LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 21, L’attraction irrésistible de la ville et les naissances illégitimes qui se succèdent

 

L’année suivante j’appris par une lettre que la Justine avait eu une deuxième fille, non de dieu de non de dieu la bougresse toujours pas de mari. Restait à espérer que le père fut le même que la fois d’avant et que la Justine ne jouait pas à la catin des villes.

Pour mes 55 ans mon patron me fit la mauvaise surprise de me dire qu’il allait supprimer son troupeau de moutons pour se consacrer aux vaches laitières. Le bon monsieur me gardait comme valet de ferme, me voilà à l’aube de ma vie retourner en arrière et servir comme homme de peine.

La Justine eut plus de chance et retrouva du travail derrière un métier, moi je me demandais bien ce qu’elle pouvait trouver à rester enfermer, rivée sur son banc à faire des gestes répétitifs qui vous brisaient l’échine.

Bon Osithe avait encore jeté son cotillon par dessus la haie, elle en fut récompensée par une nouvelle grossesse, décidément mes diablesse de filles faisaient un concours à qui aurait le plus d’enfant hors mariage. Moi je baissais les bras, de toutes façons je les aurais tuées.

Elle eut donc son petit Gaston en avril 1878, mais cette horrible chose ne passa pas sa première année. Là aussi le père fut un inconnu et ne se manifesta d’aucune façon. On était pas prêt de trouver un couillon pour marier cette catin là.

La même année notre deuxième garçon commença à s’intéresser de très près à une petite servante qui travaillait avec lui, la petite Virginie était bien mignonne, je connaissais les parents, lui journalier et elle tisserande. Il n’y avait guère à se tromper c’était le schéma du pays de Caux, madame au tissage et monsieur au travail de la terre.

La noce se fit à Annouville Vilmesnil où travaillaient les deux petits. Ils eurent la chance de trouver un petit nid pour abriter leur amour. Ils n’auraient pas le désagrément de cohabiter avec nous les vieux. Ce qui était sur, c’est que la Virginie et le Henri avait goutté aux choses de la vie, la mariée était enceinte jusqu’au yeux. Le curé faillit s’étrangler et la noce eut lieu assez tôt le samedi 9 août 1879 . Certes le curé n’appréciait point que la mariée soit grosse d’autant que dans le cas présent , les deux brigands avait reconnu à la mairie le nommé Cuffel Émile né le 13 février de l’année précédente comme étant leur fils légitime. Les deux amants vivaient donc à la colle et légitimaient pour le deuxième chiard. Ce fut une belle fête tout le monde dansa et il ne manquait que la Justine qui était tellement grosse qu’elle ne put se déplacer. Encore une fois le père manquait au rendez vous.

Elle accoucha d’ailleurs le même mois que sa belle sœur Virginie.

Avec une telle famille vous vous doutez bien que les mariages et les naissances s’enchaînèrent.

Mon Eugénie se maria à Contremoulins avec un journalier nommé Louis Cavelier, ils respectèrent les usages en vigueur, du moins il n’y eut pas de naissance avant l’heure. Il y eut une cour en règle,des négociations pour la dot puis des fiançailles. Non vraiment des bon petits qui respectaient leurs parents et les coutumes. La famille fut réunit encore une fois sans la présence de ma fille aînée. Cette union nous apporta un petit à la fin de l’année, ce fut Justine qui assista sa fille, jamais elle n’aurait manqué pareille fête.

Puis ce fut le temps des départs, mes enfants qui étaient restés en contact avec leur grande sœur qui vivait au Havre furent sensibles aux sirènes de la ville et décidèrent d’aller la rejoindre.

Osithe, Léon et Edmond vinrent me trouver pour me dire qu’il partaient, les bras m’en tombèrent et Justine se mit à chialer comme une drôlesse. Ils étaient évidement en âge de partir et faire leur vie comme ils l’entendaient, de toutes façons depuis l’age de 12 ans ils se débrouillaient seuls.

Quand on envoyait des enfants travailler en extérieur ils s’émancipaient d’une certaine façon, c’était la vie, mais le dimanche notre tablée allait diminuer considérablement.

Ils nous restaient à la maison, le petit Paul qui allait sur ses 8 ans, Marguerite bonne femme de dix ans, et notre boiteux le Séverin.

Arsène était maintenant domestique dans une ferme suivant la triste tradition familiale, cela ne lui plaisait guère et il nous disait qu’il se sauverait pour rejoindre ses frères au Havre.

Quelle insolence vraiment, cette génération ne ressemblait plus à la notre. Pour Louis nous nous demandions quel comportement adopter, l’instituteur nous disait qu’il avait des capacités et qu’il pourrait faire un bon employé.

Faire un employé qu’est ce que cette engeance, il fallut qu’il m’explique. Pas un de mes enfants ne se décidait pour être berger et bien le Louis il me suivrait à la ferme.

Justine habitait allée Duval sur le grand quai, précisément là où quelques années plutôt nous avions erré.

Le principal danger pour les jeunes filles dans un port était les marins et évidement Osithe belle à craquer se fit prendre à l’abordage par un pécheur dénommé Jules Besselièvre.

Il était plus que temps car Osithe avait 27 ans, et cette fille mère ne se devait pas de faire la difficile

Avec Justine nous avons décidé de nous rendre au mariage, elle ne connaissait pas la grande ville et encore moins le train. Remarquez je ne l’avais jamais pris non plus. Ce fut une sacrée aventure, alliant la marche à pieds, la calèche et une sorte de petit train. Ce fut Justine ma fille qui nous récupéra à la gare, la ville c’était considérablement agrandit depuis mon passage.

A ses cotés se tenait fièrement une petite fille vêtue en dimanche, elle nous fit un sourire, bon de là ce fut un vrai retour en arrière tant elle ressemblait à sa mère. Car vous l’aurez deviné cette charmante enfant était ma première petite fille. Alexandrine se retrouva au cou de sa grand mère qui la mignota d’abondance.

Justine elle aussi était habillée avec recherche, pourquoi tout le monde se mettait en habits de noces dans c’t ville. En chemin elle nous expliqua qu’elle travaillait à façon chez des clientes où chez elle et qu’elle s’en sortait à peu près bien. Je ne lui demandais pas d’explications pour ses quatre naissances sans père, à quoi bon. Au niveau de la morale c’est une fille perdue mais au delà de cela, elle travaille et élève ses enfants.

Nous arrivâmes à son domicile, elle habitait dans un appartement au dernier étage, deux pièces en tout et pour tout, encore plus sordide qu’une demeure paysanne, une pièce aveugle avec un grand lit et une paillasse autour pour deux enfants le troisième dormant avec sa mère. Dans la première pièce, une table et des chaises paillées, un buffet, une cheminée un évier et une espèce de machine à couture qui trône sur une petite table en fer. Justine est très fière de cet engin mécanique qui augmente considérablement la vitesse du travail. Je lui ai posé la question de savoir comment elle s’est procuré une telle merveille elle ne m’a pas répondu .

Quand à Osithe, domestique dans une maison bourgeoise elle vivait simplement avec son marin, encore une qui avait succombé aux joies de l’amour sans le mariage, un vrai fléau que nous les vieux nous ne comprenions pas. Au demeurant elle habitait l’immeuble d’à coté de chez sa sœur.

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