LES 22 ENFANTS DU PÈRE LEGAL

Mardi 3 février 1721, cathédrale Saint Michel à Saint Brieuc

Lorsque Alain Legal se présenta au bras de sa promise sur le parvis de l’église, il débordait d’une fierté non feinte, sa Perrine d’une beauté à couper le souffle serait bientôt à lui.

Revêtue de sa plus belle robe, frissonnant légèrement sous l’effet de la brise hivernale bretonne, elle regardait son futur mais aussi la foule qui l’entouraient. Elle souriait à tout le monde, rayonnante de bonheur.

L’ensemble de leur fratrie était présente et ils avaient tous les deux la chance d’avoir encore leurs parents à leur coté.

Issus d’une famille ancestrale de laboureurs, point riches mais point trop manants ils avaient grandi dans le quartier Saint Michel. Se connaissant depuis l’enfance c’était avec évidence que leur union avait été négociée par leurs parents.

Mariage pour sur arrangé mais mariage d’amour quand même, tant étaient forts les liens qui s’étaient créés depuis leurs fiançailles.

A voir le ventre de la mariée tous savaient que les liens entre les amoureux avait été très forts. Les deux maladroits avaient mis la charrue avant les bœufs et il avait fallu accélérer les noces.

Malgré ce léger contre temps, le mariage fut splendide et Alain pourrait bénéficier des charmes de son épouse en toute quiétude.

Le 21 février leurs vint une fille, il était tant de régulariser, ils la prénommèrent Yvonne.

La petite était la première d’une longue liste de bonheur mais aussi de malheur.

Courant 1722, Yvonne à la mamelle, la belle Perrine se trouva pleine, elle trouvait bien que cela faisait un peu trop tôt mais il lui restait des garçons à faire.

Pas de chance ce fut une fille que l’on nomma Jeanne Anne, elle naquit le 17 février 1723. Alain eut du mal à attendre les relevailles pour trousser sa Perrine, fort à l’ouvrage et régulière comme une pendule celle ci ne vit point apparaître ses menstrues. Yvonne gourmande était à peine sevrée et Jeanne avec ses petites dents lui déchirait encore les mamelons quand en juin 1724 elle sut qu’elle était grosse.

Le 18 février 1725, la petite Françoise arriva, que des pissouzes, Alain commençait à manger les bords de son ample chapeau.

Régulier comme un métronome, Alain fit un enfant à sa femme en mai 1727, un garçon apparut. Hélas l’accouchement pratiqué par la matrone ne se passa pas très bien et chacun attendit que l’infâme petit vermisseau sanguinolent ne trépasse, le 6 juillet 1727 Louis Yves fut conduit au cimetière de la paroisse Saint Michel.

Ce fut une épreuve mais les enfants en cette période mouraient sans qu’on en fasse une affaire d’état. Par contre la mort de la petite Jeanne âgée de 4 ans en octobre 1727 leur laissait un grand vide tant cette petite rayonnait de joie.

Heureusement Perrine était fertile, le 12 juin 1728, un garçon fiable arriva au foyer, nommé Marc la petite momie emmaillotée réussit à franchir les délicats premiers mois de la vie d’un petit breton.

Le cheptel masculin fut complété en juillet 1730 par l’arrivée du petit Yves. Cette fois l’avenir était assuré au foyer Legal.

Malheureusement en mai 1732 le petit Marc en quelques jours fiévreux passa de vie à trépas, bon d’accord Perrine encore pleine en ferait un autre.

Mais le sort, toujours le sort fit qu’en Juin 1733 la petite Guillemette arriva.

La fertilité de Perrine qui était sans borne et la semence d’Alain très prolifique fit que peu de temps après l’enterrement de l’infortunée Guillemette elle se trouva encore enceinte.

Serait ce un garçon ou une autre pleurnicheuse, ce fut l’arrivée de la belle Anne qui pour bien vivre n’en tua néanmoins sa mère.

Douze jours après la naissance de cet enfant vigoureux Perrine fut emportée par une fièvre puerpérale, l’infortunée n’avait que 34 ans et faisait des enfants depuis 13 ans.

Alain jeune veuf se retrouvait avec trois filles et un garçon, il avait perdu la moitié de sa progéniture

Il ne restait plus à Alain que de trouver mamelles à ses petits et ventre à ses désirs.

Ce fut chose aisée tant la chose était courante à l’époque, un veuf, laboureur de surcroît pouvait en peu de temps reformer un couple.

Alain se remaria 10 mois après en la même église avec Françoise Bougeard, elle aussi fille de laboureur et beau brin de fille de 22 ans.

Le 23 novembre 1734, monseigneur Jacob bénéficier de la cathédrale maria donc le veuf et la petite de Ploufagran

Alain se mit à l’ouvrage et dès le début d’année Françoise était grosse, chacun railla la verdeur du laboureur qui ensemençait si vite son champs.

Personne ne se doutait que cela serait le début d’une hécatombe.

En septembre 1735 apparut Mathurine, la pauvrette mourut le mois suivant

En octobre 1736 apparut Thomasine qui ne vécut que 6 jours.

En octobre 1737 Françoise et Mathurin firent leur apparition, le mâle mourut aussitôt et le femelle tardivement en 1741.

En octobre 1739 se fut à la petite Jeanne d’apparaître, elle mourut à 22 mois d’une fièvre maligne.

En mars 1740 Alain se trouva au désespoir, son unique garçon fruit de son premier lit mourut à 9 ans.

La mort avec sa faux planait autour du foyer maudit.

Lorsque naquit Marie Françoise en octobre 1742, aucun enfant n’avait survécu au couple d’Alain et Françoise, ils avaient perdu les 6.

Alain avait déjà enterré 11 de ses enfants.

Inlassablement Alain honorait sa femme en bon chrétien, pas de coit interruptus, pas de manuelle fantaisie ni de joyeux rapprochement buccaux.

A ce rythme Françoise fut encore pleine et Renée Yvonne arriva en août 1744, le chemin était fait, la petite vigoureuse, tout se passa bien.

Non de dieu jura Alain encore une fille.

Il ne croyait pas si bien dire car en avril 1746 leur arriva une fille que l’on nomma Jacquemine, mais là aussi habitude, en juillet elle était morte.

En mai 1748 ce fut avec bonheur que naquit Louis Jan, beau garçon joufflu qui passa sans encombre les premières heures.

En novembre de la même année Marie Françoise la petite de 6 ans pourtant pleine de vie se coucha pour ne plus se relever.

Et de 13, Alain ne se souvenait plus de tous les prénoms de ses enfants défunts.

En avril 1750, naquit le petit Yves, en bonne santé il fit son chemin. Françoise au vrai n’en pouvait plus, les mamelles à moitié taries, le ventre gros et veiné.

Rien n’y faisait Alain chaque soir troussait et forçait et ventre à bébé Françoise concevait. Le 16 juin 1752 elle eut des jumeaux, Hélène s’éteignit au bout de 1 mois et demi et Pierre ne lui survécut que 3 jours.

Le carré des enfants du cimetière Saint Michel regorgeait des petits Legal.

Il n’en était point fini avec les couches car en mars 1754 arriva le beau Mathurin.

Des 22 enfants qu’Alain conçut, 15 moururent entre 0 et 10 ans. 6 firent souches et mes petits enfants descendent du dernier le nommé Mathurin.

Dur tribut livré à la grande faucheuse, point rare en soit mais exceptionnel par son nombre élevé.

Les paysans de ces temps vivaient ils ces morts de la même façon que nous ou bien fatalistes s’en remettaient ils à dieu ?

 

Alain mourut en  1774 âgé de  74 ans et Françoise en 1779 à l’age de  62 ans.

Ils eurent la joie de voir se marier 4 enfants et naitre quelques uns de leurs petits enfants.

Alain vit également se marier 2 de ses filles de son premier mariage

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