LES SAUNIERS DE L’ILE BLANCHE, ÉPISODE 21, nouvelle naissance et scènes de vie

 

Nous nous sommes retrouvés comme deux imbéciles, moi meurtri en mes espoirs, elle dans sa chair et dans son âme. Elle s’en voulait de ne pas m’avoir satisfait dans mes vœux de paternité. Elle s’inquiétait de l’état de son ventre, je la tranquillisais sur ce sujet, nous patienterons.

On se plongea dans le travail, la saison arrivait à grand pas. Marie un peu chancelante vint me rejoindre, le soleil fut présent cette année là et nous eûmes une magnifique récolte.

Quel bonheur que d’être au marais, les odeurs, le paysage, les couleurs changeantes du sel me charmaient presque autant que le corps de ma Marie.

Si le sel fut au rendez vous, l’orge que nous faisions pousser sur nos bossis ne nous manquait pas non plus. Vraiment une superbe récolte, les métives se faisaient à la faucille j’avais le dos cassé à force d’être penché, Marie travaillait comme un homme.

Nous avons ensuite amené la récolte sur nos deux petits chevaux jusqu’à la petite cour près de notre maison et qui nous servait de lieu de battage. En chantant avec nos battoirs réunis en une réelle communauté nous les sauniers on s’entraidait. Chacun battait ses grains et les rentrait, puis nous passions à la récolte du voisin.

Au cours d’un de ces battages ma femme se disputa avec une de mes anciennes belle filles, cela commença par un mauvais regard puis par des paroles au sujet des avances que j’avais soit disant faites. Le ton monta rapidement cela faisait rire tout le monde, la Catherine se prit une gifle puis ce fut l’empoignade, ma femme et ma belle fille se roulant dans les grains juste battus, se griffant, se mordant et tentant de s’arracher les vêtements. Oh ce fut un sacré spectacle, Catherine se retrouva avec sa robe troussée le cul à l’air et Marie la chemise déchirée montra à tous un de ses seins.

Tout le monde applaudissait à ce spectacle, les hommes comme les femmes, tout le monde s’excitait à cette bagarre de furie.

Je mis fin à ce divertissement en attrapant ma femme par le bras et en la ramenant à la maison.

La Catherine fut ramenée par son frère qui lui mit la plus belle trempe de sa vie. Chez moi, Marie la colère passée fut des plus honteuse. Moi j’étais fort en rogne et je lui aurais bien mis une volée pour la honte qu’elle m’avait procurée devant la communauté. D’un autre coté c’était pour défendre mon honneur, alors je la charriais un peu en lui disant que tous les hommes du village diraient quelle avait le plus joli téton de l’île de Ré.

Puis la saison repris, oubliant le petit avorton que j’avais enseveli, le travail absorbait notre énergie.

Nous ne relâchions pas nos efforts pour faire un petit et ce sujet avec le sel nous tenait en haleine.

Rien ne venait, Marie restait plate comme une limande, enfin presque.

En Janvier 1735, elle fut affectée par la mort de son père, remarquez il était déjà vieux, je crois 62 ans. Nous avons veillé sa dépouille enfin surtout Marie et ses deux sœurs Jeanne et Marguerite.

Les trois femmes ont effectué la toilette mortuaire avec amour et dévotion, vous parlez d’une connerie, le Jacques il était pas très propre et puait comme un bouc alors le nettoyer pour le passage dans l’au-delà cela me laissait perplexe. On lui mit aussi ses beaux habits, quel gâchis alors que les temps sont si durs. Moi j’ ai demandé à Marie d’être enterré à poil, autant vous dire que j’ai reçu une bordée d’invectives que seules les Rhétaises connaissent.

Ensuite on l’a conduit à sa dernière demeure, il était pas loin du trou de ma deuxième femme, enfin je crois. Ses marais au grand Jacques passaient aux mains de son fils, c’était la coutume et il en était bien ainsi.

C’est peu de temps après que Marie devint grosse, pour la faire râler je lui disais que nous avions réussi lorsque un jour que nous ramenions les chevaux à l’aisine je lui avais soulevé ses cotillons dans notre remise à outils et que sur une litière de paille fraîche je lui avais exprimé mon émotion.

Restait à voir si un fils  naîtrait, alors là j’ai tout entendu des commères, la position du ventre, rond, en pointe, en bas, la voisine nous a même fait un prêche sur la lune et le positionnement des astres. Foutaise quand j’avais envie de Marie je ne regardais pas le ciel ni les planètes. Enfin à part peut être une certaine lune.

Un peu avant Noël, tout le quartier se mobilisa pour aider Marie qui venait de perdre les eaux, il y avait foule dans la maison et madame Relet la sage femme dut en remercier quelques unes.

Comme si la voie était faite, Marie Catherine nous naquit le 10 décembre 1735, non de dieu encore une foutue femelle, il allait falloir recommencer et repasser par les mêmes phases d’espoir.

De colère je partis voir mon marais bien qu’en cette période je n’avais rien à y faire car il était recouvert. Une fois calmé je rentrais et j’admirais le petit animal à la goule fripée et rougie, momifié dans des langes. Jean Dubois un saunier qui partageait mes travaux et qui buvait le coup avec moi servit de parrain et Marie Guilbaud la sœur de Marie devint Marraine. Ma femme impure resta à la maison et le curé nous baptisa la drôlesse.

Ce qui chagrina la Marie fut justement cette impureté, elle ne devait point se rendre à l’église avant ses relevailles, or cette période courait sur les fêtes de la nativité. Pour ma femme c’était un vrai crève cœur. Moi j’aurais bien été un peu impur pour me passer de ces pantomimes mais bon toute la communauté se rendait à la messe ce jour là alors je ne pouvais y déroger.

Le curé devant l’air désespéré de Marie lui octroya le privilège d’être relevée juste avant Noël.

Cérémonial d’un autre age Marie accompagnée de ses sœurs, de la sage femme et de la marraine partirent de la maison la mère Relet tenait ma fille sur son bras gauche et ma femme prenait position près de la tête de l’enfant, ma belle sœur Marie Catherine se tenant de l’autre coté. Vous parlez d’un équipage je me demande d’où cela sort ces futilités de placement.

Arrivée devant l’église, cette mauvaise femme s’agenouille , le prêtre lui amène un cierge qui est celui de la chandeleur. Une petite prière, le bon curé pose son étole sur le bras de Marie la relève et l’accompagne à l’autel, prière, bénédiction et communion. Enfin ma femme est propre, lavé le sang des menstrues et le sang placentaire. Elle pourrait retourner à l’église, au lavoir, sortir de la maison

Et bien sur je bénéficierai de nouveau de son corps. Moi pour sur il n’y avait que la dernière interdiction qui me turlupinait.

Bon elle était contente de retourner à la messe moi ce qui pouvait la contenter de façon si simple me satisfaisait.

Le soir de la nativité je mis dans la cheminée une bûche que l’on alluma dès que l’on entendit la cloche nous appelant à la messe de minuit. J’avais coupé un vieux poirier les jours précédents le tronc était énorme et brûlerait un moment. Tout cela était bien symbolique, le soleil, le feu, le Christ et comme disait un marin à la taverne ce n’était pas bien catholique tous ces mélanges.

Marie et les autres femmes étaient en général plus assidues que nous autres les hommes. Avant de partir ma femme donna le sein à notre fille, j’adorais, puis nous la laissâmes. Nous n’avions aucun souci à nous faire, emmaillotée comme elle était, elle ne risquait pas de bouger. Au vrai il y avait un risque quand même, l’autre jour un petit s’était étouffé dans son vomi.

Au retour de Saint Eutrope j’avais de l’appétit, mais ma Marie fit l’offusquée, pas pendant les fêtes religieuses.

Je me jurais que le lendemain je mettrais tout en œuvre pour avoir un garçon. Saunier qui s’en dédit

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