LES SAUNIERS DE L’ILE BLANCHE, Épisode 3, Mon univers et la mort de mon père

Entrée du Fier d’Ars

Bon avant de poursuivre ma petite histoire je vais vous raconter ce que je sais de l’endroit où j’habite.

L’île de ré m’a dit mon père est divisée en deux, le sud ou ne pousse que les vignes et le nord dédié au sel.

Ce n’est pas compliqué il n’y a rien d’autre, moi j’habite les Portes en ré.  De l’autre coté du Fier, il y le village de Loix,  le gros bourg d’Ars en Ré  se trouve sur ma gauche au dessus de la passe du Martray.

Moi je n’ai jamais été à Loix et je n’ai pas non plus dépassé cette fameuse passe qui nous sépare du monde de la vigne.

Le curé nous a raconté qu’autrefois notre Île était divisée en quatre îlots bien distincts, île de Ars , l’ile de Loix, l’Île de ré et un autre îlet non dénommé.

Ce que nous nommons le   »Fié  » à l’heure actuelle est une sorte de baie ouverte sur les pertuis par trois cotés. La nature a fait que maintenant l’île de Ars est soudée à l’île de Ré par cette fameuse passe du Martray et que l’émergence rocheuse où se trouve mon village s’est soudé au reste par la conche des baleines.

Je ne vais donc pas vous parler du pays du vin je n’y ai jamais mis les pieds, je sais simplement que le grand roi a fait construire une citadelle à Saint Martin mais personnellement je n’ai rien à y faire et je crois que mon père et ma mère non jamais été si loin.

Donc autour de nous de l’eau et des marais salants qui ont été gagnés sur l’océan. Mon père m’a raconté que nos salines sont très anciennes et que nos ancêtres Gautier ont participé à leur création.

Moi je ne demande qu’à le croire, de toute façon en guise de repère familial, je n’ai que mes parents, la génération d’avant est morte depuis longtemps.

Comme je vous l’ai déjà dit j’habite aux Portes où je suis né en 1699, c’est un gros village de plus de 600 habitants, évidement bien plus petit qu’Ars en Ré. La population est très jeune et dans les marais pullule la jeunesse du village, moi j’ai repéré une petite, je la serre de très près et bientôt je vais lui voler un baiser.

Il y a 140 maisons et 4 moulins, les demeures sont petites et les familles nombreuses s’y entassent.

Chez moi on est à l’aise car mes trois sœurs sont mortes et nous n’avons plus les grands parents, nous sommes par un heureux hasard assez chanceux.

Mais pour moi le fait d’être peu à la maison est vraiment une source de problème, le travail me tombe dessus comme la misère sur le pauvre monde, d’autre part mon père à la main et le ceinturon assez leste. Ma mère dont la force physique n’a rien à envier à celle d’un homme préfère quand à elle pour me châtier l’usage des orties sur mes jambes nues.

Comme tous les sauniers nous possédons un cheval, oh non pas les belles montures des cavaliers du roi, mais une petite race locale qui nous sert au transport du sel et qui par sa petite taille avance facilement dans les marais. Nous l’appelons le criquet, le notre se prénomme Jean, sûrement en l’honneur du grand père Gautier. Par contre nous n’avons pas de vache ni de mouton, il y en a très peu et avec quoi les aurions nous nourris, nous n’avons pas de prés.

Vous l’aurez compris mon univers n’est fait que d’eau, l’océan que l’on nomme le pertuis Breton et qui nous offre le panorama des côtes Vendéenne. Eau limpide et pure qui nous procure en abondance des coquillages et des poissons, certes il y a parfois des tempêtes et des débordements mais notre univers est dans l’ensemble plutôt calme.

La mer au niveau de la pointe des baleines est beaucoup plus nerveuse et de nombreux imprudents sont venus s’y échouer. Du coté d’Ars et du Martray c’est le pertuis d’Antioche, les vagues y roulent plus fort et l’on y sent déjà le parfum du large.

Moi petit saunier ce que je préfère c’est évidement les méandres des chenaux, les eaux plates des vasais et les miroirs rosissants des aires de saunaison.

J’aime humer les odeurs qui en émanent et observer les changements constants de couleurs.

Bon ce n’est pas tout le labeur m’attend, la tâche est immense avec mon père nous sommes désignés pour réparer les levées près de la redoute des Portes. Toute la population est réquisitionnée, vieux et vieilles, femmes, hommes, enfants et bien sur tous les animaux de bât. Exceptionnellement on nous adjoint même des soldats du roi et des bateaux faisant navette avec le continent nous amènent des pierres pour élever nos digues. Il faut voir ce monde de fourmis en sabots et en haillons pour comprendre la solidarité des insulaires.

Ce qu’il faut aussi comprendre c’est que la vague qui a tout emporté si elle a ruiné certains en emmenant la production de sel en a réduit d’autres à la famine en détruisant leur réserve de blé. Mais la notion de partage n’est pas veine en temps de peine et chacun partagea ses maigres ressources.

Le travail avançait promptement grâce à l’activité intense de la communauté, il faudrait malgré tout de nombreux mois avant un retour à la normale

Seulement voilà mon père prit froid en pataugeant dans l’eau sur sa prise du Roc, il se mit à tousser et se coucha en grelottant. Je n’avais jamais vu mon père dans son lit, toujours couché le dernier et toujours levé le premier, cela me fit une drôle d’impression et j’eus un mauvais pressentiment.

Un soir dans ma soupente je l’entendis tousser avec une fréquence peu commune, il crachait du sang et râlait légèrement. Tout avait été tenté pour le guérir, l’empirique était venu et lui avait donné quelques plantes du marais, mais rien ne semblait lui convenir, mon père était costaud il surmonterait sa faiblesse passagère.

Ma mère depuis plusieurs jours dormait comme elle pouvait sur sa chaise, se réveillant sans cesse, essuyant la sueur du malade ou le crachat sanguinolent. Elle était épuisée car elle aussi participait au relevage des digues.

Un matin je me levais, aucun bruit dans l’unique pièce, ma mère et mon père dormaient profondément. Je m’approchais doucement près de la couche de mes parents, maman sur sa chaise respirait légèrement et sa lourde poitrine s’élevait et s’abaissait à un rythme lent et tranquille. Mon père lui semblait plus immobile, les yeux clos tournés vers le mur, aucun souffle ne venait troubler la quiétude de son corps immobile, ses traits étaient ceux du dormeur apaisé. Sa bouche laissait paraître un léger sourire, mon père souriait rarement j’en fut surpris.

Machinalement ma main se porta sur la sienne qui posée sur le drap semblait attendre que l’on s’en saisisse.

La froideur de cette dernière me fit échapper un cri, je retirais ma main prestement. Ma mère se réveilla en sursaut et comprit ce que moi je n’avais pas saisi. Mon père était mort nous étions le vendredi 22 janvier 1712.

 

Si vous avez manqué le début

 

LES SAUNIERS DE L’ILE BLANCHE, Épisode 1, la tempête

LES SAUNIERS DE L’ILE BLANCHE, Épisode 2, les dégâts de la tempête

 

 

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