UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 13 , la semaine Sainte

Avec ce dimanche des Rameaux nous étions entrés dans la semaine Sainte.

Si il n’y avait rien de particulier les trois premiers jours,il nous fallait quand même faire nos Pâques.

Le curé tenait à ce que ses ouailles confessent leurs péchés mortels et comme il tenait à le répéter ce n’est pas parce que vous n’avez pas conscience d’en avoir commis un que vous ne les avez pas commis.

De toutes façons recevoir la communion sans être confessé était très grave, moi je ne me serais pas permise. J’étais à l’aise avec ma conscience, enfin presque car il me restait à me soulager de mes pensées malsaines envers le jeune valet. Donc c’était la grande discussion de la semaine entre les hommes. Stanislas, si il voulait retrouver le libre chemin vers mon paradis, avait plutôt intérêt à être en règle avec lui même. Bien qu’il devait lui répugner d’avouer qu’il fautait avec une autre femme.

Pour mon père c’était non et encore non, mais nous savions qu’en temps que métayer responsable il lui serait impossible aux yeux des gens de se soustraire au pardon divin.

Mes frères étaient en pleine chamaillerie, l’aîné affirmant que son cadet était journellement en danger de péché mortel car il se touchait dans sa couche. C’était bien répugnant et vraiment masculin mais malheureusement j’avais tendance à croire Antoine mais aussi Augustin quand il répondait qu’il n’était pas seul à le faire.

Le curé avait donc du travail et pendant trois jours on rencontra des files de paroissiens se dirigeant vers l’église. Nous savions que le père Gautier faisait des listes, il nous tenait ainsi en lisière.

Il n’était pas question de commettre d’impaire pendant cette dernière semaine de carême et nous avions hâte de retrouver une alimentation plus attractive. Cette période de quarante jours de restriction bien qu’entre coupée de pauses nous pesait bien un peu. Même si il faut le dire, qu’en temps normal notre régime était presque identique. Mais vous savez bien que lorsqu’on nous interdit quelque chose nous en avons plus envie.

Tout cela pour dire qu’un morceau de lard ou un lapin ne serait pas dédaigné et même apprécié.

Chacun avec sa conscience, le curé nous ayant absout de nos péchés lors de la confession nous attendions le jeudi de Pâques avec attention.

Ce jour là nous commémorons le dernier repas de Jésus avec ses apôtres et d’adoption de l’Eucharistie. Pour sûr je ne parlais pas de ce dernier point avec mon père, nous nous serions disputés, lui considérait comme imbécillité le fait que je crois à la présence réelle du Christ dans un bout d’hostie et moi j’en étais absolument sûre. Je le sentais, c’était en moi, cela pouvait peut-être être irréel, surnaturel mais quand le curé glissait dans ma bouche ce présent j’avais bien l’impression d’être habitée par notre seigneur.

J’ai même eu l’honneur de la visite de Stanislas ce matin à l’étable, non mais il rêvait, l’auriez vous vu ce mielleux, ce serpent tentateur, à se frôler à mon jupon. L’on eut dit un bouc en chaleur, il n’avait qu’à aller voir la Victoire, moi je ne céderais pas le jeudi saint.

La messe chrismale fut dite par un vicaire car le curé Gautier était au chef lieu pour la messe dite par monseigneur l’évêque, il serait évidemment là pour la messe vespérale.

Le soir pour cette messe, je fis le chemin avec mon petit frère, mon père avait prétexté une indisposition, Stanislas était trop saoul il m’aurait fait honte et Antoine lui était sûrement parti pisser sur les terres de sa promise.

Cette messe était bien particulière car le prêtre devait laver les pieds de douze fidèles. Pour être précis les pieds droits , les douze évidemment représentaient les douze apôtres.

Avec Augustin sur le chemin on s’est amusés à les tous nommer, ce n’est pas évident et chaque fois il nous en manquait, André, Pierre Jacques, Jean, Philippe, Barthélémy, Thomas Jacques, Jude, Simon, Mathieu et bien sûr Judas. Nous hésitions car il y a deux Jacques dont l’un qu’on nomme le majeur. Le temps de lister tout le monde nous étions prêts à assister au spectacle. Moi je mourais d’envie d’être un jour désignée. Le prêtre agenouillé devant moi et me lavant symboliquement le pied. Mais étant la femme du bien peu chrétien Stanislas le soûlaud et la fille du non moins mécréant Jacques Caillaud je ne risquais pas d’être choisie.

On sentait bien au prêtre que ce n’était pas ce qu’il préférait laver les pieds,il expédia l’affaire rondement. Je pense qu’il préférait en guise de contact avec son troupeau dîner d’un bon repas et boire une bouteille de vin bouchée avec quelques notabilités du bourg.

Au retour j’essayais de percer la profondeur d’âme de mon petit frère, avait-il une fille en vue, un espoir, une ambition. Rien ne sortit de concret mais je sentais que quelque chose le tourmentait.

Il avait sans doute envie de se confier mais la lourdeur de son secret l’empêchait de se livrer. Je recommencerais et j’extirperais la noirceur qu’il avait en lui.

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