LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, Épisode 9, Entre deux grossesses, notre promenade à Fécamp

 

Pour loger notre belle marmaille , il nous faudrait trouver une maison un peu plus grande, pour le tissage pas de problème, on pouvait travailler dans n’importe quel village, les métiers fonctionnaient à plein dans l’ensemble du pays de Caux.

Moi je dus me trouver un autre troupeau à garder, à la foire de la Saint Jean je me louais en signalant que j’étais berger en m’accrochant un morceau de laine, de plus j’avais ma houlette en main nul ne pouvait me manquer.

Comme de juste je trouvais un emploi à la ferme Tranchard, ce n’était pas loin de la maison car nous avions élu domicile au hameau de la Roussie, tout de suite j’ai aimé cet endroit, vallonné, boisé avec cette petite rivière et ses nombreuses sources.

La maison que nous avons trouvée était toute en longueur avec un étage mansardé. De plus la pièce de tissage était superbement éclairée et cela était un sacré luxe.

Mais le fin du fin fut que les beaux parents auraient leur chambre et qu’Augustin dormirait dans la mansarde. Pour l’instant nos quatre enfants dormiraient autour de nous. Au niveau de l’intimité certes nous nous étions habitués mais je dois dire que le premier soir quand nous avons inauguré notre nouvelle chambre avec la Justine nous avons fait plus de bruit qu’ à l’accoutumée. De plus je soupçonnais l’Augustin de se livrer à quelques turpitudes quand il nous entendait moi et sa sœur.

Bref que du bonheur, nous étions un peu à l’écart du bourg principal et la Madeleine devrait marcher un peu pour aller à confesse.

Nous fumes heureux et je le prouvais à ma belle qui devint grosse, nous étions bien partis pour faire une grande famille. La Madeleine disait que j’étais pire qu’un lapin et que j’allais tuer sa fille. Qu’est que j’y pouvais si elle était fertile….

En février 1855 nous eûmes un petit Léon, là encore baptême et relevailles, nous avions changé de curé mais le tintouin était le même.

Figurez vous qu’avec la Justine nous n’avions jamais vu la mer, vous parlez qu’elle était loin à peine deux heures de marche, alors un dimanche nous avons sauté la messe enfin Justine car moi le berger à moitié sorcier , le curé se passerait bien de moi. En plus on disait que j’étais Bonapartiste, moi je m’en foutais complètement du  » Badinguet  » mais un jour ou j’avais bu au cabaret j’avais crié vive l’empire, alors évidemment j’étais catalogué.

La Justine n’avait jamais loupé une messe depuis son enfance et c’est un peu repentante qu’elle prit la route.

Nous passâmes au hameau de Coté Coté, puis devant le château de Franqueville, nous étions émerveillés de tout et encore plus Justine qui à part son métier et sa cuisine n’avait pas beaucoup bougé.

Après une pause à Contremoulins nous traversâmes le village de Toussaint, puis au détour de la colline nous apparut le petit port de Fécamp. Vraiment cela nous fit une drôle d’impression, dans un énorme trou semblant être creusé dans la ligne des falaises se tenait ce petit bourg morutier.

Le vent fouettait leur visage et les embruns salés leurs séchaient les lèvres, la mer pleine à cette heure avait pris mauvaise figure. Quelques trois mats armés pour la pêche à la morue dansaient dangereusement en bordure de quai. Malgré le gros temps, des hommes et des femmes s’affairaient au déchargement de poissons. Justine et moi nous les observâmes, ces petites mains semblaient fourmis, tant l’activité était intense. Nous étions dimanche mais le poisson ne pouvait attendre que le jour du seigneur se passe.

Tout leurs paraissait pittoresque, les mots employés, les tenues et même les visages. Les vieux loups de mer à la peau brûlée et ridée semblaient parcheminés comme les vieux documents des anciens terriers.

Dans la rue de nombreuses fileuses profitaient de leur congé dominical pour flâner le long de quai et provoquer les nombreux marins. Le langage était fleuri et Justine devint rouge comme coquelicot à plusieurs reprises. Ces dernières, filles de la cote ou de la campagne se tuaient dans des immenses filatures ou se travaillait le lin de façon mécanique. Justine se disait qu’un jour peut être elle serait obligée de franchir le pas et d’abandonner le tissage manuel à domicile pour venir mourir en ces centres industriels.

Sur le quai quelques veuves vêtues de noir, dans une hiératique immobilité scrutaient le large dans un hypothétique retour de l’être aimé. Se mouchant dans leur jupe des morveux et morveuses transis de froid s’impatientaient car eux au fond de leur petite tête ils savaient que leur père ou leur frère étaient à tout jamais perdus dans les brumes des mers arctiques.

Puis après nous être saoulés de ces senteurs exotiques et de ces matures bruyantes, nous poursuivîmes notre chemin en longeant les falaises. La foule disparut tout à coup, faisant place à quelques promeneurs qui courbés lutaient contre le vent.

Ces falaises de craie nous stupéfiaient par leur beauté répondant en cela à la splendeur des couleurs marines. Toutes les nuances de vert et de bleu défilaient devant nos yeux, quelques rouleaux puissants nous mouillèrent les souliers. Justine faillit tomber s’en tirant par un bas de robe bien humide, nous rigolions à chaque trébuchement. Le temps s’écoulait merveilleux.

Nous arrivâmes à l’escalier Grainval, cela montait sec et le souffle court nous pûmes contempler une dernière fois le spectacle grandiose de la mer qui maintenant commençait son recul.

Nous avions décidé de prendre un autre chemin pour rentrer, Saint Léonard et Tourville, les ifs furent notre itinéraire.

C’est à la nuit tombée que nous pénétrâmes dans notre chaumière. Madeleine s’était occupée des petits, tous dormaient ce qui était fort exceptionnel.

Ma belle mère forte d’une prémonition somme toute féminine avait couché la marmaille dans le même lit et notre couche était pour une fois libérée.

Cette soirée fut divine, Justine particulièrement disposée fut en tous points merveilleuse. Elle qui répugnait à être entièrement nue freinée par une pudibonderie exacerbée jeta ses oripeaux par dessus le rideau de courtil et m’ offrit à la lueur blafarde de la chandelle la vue de son corps délicieux. Plusieurs fois je me replongerais dans les méandres de ses charmes.

Est ce soir là qu’elle tomba pour une sixième fois enceinte ?

LE BERGER ET LA FILEUSE , Épisode 8, mon métier de berger et les naissances qui s’enchainent

 

Un soir je repris possession de ma femme, je ne pense pas qu’elle était bien prête mais moi je l’étais. Elle dut en parler à sa mère car le lendemain la vipère me fit remarquer que si je l’abîmais je n y  aurais plus le droit du tout, de quoi je me mêle…

Un matin que j’arrivais à la ferme on me dit que le vieux berger était roide dans la paille de la grange, effectivement il était bien passé, on l’enterra le lendemain, une petite cérémonie et le pâtre fut expédié. Comme les moutons n’attendaient pas je les menais à la pâture, le troupeau était d’importance, heureusement j’héritais de deux beaux chiens dressés comme des champions. Ces pauvres bêtes qui avaient perdu leur vieux maître m’adoptèrent immédiatement. Quel sentiment de liberté que de me retrouver dans les prés à surveiller ces magnifiques animaux.

Comme je vous l’expliquerai plus tard je ne rentrais pas le soir à la maison. Le métier était fait d’itinérances mais aussi de beaucoup de présences aux époques ou les moutons restaient dehors.

Justine un soir vint donc me tenir compagnie avec mon souper, elle m’annonça qu’elle était enceinte

Elle n’avait guère tardé. On peut pas dire que j’étais content mais je ne pouvais pas dire que j’étais mécontent, c’était la nature.

En parlant de nature cette soirée là, Justine je la culbutais aux pieds de ma cabane à l’abri derrière une haie d’aubépine. Nous n’avions pas besoin d’être silencieux et Justine émit quelques bruits de satisfaction. Bon il faut avouer qu’elle n’était pas trop à l’aise de se retrouver les fesses à l’air au milieu du pré. Moi je jubilais d’aise et cela redoublait ma vigueur.

Bon bientôt ce ne fut qu’un souvenir, grosse comme elle était.

Elle arriva tranquillement à son terme et comme la première fois abandonna son métier au dernier moment. Ce fut un accouchement d’anthologie, la sage femme arriva que le bébé était déjà langé.

Ce fut une mougeasse et on l’appela Justine comme sa mère. Nous étions à égalité, si nous avions un autre enfant il nous faudrait innover.

Justine prit le berceau et Edouard coucha avec sa mère et moi, évidemment quand j’étais là, vous parlez d’un pratique, comment faire son devoir conjugal avec un enfant en plein milieu.

La pauvre Justine avait deux chiards à la mamelle en plus de son travail, son ouvrage était souvent interrompu et Florentin piquait une gueulante à chaque fois que sa fille sortait un sein. Madeleine en femme qu’elle était ,prenait fait et cause pour la jeune mère, alors notre tisserand bougon tirait une bouffée sur sa pipe et se calmait jusqu’à la tétée suivante.

Au rythme des saisons la vie passait moi j’étais dans ma contemplation, quelle merveille, accoudé sur mon bâton j’observais les nuages, j’étais devenu expert et ne me trompais guère en annonçant une averse. Le temps était souvent capricieux, nous étions proche de la mer et j’en humais les effluves.

Je m’estimais plus heureux que Justine qui se tuait dans l’ atmosphère délétère des poussières de coton et de lin.

Ma femme suivait le cours des saisons et elle fut encore grosse, Augustin mon beau frère disait crûment que sa sœur tombait enceinte rien que de voir le  » bonheur des dames  » de son homme.

Nous avions à peine passé la fête de la nativité que l’on vint me chercher alors que je donnais à manger aux bêtes dans l’étable.

Ce fut un gros garçon joufflu que je nommais Henri Adolphe, ce deuxième prénom était une idée de Justine vraiment n’importe quoi.

Henri trouva sa place dans le petit berceau, mais que faire de Justine. On confectionna un lit et Édouard et la petite y prirent place, le problème était de trouver une place pour ce lit, on pouvait pas pousser les murs. Si cela continuait Augustin devrait prendre un petit avec lui, pour tout vous dire il ne le voulait pas. Il était temps qu’il se trouve une femme pour partir du foyer paternel.

Trois petits en trois années de mariage, l’avenir de mon sang allait être assuré, mais bon il est temps de retourner à mes moutons.

Ce que je préférais dans mon métier, était quand j’emmenais le troupeau au pacage, j’avais trois cents bêtes à surveiller. Lorsque j’arrivais ma cabane roulante se trouvait sur place amenée par des charretiers. Je disposais de claies pour délimiter des parcelles. Quand elles étaient épuisées j’en changeais. Sous ma houlette, aidé par mes chiens je vivais des moments magiques. A la tombée de la nuit j’admirais les étoiles, je les connaissais toutes et j’espère que je transmettrai ce savoir à mes fils. Quand il faisait beau je dormais sous la lune, autrement je me calais dans ma douillette cabane ou m’attentait une brassée de paille. Je n’étais pas complètement isolé, les charretiers de la ferme amenaient des tonnes d’eau pour abreuver les bêtes lorsqu’il n’y avait pas de points d’eau accessibles.

Une servante m’amenait donc à manger et le soir parfois j’avais donc Justine. La nuit mes chiens montaient une garde fidèle et gare à celui qui s’approchait.

L’été j’avais du travail je divisais mon troupeau pour que les béliers puissent saillir les brebis, une trentaine de portières pour un bélier. Mais il y avait des récalcitrantes qui se refusaient, aller savoir pourquoi à un mâle il fallait donc les changer de groupes.

Quand les moissons étaient rentrées je déplaçais mes ouailles pour fumer les parcelles, je commençais par les plus loin comme cela faisait gagner du temps aux charretiers qui  n’utilisaient pas les fumures de l’étable.

Que de bons moments, dommage que ma Justine ne soit en permanence avec moi. La pauvre au cours de l’une de ses visites je l’avais encore mise enceinte.

Ma belle était rythmée comme les cloches de l’église, l’Augustin avait raison. Moi je rigolais pas trop car les marmots il faut bien les nourrir et avant qu’ils puissent travailler à leur tour il allait se passer un moment.

Bon nous n’étions point si pauvres mais l’ouvrage avait tout de fois tendance à baisser, la concurrence des Anglais, nous disait le collecteur.

Osithe ma deuxième fille arriva en septembre 1853, une magnifique petite déjà coiffée par des filets blonds. Cette fois on prit Henri avec nous, Osithe prit le berceau et les deux grands restèrent dans leur lit.

LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 7, la vie en communauté et mon premier enfant

 

Le premier soir de notre vie commune avec cette famille qui m’était somme toute un peu étrangère me fut pénible. Le repas du soir nous vit manger les restes de la noce, mais il nous fallut nous mettre au lit, comment faire, dans ma grange je tombais mon pantalon facilement mais là , il y avait la belle mère.

Elle me mit à l’aise en me disant mon garçon j’en ai vu d’autres. Moi je pris l’alternative de me déshabiller derrière les rideaux du lit. C’est exactement ce que faisait Justine car elle ne se montrait pas en déshabillé à son père ni à son frère. Cela nous fit rire.

Moi dans la verdeur de mes 25 ans j’eus envie de ma jeune épouse, il nous fallut attendre le silence le plus complet. Augustin se mit à ronfler et les parents après avoir jacassé un temps que je trouvais exagérément long se turent également.

Bien sur nos rapports cette première nuit furent emprunt de douceur, je découvrais à ta-ton le corps de ma femme et pour la première fois timidement elle découvrait le mien. Je lui fis l’amour deux fois et après le sommeil nous gagna.

Dans la nuit je fut réveillé en sursaut par belle maman qui allait au pot de chambre, une telle cascade réveilla Justine qui sans manière sortit également du rideau protecteur pour se soulager de la même manière.

Imaginer quand même le spectacle, moi cela me redonna de la vigueur, Justine ne se laissa point faire car sa mère était réveillée.

Le lendemain matin, le coq donna le branle à toute la maisonnée, je pris une soupe, puis je sortis me puiser de l’eau au puits . Je me mouillais le visage et les mains, ensuite dans un coin du jardin je baissais mes chausses.

J’étais fin près et je partis pour la ferme du Moulin, ma Justine alla prendre place derrière son métier ainsi que son père et sa mère.

Pour ma part je me voyais mal rester enfermé ainsi toute la journée. Mon beau frère l’Augustin était aussi un cul terreux, il se louait dans les fermes des environs. Point trop courageux avec une faible réputation il trouvait quand même à s’embaucher car comme je vous l’ai déjà dit la main d’œuvre agricole manquait en pays de Caux. Nous étions quand même à un carrefour car les métiers à domicile commençaient à se regrouper dans d’ immenses filatures dans les grandes villes. C’est pour cela qu’il ne travaillait pas avec son père.

La vie m’était belle malgré ses contingences, tous les jours je m’échappais et libre comme l’air je besognais la terre. Au vrai il y avait une belle continuité, je cultivais le lin que Justine tissait, nous étions en quelques sortes complémentaires.

Le soir je n’étais vraiment pas chez moi, ma belle mère ne m’aimait guère. Le dimanche journée de repos les femmes allaient à la messe moi au cabaret avec Florentin et Augustin, nous revenions souvent bien gais, le soir en rentrant du village avec une sorte de connivence, avec Justine nous ne rentrions pas directement. Florentin profitait pour soulever le cotillon de Madeleine, elle était bien un peu sèche mais n’oublions pas le Florentin avait presque 20 ans de moins. Elle se prêtait au jeu par obligation le beau père qui n’était pas un tendre l’exigeait. Quand il était saoul , il racontait tout au grand désespoir de sa femme et de sa fille.

Pour rigoler, je menaçais Justine de faire de même quand elle ne voulait pas me laisser la prendre.

Tout le monde en ces temps était pudique, mais tous vivaient l’un sur l’autre, alors évidement il y eut des moments embarrassants, un jour ou normalement je me trouvais au champs non loin de la maison je décidais de surprendre Justine. Je pénétrais gaiement dans la longère en faisant le moins de bruit possible et je tombais sur la belle mère en pleine toilette, les seins à l’air et le jupon retroussé pour une toilette qu’elle ne pratiquait que de loin en loin. Autant vous dire que je fus accueilli comme il se doit . Avec Justine nous en rigolerons bien longtemps. Une autre fois ce fut moi qui fit les frais de la cohabitation. Comme il n’était pas très pratique de faire l’amour dans une pièce commune avec Justine nous faisions comme tout le monde et cherchions des opportunités.

Un jour que nous pensions être seuls, nous avons fait l’amour dans la réserve de lin, tout ce passait bien j’avais même convaincu Justine que la position  » more canino  » était fort agréable. Le moment paraissait donc idyllique et nous en éprouvions une grande jouissance, quand l’Augustin entra avec une petite dans la pièce pour y faire sans doute la même chose que nous. Cela nous coupa dans notre effet.

Malgré tous ces inconvénients nous faisions l’amour très souvent et comme il se doit, un jour Justine n’eut plus ses menstrues. La Madeleine donna son avis ainsi que la sage femme du village, il fallut en convenir ma femme était bien pleine. Moi je craquais définitivement sur sa poitrine qui s’arrondissait comme son ventre.

Mais il fallut se rendre à l’évidence je n’eus bientôt plus loisir de toucher à ce fruit suave.

Elle devint énorme et le travail sur le métier l’exténuait, mais le labeur n’attendait pas, la rémunération se faisant aux pièces. D’autant qu’en plus du tissage, il fallait effectuer les tâches ménagères, l’eau était la plus dure des corvées car sortir les seaux du puits demandait un rude effort. Moi je me sauvais à la ferme, de toutes façons ce n’était pas à moi de faire le travail dévolu au femme.

Un matin de mai alors que je commençais une coupe de foin assez précocement en cette année, Louise une petite souillon de la ferme vint me prévenir que ma femme était en train d’accoucher.

J’abandonnais mon labeur et en courant je retournais chez moi.

Je n’eus pas le droit d’entrer, l’accouchement était affaire de femmes. Mon beau père et Augustin continuaient leur labeur comme si de rien n’était.

Justine avait perdu les eaux assise sur son banc de labeur, sa mère expérimentée sut que le moment était venu. Augustin fut envoyé quérir la sage femme du village.

Heureusement elle travaillait sur un métier non loin de là. En arrivant elle prit les choses en main, Justine docile attendait dans la douleur sur la couche familiale. La matrone se lava les mains et sans plus de façon souleva la robe de la parturiente pour s’assurer que le col était bien dilaté et que le travail se faisait normalement.

Moi dehors j’attendais comme un couillon quand j’entendis hurler ma femme puis crier un bébé.

La vieille pointa son museau de fouine et pour une fois souriante me déclara  » nous avons un garçon  », je ne relevais pas le nous et je me précipitais pour voir mon fils.

Il était magnifique et il fut rapidement convenu qu’il se prénommerait comme moi et sous l’insistance de Madeleine on lui ajouta le prénom Émery.

Edouard Émery fut donc déclaré en mairie le 25 mai 1849, je ne savais pas qu’il serait le premier d’une longue série.

Il fallut baptisé le petit et le lendemain avec la famille on le conduisit à l’église, Justine n’était pas conviée car impure. Vous parlez d’une engeance et d’une impureté qui n’était pas souillure ni péché, moi les subtilités des curailloux je n’y comprenais pas grand chose.

Quoi qu’il en soit le petit fut aspergé d’eau bénite, il était maintenant un membre de la communauté chrétienne et il pouvait mourir tranquille. On se fit un petit repas et avec le grand père, les oncles et le parrain nous avions le parler fort. Le soir la solive du plafond semblait bouger.

Justine avait du lait et le goulu lui dévora les mamelles à pleine bouche. Nous avions récupéré un petit berceau d’osier et l’enfant semblait s’y complaire.

Au bout de huit jours, ma femme accompagnée de la sage femme et d’Édouard se rendit à l’église, elle avait confectionné un gâteau qu’elle avait pris avec elle.

La sage femme pénétra en premier dans l’église prit de l’eau bénite qu’elle tendit à Justine, elles se signèrent et se rendirent dans une petite chapelle ou le curé et son enfant de cœur les attendaient

Justine avec un cierge allumé se mit à genoux, le prêtre la bénit ainsi que le gâteau qu’elle avait apporté.

Ma Justine qui avait fait ses relevailles n’était plus impure, elle pourrait de nouveau se rendre à l’église, au lavoir et enfin baratter le beurre sans que ce dernier ne tourne.

Le repas suivant le pain gâteau fut mangé, le Florentin se fit reprendre de volée par la Madeleine quand en rigolant il affirma que cette pâtisserie avait le même goût, béni ou non béni. Je ne fus pas solidaire et j’eus du mal à cacher un fou rire.

Le Florentin aurait droit à l’auberge du cul tourné ce soir, cela me fit intérieurement rire, mais moi aussi je n’y aurais pas droit, car ma Justine devait se remettre de son accouchement.

Cet intermède terminé chacun repris son labeur y compris Justine, une commande de siamoiserie avait été passée et l’ensemble du village qui travaillait pour le même collecteur s’affairait.

Les écheveaux de fils avaient été livrés à la maison au grand dame de Madeleine qui se plaignait que plus rien n’était filé à domicile. Les siamoiseries étaient en vogue, une trame en coton et la chaîne en lin. Le lin était produit localement, mais évidemment le coton arrivait au port de Rouen ou du Havre.

Justine installa le marmot à proximité pour avoir un œil dessus, la grand mère ironisait qu’il n’y avait pas besoin, de le surveiller, qu’il n’allait pas se sauver emmailloté comme il était. Elle était épuisée par son accouchement mais crève, le labeur n’attend pas.

Moi je m’occupais des moutons et des autres tâches, mais il est clair que bientôt j’exercerais le métier de berger car le vieux commençait doucement à partir et la place m’était promise.

Il m’avait tout appris et je commençais à soigner quelques petits maux; une verrue, une épaule déboîtée furent mes premières interventions de soigneur.

LE BERGER ET LA FILEUSE , Épisode 6, ma première nuit avec Justine et les lendemains de la noce

 

A une heure raisonnable nous nous éclipsâmes, nous avions notre couche réservée dans la maison de mon ami cabaretier. Nous y serions tranquille.

Nous pénétrâmes dans la petite maison et à l’aide d’une chandelle nous gagnâmes la chambre.

Je me devais de prendre l’initiative et de jouer le vieil habitué, mais seulement voilà entre soulever le jupon d’une servante dans l’étable et déshabiller avec tendresse ma jeune vierge de femme il y avait un pas. Justine n’avait jamais promené sa nudité sous un regard masculin.

L’effeuillage fut un peu laborieux et enfin débarrassée de ses dernières nippes elle m’apparaissait dans toute la splendeur de ses vingt ans.

Ses seins fermes et ronds aux tétons triomphants répondaient à mes baisers et à mes caresses. J’admirais à la lueur tremblotante de la bougie son magnifique corps que nul explorateur n’avait foulé. Sa belle toison cuivrée d’où perlait une rosée parfumée m’excitait et m’attirait . Sous les yeux de Justine je me mettais nu et montrait ma vigueur . Elle baissa les yeux, et laissa paraître dans la semi obscurité un léger sourire coquin. Je vins sur elle et lui pris sa fleur, je ne fut guère performant en la durée. Je ne lui avais pas fait de mal, elle m’observa semblant attendre plus. J’étais pour l’instant vaincu et je me retirais. Ma semence teintée du sang virginal de Justine s’écoula en un mince filet et rougit le drap de lin.

Mon épouse honteuse ne savait que faire, heureusement un broc d’eau fit l’affaire pour une sommaire toilette.

Elle posa sa tête sur ma poitrine et nous fîmes des projets d’avenir. Le corps chaud de ma belle réveilla mon appétit et je repartis à l’assaut de cette citadelle sans défense. Les première lueurs de l’aube nous réveillèrent et nous nous rendîmes visibles à une visite. Cette dernière ne tarda guère et une troupe de joyeux drilles pénétra dans la chambre en chantant des chansons grivoises. Les questions ne tardèrent pas et je dus prouver ma virilité en montrant le drap maculé de la virginité de Justine. Ma femme fut vexée et honteuse de montrer une telle partie de sa vie intime. Mais les gaillards ne seraient pas repartis sans cet examen. Les femmes tout aussi enragées que les hommes à ce sujet. Ensuite nous bûmes la  » rotie  », une espèce de breuvage infâme servit dans un pot de chambre. Les fêtards repartirent se coucher pour reprendre un peu de force .

Nous  avions passé tous les rites avec succès. Nous pûmes reprendre un peu de repos après le départ de nos gentils importuns.

Le lendemain nous avions la messe du dimanche a honorer, d’autant que nous avions commandé des prières pour nos morts. Cela nous coûta quelques francs, mais là aussi pas moyen de passer outre. Ma belle mère m’aurait certainement arraché les yeux si cette coutume n’avait pas été respectée.

Après l’office les agapes reprirent, dans toutes les bonnes familles riches ou pauvres le repas se poursuivait le lendemain, le curé nous fit l’honneur de sa présence ainsi que monsieur le maire. Le propriétaire de la ferme du moulin où je travaillais vint même boire une bolée avec nous. J’étais fier et cela en remontrait à ma belle famille. Bon certes les langues étaient pâteuses et les têtes un peu lourdes mais les vins et l’eau de vie dégourdirent les corps.

Les danses reprirent et ce n’est quand soirée que les êtres fatigués regagnèrent leur demeure.

On rangea tout et on remercia, dans les jours qui suivirent nous dûmes rendre visite à tous nos invités, là aussi c’était la coutume que de rendre la politesse.

Bon le problème qui surgit immédiatement fut la promiscuité avec ma belle famille, moi j’avais pris l’habitude de vivre dans ma grange, ma paillasse, un clou pour accrocher mes maigres effets, un bout de miroir cassé un broc d’eau. J’avais toujours mangé dans la salle commune avec maîtres, valets et servantes, maintenant j’allais me retrouver presque en tête à tête avec le florentin et sa vieille et bien sur avec ma femme. Mais j’allais oublier l’Augustin, le beau frère qui n’était point marié.

La maison était une longère mélangeant des briques du pays de Caux avec du pisé, l’ossature était de bois et le toit de chaume. Une grande pièce qui servait de salle commune avec l’âtre comme point central, une table massive en bois de chêne avec des bancs, une vaste armoire contenant les trésors de la maîtresse de maison, un autre buffet où trônait quelques faïences et évidemment les lits formant des territoires privatifs par leur large rideau de courtil. Dans la maison près de la cheminée se trouvait ceux de Florentin et sa femme de l’autre coté se trouverait le notre. Presque en face semblant nous observer celui d’Augustin.

Le sol était de terre battue, un peu humide, la lumière pénétrait par le sud et l’est, faiblement comme en s’excusant. Le travail du tissu se faisait dans une pièce à coté, plus grande et plus éclairée car on avait percé à cet usage des petites ouvertures qu’on appelaient verrines sur la façade nord.

Là aussi de la terre battue, il était de toute façon préférable pour les fils que la pièce soit humide.

Ces ouvertures supplémentaires permettaient au tisserand de travailler de l’aube à l’aurore.

Autour de la demeure une cour bordée d’arbres formant comme un clos, quelques pommiers, des poiriers, avec des poules qui picorent en caquetant. Nous avions aussi un cochon qui dans une soue coulait avant l’égorgement des jours heureux. Un puits d’eau clair nous fournissait en eau potable, dans la grange quelques tonneaux et un pressoir.

Le toit de chaume refait à neuf donnait un bel air à l’assemble qui se trouvait fort tout très agréable

LE BERGER ET LA FILEUSE , Épisode 5, notre mariage

 

Tout avait été respecté, nous avions  les accords parentaux.  Pour moi orphelin c’était l’accord de  mon tuteur Nicolas. Le mariage était un contrat  entre deux parties, comme à la foire quand un maquignon achetait un bestiau ou qu’une parcelle de terre se vendait ou s’échangeait. Lorsque vous aviez la chance d’une attirance commune tout était parfait, sinon il fallait s’accommoder toute sa vie d’un homme ou d’une femme que l’on aimait pas.

Les noces furent donc fixées le samedi 27 mai 1848, oui un samedi vous avez bien lu, ma future belle mère s’en étrangla, on ne se marie jamais un samedi car le lendemain c’est le dimanche jour du seigneur.

Au fait il faut aussi signaler qu’à Paris il y a eu la révolution, le roi a été détrôné, nous sommes maintenant en république, je ne sais pas bien ce que cela va changer pour nous les pauvres. Ce sont toujours des messieurs en costume de ville qui vont nous diriger.

Il parait que le Louis Philippe il s’est sauvé par la Normandie et qu’il est chez les Anglais. Ç’a devient une habitude de se réfugier là bas. Pour sur celui là ils vont pas l’envoyer à Saint Hélène.

Bon, il fallut tout organiser et surtout inviter la parentelle et bien sur ne pas en oublier, car l’affront aurait été terrible.

Le mariafe  aurait lieu à Auberville la Renault, lieu du domicile de l’épousée et la noce se ferait au domicile des Gréaume, car moi je n’avais pas de chez moi.

Il fut aussi prévu que nous nous installerions avec ma femme au domicile des parents Gréaume. Je n’en étais guère satisfait mais économiquement parlant c’était ce qui était le plus facile pour nous.

Je ferais le trajet jusqu’à la ferme du moulin et Justine elle serait sur place.

27 mai 1848, Auberville la Renault

Le jour dit, beaucoup de travail, la maison et surtout l’appentis ou serait servie la noce était décoré de drap blanc de fleurs et de branches de verdure, des grandes tables récupérées dans le voisinage étaient couvertes également de grands draps sortis pour la circonstance des armoires.

Les agapes commençaient en général le matin avec une sorte de buffet froid avec de l’eau de vie et du cidre. Il va s’en dire que certains en prenait déjà de l’échauffement. Nous, comme le mariage avait lieu le soir, les invités arrivèrent dans l’après midi et on fit une collation.

A voici ma belle mère, moi je l’appelle la vieille car elle a 60 ans, petite bonne femme ratatinée , parcheminée et courbée par les années qui fuient. Aussi noiraude que sa fille est blonde et aussi méchante que Justine est douce et gentille. Mais bon cela resterait à prouver au cour des années qui passèront. Je redoutais de me trouver sous le même toit, je ferais en sorte que cette situation ne dure point.

Bon, tant qu’on est sur la Madeleine Cléron je me demande bien ce qui a pu se passer dans la tête de mon beau père Florentin pour prendre une noiraude âgée de 19 ans de plus que lui avec un enfant qui avait déjà 14 ans. Comme je n’ai pas entendu dire que sa dot était grandiose avec son père qu’était berger, cette union reste pour moi un mystère.

En attendant elle s’agitait et s’emballait en montrant à tous le contenu de la dot de sa fille tout y passait, jupon et gamelle.

Le père Florentin lui était blond comme un guerrier du nord, jeune encore, musclé, le teint un peu pale des travailleurs d’intérieur, les mains abîmées par les fibres. Il montrait à un autre toilier un ouvrage en cours d’achèvement. Il portait avec fierté ses beaux habits, Justine était sa seule fille et la conduire à l’autel le comblait. Ce qui l’ennuyait c’est qu’il perdait une source de revenu car sa fille ne percevait aucun salaire en travaillant chez lui, comme d’ailleurs tous les enfants, la dot étant une avance sur l’héritage.

L’eau de vie commençait sérieusement à l’échauffer et il s’agitait en parlant fort.

Mes trois beaux frères devisaient ensemble, Théodore et Pierre étaient déjà mariés et Augustin encore garçon. Le premier et le troisième étaient blonds comme leur père, le second qui était le frère d’un premier lit était noir comme sa mère. Cela formait un sacré contraste et tout le village se foutait du Florentin qu’avait un vilain canard tout noir dans sa couvée.

Bon la mariée vient de sortir, superbe ma Justine, ma poitrine s’est gonflée comme le plastron d’un coq dans une basse cour. On se forma en cortège et la musique commença au rythme grinçant du ménétrier.

Depuis la grande révolution, le mariage était une union civile il y avait donc obligation de passer par la mairie. Nous avions rendez vous avec Jean Baron le maire.

La cérémonie fut solennelle, échange des consentements, fidélité, protection, mais aussi obéissance, pour Justine qui quittait la tutelle de son père pour passer sous la mienne.

Toute la noce ressortit pour aller se faire bénir par le curé, c’était un peu bizarre de se faire marier pendant les vêpres, mais bon pour moi cette heure vespérale me convenait parfaitement.

Le prêtre bénit nos anneaux et aussi une pièce de 5 francs en argent, nous sommes sous le voile et chacun observe de quel coté il penche pour savoir qui commandera à la maison.

Mais bon les femmes penchèrent pour Justine et les hommes pour moi. On rentra à la maison des parents Gréaume, nous étions mari et femme pour la vie, car le divorce engeance de la révolution avait été supprimé par les rois qui avaient suivi.

Le repas fut pantagruélique, malgré nos faibles moyens on se devait en ce jour de faire honneur et de montrer que la famille avait le respect des coutumes et des usages.

Justine resta à table moi je devais aider au service, fricassées de poulet, cochon de lait, andouilles, veau , rôtis, bien sur arrosés d’eau de vie et de cidre. Cela devint vite chaud, les danses se succédèrent nous en avions le virouna, puis vint l’heure de la tradition du ruban, avant le repas, une demoiselle d’honneur avait accroché un ruban blanc au dessus du genou de Justine, un ami domestique comme moi à Fongueusemare se faufila à quatre pattes sous la table il souleva la robe de la mariée et lui ôta son ruban. Justine s’en trouva gênée et devint rouge comme un coquelicot mais cela faisait partie des coutumes et donna lieu à des rires et des commentaires graveleux sur la future nuit de noces.

Le repas continua avec les desserts, un magnifique gâteau de riz confectionné par ma belle mère et une  » fallue  » pétrie et cuite par des voisines. Évidemment l’alcool continuait de faire chavirer les têtes.

Jean Couchaux mon ami cabaretier et premier témoin était déjà plus que saoul, c’est d’ailleurs lui qui avait soulevé le cotillon de Justine pour le ruban, Honoré Douelle le deuxième témoin avait délaissé ses soucis de cultivateur et dansait avec son épouse des gigues endiablées. Monsieur Hardy l’instituteur assit en bout de table commençait à sombrer et à glisser sous la table, sa femme d’un coup de coude le faisait se redresser. Quand à notre quatrième témoin le Jean Badais il faisait une cour assidue à une paysanne du village. L’alcool désinhibitrice faisait se délier les langues et nouer idylles. Moi j’essayais de modérer ma consommation, car j’avais une mission qui m’attendait, je me devait d’être vaillant et d’honorer ma Justine.

LE BERGER ET LA FILEUSE , Épisode 4, La rencontre avec ma femme

 

Je l’ai vu la première fois à une noce où j’étais invité et où elle se trouvait en tant que membre de la famille. Nous avions dansé au son d’un violon, et nous nous étions un peu échauffés l’un l’autre , en tout bien tout honneur évidement car ses parents ne la lâchait pas du regard. Au jeu de la séduction j’avais ma chance et je l’a pris, en fin de soirée caché derrière une haie vive je bus à sa bouche et elle but à la mienne. Pour une première rencontre c’était déjà une grande victoire.

Nous décidâmes de nous revoir , mais il fallait marcher sur des œufs car à Auberville la Renault je serais considéré comme un  »horsain » et les gars du pays n’apprécieraient pas mon intrusion sur leur terrain de chasse.

De plus je n’étais pas tisserand et cela était un handicape.

Avant de poursuivre il est bon de vous décrire ma belle, elle était blonde avec de long cheveux noués en forme de tresse que contenait difficilement son bonnet, elle avait un type nordique qui descendait des anciens peuples qui étaient venues du nord. Elle était plutôt grande, une poitrine bien grasse et de forte hanche. Moi je n’aime pas les maigrelette , alors les femme avec des appâts cela me rends un peu fou. Les yeux de ma futur  » fème  » étaient bleus, son nez retroussé était  tacheté de tache de rousseur, sa bouche aux lèvres charnues découvrait une dentition non gâtée,  pas très fréquente il faut bien le dire. Seules ses mains étaient  déjà abîmées mais je me rendrais compte plus tard que le travail à la lueur pale des chandelles lui avait brouillé la vue.

En fait elle contrastait avec moi qu’étais petit, râblé et les jambes arquées. Mais se qui jurait le plus était mes cheveux couleur de corneilles, une peau brune qui aurait pu me faire passer pour un  » maure  » et mes yeux d’un vert kabyle . Quand j’étais petit on me disait méchamment que ma mère s’était fait prendre par un espingouin de passage au Havre ou par un esclave de la cote d’Afrique.

Pure méchanceté j’avais simplement le type bas normand, ce qui pouvait déjà être un problème en pays de Caux. A l’époque j’avais déjà la barbe drue et dans ma bouche manquait quelques dents. La faute au manque de soins comme on dirait bien plus tard.

Bon j’avais des vues sur une belle, mais au niveau expérience de la gaudriole mon expérience était proche du néant. Il serait bien bon que je me déniaise pour ne pas paraître trop bête lors de ma nuit de noce. Je savais comment une femme était faite car la belle Marie ne m’avait rien caché de son corps, je savais quand certaine période de l’année elle saignait et tachait leur jupon en se montrant d’une humeur exécrable. Je savais que certaine se refusait pendant carême et que d’autres ne voulaient pas qu’on les prenne par derrière comme les animaux. Certes je ne savais pas pourquoi, cela ne gênait pourtant pas les juments et les brebis. Il fallait donc que je ma hâte.

C’est à ce moment que je me suis souvenu que j’étais grand valet et que dans les jeunes servantes de ferme il y en avait de bien affriolantes.

Seulement je ne voulais pas faire comme le grand Jean avec Marie, heureusement parmi elle se trouvait une journalière récente veuve avec des enfants à charge. Il me fallait une femme et elle avait envie d’un homme. Mais à vrai dire ce qu’elle voulait c’était   surtout  garder son emplois de subsistance.

Dans un coin de la grange à foin, elle s’offrit à moi et me laissa la découvrir. Au début elle me guida mais nature n’est point sotte et même un idiot trouvait comment si prendre. Ce fut un délice même si ma Jeanne avait la réputation d’être un peu souillon. Peu m’importait d’ailleurs son physique, elle m’apportait son expérience et moi je resterais toujours en contact avec elle mais cela on verra plus tard.

Je fis donc la cour à ma belle, cela dura un moment car il fallait quand même que je me présente au père avec quelques choses de substantielles.

A chaque rendez vous ma conquête se dévoilait, elle n’était point timide, après la messe on se promenait, nous nous bécotions et nos baisers enflammaient nos sens. Nous restâmes sages.

Si je voulais la posséder il fallait que je rentre en négociation avec son père. J’engageais un marioux, car le normand est susceptible et la coutume est la coutume. Malgré mon statut d’orphelin de mère et mon manque de père j’avais par mon travail plutôt bonne réputation. Sérieux, travailleur et point coureur de jupon, sauf avec ma journalière qui de temps en temps me permettait de patienter .

Tout fut examiné, le père Gréaume était un fin négociateur, il m’en a fallut des tractations et des coup d’eau de vie pour qu’enfin un jour on se tope dans la main.

On eut dit des négociations pour un mariage princier, moi j’avais ma force de travail mais pas de terre

Le père Gréaume fit monter les enchères et toutes les économies que je possédais furent mises dans la balance. Mais cochon qui s’en dédit, Justine amènerait une belle dot, la réputation de la famille était en jeux. Tout à chacun aurait lieu d’admirer ou de se moquer de se que la famille mettrait dans la charrette. Tout d’abord la mariée fournissait un lit avec son tour de lit en coton bleu, des couvertures de lits essentiellement en laine, il aurait plus manqué cela qu’une fille de tisserand n’amène point de tissus. Ensuite la famille donnait une vieille armoire ancestrale et brinquebalante, la mariée pourrait y mettre son trousseau, draps, chemises, mouchoirs, coiffes, bonnets, jupons, tabliers. Justine y travaillait depuis son enfance et avec l’aide de la couturière du village une sienne cousine , elle travaillerait d’ arrache pied jusqu’au noce pour fournir le complément de se que son père avait négocié. L’inventaire ne s’ arrêterait pas là, un coffre, des cuillères, des fourchettes en étain, des assiettes en étain et en faïence, de même quelques chaises et un rouet pour filer.

Bon soyons clair, tout cela était avance sur héritage mais point don. Pour l’argent Édouard, Pierre Gréaume et le marioux s’accordèrent.

Mais fille promise n’est point prise,  ne croyez pas que les noces allaient se passer aussitôt.  Mais nous on avait plus besoin de se cacher, notre liaison était connue et acceptée. Au marché j’ai acheté à un colporteur un bel anneau doré et une belle indienne de Rouen. Justine était vraiment heureuse, cela mettait un peu d’amour dans toutes ces tractations bassement matérialiste.

Ma Justine travaillait avec ses parents et son frère Augustin, il étaient tisserands, l’atelier se trouvait dans la maison, je vous en expliquerai le fonctionnement plus tard .

Le père Gréaume s’appelait Florentin, il avait été domestique comme moi, puis comme le marché du tissage était florissant il avait abandonné le travail de la terre. Comme beaucoup d’autres d’ailleurs, il avait même été difficile de trouver de la main d’œuvre pour la terre. Mais qu’on ne s’y trompe pas tout ses tisserands ou toiliers ou trameurs gardaient contact avec la terre nourricière, un lopin de terre, un poulailler, une vache ou bien un cochon. Ils pouvaient en cette époque passer de l’une à l’autre de ces activités.

Pour mon compte je préférais être en extérieur, plutôt que de me tuer quinze heures par jour sur un ouvrage à détruire les yeux et à respirer les poussières de coton ou de lin.

 

LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 3, La belle Marie et ma vie à Fongueusemare

 

A la ferme du moulin ma situation s’améliorait,  en grandissant je devenais un bon valet capable de rivaliser avec n’importe qui. On ne m’importunait plus dans ma couche et enfin on me payait maintenant des gages. Il faut dire qu’un autre souffre douleur était apparu, moi ce n’était pas mon problème mais avec le recul je pense que j’aurai du protéger ce petiot comme j’aurais aimé que l’on me protège.

Marie était devenu une femme, cela ne changeait rien ou presque à notre relation. Un dimanche nous avons décidé d’aller au bois des loges, il y avait une petite mare et nous décidâmes de nous y baigner. Marie sans y voir du mal se mit nue devant moi avant de plonger dans l’eau. C’était la première fois que je voyais une femme entièrement dénudée. Bien sur j’avais avec les autres valets observés en cachette les servantes à la toilette et rignochés devant les alignements de derrières quand elles se soulageaient. Mais là je restais comme un imbécile, surtout quand elle me demanda de la rejoindre. Pudiquement pour cacher mon émoi j’enlevais mes vêtements. Marie riait aux éclats de me voir si embarrassé. Je la rejoignis dans l’eau. Un des meilleurs moment de ma jeunesse. Il ne se passa rien, nous nous fîmes sécher sur le duvet mousseux de l’herbe fraîche.

A la ferme je me spécialisais bientôt à la garde des moutons, le vieux berger en titre me forma et je devins peu à peu savant en la matière . Un peu sorcier, un peu voyant, un peu rebouteux, mais surtout colporteur de nouvelles, il me livra tous ses secrets. Je l’aidais mais je n’avais pas le titre de berger, j’étais toujours un simple domestique de ferme.

Bon il faut avouer que nous étions à peu près payé correctement, car la terre manquait de bras à cause de ce foutu tissage. L’age d’or était passé pour les métiers manuels à domicile mais ce travail de forçat persistait dans notre région.

Puis on me fit comprendre que me balader avec une fille ne se faisait pas et que je devais rester avec les autres valets après messe.

Pour sur nous prenions du bon temps, on jouait à la choule, deux équipes souvent de deux villages différents s’opposaient avec une balle que l’on devait ramener dans le camps adverse. Cela finissait souvent mal, bagarre, règlements de compte entre prétendants, rivalités ancestrales entre communes. Un jour j’ai terminé avec un œil fermé et avec le bras immobilisé. Il a fallut que j’aille voir mon ami le berger pour qu’il me remette d’aplomb. Le maître avec mon bras pendant a bien failli me renvoyer.

Bon ce n’était pas tout le temps ce jeux virile qui nous occupait, au cabaret on jouait au dominos ou à l’aluette . J’étais assez bon à ce jeux de carte et je gagnais bon nombre de rincette.

Mais quand je pouvais je m’échappais avec Marie, notre relation prenait un autre tour, de moins en moins fraternel et de plus en plus amoureux. Si, il y a quelques temps j’avais pu poser ma tête sur son corps nu sans que mes sens réagissent, maintenant le moindre contact m’électrisait, j’avais envie d’elle. Je lui volais un baisser, une petite caresse, j’attendais la suite avec avidité. Marie aurait bien succombé en me donnant sa  » dame du milieu  », mais son sens inné de la mesure l’en empêchait.

Si il lui venait d’être pleine, elle serait irrémédiablement chassée de la ferme, puis vouée à une indigence qui menait souvent à se vendre aux marins du port du Havre. Elle n’était point orpheline, mais son père jamais ne consentirait à me la donner pour épouse. J’étais trop jeune, pas assez établi, sans le sou, sans famille. Mon tuteur Nicolas n’aurait pas consenti non plus, pensez donc une moins que rien déjà grosse, une sale petite servante dévergondée qui montait son jupon à tout va.

On résista à la tentation mais le jeu était dangereux. J’en saurai plus sur elle que son futur mari et elle que ma future femme. Confidence de jeunesse, amour de printemps, temps de l’irraisonnable, un jour elle disparut.

Ce fut Jean le grand valet qui a la soupe du matin nous avertit que Marie avait fauté et que le maître l’avait renvoyée. Nous sûmes bien plus tard que le vainqueur de la virginité de la servante n’était que Jean lui même. Un dimanche soir saoul il goguenarda ou nous expliquant qu’il avait coincé la pucelle à l’étable et qu’il l’avait forcée. Rétive, la bougresse selon ses dires avait fini par y trouver son bonheur. Je lui aurais bien fait fermer sa grande goule mais devant l’assistance lubrique et complice du grand valet cela m’aurait coûté une raclée et un renvoi.

Je me suis lâchement tu et je me suis plongé dans le travail comme un forcené. J’augmentais en force et je devins le roi de la faucille et de la faux, je tuais tout le monde au travail et le maître me fit miroiter la place de grand valet si elle venait à se libérer.

Elle se libéra ,Jean se maria et prit métayage avec son beau père.

Fini la soupe froide mangée sur mes genoux, c’était moi qui repliait mon couteau et qui donnait le rythme de la journée. Bien sur je dormais encore à l’écurie mais ma place était meilleure.

Mes gages avait encore augmentés, avec un peu de patience et en économisant je pourrais me trouver une épouse.

Je n’avais pas de terre et aucune perspective d’en avoir, il fallait donc que j’ai un petit pécule car sans cela aucun père ne me donnerait sa fille.

Pourtant j’avais remarqué la fille d’un tisserand du village d’à coté, elle était joliette et rudement bien tournée.