LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 3, une enfance paysanne à l’Ératière

1829, L’Eratière, commune d’Aubigny

Marie Anne Tessier

Ce qui caractérise mon enfance à n’en point douter c’est mon environnement familial.

J’habitais sur la commune d’Aubigny dans un petit hameau que nous appelions un village, c’était au mieux un groupement de quelques maisons. Peu importe pour nous, nous étions de l’Eratière et cela nous suffisait amplement pour nous définir. D’ailleurs ceux du bourg disaient ceux de l’Eratière, ceux de L’auroire, ceux de la Gustinière et nous nous disions ceux du bourg.

Comme je vais vous l’expliquer il était très utile de nous définir par nos métairies ou nos hameaux car dans le coin nous portions souvent le même nom.

Je m’appelais Marie Anne Tessier, mes parents Henri tessier et Louise Tessier vous voyez cela commence. Des Tessier il y en avait partout, d’autant que nous étions souvent apparentés aux Tessons forts nombreux eux aussi. Le curé s’y perdait allégrement et le maire du village également.

Ce n’était pas nos prénoms qui allaient nous départager, car là aussi nous avions tous les mêmes.

Je vais tenter d’être simple mais je ne sais si je vais y parvenir à l’Eratière il y avait déjà la matriarche.

C’était ma grand mère Marie Jeanne Mallard, elle veillait sur sa couvée de façon exclusive et tyrannique, s’en être cacochyme elle avait tout de même 70 ans et croyez moi sur le corps d’une paysanne cela se remarquait. Courbée, appuyée sur sa canne, elle semblait défier les lois de l’équilibre. Pourtant chaque jour, elle se levait à l’aube ravivait les braises puis sortait se soulager. Comme si déposer sa merde en premier marquait une primauté quelconque. Quoi qu’il en soit elle attendait le réveil de la fratrie en pestant que ses belles filles ne se lèvent pas plus tôt. Je n’ai aucun souvenir de mon grand père, seul son chapeau accroché religieusement à une paterne nous rappelait son passage sur cette terre.

La famille était assez nombreuse, il faut bien le dire, mon père tenait une métairie avec ses frères, Jean, Pierre, Louis et Charles. En théorie mon oncle Jean plus âgé aurait du être le chef, mais bon le hasard fit que mon père se maria et fonda famille en premier donc il eut la prépondérance.

N’allez pas croire que les frère étaient tout le temps d’accord, les engueulades étaient vives et les bouderies fréquentes. Il faut bien le dire aussi, les antagonismes étaient aussi exacerbés par les conjointes. Ma mère pour semer la discorde était assez douée et elle prenait souvent pour cible sa belle sœur Henriette la femme au Louis.

La femme de Pierre s’interposait souvent pour éviter des crêpages de chignon, elle s’appelait Louise, je l’aimais bien, toujours une caresse un sourire, ce qui me changeait des taloches de ma mère.

L’oncle Charles était sur le point de convoler, les préparatifs de la noce battaient bon train.

Il y avait donc trois couples sous le même toit et bientôt un quatrième, avec en plus un célibataire et la vieille. Même si tout le monde s’aimait et était habitué, la promiscuité était quand même assez prononcée.

Tout se faisait en commun, la toilette, la lessive et aussi la cuisine car tout le monde partageait le même pot. La nuit c’était concert de ronflements et gémissements conjugaux. Heureusement, mon père s’était entendu avec le propriétaire des maisons du hameau pour en occuper deux. Mais invariablement tous se retrouvaient pour les repas et les tâches communes.

Bien sur j’avais des cousins et des cousines et des frères et sœurs. A l’Eratière il y avait toujours une femme aux Tessier avec le ventre gros.

Mon frère aîné Jean avait treize ans, il travaillait comme un homme maintenant, dur, arrogant il ne pouvait passer près de moi sans me pincer ou me bousculer. Henriette ma grande sœur avait sept ans, nous étions toujours ensemble et nous partagions le même lit. Il y avait ensuite la petite victoire 4 ans qui tentait de nous suivre en nos aventures et puis Eugénie encore aux langes et qui ne nous intéressait pas du tout malgré le fait que nous avions comme mission de la surveiller pendant que mère travaillait aux champs.

Du coté de mon oncle Pierre, il y avait mon cousin Jean 8 ans, c’était mon compagnon de fredaines.

Puis Marie Jeanne 10 ans elle se prenait pour la chef et nous tyrannisait. Il y avait Louise 4 ans et ensuite les petits, Pierre 3 ans et Pierre 1 an

Chez Louis il n’ y avait que Jean âgé de 4 ans, vous voyez que l’aire devant la maison retentissait des bruits de nos jeux et de nos chamailleries.

La grand mère Mallard qui devait en théorie s’occuper de nous avait le plus grand mal à contrôler une telle nichée. Le soir elle réglait ses comptes en nous dénonçant aux parents.

Je me souviens qu’un jour toute la bande réunie, Henriette et Victoire mes sœurs, Louise ma cousine et Jean le cousin nous nous étions mis en tête d’aller chiper des pommes dans le verger d’à coté. L’ancienne nous voyant comploter nous mit en garde. Bien sur nous n’en fîmes qu’à notre tête.

Nous nous repûmes de pommes vertes en rigolant et en cassant beaucoup de branches. Tout cela appelait châtiment, la fermière à qui appartenait les pommiers vint se plaindre.

Le soir ce fut un concert de pleurs, ma grand mère s’occupa des fesses de Henriette et ma mère des miennes et de celles de Victoire. Henriette ma tante quand à elle fessa le derrière de Jean.

Je fus mortifiée de cette aventure d’autant que la fessée eut lieu devant toute la famille. Mon frère pleurait de rires et mes oncles également.

La punition ne s’arrêta pas là car nous eûmes la diarrhée et Victoire se fit même dessus.

Autant vous dire qu’on oublia tout cela rapidement et que l’on fit d’autres âneries bien plus graves que cela.

Donc comme vous le voyez ma vie se passait en famille avec des avantages et des inconvénients.

Papa et maman bien qu’ils aient le même patronyme n’étaient pas de la même famille, lui était né en 1791 à Aubigny, elle était née à Venansault l’année de la révolution. Lui est brun, elle est blonde, il est grand, elle est petite, il est causeur, elle est taiseuse. Elle est cul bénît, lui serait plutôt anti clérical, enfin ils sont différents mais ils sont indissolublement unis par les liens sacrés du mariage.

La construction d’une histoire  » le TRÉSOR DES VENDÉENS  »

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, épisode 1, L’ignoble massacre

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 2 Charles Guerin, Ma famille de L’Auroire

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