LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 15, un accouchement dramatique

 

En parlant de bonne santé ma fille aînée en avait à revendre, elle avait quinze ans se savait jolie et rudement bien tournée. Les hommes qui gravitaient autour d’elle étaient aux arrêts comme chien de chasse devant gibier. Elle les aguichait et se moquait d’eux.

Le lendemain ce brave fermier vint me trouver dans mon pré et m’expliqua ce qui c’était passé et la conduite de ma fille. Je lui promis de régler l’affaire.

Le dimanche la Justine arriva toute guillerette, je l’attendais de pieds fermes. Je fis sortir tout le monde, seules ma femme et Anastasine restèrent. Je lui mis d’abord une taloche pour qu’elle comprenne, elle me répondit qu’elle n’y était pour rien si les hommes étaient des animaux.

Je t’en foutrais moi, je défis ma ceinture et lui fis remonter son jupon, elle hurla et se sauva dans un coin de la pièce. Je finis par la rattraper et lui remonter son cotillon, la fessée qu’elle prit, elle s’en souvint toute sa vie. Je ne l’avais jamais battue et d’ailleurs je ne l’avais jamais vue les fesses dénudées. Ma femme m’arrêta, mais croyez vous que la bougresse ferait profil bas, elle me toisa avec insolence en me souriant de toutes ses dents. Ma seule satisfaction fut qu’à la messe, elle eut du mal à s’asseoir. Son comportement à la ferme ne changea guère, il s’avérait que la petite avait le feu au derrière.

L’autre sujet d’inquiétude était la Marie Louise, la fille d’ Anastasine, elle avait 17 ans et n’était point farouche non plus, sa mère qui l’avait eu d’un militaire de passage savait de quoi elle causait car elle avait succombé au bonheur sur un paillis. Pourtant elle n’était pas une oie blanche car âgée de 31 ans. Le village en avait jasé, pour sur l’Anastasine elle aurait du mal à trouver un couillon pour la prendre chez lui avec un bâtard et avec un  age avancé. Bon le couillon ce fut mon beau père, mais il n’eut pas à se repentir, il avait trouvé la perle rare et cette femme dans la force de l’age le changeait tout de même de sa vieille.

Bon revenons à la petite qui avec la Justine ma fille faisaient les quatre cents coups à la sortie de la messe et dans les fêtes du village. Je ne sais si la Marie Louise se fit cingler les fesses par son beau père mais moi je n’ai plus jamais toucher mon insolente de fille. Elle verrait bien si il lui arrivait malheur .

En terme de malheur je fus servi car tel un métronome Justine ma femme se retrouva enceinte. Elle prit encore quelques kilos et il fallait vraiment être dans son intimité pour voir qu’elle attendait un enfant . A ce rythme nous aurions 20 , car une femme, je crois peut en avoir jusqu’à plus de cinquante ans, comme c’est arrivé à une pauvre veuve du village qui croyant être tranquille a baissé sa garde devant un journalier de passage. Ma femme à moi n’avait pas 39 ans alors vous pensez.

L’enfant arriva en juin 1866, il faisait une chaleur épouvantable, les moutons se mettaient à couvert sous les sous bois et les charretiers devaient faire de nombreux tours pour les fournir en eau lorsque j’étais trop loin de la rivière ou d’une source. Les blés étaient en avance et la moisson serait précoce.

Soit Justine avait mal calculé soit le bébé venait en avance, nous fîmes venir une sage femme, la mère Marie Gallier, elle avait assisté la majeure partie des femmes du village, pensez donc elle a 83 ans. Point du tout sénile et encore forte adroite elle installa la Justine sur son lit de misère examina la dilatation du col et s’aperçut que l’enfant se présentait par le siège ce qui n’était point bon affirmait t’ elle.

Peut être aurait on dû faire quérir un docteur, mais qu’aurait il fait de mieux que cette docte grand mère. Quoi qu’il en soit ce fut un calvaire, jamais Justine ne souffrit autant, cela dura des heures, la Marie n’en pouvait plus et la situation lui échappait.  Je courus enfin chez le docteur qui habitait au village, le temps d’atteler son haridelle et le praticien vint en aide à ma femme. Il repoussa vivement la vieille en la traitant d’ignorante et en quelques manipulations habiles avec des pinces évacua l’enfant du ventre de sa mère.

Le docteur était couvert de sang et d’excréments, Justine était déchirée du haut jusqu’en bas et victime d’une hémorragie.

Le bébé ne pleura pas tout de suite et on pensa qu’il était mort, puis vint un petit cri, d’ailleurs plus une plainte qu’un cri, le petit était vivant.

Le médecin circonspect l’examina et me dit Édouard si tu es catholique dépêche toi de faire baptiser ce petit car je ne pense pas qu’il vivra bien longtemps.

J’avais en fait peu d’inquiétude pour cet être sanguinolent et si peu vivant que je ne m’en préoccupais guère, le laissant aux mains d’Anastasine. Par contre l’état de ma femme me faisait trembler, elle était pale comme la mort, son visage était émacié et il me semblait que des filets blancs étaient apparus dans sa chevelure hirsute. Le docteur avait arrêté l’écoulement de sang et il dut la recoudre. Pendant cette opération elle hurla de douleur et nous dûmes la tenir à plusieurs.

Le médecin ne se prononça pas sur Justine, la nature ferait ce qu’elle devait faire.

Cet accouchement me coûta mes quelques francs d’économie, mais sans la présence du docteur Justine et son bébé seraient morts.

Je me rendis à l’église pour y trouver le curé, le petit Paul serait reçu le lendemain dans la communauté du seigneur. Il fallut également lui trouver une nourrice car sa mère était trop fatiguée.

La vieille Marie qui avait accouché une autre femme du voisinage s’entremit et Paul put téter un peu de lait.

Étonnamment Justine se remit sur pieds assez vite, tout du moins pour nourrir Paul mais aussi Arsène qui n’avait qu’un an et le Séverin qui n’en avait que deux.

Au bout d’un mois elle reprit son labeur devant son métier, elle n’avait point maigri seul son visage restait meurtri par l’épreuve.

Le petit Paul ne profita guère et s’en fut le 20 septembre 1866 à l’age de 3 mois, nous n’avions guère eut le temps de l’aimer.

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