LES LETTRES A NINI, la cote 263, épisode 5

Ma nini

Que ce fut merveilleux ces quelques jours passés près de toi et des enfants, notre foyer, vos rires, vos cris. Le plaisir de tomber la vareuse pour travailler à autre chose qu’à ces saloperies de tranchées et sentir la vraie odeur de la terre non contaminée par la charogne et les gaz.

Mais il faut coquinement l’avouer, la chaleur de ton corps, ton subtile parfum m’ont redonné goût à la vie . Je revis maintenant ces quelques instants de bonheur que j’ai volés à notre triste existence. Lorsque le temps m’est trop long ou que le vague à l’âme me submerge je te revois dans mes bras.

Pense à moi comme je pense à toi, je te laisse mon Amour chéri

Nous sommes toujours postés dans la même région, seules les tranchées ont changé.

Je couvre ton corps dodu de mille baisers, à bientôt mon Amour.

Ton Daniel.

Nous sommes maintenant à la cote 263, putain de position, les boches tiennent solidement le haut de la colline et nous dominent. Nous sentons confusément que l’on va dérouiller.

Le 13 juillet 1915, je dormais comme un loir, abruti de fatigue par une corvée de terrassement, un violent tremblement me jette à bas de ma paillasse, je me crois mort, à moitié enseveli je m’extirpe de mon trou pour un peu un foutu obus explose directement dans notre humble demeure. Ça tombe comme à Gravelotte, nous en avons l’habitude mais là ils exagèrent. De 3 h 30 du matin à 7 heures, notre pc, nos abris de réserve, nos boyaux tout fut arrosé, nivelé, chamboulé. Des gaz mortels empêchèrent nos gros de riposter. Quelques minutes de calme avant la tempête que nous savons imminente, je me viderais bien les boyaux avant que les salopards d’en face nous fondent dessus, mais je ne me vois pas passer en conseil de guerre parce que j’ai baissé culotte avant une attaque.

Nous avons stoïquement crevé sur place, d’acte insensés en actes héroïques, de morts amoncelés, de blessés mutilés, ils ne sont point passés, moi j’ai eu encore de la chance, pas une égratignure. J’aimerais toute fois avoir la chance d’avoir une bonne blessure, celle qui écarte du front mais pas celle qui mutile .

Le régiment est dévasté, nous sommes relevés le 18 juillet et on nous mène à Clermont en Argonne

Du 13 juillet à maintenant, 26 officiers et plus de 1300 soldats sont manquants, tués, blessés ou disparus.

Le 4ème régiment du début du conflit n’est assurément plus le même que maintenant.

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