MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 5, mon adolescence

 

 

J’ai donc grandi en une période tourmentée sans en avoir souffert personnellement, les gens des beaux hôtels rasaient un peu les murs, mais de toutes façons on ne les avait jamais côtoyés, seuls les domestiques venaient à l’atelier et à la fontaine.

Comme tous les enfants d’artisans de la rue j’eus droit à la férule du prêtre de la paroisse, il nous apprit les rudiments d’écriture et de calcul. Un Sazerat futur maître maréchal ferrant se devait de pouvoir apposer son paraphe au bas d’un contrat ou d’un acte. Moi insouciant je m’en moquais comme d’une guigne, le bon père qui avait la réplique prompte m’a plus d’une fois décollé de mon banc en me tirant les oreilles. J’en rigolerai plus tard avec lui quand il me mènerait sa mule à ferrer, sur le moment évidemment je ne m’en réjouissais guère.

De toute façon cela ne dura pas très longtemps car ma place était à la forge et c’est mon père qui me forma.

La maréchalerie, tout un univers qui m’était évidement familier car depuis que j’étais en age de marcher j’y traînais toute la journée.

Je commençais par des tâches simples en clair je faisais le grouillot, j’alimentais le foyer de la forge, j’activais le soufflet, je me tapais la corvée d’eau qui j’en reparlerai n’était pas une mince affaire.

En bref je ne touchais pas un sabot, par contre rapidement on me mit à battre le fer et je tapais et retapais je n’en sentais plus mes bras et le soir pouvant à peine manger ma soupe ma cuillère m’échappait des mains.

J’adorais ce travail, les chevaux me fascinaient, mon père s’y connaissait vraiment et on venait de loin pour le consulter,  son avis était écouté. Un maître maréchal savait la science des chevaux, presque un vétérinaire en certains points . Lorsqu’un cheval boitait le cavalier venait à la maréchalerie et le maitre devait pouvoir poser un diagnostique

Puis peu à peu on me laissa faire, je me souviens du premier cheval que j’ai ferré, la forme de son sabot, le fer que je façonnais à sa taille et même l’odeur de la corne lorsque je rognais le pied.

Mon père ne me quitta pas des yeux et il m’avait donné une bête douce qu’il connaissait très bien.

Je devins bon ouvrier mais il fallut attendre une paire d’année avant d’avoir la science du père.

Nous nous entendions bien, mais je n’étais que le fils du maître et dans une société hiérarchisée comme la notre cela avait de l’importance.

En dehors de la forge j’aidais aussi ma mère à aller chercher de l’eau à la fontaine, nous n’avions pas de puits à proximité et de toute façon à la Rochelle l’eau qui sourdait de ses forages était la plus part du temps saumâtre.

Nous devions aller à la Fontaine dite royale ou du 10 août, cette nouvelle appellation révolutionnaire n’était d’ailleurs guère utilisée par la population. Cela faisait une bonne marche avec les seaux. Moi je râlais en y allant mais sur place quel spectacle, un vrai champs de foire, beaucoup de femmes s’y retrouvaient. J’aimais leur cancan, leur babillage, leurs disputes au verbe haut, des querelles qui chaque jour reprenaient. Le langage était disons assez cru et ma mère qui nous houspillait à la maison s’en donnait à cœur joie. Les domestiques amenaient les secrets des belles maisons, les filles du quartier des ébats racontaient avec verdeur leurs passes. Les femmes du peuple en rougissant baissaient la tête , faisant semblant de rien entendre mais n’en perdant pas une miette. Le plus rigolo étaient les négresses, achetées sur les cotes d’Afrique elles étaient ramenées par les beaux habits des hôtels qui les prenaient pour domestique ou comme amante. Elles étaient baptisées, on les éduquait et on les habillait à l’européenne. Mais bon quel sujet de moquerie quand elles déroulaient notre parler Rochelais avec leur accent africain. Moi je ne me lassais pas de les regarder, elles étaient souvent bien faites avec des belles formes, leur cul proéminent contrastait avec les fesses plates des filles du quartier. J’ébauchais même une petite édile avec la domestique d’un banquier de la rue de la Juiverie. Il faut avouer qu’il était mal venu de courtiser une noire même si l’esclavage avait été aboli sous la révolution. Je lui volais quelques baisers et quelques caresses, je lui aurai bien pris son pucelage mais apparemment son propriétaire le lui avait déjà ravi.

La fontaine était en forme d’hexagone couronnée d’une coupole avec une sorte de pyramide et un crucifix en bronze dessus. Elle était magnifique il y avait même une inscription en langage de curé, je ne savais pas ce que cela voulait dire mais apparemment c’était en hommage aux navigateurs.

Il y avait deux pompes et il fallait un bel effort pour avoir de l’eau, certes ce n’était pas travail d’homme et ma mère me soupçonnait bien un peu de venir reluquer les filles.

Les années passèrent et de petit garçon je devins un homme, je tenais ma place à l’atelier et le ferrage n’avait plus de secret pour moi. Mon jeune frère Antoine avait suivi le même chemin que moi et nous étions comme une confrérie de Sazerat. N’allez pas croire que tout allait pour le mieux, travailler avec son père était fort pesant.

A la maison nous étions fort entassés, heureusement mes demis frères étaient partis et avec Antoine nous avions récupéré leur mansarde.

René était aux armées et nous n’avions aucune nouvelle, certes c’était mon frère utérin mais nous n’avions jamais vraiment lié. En revanche mon grand frère Jacques était un véritable ami. J’ai été fort triste lorsqu’il a épousé en 1802 la veuve d’un cabaretier, il l’avait connue en lui livrant des tonneaux car il avait conservé le métier de son père.

La promiscuité même habitué j’en souffrais un peu, mes parents continuaient évidement leur vie maritale et maintenant que nous n’étions plus drôles et en age de comprendre, les soupires nocturnes me gênaient et me troublaient.

 

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 1 ma naissance

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode, 2 mon quartier

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 3 , mes premiers souvenirs

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 4, Mon enfance de fils d’artisan

 

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