DE QUOI MOURAIT-ON DANS LES CAMPAGNES D’AUTREFOIS

 

Tous les généalogistes se sont évidement posés la question, de quoi nos ancêtres sont ils morts ? La plupart du temps la question reste sans réponse car sauf exception le curé ne mentionnait rien dans les registres paroissiaux. Quelques femmes mortes en couche, quelques morts suspectes ou des épidémies sont parfois signalées et nous apportent un éclairage sur la vie d’autrefois mais rien de bien général.

Alors quand on a la chance de pouvoir étudier sur plusieurs années les causes des décès d’une paroisse autant ne pas s’en priver.

Dans une petite paroisse de l’actuelle Mayenne nommée Saint-Martin-De-Connée le curé qui sans doute avait quelques connaissances marqua les causes de décès à partir de l’année 1772 jusqu’à celle de 1786.

Notre curé érudit et féru de médecine se nommait François Le conte de Souvré né à Alençon le 30 décembre 1722, prêtre de l’oratoire il prit la cure de Connée en octobre 1772 et y resta jusqu’à sa mort le 31 décembre 1786.

J’ai choisi pour l’étude les 5 années placées au milieu de son apostolat à Connée.

Avant d’étudier ces décès faisons un petit tour dans le village.

Ce petit bourg a comme voisin immédiat Saint pierre sur Orthe et Vimarcé, il est traversé part la rivière Orthe, quelques ruisseaux et un étang viennent compléter le paysage hydrographique.

Le point culminant de la commune se trouve sur une colline se nommant le Rochereau. La population était assez importante car en 1793, il y avait 1693 habitants de recensés .

Le climat est de type continental pas de chaleur ni de froid extrême et une pluviométrie somme toute normale.

L’ensemble de la population est répartie entre le bourg et de nombreux hameaux et fermes isolées.

C’est un village classique d’ancien régime sans histoire notable ni catastrophe particulière, il représentera en somme un bon exemple d’analyse.

Bien sur et avant toutes choses il faut préciser que le diagnostique médical du décès émane d’un curé de campagne avec les connaissances forcement limitées de l’époque et que quelques causes ne sont pas notées vraisemblablement parce que le curé ne les a pas connues lui même.

Il faut en outre signaler que les causes des décès d’enfants en dehors des épidémies ne sont que rarement notées.

De plus je ne suis pas médecin moi même donc je me garderais bien d’une analyse scientifique quelconque. Je vais donc voir cela comme un généalogiste et je vais tenter d’être le plus clair possible.

1776 A 1780

Répartition des décès par tranche d’age

255 décès pour ces  5 années,  ( nota le nombre des naissances se porte à 274 )

de 0 à 1 ans : 51 soit 19 %

1 ans à 5 ans : 53 soit 19 %

5 à 13 ans : 15 soit 5,41 %

13 et 20 ans : 8 soit 3,3 %

20 et 30 ans : 8 soit 3,3 %

30 et 40 ans : 12 soit 4,5 %

40 et 50 ans : 23 soit 9,1 %

50 et 60 ans : 20 soit 9,1 %

60 et 70 ans : 27 soit 11,25 %

70 et 80 ans : 22 soit 9,1 %

80 et plus : 14 soit 5,8 %

2 cas âge ignoré

Ce qui frappe en premier lieu c’est le taux de mortalité élevé chez les enfants.

127 décès sur 253 ( âge connu ) ont lieu avant l’age adulte soit 50,19 %

Les personnes décédées après 70 ans représentent quand même le fort pourcentage de 14,22 %

Pour la répartition des décès sur l’année : 26,27 % en hiver, 29,41 % au printemps, 16 % en été et 28,23 % en automne

Commençons d’abord par référencer les différentes causes listées par notre curé.

LES FIÈVRES

Il apparaît qu’un nombre important de décès soit dû à des fièvres ou qu’une maladie est occasionnée de fortes fièvres.

Ils sont nommés de différentes façons.

Fièvre maligne ( le sens en est maintenant perdu, mais autrefois était synonyme de fièvre grave ) il pourrait s agir de typhoïde

Il est tout aussi difficile de déterminer à quoi correspondent les fièvres continues, les fièvres convulsives, les fièvres dégénérant en hydropisie, les fièvres pleurésiques, fièvre millière ( peut être la tuberculose ), fièvres longues, fièvres lentes, fièvre putride, fièvres constantes, fièvres automnales, fièvres épidémiques, fièvre avec transport et pour terminer la fièvre chaude.

En somme, 13 sortes de fièvre bien distinctes dans le diagnostic du curé.

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

La variole appelée petite vérole ( rien à voir avec la vérole )

Rougeole et rougeole rentrée et un cas de jaunisse

MALADIES PULMONAIRES

Fluxion de poitrine

Asthme qui est invétéré ou convulsif

Pleurésie

Fausse pleurésie

Pneumonie

MALADIES VENTRE

Dysenterie

Violente coliqueS ( avec humeur et fièvre continue )

DIVERS

Mal d’élan ( malgré mes recherches j’ignore qu’elle est cette maladie )

Assoupissement léthargique suivi de paralysie

Humeur attirée par un emplâtre et tombée sur la poitrine

Langueur suivit d ‘ hydropisie

Mal de gorge suivit de fièvre millière ( tuberculose )

Douleur consumée avec fièvre lente

Mal caduc (épilepsie )

Rhumatisme ( tombé dans l’estomac avec 3 jours de vomissement )

Grabataire couvert d’ulcère

Dépérissement universel

Hydropisie seule ou fièvre suivie d’hydropisie

Terminons cet inventaire par quelques morts accidentelles et un assassinat et bien entendu par quelques femmes mortes en couche.

Je le rappelle les causes de mortalité infantile et juvénile ne sont pas notées.

Voilà pour l’ensemble des causes de décès, beaucoup de fièvres qui recoupent peut être des causes identiques et des cas d’hydropisie qui ne déterminent pas une maladie très particulière.

Examinons maintenant combien de personnes sont mortes pour chaque maladie listée.

Commençons d’abord pour tordre le cou à une opinion bien ancrée par les mortes en couche.

Sur 255 décès, 3 sont imputables à un accouchement, on est loin de l’hécatombe, par contre si on examine le nombre de bébé qui décède dans les quelques jours il est nettement plus impressionnant car 28 enfants ne passent pas le premier mois.

On constate très peu d’accident, un décès par chute, un autre par une plaie infectée et un assassinat.

La vie semblait donc tranquille dans ce coin de France.

Passons maintenant aux innombrables fièvres

Fièvre maligne et fièvre maligne putride : 32

Fièvre continue ou longue : 13

Fièvre d’automne : 1

Fièvre épidémique : 1

Fièvre et langueur suivies d’hydropisie : 11

Fièvre convulsive : 1

Fièvre pleurésique : 2

Fièvre coma : 2

Fièvre millière : 9

Fièvre lente : 1

Fièvre putride avec fluxion de poitrine : 1

Fièvre avec transport : 1

Fièvre chaude et maligne : 2

Soit environ 77 cas sur 255 ce qui représente 30% des cas et qui regroupe de nombreuses causes et de nombreux symptômes .

Épidémie de variole ou petite vérole : 24 cas sur l’année 1779

Mal d’élan : 6

Fluxion de poitrine : 17

Grabataire depuis naissance : 1

Langueur depuis naissance : 1

Pleurésie, pneumonie et fausse pleurésie : 7

Hydropisie : 9 cas mais de nombreuses fièvres se terminent en hydropisie.

Asthme : 5

Rougeole 2, jaunisse 1, mal caduc ( épilepsie ) 1

et pour terminer l’hécatombe des enfants dont les causes ne sont que rarement notées

127.

J’ai constaté une épidémie de variole qui s’étend de février 1779 et qui se termine en décembre de la même année.

La fièvre Millière avec forte toux commence en novembre 1776 et semble s’éteindre en avril 1777.

Une fièvre maligne semble également frapper la population à partir de juillet 1777 pour se poursuivre jusqu’en janvier 1778.

Le reste des causes semble assez partagé sur l’année. Il faut en outre signaler que l’année 1780 fut particulièrement meurtrière avec 61 décès et la disparition prématurée de beaucoup d’enfants alors que celle de 1778 fut plus clémente avec 37 décès.

Je termine en espérant avoir été le plus exhaustif possible sans charger le texte d’une liste de chiffres.

Les enfants étaient donc la cible favorite de la grande faucheuse et il était délicat d’arriver à l’age adulte.

Une note d’optimisme tout de même car sur cette période il y eut un centenaire dans le village. L’homme devait être particulièrement solide ou particulièrement chanceux.

L’AGONIE DE JEANNE OU LES DANGERS DES GROSSESSES GÉMELLAIRES

 

Lorsqu’en ce début d’année 1806, Pierre et Jeanne, journalier et journalière se retrouvèrent à faire des galipettes dans les marais de Saint Michel en L’Herm ils ne pensaient pas que le destin venait de frapper à la porte de leur jeune vie.

Puisqu’ à la tentation ils avaient cédé, ils ne se génèrent plus guère pour la gaudriole. Hélas la belle était fertile et dans ce jeune corps se développa une petite graine.

Pierre était sérieux et pensa à régulariser la situation, accord de la famille, préparatifs, publication des bancs, il fallait faire vite car Jeanne s’arrondissait fortement.

Les deux amants se marièrent en l’église de saint Michel en L’herm et bien sur devant Monsieur le Maire René Jaulin. Un peu serrée dans sa robe, un peu fatiguée par les coups de pieds de son futur enfant, tous lui prédisaient un gros bébé tant son ventre était énorme.

Dix jours après les noces, elle entra dans les douleurs de l’enfantement, l’accouchement fut long et douloureux, la sage femme faisait du mieux qu’elle pouvait et les femmes du voisinage soutenaient la parturiente. Après une lutte âpre et douloureuse, ce fut la délivrance, une petite fille apparut sur les 3 heures du matin. Petite et point vaillante ayant juste poussé un petit cri, les femmes lui portèrent soins et revinrent auprès de Jeanne qui visiblement n’en avait point fini. Trois heures après un autre bébé arriva. Pas plus gros que le précédent c’était un garçon que l’on nomma Jean.

La joie fut de courte durée, Jean petit et malingre succomba en premier le 16 décembre 1806, sa sœur jumelle Marie mourut le lendemain.

Jeanne était effondrée, moralement atteinte et physiquement abîmée , pourrait elle encore donner un garçon à son mari.

Finalement très solide, elle se remit rapidement et autorisa son Pierre a lui témoigner de l’affection.

Décidément très fertile, son ventre s’arrondit et ses seins devinrent lourds. La grossesse lui fut pénible et n’arriva pas à terme.

Le 11 décembre 1807 au soir, Jeanne s’allongea sur son lit de souffrance, les mêmes personnes se trouvaient dans la chambre.

A demi assisse, les reins surélevés par un oreiller, les jambes écartées et maintenues par les voisines, la matrone pouvait officier. Hélas c’était encore des jumeaux et l’accouchement devint rapidement difficile. Jeanne souffrait atrocement et ses hurlements faisaient trembler Pierre qui attendait dehors avec son frère André . Jeanne était exsangue lorsque la sage femme réussit à extirper le premier bébé. Après plusieurs heures de travail Pierre naquit à 5 heures du matin mais Jeanne n’en avait pas encore terminé et il fallut souffrir une heure de plus pour que la petite Marie apparaisse.

Les deux bébés étaient très faibles et très petits, l’entourage des deux parents était inquiet. Mais si le sort des enfants jumeaux était emprunt de fatalisme l’état préoccupant de leur mère troublait davantage.

La pauvre Jeanne perdait du sang, la fièvre était montée et seul un râle sortait de sa bouche tordue par la douleur.

Elle entra en agonie et expira à minuit le 12 décembre 1807. Elle avait déjà perdu connaissance quand le petit Pierre avait rendu l’âme sur les coups de onze heures du soir.

Mais la faucheuse ne s’arrêta pas dans sa sinistre besogne, elle emmena la petite Marie alors que la première heure du 13 décembre venait de terminer.

Pierre plaça les deux petits anges à coté de leur maman et commença une triste veillée funèbre.

Sur son lit de misère devenu son lit de mort, les traits de Jeanne se détendirent, elle redevint belle et l’on cru qu’elle souriait.

LA VEILLÉE DE PILLFROID

 

 

Hameau de Pilfroid presque au milieu de la carte

En cet fin d’après midi d’automne, la nuit commence  à tomber sur le  hameau de  » Pilfroid  », appartenant à la commune de Verdelot petite ville de Seine et Marne.

Situé sur une colline, la bise glaciale souffle en rafale sur les quelques maisons. Ces modestes demeures semblent ne faire qu’une tant elles sont frileusement regroupées.

Bâties de pierres et couvertes de chaume comme il en est encore l’usage, organisées autour d’une seule pièce jouxtée d’une étable, frustes et sommaires à l’image des rudes paysans qui les peuplent.

Une lueur surgit soudain de la maison de Jean François Hardy,  sa femme Rosalie vient d’allumer une chandelle dans son étable.

C’est le signal que chacune attendait, des voix se font maintenant entendre et des silhouettes se dirigent vers la masure éclairée de la lueur tremblotante .

Cette lumière qui illumine la nuit profonde est le phare qui marque le début de la  » veillée  » où toutes les femmes du hameau vont se réunir pour passer la soirée.

La  » veille  » comme l’appellent les commères Briardes marque en automne et en hiver les fins de journée, rituel immuable venu du fond des temps, elle est partie intégrante de la vie villageoise et se répète à l’infini sur l’ensemble des hameaux.

Aujourd’hui la soirée se passe donc chez les Hardy, famille de manouvrier dure à la tâche. ancrée de façon immémoriale en la terre de Brie. Rosalie vient donc d’allumer la chandelle qu’elle  place sur un bloc de bois arrondi et qui porte au centre une tige d’un mètre de haut sur 4 centimètres de diamètre évidée en son sommet pour y accueillir une chandelle de suif. Ce chandelier sommaire appelé  » pieu  » est placé par la maitresse de maison au centre de l’étable.

Madame Hardy née Dulphy,  47 ans plus tôt à Verdelot est une forte femme prématurément vieillie par les travaux des champs. Des cheveux déjà blancs, des rides profondes, les mains dures et calleuses qui commencent à se tordre. Une lourde poitrine non retenue, fanée par les tétées,tombe sur un ventre aux plis disgracieux. Elle installe sa chaise et son nécessaire à filer.

Sa fille Rose belle plante à marier de 20 ans attend avec sa mère les premières arrivantes,  le fils Alexandre âgé de 17 ans est encore toléré parmi les femmes et se tient coi près des bêtes, il attend son compère Joseph Perrin et surtout la petite Eugénie qui lui plaît fortement.

La première qui arrive est aussi une femme Hardy c’est sa belle sœur Marie,  née Moreau elle a 28 ans et vient de convoler avec François le charron, elle amène sa chaise et son bout de chandelle.

A peine installées Louise Angélique Cré veuve Perrin les rejoint, c’est l’ancienne du hameau, elle a 56 ans, mais encore vive et pleine d’ardeur, trop vieille pour se remarier elle veille sur sa marmaille qui essaime dans les environs. Elle aussi à sa chaise et son ouvrage de couture.

Son grand dadais de fils que l’on surnomme Napo se place à coté d’Alexandre. Ce surnom ridicule venant de son troisième prénom, Napoléon que son feu père le berger contestataire avait imposé à la communauté en plein retour du gros Bourbon.

Arrivèrent ensemble, Marie Céline Hochet femme Groizier et Françoise Couesnon femme Cré.

Françoise va saluer sa tante par alliance Louise Angélique Cré et s’installe en cercle avec les autres, suivie de près par son marmot de 3 ans qui se cale entre ses jupes.

Puis arrive enfin Marie Madeleine Remy femme Delaitre 45 ans avec ses deux filles Alexandrine et Eugénie.

Les deux adolescents postés près du cul des vaches ne se sentent plus d’importance devant les deux nymphes de 17 et 18 ans qui prennent la précaution de se mettre à l’autre bout de la pièce.

La dernière,  comme de coutume est Marie Hochet la femme du tuilier du  » château Launoy Renault  » Isidore Groizier, elle a 47 ans et est accompagnée des enfants du premier mariage de son mari.

Toutes sont maintenant en place, ouvrages de couture, filage, cageot de haricots à écosser sur les genoux les conversations s’engagent. La veuve Perrin poursuivant une vieille occupation familiale confectionne même des cajets à fromages. Personne n’est donc inactif, papoter oui mais pas faignanter.

Le froid et les atteintes à la végétation sont pour l’instant le sujet de conversations, puis peu à peu les bavardages portent sur les ragots de Verdelot. Untel va se marier, unetelle est grosse d’un gars de Villeneuve sur Bellot, le vieux vigneron de la Couarde est mort.

La soirée se poursuit et l’on mange quelques noix, l’atmosphère est détendue et le badinage s’arrête sur Marie Moreau qui vient juste de se marier.  » Le François l’est il bon au lit ou l’a t ‘il noué.

La réponse est salace, on écarte les petits. Les adolescents n’en perdent pas une miette, la veillée se veut aussi éducative.

Dans l’étable où tous se serrent la chaleur a augmenté, une douce quiétude envahie les corps. L’odeur des bêtes et celle acre des femmes mal lavées se rejoignent. Bouses, urine, sueur et crasse apportent un fort parfum mêlé à la fumée nauséeuse de la chandelle.

Rosalie Hardy la maîtresse des lieux se met maintenant à raconter une histoire merveilleuse venue du fond des temps.

Sachant les mères occupées à ouïr avec attention la belle narration maintes fois rabâchée, les adolescents mâles se sont rapprochés des adolescentes.

Eugénie la plus dégourdie des deux sœurs vole un baiser à Joseph et Alexandre caché par une vache enserre la taille d’Alexandrine, ébauches de jeux amoureux, ils n’iront pas plus loin même si l’ambiance animale qui règne dans l’étable enflamme leurs sens.

Marie Rémy toutefois veille au grain, et d’un regard ordonne à ses filles de s’écarter du fameux Napo, le petit berger dont la réputation de jeune coq trousseur de filles commence à se répandre dans les environs.

La soirée se prolonge les petits s’endorment dans les robes de laine de leur mère, il va falloir clore la soirée car les hommes doivent maintenant les attendre.

Les femmes se souhaitent la bonne nuit, remballent leurs ouvrages, reprennent leur chaise, réveillent les petits. Elles se reverront demain, au champs, au lavoir, à la traite, enfin partout car cette petite communauté fait encore corps entre elle.

Les adolescent tentent d’écarter leurs belles un instant à la surveillance des cerbères matriarches.

Joseph y parvient et par une étreinte témoigne à Eugénie sa juvénile vigoureusité. La petite ne s’offusque pas mais rejoint vite sa mère, il n’est point encore temps de lever cotillon.

Le silence se fait maintenant sur le hameau, chacun a retrouvé la chaleur de son lit.

Louise pense à son défunt Nicolas, Marie repousse les ardeurs de son homme, Adélaide s’endort auprès d’Isidore, la jeune mariée succombe aux assauts de son vaillant charron et nos adolescents rêvent aux douces friandises qu’ils n’ont encore pas le droit de toucher.

 

Source : La Brie d’autrefois de Jules Grenier

recensement Seine et Marne

État civil Seine et Marne

LES CURÉS D’AUTREFOIS

Une église Seine et Marnaise

 

Le curé de village dans la société paysanne occupait une position centrale dans la communauté.

Installé dans sa cure ou son presbytère à l’ombre de l’église il était le personnage phare, celui que tout le monde connaissait et saluait avec déférence.

Sa tenue le distinguait car il portait soutane noire, était normalement tonsuré et ne devait point porter perruque.

Il avait un niveau de culture bien supérieur à l’ensemble des paroissiens car rappelons le le temps des curés ignares était bien passé au 18ème siècle.

Il avait en général côtoyé une école secondaire puis le grand séminaire. Certain par goût , par capacité ou par moyen était même docteur en théologie et avait fréquenté les doctes universités.

Bien évidement il parlait couramment une deuxième langue à savoir le latin, cette dernière bien que chantante n’était point comprise par les paroissiens.

La plupart du temps il était de la région, ce qui était très utile pour en connaître le patois et les us et coutumes .

Il était rarement très jeune car pour être prêtre l’âge requis était de 25 ans, ensuite il fallait trouver une cure disponible et s’y faire nommer. Entre la sortie du séminaire et l’attribution d’une paroisse les années pouvaient être fort longues. Les non pourvus devenaient vicaire dans le meilleur des cas, c’est à dire remplaçant ou adjoint d’un curé en place.

Pour parvenir à la prêtrise il fallait de nombreuses années d’étude et en ce temps seule une situation professionnelle aisée des parents pouvait le permettre.

Les curés ne venaient donc que très rarement des milieux défavorisés.

Ce dernier était rétribué au moyen de la dîme, s’ il ne la percevait pas lui même il en recevait une partie que l’on nommait portion congrue.

Je m’explique:  il existait deux types de paroisse celle dite bénéficiaire et celle à portion congrue.

Dans le premier cas, le curé exploitait son temporel et sa dîme lui même, soit en exploitant sa terre lui même ou en la louant à un fermier. Il était de facto un propriétaire qui exploitait sa terre .

Le décimateur primitif ayant abandonné au profit du curé la perception de cet impôt.

Dans l’autre cas le décimateur versait une somme au curé que l’on nommait portion congrue, ce personnage était bien évidement un haut dignitaire, Évêque, Abbé, Chapitre et Chanoines.

Cet impôt appelé aussi la décime portait sur le dixième de la récolte, mais comme on peut s’en douter entre la théorie et la réalité le pas était immense. En vérité l’anarchie était totale , pas une province n’avait le même pourcentage, pas un diocèse n’utilisait les mêmes bases, aucune commune ne payait pareil et comble de l’iniquité les taux étaient variable pour une même paroisse.

Le curé avait-il les moyens de vivre de sa portion, il semblerait que oui car même si il devait en garder une part pour ses pauvres cette somme était largement supérieure à ce que pouvait gagner un laboureur.

Il n’avait pas charge de famille et en plus percevait le casuel qui si la paroisse était importante pouvait être un complément fort intéressant.

Le casuel était l’argent collecté aux offices, aux enterrement, aux baptêmes etc.

Un curé bénéficiaire était il plus riche que celui soumit à portion congrue ? cela était aussi très variable, mais il est avéré que cette portion congrue n’était pas si mince et que le curé qui la percevait n’était pas si pauvre.

De plus le curé pouvait posséder des biens en propre et les faire fructifier.

Pour conclure notre homme en noir se plaçait certainement parmi les notables du village.

Laissons maintenant ces contingences matérielles somme toute très variables et concentrons nous sur le quotidiens de ces acteurs de la vie villageoise.

On a vu qu’il habitait au presbytère quand le village en possédait un et  il avait une servante qui ne devait pas avoir moins de 50 ans.

Son activité maîtresse était évidement la célébration de la messe et il pouvait y en avoir une palanquée.

Au cours de ces messes il célébrait évidement l’eucharistie, mais prêchait la parole divine, tout cela dans un latin parfait et codifier par la haute autorité.

Une partie de la cérémonie s’adressait en la langue du village , le curé sermonnait ses ouailles, les sujets étaient variés, respect des coutumes, des lois, de l’autorité, de l’orthodoxie religieuse, mais aussi des bonnes mœurs. En bref il se mêlait de tout et était un rouage intermédiaire entre l’autorité royale et les villageois.

Au prône il lisait en effet les édits et les ordonnances royales

Le curé lançait aussi des monitoires qui étaient comme des appels à témoins pour des crimes ou des délits.

Notre bon prêtre ne chômait guère, entre les baptêmes, les relevailles, les mariages, l’extrême onction, les enterrements, les messes, les célébrations de fêtes religieuses, les jubilés, les visites pastorales.

Il avait aussi vocation à aider les pauvres, faire le catéchisme et aussi parfois l’exorciste . Il lui arrivait aussi à l’occasion d’être maître d’école.

Et puis évidement l’occupation qui nous intéresse le plus en tant que généalogiste est la tenue des registres de catholicité. En effet comme chacun le sait l’ordonnance royale de Villers-Cotterets en 1539 ordonnait au curé de tenir une sorte d’état civil, registre en 2 exemplaires, l’un au village, l’autre au greffe de la sénéchaussée ou au greffe du bailliage.

Il pouvait aussi à l’occasion recevoir le testament d’un moribond si le temps pressait ou qu’aucun notaire ne se trouvait disponible.

Nos bons curés attentifs à la bonne marche du village se mêlaient aussi de la vie privée de ses paroissiens qu’ils recevaient au confessionnal.

Les mères qui tardaient à faire abandonner le sein à leur marmot sous prétexte de retarder une nouvelle maternité, les demoiselles un peu légères, celles qui tardaient à avoir enfants recevaient une sévère algarade.

Nos curés éclairés diffusaient parfois des idées nouvelles en termes d’agriculture, de botanique ou d’alimentation.

Voila pour ce tableau certainement incomplet et sommaire des occupations de nos curés d’ancien régime.

Complètement intégrés, respectés et voir aimés par les paroissiens, ils furent des acteurs majeurs de la société d’autrefois.

LES CURÉS D’AUTREFOIS ( SUITE )

Église d’Aulnay de Saintonge

 

Cet article est destiné à tous les chercheurs amateurs et passionnés que nous sommes.

La généalogie a pour source essentielle la lecture des registres paroissiaux puis d’état civil.

De la belle écriture de ses rédacteurs dépend notre compréhension et notre vitesse de déchiffrage.

Les choses sont, disons le, très simples après 1792, des officiers d’état civil, une forme standardisée de rédaction et une écriture somme toute à peu près correcte.

Mais intéressons nous à la période antérieure où les registres étaient tenus par des curés.

Qui étaient ces hommes et comment étaient ‘ils organisés ?

Bien entendu je vais résumer, car sinon il faudrait que j’écrive une œuvre en dix tomes. Le but de mon texte étant de s’y repérer un peu dans les fonctions et la hiérarchie ecclésiale.

CURÉ

A la base se trouve notre curé , il est à la tête d’une paroisse dont les diversités en nombre d’habitants et en étendues sont très nombreuses.

De quelques dizaines d’habitants à plusieurs milliers la charge n’est évidement pas la même.

ARCHIPRÉTRÉ

Regroupe plusieurs paroisses et est contrôlé par un archiprêtre.

Là aussi pas de règle, le nombre de paroisses formant un archiprêtré est très variable.

ARCHIDIACONÉ

Cette appellation concerne un regroupement de plusieurs archiprêtrés qui on s’en doute maintenant sont de tailles variables.

ÉVÊCHÉ

A la tête du diocèse se trouve évidement l’évêque qui commande l’ensemble.

Là aussi aucun diocèse Français n’est de taille équivalente il en est des petits et des grands , des riches et des pauvres. Ils ne correspondent pas à nos départements actuels et souvent ne correspondent pas à une province ou à une région.

Ces découpages un peu anarchiques venus du moyen age et pratiquement inchangés jusqu’à la révolution ne correspondent plus toujours à la répartition géographique du siècle des lumières.

Pour résumer le curé est le détenteur d’une cure, l’archiprêtre est à la tête d’un regroupement de paroisses et l’archidiacre est le responsable d’une subdivision du diocèse que l’on nomme archidiaconé.

Voilà pour quelques appellations que nous rencontrons souvent, nous allons en voir d’autres mais examinons un peu comment on arrivait à de tels postes.

Pour la période qui nous intéresse les prêtres étaient des lettrés ( évidement il y avait différents niveaux ), ils avaient donc fréquenté des écoles.

Petits séminaires qui correspondaient aux collèges et lycées et qui formaient des futurs séminaristes mais aussi des laïcs.

Puis venait le grand séminaire qui formait les prêtres.

Globalement petits et grands séminaires n’étaient pas gratuits et représentaient une charge importante pour les familles, ce qui éliminait le plus souvent les pauvres.

Les curés du siècle des lumières sont donc issus des classes sociales élevées ou moyennes mais rarement de la classe paysanne qui représente pourtant l’essentiel de la population Française.

Une fois le diplôme obtenu, la galère commençait car il fallait obtenir une cure. En utilisant les termes actuels, mieux valait avoir du piston, car l’attente pouvait être longue.

Trois méthodes existent pour se voir attribuer une cure.

La collation, la résignation et la primauté accordée aux prêtres gradués.

LA COLLATION

Pour faire simple, chaque paroisse possède un patron ou un collateur ( qui est censé descendre du fondateur de la cure ou en être son successeur )

Ce patron est très souvent l’évêque, mais est aussi abbés et religieux, chapitres et chanoines, abbesses et religieuses, prieurs et aussi quelques seigneurs laïcs .

Les patrons sont donc des hauts personnages qui placent des hommes liges. Le clientélisme, les endogamies familiales sont les règles de nomination par collation.

LA RESIGNATION

Le titulaire d’une cure se démet de son office devant notaire en échange d’une rente viagère.

Là aussi le clientélisme est la règle, les cures restent quelques fois fort longtemps dans des mêmes familles.

PRÊTRE GRADUÉ

Un prêtre gradué est le détenteur d’un diplôme universitaire. Il est en théorie prioritaire sur les cures urbaines.

Voila pour les nominations, le jeune curé âgé au minimum de 25 ans doit donc attendre une place vacante ce qui peut parfois prendre une dizaine d’années. Avec un tel système il n’y avait pas de règles bien précises, il fallait connaître du beau monde et se faire pistonner.

En attendant vous étiez vicaire, ( on voit souvent cette appellation sur les actes ), en quelque sorte un curé adjoint ou remplaçant. Mais là aussi, la chance et plus sûrement le soutien d’une connaissance étaient le gage de trouver un curé qui voulait ou pouvait partager sa cure et les bénéfices qui en découlaient.

En bref la mainmise sur une cure arrivait souvent à l’age moyen de 35 ans.

Voilà pour ce premier aperçu de l’organisation cléricale dans nos campagnes au 18ème siècle, un article fera suite et traitera  du rôle des curés dans un village.

UN VEUF CERTES , MAIS PAS POUR TRÈS LONGTEMPS

 

 

Vendredi 24 janvier 1749, les cloches de la petite paroisse de Ségrie en la province d’Anjou résonnent d’un son lugubre. Le glas annonciateur du malheur répand la nouvelle de la mort de la jeune Anne Maulny.

Âgée d’à peine 28 ans la jeune femme est l’épouse au Jacques Leloup un bordager du village, elle ne s’était point remise de son difficile accouchement du 20 novembre 1748. Deux mois d’une longue agonie où la fièvre alternait avec des moments trompeurs de rémission. La petite Anne fruit de cette douloureuse expérience n’avait survécu que 20 jours.

L’infortunée fut portée en terre et Jacques se retrouvait seul avec un drôle encore à la mamelle. Trop jeune pour être sevré le petit Jacques, momie emmaillotée fut confié à l’opulente poitrine de sa tante Catherine Fresnay.

Cela ne pouvait qu’être provisoire et cela le fut.

Jacques aidé par son frère François établirent une liste des filles épousables dans la paroisse et tombèrent vite d’accord sur Louise Lebreton une accorte jeune fille de bonne réputation . Notre veuf s’en fut sur le champs demander sa main. La mère de la jeune fille veuve également crut un instant que le jeune Jacques lui demanderait de partager sa vie. Elle en fut décontenancée quand on lui demanda sa fille. Le parti n’était point mauvais elle accepta et un contrat scella la réunion des deux êtres.

Louise la mère et Louise la fille trouvèrent bien un peu que le Jacques était pressé, mais ma foi un homme de cet age ne pouvait rester seul et qui plus est avec un si jeune marmot. Elles ne furent d’ailleurs pas les seules à s’interroger sur une telle précipitation et le père Bodereau curé de la paroisse faillit s’étrangler dans son surplis.

Le bon apôtre se laissa convaincre mais dût obtenir une dispense de bans pour pouvoir les unir devant Dieu.

Les trois bans obligatoires depuis le 13ème siècle étaient des annonces faites aux prônes des offices qui précédaient le mariage. Cette mesure est faite pour empêcher les mariages clandestins et lutter contre la consanguinité. Le père Bodereau connaissant ses ouailles était certain qu’aucun lien de sang n’unissait Jacques et Louise, il obtint dérogation de deux bans par Monseigneur l’illustrissime et révérendissime évêque du Mans.

Et c’est ainsi que le lundi 17 février 1749 Jacques Leloup et Louise Lebreton furent unis devant dieu et en présence de tous dans les liens sacrés du mariage.

Vingt quatre jours ne s’étaient point écoulés entre la mort d’Anne et le remariage de son époux survivant. Le corps de la malheureuse n’était encore retourné en poussière que Leloup dévorait une jeune vierge.

Neuf mois plus tard naquit le premier enfant d’une longue série et le petit Jacques put passer des seins de sa tante à ceux de sa belle mère.

Jacques fit 12 enfants à Louise Lebreton entre l’année 1749 et l’année 1771. Cette mère féconde s’éteignit en 1783 à l’age de 54 ans.

Notre bordager qui n’avait que 63 ans se sentait encore vert et chercha une nouvelle compagne. Cela prit un peu plus de temps, il était bien vieux. Mais il y parvint et 13 mois après avoir porté en terre sa seconde femme il épousa une petite gamine de 28 ans sa cadette. Et croyez vous ce qu’il advint, lui vaillant et elle féconde ? Une petite fille arriva en leur foyer ils la nommèrent Françoise, rien d’original me direz vous car Jacques avait déjà nommé 2 de ses filles ainsi.

Jacques dans un ultime élan fit un dernier enfant. Pour clôturer cette jolie série de 16 enfants il le nomma Jacques. La boucle était refermée il avait 72 ans.

Il s’éteignit le 14 janvier 1797 en sa borderie de la Rougerie dans la commune qu’il n’avait jamais quittée, dans l’unité territoriale que l’on nommait maintenant le département de la Sarthe. Des 16 enfants, 8 lui survécurent et firent souches.

OU ÉTAIENT ENTERRÉS NOS ANCÊTRES ? ÉTUDE SUR UN PETIT VILLAGE DE LA MANCHE AU 18EME SIÈCLE

 

 

Alors que je relisais l’ excellent livre de Philippe Ariès  » l’homme devant la mort  » mes recherches généalogiques m’avaient porté dans une petite localité du département de la Manche nommée Teurthéville le Bocage. Le chapitre qui s’ouvrait à mes yeux traitait des inhumations et il me vint l’idée de vérifier les dires de l’auteur en étudiant le village de Teurtheville.

La question posée était simple, où étaient enterrés les habitants du village au début du 18ème siècle ?

Si à notre époque le dilemme se pose entre l’inhumation et la crémation, au 18ème siècle, le choix se portait entre un enterrement dans l’église,où sous les bâtiments appelés » charnier, » qui jouxtaient encore les murs du Saint endroit où bien évidement au cimetière.

Choix cornélien, non pas !!!! L’enterrement dans l’église était réservé à ceux qui pouvaient se le payer et les prix croissaient en fonction de la distance qui les rapprochait du chœur de l’église .

Plus on s’éloignait de ce saint endroit plus les prix diminuaient, les charniers qui étaient en quelques sortes des endroits intermédiaires entre l’église et le cimetière avaient également une cote assez élevée.

Les plus pauvres qui finalement n’avaient guère le choix finissaient dans la fosse commune, car les tombes individuelles n’étaient encore que très peu répandues.

Le plus égalitaire des endroits était encore l’ossuaire, car le sous sol de l’église était régulièrement vidé des restes solides des chers défunts afin de libérer de la place pour les nouveaux arrivants. Comme on vidait régulièrement la fosse commune pour faire place nette, les os des pauvres comme ceux des riches se trouvaient mêlés.

Voila pour les sanctuaires, mais que l’on ne s’imagine pas les lieux comme ils le sont maintenant, tristes, silencieux, chargés d’une tension émotionnelle et où chacun se recueille.

Non les lieux bien que remplis de morts étaient bien vivants, le cimetière était lieu de commerces, de rassemblements, de discussions, voir de fêtes. La fosse commune ouverte à tout va, ne semblait gêner personne.

La mort n’était point honteuse et tout le monde vivait avec.

La situation dans l’église était la même et en plus des services religieux elle avait les mêmes fonctions de rassemblement que le cimetière. Endroit privilégié aux sépultures, le sous sol des églises n’était que lieu de repos et le dallage que pierre tombale.

Dans ce chaos de dalles soulevées les émanations méphitiques empêchaient souvent les desservants de poursuivre leur messe et aux villageois groupés sur leur banc de les suivre .

ÉTUDE SUR LA PAROISSE DE TEURTHEVILLE LE BOCAGE

PROVINCE DE NORMANDIE

ANNÉE 1701 1705

Pour cette paroisse on distingue un certain nombre d’endroits bien spécifiques.

En premier lieu le cimetière.

En second l’église ou plusieurs lieux ont la faveur des paroissiens.

  • La nef

  • l’allée du haut de la nef

  • l’allée du bas de la nef

  • le chœur

  • la chapelle Saint Jacques

  • la chapelle de la sainte Vierge

  • le portail.

Précisons que le Chœur est réservé à l’élite de la noblesse locale et que l’inhumation dans la chapelle de la sainte Vierge est soumise à l’autorisation des patrons de la paroisse.

Année 1701

28 décès

14 au cimetière

5 dans la nef

3 dans la chapelle saint Jacques

5 allée du bas

1 allée du haut

50% d’inhumation dans l’église

Année 1702

18 décès

9 au cimetière

4 dans la nef

1 allée du bas

1 chapelle saint Jacques

1 chapelle de la vierge

1 dans le chœur

1 église sans précision

50% d’inhumation dans l’église

Année 1703

25 décès

13 au cimetière

3 dans la nef

1 Allée chapelle saint Jean

5 allée du haut

2 allée du bas

1 chœur

48% d’inhumation dans l’église.

Année 1704

25 décès

15 au cimetière

3 dans la nef

2 chapelle saint Jacques

1 chapelle de la Vierge

1 allée du bas

3 allée du haut

40% dans l’église

Année 1705

47 décès

30 au cimetière

10 dans la nef

4 allée du bas

1 allée du haut

1 chapelle Saint Jacques

1 sous le portail

36% dans l’église

Comme on peut le voir dans cette énumération l’habitude d’enterrer ses morts à l’église est bien ancrer dans ce village et l’on peut en conclure que seuls les plus pauvres avaient le droit à la fosse commune du cimetière.

Les habitudes perdureront comme l’indique les chiffres suivants mais diminueront de décennie en décennie

Année 1720

52% dans l’église

Année 1730

29% dans l’église

Année 1740

28% dans l’église

Année 1750

5% dans l’église

Année 1760

15% dans l’église

Année 1770

20% dans l’église

Comme on peut le voir une nette diminution au milieu du siècle puis une remontée juste avant les ordonnances royales interdisant les enterrements dans les églises.

Les dernières inhumations dans l’église de Teurtheville auront lieu en 1777 et seront au nombre de 3.

Le Seigneur du lieu sera enterré dans le chœur , une personne remarquable nommée Suzanne Peronelle sous le portail et un personnage dont l’action nous est inconnue  dans la nef.

Comme on peut s’imaginer le sol de cette église devait ressembler à un immense chantier où les odeurs nauséabondes devaient troubler les offices.

Certaines inhumations se faisaient dans des caveaux construits sous des chapelles particulières, mais la majorité n’avait le droit qu’à un espace clos de pierres plates, soit directement sur le sol recouvert par une stèle qui faisait office de dallage dans le saint Edifice.

Les emplacements ne portaient pratiquement jamais de nom et seule la mémoire familiale permettait de s’y retrouver. Les fossoyeurs sur les indications approximatives des parents tentaient des regroupements familiaux. Au vrai ils ne s’embarrassaient guère de scrupules, soulevaient la dalle avec un crochet, déterraient les ossements qui les gênaient, et les empilaient à l’ossuaire pour placer la nouvelle dépouille vêtue de son seul suaire.

On imagine à peine avec nos sensibilités modernes les dizaines de corps en décomposition à peine enfouis sous ces dallages séculaires, émanations, explosions de gaz, bruits, en bref un vrai film d’épouvante. Cela ne troublait guère tant l’enterrement ad sancto avait les faveurs.