LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 4, mon veuvage

 

L’année 1856 fut donc l’année de naissance de ma petite Marie, là aussi tout se passa à merveille, ma grand mère encore présente me disait que j’étais faite pour mettre au monde. C’est encore mon grand père Poiroux qui déclara la naissance avec l’ oncle François Hillairet.

J’avais déjà deux enfants à 19 ans à ce rythme la Crépaudière serait bientôt trop petite.

Si les naissance rythmaient la vie d’une femme et de sa famille, les disparitions prématurées ponctuaient aussi le calendrier.

Le malheur frappa la Crépaudière, ma mère en pleine forme, solide au travail, vaillante femme aux champs et au lit, chrétienne acharnée à défendre le dogme fut prise de langueur et se coucha à la fin de l’été. Rien n’y fit, aucun remède, aucun guérisseur, ni aucun médecin ne purent la soulager. Sa propre mère la veilla, et moi sa fille j’en pris soin comme à la prunelles de mes yeux. Le 6 décembre elle nous quitta, elle avait 40 ans. Mon père fut inconsolable et des larmes coulèrent sur son visage. Au retour du cimetière il nous avisa qu’il ne prendrait pas d’autre femme. Je devins chef du ménage et mon père prit le lit de la petite pièce. Avec Jean nous nous installâmes près de la cheminée. Outre la tristesse de voir partir ma mère, je fus confrontée à la triste obligation de me coltiner le travail qu’elle effectuait elle même, double charge de travail sur les épaules d’une jeune femme.

Mes deux bébés m’épuisaient car les deux étaient encore au sein,il ne fallait pas que je m’éloigne beaucoup, mais malgré tout certaines de nos pièces étaient assez éloignées de notre demeure. Enfin c’est le quotidien de toute.

Puis les jours passèrent, la famille du Moulin des Landes s’agrandissait aussi et de nombreux petits Barreau s’égaillaient sur les chemin boueux de la Chapelle Achard.

Les miens marchaient maintenant et avait été mis au lait de vache, enfin mes mamelles allaient se tarir et devenir moins douloureuses. Barthélémy faisait vraiment les quatre cents coups à travers la métairie, je n’avais pas le temps de le surveiller et il était livré à lui même, un vrai sauvageon.

Le 7 mars 1859 alors que j’étais avec la servante à retourner une paillasse dans la maison j’entendis un cri strident qui venait du champs aux  » Mailles  ». Je m’y précipitais et trouvais mon Jean allongé dans un sillon. Il venait de recevoir une forte ruade de notre cheval de trait. Avec mon père et deux autres journaliers arrivés sur les lieu nous le transportâmes à la maison. Rien d’apparent si ce n’est une forte douleur, une bonne nuit de repos et il pourrait reprendre son ouvrage. Le lendemain il était mort.

La famille et les voisins accoururent, le curé fut prévenu ainsi que l’agent municipal qui vint constater le décès. Avec les femmes de la famille je fis la toilette du mort. Ce ne fut pas une belle affaire, mon Jean nu comme un ver, dur comme un bout de bois. Nous eûmes les plus  grandes peines du monde à le vêtir de ses beaux vêtements.

Entre nous j’ai toujours trouvé bizarre de laver quelqu’un qui ne se lavait jamais pour le jeter en terre. Mais le curé me l’expliqua  » Marie c’est un rite purificateur  ».

Bon d’accord si c’est pour purifier mon homme je veux bien mais je vous passe les détails du bouchage des voies naturelles.

Pour qui sonne le glas, le lendemain, dans un joli drap de lin que j’avais exprès en réserve mon bonhomme fut jeté en terre. Quelques pelletées, ainsi va la vie on retourna aux champs.

Une chape de malheur s’abattit sur la Crépaudière, 35 ans, mon homme partait bien tôt. Comment faire face au travail écrasant ? On fit appelle à mon petit frère Eugène qui se trouvait domestique de ferme non loin de là, il n’avait que 17 ans mais il était fort costaud, déterminé et travailleur. Il récupéra son lit dans la pièce principale et moi je dormis avec mes deux petits.

En Juin ce fut la noce à l’oncle Jean, belle fête malgré les malheurs, en ce temps nous devions faire fi de nos peines et aller de l’avant. Son épouse avait 18 ans je compatissais car cela me ramena quelques années en arrière.

La noce était à peine terminée que mon oncle François perdit son drôle âgé de 7 ans, une mauvaise fièvre et en peu de temps il était passé de vie à trépas. Nous étions malgré tout un peu habitués à la perte des enfants. Mais en juillet la belle épousée du mois de Juin était également fauchée. En trois semaines mon oncle Jean passait par trois statuts différents, célibataire , marier et veuf.

Le pauvre était inconsolable, comme il était chez ses beaux parents à la métairie de l’émonnière il vint s’installer à la Crépaudière avec nous. Un adulte de plus à nourrir et à loger posa quelques problèmes de logistique, mais chez nous en Vendée personne ne restait sur le bord du chemin, la famille était sacrée.

Ce qui provoqua des problème fut la cohabitation de l’oncle Jean avec la jeune Victoire, fraîche domestique de 20 ans pleine de sève et parfaitement à l’aise avec le charme qu’elle dégageait. En fait la bougresse affolait les sens des trois hommes de la maison, mon père , mon frère et mon oncle. Se laissa t’ elle faire dans la grange je n’en sais fichtre rien.

La situation perdura quelques années, mais il fallait se rendre à l’évidence, mes enfants grandissaient, il avait besoin d’un père et moi faut bien le dire j’avais envie d’un homme. On a beau être une petite paysanne, être éreintée le soir, mais certains jours des sensations que je tentais de refréner avec ma conscience de bonne catholique me venaient.

Dans ma tête je me mis donc sur le marché des chercheuses d’hommes, en temps que veuve j’avais acquis une certaine autonomie et je pouvais sans mon père me trouver un homme.

Un après midi alors que je me trouvais avoir accompagné mon frère au moulin des Landes chez mon oncle Jacques pour y livrer des grains, un paysans de Grosbreuil le bourg voisin attira mon attention.

Cheveux brun, yeux marrons, rasé de près, d’une taille fort convenable, vêtu avec propreté et une certaine assurance qui me fit me retourner sur lui. Il engagea la conversation avec moi. Eugène devint ma couverture dans nos futures relations, eh oui il fallait quand même respecter quelques convenances.

Bon pour être franche, les convenances sautèrent rapidement, un jour ou il pleuvait dru une grange nous accueillis. La conversation convergea vers des baisers, puis vers des caresses. Nos corps s’affolèrent rapidement et je crois que François en vit plus sur ma nudité dans le jour chancelant de cet après midi pluvieux que mon défunt mari en 6 ans de mariage. Il sut y faire et je me suis laissée faire, doux, tendre, il me mena à la jouissance.

Il fallut quand même régulariser, il ne convenait pas à une veuve avec deux enfants de se faire prendre comme une bonne entre deux tas de paille et de voir se développer un petit fruit  » batarisé ».

3 réflexions au sujet de « LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 4, mon veuvage »

  1. J’aime toujours beaucoup cette petite Vendéenne bien délurée mais j’aime aussi beaucoup la photo du bandeau de ce blog ! Elle est très belle et a sans doute une histoire. Qui sont ces zouaves ?

  2. Ping : LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 5, ma vie de femme | Arbre de vie

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