UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 5, la confession

La confession

A la Gaborinière mon père commença son parcours par l’étable en rallumant la chandelle, c’était bénéfique pour les bêtes et chassait toutes les maladies.

Stanislas en passant devant notre coin secret me mit une main au fesse en souriant.

Puis on visita Napoléon notre cochon, il se foutait bien de la chandelle mais fut heureux de nous voir croyant que nous lui amenions quelques rognures. Nos moutons, puis nos chèvres, puis nos volailles , sans oublier nos lapins furent comme exorcisés de tout ce qui pouvait leur arriver.

Dans la maison Marguerite qui nous attendait prit la chandelle et la promena aux quatre coins de la maison. Puis elle la souffla et la rangea précieusement dans l’armoire. Nous la ressortirions dans l’année pour nous porter chance pendant une maladie ou un accouchement. Malheureusement elle servait aussi pour les mourants. Bref notre chandelle servait à tout pourvu qu’elle soit bénie.

Bien sûr c’est moi qui prépara la pâte à crêpes, il fallait en faire une belle quantité il y avait six hommes, deux femmes et la petite. Il paraît que les crêpes représentent le soleil, moi j’y vois un plaisir gourmand.

Ce fut une belle tranche de rigolade chacun fit sauter sa crêpe en tenant une pièce dans sa main. J’aidais les plus maladroits et le valet je crois en profita pour me serrer de près. J’en fus gênée, mais un peu troublée. On mangea de bon cœur, mon père était point avare et nourrissait bien ses employés. Il nous racontait que petit domestique, il avait souffert de la faim, qu’il avait mangé du pain moisi et des épluchures de pomme de terre qu’il volait aux gorets. Alors ne voulant pas reproduire ce schéma il mettait un point d’honneur à ce que ces derniers n’aient pas à pâtir d’une mauvaise pitance. Donc comme les enfants de la maison ils firent ripaille. Le vin coula plus que de coutume car le vin à table à la Gaborinière n’avait pas souvent sa place.

La nuit tomba mes frères et les deux valets se rendirent dans l’étable pour rejoindre leur paillasse. Mon père et la belle mère s’enfermèrent derrière leur rideau et mon Stanislas m’attendait pour finir la fête.

Comme d’habitude je fus la dernière à m’endormir, dans ma tête j’organisais ma journée du lendemain.

Bien sûr j’avais mes tâches habituelles, mais le lendemain de la Chandeleur on fêtait la saint Blaise. Depuis toute petite j’avais l’habitude de me rendre à l’église pour une messe qui était dédiée à ce saint guérisseur et protecteur.

Ce jour était important car nous devions emmener quelques seaux de semailles de printemps pour les faire bénir.

Ma mère et la mère de ma mère le faisaient déjà, il n’y avait donc aucune raison de ne pas continuer.

Évidemment le père et mon mari me disaient que c’était sottise et qu’à force de m’agenouiller à l’église j’aurais les genoux cagneux.

Les hommes de la Gaborinière n’étaient que des mécréants, mais  quoiqu’ils disent j’irais faire bénir nos grains.

Le matin comme les autres matins je m’en fus à la traite, les hommes étaient tous partis, Marguerite se chauffait son gros ventre et la petite jouait à faire rouler des marrons. Le bébé repus dormait dans le berceau.

J’étais donc bonne aise quand je sentis une présence derrière moi, ce ne pouvait être Stanislas et de toute façon je ne reconnaissais pas son odeur. Mais bizarrement sans me retourner je sus que c’était le jeune valet. Un trouble me saisit, c’était bien sûr indéfinissable ou plutôt si cela ne l’était que trop.

Cette impression je l’avais ressentie lorsque Stanislas m’avait embrassée la première fois. C’était comme un petit plaisir fugace, rapide, imperceptible. Rien d’autre n’était comparable pas même lorsque Stanislas se glissait en moi pour les choses de l’amour. Je décidais de ne manifester aucune émotion. Je m’efforçais de rester impassible, mais une force irrésistible me poussait, me tirait vers une choses que je n’avais pas le droit de faire. J’aurais du, cela est certain, manifester ma réprobation devant cet homme qui m’observait à la dérobé. Mais j’avais pris du plaisir à ce jeu.

Avec mes pesants seaux je retrouvais à l’église les femmes les plus pieuses. Monsieur le curé nous invita à nous confesser à l’issue de la messe. Le confessionnal ressemblait à une grande boite sombre, faite d’un bois noir. Seul le toit sculpté apportait une note de joie à l’ensemble. La porte ouvragée qui permettait au curé de pénétrer dans la loge de l’isoloir qui lui était dédiée ne présentait aucun attrait particulier tant les volutes étaient simples. Nous autres n’avions qu’un rideau de couleur mauve pour nous soustraire à la vue, un rugueux agenouilloir et une petite tablette. Une petite ouverture grillagée fermée par un petit portillon nous permettait de dialoguer avec le prêtre.

Normalement nous avions l’obligation de nous confesser une fois dans l’année au moment de Pâques, mais le père Gautier avait une forte emprise sur nous et exigeait plus.

Me voici à genoux les mains jointes, que dire, que dévoiler. Derrière moi j’entends les autres femmes qui en attendant leur tour chuchotent. J’ai l’impression qu’elles m’entendent, c’est fort gênant mais je sais aussi que mes murmures ne peuvent être entendus. Je parles évidemment de mon inimitié envers ma belle mère, cela n’est guère embêtant. Je parle aussi d’une altercation que j’ai eu à la foire. Le dilemme, dois-je lui avouer mon trouble d’avoir été regardée par un gamin, dois-je lui dévoiler les pensées impures qui me sont venues. J’abdique et je fais choix de me taire.

Mais le curé est-il doté d’un sixième sens? Le voilà qui me questionne sur mes rapport avec mon mari. Je ne suis pas à mon aise, je me sens rougir, j’imagine même un instant l’homme en noir assis sur mon lit pendant que Stanislas me besogne. Je me tais et j’entends  »alors ma fille ». Je bredouille, prend-t-il du plaisir à me tourmenter ainsi.

Je lui parle donc de mes accouplement avec mon mari. Visiblement rien de lui paraît bizarre et au bout du compte je dois faire pénitence de mes mauvaises pensées familiales. Quelques prières et me voilà blanchi de mes maigres péchés, enfin seulement ceux que j’ai avoué.

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 5, la chandeleur

UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, Semaine 4, la nuit de l’ivrogne.

 

2 réflexions au sujet de « UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, SEMAINE 5, la confession »

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