LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 2 Charles Guerin, Ma famille de L’Auroire

1829,  Aubigny, village de L’Auroire

Moi, Charles Guerin

 »C’est bizarre mais lorsqu’on vous demande quels sont les événement qui vous ont marqués, il y en a toujours un qui vous vient à l’esprit immédiatement, moi je n’ai rien de très marquant qui ressort. Chez moi c’est plutôt une atmosphère, une ambiance ou un environnement qui prédominent.

Je vais commencer par mon domaine, ma maison, mon village, nous habitions avec mes parents, mon père était colon . J’aimais ce vieux bonhomme qui avait participé à l’insurrection de 1793 qui en avait souffert dans son âme et dans sa chair en voyant son propre père massacré par les patauds. Il n’était jamais avare d’histoires, surtout lorsque le vin lui montait à la tête. Ma mère hurlait mais il n’en avait cure et continuait tel un acteur sur les planches d’un théâtre à nous raconter des horreurs.

L’exploitation était assez importante et mon père n’aurait pu suffire à la tâche, vivaient donc avec nous les frères de ma mère.

Beaucoup plus jeunes que mon père qui les considérait un peu comme ses enfants ou ses petits frères , ils travaillaient comme des bêtes de somme sans être pour le moment le moins du monde rémunérés.

L’aîné s’appelait Jean Tesson il avait 29 ans et allait bientôt convoler, du moins les négociations étaient en cours, costaud, brun, infatigable le visage imberbe, ce qui le faisait moquer de mon père qui disait qu’il n’avait point de poils au cul. C’était l’oncle que je préférais, il faut dire qu’il me protégeait des aléas de la vie de jeune paysan. Il me faisait faire aussi les pires âneries, ma mère n’appréciait guère et plus d’un fois je me retrouvais le cul à l’air pour une fessée à la badine.

Il y avait aussi Charles plus jeune d’un an et tout son contraire, fluet, les cheveux châtains clairs, une voix haute assez féminine qui faisait rire mon père. Si on le savait sorti du même ventre que son frère par contre les mauvaises langues du village disaient que ma grand mère ……….

Pour malingre qu’il était, le travail était fait avec la même constance que son costaud de frère.

Puis il y avait le Louis , je vous ne le décrirais pas car il était jumeau avec Charles, de vrai sosie, moi je m’y trompais à chaque fois. Par contre ils n’avaient pas tous deux le même caractère, l’un était enjoué l’autre renfermé. Moi je préférais Charles car le bonheur rejaillissait de son visage.

Le travail avec mon père et ses trois beaux frères avançait et bientôt ils purent obtenir du propriétaire un peu plus de terre à cultiver. Jean mon oncle après son mariage deviendrait presque l’égal de mon père sur l’exploitation.

Puis bien sur il y avait la grand mère Magdeleine, la mère de ma mère, belle sous son austère bonnet , portant haut malgré les ans, encore active elle s’occupait de nous la marmaille et du poulailler, les deux pour elle avaient une importance égale.

Elle se prenait pour la patronne de l’exploitation ce qui faisait enrager mon père, mais bon à l’époque les vieux restaient à la maison avec les enfants.

Puis évidement il y avait mes parents, mon père âgé de 53 ans était déjà un peu marqué par les années, visage buriné d’un vieux boucanier, cheveux gris, bouche édentée. Toujours son chapeau vissé sur sa tête et une pipe à la bouche, il nous faisait parfois un peu peur. Ses terres étaient pour lui un vrai sacerdoce, il y passait sa vie et les aimait comme on peut aimer une femme.

Ma mère était nettement plus jeune car née juste à la fin de insurrection fin 1794, mon père avait donc goutté au fruit délicat d’une jeunette de 18 ans de moins que lui.

Grand bien lui fasse mais jamais je ne sus au juste la finalité des discussions qui avait permis à ce presque barbon de déflorer cette femme magnifique dans la fleur de l’age.

Sans doute la présence de mes jeunes oncles et de sa belle mère, entrait elle dans la négociation.

Maman avait donc 35 ans, je la trouvais d’une beauté suffocante mais j’étais peut être partial car tous les enfants trouve leur mère très belle.

Brune comme une corneille, mate comme une mauresque, les yeux d’un noir de jais elle transfigurait par sa prestance les rudes guenilles de paysanne qu’elle se plaisait à porter. Mon père la surveillait comme un coq en basse cour, au vrai elle ne sortait de l’Auroire que pour la messe et la biée quand c’était le moment.

Elle faisait sa part de travail et ce n’était pas mince, nous les enfants cela nous arrangeait que les parents soient aux champs, nous étions libres de dévaler les collines et d’arpenter le bocage.

Ma sœur aînée Marie Anne était âgée de 16 ans elle travaillait bien sur comme une adulte ce qu’elle revendiquait d’être par ailleurs. Mon oncle Louis disait qu’elle commençait à maraichiner.

Je ne savais ce que cela voulait dire mais je crois que cela lui a valu une belle trempe un dimanche où elle s’était attardée dans un chemin creux.

Puis il y avait petit Pierre 4 ans toujours dans les jupons de la vieille Magdeleine, il me pistait et évidemment me dénonçait ce qui me valait des volées de bois vert.

Louise un an était encore au sein et ma mère qui travaillait dans les champs autour rentrait souvent pour lui donner la tétée.

Voila vous avez tout le monde

Nous habitions au village de L’Auroire sur la commune d’ Aubigny juste en dessous de la préfecture du département de Vendée Bourbon . L’auroire qu’on appelait village n’avait que trois maisons . Deux étaient des exploitations agricoles l’autre une maison particulière avec un jardinet et un poulailler.

Notre exploitation appartenait à Monsieur Payau un parisien, les terres et les bâtiments tout était à lui , ce qui n’était pas à lui appartenant à Charles Moreau un gros propriétaire demeurant à la Renardière.

Mon père avait un bail de colonage, je vous explique, la majeur partie des exploitations était des métairie, c’est à dire que l’exploitant partageait tout à moitié avec le propriétaire, ensuite plus avantageux il y avait le fermage, le cultivateur payait une somme fixe à son propriétaire, moi mon père il était colon c’est un genre de fermage, à la place d’un loyer en argent le loyer était en nature mais fixe.

J’aimais cet endroit avec l’insouciance de l’enfance je considérais que tout était à moi, fruits du verger, bois, prés et cultures. Je  m’ébattais dans cet univers et je rayonnais de bonheur. « 

3 réflexions au sujet de « LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 2 Charles Guerin, Ma famille de L’Auroire »

  1. Bonjour Pascal,
    J’aime les histoires du temps passé et bien que je n’arrive pas toujours à suivre au quotidien, je n’ai pas envie de laisser passer sans lire ces histoires.
    Alors je m’inscris …
    Bonne journée !

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  3. Ping : LE TRÉSOR DES VENDÉENS , Épisode 4 , La mort d’une mère | Arbre de vie

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