LES SAUNIERS DE L’ILE BLANCHE, Épisode 9, ma promenade à Saint Martin et mon mariage

 

c’était une véritable expédition, plus de quatre heures de marche à travers les chemins des marais,

Il nous fallait, passage obligé rejoindre le martray et sa passe , nous changions d’île et nous changions de décors. Jusqu’à Ars en ré je connaissais, vasais, chenaux, métières et aires saunantes.

Les odeurs m’étaient familières, les oiseaux nombreux dont je connaissais les noms par cœur.

Nous débouchâmes près du lieu dit le Chabot, avec ses moulins, puis on longea la Tricherie avant de pénétrer dans le bois d’Ars en ré. Puis majestueux le clocher de l’église qui servait de guide aux bateaux venant du large. Nous n’avions guère le temps de nous émerveiller, à la sortie, les moulins de la Boire.

Sur le chemin se dressait enfin la redoute du Martray, nous bloquant le passage, point de contrôle obligé. Les soldats nous contrôlèrent et nous reprîmes notre progression, sur la droite le pertuis d’Antioche et sur la gauche le Fier, notre Fier qui au loin étendait ses chenaux tels des tentacules.

Nous laissâmes la Davière et le Boutillon, mes jambes étaient lourdes, heureusement la pause que nous fîmes à la Couarde me revigora quelque peu, avec mes compagnons de route nous nous sommes régalés d’un quignon de pain et de quelques fèves, les chevaux se sont abreuvés et nous sommes repartis.

Au loin encadrée par les ailes du moulin des Charbolles et de celles des moulins des Chaffard nous entrevîmes la Citadelle.

Enfin, les murs de la forteresse nous apparaissaient, fossés, bastions , contrescarpe, portes, tout me subjuguait, comparativement la redoute des Portes était bien petite. Une animation cosmopolite régnait sur la petite ville, campagnards venus vendre leurs produits, vignerons livrant leurs barriques, sauniers apportant des pleines basses de sel, soldats du roi, miliciens de Ré, marins et filles de joie.

A travers des venelles nous arrivâmes sur les quais du port, lieu de notre destination finale.

On m’indiqua une échoppe où je pus acheter mon bel anneau pour ma Marie Anne. J’étais à peine sorti, fier et heureux qu’une grasse femme, fardée outrageusement, les mamelles presque à l’air m’aborda et me demanda si j’étais prêt à lui accorder du temps.

Du temps j’en aurais bien eu, mais l’argent j’en manquais et cette brave dame eut été déçue de ma bourse plate.

Au retour après que j’eus conté ma rencontre chacun se moqua bien de moi et tous m’affirmèrent que j’aurais bien pu laisser quelques piécettes pour me déniaiser et avoir l’air moins bête lors de ma nuit de noces. Pour sur mais moi j’avais juré fidélité et cochon qui s’en dédit .

La noce arrivait à grand pas et les préparatifs avançaient . Ma mère et les femmes de la famille Savariau feraient à manger, chez nous c’était bien trop petit alors je louais au père Chabot une grange où il remisait des grains. Avec mon futur beau frère on s’employa à la rendre belle et agréable.

Le lundi 23 novembre 1723, il faisait un temps de chien, de la pluie et du vent, c’était pas de chance mais bon on ferait avec. Le convoi se forma devant la maison et nous allâmes à Saint Eutrope.

Le père Pailla nouveau curé des Portes nous maria avec solennité, j’étais très ému et je crois que Marie Anne aussi, c’est sûrement banal de dire cela de son mariage, mais moi cette femme contrairement à d’autres je l’ai choisie.

Si je précise celà , c’est que beaucoup d’unions étaient un peu arrangées, on évitait ainsi le morcellement excessif de nos salines et puis de toutes façons personne ne voulait d’une fille de saunière si on n’était pas saunier soit même . Nous étions miséreux et éloignés de tout, la misère ne se partage pas, gardons la pour nous.

Comme je vous l’ai dit par ailleurs nous devions attendre un age assez avancé pour convoler, nous régulions ainsi les naissances en retardant les rapports sexuels et puis nous devions aussi cumuler un petit pécule pour pouvoir nous installer. Moi j’avais de la chance j’étais seul et je possédais la saline de feu mon père, j’étais donc relativement intéressant sur le marché des célibataires.

Bien assez bavasser de tout cela, revenons à ma cérémonie. Mère, était droite comme un i, la Catherine Gougeon pleurait comme si elle se mariait de nouveau avec mon père, j’en étais tout attendri.

Comme autre famille, j’avais le Michel Giraudeau avec sa femme Catherine Bonnevin, Pierre Barbier et son épouse Renée Gaillard, c’étaient des cousins sauniers et ils nous avaient aidés de leur mieux lors du décès de mon père.

J’avais aussi la chance d’avoir mon parrain Pierre Besnard lui aussi saunier, le curé m’a dit tu sais c’est rare d’avoir son parrain pour son mariage c’est un bon signe que vous donne le seigneur.

Tu parles d’un bon signe, mais bon j’anticipe.

Du coté de ma femme il y avait le Gabriel, frère et tuteur de mon épouse avec tous ses enfants.

Le village nous faisait fête lorsque nous passâmes dans les rues du village.

La fête fut belle, les femmes s’étaient surpassées, le vin coula à flot et enivrés par les danses et l’alcool les convives se désinhibèrent. Les chants retentirent et des idylles se nouèrent.

Les noces entraînaient d’autres noces et souvent les parents pendant les agapes jouaient les maquignons marieurs.

Bien, il était temps de s’éclipser moi je n’avais guère bu car je faisais le service et il était hors de question que je déçoive Marie Anne sur ce que vous savez.

Ce soir nous avions la maison pour nous, le grand lit de ma mère devenait le notre. Après avoir allumé la chandelle on se retrouva comme deux nigauds assis sur la paillasse. J’étais paralysé, heureusement, gentiment, elle prit l’initiative. Baisers, caresses eurent raison de mon impatience, il était temps de conclure. Ce fut une véritable révélation et nous retournâmes au bonheur plusieurs fois. Nous étions unis par dieu à l’église et par cette relation charnelle nous validions notre union.

Marie Anne serait maintenant la Gautier, car ma mère pour les gens s’appelait la veuve Gautier.

Il était maintenant temps de reprendre le travail, Marie Anne irait avec ma mère ramasser le sart et ensuite m’aiderait au marais. Gabriel Savariau avait perdu deux bras et nous avions topé pour nous apporter une aide mutuelle lors des gros travaux.

Cela compenserait le départ de sa sœur, tout se calculait dans notre petit monde…..

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