UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, Semaine 8, mes petites vengeances

Mes petites vengeances

Le temps s’était un peu amélioré et les chemins commençaient à ressuyer un peu, mon père et les hommes avaient du travail.

Papa sortit les bœufs, c’était sa fierté et j’étais certains qu’il aimait autant ses bêtes que sa femme.

Il avait coutume de dire qu’il était plus facile de remplacer une femelle que de remplacer un animal de trait. Puis en rigolant que le dressage des bêtes se faisait plus facilement que le dressage des femmes. C’est sûr disaient les autres hommes, la Marguerite elle porte le pantalon et c’est-elle qui dirige la Gaborinière.

Les solides animaux étaient soignés avec amour et les valets en cas de travail mal effectué se prenaient de rudes coup de pied au cul, le père jamais il transigeait làdessus, les bestiaux en premier et les humains ensuite.

Aujourd’hui il n’en sortait que deux, pour pouvoir arracher les souches d’une haie qu’il avait coupé pendant l’hiver. Cette opération nous agrandirait un peu nos terres. Je dis bien nos car pour bien la travailler il fallait bien se l’approprier. Pour sûr le père avait demandé l’autorisation au maître monsieur Lucé.

Il posa le joug et le lia aux cornes des animaux. Le Victor et l’Aimé approchèrent le timon de la charrette et le passèrent dans l’amblet.

La haie se trouvait près du champs de la Fougerousse, c’était notre plus grande pièce, celle d’où sortirait notre froment.

Stanislas quand à lui était d’une humeur massacrante et s’en était pris à Marie parce qu’elle pleurait, je me demande bien un peu quelle idée il pouvait se faire d’un enfant.

Quoi qu’il en fut le père l’envoya tailler notre petite vigne, visiblement il n’aimais pas car monsieur s’éloignait sans doute de sa conquête.

N’allez pas croire que nous avions beaucoup d’arpents, notre vignoble était médiocre, comme d’ailleurs notre vin. Juste une consommation locale, une infâme piquette dont pourtant s’enorgueillissait le père

Après le départ des bonhommes j’avais du pain sur la planche, Marguerite m’appelait car elle voulait se lever faire ses besoins. Je décidais de la faire attendre un peu et d’aller m’occuper de mes bestioles en extérieur. C’était le début de ma petite vengeance.

Je fis traîner autant que je pus mais il ne fallait pas que j’exagère car la diablesse allait se plaindre à mon père.

Je réussis tant que bien que mal à la sortir dehors pour l’assouvissement de ses besoins primaires.

Méchante dans mes pensées, j’étais toute fois embêté pour elle. Elle souffrait le martyr et s’accroupir avec une telle plaie tenait de l’exploit.

Épuisée par cet acte simple, elle se recoucha, la fièvre de toute façon ne baissait pas malgré les décoctions et les simples que nous lui administrions.

A mon avis un médecin aurait-été le bien venu mais mon père disait que c’était dépense inutile.

Je connaissais évidemment la situation financière de la métairie, nous étions deux couples avec enfants, deux garçons adultes plus deux valets.

Il était question que l’un de mes frères aille se gager pour pouvoir se constituer un petit pécule en vue d’un mariage, car les enfants de métayers ne percevaient aucun salaire. De toutes façons mon père était coincé. Nous avec Stanislas on avait le secret espoir de trouver une petite borderie mais il fallait tout de même un début de bourse pleine.

La Gaborinière n’était pas cultivable par un seul homme, déjà trois ou quatre suffisaient à peine. Mais comme les autre métairies elle produisait tout juste de quoi nourrir tout le monde. On se mordait donc la queue et la situation était insoluble.

A la maison nous vivions médiocrement, la pièce principale était sombre et humide. Il fallait descendre quelques marches pour y pénétrer et les jours de pluie il n’était pas rare de voir couler de l’eau viciée par le fumier sous le pas de la porte. La terre battue était humide et le père avait fait comme une sorte de plancher autour de nos lits respectifs, au moins on avait pas les pied dans la boue en se levant. Le mur du coté ou je dormais suintait d’une eau sale, je voulais changer de coté avec Stanislas mais le malin n’a pas voulu. Tout notre linge était imprégné d’humidité, la grande armoire protégeant à peine notre linge.

Du coté du mobilier, tout était bancal, rongé par les vers. Constitué par les héritages successifs, il témoignait de la pauvreté ancestrale de nos familles. La grande guerre ayant vu partir en fumée la meilleure partie de ce que possédaient nos aïeuls.

Moi en propre je n’avais rien que mes hardes, et un peu de linge que j’avais filé et brodé pour constituer ma dot . Stanislas avait amené notre lit et deux chèvres, vous parlez d’un capital d’installation. Il y a fort à parier que nous allions rester chez le père assez longtemps.

Mais cela c’est une autre histoire car mon père se voyait bien transmettre son bail à son fils aîné lorsqu’il se serait marié. Nous serions donc obligés de nous en aller.

 

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