LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 5, une mère indigne

 

Raymonde se révolte de savoir toutes ces choses, rien n’est rationnel, rien ne s’explique. Elle est la seule à voir Marie Anne, elle est la seule à l’entendre.

Elle s’en effraie, tente de repousser ses pseudos apparitions. Mais rien n’y fait dès qu’elle est seule Marie Anne vient lui tenir compagnie. Sa tenue noire de paysanne dénote au milieu de celles de son milieu petit bourgeois. Son fouloir blanc apportant juste une petite note de gaîté, avec une tenue pareille, comment ne peut-on la voir ?

Raymonde aimerait en parler, s’épancher, peut être le dire à sa sœur. Mais on la prendrait pour une folle, alors elle se tait.

Marie Anne, un soir lui explique qu’elle a pris en détestation cet enfant, son enfant, il gueule tout le temps, pue comme un cochon. Rien que de le porter ses poils s’hérissent, pourtant elle doit lui donner ce qu’elle a de plus cher, ses bouts de seins.

Personne ne vient le nourrir, aucune mamelle compatissante, son corps se venge en produisant beaucoup de lait, elle a mal, son corsage est souvent humide. Un seul bébé ne peut soutenir une telle lactation. Elle pourrait être nourrice, mais diable, assez d’un sale chiard .

Sa mère entre ses travaux de la terre et ses bêtes compatit un peu et lui vient en aide.

Le vieux sylvestre lui se réfugie dans l’alcool, il ne supporte plus sa femme qui hurle tout le temps et son fils qui réclame sans doute un peu de soin. D’ autant que depuis sa couche elle se refuse à tout rapprochement. Il n’ose pas la forcer mais un jour désespéré il tente une approche. Une folle n’aurait pas pirement agit, elle le gifle, le griffe, la vaisselle vole, il dormira avec la vache.

Mais l’enfant survit, s’endurcit, la malpropreté et l’absence de soin qui normalement ont raison des plus forts, n’entame pas la santé du poupon. Il hurle toujours autant, mais sa mère qui vaque à ses occupation ne l’entend pas. Pour la nuit elle finit par le coller à l’étable, au moins il aura chaud et il ne lui criera plus dans les oreilles . Finalement ce fut peut être mieux pour lui, au moins elle ne le secoura plus pour qu’il dorme, il en aurait fini par en mourir.

Raymonde s’interroge sur ce qui peut l’attirer chez Marie Anne, elle est démoniaque et méchante.

Mais c’est justement cette partie sombre qui pénètre le plus en elle.

Elle ne sait plus la part de vérité et du mensonge, elle ne détermine plus la part de ce que lui raconte son père et de ce que lui raconte son apparition.

Ses parents s’inquiètent pour cette fascination morbide, Raymonde pose des questions sans arrêt.

Elle demande même sans trop y croire si elle est encore vivante. Le père est étonné, et lui répond en haussant les épaules, elle aurait plus de cent ans.

Raymonde s’en moque, elle sait qu’elle est là car elle lui raconte tout.

A Orus l’enfant grandit sans se préoccuper de sa mère, dès qu’il a pu marcher il s’en est éloigné, par instinct.

Mais à grandir seul on devient sauvage et Marie Anne n’aime pas les sauvages qui lui résistent. Les gifles s’abattent comme la neige des Pyrénées, elle le fesse comme par plaisir, mais le dur s’accroche , résiste. Elle perçoit même un sourire lorsqu’elle lui fait du mal, cela la rend folle.

Elle le prive d’aliment, le jette dehors sous la pluie et la neige. Des femmes s’en émeuvent, le maire intervient, le curé aussi mais rien ne mate cette grande bringue de Marie Anne.

Le vieux Sylvestre n’y peut rien , il en prend pour son grade, comment un tel gaillard peut il se laisser mener comme cela par une femme.

Les mauvaises langues disent qu’elle le tient par les couilles, ce n’est plus vrai, il ne peut la toucher.

Par contre il paraît que d’autres ne s’en privent pas.

Mais elle va bientôt être libre de son corps, une épidémie de choléra se déclare, la mortalité augmente, doucement en 1853 puis de façon explosive en 1854.

Rendez vous compte, trois décès en 1852, 13 en 1853 mais 60 en 1854.

Sylvestre qui n’est pas bien costaud décède en septembre 1854, si elle n’avait pas eu la trouille d’attraper cette saloperie, elle en aurait dansé de joie. Toutes les familles perdirent quelqu’un, alors on ne fit guère attention au bonheur qu’elle exprima en étant libérée de son vieux.

Elle n’eut pas un signe de chagrin et Jean le fils que son père n’avait pas protégé  se rendit à peine compte qu’il avait disparu.

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