LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 10, Je deviens une femme

1835,  L’ératière,  commune  d’Aubigny

Marie Tessier

Comme je vous l’ai déjà dit moi j’étais amoureuse de Charles Guerin, je ne l’avais plus vu depuis le mariage de ma cousine avec son oncle. Il ne s’était pas occupé de moi m’avait dédaigné pour une grande brindille, très moche. Ce qu’il ne savait pas c’est que je les avais suivis jusqu’au bois.

Vous parlez se cacher comme cela, juste pour se fouiller dans la bouche, non vraiment il me dégoûtait et jamais je ne ferais cela avec lui.

Nous étions maintenant en 1835 juste après la fête des rois, nous avions mangé une brioche ce jour là je m’en rappelle car l’événement nous les femmes cela nous marque un peu. J’étais avec maman et heureusement seule avec elle quand j’ai senti quelques choses de chaud me couler le long des cuisses. Je hurlais en ignorant ce qui se passait, elle me fit remonter ma jupe et s’aperçût tout de suite que j’avais mes premières menstrues. Elle me fit essuyer avec un torchon de lin puis me prévint que désormais j’étais une femme. Ça je le savais, elle précisa que je pouvais avoir des enfants et qu’il fallait que je fasse attention aux hommes. J’avais un peu peur et j’étais aussi contente car une interdiction était faite pour être transgressée alors je me disais au fond de moi que le Charles Guerin je pourrais peut être le séduire.

Ma sœur mise au courant par ma mère avisa à grand renfort de commentaires toute la tablée.

Comme si mes menstrues regardaient mes oncles et mes petites sœurs, je lui décochais un coup de pied mais le mal était fait. Tout ces mâles y allèrent de leurs réflexions autorisées comme si mon intimité les regardait. Mais nous vivions en communauté et l’on savait presque tout sur les autres.

Donc j’étais dans la communauté des femmes, cela me valait le désagrément d’une forte surveillance, adieu la liberté enfantine.

Puis je commençais à faire le même travail que ma mère ou ma tante, au printemps et en automne nous faisions la grande lessive. C’était le travail de deux ou trois jours, épuisant, harassant et peu ragoutant.

Au cours de ces mois nous avions accumulé un tas de linge sale impressionnant, les réserves sorties de la grande armoire semblaient inépuisables.

Ce travail dantesque ne se faisait donc que deux fois dans l’année, mais entre temps, il y avait quelques lessives intermédiaire.

Ma fille maintenant que tu es femme, tu vas faire la buée avec nous. Elle en avait de bonne ma mère comme ci les autres années je feignantais à coté d’elle, bon admettons.

Le premier travail était le triage, mettre le linge blanc avec le blanc, draps, torchons, serviettes, mouchoirs, chemises et le linge de couleur.

Il fut décidé que ma grand mère m’apprendrait le tri, comme ci j’avais besoin de la vieille pour reconnaître une couleur, bon admettons.

Le linge était entassé dans une petite remise, il y régnait une forte odeur, terre, sang, merde, poussière séchée qui émanait de ce vieux linge. Il faisait aussi très chaud, comme peuvent l’être les premier jours du printemps. Rapidement nous nous sommes retrouvées couvertes de sueur, ma grand mère ne sentait pas très bon, une odeur de rance me monta au nez. Ajouté au remugle du linge je faillis vomir.

Pendant ce temps ma mère et ma tante remplissaient le grand baquet, il était immense et il fallut une multitude de voyages pour le remplir.

Avant de mettre l’eau maman et tante entassèrent le linge en un savant empilement, le plus sale en bas et le plus délicat au dessus.

Le tout était recouvert d’eau froide, c’était important qu’elle le soit car avec de l’eau chaude la crasse aurait coagulé. Remplir d’eau la cuve eut put être un jeu rigolo et rafraîchissant si il n’avait pas fallu puiser l’eau au puits.

Par contre le moins marrant c’était de frotter les pièces les plus sales avec une brosse sur une planche à laver. J’étais pas bégueule mais là il faut dire que ce n’était guère appétissant.

Mes jeunes mains à ce rythme furent toutes fripées, je ne sentais plus mes épaules.

Le soir j’étais tellement usée et fatiguée que je fus dispensée de traite .

Cette première journée s’appelait le purgatoire et moi dans ce purgatoire je n’avais pas demandé à y aller.

Pour un peu je me serais couchée toute habillée, mais j’étais tellement crasseuse que je dus faire un dernier effort pour puiser de l’eau fraîche et me débarbouiller.

Nous avions mis le grand baquet dans la pièce principale, le linge y trempa toute la nuit.

Après une nuit agitée ce fut le branle, tout le monde au boulot, les hommes furent expédiés dehors .

Notre cuvier était placé sur la  » selle  », un genre de trépied qui nous permettait de placer une petite  » seille  » pour récupérer la  » lessi  » . On commença par vider l’eau de trempage en enlevant la bonde de paille. Il fallut faire quelques tours pour jeter l’eau dans la cour.

J’étais déjà exténuée et ma grand mère me traitait de fainéante. L’opération suivante était le coulage, alors là du travail de précision que l’on ne me laissa point faire. Cela consistait à faire couler de l’eau sur le linge, de plus en plus chaude au fur et à mesure.

Moi j’étais avec ma tante à faire chauffer l’eau sur le feu de la cheminée, quand il ne fallait pas aller chercher de l’eau il fallait aller chercher du bois, un vrai calvaire avec beaucoup de station.

Maman avait mis la  » charrée  » sur le dessus dans un linge de chanvre, cette cendre de bois fruitier était recueillie comme un bien fait tout au long de l’année, cela servait de détergent.

La température de l’eau était importante , il ne fallait pas cuire la saleté, toute la journée on versa de l’eau dessus  ce foutu linge, on récupérait la lessi avec la seille et on la reversait dessus encore et encore. Pour augmenter la blancheur du linge chacun avait sa technique, mère utilisait une décoction d’ortie. La blancheur du linge faisait la réputation de la paysanne, si vous ameniez du linge jauni au lavoir vous vous attiriez une réputation de souillon. Moi cela me faisait rire ce linge immaculé, nous étions au vrai pas très propres sur nous, j’imaginais les pieds de grands mère, eux qui n’avaient point vu d’eau depuis !!!! dans des draps tous blancs.

Nous avions tellement de linge que nous ne pûmes terminer l’ouvrage, on ferma la bonde et on recouvrit le cuvier avec des sacs de grains, cela conservait la chaleur et la vapeur.

Il était fort tard ,ma mère était trempée et n’avait qu’une envie, dormir et dormir encore. Mon père de voir ma mère avec un corsage mouillé qui lui épousait les formes était assez énervé.

Ma grand mère en se retirant dans sa pièce murmura  » m’étonnerais qu’elle dorme de suite la marie  »

Nous appelions ce coulage l’enfer, le nom était fort bien choisi, chaleur, humidité, vapeur et brassage du linge nous sciaient les bras et nous épuisaient à petit feu.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 9 , mes premiers émois

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 8, la mort de papa

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