LES LETTRES A NINI, la famille en deuil, épisode 10

Ma lucie

C’est avec horreur que je viens d’achever ta dernière lettre, notre famille vient de payer un lourd tribut à cette damnée guerre, Gustave mon compagnon d’enfance, celui avec qui j’ai partagé les gifles et les caresses celui qui dormait dans le même lit que moi. Mort à Clery depuis presque 6 mois, pas loin de l’endroit où je cantonne. Quel malheur, Joséphine doit être au désespoir, veuve si jeune et la petite Blanche orpheline parmi des millions d’autres qui ne profitera jamais de son père.

Je suis tout chamboulé mais il faut que je poursuive ma tâche, mon groupe est de corvée et le sergent s’impatiente.

Embrasse Joséphine et Blanche pour moi, je vous aime

Ton Mari

 

Le travail continue, et les échos des événements nous parviennent étouffés par la censure, mais nous toujours sur les routes ou dans les gares nous voyons bien le manège des pauvres gars qui repartent vers l’arrière, hébétés ou mutilés à vie.

En février on est en subsistance chez les  » rosbif  » à la gare de Warfusée, c’est un comble on est chez nous mais on est nourris par l’armée de son très gracieux.

Les mois passent inexorables, les chefs changent et les cantonnements aussi par contre le labeur est le même, marqué parfois par un accident dramatique. Nous au service routier nous avons plus de risques de mourir d’un accident que par les boches.

De temps en temps pour pas qu’on oublie notre statut de soldat nous avons quelques exercices. C’est pas vraiment sérieux et heureusement qu’on se retrouve pas au front.

Le 13 mai 1917 on embarque sur ordre à la gare de Montdidier, évidemment on ne sait pas où l’on va, la destination est définitive car on nous fait prendre notre paquetage complet.

De fait nous débarquons à la gare de Montreux le vieux, c’est apparemment en Alsace

Moi avec le 6ème je vais cantonné à Gommersdorf et tout le bataillon est mis à la disposition du génie.

C’est bizarre et un peu rassurant, la nature se fout des guerres, les village commencent à fleurir et les maisons à colombages, rehaussées des leurs parures lumineuses sont vraiment magnifiques.

Il y a aussi les nids de ces grands oiseaux qui viennent de nos colonies ils sont impressionnants, certains de ces volatiles sont arrivés, noirs et blancs immenses il semblent se moquer de nos peines.

Les habitants et il en reste très peu, parlent une espèce de langue qui ressemble à si méprendre à celle des prisonniers allemands que parfois on garde.

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