UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, Semaine 2, les Garaches

 

Les garaches

 

La semaine suivante me fut très pénible, que mon mari croit les allégations de ma belle mère plus que mes propres explications il y avait de quoi rager.

Toute la semaine je l’ai attendu dans l’étable, cela m’agaçait, j’avais envie de le sentir de nouveau dans moi, de sentir son souffle le long de mon cou. Mais le diable il résista, le soir je tentais des approches, mes pieds froids que d’habitude il réchauffait furent repoussés. Mes mains aventureuses le laissèrent de marbre, non vraiment cela appelait à la vengeance.

Ma belle mère qui par son age aurait pu être mon amie, continuait ses jérémiades, rien n’allait je faisais tout de travers pour elle. Vivement sa délivrance qui sera aussi un peu la mienne. Mais ce qui me chagrinait le plus était sa méchanceté envers ma petite. Elle la dérangeait dans son repos, pour dire vrai Marie hurlait à longueur de journée et ne se taisait que lorsqu’elle tétait. Mon père disait j’va la foutre à l’étable, Marguerite elle disait que je ne savais pas y faire et que j’étais sans doute une mauvaise mère.

En attendant mon jardin potager n’avançait guère, entre le mauvais temps, les tétées et les soins à la marâtre. Stanislas qui en d’autres temps serait venu m’aider gloussait avec les autres.

Le samedi pour sortir un peu de notre isolement on décida de faire une veillée, mon frère alla chez les voisins pour les inviter. Marie Durand et son frère Charles étaient métayers à la Vélisière, ils avaient tous les deux à peu près notre age et on s’entendait très bien. Charles était marié avec Marie Marais et ils avaient une petite fille. Une autre sœur nommée Victoire et un jeune frère François complétaient cette jeune famille.

Ils arrivèrent après le souper, mouillés et crottés car le chemin était impraticable. On leur laissa les places près de la cheminée pour qu’ils se réchauffent, évidemment la Marguerite tirait une tête de six pieds de long car son état nécessitant de la chaleur elle aurait voulu la primauté de la meilleure place. Mon père qui avait le sens de l’hospitalité ne lui céda pas. La famille Durand avait amené une chandelle pour participer à l’éclairage, nous faisions tous cela et nous trouvions la chose normale. Ils avaient aussi amené un panier de noix. Le père tira du buffet des verres et Stanislas alla chercher un bouteillon de vin d’épines. Chacun y alla de sa petite nouvelle et de bouche à oreille nous arrivions à connaître la vie du village. Certes cela n’était que cancans et racontars mais le malheur des uns fait souvent les choux gras des veillées.

Si j’adorais Marie Durand, sa sœur Victoire je ne la portais pas dans mon cœur, en effet le Stanislas avait failli la marier et je n’arrivais pas à savoir si ce foutu cachottier lui avait soulevé le cotillon. Dans le doute je pensais que oui et je me méfiais de la donzelle comme de la peste. Du reste et à mon corps défendant ils étaient assis l’un à coté de l’autre, et va y que j’te rignoche.

Plus la soirée avançait plus le genou du traître se frottait à la jambe de la Victoire. On aurait dit un chat se frottant le long d’une minette en chaleur. On réglerait cela plus tard et le Stanislas avait plus de chance de voir mes épaules que ma poitrine.

Le père après quelques verres nous fit profiter de son répertoire d’histoires, je les connaissais depuis l’enfance mais je ne m’en lassais pas. D’ailleurs ces histoires tournaient dans toutes les veillées et évoluaient avec le conteur sans qu’on en connaisse réellement l’origine .

Il commença par les Garaches qui erraient près de la vieille ferme de la Mancelière, d’après lui une habitante du village qui pendant la grande guerre de Vendée avait commis un crime, s’était transformée en garache à percer. Oui c’est important de préciser car il existe également des Garaches à sauter. Les premières traversent les buissons épineux et les deuxièmes sautent par dessus les haies Le crime avait été très grave sans que mon père en précise le fait ou plutôt qu’il changea sa version à chaque fois. Une fois c’était une meunière qui s’était donnée à un soldat républicain, une autre fois une métayère avait dénoncé son mari et aussi une pauvresse, grosse d’un inconnu et qui avait ôté la vie à son vilain fruit. Bref cette femelle loup garou se promenait la nuit en faisant peur à tout le monde pour expier ses fautes. Pour se débarrasser d’elle il faut la blesser avec une arme chargée avec trois morceaux de pain béni, blessées elles meurent ou retrouvent leur forme d’origine. On en rigole car blesser une garache en pleine nuit avec des morceaux de pain autant vous dire que les résultat sont rarement atteints.

Moi je n’aime guère cette histoire et je ne me risquerais pas près de cette ferme où d’ailleurs je n’ai rien à y faire. Dans le village partout il y a des pierres levées, moi je me signe en passant devant.

 

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, semaine 1, le 1er janvier

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, semaine 1, partie 2, l’Épiphanie

 

 

 

3 réflexions au sujet de « UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, Semaine 2, les Garaches »

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