LES SAUNIERS DE L’ILE BLANCHE, Épisode 15, le mariage avec ma veuve

 

On décida que les noces auraient lieu après la saison du sel en septembre, entre temps nous aurions la Suzanne et moi amplement le temps de faire connaissance.

Notre première vraie rencontre fut le fruit du hasard, un jour que j’amenais des grains d’orge à faire moudre au moulin du roc, il se trouva qu’elle venait faire de même.

Mon cheval qui s’appelait Jean rappelons le, mais qui n’était plus celui de ma jeunesse piaffait d’impatience pendant que je discutais avec Nicolas Chabot le meunier. La discussion portait évidemment et comme toujours sur le cour de sel qui conditionnait la vie aux Portes .

Le meunier était indirectement touché mais si nous ne pouvions le payer il ne pouvait point vivre.

Si le sel était vendu normalement le saunier touchait son tiers et il pouvait régler ses dettes au meunier.

L’habitude était le paiement à l’année, rien ne se payait au moment de l’achat. Nous vivions à crédit.

Seulement voilà il fallait bien s’acquitter un jour, alors si le sel ne se vendait pas on s’arrangeait avec le créditeur. Le Nicolas Chabot il était point à plaindre et possédait quelques terres. Des vignes, des terres à orge et aussi un lot de marais qu’il faisait exploiter par des journaliers. Bref il avait toujours besoin de main d’œuvre et on le payait en journées de travail. Moi j’étais en compte avec lui et en échange de la farine qu’il me remettait je devais aller relever une digue qui menaçait de s’écrouler et noyer ses aires saunantes.

Hors donc la Suzanne venait faire la même chose que moi, chaque saunier faisait pousser sur ses bosses de l’orge pour sa consommation personnelle. Nous n’avions pas des récoltes terribles et certaines années nous n’en avions pas assez pour faire notre pain. Les autorités le faisaient venir de Marans par la Sèvre Niortaise, mais de toutes façons nous n’avions pas d’argent pour l’acheter.

J’attendis donc que ma promise en termina avec le farinier et nous avons fait retour ensemble.

J’avais quelques appréhensions, mais je les perdis, Suzanne était agréable et bonne diseuse et je me suis tout de suite dit que nous pourrions nous entendre. Nous étions presque voisins et nos aisines respectives étaient accolées. Je rentrais mon cheval et le délestais des sacs de farine puis j’aidais Suzanne à faire de même. Nous étions fort proches l’un de l’autre et il me vint l’idée de goûter à ce fruit mûr. Je fus un peu brusque mais le baiser que nous échangeâmes fut une révélation. Une envie d’amour irrépressible me vint et je m ‘hasardais à quelques caresses. Suzanne se laissa faire et je la couchais dans la paille pour une étreinte fougueuse, passionnée et fort courte. Je ne sais si elle fut si comblée que moi mais nous primes l’habitude en attendant de faire couche commune de nous retrouver dans la paille.

Le 29 septembre 1729 on convola, l’église Saint Eutrope était pleine, ma mère fatiguée et désapprobatrice tirait une tête de gisante.

Mon vieux parrain voûté et amaigri me faisait l’honneur de sa présence et mon cousin Pierre Barbier me servait de témoin.

Du coté de Suzanne, ses filles se pavanaient et roucoulaient insolemment en cherchant le regard des hommes. Ses beaux frères Jean Rousseau et Clément Bouriau étaient là avec leur famille.

Jacques Poitevin à qui revenait l’initiative des tractations avait l’honneur du premier banc avec le commandant de la milice Jean Lemée.

La présence de ce dernier faisait pâmer la Suzanne qui ainsi s’enorgueillissait, vous pensez un notable pour son troisième mariage.

Nous sûmes nous amuser et nous empiffrer, aucune ombre au tableau, sauf ma mère qui rentra très tôt. Catherine et Anne mes belles filles jouèrent toute la journée à énerver les hommes, Suzanne me demanda de faire preuve d’autorité en les gourmandant. Je ne fus guère efficace, la Catherine me titillant avec insolence et une réelle effronterie. Une bonne torgnole voir plus aurait pu la remettre en place mais fille en chaleur devient diablesse.

En soirée nous nous éclipsâmes pour la nuit de noces nous n’étions plus des lapins de six semaines et j’avais déjà goûté à Suzanne mais je ressentais comme une appréhension. C’était devenu officiel et nous n’aurions plus à faire cela comme deux drôles dans la paille ou sur la mousse des arbres de trousse chemise.

La maison que j’allais occuper était bien plus grande que celle où j’avais toujours vécu, la pièce principale était plus vaste et le lit clos de rideau plus grand et plus confortable. Mais surtout elle possédait une chambre supplémentaire pour mes brus, je ne me serais pas vu vivre avec ces deux jeunes femmes dans ma chambre. Cela aurait été gênant pour elles comme pour moi et leur mère.

Ce n’était pas mes filles et comme on le verra par la suite le pressentiment que j’avais au sujet de Catherine s’avéra exact.

Si Suzanne était moins jolie que Marie Anne, en amour elle était plus experte et ouverte à toutes sortes d’expériences. Nous passâmes une bonne nuit et nous n’eûmes pas à subir la visite des noceurs en goguette car la vérification de la perte de virginité de Suzanne eut été une perte de temps.

La noce se prolongea le lendemain mais avec moins de monde le labeur ne pouvait attendre.

Le soir les filles revinrent chez elle et je crois qu’elles avaient abusé du fruit de la sainte vigne car elles n’ont fait que rignocher en nous adressant des sourires en coin.

La soirée ne fut que provocation, les deux sœurs chacune à leur tour pénétrait dans la pièce principale sous un prétexte ou un autre. Une fois ce fut une soif irrépressible, l’autre fois fut l’opération pot de chambre. Puis pour finir la Catherine en chemise de dessous, les seins tressautant dans l’échancrure de son vêtement  se précipita dans la petite cour de devant pour copieusement vomir ses agapes.

Elles avaient  gagné, Suzanne et moi nous restâmes bien sages pour ne pas déranger ces demoiselles.

Le lendemain la mère et les filles eurent une explication musclée, Catherine et Anne se prirent chacune une taloche pour leur comportement de la veille. Il faudrait bien qu’elles se fassent à ma présence. Je ne leurs avais porté aucun préjudice et leur mère était bien libre de convoler avec qui elle voulait, mais bon ce ne fut point facile.

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