LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 2, mon adolescence

 

Donc comme je vous disais on déménagea au moulin des Landes, nous nous rapprochions du reste de la fratrie. Père et mère redevinrent journaliers. Bien faut quand même préciser que métayers, journaliers ou petits laboureurs la misère était commune, toujours trimer, pour simplement pouvoir se nourrir. Alors cela variait, quand une métairie se libérait, si vous n’étiez point fainéants ou du moins connus comme tels vous pouviez obtenir un bail généralement de neuf ans renouvelable tous les trois ans de façon tacite. Si vous n’aviez pas cette chance, vos bras vous servaient et vous vous faisiez embaucher dans les grosses fermes ou dans des métairies importantes. De toutes manières il y avait pléthore de travail et seuls ceux qui ne voulaient point travailler restaient sur le bord du chemin.

Le moulin des Landes était un groupement de quelques maisons avec évidement un moulin, qui était tenu par un cousin de ma mère. Nous nous connaissions tous, en grande famille en quelque sorte. Moi quand j’arrivais à m’échapper de mes tâches domestiques et agricoles je m’en allais rejoindre des filles de mon âge, nous badions aux mouches et observions les domestiques agricoles.

Notre petit hameau se situait sur le chemin qui menait à la grande route, cette dernière reliait Bourbon Vendée et les Sables. Ce chemin terreux aux ornières remplies d’eau allait aussi jusqu’à la Cossonnière où se trouvait une grosse métairie.

Nous n’étions pas trop éloignés du bourg et le dimanche le chemin pour aller à la messe était fort court, du reste j’aurai préféré qu’il soit plus long car des garçons auraient à me raccompagner.

Bon d’accord je suis encore un peu jeune, mais il est temps que je vous conte une mésaventure qui ma foi est sûrement arrivée à beaucoup d’autres femmes.

J’avais déjà remarqué que ma poitrine commençait un peu à pousser et mon père et mes oncles me disaient des bêtises à se sujet. Mon comportement changeait également et un soyeux duvet recouvrait maintenant mon petit conin. Un jour que j’étais à l’étable en train de traire une vache j’ai senti un liquide chaud qui me coulait le long de la cuisse, me voilà pris d’une panique. Heureusement ma mère n’était pas loin et je lui racontais que je pissais du sang. Elle me fit remonter mon jupon et se mit à rire, te voilà une vraie femme. Elle m’expliqua ce qu’elle savait elle même c’est à dire pas grand chose, tu es bonne pour avoir un galant mais aussi pour avoir des enfants. Enfin bref elle me mit en garde contre le sexe fort, par contre elle ne fit pas dans la discrétion et tout notre entourage sut que j’avais mes ragnagnas. Le dimanche honteuse j’ai bien cru que monsieur notre curé allait l’annoncer en chaire.

Peu de temps après, pendant un repas mon père me dit que j’allais quitter la maison pour aller travailler. Ma réponse fut que je travaillais déjà bien assez, une taloche me fit taire.

Dès le lendemain, mon baluchon sur l’épaule avec mon père nous primes le chemin du bourg. J’avais dis adieu à ma mère comme si je partais en exil, mais je ne partais qu’à la  » Crépaudière  »

Mon père m’avait placée comme servante de ferme, une poignée de main et le contrat était passé. A 14 ans se retrouver comme bonniche dans une ferme n’avait rien de bien extraordinaire, nous y passions presque toutes. La famille n’avait pas à vous nourrir et les maigres gages retombaient immanquablement dans les mains paternelles ou maternelles.

Mon patron se nommait Laurent Villiers s’était un gros bonhomme de 43 ans, le verbe haut, surtout après boire, il me fit tout de suite peur. Il vivait en compagnie de son fils Jean Louis et de sa fille Marie Bénonie. Le fils avait mon age et la fille 9 ans. On me présenta les autres employés, Victoire Giller 28 ans avec qui je partagerai la sous pente, Théophile Trichet 19 ans et le petit Louis Arnaud âgé de seulement 12ans. Mon père me laissa et je pleurais un bon coup.

Il s’avéra que le travail était le même qu’à la maison et que monsieur Viller était moins dur que mon propre père.

Bon il faut tout de suite préciser que Victoire la servante le servait particulièrement bien, cette dernière m’avait tout de go avertie que notre patron n’était point libre et que ce n’était pas la peine de tourner du troufion autour. Quelle saleté, faire ça avec un vieux, il n’en n’était point question, par contre le fils me plaisait plutôt bien.

Je ne sais si elle pensait le marier, mais cela ne sera pas le cas.

Le 8 janvier 1851 ce fut le mariage de mon oncle François, les noces avaient lieu un mercredi comme cela la fête pouvait durer deux jours, nous ne pouvions décemment festoyer le vendredi jour de souffrance du seigneur. Tout le monde avait mit ses beaux habits . Marie Anne qui mariait son premier fils irradiait de bonheur. La mariée se nommait Françoise Louise Pontoreau, elle était assez belle, bien que fort sotte. Bon d’accord mon oncle ne lui demandait pas de réfléchir, tenir son ménage, lui faire des drôles et accepter la bagatelle le plus souvent possible.

La famille élargie était présente ainsi que des amis du couple, nous mangeâmes de bon cœur et au son du violon la danse battit son plein.

Moi au vrai j’étais entre deux âges, pas une petite fille, ni une femme à marier, mon père et mes frères me surveillaient comme le lait sur le feu

Moi je n’avais d’yeux que pour un seul, au milieu des convives un homme grand, jovial et discret , il attirait les regards de la gente féminine. Il est vrai que je n’avais guère de chance que ses yeux se portent sur moi. Des plus belles et plus âgées que moi sauraient capter son attention.

En fin de soirée alors que je m’écartais de la grange pour satisfaire à quelques besoins je butais littéralement sur l’objet de mes désirs ou pour le moins l’objet de mes regards. Il me débita quelques blagues et nous rejoignîmes la fête.

J’étais conquise et je crois que mes premiers émois datent de ce moment. Bon passons sur le sujet. Le vendredi j’étais à la Crépaudière et je reprenais mon travail.

C’est à peu près à cette époque que le neveu devint empereur, vous parlez que je m’en foutais, je n’aurai jamais le droit de voter et moi en dehors de ma cour de ferme et de l’espoir d’avoir dans ma couche le beau domestique de la noce.

Les hommes par contre rageaient ferme car le canton de la Mothe Achard était conservateur ou légitimiste.

Puis le destin frappa à ma porte, mon beau domestique qui était en gage chez Mr Aujard au bourg principal décida de s’intéresser à moi.

Un dimanche à la sortie de la messe il me pinça, m’attrapa le bras et en bref me fit la cour je ne le repoussais pas.

Le dimanche suivant, il demanda à me raccompagner chez moi au Moulin et en semaine je le voyais roder autour de la Crépaudière. Au bout de quelques semaines il m’attira à l’abri des regards et nous échangeâmes un baiser. J’en fus toute émoustillée et au cours des semaines les caresses se firent plus accentuées. Aimé puisqu’il se prénommait ainsi avait plus d’expérience que moi et savait quel chemin il devait parcourir. Nous allâmes fort loin,il fallait bien savoir si nous étions compatibles, mais je conservais ma  » dame de devant  ». Pour le reste je savais que mon prétendant était fort réceptif et que moi je m’enflammais rapidement. Bien sur nos rencontres furent connues de tous et Jean Aimé Proux dut faire une demande à mon père. Ce dernier ne fut guère heureux, j’avais 16 ans et mon amoureux 29, il n’était que domestique, enfin ce n’était pas un très bon parti. Heureusement sa réputation de travailleur était bonne et il avait cumulé un petit pactole qui fit céder mon père.

 

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 1, mon enfance

 

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