DE QUOI MOURAIT-ON DANS LES CAMPAGNES D’AUTREFOIS

 

Tous les généalogistes se sont évidement posés la question, de quoi nos ancêtres sont ils morts ? La plupart du temps la question reste sans réponse car sauf exception le curé ne mentionnait rien dans les registres paroissiaux. Quelques femmes mortes en couche, quelques morts suspectes ou des épidémies sont parfois signalées et nous apportent un éclairage sur la vie d’autrefois mais rien de bien général.

Alors quand on a la chance de pouvoir étudier sur plusieurs années les causes des décès d’une paroisse autant ne pas s’en priver.

Dans une petite paroisse de l’actuelle Mayenne nommée Saint-Martin-De-Connée le curé qui sans doute avait quelques connaissances marqua les causes de décès à partir de l’année 1772 jusqu’à celle de 1786.

Notre curé érudit et féru de médecine se nommait François Le conte de Souvré né à Alençon le 30 décembre 1722, prêtre de l’oratoire il prit la cure de Connée en octobre 1772 et y resta jusqu’à sa mort le 31 décembre 1786.

J’ai choisi pour l’étude les 5 années placées au milieu de son apostolat à Connée.

Avant d’étudier ces décès faisons un petit tour dans le village.

Ce petit bourg a comme voisin immédiat Saint pierre sur Orthe et Vimarcé, il est traversé part la rivière Orthe, quelques ruisseaux et un étang viennent compléter le paysage hydrographique.

Le point culminant de la commune se trouve sur une colline se nommant le Rochereau. La population était assez importante car en 1793, il y avait 1693 habitants de recensés .

Le climat est de type continental pas de chaleur ni de froid extrême et une pluviométrie somme toute normale.

L’ensemble de la population est répartie entre le bourg et de nombreux hameaux et fermes isolées.

C’est un village classique d’ancien régime sans histoire notable ni catastrophe particulière, il représentera en somme un bon exemple d’analyse.

Bien sur et avant toutes choses il faut préciser que le diagnostique médical du décès émane d’un curé de campagne avec les connaissances forcement limitées de l’époque et que quelques causes ne sont pas notées vraisemblablement parce que le curé ne les a pas connues lui même.

Il faut en outre signaler que les causes des décès d’enfants en dehors des épidémies ne sont que rarement notées.

De plus je ne suis pas médecin moi même donc je me garderais bien d’une analyse scientifique quelconque. Je vais donc voir cela comme un généalogiste et je vais tenter d’être le plus clair possible.

1776 A 1780

Répartition des décès par tranche d’age

255 décès pour ces  5 années,  ( nota le nombre des naissances se porte à 274 )

de 0 à 1 ans : 51 soit 19 %

1 ans à 5 ans : 53 soit 19 %

5 à 13 ans : 15 soit 5,41 %

13 et 20 ans : 8 soit 3,3 %

20 et 30 ans : 8 soit 3,3 %

30 et 40 ans : 12 soit 4,5 %

40 et 50 ans : 23 soit 9,1 %

50 et 60 ans : 20 soit 9,1 %

60 et 70 ans : 27 soit 11,25 %

70 et 80 ans : 22 soit 9,1 %

80 et plus : 14 soit 5,8 %

2 cas âge ignoré

Ce qui frappe en premier lieu c’est le taux de mortalité élevé chez les enfants.

127 décès sur 253 ( âge connu ) ont lieu avant l’age adulte soit 50,19 %

Les personnes décédées après 70 ans représentent quand même le fort pourcentage de 14,22 %

Pour la répartition des décès sur l’année : 26,27 % en hiver, 29,41 % au printemps, 16 % en été et 28,23 % en automne

Commençons d’abord par référencer les différentes causes listées par notre curé.

LES FIÈVRES

Il apparaît qu’un nombre important de décès soit dû à des fièvres ou qu’une maladie est occasionnée de fortes fièvres.

Ils sont nommés de différentes façons.

Fièvre maligne ( le sens en est maintenant perdu, mais autrefois était synonyme de fièvre grave ) il pourrait s agir de typhoïde

Il est tout aussi difficile de déterminer à quoi correspondent les fièvres continues, les fièvres convulsives, les fièvres dégénérant en hydropisie, les fièvres pleurésiques, fièvre millière ( peut être la tuberculose ), fièvres longues, fièvres lentes, fièvre putride, fièvres constantes, fièvres automnales, fièvres épidémiques, fièvre avec transport et pour terminer la fièvre chaude.

En somme, 13 sortes de fièvre bien distinctes dans le diagnostic du curé.

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

La variole appelée petite vérole ( rien à voir avec la vérole )

Rougeole et rougeole rentrée et un cas de jaunisse

MALADIES PULMONAIRES

Fluxion de poitrine

Asthme qui est invétéré ou convulsif

Pleurésie

Fausse pleurésie

Pneumonie

MALADIES VENTRE

Dysenterie

Violente coliqueS ( avec humeur et fièvre continue )

DIVERS

Mal d’élan ( malgré mes recherches j’ignore qu’elle est cette maladie )

Assoupissement léthargique suivi de paralysie

Humeur attirée par un emplâtre et tombée sur la poitrine

Langueur suivit d ‘ hydropisie

Mal de gorge suivit de fièvre millière ( tuberculose )

Douleur consumée avec fièvre lente

Mal caduc (épilepsie )

Rhumatisme ( tombé dans l’estomac avec 3 jours de vomissement )

Grabataire couvert d’ulcère

Dépérissement universel

Hydropisie seule ou fièvre suivie d’hydropisie

Terminons cet inventaire par quelques morts accidentelles et un assassinat et bien entendu par quelques femmes mortes en couche.

Je le rappelle les causes de mortalité infantile et juvénile ne sont pas notées.

Voilà pour l’ensemble des causes de décès, beaucoup de fièvres qui recoupent peut être des causes identiques et des cas d’hydropisie qui ne déterminent pas une maladie très particulière.

Examinons maintenant combien de personnes sont mortes pour chaque maladie listée.

Commençons d’abord pour tordre le cou à une opinion bien ancrée par les mortes en couche.

Sur 255 décès, 3 sont imputables à un accouchement, on est loin de l’hécatombe, par contre si on examine le nombre de bébé qui décède dans les quelques jours il est nettement plus impressionnant car 28 enfants ne passent pas le premier mois.

On constate très peu d’accident, un décès par chute, un autre par une plaie infectée et un assassinat.

La vie semblait donc tranquille dans ce coin de France.

Passons maintenant aux innombrables fièvres

Fièvre maligne et fièvre maligne putride : 32

Fièvre continue ou longue : 13

Fièvre d’automne : 1

Fièvre épidémique : 1

Fièvre et langueur suivies d’hydropisie : 11

Fièvre convulsive : 1

Fièvre pleurésique : 2

Fièvre coma : 2

Fièvre millière : 9

Fièvre lente : 1

Fièvre putride avec fluxion de poitrine : 1

Fièvre avec transport : 1

Fièvre chaude et maligne : 2

Soit environ 77 cas sur 255 ce qui représente 30% des cas et qui regroupe de nombreuses causes et de nombreux symptômes .

Épidémie de variole ou petite vérole : 24 cas sur l’année 1779

Mal d’élan : 6

Fluxion de poitrine : 17

Grabataire depuis naissance : 1

Langueur depuis naissance : 1

Pleurésie, pneumonie et fausse pleurésie : 7

Hydropisie : 9 cas mais de nombreuses fièvres se terminent en hydropisie.

Asthme : 5

Rougeole 2, jaunisse 1, mal caduc ( épilepsie ) 1

et pour terminer l’hécatombe des enfants dont les causes ne sont que rarement notées

127.

J’ai constaté une épidémie de variole qui s’étend de février 1779 et qui se termine en décembre de la même année.

La fièvre Millière avec forte toux commence en novembre 1776 et semble s’éteindre en avril 1777.

Une fièvre maligne semble également frapper la population à partir de juillet 1777 pour se poursuivre jusqu’en janvier 1778.

Le reste des causes semble assez partagé sur l’année. Il faut en outre signaler que l’année 1780 fut particulièrement meurtrière avec 61 décès et la disparition prématurée de beaucoup d’enfants alors que celle de 1778 fut plus clémente avec 37 décès.

Je termine en espérant avoir été le plus exhaustif possible sans charger le texte d’une liste de chiffres.

Les enfants étaient donc la cible favorite de la grande faucheuse et il était délicat d’arriver à l’age adulte.

Une note d’optimisme tout de même car sur cette période il y eut un centenaire dans le village. L’homme devait être particulièrement solide ou particulièrement chanceux.

L’AGONIE DE JEANNE OU LES DANGERS DES GROSSESSES GÉMELLAIRES

 

Lorsqu’en ce début d’année 1806, Pierre Durand et Jeanne Rossignol, journalier et journalière se retrouvèrent à faire des galipettes dans les marais de Saint Michel en L’Herm ils ne pensaient pas que le destin venait de frapper à la porte de leur jeune vie.

Puisqu’ à la tentation ils avaient cédé, ils ne se génèrent plus guère pour la gaudriole. Hélas la belle était fertile et dans ce jeune corps se développa une petite graine.

Pierre était sérieux et pensa à régulariser la situation, accord de la famille, préparatifs, publication des bancs, il fallait faire vite car Jeanne s’arrondissait fortement.

Les deux amants se marièrent en l’église de saint Michel en L’herm et bien sur devant Monsieur le Maire René Jaulin. Un peu serrée dans sa robe, un peu fatiguée par les coups de pieds de son futur enfant, tous lui prédisaient un gros bébé tant son ventre était énorme.

Dix jours après les noces, elle entra dans les douleurs de l’enfantement, l’accouchement fut long et douloureux, la sage femme faisait du mieux qu’elle pouvait et les femmes du voisinage soutenaient la parturiente. Après une lutte âpre et douloureuse, ce fut la délivrance, une petite fille apparut sur les 3 heures du matin. Petite et point vaillante ayant juste poussé un petit cri, les femmes lui portèrent soins et revinrent auprès de Jeanne qui visiblement n’en avait point fini. Trois heures après un autre bébé arriva. Pas plus gros que le précédent c’était un garçon que l’on nomma Jean.

La joie fut de courte durée, Jean petit et malingre succomba en premier le 16 décembre 1806, sa sœur jumelle Marie mourut le lendemain.

Jeanne était effondrée, moralement atteinte et physiquement abîmée , pourrait elle encore donner un garçon à son mari.

Finalement très solide, elle se remit rapidement et autorisa son Pierre a lui témoigner de l’affection.

Décidément très fertile, son ventre s’arrondit et ses seins devinrent lourds. La grossesse lui fut pénible et n’arriva pas à terme.

Le 11 décembre 1807 au soir, Jeanne s’allongea sur son lit de souffrance, les mêmes personnes se trouvaient dans la chambre.

A demi assisse, les reins surélevés par un oreiller, les jambes écartées et maintenues par les voisines, la matrone pouvait officier. Hélas c’était encore des jumeaux et l’accouchement devint rapidement difficile. Jeanne souffrait atrocement et ses hurlements faisaient trembler Pierre qui attendait dehors avec son frère André . Jeanne était exsangue lorsque la sage femme réussit à extirper le premier bébé. Après plusieurs heures de travail Pierre naquit à 5 heures du matin mais Jeanne n’en avait pas encore terminé et il fallut souffrir une heure de plus pour que la petite Marie apparaisse.

Les deux bébés étaient très faibles et très petits, l’entourage des deux parents était inquiet. Mais si le sort des enfants jumeaux était emprunt de fatalisme l’état préoccupant de leur mère troublait davantage.

La pauvre Jeanne perdait du sang, la fièvre était montée et seul un râle sortait de sa bouche tordue par la douleur.

Elle entra en agonie et expira à minuit le 12 décembre 1807. Elle avait déjà perdu connaissance quand le petit Pierre avait rendu l’âme sur les coups de onze heures du soir.

Mais la faucheuse ne s’arrêta pas dans sa sinistre besogne, elle emmena la petite Marie alors que la première heure du 13 décembre venait de terminer.

Pierre plaça les deux petits anges à coté de leur maman et commença une triste veillée funèbre.

Sur son lit de misère devenu son lit de mort, les traits de Jeanne se détendirent, elle redevint belle et l’on cru qu’elle souriait.

LA VEILLÉE DE PILLFROID

 

 

Hameau de Pilfroid presque au milieu de la carte

En cet fin d’après midi d’automne, la nuit commence  à tomber sur le  hameau de  » Pilfroid  », appartenant à la commune de Verdelot petite ville de Seine et Marne.

Situé sur une colline, la bise glaciale souffle en rafale sur les quelques maisons. Ces modestes demeures semblent ne faire qu’une tant elles sont frileusement regroupées.

Bâties de pierres et couvertes de chaume comme il en est encore l’usage, organisées autour d’une seule pièce jouxtée d’une étable, frustes et sommaires à l’image des rudes paysans qui les peuplent.

Une lueur surgit soudain de la maison de Jean François Hardy,  sa femme Rosalie vient d’allumer une chandelle dans son étable.

C’est le signal que chacune attendait, des voix se font maintenant entendre et des silhouettes se dirigent vers la masure éclairée de la lueur tremblotante .

Cette lumière qui illumine la nuit profonde est le phare qui marque le début de la  » veillée  » où toutes les femmes du hameau vont se réunir pour passer la soirée.

La  » veille  » comme l’appellent les commères Briardes marque en automne et en hiver les fins de journée, rituel immuable venu du fond des temps, elle est partie intégrante de la vie villageoise et se répète à l’infini sur l’ensemble des hameaux.

Aujourd’hui la soirée se passe donc chez les Hardy, famille de manouvrier dure à la tâche. ancrée de façon immémoriale en la terre de Brie. Rosalie vient donc d’allumer la chandelle qu’elle  place sur un bloc de bois arrondi et qui porte au centre une tige d’un mètre de haut sur 4 centimètres de diamètre évidée en son sommet pour y accueillir une chandelle de suif. Ce chandelier sommaire appelé  » pieu  » est placé par la maitresse de maison au centre de l’étable.

Madame Hardy née Dulphy,  47 ans plus tôt à Verdelot est une forte femme prématurément vieillie par les travaux des champs. Des cheveux déjà blancs, des rides profondes, les mains dures et calleuses qui commencent à se tordre. Une lourde poitrine non retenue, fanée par les tétées,tombe sur un ventre aux plis disgracieux. Elle installe sa chaise et son nécessaire à filer.

Sa fille Rose belle plante à marier de 20 ans attend avec sa mère les premières arrivantes,  le fils Alexandre âgé de 17 ans est encore toléré parmi les femmes et se tient coi près des bêtes, il attend son compère Joseph Perrin et surtout la petite Eugénie qui lui plaît fortement.

La première qui arrive est aussi une femme Hardy c’est sa belle sœur Marie,  née Moreau elle a 28 ans et vient de convoler avec François le charron, elle amène sa chaise et son bout de chandelle.

A peine installées Louise Angélique Cré veuve Perrin les rejoint, c’est l’ancienne du hameau, elle a 56 ans, mais encore vive et pleine d’ardeur, trop vieille pour se remarier elle veille sur sa marmaille qui essaime dans les environs. Elle aussi à sa chaise et son ouvrage de couture.

Son grand dadais de fils que l’on surnomme Napo se place à coté d’Alexandre. Ce surnom ridicule venant de son troisième prénom, Napoléon que son feu père le berger contestataire avait imposé à la communauté en plein retour du gros Bourbon.

Arrivèrent ensemble, Marie Céline Hochet femme Groizier et Françoise Couesnon femme Cré.

Françoise va saluer sa tante par alliance Louise Angélique Cré et s’installe en cercle avec les autres, suivie de près par son marmot de 3 ans qui se cale entre ses jupes.

Puis arrive enfin Marie Madeleine Remy femme Delaitre 45 ans avec ses deux filles Alexandrine et Eugénie.

Les deux adolescents postés près du cul des vaches ne se sentent plus d’importance devant les deux nymphes de 17 et 18 ans qui prennent la précaution de se mettre à l’autre bout de la pièce.

La dernière,  comme de coutume est Marie Hochet la femme du tuilier du  » château Launoy Renault  » Isidore Groizier, elle a 47 ans et est accompagnée des enfants du premier mariage de son mari.

Toutes sont maintenant en place, ouvrages de couture, filage, cageot de haricots à écosser sur les genoux les conversations s’engagent. La veuve Perrin poursuivant une vieille occupation familiale confectionne même des cajets à fromages. Personne n’est donc inactif, papoter oui mais pas faignanter.

Le froid et les atteintes à la végétation sont pour l’instant le sujet de conversations, puis peu à peu les bavardages portent sur les ragots de Verdelot. Untel va se marier, unetelle est grosse d’un gars de Villeneuve sur Bellot, le vieux vigneron de la Couarde est mort.

La soirée se poursuit et l’on mange quelques noix, l’atmosphère est détendue et le badinage s’arrête sur Marie Moreau qui vient juste de se marier.  » Le François l’est il bon au lit ou l’a t ‘il noué.

La réponse est salace, on écarte les petits. Les adolescents n’en perdent pas une miette, la veillée se veut aussi éducative.

Dans l’étable où tous se serrent la chaleur a augmenté, une douce quiétude envahie les corps. L’odeur des bêtes et celle acre des femmes mal lavées se rejoignent. Bouses, urine, sueur et crasse apportent un fort parfum mêlé à la fumée nauséeuse de la chandelle.

Rosalie Hardy la maîtresse des lieux se met maintenant à raconter une histoire merveilleuse venue du fond des temps.

Sachant les mères occupées à ouïr avec attention la belle narration maintes fois rabâchée, les adolescents mâles se sont rapprochés des adolescentes.

Eugénie la plus dégourdie des deux sœurs vole un baiser à Joseph et Alexandre caché par une vache enserre la taille d’Alexandrine, ébauches de jeux amoureux, ils n’iront pas plus loin même si l’ambiance animale qui règne dans l’étable enflamme leurs sens.

Marie Rémy toutefois veille au grain, et d’un regard ordonne à ses filles de s’écarter du fameux Napo, le petit berger dont la réputation de jeune coq trousseur de filles commence à se répandre dans les environs.

La soirée se prolonge les petits s’endorment dans les robes de laine de leur mère, il va falloir clore la soirée car les hommes doivent maintenant les attendre.

Les femmes se souhaitent la bonne nuit, remballent leurs ouvrages, reprennent leur chaise, réveillent les petits. Elles se reverront demain, au champs, au lavoir, à la traite, enfin partout car cette petite communauté fait encore corps entre elle.

Les adolescent tentent d’écarter leurs belles un instant à la surveillance des cerbères matriarches.

Joseph y parvient et par une étreinte témoigne à Eugénie sa juvénile vigoureusité. La petite ne s’offusque pas mais rejoint vite sa mère, il n’est point encore temps de lever cotillon.

Le silence se fait maintenant sur le hameau, chacun a retrouvé la chaleur de son lit.

Louise pense à son défunt Nicolas, Marie repousse les ardeurs de son homme, Adélaide s’endort auprès d’Isidore, la jeune mariée succombe aux assauts de son vaillant charron et nos adolescents rêvent aux douces friandises qu’ils n’ont encore pas le droit de toucher.

 

Source : La Brie d’autrefois de Jules Grenier

recensement Seine et Marne

État civil Seine et Marne

LES CURÉS D’AUTREFOIS

Une église Seine et Marnaise

 

Le curé de village dans la société paysanne occupait une position centrale dans la communauté.

Installé dans sa cure ou son presbytère à l’ombre de l’église il était le personnage phare, celui que tout le monde connaissait et saluait avec déférence.

Sa tenue le distinguait car il portait soutane noire, était normalement tonsuré et ne devait point porter perruque.

Il avait un niveau de culture bien supérieur à l’ensemble des paroissiens car rappelons le le temps des curés ignares était bien passé au 18ème siècle.

Il avait en général côtoyé une école secondaire puis le grand séminaire. Certain par goût , par capacité ou par moyen était même docteur en théologie et avait fréquenté les doctes universités.

Bien évidement il parlait couramment une deuxième langue à savoir le latin, cette dernière bien que chantante n’était point comprise par les paroissiens.

La plupart du temps il était de la région, ce qui était très utile pour en connaître le patois et les us et coutumes .

Il était rarement très jeune car pour être prêtre l’âge requis était de 25 ans, ensuite il fallait trouver une cure disponible et s’y faire nommer. Entre la sortie du séminaire et l’attribution d’une paroisse les années pouvaient être fort longues. Les non pourvus devenaient vicaire dans le meilleur des cas, c’est à dire remplaçant ou adjoint d’un curé en place.

Pour parvenir à la prêtrise il fallait de nombreuses années d’étude et en ce temps seule une situation professionnelle aisée des parents pouvait le permettre.

Les curés ne venaient donc que très rarement des milieux défavorisés.

Ce dernier était rétribué au moyen de la dîme, s’ il ne la percevait pas lui même il en recevait une partie que l’on nommait portion congrue.

Je m’explique:  il existait deux types de paroisse celle dite bénéficiaire et celle à portion congrue.

Dans le premier cas, le curé exploitait son temporel et sa dîme lui même, soit en exploitant sa terre lui même ou en la louant à un fermier. Il était de facto un propriétaire qui exploitait sa terre .

Le décimateur primitif ayant abandonné au profit du curé la perception de cet impôt.

Dans l’autre cas le décimateur versait une somme au curé que l’on nommait portion congrue, ce personnage était bien évidement un haut dignitaire, Évêque, Abbé, Chapitre et Chanoines.

Cet impôt appelé aussi la décime portait sur le dixième de la récolte, mais comme on peut s’en douter entre la théorie et la réalité le pas était immense. En vérité l’anarchie était totale , pas une province n’avait le même pourcentage, pas un diocèse n’utilisait les mêmes bases, aucune commune ne payait pareil et comble de l’iniquité les taux étaient variable pour une même paroisse.

Le curé avait-il les moyens de vivre de sa portion, il semblerait que oui car même si il devait en garder une part pour ses pauvres cette somme était largement supérieure à ce que pouvait gagner un laboureur.

Il n’avait pas charge de famille et en plus percevait le casuel qui si la paroisse était importante pouvait être un complément fort intéressant.

Le casuel était l’argent collecté aux offices, aux enterrement, aux baptêmes etc.

Un curé bénéficiaire était il plus riche que celui soumit à portion congrue ? cela était aussi très variable, mais il est avéré que cette portion congrue n’était pas si mince et que le curé qui la percevait n’était pas si pauvre.

De plus le curé pouvait posséder des biens en propre et les faire fructifier.

Pour conclure notre homme en noir se plaçait certainement parmi les notables du village.

Laissons maintenant ces contingences matérielles somme toute très variables et concentrons nous sur le quotidiens de ces acteurs de la vie villageoise.

On a vu qu’il habitait au presbytère quand le village en possédait un et  il avait une servante qui ne devait pas avoir moins de 50 ans.

Son activité maîtresse était évidement la célébration de la messe et il pouvait y en avoir une palanquée.

Au cours de ces messes il célébrait évidement l’eucharistie, mais prêchait la parole divine, tout cela dans un latin parfait et codifier par la haute autorité.

Une partie de la cérémonie s’adressait en la langue du village , le curé sermonnait ses ouailles, les sujets étaient variés, respect des coutumes, des lois, de l’autorité, de l’orthodoxie religieuse, mais aussi des bonnes mœurs. En bref il se mêlait de tout et était un rouage intermédiaire entre l’autorité royale et les villageois.

Au prône il lisait en effet les édits et les ordonnances royales

Le curé lançait aussi des monitoires qui étaient comme des appels à témoins pour des crimes ou des délits.

Notre bon prêtre ne chômait guère, entre les baptêmes, les relevailles, les mariages, l’extrême onction, les enterrements, les messes, les célébrations de fêtes religieuses, les jubilés, les visites pastorales.

Il avait aussi vocation à aider les pauvres, faire le catéchisme et aussi parfois l’exorciste . Il lui arrivait aussi à l’occasion d’être maître d’école.

Et puis évidement l’occupation qui nous intéresse le plus en tant que généalogiste est la tenue des registres de catholicité. En effet comme chacun le sait l’ordonnance royale de Villers-Cotterets en 1539 ordonnait au curé de tenir une sorte d’état civil, registre en 2 exemplaires, l’un au village, l’autre au greffe de la sénéchaussée ou au greffe du bailliage.

Il pouvait aussi à l’occasion recevoir le testament d’un moribond si le temps pressait ou qu’aucun notaire ne se trouvait disponible.

Nos bons curés attentifs à la bonne marche du village se mêlaient aussi de la vie privée de ses paroissiens qu’ils recevaient au confessionnal.

Les mères qui tardaient à faire abandonner le sein à leur marmot sous prétexte de retarder une nouvelle maternité, les demoiselles un peu légères, celles qui tardaient à avoir enfants recevaient une sévère algarade.

Nos curés éclairés diffusaient parfois des idées nouvelles en termes d’agriculture, de botanique ou d’alimentation.

Voila pour ce tableau certainement incomplet et sommaire des occupations de nos curés d’ancien régime.

Complètement intégrés, respectés et voir aimés par les paroissiens, ils furent des acteurs majeurs de la société d’autrefois.

LES CURÉS D’AUTREFOIS ( SUITE )

Église d’Aulnay de Saintonge

 

Cet article est destiné à tous les chercheurs amateurs et passionnés que nous sommes.

La généalogie a pour source essentielle la lecture des registres paroissiaux puis d’état civil.

De la belle écriture de ses rédacteurs dépend notre compréhension et notre vitesse de déchiffrage.

Les choses sont, disons le, très simples après 1792, des officiers d’état civil, une forme standardisée de rédaction et une écriture somme toute à peu près correcte.

Mais intéressons nous à la période antérieure où les registres étaient tenus par des curés.

Qui étaient ces hommes et comment étaient ‘ils organisés ?

Bien entendu je vais résumer, car sinon il faudrait que j’écrive une œuvre en dix tomes. Le but de mon texte étant de s’y repérer un peu dans les fonctions et la hiérarchie ecclésiale.

CURÉ

A la base se trouve notre curé , il est à la tête d’une paroisse dont les diversités en nombre d’habitants et en étendues sont très nombreuses.

De quelques dizaines d’habitants à plusieurs milliers la charge n’est évidement pas la même.

ARCHIPRÉTRÉ

Regroupe plusieurs paroisses et est contrôlé par un archiprêtre.

Là aussi pas de règle, le nombre de paroisses formant un archiprêtré est très variable.

ARCHIDIACONÉ

Cette appellation concerne un regroupement de plusieurs archiprêtrés qui on s’en doute maintenant sont de tailles variables.

ÉVÊCHÉ

A la tête du diocèse se trouve évidement l’évêque qui commande l’ensemble.

Là aussi aucun diocèse Français n’est de taille équivalente il en est des petits et des grands , des riches et des pauvres. Ils ne correspondent pas à nos départements actuels et souvent ne correspondent pas à une province ou à une région.

Ces découpages un peu anarchiques venus du moyen age et pratiquement inchangés jusqu’à la révolution ne correspondent plus toujours à la répartition géographique du siècle des lumières.

Pour résumer le curé est le détenteur d’une cure, l’archiprêtre est à la tête d’un regroupement de paroisses et l’archidiacre est le responsable d’une subdivision du diocèse que l’on nomme archidiaconé.

Voilà pour quelques appellations que nous rencontrons souvent, nous allons en voir d’autres mais examinons un peu comment on arrivait à de tels postes.

Pour la période qui nous intéresse les prêtres étaient des lettrés ( évidement il y avait différents niveaux ), ils avaient donc fréquenté des écoles.

Petits séminaires qui correspondaient aux collèges et lycées et qui formaient des futurs séminaristes mais aussi des laïcs.

Puis venait le grand séminaire qui formait les prêtres.

Globalement petits et grands séminaires n’étaient pas gratuits et représentaient une charge importante pour les familles, ce qui éliminait le plus souvent les pauvres.

Les curés du siècle des lumières sont donc issus des classes sociales élevées ou moyennes mais rarement de la classe paysanne qui représente pourtant l’essentiel de la population Française.

Une fois le diplôme obtenu, la galère commençait car il fallait obtenir une cure. En utilisant les termes actuels, mieux valait avoir du piston, car l’attente pouvait être longue.

Trois méthodes existent pour se voir attribuer une cure.

La collation, la résignation et la primauté accordée aux prêtres gradués.

LA COLLATION

Pour faire simple, chaque paroisse possède un patron ou un collateur ( qui est censé descendre du fondateur de la cure ou en être son successeur )

Ce patron est très souvent l’évêque, mais est aussi abbés et religieux, chapitres et chanoines, abbesses et religieuses, prieurs et aussi quelques seigneurs laïcs .

Les patrons sont donc des hauts personnages qui placent des hommes liges. Le clientélisme, les endogamies familiales sont les règles de nomination par collation.

LA RESIGNATION

Le titulaire d’une cure se démet de son office devant notaire en échange d’une rente viagère.

Là aussi le clientélisme est la règle, les cures restent quelques fois fort longtemps dans des mêmes familles.

PRÊTRE GRADUÉ

Un prêtre gradué est le détenteur d’un diplôme universitaire. Il est en théorie prioritaire sur les cures urbaines.

Voila pour les nominations, le jeune curé âgé au minimum de 25 ans doit donc attendre une place vacante ce qui peut parfois prendre une dizaine d’années. Avec un tel système il n’y avait pas de règles bien précises, il fallait connaître du beau monde et se faire pistonner.

En attendant vous étiez vicaire, ( on voit souvent cette appellation sur les actes ), en quelque sorte un curé adjoint ou remplaçant. Mais là aussi, la chance et plus sûrement le soutien d’une connaissance étaient le gage de trouver un curé qui voulait ou pouvait partager sa cure et les bénéfices qui en découlaient.

En bref la mainmise sur une cure arrivait souvent à l’age moyen de 35 ans.

Voilà pour ce premier aperçu de l’organisation cléricale dans nos campagnes au 18ème siècle, un article fera suite et traitera  du rôle des curés dans un village.

UN VEUF CERTES , MAIS PAS POUR TRÈS LONGTEMPS

 

 

Vendredi 24 janvier 1749, les cloches de la petite paroisse de Ségrie en la province d’Anjou résonnent d’un son lugubre. Le glas annonciateur du malheur répand la nouvelle de la mort de la jeune Anne Maulny.

Âgée d’à peine 28 ans la jeune femme est l’épouse au Jacques Leloup un bordager du village, elle ne s’était point remise de son difficile accouchement du 20 novembre 1748. Deux mois d’une longue agonie où la fièvre alternait avec des moments trompeurs de rémission. La petite Anne fruit de cette douloureuse expérience n’avait survécu que 20 jours.

L’infortunée fut portée en terre et Jacques se retrouvait seul avec un drôle encore à la mamelle. Trop jeune pour être sevré le petit Jacques, momie emmaillotée fut confié à l’opulente poitrine de sa tante Catherine Fresnay.

Cela ne pouvait qu’être provisoire et cela le fut.

Jacques aidé par son frère François établirent une liste des filles épousables dans la paroisse et tombèrent vite d’accord sur Louise Lebreton une accorte jeune fille de bonne réputation . Notre veuf s’en fut sur le champs demander sa main. La mère de la jeune fille veuve également crut un instant que le jeune Jacques lui demanderait de partager sa vie. Elle en fut décontenancée quand on lui demanda sa fille. Le parti n’était point mauvais elle accepta et un contrat scella la réunion des deux êtres.

Louise la mère et Louise la fille trouvèrent bien un peu que le Jacques était pressé, mais ma foi un homme de cet age ne pouvait rester seul et qui plus est avec un si jeune marmot. Elles ne furent d’ailleurs pas les seules à s’interroger sur une telle précipitation et le père Bodereau curé de la paroisse faillit s’étrangler dans son surplis.

Le bon apôtre se laissa convaincre mais dût obtenir une dispense de bans pour pouvoir les unir devant Dieu.

Les trois bans obligatoires depuis le 13ème siècle étaient des annonces faites aux prônes des offices qui précédaient le mariage. Cette mesure est faite pour empêcher les mariages clandestins et lutter contre la consanguinité. Le père Bodereau connaissant ses ouailles était certain qu’aucun lien de sang n’unissait Jacques et Louise, il obtint dérogation de deux bans par Monseigneur l’illustrissime et révérendissime évêque du Mans.

Et c’est ainsi que le lundi 17 février 1749 Jacques Leloup et Louise Lebreton furent unis devant dieu et en présence de tous dans les liens sacrés du mariage.

Vingt quatre jours ne s’étaient point écoulés entre la mort d’Anne et le remariage de son époux survivant. Le corps de la malheureuse n’était encore retourné en poussière que Leloup dévorait une jeune vierge.

Neuf mois plus tard naquit le premier enfant d’une longue série et le petit Jacques put passer des seins de sa tante à ceux de sa belle mère.

Jacques fit 12 enfants à Louise Lebreton entre l’année 1749 et l’année 1771. Cette mère féconde s’éteignit en 1783 à l’age de 54 ans.

Notre bordager qui n’avait que 63 ans se sentait encore vert et chercha une nouvelle compagne. Cela prit un peu plus de temps, il était bien vieux. Mais il y parvint et 13 mois après avoir porté en terre sa seconde femme il épousa une petite gamine de 28 ans sa cadette. Et croyez vous ce qu’il advint, lui vaillant et elle féconde ? Une petite fille arriva en leur foyer ils la nommèrent Françoise, rien d’original me direz vous car Jacques avait déjà nommé 2 de ses filles ainsi.

Jacques dans un ultime élan fit un dernier enfant. Pour clôturer cette jolie série de 16 enfants il le nomma Jacques. La boucle était refermée il avait 72 ans.

Il s’éteignit le 14 janvier 1797 en sa borderie de la Rougerie dans la commune qu’il n’avait jamais quittée, dans l’unité territoriale que l’on nommait maintenant le département de la Sarthe. Des 16 enfants, 8 lui survécurent et firent souches.

OU ÉTAIENT ENTERRÉS NOS ANCÊTRES ? ÉTUDE SUR UN PETIT VILLAGE DE LA MANCHE AU 18EME SIÈCLE

 

 

Alors que je relisais l’ excellent livre de Philippe Ariès  » l’homme devant la mort  » mes recherches généalogiques m’avaient porté dans une petite localité du département de la Manche nommée Teurthéville le Bocage. Le chapitre qui s’ouvrait à mes yeux traitait des inhumations et il me vint l’idée de vérifier les dires de l’auteur en étudiant le village de Teurtheville.

La question posée était simple, où étaient enterrés les habitants du village au début du 18ème siècle ?

Si à notre époque le dilemme se pose entre l’inhumation et la crémation, au 18ème siècle, le choix se portait entre un enterrement dans l’église,où sous les bâtiments appelés » charnier, » qui jouxtaient encore les murs du Saint endroit où bien évidement au cimetière.

Choix cornélien, non pas !!!! L’enterrement dans l’église était réservé à ceux qui pouvaient se le payer et les prix croissaient en fonction de la distance qui les rapprochait du chœur de l’église .

Plus on s’éloignait de ce saint endroit plus les prix diminuaient, les charniers qui étaient en quelques sortes des endroits intermédiaires entre l’église et le cimetière avaient également une cote assez élevée.

Les plus pauvres qui finalement n’avaient guère le choix finissaient dans la fosse commune, car les tombes individuelles n’étaient encore que très peu répandues.

Le plus égalitaire des endroits était encore l’ossuaire, car le sous sol de l’église était régulièrement vidé des restes solides des chers défunts afin de libérer de la place pour les nouveaux arrivants. Comme on vidait régulièrement la fosse commune pour faire place nette, les os des pauvres comme ceux des riches se trouvaient mêlés.

Voila pour les sanctuaires, mais que l’on ne s’imagine pas les lieux comme ils le sont maintenant, tristes, silencieux, chargés d’une tension émotionnelle et où chacun se recueille.

Non les lieux bien que remplis de morts étaient bien vivants, le cimetière était lieu de commerces, de rassemblements, de discussions, voir de fêtes. La fosse commune ouverte à tout va, ne semblait gêner personne.

La mort n’était point honteuse et tout le monde vivait avec.

La situation dans l’église était la même et en plus des services religieux elle avait les mêmes fonctions de rassemblement que le cimetière. Endroit privilégié aux sépultures, le sous sol des églises n’était que lieu de repos et le dallage que pierre tombale.

Dans ce chaos de dalles soulevées les émanations méphitiques empêchaient souvent les desservants de poursuivre leur messe et aux villageois groupés sur leur banc de les suivre .

ÉTUDE SUR LA PAROISSE DE TEURTHEVILLE LE BOCAGE

PROVINCE DE NORMANDIE

ANNÉE 1701 1705

Pour cette paroisse on distingue un certain nombre d’endroits bien spécifiques.

En premier lieu le cimetière.

En second l’église ou plusieurs lieux ont la faveur des paroissiens.

  • La nef

  • l’allée du haut de la nef

  • l’allée du bas de la nef

  • le chœur

  • la chapelle Saint Jacques

  • la chapelle de la sainte Vierge

  • le portail.

Précisons que le Chœur est réservé à l’élite de la noblesse locale et que l’inhumation dans la chapelle de la sainte Vierge est soumise à l’autorisation des patrons de la paroisse.

Année 1701

28 décès

14 au cimetière

5 dans la nef

3 dans la chapelle saint Jacques

5 allée du bas

1 allée du haut

50% d’inhumation dans l’église

Année 1702

18 décès

9 au cimetière

4 dans la nef

1 allée du bas

1 chapelle saint Jacques

1 chapelle de la vierge

1 dans le chœur

1 église sans précision

50% d’inhumation dans l’église

Année 1703

25 décès

13 au cimetière

3 dans la nef

1 Allée chapelle saint Jean

5 allée du haut

2 allée du bas

1 chœur

48% d’inhumation dans l’église.

Année 1704

25 décès

15 au cimetière

3 dans la nef

2 chapelle saint Jacques

1 chapelle de la Vierge

1 allée du bas

3 allée du haut

40% dans l’église

Année 1705

47 décès

30 au cimetière

10 dans la nef

4 allée du bas

1 allée du haut

1 chapelle Saint Jacques

1 sous le portail

36% dans l’église

Comme on peut le voir dans cette énumération l’habitude d’enterrer ses morts à l’église est bien ancrer dans ce village et l’on peut en conclure que seuls les plus pauvres avaient le droit à la fosse commune du cimetière.

Les habitudes perdureront comme l’indique les chiffres suivants mais diminueront de décennie en décennie

Année 1720

52% dans l’église

Année 1730

29% dans l’église

Année 1740

28% dans l’église

Année 1750

5% dans l’église

Année 1760

15% dans l’église

Année 1770

20% dans l’église

Comme on peut le voir une nette diminution au milieu du siècle puis une remontée juste avant les ordonnances royales interdisant les enterrements dans les églises.

Les dernières inhumations dans l’église de Teurtheville auront lieu en 1777 et seront au nombre de 3.

Le Seigneur du lieu sera enterré dans le chœur , une personne remarquable nommée Suzanne Peronelle sous le portail et un personnage dont l’action nous est inconnue  dans la nef.

Comme on peut s’imaginer le sol de cette église devait ressembler à un immense chantier où les odeurs nauséabondes devaient troubler les offices.

Certaines inhumations se faisaient dans des caveaux construits sous des chapelles particulières, mais la majorité n’avait le droit qu’à un espace clos de pierres plates, soit directement sur le sol recouvert par une stèle qui faisait office de dallage dans le saint Edifice.

Les emplacements ne portaient pratiquement jamais de nom et seule la mémoire familiale permettait de s’y retrouver. Les fossoyeurs sur les indications approximatives des parents tentaient des regroupements familiaux. Au vrai ils ne s’embarrassaient guère de scrupules, soulevaient la dalle avec un crochet, déterraient les ossements qui les gênaient, et les empilaient à l’ossuaire pour placer la nouvelle dépouille vêtue de son seul suaire.

On imagine à peine avec nos sensibilités modernes les dizaines de corps en décomposition à peine enfouis sous ces dallages séculaires, émanations, explosions de gaz, bruits, en bref un vrai film d’épouvante. Cela ne troublait guère tant l’enterrement ad sancto avait les faveurs.

DANS L’INTIMITÉ DE LA MORT ( SUITE )

 

Église Montsauche les  Settons

Françoise est pétrifiée, sa sœur la refoule au fond de la pièce, elle prend soudain conscience que son père est mort. L’événement est si soudain, si brutal, ce fier et dur personnage balayé en quelques jours, les pleurs l’envahissent.

Mais maintenant tous s’affairent et personne ne porte attention au chagrin de la petite fille.

Dans le voisinage la nouvelle se répand et Andoche  l’oncle est envoyé quérir le curé.

Marie trop jeune pour connaître les rituels funéraire en usage fait appelle à la matrone du village qui de sage femme se transforme souvent en ordonnanceur funéraire.

Les femmes du voisinage et la parentèle ont investi les lieux. Le corps de Jacques est d’abord allongé correctement les mains jointes sur le ventre.

Marie sort des draps du grand coffre et en tapisse l’endroit. Elle met de coté une grande pièce en lin que Jacques de son vivant avait choisi comme linceul.

Il convient à présent de préparer le corps avant le défilé des proches. La matrone décide de procéder à la toilette de Jacques avec l’aide de Marie. Il faut bien apprendre ce genre de rituel, la vie est très peu de chose. Afin de préserver au défunt un minimum de dignité on demande aux visiteurs de sortir de la chaumière.

Françoise est mise à contribution, va chercher de l’eau et la met en chauffe dans l’âtre de la cheminée.

Il ne faut pas traîner car bientôt 3 heures que le Jacques est passé et sa nuque commence à se faire raide.

Les deux femmes enlèvent la chemise maculée, le corps nu de Jacques se dévoile aux yeux de ses deux filles et de la rude matrone qui tout à son labeur n’a pas fait sortir la petite Françoise.

Dans la chambre un silence juste troublé par le crépitement d’une bûche de chêne qui se consume rajoute à l’impudicité du tableau. Marie parcourt des yeux le corps de son père, ne voit pas en lui un mort mais un homme et c’est avec timidité et sur l’insistance de la vieille qu’avec un morceau de lin qu’elle a plongé dans la cuvette d’eau tiède que lui tient Françoise qu ‘elle nettoie son père.

Françoise hypnotisée ne peut détourner les yeux et de grosses larmes coulent sur sa joue.

Nettoyé, purifié par l’eau, les yeux clos et vêtu de sa chemise la plus neuve, Jacques est de nouveau visible.

L’eau impure du lavage est jetée à l’extérieur, ainsi que toutes les eaux se trouvant dans la maison. L’âme de Jacques en montant au ciel ne doit pas se mirer dans ces miroirs aqueux .

Un cierge Pascal est allumé près du défunt, une petite coupelle d’eau bénite au Rameau et que chaque ménagère possède en réserve est placée au pied du lit avec à ses coté une branche de buis.

Jacques sur son lit, impavide, semble dormir , un léger rictus ressemble même à un sourire.

Tous, famille, amis, voisins, connaissances, défilent devant le lit mortuaire, se saisissent du goupillon de buis le trempent dans l’eau bénite et font le signe de croix.

Cette aspersion rappelle le baptême, comme le cierge allumé évoque la flamme de la vie.

La veillée commence, l’enterrement aura lieu demain.

Marie n’est pas seule, les voisines l’assistent et fournissent le repas. Autour de la grande table, Françoise ingurgite avec peine sa soupe, Andoche discute près de la cheminée et fait part à sa femme Benigne du coût financier de l’inhumation et  des dispositions qu’il va vont devoir prendre pour accueillir les 3 fillettes orphelines . Au début les chuchotements étaient de rigueur mais à force verres , le ton monte un peu et une ancienne doit amener les veilleurs à plus de discrétion.

Françoise tombe de sommeil et on lui intime l’ordre de rejoindre son lit, comment dormir avec le corps mort de son père étendu à quelques mètres. Pourtant elle s’endort agitée de mauvais rêves.

Au matin les vaches mugissent, les voisins solidaires se chargent de  la traite . Pieds nus en chemise la petite s’approche silencieusement de son père. Son visage a changé, le sourire a disparu, les traits semblent tendus par la douleur, le teint est glabre. Françoise hurle et sort de la maison à moitié nue. Le froid de la neige sur ses petits pieds la calme aussitôt et honteuse va rejoindre son aînée  pour se blottir dans son jupon

Le moment de se séparer du corps va bientôt arriver, une habile couturière du hameau est appelée à la rescousse et Jacques est cousu dans son linceul de lin blanc.

.

Un charpentier du village apporte enfin le cercueil, fait de bois léger, on y dépose feu Jacques Loriot. Andoche glisse auprès de son frère une petite piécette afin que vieille tradition païenne il puisse traverser le styx en payant sa traversée à Charon le passeur .

Le cercueil est placé sur une charrette et le convoi se forme, au loin les cloches sonnent le glas.

Le son court de vallée en vallée, c’est un homme, les cloches retentissent 9 fois.

Le curé avec ses enfants de cœur se placent devant et chantent le miséréré.

Le chant ne dure qu’un temps, 1 h 30 de marche, il fait froid, le vent souffle toujours, et la neige ralentit l’allure. Décidément le bon curé préfère les morts estivales.

Pendant la longue procession les langues vont bon train, le froid, les bêtes , les récoltes, not bon roi, le Louis qui a engrossé la Marie, tout y passe et Jacques Loriot raide dans son linceul n’est déjà plus l’objet de toutes les attentions.

Enfin l’église, on se réchauffe un peu, le curé entonne le requiem puis l’absoute. Jacques est ensuite conduit vers sa dernière demeure.

Depuis quelques années les enterrements dans l’église n’ont plus lieu et le cimetière est la seule destination. Le laboureur Loriot a émis le souhait d’être enseveli près de la croix centrale du cimetière à proximité de sa femme Emilande et de  ses 3 enfants décédés . Le curé moyennant finance y a consenti. Le fossoyeur eut un peu de mal à retrouver l’emplacement exact car aucune marque n’en indiquait l’endroit. Approximativement il creusa mais trouvant place prise et dut évacuer quelques vieux os. L’affaire se compliquant  car le sol gelé ne se laissa  pas  faire. Le trou n’était guère profond.

Andoche  en chef de famille régla le charpentier, le fossoyeur et paya à son défunt frère quelques messes. Jacques et Émilande se retrouvent après 3 années de séparation au paradis des Morvandiaux, leur âme à défaut de leur corps réunis pour l’éternité.

Un conseil de famille régla le sort  des enfants et Françoise fonda quelques années plus tard une famille dont votre narrateur est issu en ligne directe.

DANS L’INTIMITÉ DE LA MORT

 

Groupées autour de l’âtre, Françoise,  sa sœur Marie l’ainée de la famille et Madeleine la petite épluchent des châtaignes en attendant le retour du père à la  maison. Au dehors une bise glaciale agite la cime décharnée des arbres, la neige qui est tombée abondamment les jours précédents volette et créait une atmosphère ouateuse de fin du monde.

Les bêtes sont rentrées à l’étable et apportent à la maison une douce chaleur animale. La demeure des Loriot sise au hameau de Bonin près de Montsauche est une chaumière Morvandelle. La demeure ne respire pas l’aisance, un toit de paille, lucarné par une petite ouverture qui donne sur un grenier à foin et accessible seulement de l’extérieur par une simple échelle, une pièce principale avec une noire cheminée, une table et deux bancs, un grand lit pour Père et un autre plus petit pour  Madeleine et moi. Marie la grande  sœur âgée seulement de 14 ans dort dans un appentis sans chauffage qui jouxte l ‘étable. Le sol de terre battue laisse en ce froid de janvier passer l’humidité. Un triste jour passe avec peine à travers les carreaux de papier huilé. Jacques le père est un petit laboureur laborieux qui possède quelques arpents et un attelage à deux bœufs. Bien évidement dans cette contrée la petitesse des exploitations ne fait pas d’un laboureur un coq de village, il surnage simplement au dessus des ménagers qui eux ne possèdent que leurs bras.

Françoise sursaute quand elle entend claquer les sabots de son père sur les marches de pierre du petit escalier qui dessert la maison. Le maitre des lieux  pénètre  dans la maison et salue tout le monde à la cantonade. Une monstrueuse quinte de toux secoue alors Jacques, cela fait plusieurs jours que ce dernier tousse et rien ne semble vouloir ralentir sa toux persistante. Le père crache alors au sol un glaire sanguinolent qu’il écrase de la pointe de son sabot. Chacun se met à table mais le souper est morne et triste , le père est épuisé et contrairement à son habitude ne touche qu’à peine à sa pitance . Ce soir là personne ne traîne et chacun retrouve sa couche. Dans le noir tous enlèvent les habits de jour . Françoise en chemise se blottit contre sa petite  sœur , elle aime le contact de sa puinée  qui parfois la repousse quand ses pieds sont trop froids mais qui, elle le sait l’attirera de nouveau vers elle en râlant. Françoise inquiète, questionne sa sœur qui pour être plus jeune faisait souvent preuve de plus de maturité

  • Il a quoi papa ?
  • Rien dors, juste de la fatigue, cela ira mieux demain.

La nuit est abominable, le père tousse, crache et geint toute la nuit, Françoise épuisée s’endort tout de même mais  Marie ne ferme point l’œil  et décide de rester à proximité de son père qui curieusement ni oppose aucune résistance.

Cette situation rappelle à Françoise de mauvais souvenirs, sa maman Emilande est morte il y a à peine  3 années. Marquées au plus profond de leur être les fillettes avaient courageusement épaulé leur père et tenté de remplacer leur mère dans les tâches ménagères et les petits travaux de la ferme.

Au petit jour la petite est surprise par l’absence de bruit, son père ne se lève pas. Elle s’approche timide vers l’impressionnante forme immobile, elle est seule avec lui les autres membres de la famille se sont évaporés. Elle a peur mais près de la couche tend la main pour secouer son père.

  • Papa, papa, lève toi, il fait jour

D’un râle son père lui répond.

  • Tu es grande, tu aideras ta sœur
  • Oui père.

Françoise qui aide déjà son ainée considérablement se demande ce qu’elle peut faire de plus. L’inquiétude la gagne, elle sent confusément que quelque chose arrive.

Après une longue attente, Marie revient enfin avec Madeleine mais aussi , accompagnée par monsieur le curé, ses voisines,  par son oncle Andoche et par sa tante Benigne

Pourquoi tant de monde en ce matin autour de son père ?

Françoise avec Madeleine sont expédiées  dehors sans autre explication et rejoignent la meute de chiards qui la goutte au nez se balancent des boules de neige.

Au cours de la matinée, un homme arriva sur une mule et pénétra dans la chaumière. L’une des plus grandes reconnut le bonhomme.

  • C’est le notaire
  • Qui ?
  • Le notaire que je te dis, ton père va crever.
  • Mais non c’est pas possible.
  • Je te dis que oui, il va tester, mon père quand il est passé à fait de même.

Françoise rejoint en pleurant sa sœur Marie et lui demande explication. Cette dernière gentiment lui expliqua que son père était gravement malade et qu’il devait mettre ses affaires en ordre par un testament.

La journée se passe, l’oncle  Andoche  va à ses occupations, sa sœur et des familiers se relayent auprès du moribond. Ce n’est qu’un va et vient dans la maison, les voisines que son père pourtant n’apprécie guère passent le plus clair de leur temps à psalmodier autour du lit du mourant.

Françoise sans se faire remarquer se cale dans un coin de la pièce et observe. Le père tousse encore et encore, un sang moussu sort de sa bouche. Il fait froid mais son corps ruisselle. Une toux plus forte et il se vide. L’odeur est infecte, la sueur, le sang, la merde et la mort repoussent les âmes compatissantes des voisines.

Marie se dévoue inlassablement et aide sa tante Benigne, elles  vident la cuvette plein de crachats, essuient le visage émacié du mourant, changent la chemise maculée d’une verte diarrhée, torchent enfin le pauvre homme qui s’en doit de partir en public mais dans la dignité.

Françoise est pétrifiée, les heures passent,  elle pleure en silence, soudain, le son lugubre d’une clochette retentit au loin.

Tous s’immobilisent, les voisines se taisent, le père se redresse sur sa paillasse, Marie la femme de la famille sort et s’en va accueillir le nouvel arrivant. Le père Layon frigorifié et râlant avec son enfant de cœur qui agite frénétiquement une clochette se dresse dans l’entrée.

Le bon prêtre ne s’intéresse au moribond qu’après s’être réchauffé d’un coup de gnôle . Jacques reçoit avec stoïcisme l’extrême onction, si jusqu’à présent il pouvait espérer une rémission, la prière des agonisants lui ôta tout espoir. En général le curé ne faisait pas 5 km dans un froid glacial pour rien.

Du fait l’agonie ne se prolonge guère, Jacques appelle chacun à tour de rôle, quand vient le tour de Françoise, seul un mince filet de voix est encore perceptible. Il saisit la main de la fillette et lui susurre quelques recommandations. Un dernier spasme, sa poigne autrefois si terrible étreint à peine le frêle bras de l’enfant. La bouche se tord, un mince filet de bave s’écoule, la tête se penche sur le côté. Benigne écarte la petite, le père est mort. Nous sommes le 13 janvier 1780. Jacques Loriot, laboureur 43 ans n’est plus.

Marie  15 ans , Françoise 11 ans et Madeleine 9 ans après leur mère Emilande Munier décédée en 1777 perdent donc leur père et vont devoir affronter la vie sans leur soutient.

Note : – Il était d’usage de faire son testament, même dans les familles les plus modestes. C’était presque une obligation chrétienne et la sépulture en terre sacrée pouvait être refusée en cas de refus d’en faire un.

            Avec le temps cet acte généralisé pour tous laissa place aux dernières volontés orales du défunt.

            – L’extrême onction était à l’origine une prière au malade pour qu’il guérisse, puis devint une prière d’imploration pour avoir une bonne mort.

            – La mort se devait d’être publique, elle n’était pas cachée comme de nos jours dans les froides chambres d’hôpital.

Lire  la Suite au prochain épisode.

LE VIOL D’UNE VIE OU LE MALHEUREUX DESTIN DE MARIE THÉRÈSE


La famille Leroy habitait   » la voie du Chatel  », les hommes étaient le plus souvent des bergers.

 

Marie Thérèse Leroy regardait avec tendresse son petit bâtard faire ses premiers pas dans la cour de la ferme.

Nicolas avait maintenant 18 mois, période d’innocence où le petit avait grandit sans ressentir les problèmes qui assaillaient sa mère.

Cette dernière depuis la journée funeste de son viol revivait presque quotidiennement l’outrage qui lui avait été fait. Elle semblait encore ressentir la douleur physique occasionnée par les deux barbares, elle ressentait leurs mains qui l’empoignaient, elle ressentait encore au fin fond de son intimité la présence du sexe de ses agresseurs. Il lui semblait également sentir leur odeur. Ils étaient tapis dans l’ombre de son existence et depuis elle vivait dans un monde de perpétuelle angoisse.

Elle se serait peut être finalement accommodée du souvenir de ses violeurs si le regard de la communauté villageoise ne lui rappelait à chaque instant la dure vérité.

Tout d’abord l’homme qui devait l’épouser fit machine arrière, seul il aurait peut être accepter de prendre pour époux la femme qu’il aimait , mais le poids de sa famille fut plus fort que l’amour et la traînée et son bâtard n’entrèrent pas dans cette famille respectable.

Au sein de la communauté de Marigny en Oxois les choses était bien pire, elle fut marginalisée et rejetée . Il y avait toujours une place de libre à coté d’elle à l’église , au lavoir et à la fontaine les femmes faisaient silence quand elle arrivait .

Pour les hommes du coin la cause était entendue, elle avait du provoquer ces deux militaires et inventer un viol pour justifier de la sale graine qui poussait en son sein. Plus question pour l’un d’entre eux de lui proposer mariage. De toute façon elle commençait à être une marchandise en cours de dévalorisation du fait de son age. Les quolibets et les remarques grivoises accompagnaient souvent ses marches

Ce n’était plus une femme à marier, mais cela pouvait être encore une femme à baiser. Pensez donc cette femme à soldats ne devait pas se faire prier pour soulever son cotillon.

Marie Thérèse souffrait en silence, elle restait droite et digne. Son petit bâtard, elle l’avait gardé et l’élevait comme elle le pouvait. De nombreuses femmes victimes se débarrassaient alors des ces fruits mal venus. Malgré l’opprobre généralisée son employeur l’avait gardée et sa sœur qui la connaissait le mieux lui avait gardé sa confiance, Marie Thérèse n’avait donc pas rejoint la cohorte nombreuse de femmes qui pour survivre devaient vendre leur corps.

Elle n’était pas une prostituée, ni une fille à soldat et aucun homme ne l’avait touchée depuis son agression.

Mais à la fin de l’été 1800 un jeune journalier de passage pour les travaux des champs vint lui conter fleurette.

Il était doux , gentil, attentionné et semblait ne pas s’occuper des ragots des autres ouvriers agricoles.

Aux mots doux , succédèrent les tendres caresses, Marie Thérese pour la première fois baissa sa garde et ne freina pas dans la paille chaude les tendres ardeurs du vigoureux paysan.

Ils se revirent et par une magie à chaque fois retrouvée leurs corps dans une unions parfaite ne firent qu’un.

Hélas le journalier comme les beaux jours disparurent pour laisser place à l’hiver.

Quelques mois passèrent et l’inquiétude de Marie Thérèse grandit, plus de menstrues, des nausées et un ventre qui s’arrondissait. La graine de l’amour léger avait germé et son fruit apparaissait au tout à chacun.

Elle n’eut pas à l’annoncer, tous le virent. La situation était dramatique, plus l’excuse du viol, elle avait été consentante et avait cédé à la tentation.

Encore une fois la défiance et la haine, mais encore une fois le soutien d’indéfectible de sa parentèle proche.

Elle alla déclarer comme la loi l’obligeait sa grossesse aux greffes de la mairie. Le maire, en ce 19 germinal an IX prit la déclaration résignée.

Cette déclaration obligatoire datait du roi Henri II ( celui qui prit une lance dans l’œil ) pour prévenir tout avortement ou tout infanticide. La femme déjà fautive au yeux de tous était passible de la peine de mort en cas de non déclaration, bien sur nous étions sous le consulat et bien que la loi ne fut pas très favorable aux femmes les condamnations n’avaient plus cette sévérité.

Le 15 prairial an IX madame Lolliot l’accoucheuse aida à mettre au monde un fort garçon que sa mère nomma Étienne Pierre. Le nom du père fut gardé secret, Etienne Verneau manouvrier et Agathe Lassé femme Caron servirent de témoin.

Un deuxième petit bâtard babillait au hameau de Voye Chatel.

On ne nourrissait pas les bêtes à rien faire et Marie Thérèse reprit ses activités de servante de ferme.

Le travail était dur et les relation avec le reste du personnel de la ferme conflictuelles. Elle logeait maintenant dans un galetas prêté par le maître des lieux. La promiscuité avec les deux petits garçons était certaine mais un toit est un toit et Marie fit abstraction.

Un jour qu’elle donnait à téter au petit Étienne et que Nicolas crapahutait avec les enfants du fermier, ce dernier entra dans la petite pièce .

Marie eut honte de ce sein dévoilé et sentit le rouge aux joues, que venait faire son maître dans cette mansarde ?

Le brave fermier lui mit le marché en main, sa productivité laissait à désirer et il ne savait pas si il allait pouvoir la garder.

Il lui expliqua que la pression villageoise était forte et que le curé faisait pression sur lui pour qu’il la jette dehors.

Marie Thérese sentit la terre s’ouvrir sous ses pieds, elle se voyait jetée à la rue, mendiant son pain avec ses deux petits.

Le bon fermier la rassura aussitôt et fort d’une grande mansuétude à son égard, il pensait qu’un arrangement ou un effort d’une autre nature lui permettrait de les garder à la ferme.

La pauvre ne comprenait guère ce qu’elle pouvait faire de plus, car elle travaillait déjà comme une forcenée.

Son patron fut plus explicite, il lui demanda de poser son bébé et baissa son pantalon.

Le cycle des souillures commença, pour une paillasse, de la soupe et un toit pour ses deux garçons la servante servit.

Elle vécut comme cela, la patronne se doutait du manège et redoublait de méchanceté à son encontre. Le maître au début profita à tout moment du corps de la jeune femme mais un événement lui freina ses ardeurs.

Marie Thérèse était fertile et un autre fruit se développait, chacun se doutait que le fermier était le père tant les fréquentations masculines de Marie étaient inexistantes. Personne ne pipa mot et Marie reprit le chemin de la mairie pour la sacro sainte déclaration qui fut prise par l indéboulonnable Monsieur Petit en date du 9 pluviose an XII. Le 12 floréal an XII naquit le petit Louis François, madame Lolliot servit comme précédemment de sage femme, Louis Taupin manouvrier et Nicolas Badie cordonnier servirent de témoins.

Fille mère pour la troisième fois, le diable l’habitait sûrement et les femmes se signaient à son passage. Le soupçon de paternité qui pesait sur le fermier fit taire l’ensemble de la communauté et Marie Thérèse continua son labeur et son malheur.

Il ne chassa pas son fils illégitime et son esclave mais la patronne devint encore plus dure et Marie Thérèse endura les pires tourments

L’ardeur amoureuse du maître ne faiblissait pas et Marie Thérèse devint à nouveau mère, le petit Jean Denis naquit le 27 février 1807 par les soins de l’éternel Lolliot.

La déclaration de grossesse n’avait pas eut lieu pour cette dernière maternité.

Louis Nicolas Geoffroy Marchand épicier et Armand Vilcoq bourrelier firent office de témoins.

Quatre enfants naturels c’était un record pour le village et pour l’époque, ils poussèrent comme des mauvaises plantes solides et vivaces au milieu d’un parterre et firent souches en la dure terre de champagne.

Seul le petit dernier n’eut pas ce privilège et mourut encore aux langes.

Le calvaire de cette vie de chienne cessa pour mon arrière grand mère à l’age précoce de 41 ans en cette belle année de félicité impériale que fut l’année 1810.

Le plus vieux des enfants avait 13 ans et le plus jeune pointait sur ses 6 ans, les trois enfants furent placés dans la famille et firent souche en Seine et Marne et dans l’Aisne.

Bien sur le récit narratif est inventé, seuls les fait si rattachant sont identifiables dans les actes d’état civil. D’autres scénarios auraient put se produire, mais l’essentiel n’est pas la. Par la vie de Marie Thérèse Leroy paysanne de Marigny en Oxois j’ai ouvert une petite fenêtre sur la condition féminine pendant l’époque Napoléonienne.

Les femmes violées en cette période de grands mouvements militaires étaient légion et les agresseurs peu ou pas punis.

La société Napoléonienne était patriarcale et les femmes soumises à l’autorité paternel, puis à l’autorité conjugale.

Les filles mères étaient souvent jetées à la rue et alimentaient en permanence les marchés urbain de la prostitution.

Le cas de Marie Thérèse n’est donc pas isolé et le scénario de la pauvre fille qui sert d’objet sexuel à son employeur est envisageable.

Peut être a t’ elle vécu en concubinage, mais ce genre de vie était marginale dans une communauté villageoise au début du 19ème siècle.

Peut être que chaque enfant est le résultat d’un amant de passage.

Mais quelque soit le scénario cette pauvre femme a du souffrir dans son être et dans sa chair.

Son viol par  2 individus fut le catalyseur de son triste destin et influa à n’en pas douter de façon négative sur le cours de sa vie.

La situation d’un mère célibataire avec 4 enfants est déjà laborieuse en notre temps de félicité sociale alors imaginez le calvaire il y a 200 ans !!

Ce texte fait suite à l’histoire du viol de Marie Thérèse  que je vous mets en lien.

https://pascaltramaux.wordpress.com/2015/05/16/une-sinistre-histoire-de-viol-1797-dans-un-village-de-laisne/