LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 45, déménagement à la Corberie de Sainte Flaive des Loups

1859 – 1860, la Corberie, commune de Sainte Flaive des Loups

Marie Anne Tessier, épouse Charles Guerin

Moi, je m’entendais bien avec mes belles sœurs, nous étions complices, on élevait les enfants ensemble, nous faisions nos corvées en chantant toutes les trois, nous nous racontions même nos histoires de femmes, nos ébats avec nos hommes, nos misères, les règles, les montées de lait, les infections, nos craintes d’être enceintes, enfin bref tout.

Je serais donc bien restée à l’Auroire, mais il en fut autrement, Charles voulait depuis quelques temps voler de ses propres ailes, il en avait marre de ses deux beaux frères, ils se disputaient sans cesse pour des peccadilles, le choix du champs a ensemencer en premier, quels labours faire, quel veau vendre, c’étaient des discutions sans fin. Un jour Charles me dit, on va partir j’ai trouvé du travail sur Sainte Flaive des Loups, je vais prendre ma part des bestiaux, des charrues et nos meubles.

Les autres occupants de l’Auroire furent à la fois peiner et à la fois heureux de nous voir partir, je me revoie avec notre tombereau emportant nos faibles bagages, nous y avions attelé nos bœufs. En fait nous emmenions beaucoup de choses et nous n’aurions guère de peine à nous installer en notre nouvelle demeure.

Après avoir bisé la famille Richard et Gilbert, quelques larmes et cahotant sur des chemins détrempés nous nous dirigeâmes vers un autre destin.

La Corberie était un groupement de maisons avec huit familles, très excentré du bourg de Sainte Flaive des loups, il était à une portée de sabots du village de la chapelle Achard. Mais bon administrativement nous étions de Sainte Flaive. Il y avait le couple des Thibaudeau avec leur vieille mère, des journaliers sans le sou et assez dépenaillés, ensuite les familles, Goéchon, Bonnamy, Grousseau, Ferré et Aubin. Tout le monde travaillait la terre et formait la communauté de la Corberie.

Ils nous aidèrent à nous mettre en place, moi j’étais grosse de mon cinquième et plus bonne à rien, vous parlez d’une période pour entreprendre un tel chambardement. Mon Charles était têtu et rien n’aurait pu le faire changer d’avis, surtout que moi avec mon ventre je n’avais plus guère de moyens de pression.

Pierre avait onze ans et serait bientôt l’auxiliaire de son père, il était doué ce drôle, ma Clémentine de sept ans une joliette espiègle et rigolarde qui arrivait à faire sourire son grincheux de père et mon André petit bout de trois ans qui me faisait les pires âneries étaient tous très heureux du changement.

Ce changement de vie me déclencha prématurément mon travail de parturiente, je n’étais pas très sûre des dates car moi mes menstrues je ne les avais pas très régulières. J’appréhendais car jusqu’à maintenant c’est ma mère et mes belles sœurs qui m’avaient assistée. Là il faudrait que je me fasse aider par des étrangères, en l’occurrence mes voisines, heureusement elles étaient jeunes et je me sentais à l’aise avec elle. Le temps d’aller quérir une sage femme à La Chapelle, mon fils venait dans les bras de Rose Lhériteau la femme de notre voisin Grousseau.

Nous avions décidé avec Charles de lui donner les même prénoms que notre premier petit, nous estimions qu’il était mort depuis assez longtemps. Donc Charles Auguste naquit assez costaud ce qui lui permit de passer le cap des premières semaines. Il y avait encore beaucoup de mort parmi nos bébés . Le maire du village disait que nous étions de foutues ignorantes qu’il fallait faire venir un médecin et arrêter de se faire accoucher par n’importe quelles sorcières. Il en avait de bonne lui, comment le trouver ce praticien. Nous aurions mis des heures à le trouver et il aurait mis des heures à arriver, nos chemins , impraticables labyrinthes gorgés d’eau.

Je me passerais bien de ce fameux progrès, Charles alla déclarer l’enfant à la mairie de Sainte Flaive des Loup où il fut reçu par Louis Rochet le maire. Pour le baptême se fut le père Fumoleau, je ne le connaissais pas beaucoup, mais respectueux des coutumes et des rites il me fallut faire mes relevailles. J’avais fait un gâteau qui fut béni et que nous mangeâmes avec nos voisins parrain  et marraine lors du retour de la cérémonie.

Même endroit, même époque.

Charles Guerin, époux de Marie Anne Tessier.

Enfin libre de travailler comme je l’entendais, plus de conflit avec mes beaux frère et surtout avec mes sœurs. Ces sacrées femelles qui dirigeaient leurs deux idiots de maris en les menant par le bout du ……

Je n’étais plus en métayage mais en fermage, mes charges étaient fixes et le surplus me rentrait dans la poche du moins les bonnes années. J’avais une douzaine d’hectares, pour moi seul avec mes trois bœufs cela me suffisait amplement, lorsque les garçons deviendraient grands j’aviserais.

Je sais que ma femme a souffert de partir d’Aubigny mais bon elle se fera d’autres amies, de toute façon le travail avant toutes choses.

J’eus quand même quelques conflits à régler en effet, comme la Chapelle Achard est plus proche que notre bourg les femmes de la Corberie s’étaient mises à l’instigation de Marie Anne, d’aller au lavoir le plus proche. Elles descendirent donc avec leurs paniers, passèrent devant le cimetière, longèrent l’église puis sa place où trônait le calvaire puis arrivèrent fièrement la tête haute au lavoir construit sur le ruisseau.

Cela ne se passa pas exactement comme elles avaient prévu,un comité d’accueil assez virulent les attendait , en effet pas question pour les femmes de la Chapelle d’accorder un droit de lavage en leur lavoir à ces bonnes femmes de Sainte Flaive. Elles s’engueulèrent, se secouèrent et faillirent carrément se battre. Le maire et le cantonnier les virèrent, sous les invectives des paysannes. Ma femme fut rendue responsable de cette violation de territoire et je vous garantis que ce genre de querelles resteraient profondément gravées dans les mémoires collectives.

Désormais, Marie Anne respecta les coutumes locales, sagement nous allions à la messe de Sainte Flaive et au lavoir communal. Par contre pour le commerce moi j’allais à la Chapelle, de plus le cabaretier était accueillant et le vin meilleur. Nous les hommes nous n’épousions pas les guerres féminines, sauf quand un gars du village d’à coté nous volait une fille. Alors là c’était bagarres et disputes, mais de toutes façons cela se terminait par un coup à boire offert par le marié voleur de fille, comme le rachat d’un droit en quelques sortes.

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