LES LETTRES A NINI, la grippe espagnole, épisode 13

Ma tendre Lucie

Je suis de retour en première ligne, heureusement le souvenir impérissable de tes courbes m’aide à tenir. Si les permissions font le plus grand bien, les retours à notre dure réalité quotidienne ne sont guère agréables. D’autant que nous autres avons un peu le sentiment que la vie à l’arrière n’est plus autant imprégnée par la guerre que lors du début du conflit.

Enfin c’est, je pense une impression, je vois bien que ta vie est rude et que vous autres les femmes avez pris nos places derrière nos charrues. Il paraît même qu’à la ville ce sont les femmes qui fabriquent les bombes dans les usines.

Moi j’ai un copain qui a été démobilisé car il était ajusteur mécanicien, j’ai la vague idée que les pauvres paysans comme moi payeront un lourd tribut.

Fini ce bavardage, je t’aime ma Lucie, j’espère à très bientôt.

Bises à Gaston, Lucien, Camille.

La vie monotone reprend, relèves, repos, cantonnements, bombardements, alertes au gaz. J’en ai marre et je ne lève même plus la tête lorsque j’entends un avion. Ce spectacle extraordinaire en début de guerre est maintenant assez banal.

Le 19 mai c’est le bordel, le général Franchey d’Esperey accompagné d’un général italien nous rend visite. Malgré les conditions il faut qu’on soit quand même impeccable. Comme si ces messieurs ne pouvaient pas rester à l’état major.

Le 20 mai nous apprenons qu’une épidémie de grippe bénigne rend beaucoup de soldats malades, une infirmerie spéciale a été installée à Mourmelon.

Je crois qu’on se fout de nous, l’état major n’installerait pas une infirmerie pour une grippe bénigne. J’ai appris par un pays qui travaille comme brancardier qu’il y a plein de morts et que pour une fois les civils de l’arrière trinquent avec nous.

Le premier juin on est relevé, tout le régiment monte en camion, direction la région de Chatillon sur Marne, nous voilà de nouveau après plus de quatre ans sur la Marne.

Mon bataillon se retrouve à Boursault il est vrai que de la Champagne à la Marne le chemin n’est guère long.

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