LES LETTRE A NINI, L’affectation au 4ème régiment d’infanterie, épisode 2

Ma chère femme

Je suis bien aise de t’écrire, j’ai reçu tes dernières lettres et je vois que tu fais face avec courage à l’adversité.

Moi je vais bien et je reviens des tranchées. A mon corps défendant , on me change encore une fois de régiment . Pendant que j’emballais mes maigres affaires, ma compagnie montait à l’assaut d’une position boche.

Et qui sait, ce mouvement qui me contrarie m’a peut être sauvé la vie.

Je me garde bien de te livrer d’autres détails car ma lettre ne te parviendra pas à cause de la censure

Je vais rejoindre le 4ème régiment d’infanterie, là bas ou ici peut m’importe, il me tarde seulement de te revoir et de me serrer dans tes bras.

L’autre jour j’ai fait un rêve où tu apparaissais, à la lueur vacillante du jour face à la fenêtre de notre petite chambre tu te dévêtais, la blancheur de tes courbes reflétait les derniers rayons du soleil couchant. A lors que tu allais te retourner pour me rejoindre l’aboiement sinistre du serpate mit fin à mon errance érotique.

Je dois maintenant te quitter ma petite Nini, serre les enfants dans tes bras et soit fière de ton homme.

Je te communiquerais mon exacte affectation dès que les services administratifs m’auront communiqué l’information

Ton Daniel qui t’aime

Janvier 1915 affectation 4ème régiment d’infanterie

Il faut quand même dire que je n’avais absolument rien demandé, pourquoi m’a t’on changé de régiment c’est un mystère. Pour sur je ne suis pas un modèle militaire et mon indépendance en ces heures où il n ‘en faut pas à pu jouer sur la décision.

Il m’a encore fallu galérer un peu pour rejoindre mon unité en Argonne, la ligne droite n’étant pas en cette période trouble le chemin le plus court.

L’Argonne est une région couverte de forêts et d’étangs, c’est un endroit stratégique sur la route de Paris, moi l’endroit où je dois me rendre s’appelle le plateau de Bolante et plus précisément au ravin des Meurissons. C’est un massif forestier sur un haut plateau qui domine les villes de Vienne le Chateau et de Varenne en Argonne.

Moi qui suis habitué à la plaine Briarde tous ces arbres me fichent la trouille, c’est angoissant de ne pas pouvoir voir au loin.

D’un autre coté, ce paysage ne me change guère du bois le prêtre, des tranchées dans une forêt impénétrable et des allemands installés en face dans des conditions non moins inconfortable que les nôtres.

J’apprends en arrivant que je fais parti de la 17ème brigade de la 9ème division du 5ème corps d’armée. Ça me fait une belle jambe de le savoir.

Au sein de ma nouvelle compagnie les périodes se succèdent immuables, la tranchée des Meurissons je finis par la connaître par cœur. Mais comme je vous l’ai dit moi c’est la forêt qui me dévore de l’intérieur. La garde de nuit, à scruter cette noirceur moi j’en chiais littéralement dans mon froc. Chaque tronc, le moindre buisson est un ennemi potentiel, le bruit des feuilles, le crissement des branchages vous font croire à une percée teutonne. Un fois le passage d’une famille de cochon m’a fait déclencher un tir, vous parlez d’un bordel que j’ai mis. Tout le monde debout au créneaux de tir, pour un peu mon idiot de capitaine demandait un tir de barrage. J’en fus quitte pour une engueulade et un tour de garde supplémentaire. Ce qui m’est arrivé cette nuit là arriva d’autres fois à des copains tant la peur nous tenaillait.

La chiasse multipliait les bruits et outre ceux qui pouvaient émaner de l’antre obscure, ils y avaient ceux qui pouvaient venir du travail des sapeurs ennemis.

En effet le génie humain avait inventé les mines, des pauvres gars creusaient une galerie qui menait sous notre tranchée, plaçaient une mines et la faisait sauter. D’autres pauvres gars s’en voir d’où venait le coup ,crevaient mutilés et enterrés.

C’était un drôle de sport, nous faisions la même chose et les mineurs et les charpentiers se faisaient enrôler dans ces compagnie du génie.

Bref , le coin était loin d’être peinard et puis imaginez que l’on était en janvier, à vivre comme des animaux enterrés dans de la terre, il faisait un froid de mort, rien ne nous réchauffait, pas même le pinard et la gnôle. Certains en crevaient et étaient évacués, moi rien pas un rhume ni d’ailleurs la moindre égratignure, quand une mine pétait j’étais à l’autre bout, quand un copain se prenait un pruneau j’étais jamais à coté. Un vrai porte bonheur que j’étais ,et les gars de la compagnie recherchaient ma présence. Même pour aller aux feuillées j’avais des volontaires, foutue guerre.

Le 16 février, un violent orage s’abat sur le secteur, les boches sont déchaînés, de tous calibres, des gros, des petits et voilà que ça siffle et que ça pète, bientôt nous n’avons plus la perception de rien, les blessés hurlent, les gradés gueulent, de la fumée, de la terre , de l’eau du sang tout ce mélange. L’enfer sans antichambre, nous n’avons pas le temps de nous relever ni de souffler, cinq énormes détonations soulèvent nos positions pourtant déjà mal menées, des mines sûrement.

Puis tout cesse, nous savons ce qui va se passer maintenant, le schéma classique, bombardement, mines attaques des positions par l’infanterie.

Je me relève et n’en crois pas mes yeux, tout est chamboulé j’ai l’impression de ne plus être au même endroit, la forêt semble avoir disparu, un entremêlement de branches de troncs de barbelés, de cadavres et de déchets divers.

C’est cet encombrement qui va nous sauver, comme des bêtes blessées nous nous défendons, fusils contre fusils, ,baïonnettes contre baïonnettes, couteaux contre couteaux. Ivres de fureur, assoiffés de sang on crève, mais on crève sur place. Pourtant les teutons vaillants massacreurs nous prennent notre première ligne. Déjà les vert de gris s’infiltrent chez les garances, des morceaux de notre seconde position sont pris. Mais l’héroïsme est bien des deux cotés, l’attaque s’épuise, ils ne passeront pas. Les renforts arrivent et tout ,momentanément se stabilisa, on évacua nos morts et nos blessés et nos autorités complétèrent notre bétail sérieusement abattu.

LES LETTRES A NINI, 1914 les débuts de la guerre, épisode 1

2 réflexions au sujet de « LES LETTRE A NINI, L’affectation au 4ème régiment d’infanterie, épisode 2 »

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