LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 42, les premiers enfants de l’Eraudière

1854 – 1856, métairie de l’Eraudière, commune de Poiroux

Rose Caillaud épouse Ferré.

En l’absence de toute contraception, nous tombions en général assez rapidement enceinte, nous étions jeunes, sevrées de sexualité par une longue attente. Je ne dérogeais pas, dès le mois d’octobre de l’année 1854 je pus annoncer à François qu’il allait être père. Il marqua un bonheur somme toute assez mesuré. Moi qui pensait qu’il allait sauter de joie.

Il faut dire qu’à la ferme tout n’allait pas pour le mieux, nos bestiaux n’étaient pas très en forme et l’un de nos grands bœufs était sur le point de crever. Nous avions quatre bœufs ce qui nous permettait d’assurer nos labours, nous avions aussi, quatre jeunes bœufs qui n’étaient encore point assez faits pour travailler sous le joug et deux bœufs de crèche qui nous servaient pour l’engrais. Bien sur nous avions trois veaux qui avant d’être castrés nous servaient de reproducteur. Les vaches à l’étable n’étaient guère nombreuses, elles étaient utiles pour les veaux, un peu de lait et évidement pour notre beurre. Cela faisait une quinzaine de bêtes sans compter les brebis et les agneaux.

Une épizootie et nous pouvions abattre tout le cheptel, autant dire la misère.

Notre malade était notre plus gros , notre plus travailleur, le plus docile aussi, François y tenait comme à la prunelle de ses yeux. C’était le premier qu’il avait dressé à l’Erautière.

Alors vous pensez bien que moi avec mes histoires de grossesse, je ne passais pas en première.

La pauvre bête nous quitta , François gueula qu’il était maudit, il faudrait associer un jeune et un vieux, on verrait bien ce que cela donnerait.

Heureusement ce ne fut pas une épidémie et mon homme retrouva le sourire et sembla enfin s’apercevoir que je lui promenais un drôle.

Oh cruelle désillusion, je lui fis une fille en ce mois de mai 1855, il la regarda à peine, il fit un aller et retour à la mairie, la déclara sous le nom de Marie Arsenne puis rentra renfrogné.

Ah oui pourquoi ce deuxième prénom étrange, une idée de François qui avait entendu le colporteur énumérer des saints sur un espèce d’almanach qu’il voulait nous vendre. Nous n’avions pas acheté ce livre car personne ne savait lire et franchement  »quoi qu’on en aurait foutu  » par contre la sonorité de ce saint lui avait plu et il me l’imposa.

La petite fut baptisée comme il se doit, heureusement d’ailleurs car une quinzaine de jours après elle passa, fièvre, toux, maladie des bébés moi je fus désarmée devant ma petite morte. Heureusement ma belle mère prit les choses en main. François ne s’en occupa pas plus morte que vivante.

L’ange que nous ne pûmes connaître repose tranquillement à l’ombre de l’église

Mais le beau temps revint, les bœufs travaillèrent correctement et François retrouva rapidement du goût à me mignoter. J’avoue qu’il avait fait des progrès depuis la nuit de noces, certes toujours un peu pressé et par trop brute. Il était insatiable et malgré la fatigue retrouvait toujours de la vigueur dès qu’il  voyait un bout de chair ou simplement dès qu’il apercevait ma chemise. Il serait injuste de dire que je n’y trouvais pas de plaisir aussi, mais pas à tous les coups. C’est ce qui fait la différence entre nous et ces foutues bestiaux.

L’année suivante presque jour pour jour je lui donnais un fils, alors là ce ne fut pas la même chose il me bisa comme du bon pain, prit l’enfant le souleva vers le ciel. On aurait cru un roi mage découvrant l’enfant Jésus dans la crèche. Le divine enfant fut prénommé François, vous aurez compris pourquoi, chez  nous l’aîné porte le prénom du père. Avec ses copains Delhumeau et Pavageau il retourna à la mairie devant le Jacques Chiffoleau, celui qui nous avait mariés. Ils se prirent une sacrée cuite, François hurlait à tue tête qu’il voulait me faire un autre garçon sur le champs, l’un des deux autres était écroulé dans un fossé et  l’autre tentait dans un effort désespéré de pisser debout sur un tonneau.

Moi je ne pus me lever, mais ma mère la sainte femme en prit pour son grade quand elle tenta de les faire taire.

Ah oui j’avais oublié de vous dire, l’accouchement avait été très long, j’avais souffert le martyr et il fallut  que selon le saint précepte j’accouche dans la souffrance. j’en suis ressortis  déchirée du haut jusqu’au fondement avec en prime une hémorragie qui faillit m’être fatale

Il n’ hurla pas tout de suite et nous l’avions cru perdu, la sage femme lui souffla dans la bouche et le suspendit par les pieds. Si fait il reprit vigueur et notre peur était passée quand le père qui n’avait pas eu conscience du danger que j’avais côtoyé fut autorisé à entrer dans la chambre où se trouvait mon lit de douleur

La naissance passée chacun retourna aux champs, moi j’y fis au début de brefs passages, je marchais sur des œufs en pensant à chaque pas perdre mes entrailles. Heureusement la petite domestique Marie Ruchaud me suppléait bien, un petit bout de femme qui ferait une très bonne épouse j’en étais certaine.

Nous les femmes sur certain sujet nous n’avions guère notre mot à dire, sur celui de la chose nous devions être simplement tout dévouée à notre saint mari. Hors là moi je faisais de la résistance, tout d’abord je ne voulais pas qu’il me touche pendant mes menstrues. Bon  je n’avais aucun mal car cela le rebutait. J’étais aussi croyante et certains jours étaient réservés à Dieu, bien sur il n’était plus question de faire abstinence pendant tout le carême, mais tout de même un peu de respect. D’autre part il y avait des jours ou fatiguée je n’avais pas envie et en plus mon François il était pas toujours très ragoutant. L’eau me donne des maladies, c’est la sueur qui me lave, moi je veux bien mais vraiment des fois il puait, n’allez pas croire que j’étais moi même toute rutilante mais lui comme beaucoup d’homme passait la mesure. Pour finir le tableau mon homme aimait bien le vin aigrelet de nos coteaux, il ne buvait que cela et le soir outre l’haleine qu’il avait fort chargé il devenait amoureux.

Donc moi qui voulait pas et lui saoul, sur de son droit Napoléonien, sur de sa force cela faisait des étincelles. Quand il était ivre à en tomber j’avais le dessus et le diable s’endormait en ronflant après que je l’eus repoussé. Mais quand sa force était encore intacte j’avais beau me rebeller, il prenait ce qu’il considérait comme son dû. Heureusement cela ne durait jamais longtemps mais moi j’avais mal et j’en venais à éprouver une sainte horreur du devoir conjugal.

A la buée j’en parlais avec ma sœur Marie, apparemment son mari était exemplaire et faisait preuve de gentillesse et de douceur, c’était bien ma veine d’être tombée sur un oiseau pareil.

Une réflexion au sujet de « LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 42, les premiers enfants de l’Eraudière »

  1. Ping : LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 45, déménagement à la Corberie de Sainte Flaive des Loups | Arbre de vie

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s