DESTIN DE FEMME, Épisode 9, la noce briarde

Pâtés de lapin, terrines, volailles, ragoût, fromages de Brie, gâteaux aux pommes, une quantité faramineuse de pains blanc. Tout disparaissait dans la gueule béante de ces rudes travailleurs on eut dit qu’ils n’avaient point manger depuis longtemps pour mieux se repaître. Ma mère commençait à pleurnicher de voir des mois de réserve disparaître. Nous les mariés étions contents, la fête était belle, chacun s’amusait de bon cœur. Moi ce qui me faisait le plus plaisir c’était de pincer rudement la grande Louise à chaque fois que je la croisais, elle n’osait répliquer. La haine entre nous montait et il ne se passerait pas longtemps avant la peignée finale.

Chacun digéra comme il le put, la danse, un peu de marche pour les vieux, en un accord tacite, les hommes allaient pisser sur la haie des prieurs tandis que nous les femmes nous allions arroser les taillis bordant le chemin qui menait au village.

Les hommes parlaient haut, pétaient à faire trembler les bancs en riant de leur rire gras. Bientôt quelques chansons grivoises s’élevèrent, j’étais sur que certains ne finiraient pas la soirée.

C’est le ventre encore gros que l’on passa au souper, je croyais que j’allais éclater dans ma belle robe

La succulence des plats et leur abondance attirèrent de nouveau les convives à table et tous encore une fois se bâfrèrent. Je ne sais où nous mettions tout cela nous gens pourtant habitués aux maigres bombances.

Mon père commençait à somnoler et la tête penchée en avant il semblait vouloir passer sous la table, mon frère titubait et était fort amoureux de sa femme, il la pinçait, la pelotait et lui susurrait des mots gras à l’oreille. La grosse dinde émoustillée riait à gorge déployée,  on eut dit que ses grosses mamelles allaient sauter en dehors du corsage. Pour sur si André n’allait pas la prendre dans le paillis il y aurait forte lutte dans leur alcôve. L’alcool rendait les êtres amoureux, à condition de savoir se modérer et mon frère qui pouvait à tout moment enlever le morceau aurait sûrement à boire ainsi le petit tout ramollo à l’heure de la coucherie.

L’un de mes cousins témoins fricotait avec Constance une belle de la Ferté Gaucher connaissance à Léon. Aucune décence, ils s’employaient à pleine bouche devant l’assemblée réprobatrice mais attentive et goguenarde.

Tous alternaient entre la boustifaille et la danse, une cuisse de poulet, une contre danse, et que je te ripaille et que je te sautille.

Les enfants couraient partout, gueulards , criards, insolents, mon ainé venait de se prendre une volée car il voulait faire comme les adultes et avait tenté de voir le petit conin de sa cousine Sophie.

Maintenant le morveux ne me quittait plus d’une semelle me rappelant que je n’étais pas une mariée comme une autre.

A une heure bien avancée arriva le  » Guillonneau  », une bande de jeunes du village passablement éméchés et énervés, l’un d’eux portait une grande hotte de vigneron. Il venait réclamer leur dû à savoir le reste de nos agapes. C’était une tradition qu’on respecta, chansons , rigolades puis fuite des quémandeurs, qui se partagèrent le butin. De toutes façons ce n’était que symbole car ensuite ils seraient inviter à finir la noce avec nous.

Puis vint ce que je redoutais le plus, une autre tradition assez ancienne et que trouvais malsaine.

Le plus hâbleur des noceurs fit tinter son couteau sur une assiette et demanda la parole, le violon et la clarinette cessèrent leur plainte.

C’était la vente de la mariée, ma vente en somme.

Les hommes d’un coté les femmes de l’autre, les prix montèrent, l’excitation redoubla, les propos salaces aussi, concernant ma nuit de noces et les cochonneries que l’on pouvait faire à une femme.

Les femmes ne laissaient rien aux hommes, moi au milieu comme une esclave s’apprêtant à être vendue à un prince arabe, je rougissais aux allusions, aux saloperies des bonhommes saouls. Puis ce fut un maquignon qui m’obtint, cet idiot prenant son rôle au sérieux crut que j’étais vraiment à lui, pour un peu ses grosses mains rougeâtres seraient passées sous mon jupon. Il me dévorait des yeux, mon mari dût au prix fixé par lui et après d’âpres négociations me racheter. Je fus un peu vexée de la rançon proposée. L’argent ainsi donné fut reversé pour l’achat des dragées.

Plus la soirée s’allongeait, plus le Léon me collait de près, son regard me disait, il va être temps.

Moi je faisais traîner les choses, mais je sentais que ses yeux brillaient de désir , que sa bouche me dévorait et que ses mains m’effeuillaient.

Je pris mon courage à deux mains et nous nous enfuîmes vers le nid douillet prévu pour cette ultime conclusion conjugale.

Moi j’avais connu la lune je savais à quoi m’en tenir, je laissais à mon mari le soin de l’initiative.

Assise sur le rebord du lit à la lueur vacillante de la chandelle je l’observais. Ce mâle, jouteur de comptoir, cet hâbleur de noces avait perdu de sa superbe. Il fallut que je prenne les choses en mains, ce grand couillon n’avait même pas pris la peine de débourser quelques pièces pour un déniaisage chez les filles. Je n’avais pas trop l’âme à jouer la maîtresse d’école en cette leçon de la vie. Quoi qu’il en soit je lui permis de satisfaire son envie, mon aimable débutant se perdit rapidement, moi j’étais restée de marbre. Mon mari bascula sur le coté et bientôt ronfla comme une forge. Ce garçon gras à souhait, les fesses blanches et poilues , le sexe mou à  l’air satisfait du travail accomplit ne provoquait aucun désir en moi et je pris bien garde de ne pas le réveiller. Le jour arrivait à peine que la noce brillante et avinée vint nous tirer de notre couche. Le Léon parada et se gaussa de ses prétendus exploits. Moi par respect je restais muette et fit la tremblante devant toutes les allusions grivoises de ces ivrognes masculins et de ces pucelles de lavoirs. On but un breuvage ignoble dans un pot de chambre et l’on fut enfin délivrés.

Léon qui semblait avoir repris un peu de vigueur fut un peu moins empoté que quelques heures plus tôt. Toujours ému il ne resta en moi que le temps qu’il fallut pour le dire.

La noce reprit avec une ardeur que je jugeais impensable vu la liesse de la veille, les restes furent promptement avalés et plus une goutte n’était à tirer des tonneaux mis en perce. Puis peu à peu les invités partirent, on rangea , on nettoya pour que le lendemain la vie reprenne son cours.

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