UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 1 ma naissance

Rue porte neuve, aujourd’hui rue Réaumur

                         Bonjour je m’appelle Louis Barthélémy Sazerat et aujourd’hui je me marie avec Marie Magdeleine.

J’ai troqué mon lourd pantalon de laine et mon tablier de cuir pour me vêtir de mes plus beaux atours, j’ai également remisé mes sabots pour chausser de beaux souliers. Cela me fait bizarre j’ai comme l’impression que mes pieds sont emprisonnés. J’ai également fait un brin de toilette, une fois n’est pas coutume.

Je suis âgé de 24 ans, c’est le bon age pour convoler, je suis né ici à la Rochelle et je n’ai jamais quitté ma paroisse. Pardon je m’exprime à l’ancienne et je ne dois plus employer le mot paroisse mais plutôt le mot quartier.

Quoi qu’on en dise je suis de Saint Barthélémy et je crois que j’appellerai cet endroit toujours ainsi.

Hors donc j’ai vu le jour le lundi 21 avril 1788 rue porte neuve, paroisse de Saint Barthélémy à la Rochelle, je ne suis pas le premier né dans le foyer mais c’est un peu compliqué et je vous en reparlerais plus tard.

Mon père est maréchal ferrant, comme d’ailleurs toute la famille. Je le suis également et c’est vraiment avec fierté que j’exerce le métier de mes pères.

Nous sommes en quelque sorte une dynastie, chez les Sazerat tous les hommes sont maréchaux-ferrants.

La famille est originaire de Limoges et mon père est né la bas, y a passé son enfance et a appris le métier avec son père et ses oncles.

Au plus loin que la mémoire familiale remonte, les hommes de la famille pratiquaient cette activité.

L’aïeul Jean né sous le siècle du grand Louis était déjà maître maréchal et il est mort octogénaire dans sa forge du centre ville de Limoge.

Nous ne sommes donc pas des Rochelais pure souche, mais qui l’est réellement ?

Mon père est arrivé dans les années 1770 en la cité blanche en même temps que l’un de ses cousins.

Ces deux la avaient soif d’aventure et aussi d’émancipation paternelle, la ville océanique présentait de réelle opportunité et notre maréchal et notre serrurier trouvèrent sans mal du travail dans la diaspora Limousine.

Ils rencontrèrent tous les deux l’amour en les deux sœurs Jaulin.

Mon père prit la plus vieille mais dut attendre qu’elle soit libre. Bon d’accord ce que je dis est nébuleux mais je vais vous expliquer.

Ma mère que dieu la protège, est fille de la Rochelle et surtout fille d’un voiturier, loueur de chevaux installé rue porte Neuve.

Elle était déjà mariée quand mon père est arrivé en Aunis . Habitant la même rue ils se croisaient souvent et mon père amateur de belle femme devait bien ouvrir ses quinquets lorsqu’elle passait triomphante du haut de sa plénitude. Il posait son marteau et la regardait béat sans pouvoir articuler le moindre mot.

Le cousin Léonard s’accoquina avec l’une des sœurs de la belle et finit par arracher le consentement pour un mariage.

Mon père approcha donc ma mère lors de ce mariage, il en tomba éperdument amoureux ou du moins en éprouva un profond désir.

Il lui balbutia quelques mots mais en taiseux qu’il était fut incapable de lui faire une cour.

Il se la fit donc chiper sous ses yeux car la belle qui était veuve et avait besoin de tendresse posa les yeux sur un autre maréchal nommé Thibaud Dutail. Ce dernier travaillait avec lui et il en fut dépité, mais c’est ainsi.

Le couple s’installa avec les deux enfants du premier lit de ma mère, vous l’aurez compris j’ai donc des demis frères.

Mon père dut donc patienter et fréquenta un peu les gueuses à marin qui tapinaient sur le port.

Le destin frappa à sa porte quand en 1783 le Thibaut devint poitrinaire et cassa sa pipe rapidement. Marie Anne Jaulin ma mère était encore une fois libre de liens. Mon père qui avait pris de l’assurance ne loupa point sa chance et courtisa la veuve. Bien sur il y avait la différence d’age, 15 ans ce n’était pas rien, mais au delà des dates ma mère était très belle et sa quarantaine largement passée n’affectait en rien sa superbe.

Oh bien sur les mauvaises langues du quartier se gaussaient et on cancanait hardiment sur l’union d’un jeunot et d’une vieille. Les autochtones du quartier faisaient quand même attention car la famille Jaulin outre l’aisance était fort nombreuse et les bras d’acier du bel Antoine assez redoutables. Le maréchal à l’accent rocailleux passa donc de la veuve poignée à la veuve Dutail. Il arracha de haute lutte le consentement à cette dynastie de voituriers que sont les Jaulin, Mais il finit par obtenir le consentement de la famille car il n’était pas mauvais parti, savait travailler et avait aussi un petit pécule. Bien sur ma mère en tant que veuve était libre de son destin et de ses biens, mais l’accord des frères qui habitaient dans la même rue s’avérait quand même une bonne chose

Mes parents se marièrent en l’église Saint Barthélémy en octobre 1784 en présence de la tribu Jaulin, mon grand père Barthélémy ne fit pas le déplacement depuis Limoges ni d’ailleurs aucun membre de la famille Sazerat. Mes demis frères étaient déjà adolescents.

Le couple s’installa au dessus des écuries. Ma mère malgré son age tomba enceinte comme une jeunette et en mars 1786 mon frère Léonard vit le jour. Je n’eus pas la chance de le connaître car il mourut à 17 mois. A son décès ma mère était déjà grosse de moi.

Je naquis dans la maison de mes parents, tout se passa à merveille.  Mon parrain Louis Chassay qui s’avère être mon frère utérin , accompagné de la marraine Marie Brunet me conduisirent devant le père Martin,  curé de Saint Barthélémy et prêtre de l’oratoire pour me faire entrer dans la communauté de notre seigneur.

Ils étaient accompagnés de mon père et de la sage femme,  ma mère qui était impure ne participa en aucune façon à la cérémonie. Vous parlez d’une pratique, mais c’était comme cela et de toute façon l’aurait elle voulut elle même que notre bon curé lui aurait à coup sur interdit l’accès à la sainte maison.

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