LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 46, nuit de noces à la Bucholière

1859, commune du Girouard

Pierre Cloutour

Pour sur j’avais eu de la chance de ne pas engrosser la servante, j’ai profité de son corps et elle du mien, nous savions tous deux que nous ne nous épouserions pas.

Sauf si un accident était survenu, cela je lui avais promis en homme d’honneur.

Mais mon destin a basculé quand je me suis intéressé à une petite de la Bucholière, ce fut une évidence quand je me suis aperçu qu’elle existait. Je mis tout en œuvre pour la conquérir, la place était à prendre . Par contre il n’était nullement question de la posséder dans le sens que moi j’attendais, il me faudrait attendre. Je m’en moquais un peu car ma servante me permettait de patienter.

Il me fallait donc obtenir l’accord du père de Victoire et le moindre que l’on puisse dire c’est que je n’en menais pas large. Car voyez vous dans notre petit univers ou nous faisions tous le même travail et où tous nous nous échinions à tirer le meilleur de la terre il y avait quand même quelques différences, les métayers même si parfois ils redevenaient journaliers se faisaient forts d’être une petite caste et préféraient voir marier leurs filles à des gens d’un niveau supérieur ou pour le moins identique. Hors la famille Epaud et Rabelot se faisaient une gloire d’avoir des meuniers et des gros laboureurs comme ancêtres. Même si eux mêmes avaient un peu chuté en ne tenant qu’une médiocre métairie ils gardaient comme principe qu’il fallait se méfier d’un grand valet.

Le premier jour je ne fus pas reçu dans la maison, c’était très mauvais signe, l’Augustin le frère me sera la main mais me fit comprendre que son père eut préféré prendre un gendre avec un pécule substantiel. Ainsi l’amour n’était que maquignonnage. Victoire qui me voulait ne lâcha pas l’affaire et chercha à contourner le problème. Ma patronne se fit entremetteuse et mit en avant mon amour pour le travail et le petit bien que j’avais épargner pour mon mariage ce qui révélait en moi une personnalité économe.

Le père Epaud était assailli de toute part, il finit par consentir du bout des lèvres. Un soir après le labeur je fis donc ma demande et nous bûmes la fine pour sceller notre accord. Victoire rayonnait de bonheur et moi je la rejoignais dans son bonheur.

Il fut convenu que je m’installerais avec Victoire à la Boucholière, j’allais donc vivre avec ma belle famille ce n’est pas ce qui m’amusait le plus mais je n’avais pas le choix.

Il allait falloir montrer de ruses pour rejoindre celle qui allait être mon illégitime.

05 juillet 1859, église du Girouard

Victoire Epaud, femme Cloutour

Le maire monsieur Papon venait officiellement de nous unir devant une nombreuse assistance, c’est mon  beau frère Charles Rocheteau qui me servit de témoin ainsi que mon frère Jean. Pour mon mari c’est un l’oncle Pierre Peaud laboureur à la Babonnnière et Mathurin Soret un ami qui assurèrent ce service.

Je rentrais dans la nef aux bras de Pierre, j’étais fière, heureuse et impatiente de me donner charnellement à celui que j’aimais.

Le curé Morneau officiait, il nous fit un sermon sur la fidélité, moi j’étais concentrée mais Pierre eut un petit sourire, j’ai trouvé cela bizarre, mais bon.

La veille nous avions été à confesse, moi j’y allais régulièrement mais Pierre avait un peu perdu de la foi de ses ancêtres. Il mit longtemps et en sortant me dit « c’est que je suis un grand pécheur. »

Mes parents avaient vraiment fait les choses en grand ce ne fut que munificence, chacun s’empiffra avec constance,les jupons volèrent au son des violons et des idylles se nouèrent. On chanta tout le répertoire vendéen et puis après boire quelques chansons cochonnes. Je fus surprise que mes parents connaissent de telles choses.

On me fit monter sur une table pour la vente de la jarretière, un cousin prit les choses en main, quand un homme donnait la robe montait , quand c’était une femme, elle redescendait. Elle monta et monta encore, j’étais rouge comme une pivoine de montrer ma cuisse, ensuite le gagnant vint la détacher avec ses dents. Ce cérémonial humiliant nous rapporta quelques pièces.

Puis vint le moment de partir. Je n’étais guère à l’aise, car voyez vous ce précepte religieux d’arriver vierge au mariage était une sorte d’hérésie. Je m’ y étais conformée comme bon nombre de femmes, mais avais je bien fait ?

Peut être que si j’avais cédé quelques pouces de terrain si j’avais moi même un peu goutté de cet virilité masculine j’aurai perçu la part sombre de mon futur.

Maintenant arrivons à cette narration délicate, que vous soyez fille de laboureur ou fille de roi le sacrifice de sa fleur revêt le même caractère sacrificiel.. Avec ce mariage je me donnais entièrement à cet homme, légalement il était mon maître, je n’étais qu’une enfant aux yeux de la loi. Je me devais de me donner à lui quand il le désirait, au moment où ses sens à lui et seulement les siens étaient en éveil. Il pouvait me battre et me traiter plus mal que ses animaux. Je ne trouverais aucun secours de personne si lui, homme raisonnable ne troublait pas l’ordre public en affichant une trop ostentatoire turpitude ou une trop visible violence.

En gros dans son intimité il pouvait me foutre une volée puis me prendre sans mon consentement pourvu que le lendemain les traces n’apparaissent point à la messe ou au lavoir.

Nous n’en étions pas là.

Avec le recul j’aurai du m’apercevoir que pour un jeune paysan qui théoriquement et il me l’avait juré était vierge, Pierre avait une sorte de détachement lié à l’habitude des choses de l’amour.

Je n’avais dévoilé aucun morceau de ma blanche peau qu’il m’attendait, allongé nu sur le lit avec un témoignage visible de son impatience.

Telle une génisse que l’on mène au taureau je le rejoignis, ses yeux m’avaient dévoilée, ses mains me dévorèrent, je restais passive tétanisée par une découverte si rapide et brutale, j’eusse aimé une chronologie moins rapide et gaillarde. Le reste vint sans que le moindre signe de volupté ne se manifeste dans mon ventre douloureux, son affaire faite le Pierre se retourna et ronfla comme une forge.  Je perçus confusément qu’avec un tel début je ne serais jamais une adepte joyeuse de la chose.

Je me draperais désormais derrière une obligation sociétale, la chose que j’avais attendue depuis de nombreuses années s’étant révélée fort décevante.

Au matin, je m’aperçus avec stupeur que mon mâle compagnon montrait des signes de vigueur, devant ma mine ébahie il se gaussa rigolard que chez lui cela était un état naturel.

Je fus sauvée par l’arrivée des noceurs qui autre tradition venaient nous faire fête et vérifier si le Pierre avait pu s’offrir mon joli corps en sacrifice.

Dès le soir nous nous installâmes tous les deux à la Bucholière, Pierre avait hâte de visiter son nouveau domaine et mon père de soulager un peu son travail d’esclave qu’il avait de plus en plus de mal à fournir

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