LES SAUNIERS DE L’ILE BLANCHE, Épisode 18, La mort de Suzanne

 

Le temps passait et je voyais mes espoirs de devenir père s’éloigner, vous voyez je pense que je n’ai pas fait le bon choix. J’avais privilégié mon intérêt économique en faisant affaire avec la famille Allard , maintenant j’en étais puni. Cela n’avait rien à voir avec Suzanne que j’avais fini par aimer et qui était vraiment une bonne épouse. Elle savait que j’étais meurtri et se donnait à moi malgré sa fatigue. Pour mettre toutes nos chances de coté elle faisait même fi de ses convictions religieuses.

Mais rien de rien le ventre de Suzanne qui avait déjà mit au monde 9 enfants restait stérile de ma semence.

Comme je vous l’avais déjà expliqué nous ne mangions pas beaucoup de viande car sur l’île il n’y avait pas d’élevage et la faire venir du continent n’était pas pour la bourse des sauniers.

Par contre ce que j’aimais par dessus tout c’était les anguilles. Nous nous réunissions à plusieurs sauniers et nous nous rendions au vasais que nous avions souvent en commun.

Le vasais était une vaste pièce que l’on alimentait d’eau et qui servait de réservoir pour alimenter les métières ,il y avait environ 60cm d’eau.

Mais comme chaque chose à souvent plusieurs usages, nous creusions dans le vasais un trou plus profond et nous le remplissions de fagots de sarments. Les anguilles se réfugiaient dedans.

Quand on agouttait la pièce, on pouvait faire le chassage. Avec Relet, Savariau, Poitevin et Séjourné nous nous étions munis de notre salai*. Tous montés sur nos canots de vasas nous piquions dans le fond du grand trou, là ou les anguilles s’étaient réfugiées dans les périodes de froid.

Mon dieu quelle pêche miraculeuse, de vrais monstres gluants qui parfois nous échappaient lorsque nous les mettions dans la boite à poissons.

Nous en ferions cuire une partie sur des sarments et les femmes et les enfants nous rejoindraient.

Ces pêches nourricières étaient comme des fêtes et des périodes de rencontres. Pour sur nous ne vidions pas le vasais que pour prendre des anguilles il nous fallait le curer et là croyez moi c’était déjà beaucoup moins marrant.

Nous étions en 1732, j’avais 33 ans l’age de notre seigneur, ma Suzanne avait 46 ans, on commençait à se moquer de moi, les sauniers me demandaient si je n’avais pas besoin du coup de main pour faire l’affaire à ma bonne femme et les saunières se foutaient de moi en disant que j’avais l’aiguillette nouée. Au lavoir la Suzanne riait jaune mais qu’aurait elle put faire qu’elle ne faisait déjà.

Encore une fois la solution vint de la mort, Suzanne un jour qu’elle ramassait du sart, a été cueillie par une vague. Elle a vite perdu ses appuis et se serait sûrement noyée si les femmes qui se trouvaient à coté d’elle n’étaient pas venues à son secours. Empêtrée dans sa robe alourdie, sa tête avait heurté un rocher et elle était fort commotionnée. N’ayant pas perdu connaissance les saunières la juchèrent sur notre cheval et la ramenèrent à la maison.

Le bruit que la Gautier c’était assommée à trousse chemise fit le tour du village et la nouvelle m’atteignit au Roc. Rien ne pouvait laisser à penser qu’elle s’en irait, je l’ai trouvé à moitié assise sur notre paillasse, elle avait fait un peu de sang au niveau de l’oreille mais rien de visible.

J’étais rassuré et le soir avec ses filles nous la forçâmes à rester tranquille. La nuit se passa tranquille et sereine, pas un bruit ni le moindre râle. Le soleil qui se faisait jour par l’unique fenêtre me réveilla. Sur la pointe des pieds j’enfilais mes chausses et ravivais les braises, les filles se levèrent. Suzanne toujours ne bougeait pas, affairé je demandais à Anne d’aller secouer sa mère.

Un cri de démente retentit dans la pièce, je me précipitais ayant déjà compris, roide, dure comme la pierre, les yeux ouverts saisis de terreur, un filet de bave et de sang sortant de sa bouche.

Suzanne était morte et bien morte. Toujours le même rituel, voisins, voisines, familles, curé.

Je dus me fâcher contre les filles qui ne voulaient pas faire la toilette mortuaire de leur mère, foutu engeance que cela il fallait bien qu’elles apprennent.

Je ne voulais pas que Suzanne fut mise en terre seulement vêtue de son linceul blanc, je lui fis faire en hâte une boite qu’on appelait bière par un charpentier de marine du village.

Notre petit miroir fut voilé et les eaux jetées, l’âme de Suzanne ne devait se voir et s’envoler vers Dieu.

La chaleur était forte en ce 14 septembre 1732 , il ne fallait pas traîner, la décomposition des chairs intervenaient rapidement et il n’était pas question que ma Suzanne ne sente charogne.

Voila j’étais seul, mes deux belles filles étaient restées avec moi et s’occupaient de mon ménage.

A la vérité je fus tenté de demander la Catherine en mariage, elle avait 18 ans et mon dieu ce qu’elle était belle. Je savais de quoi je parlais je l’avais assez détaillée. Mais à quoi bon le curé ne voudrait point nous marier, la famille Allard hurlerait de concert, j’aurais peut être droit à un charivari et de toutes les façons la petite peste me détestait.

Il nous fallait aussi régler des problèmes matériels, les filles ne pouvaient demeurer avec un veuf la coutume n’autorisait pas ce genre de chose. Selon le contrat que j’avais passé avec les Savariau tout me revenait, nous n’avions pas prévu la mort de Suzanne avant le départ de ses filles. Il fut donc convenu que je les aiderais à se constituer une petite dot afin qu’elles n’arrivent point le cul nu au jour du mariage.

Elle furent placées comme servante chez deux marchands. Elle s’estimèrent lésées et me firent une guerre sans nom dans le village. La Catherine vraiment garce répondit dans tout le bourg que je lui avais volé sa fleur du milieu en plus de son héritage.

Toujours préoccuper par mon désir d’être père je passais en revue tous les ventres disponibles parmi les saunières du village.

Instruit par l’expérience je n’en voulais pas de plus de trente ans et ne désirais pas non plus une veuve déjà mère à la matrice fatiguée.

On me souffla qu’une nommée Marie Marguerite Guilbaud ferait certainement affaire

2 réflexions au sujet de « LES SAUNIERS DE L’ILE BLANCHE, Épisode 18, La mort de Suzanne »

  1. Bonjour Pascal,  je me présente, je m’appelle Robert AUJARD et j’habite les Portes sur l’ile de Ré. je viens de lire « LES SAUNIERS DE L’ILE BLANCHE », je me retrouve vraiment dans le pays de mes aïeuls.je fais partie du groupe « LES RACINES RETAISES » et je m’occupe plus spécialement de la généalogie de tous les habitants des Portes en Ré. j’aimerais savoir, si cala est possible, de quelle façon vous avez trouvé tous ces renseignements. un grand merci et surtout continué Robert

  2. Pour les anguilles on les mettait dans la cendre pour les prendre et les nettoyer.je en ai faii l esperience.elles sont comme des baguettes de tambour

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