LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, Épisode 12, Le placement de mon premier enfant

Paul Gauguin

 

Le soir quand je rentrais je reprenais mes droits sur Justine. Elle me fit savoir qu’elle ne voulait plus d’enfants, alors plusieurs fois je me suis retiré avant la fin, elle n’aimait guère recevoir ma semence autrement qu’en elle. Il faudrait savoir ce qu’elle veut .

De toutes façon c’était inévitable elle retomba enceinte, ce fut un véritable calvaire, notre situation économique n’était pas bonne donc elle ne pouvait pas lâcher son ouvrage. Je ne pouvais rien y faire c’était le destin des femmes, être prises, engrossées, toujours trimer, encore une fois accoucher.

Je n’enviais pas ma femme, le soir après sa journée de labeur qui n’en finissait pas je la secouais pour la réveiller .

Elle accoucha de son neuvième enfant en septembre 1859, Anastasie encore une fois l’aida en compagnie de la petite Maria sa propre fille. Eh oui je ne vous en avais pas parlé mais l’Anastasie quand elle a marié le Florentin et bien dans la corbeille elle avait amené une petite bâtarde. Cela nous apportait une charge supplémentaire mais heureusement elle avait dix ans et pouvait travailler comme une femme.

Ce fut une petite fille que ma femme voulue prénommer Marie Augustine. Cinq garçons et trois filles vous parlez d’un cheptel. La difficulté était de vêtir tout le monde, les habits passaient de dos en dos et tant pis pour les pièces au cul et aux genoux, les enfants marchaient pieds nus, on verrait plus tard à les chausser, de toutes les façons on faisait dans l’ordre et le premier serait Edouard.

Justement celui là je pensais à le placer,  une bouche à nourrir de moins serait bien venue, Justine s’y opposa et le curé s’en mêla, je me demande un peu de quoi il s’occupait celui là. Bon les bonnes œuvres nous vinrent en aide et je pus le garder encore un peu.

Justine nous faisait des plats roboratifs et même si nous n’avions pas de belles guenilles nous ne mourions pas de faim, Orange qui s’en dédie. La vie était quand même bien compliquée d’autant  le quotidien se répétait à l’infini, moi il faut l’avouer je commençais par aimer un peu la chopine, une bolée de cidre par ci une rasade de calva par là, cela me détendait et me faisait oublier que je devais retrouver la Justine avec ses chiards et ses jérémiades. Dès fois je n’étais pas bien fin et les aînés prenaient souvent des trempes, puis un jour je ne sais plus trop pourquoi ce fut la Justine que se prit une volée, une gifle puis une autre. Elle bouda un peu mais je crois que j’avais raison d’affirmer que j’étais bien le chef.

Léonie Augustine vit le jour en octobre 1860, à la mairie de Bec de Mortagne on était habitué à me voir. Le curé un jour me prit à part et me demande quand j’allais arrêter avec la Justine.

Par Dieu il est bien marrant le fils du bon dieu je n’ai que 37 ans et la Justine 33, on va quand même pas vivre comme des moines et des bonnes sœurs.

Toujours le même scénario, celui qui naissait prenait la place au berceau et l’autre était calé entre ses frères et sœurs ou bien avec nous.

Notre alimentation était je dois le dire assez frugale, Justine aidée par les petites faisaient de la soupe, cela mijotait tranquillement sur le foyer, le pain qui n’était pas très cher était à la base de tout. Avec des céréales Justine préparait aussi des bouillies à se taper le cul par terre. Nous n’étions point trop exigeants et les petits plus qui venaient agrémenter notre quotidien nous suffisaient amplement. Ainsi une volaille, un lapin ou un peu de lard ravivaient nos dimanches. Hélas ce n’était pas souvent car je vous l’ai déjà dit l’ouvrage commençait à manquer pour nos tisserands. Pour sur nos filles ne feraient pas le même métier que leur mère.

Je commençais à emmener Édouard mon aîné à la ferme avec moi, il faut voir comme il était fier marchant maladroitement avec des sabots que je lui avais fait faire. Pour les économiser il ne les mettait pas sur tout le trajet, mais fier, je vous le dis il les avait en traversant le village.

Le boulot à la ferme et particulièrement avec les moutons lui plaisait mieux que le travail du tissage, au grand désespoir de son grand père Florentin. C’était la période de l’agnelage, mon fils fut stupéfait par toutes ces naissances, nous n’avons pas chômé. Ces arrivées d’automne donnaient de la très bonne viande, meilleure que celle du printemps, mais comme les bêtes étaiernt nourries à la bergerie et non pas au pacage elles coutaient plus chère. Bon moi je m’en moquais la viande c’était pas pour nous autres.

J’aurais bien aimé que mon fils travaille avec moi, mais le maître n’a rien voulu savoir, il m’a simplement recommandé à un fermier de Tourville les ifs.

Avec Justine on s’est engueulés sur le sujet elle ne voulait pas le voir partir moi je lui disais qu’il fallait faire de la place car elle avait des marmots sans arrêt. Elle m’a balançé que j’étais pire qu’un animal et que je ne savais pas me retenir. Pour le coup heureusement qu’il y avait les enfants autours pour me retenir sinon à la Justine je lui aurais mis une rouste.

Le lendemain il fit son baluchon et je le conduisis au hameau de Mesmoulins dans une grande ferme en bordure de la rivière, ce n’était qu’à quelques kilomètres de la maison, il pourrait rentrer le dimanche et moi au cour de mes pérégrinations avec mes bestiaux j’arrivais à le voir et à le surveiller.

L’affaire était donc réglée, il ne recevrait pas de gage mais serait nourri.

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