LES LETTRES A NINI, retour vers l’enfer, le mont Cornillet épisode 12

Ma douce Lucie

Que cette permission me fut douce, cela faisait 3 ans que je n’avais pas passé la noël avec vous.

A la messe de minuit que d’habitude je n’affectionne guère j’ai ressentis comme une grâce , un sentiment indéfinissable. Je t’ai observée à la dérobée pendant l’office ton visage était emprunt d’une sérénitude et d’une beauté sans égal.

C’est je pense ce portrait que j’emporterai avec moi si il m’arrive quelques choses.

C’est drôle mais jusqu’à maintenant je me sentais comme protégé, ce changement d’affectation m’a enlevé cette impression.

Tu vas dire que je suis fou donc je n’insiste pas. Mon nouveau cantonnement se situe en champagne, ainsi je suis moins éloigné de vous.

Je suis affecté au 1er bataillon et je m’entraîne au camps de Mourmelon pour pouvoir avec les nouveaux arrivants m’insérer efficacement dans une compagnie.

.Je ne t’en dis pas plus d’ailleurs il n’y a rien à en dire de spécial. Je te laisse donc en te couvrant de mille baisers. Serre fort contre toi ma petite Camille et soit ferme contre les deux garnements qui sans cela finiront par te manger.

Ton daniel

Je commence ma nouvelle carrière, sur les lignes du fameux Mont Cornillet, ce sont de vastes collines crayeuses qui normalement boisées ont été comme rasées par les bombardement et les combats. C’est triste à mourir et forme un contraste saisissant avec la végétation luxuriante du ballon d’Alsace.

Le secteur est calme mais le fantôme de dizaines de milliers de morts plane en ces lieux et les bombardements sporadiques déterrent encore de nombreux cadavres. Visions d’apocalypse que ces charognes puantes vêtues de loques militaires. Des corvées sont organisées pour apporter à ces malheureux une digne sépulture. Lorsque vous avez effectué une telle mission jamais plus vous ne voyez les choses de la même façon.

Pour l’instant le bataillon Demay auquel j’appartiens est en soutien, c’est à dire en deuxième ligne.

Quelques avions passent au dessus de nous, c’est nouveau pour nous et nous les voyons passer comme au spectacle.

Malheureusement ce balai aérien est tout de même dangereux car ces maudits oiseaux nous balancent des grenades à ailettes heureusement pas très précisément.

Nous assistons quelques fois à des combats et les teutons nous ont abattu un ballon presque au dessus de nos lignes.

Le 31 janvier je passe en première ligne. Tout ce passe bien mais ces salopard nous balancent des gaz dans la nuit du quatre février, nous mettons nos masques et il n’y a pas beaucoup de victime.

Le 8 février avec le bataillon on repasse en deuxième et là pas de répit je reprends la pioche pour aménager encore et toujours les positions. J’oubliais, il fait un froid polaire et même les grolles ne semblent plus vouloir voler .

Le 16 février nous sommes enfin au repos, enfin relativement car il faut bien entraîner la chair fraîche, moi je suis un vieux soldat et pour les jeunes classes un vieux tout court.

J’ai foutu ma main dans la gueule à l’un de ces blancs becs, car il a osé me dire que je n’étais pas un vrai soldat car je n’avais pas été à Verdun, de quoi que je me mêle.

Comme de juste après le repos la première ligne, c’est le balancier habituel nous ne savons pas ce qui se passe , en règle générale notre vision de la guerre est assez limitée, on sait à peine où l’on se trouve et notre horizon ne dépasse guère l’échelon du capitaine. Moi je sais que le général Pétain nous a sauvés à Verdun, qu’il est maintenant à la tête de l’armée, que le gros Joffre avec son bâton de Maréchal a été écarté et que le général Foch est maintenant généralissime de toutes les forces armées.

Début mars les teutons nous cherchent des noises, nous au 115ème on dérouille pas trop mais le reste de la division!!

On est donc un peu nerveux dans nos trous.

Le 12 mars violent bombardement, tout nous tombe sur la tête, ensuite les boches déclenchent une attaque d’infanterie. Comme d’habitude le coup de main est repoussé, on se demande bien pourquoi d’un coté comme de l’autre on s’obstine ainsi. Sans doute pour qu’on ne s’emmerde pas, une sorte de macabre occupation.

Heureusement dans tout ce merdier les services postaux marchent à merveille et je reçois des lettres de Lucie avec parfois un petit mot des garçons.

Le 15 mars il n’y a pas de raison, la division attaque pour reprendre les quelques mètres perdus le 12, question d’honneur plus que de tactique à mon avis.

Le 21 mars non de Dieu ils recommencent, cela dur depuis deux jours leur petit jeu, qui comme d’habitude se termine par une partie nulle.

Nous assistons en applaudissant à la chute d’un avion ennemi, en feu l’appareil s’écrase devant nos yeux. Il n’empêche que nos nerfs sont soumis à rudes épreuves, le petit con qui faisait le coq devant moi l’autre jour c’est chier dessus au premier bombardement.

Le 29 mars nous retournons en cantonnement à Mourmelon le petit quartier Zurich. Moi j’ai gagné une permission.

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