LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 3 , mon premier mariage et ma première maternité

Les noces furent programmées pour le 10 mai 1853 et il fut décidé que nous nous installerions avec mes parents, car en effet mon père devint métayer à la Crépaudière. J’avais quitté l’endroit en tant que bonniche j’y reviendrai en patronne, enfin pas tout à fait car c’est ma mère qui le sera .

Bon pour mon mariage j’étais d’accord mais un peu angoissée tout de même, j’allais passer de la tutelle de mon père à celle de mon mari, mais comme nous allions vivre ensemble j’aurai les deux sur le dos.

Il faut aussi s’imaginer la vie que j’allais avoir, les travaux ménagers, les travaux agricoles, les enfants qui ne tarderaient pas à venir, ces foutues menstrues qui me coulaient régulièrement entre les jambes, ce qu’on appelait les devoirs conjugaux même quand je voudrai pas. Ma mère rassurante me disait en plus il pourrait bien de mettre quelques trempes en rentrant du cabaret.

Je fis donc l’objet d’un contrat entre mon père et mon futur, je n’avais rien à dire. La date fut choisie après Pâques car on ne se mariait pas pendant carême, mais il ne fallait quand même pas que cela prenne sur les travaux agricoles, la terre avant tout.

Le mardi 10 mai 1853 fut donc retenu, un mardi c’est le jour des cocus j’espère que cela ne sera pas prémonitoire.

L’organisation d’un mariage demande beaucoup d’attention, tout d’abord, n’oublier personne dans les invitations.

Du coté de mon père, mon oncle Pierre de Grosbreuil et François, Jean et Jacques qui demeuraient au Moulin des Landes, du coté de ma mère mon oncle Pierre Loué de la Chapelle Achard.

Du coté de mon futur, son frère Jean Louis Proux de la Mothe Achard et ses deux sœurs Rose Victoire et Marie Véronique toutes deux servantes dans le village. Jean Aimé n’avait plus ses parents.

Après venait l’arrière garde de la famille, les oncles et les cousins vous parlez d’un méli-mélo.

A partir du dimanche ce fut une tuerie au poulailler et au clapier les lapins n’en menaient pas large. Jean avait engagé un joueur de violon pour le bal et le convoi qui nous mènerait de la maison à la mairie et à l’église. Mon futur m’ offrit un petit anneau de cuivre. Le jour dit tout était prêt, victuaille, vin, musicien, la grange était décorée et moi j’avais revêtu mes plus beaux habits, une robe bleue, un tablier blanc et une coiffe toute neuve, mon homme lui avait un pantalon neuf, un gilet et un beau chapiau.

Le 10 mai à 10h nous nous présentions devant le Maire, Monsieur Aujard, échange des consentements, rappel des droits et des devoirs et signatures. Enfin pour les paraphes ce fut rapide je ne savais pas lire et mon mari non plus. Nos témoins furent Poiroux jean Louis, laboureur et Jean Letard maçon, pour mon mari et Poiroux Pierre mon grand père et Pierre Barreau mon oncle.

Je tiens à préciser que Jean Louis Poiroux n’était pas mon vrai grand père,il avait simplement était  marié  à ma grand mère Marie Rose Tallier, la mère de ma mère.

La noce se dirigea ensuite à l’église où nous fumes bénis. Tout le monde avait hâte de passer à table, quel beau repas, danses, chansons. En fin d’après midi les hommes étaient fort chauds et mon mari plus que tous autres. Certains finement lui disaient qu’il n’allait pas pouvoir dépuceler sa belle, lui rigolait en répondant des mots fort crus que je ne répéterai pas.

Bon je passerai sur le repas du soir, il faut maintenant que je me donne à mon mari. Comme je vous l’ai déjà dit nous étions allez fort loin dans les jeux de l’amour, mais j’étais encore vierge et je redoutais ce moment.

Pour cette nuit qui ce devait d’être idyllique,nous avions la métairie pour nous. A la chandelle j’ai retiré ma robe et je me suis glissée dans les draps, mon Jean m’a rejoint en gardant également sa chemise. Il fut en vérité très pressé et les caresses furent un peu brusquées, il allait bien falloir que je m’habitue au caractère hussard de mon mari. Il força l’entrée me fit mal et je marquais les draps de ma virginité perdue. Heureusement sa forme était médiocre et je le vis se retourner sur le coté pour dormir. Sa vanité le réveilla et délicatement me dit qu’il fallait remettre le couvert. Bon ce ne fut pas meilleur que la première fois mais cela laissait présager quelques améliorations.

Le lendemain le réveil fut donné par les jeunes de la noce qui nous présentèrent un pot de chambre remplit d’une mixture sensée nous redonner de la vigueur, évidement un idiot de cousin retourna les draps pour apercevoir le fruit de ma défloration, j’en étais honteuse mais Jean lui en était très fier.

On reprit le repas et les danses, avec un peu moins de vigueur que la veille.

Voila j’étais madame Proux et on s’installa à la Crépaudière avec les parents et mon frère Eugène. En plus nous avons engagé une domestique nommé Gazeau Magdeleine.

Autant que je vous décrive la Crépaudière tout de suite. C’est une petite métairie située à l’est de La Chapelle Achard à environ 2 km, nos voisins sont les Loué au Plessis Jousselin, les Tesson et les Chaignes à L’Auzaire. Nos terres valaient une vingtaine d’hectares, autant dire qu’on serait un peu des crèves la faim, d’autant plus qu’il fallait partager les récoltes avec les propriétaires.

La maison se composait d’une grande pièce, avec une cheminée située presque au milieu, le lit des parents se trouvait à coté sur la droite. Une grande table en chêne avec deux bancs, une maie, un coffre, un évier en pierre.

A gauche de l’entrée, un autre lit celui de mon frère. Le soleil pénétrait difficilement par l’unique fenêtre

Nous avions une autre chambre, aveugle, sombre et froide, j’y dormais avec mon mari, malheureusement pour l’intimité, la paillasse de la domestique s’y trouvait aussi.

L’étable se trouvait à coté, nous avions une vaches et deux bœufs, ainsi qu’un âne. Les poules se baladaient dans la cour mais aussi dans la maison, les canards s’ébattaient dans la mare, le tas de fumier exhalait ses fines nuances. Pour l’eau nous avions un puits dont l’eau était souvent gâtée.

Comme de bien entendu la corvée d’eau relevait des femmes, certes les hommes n’en utilisaient pas beaucoup.

La vie s’organisa, mon mari s’entendait relativement bien avec mon père et moi je composait avec ma mère, remarquez que c’est toujours mieux que de vivre avec sa belle mère.

Ma mère était une très belle femme et qui n’avait que 37 ans lors de mon mariage, elle aussi avait ses règles et je ne sais comment elle faisait pour ne pas avoir d’enfants. Bon si je le sais, car moi aussi je le pratiquerai plus tard avec il est vrai moins de succès qu’elle.

A 16 ans vous parlez comme on est fertile, je me retrouvais le ventre rond deux mois après mes noces, pour sur le Jean il était vaillant et la pauvre domestique qui tentait de dormir à coté de notre couche en entendait de belles.

Cette grossesse fut difficile, je devais travailler car ma mère qui n’avait pas souffert lors de ses maternité ne comprenait pas que je puisse être incapable de faire comme elle. Le soir je devais encore tempérer les ardeurs de mon homme car lui aussi ne se doutait que je puisse en être gênée.

J’arrivais à terme au mois de mars 1854, tout était près, ma mère Marie Rose et ma grand mère Marie Rose étaient parées et une sage femme du bourg m’assistait. Le grand père Poiroux, mon père et le Jean faisaient les cent pas dans la cour. A sept heure du matin en ce 15 mars mon premier né apparut, mon mari lui donna le nom de Barthélémy Aimé.

Ma mère et ma grand mère l’emmenèrent au village pour le faire baptiser, moi je ne pouvais y aller car j’étais impure. En voilà encore une connerie contre les femmes, impure avec les menstrues,impure après l’ accouchement, nous ne l’étions pas pour recevoir la semence de nos maris ni pour nous tuer en nos tâches journalières.

Bien quarante jours après j’allais faire mes relevailles à l’église, cierge et bénédiction le curé me délivra de mon impureté. Le soir Jean était impatient de me voir lever mon cotillon et de reprendre mon rôle de femme.

J’allaitais le cher bambin en espérant que cela me protégerait d’une autre grossesse mais rien n’y fit un an plus tard mes règles disparaissaient et mes seins grossissaient. Il faut dire que ne s’occupant guère de notre pauvre domestique ni du petit qui hurlait toute la nuit, Jean était assidu et il faut en convenir j’en éprouvais quelques satisfactions.

 

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 2, mon adolescence

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