LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 43, les charmes de la servante de la Chancelière

1854 -1856, la chancelière commune du Girouard

Pierre Cloutour

Moi, j’avais vingt quatre ans et j’étais à peu près libre comme l’air, bien sur légalement j’étais sous la tutelle de mon père, mais ce joug n’était guère pesant. Il ne s’était jamais beaucoup occupé de nous et maintenant qu’il était remarié sa préoccupation première n’était pas ma vie.

D’ailleurs je n’allais que très rarement au bourg de Grosbreuil et lui n’allait pas sur le Girouard donc nous ne nous rencontrions pas.

Avant que de parler de moi, je vais quand même donner des nouvelles de mon entourage. Le père et sa nouvelle femme moi je les considérais comme des vieux et bien sur je pensais que pour la bagatelle ils avaient passé l’heure. Non seulement j’appris que les parents pouvaient avoir une sexualité, mais là idiot que je suis j’aurais pu m’en douter tout seul, mais j’appris par la même occasion qu’ils pouvaient avoir des enfants.

Vous l’avez compris j’ai eu un petit frère, la vieille qui pourtant n’avait jamais enfanté nous en fit un en 1853, il se nomma Louis Aimé. Bien sur  ce fut un enfant qui avec moi ne sera jamais lié, trop d’écart sans doute et surtout peu de point commun sinon le même sang.

Par contre mon autre frère Jean, avec qui j’ai partagé mes joies et peines d’enfants vient à mon grand désespoir de terminer sa courte vie.

Il faut que je vous explique, nous autres les hommes nous étions soumis à un tirage au sort pour savoir si nous allions effectuer un service militaire. Ce jeu de hasard était fort redouté car la période d’incorporation sous les armes était fort longue. Mon frère contrairement à moi chanceux en fut de six ans. Mais décidément le pauvre n’avait pas de chance car non seulement il lui fallut quitter son Grosbreuil natal, mais en plus il dut aller se battre dans un pays lointain appelé Crimée. C’était la volonté de notre empereur Napoléon le divin troisième. Le traumatisme pour lui fut énorme, se retrouver au sein du 72ème de ligne à Valencienne tenait déjà de l’expatriation pure et simple mais partir à l’autre bout du monde pour aider les ottomans contre des orthodoxes avec comme alliés les Anglais nos ennemis héréditaires c’en était trop pour l’esprit d’un pauvre vendéen en sabot.

Le plus bizarre ce fut qu’il en revint, en mauvais point mais vivant. Rapatrié qu’il fut mon frère à cause d’une maladie, malaria jamais entendu parler.

Mon père le vit arriver un matin du début de l’année 1855, il eut du mal à mettre un nom sur ce spectral soldat, blanc, maigre, sale, édenté et pourtant c’était bien Jean. Il était envoyé en convalescence, vous parlez comme ce moribond allait se remettre, uniquement lâché par les autorités militaires parce qu’il était plus bon à rien.

Lorsque je le vis j’en fus désespéré, bon dieu nous les vendéens nous avions refusé autrefois d’aller nous battre en dehors des frontières et maintenant nos enfants mouraient loin de leur bocage ou de leur marais pour des raisons de politique étrangère.

Moi cela me dégoûtait, mon pauvre frère comme de juste il mourut, pauvre garçon sans femme, sans descendant veillé par sa belle mère qu’il connaissait à peine.

Le 26 février 1855  mourut cet enfant de l’Alma, on le porta au cimetière, bien plus heureux que ces pauvres hères jetées dans des fosses communes chez les infidèles au moins lui chanceux il pourra se décomposer dans cette grasse terre Vendéenne.

Moi j’étais toujours à la Chancelière une métairie située le long de la Ciboule, ma patronne était une jeune veuve de trente six ans, elle s’appelait Greaud Marie Jeanne veuve Durand, affublée de trois filles , huit, six et quatre ans. Comme une femme ne peut tenir une métairie seule, elle comptait sur moi et sur le vieux Jean Proust âgé de soixante douze ans. Il avait beau être vigoureux le plus dur me tombait dessus et le soir malgré ma jeunesse je ne mettais guère de temps à m’écrouler.

En plus de ma jolie veuve j’avais aussi ma Louise, une agréable domestique de trente deux ans.

J’étais en fait comme un coq en basse cour, j ‘hésitais à savoir sur quelle poule j’allais monter. Je me vante un peu, et prenais mes désirs pour des réalités du moins en partie.

La patronne avait pour sûr besoin d’un homme et pour tenir la métairie et pour la bagatelle. Moi j’étais partant pour les deux et je me mis en lisse immédiatement. Mais comment faire pour séduire pareille princesse moi simple gueux. Je n’avais pas un sous vaillant à avancer , ce n’était pas un bon début pour une époque comme la notre ou chaque union était le fruit d’innombrables palabres.

Bon si mon rêve de devenir métayer à la Chancelière n’était pas à ma portée du moins la cruelle pouvait elle au moins m’offrir sa couche.

Lorsque j’ai su qu’elle prenait langue avec Jean Bouron je fus assez dépité. Mais dans la fougue de la jeunesse je me retournais vers celle qui en fait m’attendait, la domestique, elle avait trente deux ans et ne pouvait vu son age faire la difficile. Pour ne pas avoir l’air elle résista juste un peu, mais il y eut méprise, elle crut qu’en m’offrant son corps j’allais la marier.

Nous avons eu de la chance, à jouir ainsi nous aurions pu provoquer un petit être qui m’aurait obligé moi incorrigible à réparer le tort fait à l’honneur de la servante délurée.

Nous nous retrouvions dans tout les endroits un peu isolés de la ferme, mais notre endroit était l’étage de la grange, il nous suffisait de remonter l’échelle et nous étions les seuls au monde.

Elle comprit enfin que je ne l’épouserais pas mais elle ne me rejeta pas pour autant, en amour nous ne faisions qu’un et cela n’était pas près de se terminer.

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