LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 20, Les soucis domestiques

 

Heureusement dans l’année il y eut deux moments très heureux, le premier vint de ma  Justine qu’avait plus du tout ses menstrues, d’après l’avis des fumelles elle ne pourrait plus avoir d’enfant.

Non de dieu enfin nous serions tranquilles. Le problème avec tout cela c’est qu’elle se mit encore à grossir, la couturière du village revenait souvent réajuster les robes et puis elle qu’avait jamais envie de peur d’avoir des mouflets et bin elle ne voulait plus parce que cela lui faisait mal. Je n’y comprenais rien.

Le deuxième événement fut que l’Édouard mon aîné me demanda la permission d’épouser une petite journalière qui travaillait à la même ferme que lui. Elle était bien jeunette avec ses 17 ans mais ma foi, bien jolie et travailleuse.

Je me devais maintenant de m’accorder avec le père de la future, ce ne fut pas très difficile entre gens de rien on s’accorde toujours. Moi berger et lui journalier, nous avons vite fait le tour de nos richesses, il fut convenu que les mariés habiteraient à Tourville les ifs chez les parents Sorel. Edouard très sage avait économisé ses gages de domestique depuis qu’à l’age de 21 ans je lui en avais laissé la jouissance, la petite elle c’était patiemment constitué un petit trousseau.

Pour les filles c’était un autre souci, malheureusement je n’avais pas que la Justine qu’avait le feu au derrière, Osithe se laissa prendre et devint grosse, la bougresse jamais n’avoua le nom du père et le Frédéric arriva en mars 1874.

La mère s’engagea à l’élever mais au village la réputation des filles Orange était fortement diminuée.

Les noces d’Édouard eurent lieu à Tourville les ifs en novembre 1874, ce fut une sacrée gageure que d’habiller correctement toute notre petite famille, heureusement Justine savait manier une aiguille comme personne et notre Anastasine qui avait gardé contact avec nous apporta son concours et acheta même des souliers à Eugénie.

Ce fut à cette occasion que je revis ma garce de fille, elle me bisa respectueusement, le passé était le passé elle était ma fille et je l’aimais. D’ailleurs elle était devenue couturière et se trouvait être assez douée, elle aimerait partir à la ville.

La noce de mon premier fut un moment merveilleux, celui ou l’on se dit que la pérennité de notre race est assurée, c’est difficile à expliquer, mais je savais que des petits issus de mon sang viendraient et moi cela me gonflait d’orgueil. La Justine était toute belle, entourée de sa marmaille.

Moi avec mon compère on s’est pris une sacrée casquette, la journée fut joyeuse et le soir en rentrant à la maison même Justine mit de l’entrain à faire l’amour. Il faut dire qu’elle était définitivement débarrassée du risque de la maternité et qu’elle se donnait avec plus de sérénité.

A la maison nous avions un peu plus de place, ils nous restaient les petits, Paul, Marguerite, Louis, Arsène et Sevrin. Les autres travaillaient dans des fermes et nous apportaient leurs gages. La coutume voulait que jusqu’à 21 ans les enfants donnent aux parents leurs émoluments. Cela nous a permis d’ être moins pauvres pour élever nos derniers, nourriture plus variée, vêtements moins rapiécés et puis aussi il faut l’avouer les enfants allaient un peu plus à l’école du village.

Mais je ne vous ai pas dit Justine avait trouvé à s’employer comme journalière, pour sur on ne l’employait que pour les travaux pénibles mais le dur labeur elle y était habituée. Elle se fit aussi lavandière et faisait les  » lessi  » des autres en plus des siennes.

On arrivait donc à joindre les deux bouts.

Edouard notre fils eut son premier mouflet qui naquit chez ses beaux parents, Justine aurait bien aimé être là et un dimanche nous nous rendîmes en visite à Tourville. Cette mère de famille nombreuse à peine sortie des langes tomba en pâmoison.

Moi au retour devant son air je lui ai demandé si elle voulait que je lui fasse le dix septièmes.

C’est à la même époque que nous avons appris que Justine partait tenter l’aventure sur le Havre, en théorie elle avait besoin de mon consentement mais elle s’en passa. C’est sa tante la veuve Auger qui nous à fait avertir, bon dieu de diablesse.

Elle trouva du travail comme couturière ce qui était bien, elle trouva l’amour ce qui était moins bien.

La Justine qui était assez libre et émancipée fit l’amour librement avec un homme et vous vous imaginez bien qu’elle en tomba enceinte.

Un bébé de sexe féminin naquit non pas chez Justine mais à la maternité, apparemment c’est un endroit où naissent les enfants vous pensez bien qu’à la campagne on a point ce genre de lieu.

Avec Justine nous n’avons pas su tout de suite qu’elle avait eu un autre fruit interdit.

Au bec de Mortagne la vie s’écoulait lentement, Arsène venait avec moi garder les moutons comme ses frères précédemment. En fin d’année 1876 nous apprîmes le décès de la veuve du Florentin, c’est avec de la peine que nous abandonnions à la terre cette douce personne qui avait vécu avec nous en notre intimité et qui constamment avait assisté Justine soit dans ses maternités, ses accouchement et  ses déboires avec moi.

Justine participa à la toilette funéraire et veilla la pauvre femme, moi je restais à la maison avec les petits, seules Osithe et Léonie restaient avec leur mère.

La vie oscille toujours entre la mort et la vie, entre le bonheur et le malheur. La bonne Anastasine sous terre un autre problème survint à la maison.

Séverin âgé de douze ans était sur le point de rejoindre la cohorte des petits travailleurs ruraux, comme l’avait fait ses frère et sœurs lorsqu’il tomba malade. Un soir à table privé d’appétit il se plaignit d’un mal à la tête et de courbature. On crut qu’il avait attrapé froid et on le coucha, le lendemain une fièvre importante survint, de plus sa nuque était raide. Nous étions désemparés et je partis chercher un docteur. Il arriva bien longtemps après car il se trouvait au chevet d’une femme qui accouchait dans les plus mauvaises conditions.

Il ne fut guère optimiste et constata que Séverin était paralysé sur tout le coté droit, il avoua son ignorance du mal et préconisa du repos.

Bin le grand couillon du repos, pas besoin d’avoir été dans une école pour dire une ignorance pareille.

Le Severin pour sur qu’il va se reposer, il ne peut même pas se lever, on lui donne comme garde malade sa sœur Marguerite. Bon d’accord elle n’a que 6 ans mais elle est débrouillarde et en cas de problème peu toujours aller chercher sa mère qui est gagée non loin de là.

Il resta couché de longs mois et pour finir resta infirme le restant de sa vie, cette condition était fort pénible, il serait exempté de service militaire ce qui était plutôt bien, mais ne pourrait prendre femme , ni exercer un métier de la terre. Tant que nous serions là sa mère et moi pas problème mais après ?

Une réflexion au sujet de « LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 20, Les soucis domestiques »

  1. j’ai adoré toute cette tranche de vie que vous nous avez conté depuis quelques semaines. On s’y croirait. J’ai hate de lire la suite.

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