure aristocratique.

Tapie dans l’ombre la cuisinière Marie Gueriteau, forte femme, courte des jambes et dont la poitrine d’une opulence de prince débordait en cascade rebondissante de son corsage. Elle paraissait âgée mais au village on disait qu’elle était encore de bon commerce avec les hommes. Pour les hommes je ne sais pas mais ce débordement de gras et de chair me dégoûtait bien un peu. Mais je m’égare. La cuisinière était contrairement aux autres, toute bienveillance et lorsque des ventres creux se présentaient à l’office, ils en repartaient les mains bien garnies. Elle me salua gentiment et me demanda des nouvelles de ma petite.

Alors que j’allais repartir je tombais enfin sur l’objet des désirs de mon mari. Les bras m’en tombèrent, je n’avais pas fait la relation. Ce n’était que la Céleste, la fille de peine, une bonniche de bas étage. Antoine disait même qu’elle avait été paillasse à soldats avant d être sortie du ruisseau par madame qui souvent faisait œuvre de charité.

Je la fixais comme on fixe un ennemi, rien en elle était joli, son visage déjà rougeaud, un nez fort, une bouche mauvaise aux dents gâtées. Seules ses yeux sauvaient sa vilaine face on eut dit qu’elle les avait volés à quelqu’un. Plutôt grande, d’une corpulence de palefrenier, mais sans poitrine. Mon dieu qu’un homme devait s’embêter à jouer avec de si petits tétons.

Son aspect n’avait donc rien de bien plaisant et je me trouvais désarmée devant elle, comment lui en vouloir. Mais mon cerveau me jouait des tours, j’étais arrivée avec le secret espoir de la battre et maintenant je ne la considérais plus comme une voleuse d’hommes parce que c’était un laideron. Vraiment il fallut que je me fasse violence pour ne pas en avoir pitié.

Sur le chemin du retour mon raisonnement changea et je la voyais maintenant toute honte bue, nue devant mon mari et le satisfaisant avec amour et technicité.

C’était décidé la prochaine fois que je la voyais je lui extirpais les boyaux de son ventre de femme à homme marié.

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 23, nettoyage de printemps

 

Nous allions maintenant rentrer dans le mois de juin, ce n’est pas forcement la période que je préférais, la lumière commençait à être trop vive, j’aimais mieux la douceur du soleil d’octobre ou bien la pâle lueur des journée encore fraîches de la fin mars. Les fortes chaleurs me plaisaient moins que les fraîcheurs automnales. Bon ne boudons pas quand même pas le divin spectacle des blés qui se paraient de leur belle couleur blonde. On pouvais par cette vision des épis ondulants s’imaginer l’odeur de bon pain, celle qui résulterait de l’alchimie des savoirs. Connaissance et amour des terres du métayer, techniques ancestrales du meunier et la fusion de l’ensemble par la cuisson réussit réalisée par l’artiste boulanger.

J’étais une sorte de poétesse ou plus simplement une contemplatrice de notre nature. Je n’étais pas la seule , vous auriez du voir mon père qui triturait les épis de ses blés . Il s’agenouillait au milieu de ses terres comme il se serait agenouillé à l’église, il reniflait en expert le fruit de ses récoltes, jamais une femme n’avait pu être gratifiée de pareilles attention. Il était amoureux, fou amoureux de la moindre plante qu’il avait semée. C’était beau et moi je lui portais une certaine vénération pour cela. Le savoir fou de son travail, le savoir s’occuper de ses sillons comme un orfèvre cisèle un bijou me comblait d’aise. C’était Jacques Herbert , c’était mon père.

Il était fondamentalement différent de mon mari. Stanislas savait pour sûr travailler aussi, mais il ne le faisait pas en amoureux, il le faisait comme un employé. La terre n’était pas sa compagne mais sa patronne. Il y puisait sa subsistance mais pas l’essence de sa vie. Il était plus jouissif, plus joueur, il fuyait la terre lorsqu’elle ne l’appelait plus alors que père s’y vautrait langoureusement comme un amant dans la couche de sa maîtresse. Forcément la nature rendait au centuple à mon père l’amour qu’il lui portait, alors que les champs semés par mon mari paraissaient comme vexés d’avoir été piétinés par les sabots impurs de Stanislas.

Cela le foutait en rogne surtout lorsque mes frères se moquaient , en fin du moins Antoine car Augustin ce genre de considération lui passait au dessus de la tête.

Sa réputation en était aussi amoindrie et franchement je ne sais pas si sans mon père on confierait une métairie à Stanislas. Cela on le verra bien mais je crois que j’allais déchanter dans les années à venir.

Les journées étaient belles en juin sans aucun doute mais en contre partie très très longues. Nous nous levions vers 4 h 30 pour que les hommes soient au champs dès la levée du jour, pas une minute à perdre. Le soir nous ne nous couchions jamais avant que la lune en sa lueur ai remplacé les rais du soleil. Nous étions épuisés et nous ne faisions pas long feu. En ces soirées je rêvassais moins, mon esprit allait à l’essentiel et comme Stanislas je m’écroulais dans un court sommeil tourmenté par l’idée que le lendemain il faudrait recommencer.

En cette période de l’année je faisais aussi mon grand nettoyage dans la maison, je fis tout sortir par Augustin, table, buffet,coffre et lits.

Je balayais soigneusement, par endroit la terre battue était humide et cela collait au balai de paille .

Même au plus fort de l’été on eut dit que la maison respirait et qu’elle exhalait quelle vapeur. L’atmosphère restait donc toujours chargée d’une humidité de grotte.

Il était aussi le moment de refaire nos paillasses, nos matelas étaient fait de grands sacs que l’on bourrait de paille d’avoine. Chaque mois je la retournais et je la tapais mais bon là il était grand temps de la changer car nous sentions le bois. Pendant que j’ôtais cette poussière mon frère était chargé de chauler les murs intérieurs de la maison. A l’aide d’un grand pinceau il barbouillait le bas des murs d’un lait de chaux que mon père avait acheté. C’était comme un rituel mais cela contribuait à assainir notre habitat. Certes ce n’était pas le château de la Gribaudières et le docteur qui était venu une fois nous visiter avait dit que nous vivions dans un trou à rat et que ce n’était pas étonnant que l’on meurt de maladie chronique. De quoi voulait-il qu’on crève cet idiot?

De plus ce cher bourgeois avait rajouté que nous étions pires que des bêtes à nous entasser dans une seule pièce et que les incestes répétés faisaient de nous des tarés. Si je n’avais pas été aussi respectueuse de sa condition je lui aurais bien craché au visage, pour qui nous prenait-il ce gougeât.

Le soir quand tout le monde est revenu la maison sentait le propre, j’avais laissé la porte ouverte en grand, avec comme inconvénient que les poules s’enhardissent à rentrer.

Il restait aussi le problème de la cheminée qui tirait mal, la fumée noircissait la pièce et parfois quand il y avait du vent des volutes acres nous faisaient tousser. Mais bon il fallait bien s’en accommoder, en période de froid pour nous chauffer et le reste du temps ma fois pour faire cuire nos aliments. Outre le fait que je crevais de chaud à m’affairer autour de ma marmite j’étais constamment asphyxiée. Ce qui me valait parfois les douces réflexions de mon mari, tu sens le graillon ou bien tu t’es endormies le cul dans la cheminée.

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 22, le paradis

 

Ainsi la corvée de linge se trouvait transformée en fête pour nous. Dans chaque maison l’eau chauffait et les senteurs de propre envahissaient l’atmosphère se mélangeant avec un raffinement exquis au parfum des fleurs sauvages qui maintenant pullulaient.

La journée était finie, il convenait de faire refroidir le linge.Le lendemain ont repris notre labeur et par opposition avec la chaleur de la veille nous appelions ce moment là  le paradis. Ce n’était pourtant pas une journée facile.

On retira du cuvier tout le linge, il fallait l’emmener à la rivière pour le battre et en extraire toute la lessive. Ensuite nous le rincions à grande eau et nous l’essorions. Nous mettions le linge dans une grande brouette et dans des grands paniers. C’était lourd et là encore on se retrouvait entièrement trempées. Heureusement la rivière n’était pas très loin, malheureusement pour nous la meilleure place était prise et il s’en fallut de peu pour que Marie Jeanne comme une poule qui protégeait ses petits ne se mette à piquer du bec pour un emplacement qu’elle considérait indûment comme le sien.

On alla finalement plus loin, le problème était récurent et des demandes avaient été faites à la mairie pour qu’on nous construise un lavoir. Le spectacle de tous ces culs féminins penchés sur les rives de notre ridicule cour d’eau était un brin comique. Il y en avait des petits , des gros, des durs, des mous, des culs de pucelle et les postérieurs de celles qui avaient de nombreuses fois vu le loup.

Cela chantait, criait , rigolait, une société en miniature, groupe de femmes que rien ne retenaient, sans tabou, ni religion, une fraternité de dures au mal. Seuls quelques jeunes gamins impubères étaient tolérés en ce harem de vendéennes, il eut été dangereux pour un homme de s’ immiscer parmi nous. Une vieille au visage tanné qui avait connu la révolution nous racontait un jour qu’un meunier du voisinage voulant se rincer l’œil,c’était en un tour de main retrouvé tout nu et jeté au ruisseau.

Nous ne savions si cela était racontar ou pas,  mais la cacochyme se refusa à nous révéler le nom du bonhomme. Alors nous pour rigoler nous citions tous les meuniers que nous connaissions. Chacune rajoutait quelques choses à ces évocations savoureuses.

Battu, rincé, le linge se devait d’être propre,il était la vitrine de nos ménages et plus d’une réputation tombait devant un drap taché. Un linge peu soigné valait une réputation de souillon au dessus comme en dessous. Le plus dur était encore l’essorage, pour les grosses pièces nous nous mettions à chaque bout et on tordait. Mon Dieu quel bon moment.

Dans la semaine nous avions fait le linge des trois ménages, cela faisait quand même un gros tas, heureusement nous avions dans l’ensemble des armoires bien remplies. Le lin grossier de nos draps et torchons était inusable et nous le cumulions de génération en génération.

Nous autres, Louise, Marie Jeanne et moi qui partagions la lessive, nous avions donc peu de secret entre nous, l’intimité du lavage de nos culottes nous rapprochait infiniment. Nous étions comme des sœurs et nous nous faisions confiance. C’est d’ailleurs Louise qui m’avait prévenue pour Stanislas et Victoire.

Bon ce n’est pas tout mais ce linge il faut bien le faire sécher, c’est Augustin qui pour m’éviter de porter une lourde charge était venu m’aider à ramener nos nippes. Car pensez donc j’avais toujours mon bébé avec moi. Les anciennes ne comprenaient pas pourquoi je ne le laissait pas à la maison. Cela j’avais du mal a mis résoudre et je ne le faisais que très rarement.

Augustin eut droit à quelques commentaires salaces, moi j’aurais aimé que l’une de ces veuves l’attire dans ses rets et le déniaise pour qu’il sache qu’il n’ y avait qu’une inclinaison possible.

A la maison j’étendis mon linge pour qu’il sèche bien sûr et qu’il blanchisse. Ma plus grande pièce celle dont je me servais pour les grands repas des moissons, je l’étendis à même le grand pré. Elle serait prête à être rentrée le soir même. Pour le reste j’en mis partout suspendu à la haie, sur la barrière qui mène au jardin. Une procession n’aurait pas eu autant de tentures que métairie en lessives. Moi je trouvais que cela donnait comme un air de fête à notre chez nous.

Au fait je ne crois pas vous l’avoir dit,mais ce troisième jour se nommait le paradis. Cela allait que nous étions fin mai car l’eau du ruisseau nous paraissait douce, mais en d’autres moments il n’en était pas ainsi.

Comme souvent chez nous, on se rassemblait pour fêter la fin de cette buée en un bon repas, chacun pour que les frais soient moins lourds, amena son panier.

Avec la chaleur et le vin nous étions tous un peu alanguis, alors Louise d’une voix qu’elle avait très belle entonna quelques chansons douce d’autres fois

Tout en passant près d’un petit bois (bis)
Tous les coucous chantaient (bis)
Et dans leur joli chant disaient
coucou coucou coucou coucou
Et moi je croyais qu’ils disaient
Coupez y l’cou coupez y l’cou

Et moi je m’en cou cou
Et moi je m’encourais

La journée se termina ainsi, ma petite sœur s’était endormie la tête sur mes genoux, les hommes allèrent donner à boire aux bêtes et nous pour une fois avions la part belle et soyez en sur cela ne durera pas.

Moi j’étais toujours en froid avec mon bonhomme rapport avec ce que vous savez mais un instinct que je ne contrôlais pas me fit doucement rapproché de lui. Il râla que je prenais trop de place et que je lui donnais chaud mais au son de sa voix je perçus que cette chaleur ne lui déplaisait pas.

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 22, le purgatoire et l’enfer

 

Au village et à la métairie la vie se déroulait un peu de la même façon. Les travaux agricoles rythmaient l’ensemble. Même ceux qui ne mettaient pas la main directement à la terre y participaient indirectement. Le forgeron, le maréchal ferrant, le bourrelier, le vannier et j’en oublie sûrement faisaient partie’ intégrante de notre monde. Peut-être qu’ils sentaient un peu moins l’humus et le fumier et que les senteurs fauves du cuir ou celles acres du fer remplaçaient notre parfum à nous.

En saison la campagne était une vraie fourmilière, les hommes et les femmes circulaient beaucoup, un balai de danseurs très bien orchestré. Malgré les apparences chacun avait un but bien précis, de haut nous aurions pu penser que les mouvements étaient désordonnés, mais il en n’était rien.

Chacun aussi avait ses peines et ses joies, les naissances, les morts, les mariages, les engueulades entre époux, les adultères, les beuveries des hommes.

La violence y était latente, bagarre entre hommes ivres, où désireux de posséder la même chose.

Les femmes aussi subissaient beaucoup, les hommes avaient la main leste et il était fréquent de rencontrer quelques femmes tuméfiées. Nous n’étions pas dupes de leurs dires lorsqu’elles invoquaient quelques chutes.

La vie se faisait certes en communauté, mais l’éloignement de certaines métairies , comme la Gaborinière d’ailleurs faisait que des drames pouvaient se jouer sans que nous nous en rendions compte.

Ainsi la mort de Marie Joséphine Verdon, cette pauvre journalière est partie à 28 ans, comme cela sans rien dire laissant son mari dans la désolation. Morte au hameau des Brosses on ne l’a pas su tout de suite, pourtant elle était de notre connaissance puisque parfois papa l’embauchait. Je suis allée voir son veuf Esprit Bellier pour voir si il avait besoin.

Chez nous l’ambiance n’était guère au beau fixe, le père trainait je ne sais où et la direction des travaux s’en ressentait. Mon frère qui n’avait pas encore les connaissances voulait jouer au chef en commandant Stanislas comme un domestique. Si en théorie il l’était peut être,  il bénéficiait tout de même du ventre de la fille du patron, ce n’était pas rien comme statut, cela vous en posait. En général lui n’invoquait pas cela , il faisait comme si, mais moi que l’impudence et la méchanceté de mon frère me révoltaient ,j’entrais dans des colères où crûment je me permettais d’évoquer quelques relations intimes avec le dit domestique. Mon frère n’insistait pas en général et sortait en haussant les épaules, mais je savais que si mon père venait à mourir nous serions jetés à la rue.

Mais en attendant il se faisait tout miel, je lui faisais sa cuisine et lavais ses chemises.

Mais comme je vous l’ai dit il s’en prenait à mon jeune frère et là aussi j’étais la seule à m’opposer à sa méchanceté. Un jour, une querelle les a opposés dans leur grenier et j’ai bien cru qu’Antoine allait tuer Augustin. C’est Aimé qui a arrêté Antoine avant qu’il ne commette un geste irréparable. Nous en étions là avant les grands travaux, qui bientôt allaient commencer.

Moi au niveau de mon couple la froideur était de mise, je ne voulais pas de Stanislas et de ses sales pattes. Lorsque le soir, il se lovait le long de moi et que je sentais son haleine dans mon cou je n’étais que révolte. Bien sûr un soir il me prit, il ne fut pas déçu, je n’y mis aucune volonté, cuisses serrées, bouche cousue, et une sécheresse de planches à cercueil. Je ne sais pas si il apprécié, il fit son affaire mais ne revint pas tout de suite, je l’avais peut-être vaincu.

En parlant de chemise à laver,il était grand temps que je me mette à notre grande buée. Nous en avions discuté avec Louise Caillaud et Marie Jeanne Delhommeau. Il était hors de question que je fasse ma lessive seule alors on décida toutes les trois de se réunir au Violière chez Louise.

Il était bien entendu que nous ferions la sienne puis la mienne et que l’on terminerai par celle de Marie Jeanne. Car voyez vous le travail était éprouvant et surtout très long.

Le jour dit, de bon matin avec ma drôlesse de sœur et mon bébé, on se rendit à la Violière, cela faisait une belle promenade, comme une mise en jambes avant le labeur. La marche ne me faisait pas peur, mais ma poupée me pesait un peu sur les bras.

Arrivée là bas tout était prêt, Jacques avait sorti un grand cuvier en terre et l’avait positionné sous un toit afin que nous ayons moins chaud. Moi à la maison le notre était en bois cerclé comme un tonneau et nous l’avions déjà rempli d’eau afin que le bois gonfle et que l’étanchéité se fasse.

La veille, Louise avait positionné son linge dans la bassine de façon savante, comme nous l’avait appris nos aïeules.Elle  remplit d’eau froide jusqu’à en recouvrir tout l’ensemble Louise en bonne lingère qu’elle était recouvrit le tout d’un drap qu’on appelait cendrier car nous y déposions une belle couche de cendre.

Il fallait faire attention de ne réserver à cet usage que de la belle cendre de bois clair, sinon le linge à qui nous tenions comme la prunelle de nos yeux aurait été irrémédiablement taché. Nous le laissions comme un vieux ragoût ,macérer toute la journée.

Le lendemain on effectuait le coulage, c’est à dire qu’on versait peu à peu de l’eau chaude sur les cendres. L’eau chargée en ces matières s’écoulait par une bonde, nous réchauffions alors l’eau et nous recommencions.

Nous appelions cette journée l’enfer, car les vapeurs d’eau s’échappant du cuvier formaient comme un nuage. Louise avait parfumé son linge avec du thym et du laurier et il montait des flagrances complexes de plantes, de crasse et de cendre. La chaleur provoquée par la vapeur et la température élevée de ce mois de mai faisaient que nous étions couvertes de sueur. Nos corsages mouillés ne faisaient qu’un avec nos peaux , il y avait comme quelques choses de sensuel dans ces corps trempés, dans ces visages échevelés. Le chignon de Louise était tombé et ses cheveux tombaient en cascade sur sa poitrine magnifique offerte au regard par transparence. J’en eus comme un frisson, décidément j’étais bien un peu bizarre sous ma pèlerine de dévote. Marie Jeanne elle était plus attentive à sa tenue et était comme embêtée que l’on devine sa nudité. Peut-être était -elle complexée par une poitrine fort petite, alors que les nôtres respiraient l’opulence. Nous étions un peu grisées par les vapeur et nous disions beaucoup de bêtises. Louise s’ enhardie à me demander si Stanislas avait recommencer la position du sous bois et moi en réaction je lui demandais si elle avait écouté le curé en essayant ce qui était interdit pour certains et toléré par d’autres. En représailles elle m’aspergea comme pour cacher sa honte de l’avoir fait, Mais ce n’était que supputation. La journée passa joyeuse en coulage, en discussions et en casse-croûte. Sans homme mon Dieu ce que nous étions bien. Nous pouvions évoquer certaines choses sans ambiguïté sans que cela tourne à la farce obscène. De toutes façons nous ne pouvions nous montrer ainsi cela n’eut pas .été convenable. Louise la plus costaude remuait avec un pieu le linge

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 21, un sermon contre le pire des péchés.

 

A l’office ce dimanche alors que nous étions tous bien sages en nos travées et que pour une fois les hommes bavards avaient cessé leur tumulte, le père monta en chaire.

Il prit un aspect furibond qui stupéfia l’assemblée, plutôt habituée à son air débonnaire. Nos têtes couvertes de bonnets blanc pouvaient lui faire penser que nous étions un troupeau de moutons attendant la tête basse que le pâtre enclenche la marche. Les hommes qui tenaient pour la plupart leur vaste chapeau à deux mains comme si une force céleste eut voulu le leur prendre baissaient aussi le chef attendant la diatribe.

Alors que les autres ne comprenaient pas moi je sus immédiatement que le sermon du père m’était destinée. Je crus m’enfoncer dans les dalles de pierre froide de notre saint édifice, pour un peu je me voyais enfermer dans une secrète crypte qui paraît- il se trouvait sous le chœur.

Et bien chers frères et bien bien chères sœurs apprenons ensemble ce que fut la punition de Sodome, la ville maudite. En des temps très lointains deux anges se présentèrent en la ville de Sodome, un habitant nommé Loth leur offrit l’hospitalité qui je vous le rappelle est un devoir sacré.

Certains avares qui repoussaient mêmes les ventres creux grimacèrent un peu et gigotèrent sur leur banc.

Lorsque les deux anges furent bien installés, repus et sur le point de se coucher la foule des habitants de la ville entoura la maison et exigea qu’on leur livre les deux anges qu’ils prenaient pour des hommes afin qu’elle les connaisse.

Personne ne voyait trop à quoi il faisait allusion.

Afin qu’il les connaisse charnellement.

Voila qui était plus explicite.

Loth pour contenter la foule offrit ses deux filles encore vierges mais les impures ne voulaient que commercer avec les deux hommes.

Les anges alors permirent à Loth de sortir de la ville et en punition aveuglèrent la population et détruisirent entièrement la ville.

Voyez vous tel acte, est par la volonté de dieu un acte impure et mortel.

L’assistance muette n’osait se regarder de peur de désigner ou de se croire désigner. Stanislas lui prit un drôle d’air me faisant penser que le curé lui avait donné l’idée de commettre ce crime. Ce léger sourire me fit frémir.

En tous cas je fus édifiée sur le sujet et chacun et chacune en parla à demi mot toute la sainte journée.

Louise qui semblait en connaître un bout sur le sujet nous expliqua que cet acte répréhensible  était surtout imputable pour les hommes. Nous la regardions comme hébétées, avait-elle….

La promenade dans Avrillé prit d’un seul coup une autre saveur, un autre intérêt. Les autres groupes de promeneurs, les enfants qui piaillaient, les hommes au cabaret, plus rien ne nous intéressait. Nous étions suspendues aux lèvres de notre amie.

Elle enchaîna, oui entre mari et femme c’était toléré; quoi mais le curé venait de dire que c’était péché mortel.

Oui mais l’église en sa grande mansuétude accepte l’acte.

J’en restais confuse et espérait que Stanislas n’apprendrait pas entre deux chopines de telles inepties.

J’étais maintenant un peu plus armée, un peu plus sûre de moi pour parler franchement à Augustin et lui dire de se méfier de la méchanceté de son frère et des autres villageois.

En soirée j’attendais qu’il finisse une conversation avec Aimé pour l’entretenir sur le sujet. A la vérité j’avais un peu plus de mal que je ne le pensais pour aborder le sujet. Je bredouillais, je rougissais, je suais à grosses gouttes. Il vint à mon secours car il était d’une vive intelligence.

C’est au sujet du sermon du prêtre me dit-il. Je n’eus pas à répondre car il poursuivit son explication. Non il n’avait jamais été touché par un homme, il me le jurait.

Par contre avoua t-il je ne me sens guère attiré par les filles du village. Plusieurs me tournent autour mais aucune n’est en situation de prendre mon cœur.

J’étais soulagée de l’entendre et dans ma tête germait aussitôt l’idée de lui faire rencontrer une femme qui pourrait peut être lui faire aimer les jupons féminins.

Au loin Aimé nous observait, je ne l’avais plus approché depuis ma surprise nocturne. Je n’osais plus, j’étais honteuse.

Au soir mon mari voulut se réconcilier avec moi, il n’en était pas question. Je pris ma petite dans le lit et me lovait contre son petit corps. Elle formait comme un rempart entre moi et la lubricité de son père. Il marmonna un » faudra bien que tu cèdes. »

Moi je lui répondis en grognant « il n’en est pas question, tu n’as qu’à allé voir ta gourgandine ». Foi de Vendéenne jamais je lui céderais.

Je partis dans mes rêveries pendant qu’il ronflait comme une forge, je redéposais Marie dans son petit berceau. Le sommeil me gagna peu à peu mais bientôt je vis une immense ville en flammes, des remparts s’écrouler, des hommes courant en tous sens et s’écrasant comme des mouches sur un verre de lampe. Je vis aussi Augustin nu dans une position que je n’oserais décrire, tout se brouillait. Heureusement le soleil d’un de ses rayons réchauffa ma joue et sonna comme un réveil.

Une autre semaine commençait et j’espérais qu’elle serait plus joyeuse que celle qui venait de s’ écouler.

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UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 21 , Augustin l’efféminé

 

La journée du lundi ne vit pas le retour de mon mari, disparu, comme envolé. Mon père un peu inquiet envoya mes deux frères s’enquérir discrètement si quelques connaissances n’eussent pas croisées le vagabond.

Ils revinrent avec quelques indications, le traître aurait été vu sur le chemin de Poiroux, accompagné d’un boit-sans-soif notoire. Mon père en fut soulagé et en rigola. Moi j’étais un peu moins enthousiaste, après tout c’était l’argent du ménage qui disparaissait dans le corsage opulent de la femme de l’aubergiste.

Le soir je le vis arriver de loin, à n’en pas douté il ne venait pas du coté de Poiroux mais plutôt de son exact contraire. Je le sentis ou le ressentis, Stanislas embaumait la femelle, une odeur que je reconnaissais être celle de l’amour. Parfum de sueur animale qui exhalaient de sa mine réjouie. Je l’aurai giflé, griffé, mordu, émasculé tant j’étais jalouse qu’il me préfère. Devant mon air de tempête, bizarrement je me retrouvais seul avec lui. Il eut peur de ma détermination, de mes cris, de mes pleurs, il avoua tout.

Les bras m’en tombèrent ce n’était pas Victoire, celle là pour sûr il l’avait eu mais c’était bien fini non c’était une jeune domestique du château. Je le menaçais d’aller le dénoncer auprès de monsieur Luce, mais il rigola en me disant qu’un homme avait des besoins et qu’il les satisfaisait où bon lui semblait. Force est de dire que j’étais estomaquée. Nous étions quand même un jeune couple et mon physique n’avait rien à envier à beaucoup d’autres.

On se battit froid toute la soirée, je ne risquais pas à lui céder tant que je sentirais l’odeur de l’autre.

Comme pour noyer ma peine ou pour me punir de ne pas tenir correctement mon bonhomme mon père m’envoya enlever les chardons dans un champs de blé.

Dans notre société nous les femmes n’avions pas voix au chapitre, un homme qui se galvaudait avec une autre femme n’était après tout qu’un pauvre malheureux que sa femme ne contentait pas, bah voyons. Si l’affaire s’était sue j’aurais été vilipendée, chahutée, moquée. Pire que tout dans les jours qui suivirent j’avais l’impression d’entendre le mot cocu résonner sous mes pas. C’était insupportable et je me surprenais à pleurer lorsque je me mouvais en quelques lieux. Plusieurs choix s’offraient à moi, reprendre un ascendant amoureux sur mon mari, ou bien tuer dans l’œuf sa nouvelle idylle en éliminant ma concurrente. Je ne savais à qui m’adresser pour les questions d’alcôves, Louise et Thérèse visiblement n’en savaient guère plus que moi. Devais- je alors laisser faire mon mari, obtempérer à tout ce qu’il me commandera. M’avilir comme une fille à soldat et me soumettre à l’ensemble de ses désirs, non et encore non.

J’irais trouver cette fille de rien et je lui dirais son fait, voilà tout.

En attendant j’étais de corvée de chardon, pourquoi en ce champ il y en avait-il toujours autant.

Au bout d’un couple d’heure j’avais les mains en sang, mon jeune frère qui semble t-il était soumis aux travaux de femme avait les siennes dans le même état.

Nous avions beau nous cracher dans les mains cette foutue mauvaise plante nous écorchait vif.

A la dérobée j’observais ce frère, il n’avait évidemment rien en commun avec Antoine son aîné. Nous nous retrouvions en ses jolies traits aucun de ceux plus rugueux de l’autre. On eut dit qu’un peintre avait bâclé le travail sur l’un et peint une œuvre d’art sur l’autre. Si nous n’avions pas su qu’ils étaient des mêmes parents aucun signe n’aurait pu nous l’indiquer. L’un était beau, l’autre laid, l’un avait les cheveux couleur blond de paille l’autre d’un noir de jais. Augustin était fin et élancé, Antoine était gros gras et petit. Disons le dès maintenant Antoine ressemblait à une gargouille grotesque qui sortait des entrailles de l’église et Augustin ressemblait quand à lui à notre madone.

En tout lieu autre que le notre Augustin eut pu se faire une place mais ici son visage de fille impubère le laissait en proie à toutes les saloperies les plus diverses.

D’abord les deux frères ne s’aimaient guère et l’aîné depuis son jeune age avait pris l’habitude de mettre des raclées à son puîné. Corrections jamais rendues tant la différence de force était flagrante. Je m’interposais souvent mais malheureusement je n’étais pas toujours là. D’autre part les deux dormaient dans le même lit et il ne s’y passait pas toujours des choses très catholiques.

Antoine traitait son frère de fils de Sodome, je n’avais aucune idée de ce que cela voulait dire et je me mis en quête de le demander à monsieur le curé.

Vous auriez vu sa tête, j’ai cru qu’il allait éclater, écarlate qu’il était le bon prêtre. J’ai su tout de suite que j’avais touché du doigt quelque chose de terrible. Ma fille, ma pauvre fille me dit-il en me prenant les mains. Vous avez commis un péché mortel, vous devez vous en laver. Qu’est ce qu’il me racontait , de quel péché me parlait-il je n’avais rien fait. Dans le confessionnal il me demanda de raconter ce que mon mari m’avait fait. Oui mais voilà que dire, c’était à ne rien comprendre. Je sentais qu’il s’énervait et ses paroles devinrent plus crues. Enfin je compris et c’est moi qui eut le rouge aux joues. Je m’enfuis presque de l’église, le père Gauthier en demeura sur son séant.

Le frère aîné disait donc haut et fort que son cadet avait des mœurs interdites, je devais tirer cela au clair avant qu’une catastrophe n’arriva.

Seulement traiter de ce sujet n’était pas facile.

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME , SEMAINE 20, Fête religieuse et plaisir d’Onan

Le 50ème jour après Pâques avait lieu la fête de la Pentecôte, c’était bien sûr encore une date importante pour notre église, elle était mobile car liée à la date de la fête de Pâques. Cette année cela tombait un dimanche alors cela ne modifiait guère nos habitudes, mais Napoléon avait décrété en son concordat que le lundi serait férié. Mon père éructait de colère pour ce jour de travail encore gâché. Ce n’était pas la peine qu’il s’énerve nous ne décidions de rien. En haut lieu il en avait été décidé ainsi, donc cela serait.

La veille on entra dans une discussion vaine et qui devint rapidement virulente. Allez expliquer à ces bougres d’ânes de bonhommes que nous fêtions l’esprit Saint. Au début ce fut moqueries, c’est la ressource des idiots, mais ensuite cela devint d’une agressivité à mon égard intolérable. Je n’y pouvais rien si Deu avait fait descendre l’esprit Saint sur ses disciples et sur les apôtres.

Père se tapait les cuisses en rigolant et mimait l’arrivée d’un souffle de vent. Ensuite il faisait semblant de parler une langue étrange avec des mots qu’il inventait. C’était clairement une hérésie, mon père était un mécréant, j’en avais honte. Antoine compléta le tableau en faisait exprès d’être brûlé par des langues de feu. Comme son père rien à en tirer, j’avais beau tenter d’expliquer qu’en distribuant l’esprit saint aux disciples ces derniers pourraient prêcher la bonne parole. C’était la trilogie au nom du père, du fils et du saint esprit. Rien n’était rationnel en tout cela, mais c’était ainsi, notre bon Dieu en avait décidé ainsi.

De toutes les façons nous irions tous à la messe, l’église serait pleine comme à chaque office et moi en entendant le « veni sancté spiritus  » je me pâmerais.

C’ est ce jour que Stanislas choisit pour disparaître. Toute l’après midi il but et il joua aux quilles, cela ne me posait pas de problème il fallait bien qu’il décompresse et de plus je ne l’avais pas dans mes jambes.

Le soir mon frère et mon père rentrèrent bien embarrassés, Stanislas n’était plus avec eux. Ils ignoraient où feignaient d’ignorer où il était.

La journée joyeuse de la Pentecôte finissait sur une mauvaise note. Les hommes bien fatigués allèrent se coucher mais moi j’attendis son retour. Assise sur la grande pierre qui nous servait de banc je vis le soleil plonger peu à peu derrière la palisse. Il faisait encore doux mais malgré cela je frissonnais un peu. Je me couvris d’un châle et repris ma garde. Rien , personne, les chauves souris commençaient leurs gracieux balais , sortaient de la grange hésitantes puis prenant confiance muées par un sûr instinct voletaient avec grâce. Leur vol paraissait désordonné mais était réglé par un mécanisme venu du fond des ages. J’aimais ces bestioles du diable qui jamais ne se laissaient voir.

Les étoiles par leur brillance éclairaient mon attente, par milliers elles semblaient me montrer un chemin. Ne me résolvant pas à attendre mon mari je décidais de partir à sa recherche. Peut-être était-il ivre mort couché dans un fossé, ou bien était-il mort, victime d’une attaque vive de madame nature. Mais malgré moi je subodorais plutôt une quelconque traîtrise. Je le voyais aux creux des reins de Victoire. J’en étais dégoûtée, indignée. Mes pas me portèrent vers les grandes Vélisières où la Messaline gîtait. Je sortis avec détermination de la protection des haies de la Gaborinière, pour entrer dans un monde bien plus inquiétant. Longeant le bois qui bordait le ruisseau, je n’avançais plus avec la même confiance. Les bruits n’étaient plus les mêmes que ceux de ma cour. Le vent qui bruissait dans les hautes ramures me faisait des niches en imitant les cris d’animaux féroces.

Je n’étais plus une femme et je redevenais petite fille. Jamais mes jambes tremblantes ne me porteraient jusqu’au lieu où peut être s’ébattaient l’infâme et le traître. Je fis demi tour et couru presque pour me mettre à l’abri de l’agression d’une éventuelle galipaude.

J’allais rentrer lorsque j’aperçus une vague lueur dans la grange. Doucement sur la pointe des pieds pour ne pas me faire entendre je pénétrais dans l’univers du valet. Il était là debout, nu comme au premier jour. La flamme dansante ne laissait aucun doute sur le plaisir qu’il se donnait. J’étais stupéfaite, béate, étonnée, intriguée, jamais je n’avais vu tel spectacle. J’en soupçonnais certes l’existence, les hommes n’étaient pas fait de bois, mais m’en repaître la vue ne correspondait pas à mon imaginaire. Je restais là figée redoutant de le troubler et d’interrompre ce moment qui paraissait pour lui merveilleux . Son jeune corps encore féminin frémissait à peine de ses délicates caresses.Je ne voyais pas son visage caché dans la pénombre mais j’en devinais les fins contours. Mais soyons franche mon regard était plus attiré vers sa contrée masculine. J’en devinais les formes , évaluait la rudesse, supputait sa douceur. Puis dans un tressaillement il termina sa belle et douce besogne, il se retourna comme si il m’avait vu ou entendu. Devais je signaler ma présence , me jeter dans ses bras moi qui quelques instants auparavant était morte d’inquiétude de ne pas voir rentrer mon mari. Je pris la sage décision de me retirer.

En ma couche le sommeil ne vint pas, Stanislas n’était pas là et la vision d’Aimé pendant le péché d’Onan m’ôtait toutes velléités de somnolence. Un temps je fus pourchassée par le désir de reproduire au féminin ce que j’avais vu dans la grange, mais j’étais ignorante de ces choses, je ne connaissais pas mon corps et mon éducation religieuse me laissait dans le plus grand embarras.

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME , SEMAINE 20, le précieux engrais.

 

Le soir Stanislas voulut encore faire le fanfaron mais il fit un tel bruit en se déshabillant qu’il réveilla Marie, tant pis pour lui.

Demain serait un autre jour il était temps de dormir car les journées commençaient avec le soleil et en mai la proportion d’heures ou nous étions couchés s’inversait avec la proportion des heures ou nous étions dans les champs.

On commença la semaine par une opération particulièrement délicate. Que je sois clair, si j’emploie ce dernier mot, ce n’est pas en référence à l’odorat, mais plutôt à la façon dont nous allions la faire.

Nous devions aller fumer le champ de la Sablaie, de ce fumier correctement répandu dépendait la récolte.

Comme toutes les métairies du village nous devions équilibrer entre les cultures et l’élevage. Plus nous avions de bêtes plus nous avions de fumure et meilleurs en serait les rendements. Mais avoir plus de bestiaux nous contraignait à réduire nos surfaces cultivables. Nous tournions un peu en rond.

Donc ce tas de fumier que d’aucun trouvait nauséabond se révélait être très précieux. Le père disait qu’il valait de l’or et il le respectait comme il respectait ses bœufs et ses cochons.

D’ailleurs et pour tout dire nous étions tellement habitués que l’odeur ne nous gênait pas, parfum lourd et parfum changeant. En effet les flagrances subtiles étaient différentes d’une saison à l’autre, légères l’hiver avec un voile de vapeur, plus suaves et changeantes au printemps. En été elles se faisaient plus piquantes, plus fortes, plus insidieuses dans l’environnement. A l’automne l’âcreté diminuait et se faisait plus discrète, l’odeur sagement rentrait dans le rang.

Les hommes chargèrent le tombereau, je les regardais par l’ouverture de la porte, ils étaient beaux en leurs efforts. Leurs bras puissants déjà halés par le soleil, formidables leviers enfourchaient la matière avec art et élégance. Une légère démarcation se voyait sur leurs bras au niveau où leur chemise était retroussée, formant comme une frontière entre le beau temps ensoleillé et la grisaille de l’hiver. Lorsque l’on fait un travail difficile la gaîté se doit d’être de mise. Pas toujours avec bon goût car cet idiot d’Antoine lâcha qu’il reconnaissait mes merdes dans la paille. Cela les fit rire et Stanislas sur le vague air du tradéridera composa une chanson qui reprenait la plaisanterie de son beau frère  » saura tu passer la merde d’Angèle et tradéridéra et tralonla » . Toujours marrant de se moquer des autres, mais enfin le labeur fut terminé et comme on emmène un mort, nous formâmes cortège jusqu’au Sablaie.

Eh oui j’étais de la partie, Thérèse me gardait les enfants.

Avec compétence mon père dirigea les travaux, chaque fumeron fut déposé à la bonne place . Puis avec leur fourche, Père, Stanislas et Antoine répartirent le précieux produit.

Augustin, Aimé et moi devions diviser et émietter les morceaux trop gros. La bonne humeur continuait d’être de mise. Nos habits, notre corps avaient pris l’odeur du fumier, nous en étions imprégnés  malgré nos précaution maculées. Cela nous faisait rire nous n’étions pas zirous.

A la dérobé j’observais mon petit frère, mon Dieu quelle préciosité, il maniait sa fourche comme un bourgeois sa cuillère à désert. Son rendement sans ressentait mais Aimé par sa virulence comblait ce manque.

Je savais que mon père, pour ne pas avoir à se fâche,r éloignait son fils de lui le plus souvent possible. Il l’aimait sûrement mais les manières d’Augustin lui irritaient l’épiderme.

Je n’avais pas eu l’occasion de remercier Aimé pour son aide lors de la maladie de ma fille et lors de l’accident de Victor. Il bredouilla que ce n’était rien, qu’il fallait bien s’aider. Puis dans un élan que je n’attendais pas de lui il me dit que j’étais la meilleure des patronnes et qu’il serait heureux de rester une année de plus. Moi aussi évidemment je voulais qu’il reste. D’abord j’avais à le remercier et je le ferais à ma manière et d’autres parts je devais me venger de Stanislas. Mon remerciement et ma vengeance quand à la manière allaient se rejoindre.

Nous fîmes une pause méridienne, chacun se mit à l’ombre de la haie et tous casse croûtèrent. Stanislas et mon père se firent un petit roupillon. Antoine attiré par la présence d’une jeune bergère de sa connaissance alla lui conter fleurette dans un pâti. Augustin mut par un instinct de femme se leva et me laissa pour ainsi dire en tête à tête avec le jeune valet.

Instant magique, irréel de la rencontre entre deux êtres que tout doit séparer. Nos mains se joignirent et nos doigts se croisèrent. Mes yeux s’enfoncèrent dans les siens et commencèrent un déshabillage.

Je voyais son jeune corps, ses muscles saillants son ventre sculpté. Je me fondais en lui et une envie furieuse de me jeter sur ce terrain vierge commençait à se dessiner dans mon esprit. La couleur de ses yeux avait changé, la transparence de ses yeux azur se faisait plus forte. J’imaginais, qu’il imaginait mon effeuillage ma mise à nue.

Stanislas se réveilla,  » Angèle donne moi du vin  ».

Par un labourage judicieux le nectar paysan fut enfoui, les hommes étaient satisfaits.

Moi pendant que ces messieurs se rafraîchissaient le gosier je commençais une autre journée.

Avec Marie dans le berceau j’allais faire la traite du soir. Moment de sérénité absolu, que cette compagnie animalière, c’est on le sait mon moment préféré. Celui où je suis la plus réceptive aux choses de la vie.

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