LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 41, les mariés de la Crépaudière

  

1854 – 1856, Métairie de la Crépaudière, commune de la Chapelle Achard

Marie Louise Barreau épouse Proux

Voila j’étais madame Proux et on s’installa à la Crépaudière avec les parents et mon frère Eugène. En plus nous avions engagé une domestique nommé Gazeau Magdeleine.

Autant que je vous décrive la Crépaudière tout de suite. C’était une petite métairie située à l’est de La Chapelle Achard à environ 2 km, nos voisins étaient les Loué au Plessis Jousselin, les Tesson et les Chaignes à L’Auzaire. Nos terres valaient une vingtaine d’hectares, autant dire qu’on serait un peu des crèves la faim, d’autant plus qu’il fallait partager les récoltes avec les propriétaires.

La maison se composait d’une grande pièce, avec une cheminée située presque au milieu, le lit des parents se trouvait à coté sur la droite. Une grande table en chêne avec deux bancs, une maie, un coffre, un évier en pierre.

A gauche de l’entrée, un autre lit celui de mon frère. Le soleil pénétrait difficilement par l’unique fenêtre

Nous avions une autre chambre, aveugle, sombre et froide, j’y dormais avec mon mari, malheureusement pour l’intimité, la paillasse de la domestique s’y trouvait aussi.

L’étable se trouvait à coté, nous avions une vaches et deux bœufs, ainsi qu’un âne. Les poules se baladaient dans la cour mais aussi dans la maison, les canards s’ébattaient dans la mare, le tas de fumier exhalait ses fines nuances. Pour l’eau nous avions un puits dont l’eau était souvent gâtée.

Comme de bien entendu la corvée d’eau relevait des femmes, certes les hommes n’en utilisaient pas beaucoup.

La vie s’organisa, mon mari s’entendait relativement bien avec mon père et moi je composait avec ma mère, remarquez que c’est toujours mieux que de vivre avec sa belle mère.

A 16 ans vous parlez comme on est fertile, je me retrouvais le ventre rond deux mois après mes noces, pour sur le Jean il était vaillant et la pauvre domestique qui tentait de dormir à coté de notre couche en entendait de belles.

Cette grossesse fut difficile, je devais travailler car ma mère qui n’avait pas souffert lors de ses maternités ne comprenait pas que je puisse être incapable de faire comme elle. Le soir je devais encore tempérer les ardeurs de mon homme car lui aussi ne se doutait que je puisse en être gênée.

J’arrivais à terme au mois de mars 1854, tout était près, ma mère Marie Rose et ma grand mère Marie Rose étaient parées et une sage femme du bourg m’assistait. Le grand père Poiroux, mon père et le Jean faisaient les cent pas dans la cour. A sept heure du matin en ce 15 mars mon premier né apparut, mon mari lui donna le nom de Barthélémy Aimé.

Ma mère et ma grand mère l’emmenèrent au village pour le faire baptiser, moi je ne pouvais y aller car j’étais impure. En voilà encore une connerie contre les femmes, impure avec les menstrues,impure après l’ accouchement, nous ne l’étions pas pour recevoir la semence de nos maris ni pour nous tuer en nos tâches journalières.

Bien quarante jours après j’allais faire mes relevailles à l’église, cierge et bénédiction le curé me délivra de mon impureté. Le soir Jean était impatient de me voir lever mon cotillon et de reprendre mon rôle de femme.

J’allaitais le cher bambin en espérant que cela me protégerait d’une autre grossesse mais rien n’y fit un an plus tard mes règles disparaissaient et mes seins grossissaient. Il faut dire que ne s’occupant guère de notre pauvre domestique ni du petit qui hurlait toute la nuit, Jean était assidu et il faut en convenir j’en éprouvais quelques satisfactions.

 

L’année 1856 fut donc l’année de naissance de ma petite Marie, là aussi tout se passa à merveille, ma grand mère encore présente me disait que j’étais faite pour mettre au monde. C’est encore mon grand père Poiroux qui déclara la naissance avec l’ oncle François Hillairet.

J’avais déjà deux enfants à 19 ans à ce rythme la Crépaudière serait bientôt trop petite.

Si les naissance rythmaient la vie d’une femme et de sa famille, les disparitions prématurées ponctuaient aussi le calendrier.

Le malheur frappa la Crépaudière, ma mère en pleine forme, solide au travail, vaillante femme aux champs et au lit, chrétienne acharnée à défendre le dogme fut prise de langueur et se coucha à la fin de l’été. Rien n’y fit, aucun remède, aucun guérisseur, ni aucun médecin ne purent la soulager. Sa propre mère la veilla, et moi sa fille j’en pris soin comme à la prunelle de mes yeux. Le 6 décembre elle nous quitta, elle avait 40 ans. Mon père fut inconsolable et des larmes coulèrent sur son visage. Au retour du cimetière il nous avisa qu’il ne prendrait pas d’autre femme. Je devins chef du ménage et mon père prit le lit de la petite pièce. Avec Jean nous nous installâmes près de la cheminée. Outre la tristesse de voir partir ma mère, je fus confrontée à la triste obligation de me coltiner le travail qu’elle effectuait elle même, double charge de travail sur les épaules d’une jeune femme.

Mes deux bébés m’épuisaient car les deux étaient encore au sein,il ne fallait pas que je m’éloigne beaucoup, mais malgré tout certaines de nos pièces étaient assez éloignées de notre demeure. Enfin c’est le quotidien de toutes.

Puis les jours passèrent, la famille du Moulin des Landes s’agrandissait aussi et de nombreux petits Barreau s’égaillaient sur les chemin boueux de la Chapelle Achard.

Les miens marchaient maintenant et avaient été mis au lait de vache, enfin mes mamelles allaient se tarir et devenir moins douloureuses. Barthélémy faisait vraiment les quatre cents coups à travers la métairie, je n’avais pas le temps de le surveiller et il était livré à lui même, un vrai sauvageon.

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