MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 4, Mon enfance de fils d’artisan

aspect du Port de La Rochelle au  18ème siècle

 

Bien sur comme tous les gamins j’étais attiré par le port. Nous nous y glissions en bande et observions à loisir le foisonnement d’activités qui s’y passait. Des bateaux aux formes et aux tailles multiples se serraient le long des quais, les voiles aux couleurs chatoyantes faisaient tableau de maître.

Un joyeux désordre rythmait l’endroit, des filets, des caisses, des charrettes, des tonneaux encombraient l’espace somme tout réduit du vieux port. La foule qui si pressait était là aussi, largement bigarrée, des marins vieux loups de mer ou mousses juvéniles, des militaires, et des femmes du peuple faisant commerce du poisson et poussant des petites carrioles remplies de sardines. Toutes les professions étaient représentées, les tonneliers très  nombreux car toutes les denrées maritimes se transportaient dans les tonneaux, des charpentiers de marine, des cordiers, des calfats et les marins fiers et hautains de la marine de guerre de la jeune république.

Ce qui nous faisait le plus rire étaient les filles de joie, fardées, grossières, outrancières, elles nous aguichaient pour rigoler et parfois impudiques remontaient leurs cotillons pour nous montrer leur cul.

Nous n’en perdions pas une miette et en parlions longtemps revenus dans notre cher quartier.

Évidemment nous nous collions des peignées avec les drôles du quartier saint Jean du Perrot, c’était assez chaud une fois je me suis même retrouvé le cul dans la verdière. J’étais mignon car ce ruisseau n’était plus vert depuis longtemps, je suis rentré couvert de vase et de merde avec en prime un coquart. Ma mère m’a collé une gifle et mon père a dégrafé sa ceinture, double peine en quelques sortes.

Fièrement je n’ai rien dit sur le coup mais dans la solitude de ma couche je crois bien que j’ai versé quelques larmes. Pour me venger je suis retourné sur le port et cette fois plus prudent je ne me suis pas retrouvé dans l’eau. Bon tout cela est affaire de drôle, car tout de mêm ,quel terrain de jeux que ce port, ces rue animées aux arcades obscures,cette majestueuse cathédrale, et ce haut clocher saint Barthélémy.

Mais comme je vous l’ai dit, le quartier était en constante transformation et moi en grandissant je devenais curieux.

Cette place nommée royale puis de la liberté et que je vous ai décrite tout à l’heure m’attirait autant que les effluves marines du port, les troupes qui luttaient contre les bandits de Vendée y campaient et moi entre ces rudes braillards à moustache je me sentais à l’aise et émerveillé. Encore plus loin, le long de l’enceinte fortifiée s’étendaient les ramures du bois des amourettes, antre boisé et inquiétant où je ne m’aventurais guère. Le bois n’était guère épais, je m’en apercevrai plus tard avec mes premiers rendez vous avec des galantes.

Lorsque j’étais petit les morts de la paroisse étaient enterrés presque au bout de la rue et je me délectais de ces passages de tombereaux où brinquebalait une mauvaise bière ou le plus souvent un simple linceul de lin blanc, mon père et les autres artisans cessaient le travail. Les hommes au chef couvert mettaient chapeau bas et les femmes pieuses se signaient en baissant la tête. Moi et mes cousins c’était les taloches qui nous faisaient baisser la tête lors des passages funéraires. En outre nous nous amusions entre les tombes, et même une fois à l’emplacement de l’ancien cimetière saint Anne j’ai trouvé un bout de crane. Quel trophée me direz vous mais bon j’étais enfant.

Il faut aussi que je vous compte un tragique événement, j’étais petit et je n’en ai eu connaissance que bien plus tard, mais ma mère cette sainte femme qui était capable d’emmener un enfant à une exécution publique ne supportait pas la violence irraisonnée des foules et en l’occurrence le massacre d’un groupe de prêtres et les outrages faits à leur corps.

Des malheureux réfractaires au serment républicain furent tués par une foule haineuse et hystérique où les femmes ne cédaient en rien aux hommes, une ignominieuse folie.

Mon père connaissait l’un des sauvages qui avait participé au carnage, il était perruquier et s’était  amusé à se balader avec une tête sur une pique. Bon cela je ne l’ai pas vu mais on en parla longtemps

Mais je crois que ce qui m’a le plus marqué c’est la fermeture de notre église, ma mère en a pleuré et mon père pourtant athée en fut troublé également. Je vous raconte cela en détail.

En 1793 la municipalité de la Rochelle considéra que deux églises dans le quartier cela faisait beaucoup, d’autant plus que Saint Barthélémy avait besoin de réparation. On transforma donc cet endroit sacré en un marché à grain. Le petit peuple endoctriné, et aussi tyrannisé par quelques membres des comités révolutionnaires n’osa manifester sa désapprobation face à ce sacrilège et face à la déchristianisation prônée par l’état centralisateur Jacobin.

Ma mère qui avait été baptisée puis mariée en ce lieu pleura en silence des larmes de dépit, mon père qui faisait le goguenard en disant que faute d’hosties on aurait au moins de la farine se fit rembarrer devant tout l’atelier et repartit ferrer un canasson la tête basse.

Bon assez parlé de mon environnement, je vais vous décrire mes parents.

Tout d’abord mon père qui il faut bien le dire était un drôle d’oiseau  » enfin c’est ce que disait ma mère  ». Au physique il était très grand et avec ma vision d’enfant me paraissait un géant, musculeux et sec, ses bras à force d’avoir travaillé le fer avaient acquis une force herculéenne et l’on dit qu’il pouvait tordre un fer à cheval, c’était peut être une vantardise car je ne l’ai jamais vu faire. Je vous ai parlé de son langage imagé mais sa voix de stentor qui résonnait dans toute la rue n’avait rien à envier aux chantres de la cathédrale. Sa goule était bien pendue et on disait qu’il était né avant son grand-père. Quand une femme passait dans la rue, il jouait les coqs et sa paillardise rejaillissait sur les pauvrettes qui ne savaient que répondre. Cela faisait rire tout le monde car quand ma mère était dans les parages on ne l’entendait plus.

Ses cheveux et sa moustache étaient d’un noir de jais, sa bouche commençait à s’édenter. Je me souviens aussi de sa forte odeur, mélange de sueur, de crasse et de remugle équin. Ses mains aux ongles endeuillés étaient dures et calleuses. J’adorais ce géant, sorte de dieu du feu et du fer, je l’idolâtrais enfant et je le respecterai adulte

Ma mère plus âgée était maîtresse femme, je la revois avec sa longue robe recouverte d’un tablier à carreaux et une sorte de cape attachée sur le devant. Ses cheveux noirs parsemés de fils blancs noués en une sorte de chignon étaient surmontés d’une coiffe. Jamais elle ne se serait avisée de sortir sans. Moi j’aimais la voir les cheveux dénoués en son intimité et je la trouvais très belle. Au vrai sa beauté commençait un peu à passer, des cheveux blancs éclaircissaient  donc sa crinière noire, des rides au coin de la bouche la rendaient un peu sévère et quelques dents en moins lui modifiaient le visage autrefois emprunt de beauté. Bien sur je n’avais jamais vu ma mère nue mais sa poitrine opulente s’affaissait quelque peu.

Elle aussi avait une gouaille célèbre dans le quartier, la fille du voiturier Jaulin était connue pour avoir enterré deux maris et pour porter la culotte à la place de son géant de mari pourtant maître maréchal.

Voilà pour les parents, tous deux dans un genre différent, de fortes personnalités, connus et respectés rue porte neuve et dans tout le quartier.

 

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 1 ma naissance

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode, 2 mon quartier

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 3 , mes premiers souvenirs

 

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