LES LETTRES A NINI, , les combats de la grande chevauchée, épisode 6

Ma lucie,

Le cul dans la paille fraîche, le corps enfin reposé, le ventre gonflé par les fayots de la roulante, je te pose ces quelques lignes.

J’ai l’impression d’être avec des étrangers, tous mes copains sont disparus à jamais, Gaston les tripes à l’air est parti sur un brancard en pleurant sa mère, Léon c’est un trou propre au milieu du crane qui a tué ses vingt ans, le Louis un de Coulommiers enterré est à jamais disparu.

Mon âme divague un peu, je ne sais plus ce que je veux, j’oscille entre désespoir et espérance, la perspective de te serrer de mes bras et mon copain  » pinard  » me font seul tenir.

Nous pourrions au repos être un peu tranquilles, mais les corvées et les exercices se succèdent sous les aboiements terribles et dérisoires de nos gardes chiourmes. C’est paraît il pour amalgamer les nouveaux et pour qu’on ne s’amollisse pas trop. Moi je veux bien, j’obéis à tous, accepte tout, à la condition que cela cesse un jour, mais j’ai l’impression que cet espoir est vain.

Bien je ne veux pas te rendre triste alors je te laisse ma bien aimée, embrasse, Gaston , Lucien, Daniel et ma petite Camille

Je t’aime ton Daniel.

Puis fin août on nous conduit à la cote 285, où l’on domine le ravin de Cheppes et celui de courtes chausses. Cet endroit protège la route qui amène à la grande chevauchée.

Le juteux nous dit c’est simple les gars, les boches veulent atteindre la crête et nous on a l’ordre de la tenir. Pour faire simple les salauds d’en face doivent crever pour reprendre ces quelques mètres et nous on doit mourir sur place et rien lâcher. Donc rien de nouveau, on s’installe dans nos meubles et on tente d’améliorer l’habitat.

J’oubliais on vient de me nommer caporal, le lieutenant me dit tu ne le mérites guère mais bon il en manque et tu es l’un des plus vieux. En gros je suis responsable de quatre blancs becs, moi qui peine déjà à être responsable de moi.

Le 27 septembre les voilà qui recommencent et cette fois encore ils mettent le paquet, cinq fourneaux de mines nous pètent à la gueule. Des pauvres gars il n’en n’est rien restés, pulvérisés , dispersés, rayés des cadres du régiment, des cratère plus gros que des immeubles de ville.

Les chleuhs attaquent aussitôt, massivement, durement, ils débordent et prennent nos ouvrages, le 5 est pris, mais le 4 tient, le 6 est fortement menacé, mais aujourd’hui l’héroïsme est de notre coté, une contre attaque et les teutons recèdent le terrain. Une telle vaillance est récompensée on gagne même quelques mètres, évidement nos morts s’en foutent. Vraiment une belle journée, citations, décorations, les braves poilus pourront fièrement montrer à leurs enfants leurs belles médailles et leurs bouts de papier.

Moi je n’ai toujours rien, je ne suis pas héroïque mais je suis vivant, cela fait il une différence, pour l’instant peut être pas car nous sommes des morts en puissance, mais après quand j’effeuillerais les jupons de ma Lucie, qui sera un héros ?

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