LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 17, Un coup de canif au contrat

 

En janvier 1868 je me rappelle mon beau père dut aller au Havre pour rencontrer un négociant en tissus, ils étaient plusieurs tisserands du village à s’y rendre pour discuter sur la baisse des prix et sur le manque d’ouvrage qui allait tous les faire crever. Il voulut que je l’accompagne.

Moi je voulais bien mais mon patron serait il d’accord, je fus surpris qu’il accepte mais il me donna quelques courses à faire.

Nous partîmes le lendemain après un bonne assiette de choux au lard, il nous faudrait bien cela pour tenir la journée de marche que nous allions faire.

J’étais un peu inquiet car Justine était sur le point d’accoucher mais bon je n’allais pas guetter au trou .

La journée fut longue et nous ne pûmes arriver avant la nuit, alors nous avons demandé l’hospitalité dans une métairie. Le couple qui la tenait partagea la soupe contre un faible écot et nous dormîmes comme des bébés dans la bonne paille de la grange.

Le lendemain, le grand port s’offrait à nos regards, moi qui n’avait vu que Fécamp je fus surpris par l’immensité des quais et par la taille des navires qui mouillaient au port. Je vus pour la première fois des bateaux avec des grandes cheminée qui crachaient fumée et vapeur d’eau. Il y en avait même un qui avait deux grandes roues sur le coté. Mais ce qui m’ émerveilla le plus ce fut un quatre mats qui mettait à la voilure. Pendant que Florentin et les autres se rendaient pour plaider leur cause moi j’en pris plein les yeux, il y avait du monde partout, des bateaux de pêche encaqués comme des sardines dansaient le long du quai. Un embarcadère où se pressait une foule bigarrée en partance pour Southampton, partout des malles avec des porteurs, des belles dames corsetées portant chapeaux. Des marins s’affairaient pour le départ, puis un coup de corne, les derniers partants se précipitèrent, le ponton fut enlevé, les bouts détachés. Le navire sans effort s’écarta et partit pour l’Angleterre.

Édouard n’a jamais rêvé de partance et de voyage lointain, il rêvassait certes en gardant ses moutons, la tête dans les étoiles mais le corps rivé à son cher pays de Caux, saoul des bruits et des couleurs, les sens en éveil,il rejoignit les autres.

Ces derniers têtes basses, s’étaient fait sèchement éconduire, moins d’ouvrage et baisse des prix.

Ils allaient crever misère ou bien devoir venir à la ville mendier leur pain et se rendre esclave dans des manufactures.

Nous repartîmes immédiatement pour pouvoir dormir en dehors de cette cité inhospitalière, aucun de nous ne fit attention aux singeries des filles de joie qui tentaient de nous aguicher.

Le lendemain chacun reprenait le cours de sa vie, moi mes moutons, ma grosse Justine et ma marmaille.

Ma pauvre n’en pouvait plus les jambes enflées le souffle court, un ventre proéminent près à éclater, elle dut se coucher et attendre la délivrance.

Osithe prit sa place sur le banc de l’ouvrage, les petites effectuaient les tâches ménagères et se relayaient au près de la parturiente.

Anastasine pour ne rien arranger venait d’attraper une mauvaise toux et aucune décoction n’en vint à bout, elle se traînait et aurait bien dû aussi se coucher.

Pourtant l’accouchement se déroula sans problème et petit Louis vit le jour, un beau petiot né coiffé.

Justine en un soupir me dit, mon homme tu me toucheras plus, temps que j’aurais mes jours. Cause toujours tu m’intéresses, je ne la contrariais pas mais dès les relevailles, ma foi j’y goûterai à nouveau. Ce qui fut dit fut fait, La Justine maugréa, tempêta, essaya de calmer ma fougue par des caresses mais rien ne m’en détourna. Ce fut comme cela que je lui fis le quinzième. Nous allions devenir la plus grande famille de Bec de Mortagne.

En fait ce ne fut qu’un éternel roulement, un drôle poussant l’autre ou plus précisément le chassant.

Les grands ou plutôt les grandes s’occupant des petits. Les robes des unes passant sur les fesses de l’autre, les pantalons rapiécés et rallongés passant d’un garçon à l’autre. Moi au contraire de Justine je ne savais plus quels enfants j’avais placé dans telle ferme et bien évidement je me mélangeais dans les prénoms.

Car entre toutes ces naissances, le Edmond fut aussi mis au service de métayer du village. Le dimanche je vous dis que cela faisait une sacrée tablée, moi j’adorais mais Justine avait du travail en conséquence.

Bon certes Édouard et Justine venaient de moins en moins souvent, car ils étaient occupés à se trouver une âme sœur.

Mon fils pensait l’avoir trouvée mais avant de déclarer sa flamme, il fallait bien garnir son gousset, ma fille je ne crois pas qu’elle fut intéressée par l âme des garçon mais plutôt par une autre partie légèrement plus terre à terre.

Je vous ai conté que j’allais voir de temps à autre la petite Eugénie et que je me renseignais auprès de la fermière si tout allait bien.

La petite qu’était bien futée se demanda pourquoi je venais la voir alors que je ne me déplaçais pas pour les autres. Un jour ou le fermier était à la foire, nous étions allongés dans un pré bien à l’abri des regards nous occupant des jeux de l’amour. La curieuse s’approcha et stupeur vit ce qu’elle ne devait pas voir. Je n’eus aucun argument pour ma défense et un dimanche la pie délivra son secret.

Ce fut un joyeux tintamarre, tout vola dans la maison, je me fis agonir de gros mots et la Justine en pleureuse avisa le voisinage.

Il y eut deux camps résolus, les hommes qui comprenait mes misères, car après tout entre toutes ses maternités, ses retours de couche ou bien la période des Anglais moi pauvre malheureux j’étais presque contraint à aller voir ailleurs. De l’autre coté les femmes prenaient fait et cause pour Justine . Il n’y eut qu’une femme pour prendre ma défense et ce fut celle de la petite servante devenue métayère que j’avais prise lorsque j’étais grand valet à Fongeusemare

Malheureusement il y eut des conséquences, le fermier n’approuva guère de porter des cornes, et il mit une belle volée à sa femme. Quand à Eugénie le petite cafteuse, elle fut congédiée sur le champs.

Je me retrouvais donc avec cette casseuse de mariage sur les bras, la Justine qui vivait à l’hôtel du cul tourné, le Florentin qui ne voulait plus jouer aux cartes avec moi au cabaret du village et l’Anastasine qui se signait quand elle me croisait.

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